Conspiration contre le prophète 

 
 
Daguerréotype de Nauvoo en 1846


Pendant que Joseph Smith, au cours des derniers mois de sa vie, devenait un des hommes dont on parlait le plus aux États-Unis, ses ennemis jurés préparaient sa destruction à Nauvoo et à Carthage ; il y avait parmi eux William Law, deuxième conseiller du prophète ; il était accompagné de William Marks, président du pieu de Nauvoo, qui, dit-on, prenait part aux conseils secrets de l'Église, puis en faisait rapport à l'ennemi.
 
Plusieurs mois avant l'excommunication de William Law (le 18 avril 1844), le prophète déclara : « Je suis exposé à des dangers beaucoup plus grands de la part de traîtres parmi nous que des ennemis extérieurs, bien que les autorités civiles et militaires, les prêtres et la population du Missouri aient cherché pendant de nombreuses années à attenter à ma vie ; et si je puis échapper à la traîtrise ingrate des assassins, je peux vivre comme César aurait pu vivre, s'il n'y avait un Brutus à ma droite. De soi-disant amis m'ont trahi. Tous les ennemis sur la face de la terre peuvent hurler et faire tout ce qui est en leur pouvoir pour provoquer ma mort, mais ils ne peuvent rien faire si certains qui sont parmi nous et jouissent de notre compagnie, ont été avec nous dans nos conseils, ont eu part à notre confiance, nous ont pris par la main, nous ont appelés frères, nous ont salué d'un baiser, s'unissent à nos ennemis, transforment nos vertus en péchés, par la tromperie et le mensonge, excitent leur colère et leur indignation contre nous, et font peser leur vengeance unie sur notre tête… Nous avons un Juda parmi nous. » Et il y en avait – pas seulement un, mais plusieurs.
 
L'histoire de deux jeunes gens, Denison L. Harris et Robert Scott, révèle quelque chose de la nature de la conspiration qui existait au sein de l'Église contre le prophète. Ces deux jeunes gens, qui n'avaient alors que dix-sept ans, avaient été invités à assister à une réunion secrète des conspirateurs. Dans un esprit de camaraderie, ils se confièrent l'un I'autre se demandant ce qu'il fallait faire. IIs portèrent la question devant le père de Denison, Emer Harris, frère de Martin Harris. II leur conseilla de porter l'affaire devant Joseph Smith. Le prophète demanda aux deux garçons d'assister à la réunion et de lui raconter ce qui s'y passait.
 
La réunion se tint le jour du sabbat chez William Law, conseiller du prophète. Une multitude d'accusations furent portées contre Joseph et Hyrum Smith. Il semble que la cause immédiate de cette activité perverse ait été le fait que Joseph Smith avait récemment présenté à l'approbation du grand conseil la révélation sur le mariage céleste, et certains membres qui y étaient violemment opposés dénoncèrent Joseph comme un prophète déchu et étaient décidés à le renverser.
 
Les deux garçons étaient observateurs silencieux, et lorsque la réunion fut terminée, ils rencontrèrent secrètement le prophète et lui firent rapport. Suivant son conseil, ils assistèrent à des réunions semblables les deux dimanches suivants et reçurent une invitation à assister à une quatrième réunion. À chaque réunion, l'esprit de violence contre le prophète s'accroissait. Avant qu'ils n'assistassent à la dernière réunion, Joseph Smith leur dit : « Ce sera votre dernière réunion ; ce sera la dernière fois qu'ils vous admettront dans leur conseil. Ils vont prendre une décision. Mais veillez à ne contracter aucune alliance et à n'accepter aucune obligation, quelle qu'elle soit, vis-à-vis d'eux. » Après un temps il ajouta : « Mes enfants, ce sera leur dernière réunion et ils risquent de verser votre sang, mais je doute qu'ils le fassent, car vous êtes jeunes. S'ils le font je serai un lion dans leur chemin ! Ne faiblissez pas. Si vous devez mourir, mourez comme des hommes. Vous serez martyrs de la cause et vos couronnes ne pourront être plus grandes. Mais je doute qu'ils versent votre sang. »
 
Lorsque, ce sabbat après-midi-là, Denison et Robert approchèrent de la maison de William Law, ils furent arrêtés à la porte par des gardes armés. Après avoir été minutieusement questionnés et examinés, ils furent admis.
 
La maison était remplie d'hommes qui proféraient des accusations contre le prophète. II y avait de la haine partout. II était manifeste qu'on allait prendre une décision pendant la réunion.Comme les deux garçons ne prenaient pas part aux discussions, mais restaient seuls, William Law et Austin Cowles consacrèrent un certain temps à leur expliquer comment le prophète était tombé et pourquoi ils devaient se joindre à eux pour débarrasser l'Église de lui.
 
Au cours de la réunion, chaque membre présent fut invité à faire le serment suivant : « Vous jurez solennellement, devant Dieu, et devant tous les saints anges, et devant ceux-ci, vos frères, qui vous entourent, que vous donnerez votre vie, votre liberté, votre influence et tout ce que vous avez, pour la destruction de Joseph Smith et des siens, ainsi vous aide Dieu. » La personne qui prêtait serment disait alors : « Je le jure », après quoi elle signait en présence du juge de paix.
 
Deux cents personnes environ prêtèrent serment. Parmi elles, il y avait trois femmes lourdement voilées, qui témoignèrent que Joseph et Hyrum avaient tenté de les séduire. Lorsque tous sauf les deux garçons se furent exécutés, l'attention du groupe se tourna vers eux. Les garçons refusèrent de prêter serment et commencèrent à quitter la pièce. Un des hommes leur barra la route, s'exclamant : « Non, pas question. Vous connaissez tous nos plans et tous nos arrangements, et nous n'avons pas l'intention de vous laisser partir ainsi. Vous prêterez serment ou vous ne sortirez pas vivants d'ici. »
 
Les garçons étaient dans une situation dangereuse. On pouvait entendre des menaces de tous les côtés. Quelqu'un cria : « Les morts ne parlent pas. » Des mains violentes se posèrent sur eux. Des épées et des couteaux à cran d'arrêt furent tirés. Un des principaux hommes dit : « Si vous ne prêtez pas serment, nous vous couperons la gorge. »
 
Seule la sagesse du chef empêcha qu'ils fussent assassinés sur place. La maison de William Law était tout près de la rue et il y avait grand danger que le bruit fût entendu par les passants. Il valait mieux les exécuter dans la cave.
 
En conséquence, une garde, épée au clair et couteau à cran d'arrêt en main encadra les garçons, tandis que deux autres, munis de mousquets armés et leur plaçant la baïonnette dans le dos, fermaient la marche vers la cave. William et Wilson Law, Austin Cowles et d'autres les y accompagnèrent.
 
Toutefois, avant de commettre le meurtre, ils donnèrent aux garçons une dernière chance de se sauver la vie. L'un d'entre eux dit : « Mes enfants, si vous prêtez ce serment, votre vie sera sauve ; mais vous en savez trop pour que nous vous permettions de partir libres et, si vous êtes décidés à refuser, nous devrons verser votre sang. »
 
Ayant la mort comme alternative immédiate, les deux garçons refusèrent fermement de se tourner contre leur prophète. Tremblants et pleins de peur, ils attendaient l'épée. Comme celle-ci était levée par un participant furieux, une voix s'élevant vivement de la foule l'arrêta en l'air. « Attendez, Attendez, là-bas ! Discutons-en avant de verser leur sang. »
 
Il s'ensuivit une consultation hâtive, au cours de laquelle les jeunes gens eurent le soulagement d'entendre une voix forte dire : « Il y a beaucoup de chances pour que les parents des garçons sachent où ils sont, et s'ils ne rentrent pas chez eux, cela va susciter des soupçons, et ils risquent de faire des recherches qui seraient très dangereuses pour nous. »
 
On suivit son conseil. On menaça les garçons de mort s'ils révélaient le moindre mot de ce qui s'était produit, et on les laissa partir. Une garde les accompagna sur une certaine distance pour empêcher les individus les plus sanguinaires de les suivre pour les tuer. Les paroles d'adieu des gardes furent : « Si jamais vous ouvrez la bouche sur ce que vous avez vu ou entendu dans l'une de nos réunions, nous vous tuerons de nuit ou de jour, ou que nous vous trouvions, et nous considérerons que c'est notre devoir. »
 
Les garçons se dirigèrent vers la berge du fleuve, où ils rencontrèrent le prophète, lequel était devenu très anxieux et était parti à leur recherche. Se retirant en un endroit isolé, plus bas que la maison du prophète, ils racontèrent toute l'histoire.
 
La bravoure et la loyauté des deux jeunes gens firent fondre le prophète en larmes. Craignant qu'on leur fit du mal, il leur recommanda vivement de promettre de ne jamais révéler leur histoire pendant vingt ans. Le secret fut fidèlement gardé.
 
L'héroïsme de deux garçons sauva pendant un certain temps la vie du prophète du filet qui se resserrait sur lui. Plus tard, les conspirateurs furent excommuniés de l'Église, après quoi ils s'allièrent ouvertement à toutes les forces qui en recherchaient le renversement.
 
 
Sources :
 
Carter E. Grant, Le royaume de Dieu rétabli, p. 308-309 de l'édition française de 1964
William E. Berrett, L'Église rétablie, p. 148-149 de l'édition française de 1973
Contributor, volume 5, p. 252, 255, 256
Millennial Star, 1884, volume 5, page 253