Les caractéristiques d’un prophète

 

 

  Hugh B. Brown (1883-1975) 

 

Assistant des Douze de 1953 à 1958

Membre du collège des Douze de 1958 à 1961 et de 1970 à 1975

Membre de la Première Présidence de 1961 à 1970 

 

 

Discours prononcé le 4 octobre 1955 devant les étudiants et le personnel de I’université Brigham Young, à Provo, en Utah, aux États-Unis


 

      J’aimerais témoigner durant quelques minutes du fait que l’Évangile de Jésus-Christ a été rétabli à notre époque et que c’est son Église qui a été organisée sous sa direction par l’intermédiaire de Joseph Smith, le prophète. J’aimerais donner quelques raisons de la foi que j’ai et de ma fidélité à l’Église. Je peux peut-être aller plus rapidement en mentionnant un entretien que j’ai eu à Londres, en Angleterre, en 1939, juste avant le début de la guerre. J’avais rencontré un Anglais très important, membre de la Chambre des Communes, ancien juge à la cour suprême d’Angleterre. Au cours de conversations avec ce monsieur sur divers sujets, « les contrariétés de l’âme », comme il les appelait, nous avons parlé affaires et droit, politique, relations internationales et guerre, et nous avons souvent parlé de religion. Un jour il m’a téléphoné et m’a demandé de le retrouver à son bureau pour lui expliquer certains points de l’Évangile. Il m’a dit : « Je pense qu’il va y avoir une guerre. Si c’est le cas, vous devrez retourner en Amérique et nous ne nous reverrons peut-être jamais. » Son affirmation au sujet de l’imminence d’une guerre et la possibilité que nous ne nous reverrions jamais s’est révélée prophétique. Lorsque je suis allé à son bureau, il a dit que certaines choses que je lui avais dites l’intriguaient. Il m’a de mandé de préparer un dossier sur le mormonisme.

 

      Je précise aux étudiants, qu’un dossier est un exposé des lois et des faits que les avocats tels que le président Wilkinson préparent avant d’aller plaider une cause au tribunal.

 

      Il m’a demandé de préparer un dossier sur le mormonisme et de le traiter avec lui comme je traiterais un problème juridique. Il a dit : « Vous m’avez dit que vous croyiez que Joseph Smith était un prophète. Vous m’avez dit que vous croyiez que Dieu le Père et Jésus de Nazareth sont apparus à Joseph Smith. Je n’arrive pas à comprendre comment un membre du Barreau du Canada, un homme formé à la logique et à l’argumentation peut accepter des déclarations aussi absurdes. Ce que vous me dites au sujet de Joseph Smith me semble invraisemblable, mais je pense que vous devriez prendre au moins trois jours pour préparer ce dossier et me permettre de l’étudier et de vous questionner ».

 

      J’ai suggéré que nous commencions sur-le-champ et que nous ayons une audition préliminaire qui est en gros une réunion des parties adverses dans un procès, ou le plaignant et le défendeur, accompagnés de leurs avocats, se rencontrent pour examiner leurs prétentions respectives et voir s’ils peuvent trouver un arrangement pour faire gagner plus tard du temps au tribunal. Je lui ai dit que nous pourrions peut-être voir si nous avions des choses en commun à partir desquelles nous pourrions discuter de mes idées « invraisemblables ». Il accepta cela sans aucune difficulté.

 

      Je ne peux vous donner durant les quelques minutes dont je dispose qu’un bref aperçu de la conversation qui s’ensuivit pendant trois heures. Je vais relater le dialogue plutôt que faire une narration. J’ai commencé en demandant :

 Monsieur, puis-je partir de l’idée que vous êtes chrétien ? 

Oui.

Je suppose que vous croyez en la Bible – I’Ancien et le Nouveau Testament ?

Oui !

Croyez-vous en la prière,

Oui !

Vous dites que le fait que je croie que Dieu a parlé à un homme à notre époque est bizarre et absurde ?

Pour moi, oui.

Croyez-vous que Dieu ait déjà parle à quelqu’un ?

Bien sûr, nous en avons la preuve dans la Bible.

A-t-il parle à Adam ?

Oui.

À Énoch, Noé, Abraham, Moïse, Jacob, Joseph et à d’autres prophètes ?

Je crois qu’il a parlé à chacun d’eux.

Croyez-vous que le contact entre Dieu et les hommes ait été rompu lorsque Jésus est apparu sur terre ?

Non, ce contact a atteint son point culminant, son apogée à ce moment-Ià.

Croyez-vous que Jésus était le Fils de Dieu ?

Oui.

Croyez-vous, Monsieur, qu’après la résurrection de Jésus, un certain docteur de la loi, qui était aussi fabricant de tentes, et qui répondait au nom de Saul de Tarse, tandis qu’il faisait route vers Damas, a parlé avec Jésus de Nazareth, qui avait été crucifie, était ressuscité et était monte au ciel ?

Oui.

Quelle était la voix que Saul a entendue ?

C’était la voix de Jésus-Christ, car c’est comme cela qu’il s’est présenté.

Alors, Milord (c’est comme cela qu’on appelle les juges dans le Commonwealth britannique) je vous propose très sérieusement de convenir qu’il était de pratique courante aux temps bibliques que Dieu parle aux hommes.

Je pense que j’admettrai cela, mais cela s’est arrêté peu après le premier siècle de l’ère chrétienne.

Pourquoi cela s’est-il arrêté, pensez-vous ?

Je ne saurais le dire.

Vous pensez que Dieu n’a plus parlé depuis ?

J’en suis sûr.

Il doit y avoir une raison à cela. Pouvez-vous m’en donner une ?

Je ne sais pas.

Permettez-moi de vous suggérer quelques raisons possibles : Peut-être Dieu ne parle-t-il plus à l’homme parce qu’il ne le peut pas. Il en a perdu le pouvoir.

Ce serait un blasphème, dit-il.

Bon, si vous n’acceptez pas cela, peut-être est-ce parce qu’il ne nous aime plus qu’il ne parle plus aux hommes. Il ne s’intéresse plus aux affaires des hommes.

Non, dit-il, Dieu aime tous les hommes, et il ne fait pas acception de personnes.

Eh bien, alors, s’il peut parler, s’il nous aime, alors la seule réponse possible que je voie est que nous n’avons pas besoin de lui. Nous avons fait des progrès tellement rapides dans le domaine de la science, nous avons atteint un tel niveau d’instruction, que nous n’avons plus besoin de Dieu.

 

      Il a dit alors, et sa voix tremblait tandis qu’il pensait à la guerre imminente : « Monsieur Brown, il n’y a jamais eu dans l’histoire du monde un moment ou l’on ait eu plus besoin d’entendre la voix de Dieu que maintenant. Peut-être pouvez-vous me dire pourquoi il ne parle pas ? »

 

      Ma réponse fut : « Il parle, il a parlé, mais les hommes ont besoin d’avoir la foi pour l’entendre ».

 

      Ensuite, nous nous sommes mis à composer ce que j’appellerai « le portrait d’un prophète ».

 

      Vous, les étudiants, vous aimerez peut-être développer ce que je résume aujourd’hui : composer votre propre modèle ou donner votre propre définition d’un prophète et voir si Joseph Smith y répond.

 

      Nous sommes convenus qu’un homme qui se proclame prophète doit posséder les caractéristiques suivantes.

 

      A. Il proclamera avec hardiesse que Dieu lui a parlé.

 

      B. Un homme qui a cette prétention doit être honorable et son message doit être honorable : pas de table tournante, pas d’esprits frappeurs, pas de voyance, mais une proclamation intelligente de la vérité.

 

      C. Quiconque prétend être prophète de Dieu déclarera son message sans crainte, et sans faire de concessions à l’opinion publique.

 

      D. S’il parle au nom de Dieu, il ne peut faire de concessions, même si ce qu’il enseigne est nouveau et contraire aux enseignements acceptés de son temps. Un prophète témoigne de ce qu’il a vu et entendu et essaie rarement de prouver ce qu’il dit par une argumentation. C’est son message qui est important, pas lui.

 

      E. Un tel homme parle au nom du Seigneur en disant : « Ainsi parle l’Éternel », comme l’ont fait Moïse, Josué et d’autres.

 

      F. Un tel homme prédit les événements futurs au nom du Seigneur et ils arriveront, comme l’ont fait Ésaïe et Ézéchiel.

 

      G. Il n’a pas seulement un message important pour son époque, mais souvent un message pour l’avenir tout entier, comme Daniel, Jérémie et d’autres.

 

      H. Il a assez de courage et de foi pour endurer les persécutions et faire don de sa vie, si nécessaire, pour la cause qu’il a embrassée, comme Pierre, Jacques, Paul et d’autres.

 

      I. Un tel homme dénonce audacieusement l’iniquité. Il est généralement rejeté ou persécuté par ses contemporains, mais des générations futures et les descendants de ses persécuteurs érigeront des monuments en son honneur.

 

      J. Il sera capable d’accomplir des choses surhumaines, des choses qu’aucun homme ne peut faire sans l’aide de Dieu. La conséquence ou le résultat de son message et de son œuvre sera une preuve convaincante de son appel de prophète. « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ».

 

      K. Ses enseignements sont strictement conformes aux Écritures et ses paroles et ses écrits deviendront Écritures. « Car ce n’est pas par une volonté d’homme qu’une prophétie a jamais été apportée, mais c’est poussés par le Saint-Esprit que des hommes ont parlé de la part de Dieu » (2 Pierre 1:21).

 

      Ceci n’est qu’un canevas que vous pourrez compléter et développer et ensuite vous pourrez mesurer et juger Joseph Smith, le prophète, d’après l’œuvre et l’envergure d’autres prophètes.

 

      Ayant étudié la vie de Joseph Smith pendant plus de cinquante ans, je vous affirme, jeunes gens et jeunes filles, que, selon ces normes, Joseph Smith se qualifie comme prophète.

 

      Je crois que Joseph Smith était un prophète de Dieu parce qu’il parlait comme un prophète ; il a été le premier homme depuis que les apôtres de Jésus-Christ ont été tués à affirmer ce que les prophètes ont toujours affirmé, c’est-à-dire que Dieu lui a parlé. Il a vécu et est mort comme un prophète. Je crois qu’il était un prophète de Dieu parce qu’il a donné au monde quelques-unes des révélations les plus grandes. Je crois qu’il était un prophète de Dieu parce qu’il a prédit de nombreuses choses qui se sont passées, des choses que seul Dieu pouvait faire arriver.

 

      Jean, le disciple bien-aimé de Jésus, a déclaré : « Le témoignage de Jésus est I’esprit de la prophétie. » Si Joseph Smith avait le témoignage de Jésus, il avait l’esprit de prophétie, et s’il avait I’esprit de prophétie, c’était un prophète. Je vous affirme, tout comme j’ai affirmé à mon ami, qu’il a eu, plus que quiconque, le témoignage de Jésus car, comme les apôtres d’autrefois, il l’a vu et l’a entendu parler. Il a donné sa vie pour ce témoignage. Je défie quiconque de me nommer quelqu’un qui ait apporté plus de preuves de l’appel divin de Jésus-Christ que Joseph Smith.

 

      Je crois que Joseph Smith était un prophète parce qu’il a accompli beaucoup de choses surhumaines. L’une fut de traduire le Livre de Mormon. Certains ne seront pas d’accord, mais je vous affirme que Joseph Smith le prophète a accompli une tache surhumaine en traduisant le Livre de Mormon. Je vous demande, à vous les étudiants, d’entreprendre d’écrire une histoire sur les anciens habitants de l’Amérique. Écrivez comme il l’a fait sans aucune source d’information. Introduisez dans l’histoire cinquante-quatre chapitres traitant de guerres, vingt et un chapitres historiques, cinquante-cinq chapitres sur des visions et des prophéties, et, souvenez-vous que, lorsque vous commencerez à parler de visions et de prophéties, votre récit doit concorder parfaitement avec la Bible. Écrivez soixante et onze chapitres sur la doctrine et l’exhortation et, là aussi, vous devez comparer chaque affirmation avec les Écritures ou on vous démasquera comme faussaire. Vous devez écrire vingt et un chapitres sur le ministère du Christ et tout ce que vous affirmez qu’il a dit et fait et tous les témoignages que vous écrivez dans votre livre doivent être en accord parfait avec le Nouveau Testament.

 

      Je vous le demande : Aimeriez-vous assumer une telle responsabilité ? Je vous préviens que vous devrez utiliser des figures de style, des similitudes, des métaphores, des narrations, des exposés, des descriptions, des techniques oratoires, un style épique, de la poésie, de la logique, des paraboles. Je vous en prie, mettez-vous à l’ouvrage. Je vous demande de vous souvenir que l’homme qui a traduit le Livre de Mormon était un jeune homme qui n’avait pas eu I’occasion d’étudier comme vous, et pourtant il a dicté ce livre en un peu plus de deux mois et n’a fait que très peu de corrections. Depuis plus de cent ans, quelques-uns des plus grands spécialistes et érudits du monde ont essayé de prouver par la Bible que le Livre de Mormon est faux, mais aucun d’eux n’a été capable de prouver que ce qu’il a écrit ne s’accordait pas parfaitement avec les Écritures, avec la Bible et avec la parole de Dieu.

 

      Le Livre de Mormon n’affirme pas seulement sur sa page de titre que son but est de convaincre le Juif et le Gentil que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, cette vérité est aussi la teneur de son message. Dans 3 Néphi, il est écrit que des multitudes ont témoigné : « Nous l’avons vu ; nous avons senti ses mains et son côté ; nous savons qu’il est le Christ ».

 

      Joseph Smith a accepté et accompli d’autres tâches surhumaines ; je ne citerai que les suivantes : Il a organisé l’Église. Je vous fais remarquer qu’aucune constitution élaborée par les hommes n’a survécu cent ans sans modification ou amendement, même la Constitution des États-Unis. La loi de base ou constitution de l’Église n’a jamais été changée. Il a entrepris de proclamer le message de l’Évangile à toutes les nations, ce qui est une tâche surhumaine toujours en cours. Il a entrepris, par commandement divin, de rassembler des milliers de personnes en Sion. Il a institué l’œuvre par procuration pour les morts et a construit des temples dans ce but. Il a promis que certains signes suivraient ceux qui croient, et des milliers de témoins attestent que cette promesse a été tenue.

 

      J’ai dit à mon ami : « Milord, je ne comprends pas que vous me disiez que ce que je prétends est invraisemblable. Et je n’arrive pas non plus à comprendre pourquoi des chrétiens qui affirmaient croire en Christ ont pu persécuter et mettre à mort un homme dont le seul but était de prouver la vérité de choses qu’eux-mêmes proclamaient, c’est-à-dire que Jésus était le Christ. » Je pourrais comprendre qu’ils aient persécuté Joseph s’il avait dit : « Je suis le Christ » ou bien : « Il n’y a pas de Christ », ou s’il avait dit que quelqu’un d’autre était le Christ ; si c’était le cas, les chrétiens croyant au Christ auraient raison de s’opposer à lui. Mais ce qu’il a dit était : « Celui que vous déclarez servir, c’est lui que je vous annonce. » Pour paraphraser les paroles de Paul à Athènes : « Ce que vous révérez sans le connaître, c’est ce que je vous annonce » (Actes 17:23). Joseph a dit aux chrétiens de son temps : « Vous affirmez croire en Jésus-Christ. Je vous témoigne que je l’ai vu et que j’ai parlé avec lui. Il est le Fils de Dieu. Pourquoi me persécutez-vous pour cela ? »

 

      Lorsque Joseph est sorti des bois, il connaissait au moins quatre vérités fondamentales, et il les a annoncées au monde. Premièrement, le Père et le Fils sont des êtres séparés et distincts. Deuxièmement, le canon des Écritures n’est pas complet. Troisièmement, l’homme a été créé à l’image du corps de Dieu. Et quatrièmement, la ligne de communication entre la terre et le ciel est ouverte et la révélation est continue.

 

      Certains d’entre vous se demandent peut-être comment le juge a réagi à cette discussion. Il a écouté attentivement ; il a posé des questions très pointues et à la fin, il a dit : « Monsieur Brown, je me demande si votre peuple se rend compte de l’importance de votre message ; et vous ? » Il a encore dit : « Si ce que vous m’avez dit est vrai, c’est le plus grand message qui a été donné sur terre depuis que les anges ont annoncé la naissance du Christ ».

 

      C’était un juge qui parlait, un grand homme d’État, un homme intelligent. Il a posé cette question essentielle : « Vous rendez-vous compte de l’importance de ce que vous dites ? » Il a ajouté : « J’aimerais que ce soit vrai. J’espère que c’est vrai. Dieu sait que cela devrait être vrai. Plût à Dieu », a-t-il dit, et il avait les larmes aux yeux en le disant, « qu’un homme vint sur terre pour dire avec autorité : « Ainsi dit le Seigneur ».

 

      Comme je l’avais bien pensé, nous ne nous sommes pas revus. Je vous ai exposé très brièvement quelques-unes des raisons pour lesquelles je crois que Joseph Smith était un prophète de Dieu. Mais au-delà de tout cela, je vous dis du plus profond de mon cœur que par les révélations du Saint-Esprit, je sais que Joseph Smith était un prophète de Dieu. Si ces arguments et de nombreux autres qui pourraient être cités peuvent permettre d’acquérir une conviction intellectuelle, ce n’est que par les inspirations du Saint-Esprit que l’on peut connaître les choses de Dieu.

 

      C’est par ces inspirations que je dis que je sais que Joseph Smith est un prophète de Dieu. Je remercie Dieu de cette connaissance et je prie qu’il déverse ses bénédictions sur vous tous. Au nom de Jésus-Christ. Amen.

 

 

Sources :


Préparation missionnaire (Religion 130, Manuel de l’étudiant), 1999, p. 114-117

Enregistrement sonore du discours prononcé par l'auteur le 4 octobre 1955