Le martyre de Joseph Smith

 

 

  

      L'hiver et le printemps de 1843-1844 furent une époque de grande tension à Nauvoo car les ennemis de Joseph Smith intensifiaient leurs efforts pour causer sa perte ainsi que celle de l'Église. Sachant que son ministère terrestre allait bientôt s'achever, le prophète rencontra fréquemment les membres du Collège des douze apôtres pour les instruire et leur donner les clefs nécessaires au gouvernement de l'Église. Le point culminant de ces préparatifs eut lieu lors d'une réunion avec les apôtres et quelques autres frères, en mars 1844. Dans ce conseil extraordinaire, le prophète chargea les Douze de gouverner l'Église après sa mort, leur expliquant qu'il leur avait conféré toutes les ordonnances, toute l'autorité et toutes les clefs nécessaires à cet effet. « Je transfère le fardeau et la responsabilité de la direction de cette Église de mes épaules aux vôtres, déclara-t-il ! Maintenant, redressez les épaules et endossez-le comme des hommes ; car le Seigneur va me laisser me reposer un certain temps » (déclaration non datée des douze apôtres, procès verbal d'une réunion de mars 1844 ; dans Brigham Young, Office Files 1832-1878, Archives de l'Église, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Salt Lake City).

 

      Le 10 juin 1844, Joseph Smith, qui était maire de Nauvoo, et les membres du conseil de cette ville ordonnèrent la destruction du Nauvoo Expositor et de la presse sur laquelle il était imprimé. Le Nauvoo Expositor était un journal anti-mormon qui diffamait Joseph Smith et d'autres membres de l'Église, et réclamait la révocation de la charte de Nauvoo. Les officiers municipaux craignaient que cette publication conduise à des émeutes. En conséquence de l'action du maire et du conseil municipal, les autorités de l'État d'Illinois émirent une accusation d'incitation à l'émeute à l'encontre de Joseph Smith, de son frère Hyrum et d'autres officiers municipaux de Nauvoo. Thomas Ford, gouverneur d'Illinois, leur ordonna de se présenter au tribunal de Carthage (Illinois), siège du comté de Hancock, et leur promit qu'ils seraient protégés. Joseph savait que, s'il allait à Carthage, il serait à la merci des émeutiers.

 

      Croyant que les émeutiers ne voulaient s'en prendre qu'à eux seuls, Joseph et Hyrum décidèrent de partir vers l'Ouest pour sauver leur vie. Le 23 juin, ils traversèrent le fleuve Mississippi mais, plus tard dans la journée, des frères venus de Nauvoo, allèrent trouver Joseph Smith et lui dirent que des troupes envahiraient la ville s'il ne se rendait pas aux autorités de Carthage. Joseph Smith consentit à se rendre, espérant apaiser les officiers gouvernementaux ainsi que les émeutiers. Le 24 juin, Joseph et Hyrum Smith dirent au revoir à leur famille et partirent pour Carthage avec d'autres officiers municipaux de Nauvoo pour se rendre, le lendemain, aux officiers du comté, à Carthage. Une fois libérés sous caution pour la première accusation, les deux frères furent accusés de trahison contre l'État d'Illinois, arrêtés et incarcérés dans la prison de Carthage, en attendant de passer en jugement. John Taylor et Willard Richards, alors seuls membres des Douze à ne pas être en mission, se joignirent volontairement à eux. Ayant prévu de rassembler les frères de Nauvoo pour délivrer le prophète Joseph, John Taylor dit : « Frère Joseph, si vous le permettez et donnez votre accord, en cinq heures je vous sortirai de cette prison, même si, pour cela, elle doit tomber » (B. H. Roberts, The Life of John Taylor, 1963, pp. 134-135). Joseph refusa cette façon d'agir.

 

      Au cours de l'après-midi du 27 juin, une grande tristesse s'empara des quatre hommes. Alors que le petit groupe de frères était assis dans la prison, silencieux et accablé, l'un des hommes demanda à John Taylor, qui avait une belle voix de ténor, de chanter le cantique « Je rencontrais sur mon chemin » pour leur faire reprendre courage. Bientôt, sa voix s'éleva : « Je rencontrais sur mon chemin souvent un pauvre malheureux, qui tendait humblement la main, d'un geste plaintif, douloureux » (« Je rencontrais sur mon chemin », Cantiques, n° 17). John Taylor a raconté plus tard : « Le cantique était tout à fait en harmonie avec nos sentiments du moment, car nous étions tous déprimés, tristes et sombres » (John Taylor, cité dans History of the Church, 7:101 ; extrait de John Taylor, « The Martyrdom of Joseph Smith », bureau de l'Historien, History of the Church, concernant la période 1840 à 1880, p. 47, Archives de l'Église). Lorsqu’il eut chanté le cantique, on lui demanda de le chanter une deuxième fois, ce qu’il fit.

 

      Peu après cinq heures de l'après-midi, après qu'il eut fini de chanter pour la deuxième fois le cantique, des émeutiers aux visages noircis envahirent les escaliers de la prison. Hyrum Smith et Willard Richards s'appuyèrent immédiatement contre la porte de toutes leur forces, pour les empêcher de l'ouvrir. Les premiers coups de feu traversèrent la porte, Hyrum fut atteint et mourut presque immédiatement. Les émeutiers continuèrent à tirer et se mirent bientôt à introduire leurs fusils par la porte entrouverte. John Taylor se mit à côté de la porte et, avec une lourde canne, essaya de faire dévier les canons des fusils qui pointaient dans la pièce.

 

      Au milieu de cette scène, le prophète Joseph, qui avait lui aussi essayé de résister aux émeutiers, dit à John Taylor : « C'est bien, frère Taylor, faites de votre mieux pour les détourner » (The Gospel Kingdom, sélectionné par G. Homer Durham, 1941, p. 360). Ce furent les dernières paroles qu'il devait entendre de Joseph Smith. Conscient que leur position derrière la porte ne pouvait plus être maintenue, John Taylor s'élança vers la fenêtre. Comme il allait sauter, un coup de feu tiré de l'intérieur de la prison le frappa à la cuisse gauche. Pendant un instant il reposa affaissé sur le rebord de la fenêtre, et il serait tombé, mais un coup de feu tiré de l'extérieur frappa la montre dans la poche sur sa poitrine et le fit retomber dans la pièce. John Taylor essaya de ramper sous un lit qui se trouvait dans la pièce. Pendant ce temps, il fut atteint par trois autres balles. L'une se logea un peu au-dessous de son genou gauche et ne fut jamais enlevée. Une autre pénétra la paume de sa main gauche. Une troisième balle frappa le muscle de sa hanche gauche et arracha plusieurs centimètres de chair.

 

      Quelques instants après que John Taylor fut frappé, Joseph Smith essaya également de sauter par la fenêtre, mais il fut immédiatement atteint et tomba à l'extérieur. Le prophète du Rétablissement et son frère, Hyrum, avaient scellé leur témoignage de leur sang.

 

      Willard Richards ne reçut qu'une blessure superficielle et John Taylor, bien que grièvement blessé et souffrant énormément, survécut à l'attaque et fut ramené chez lui à Nauvoo par plusieurs frères. Il devint plus tard le troisième président de l'Église. 

 

 

Sources :

 

Enseignements des présidents de l’Église : Joseph Smith, 2007, p. 25-26, 567-569 

Enseignements des présidents de l’Église : John Taylor, p. XV-XVI