JÉSUS
 
LE

CHRIST

 
 
James E. Talmage (1862-1933)

 
Président de l'université d'Utah de 1894 à 1897
Membre du Collège des Douze de 1911 à 1933
 
 
 
 
Note de la Rédaction : L'ouvrage de James E. Talmage, JÉSUS LE CHRIST, a été édité pour la première fois 1915. L'édition que nous vous présentons est une révision de l'édition de 1965 traduite par Marcel et Paulette Kahne. Lorsque l'auteur cite les Écritures modernes, nous en donnons autant que possible la traduction de 1998.
 
Page de titre
Préface
Avertissement des traducteurs
Table des matières
 
 
 
JÉSUS LE CHRIST
 
Étude sur le Messie et sa mission selon les saintes Écritures anciennes et modernes
 
par James E. Talmage, membre du Collège des douze apôtres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours
 
 
 
PRÉFACE
 
La page de titre exprime l'envergure du sujet présenté dans cet ouvrage. Le lecteur pourra constater sans peine que l'auteur s'est éloigné de la méthode ordinairement suivie par les écrivains qui traitent de la vie de Jésus-Christ, méthode qui consiste généralement à commencer par la naissance de l'enfant de Marie et à terminer au moment où le Seigneur mis à mort et ressuscité monte au ciel depuis le mont des Oliviers. Outre l'histoire de la vie du Seigneur dans la chair, le traité développé dans ces pages comprend l'existence et les activités pré-mortelles du Rédempteur du monde, les révélations et les manifestations en personne du Fils de Dieu, glorifié et exalté, au cours de la période apostolique de jadis et dans les temps modernes ; cette histoire nous assure que le second avènement du Seigneur est proche et nous rapporte les événements prédits au-delà - tout cela dans la mesure où les saintes Écritures le révèlent.
 
Il est particulièrement opportun que l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours - la seule Église qui se réclame d'une autorité fondée sur des révélations bien déterminées et se prétende habilitée à utiliser le saint nom du Seigneur dans son intitulé - expose ses enseignements concernant le Messie et sa mission.
 
L'auteur de cet ouvrage a entrepris, avec grand plaisir, son travail à la demande des autorités présidentes de l'Église ; l'œuvre terminée a été lue à la Première Présidence et au Conseil des Douze et approuvée par eux. Elle représente cependant la foi personnelle et la plus profonde conviction de l'auteur quant à la vérité de ce qu'il a écrit. Le livre est publié par l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.
 
Un trait caractéristique de l'ouvrage, ce sont les directives qui ont été fournies par les Écritures modernes et l'explication de l'Écriture sainte des temps anciens à la lumière de la révélation moderne, qui, comme un rayon puissant et bien dirigé, illumine beaucoup de passages ténébreux de composition ancienne.
 
L'esprit de sainteté inhérent au sujet a été le compagnon constant de l'auteur pendant toute la durée de son agréable travail, et il l'invoque respectueusement pour servir les lecteurs de cet ouvrage.
 
Salt Lake City, Utah 
Septembre 1915
James E. Talmage
 
 
PRÉFACE À LA SIXIÈME ÉDITION ANGLAISE
 
La deuxième édition de cet ouvrage a paru en décembre 1915, et la troisième en mars 1916. La troisième édition présentait plusieurs corrections mineures de formule et contenait des notes et des références supplémentaires. Les éditions suivantes, y compris la cinquième qui a été imprimée sur papier bible, et l'édition actuelle sont pratiquement semblables à la troisième.
 
Salt Lake City, Utah 
Octobre 1922 
James E. Talmage
 
 
AVERTISSEMENT DES TRADUCTEURS
 
Dans la traduction nous avons employé la nouvelle version Segond révisée de la Bible (Bible à la Colombe, 1978). Cependant quand le sens de la version du roi Jacques, utilisée par l'auteur, diffère de la version française, nous avons traduit le texte anglais littéralement. Pour les citations des Articles de Foi, nous avons utilisé l'édition de 1962.
 
 
TABLE DES MATIÈRES
 
1. INTRODUCTION 
Historicité de Jésus le Christ. - Étendue et objectif du présent traité.
 
2. PRÉEXISTENCE ET PRÉORDINATION DU CHRIST
Existence pré-mortelle des esprits. - Le conseil primitif des cieux. - Révolte de Lucifer. - Sa défaite et son expulsion. - Le libre arbitre de l'homme est assuré. - Le Fils bien-aimé choisi comme Sauveur et Rédempteur de l'humanité.
 
3. BESOIN D'UN RÉDEMPTEUR
Esprits de capacités diverses. - L'introduction du péché dans le monde est prédite. - La prescience de Dieu n'est pas une cause déterminante. - Création de l'homme dans la chair. - Chute de l'homme. - L'Expiation est nécessaire. - Jésus-Christ, seul Être éligible comme Rédempteur et Sauveur. - La résurrection universelle est prévue.
 
4. DIVINITÉ PRÉMORTELLE DU CHRIST
La Divinité - Jésus-Christ, Parole de la puissance. - Jésus-Christ, le Créateur. - Jéhovah. - L'Éternel, Je Suis. - Proclamations sur Jésus-Christ par le Père.
 
5. PRÉDICTION DE L'AVÈNEMENT TERRESTRE DU CHRIST
Prophéties bibliques. - Révélation à Énoch. - Prédiction du prophète par Moïse. - Les sacrifices sont des préfigurations. Prédictions du Livre de Mormon.
 
6. LE MIDI DES TEMPS
Signification de cette expression. - Sommaire de l'histoire d'Israël. - Les juifs, vassaux de Rome. -Scribes et rabbis. - Pharisiens et Sadducéens. - Autres confessions et partis.
 
7. GABRIEL ANNONCE JEAN ET JÉSUS
Visitation angélique à Zacharie. - Naissance de Jean le précurseur. - Annonciation à Marie la Vierge. - Marie et Joseph. - Leurs généalogies. - Jésus-Christ héritier du trône de David.
 
8. L'ENFANT DE BETHLÉHEM
Naissance de Jésus-Christ. - Sa présentation au temple. - Visite des mages. - Les desseins mauvais d'Hérode. - L'Enfant emmené en Égypte. - La naissance du Christ révélée aux Néphites. - Date de la naissance.
 
9. LE JEUNE GARÇON DE NAZARETH
Jésus sera appelé Nazaréen. - Au temple à l'âge de douze ans. - Jésus et les docteurs de la loi. - Jésus de Nazareth.
 
10. DANS LE DÉSERT DE JUDÉE
Jean-Baptiste. - La voix dans le désert. - Baptême de Jésus. - Proclamation du Père. - Descente du Saint-Esprit. - Le signe de la colombe. - Tentation du Christ.
 
11. DE JUDÉE EN GALILÉE
Témoignage de Jean-Baptiste sur le Christ. - Premiers disciples. - Le Fils de l'homme, signification du titre. - Le miracle de la transformation de l'eau en vin. - Les miracles en général.
 
12. PREMIERS INCIDENTS DU MINISTÈRE PUBLIC DE NOTRE SEIGNEUR
Première purification du temple. - Jésus et Nicodème. - Les disciples de Jean-Baptiste en conflit. - Jean fait l'éloge du Christ et répète son témoignage à son sujet.
 
13. HONORÉ DES ÉTRANGERS, REJETÉ DES SIENS
Jésus et la Samaritaine. - Parmi les Samaritains. - Pendant qu'il est à Cana, le Christ guérit le fils d'un noble à Capernaüm. - À Nazareth, le Christ prêche à la synagogue. - Les Nazaréens essaient de le tuer. - Démons soumis à Capernaüm. - Possession par les démons.
 
14. SUITE DU MINISTÈRE DE NOTRE SEIGNEUR EN GALILÉE
Guérison d'un lépreux. - La lèpre. - Un paralytique guéri et pardonné. - Accusation de blasphème. - Les publicains et les pécheurs. - Les vieux vêtements, les vieilles outres et les nouvelles. - Appel préliminaire de disciples. - Pêcheurs d'hommes.
 
15. SEIGNEUR DU SABBAT
Le sabbat tout particulièrement sacré pour Israël. - Un invalide guéri le jour du sabbat. - Accusation des Juifs et réponse du Seigneur. - Des disciples accusés d'enfreindre le sabbat. - Guérison d'un homme à la main sèche le jour du sabbat.
 
16. LE CHOIX DES DOUZE
Leur appel et leur ordination. - Les Douze examinés l'un après l'autre. - Leurs caractéristiques en général. - Disciples et apôtres.
 
17. LE SERMON SUR LA MONTAGNE
Les béatitudes. - Dignité et responsabilité dans le ministère. - La loi mosaïque remplacée par L'Évangile du Christ. - La sincérité d'intentions. - L'oraison dominicale. - La véritable richesse. - Promesse et nouvelle assurance. - Écouter et agir.
 
18. AVEC AUTORITÉ
Guérison du serviteur du centurion. - Résurrection du jeune homme de Naïn. - Message de Jean-Baptiste à Jésus. - Commentaires du Seigneur à ce sujet. - Mort de Jean-Baptiste. - Jésus dans la maison de Simon le Pharisien. - Une femme pénitente pardonnée. - L'autorité du Christ attribuée à Béelzébul. - Le péché contre le Saint-Esprit. - Ceux qui cherchent un signe.
 
19. « IL LEUR PARLA EN PARABOLES SUR BEAUCOUP DE CHOSES »
Le semeur. - Le blé et l'ivraie. - La semence qui grandit en secret. - Le grain de sénevé. - Le levain - Le trésor caché. - La perle de grand prix. - Le filet de l'Évangile. - La raison pour laquelle le Seigneur enseigne par paraboles. - Les paraboles en général.
 
20. « SILENCE ! TAIS-TOI ! »
Candidats disciples. - Jésus calme la tempête. - Il apaise les démons dans la région de Gadara. - Résurrection de la fille de Jaïrus. - Rendre à la vie et ressusciter. - Une femme guérie au milieu de la foule. - Les aveugles voient et les muets parlent.
 
21. LA MISSION APOSTOLIQUE ET LES ÉVÉNEMENTS QUI S'Y RAPPORTENT
Jésus retourne à Nazareth. Les Douze chargés de mission et envoyés. - Leur retour. - Première multiplication des pains. - Le miracle de la marche sur l'eau. - Les gens cherchent le Christ pour avoir encore du pain et des poissons. - Le Christ, pain de vie. - Beaucoup de disciples se détournent de lui.
 
22. UNE PÉRIODE D'OPPOSITION CROISSANTE
Ablutions cérémonielles. - Les Pharisiens réprimandés. - Jésus sur le territoire de Tyr et de Sidon. - Guérison de la fille d'une Syro-phénicienne. - Miracles accomplis sur les côtes de la Décapole. - Deuxième multiplication des pains. - Encore des chercheurs de signes. - Le levain des Pharisiens, des Sadducéens et des Hérodiens. - La grande confession de Pierre : « Tu es le Christ ».
 
23. LA TRANSFIGURATION
Visitation de Moïse et d'Élie. - Le Père proclame de nouveau le Fils. - Les apôtres reçoivent temporairement l'interdiction de témoigner au sujet de la Transfiguration. - Élias et Élie. - La moindre prêtrise et la prêtrise supérieure.
 
24. DU SOLEIL À L'OMBRE
Un jeune démoniaque guéri. - Autre prédiction de la mort et de la résurrection du Christ. - L'argent du tribut fourni par un miracle. - L'humilité illustrée par un petit enfant. - Parabole de la brebis perdue. - Au nom du Christ. - Mon frère et moi. - Parabole du serviteur impitoyable.
 
25. JÉSUS DE RETOUR À JÉRUSALEM
Départ de Galilée. - À la fête des Huttes. - Autre accusation de profanation du sabbat. - L'eau vive pour ceux qui ont spirituellement soif. - Plans pour arrêter Jésus. - Nicodème proteste. - Une femme prise en flagrant délit d'adultère. - Le Christ, lumière du monde. - La vérité affranchira les hommes. - Le Christ plus ancien qu'Abraham. - La vue rendue un jour de sabbat. - La cécité physique et spirituelle. - Berger et gardien de troupeaux. Le Christ, le bon berger. - Son pouvoir inhérent sur la vie et la mort. - Des brebis d'une autre bergerie.
 
26. LE MINISTÈRE DE NOTRE SEIGNEUR EN PÉRÉE ET EN JUDÉE
Jésus rejeté en Samarie. - Jacques et Jean réprimandés pour leur désir de vengeance. - Les soixante-dix chargés de mission et envoyés. - Leur retour. - Question d'un docteur de la loi. - Parabole du bon Samaritain. - Marthe et Marie. - Demandez et vous recevrez. - Parabole de l'ami à minuit. - Critique contre les Pharisiens et les docteurs de la loi. - Parabole du mauvais riche. - Ceux qui ne se repentent pas périront. - Parabole du figuier stérile. Une femme guérie le jour du sabbat. - Y en aura-t-il beaucoup ou peu qui seront sauvés ? - Jésus averti du dessein d'Hérode.
 
27. SUITE DU MINISTÈRE PÉRÉEN ET JUDÉEN
Chez l'un des principaux Pharisiens. - Parabole du grand banquet. - Le calcul des frais. - Le salut même pour les publicains et les pécheurs. - Répétition de la parabole de la brebis perdue. - De la drachme perdue. - Du fils prodigue. - Du serviteur paresseux. - Du riche et de Lazare. - Des serviteurs inutiles. - Guérison de dix lépreux. - Parabole du Pharisien et du publicain. - Sur le mariage et le divorce. - Jésus et les petits enfants. - Le jeune homme riche. - Les premiers peuvent être les derniers et les derniers les premiers. - Parabole des ouvriers de la vigne.
 
28. LE DERNIER HIVER
À la fête de la Dédicace. - Les brebis connaissent la voix du berger. - Le Seigneur se retire en Pérée. - Lazare ressuscité des morts. - La hiérarchie juive agitée par le miracle. - Prophétie de Caïphe, le souverain sacrificateur. - Jésus se retire en Éphraïm.
 
29. EN ROUTE POUR JÉRUSALEM
Jésus prédit de nouveau sa mort et sa résurrection. - Demande ambitieuse de Jacques et de Jean. - Un aveugle retrouve la vue près de Jéricho. - Zachée, chef des péagers. - Parabole des mines. - Le souper dans la maison de Simon le lépreux. - Hommage de Marie oignant Jésus. - Protestation de l'Iscariot. - L'entrée triomphale du Christ à Jérusalem. - Certains Grecs cherchent un entretien avec Jésus. - La voix du ciel.
 
30. JÉSUS RETOURNE QUOTIDIENNEMENT AU TEMPLE
Malédiction d'un figuier feuillu mais stérile. - Deuxième purification du temple. - Des enfants crient Hosanna. - L'autorité du Christ mise en question par les dirigeants. - Parabole des deux fils. - De mauvais vignerons. - La pierre rejetée sera la principale de l'angle. - Parabole des noces royales. - L'habit de noce manque.
 
31. FIN DU MINISTÈRE PUBLIC DE NOTRE SEIGNEUR
Conspiration des Pharisiens et des Hérodiens. - César doit recevoir son dû. - L'image sur la pièce de monnaie. - Les Sadducéens et la résurrection. - Mariages, lévirat. - Le grand commandement. - Jésus se fait questionneur. - Dénonciation flétrissante des scribes et des Pharisiens hypocrites. - Lamentation sur Jérusalem. - L'obole de la veuve. - Le Christ quitte le temple pour la dernière fois. - Prédiction de la destruction du temple.
 
32. AUTRES ENSEIGNEMENTS AUX APÔTRES
Prophéties relatives à la destruction de Jérusalem et à l'avènement futur du Seigneur. - Veillez ! - Parabole des dix vierges. - Des talents. - Le jugement inévitable. - Autre prédiction précise de la mort imminente du Seigneur.
 
33. LA DERNIÈRE CÈNE ET LA TRAHISON
Judas Iscariot conspire avec les Juifs. - Préparation pour la dernière Pâque du Seigneur. - La dernière cène de Jésus avec les Douze. - Le traître est désigné. - L'ordonnance du lavement des pieds. - Le sacrement de la Cène du Seigneur. - Le traître sort dans la nuit. - Un discours après la Cène. - La prière sacerdotale. - L'agonie du Seigneur à Gethsémané. - La trahison et l'arrestation.
 
34. LE PROCÈS ET LA CONDAMNATION
Le procès juif. - Le Christ devant Anne et Caïphe. - Le jugement illégal pendant la nuit. - La session du matin. - Faux témoins et condamnation injuste. - Pierre renie son Seigneur. - Le Christ amené pour la première fois devant Pilate. - Devant Hérode. Deuxième comparution devant Pilate. - Pilate cède aux clameurs juives. - La sentence de la crucifixion. - Suicide de Judas Iscariot.
 
35. LA MORT ET L'ENSEVELISSEMENT
Sur le chemin du Calvaire. - Le Seigneur s'adresse aux filles de Jérusalem. - La crucifixion. - Événements qui se déroulent entre la mort et l'ensevelissement du Seigneur. - L'ensevelissement. - Le sépulcre gardé.
 
36. DANS LE ROYAUME DES ESPRITS DÉSINCARNÉS
Réalité de la mort du Seigneur. - État des esprits entre la mort et la résurrection. - Le Sauveur parmi les morts. - L'Évangile prêché aux esprits en prison.
 
37. LA RÉSURRECTION ET L'ASCENSION
Le Christ ressuscité. - Les femmes au sépulcre. - Communications angéliques. - Le Seigneur ressuscité vu par Marie-Madeleine. - Et par les autres femmes. - La conspiration du mensonge par les prêtres. - Le Seigneur et deux disciples sur la route d'Emmaüs. - Il apparaît à des disciples à Jérusalem et il mange en leur présence. - Thomas l'incrédule. - Le Seigneur apparaît aux apôtres au lac de Tibériade. - Autres manifestations en Galilée. - Mission finale confiée aux apôtres. - L'ascension.
 
38. LE MINISTÈRE APOSTOLIQUE
Ordination de Matthias à l'apostolat. - Le Saint-Esprit est donné à la Pentecôte. - La prédication des apôtres. - Emprisonnés et mis en liberté. - Recommandation de Gamaliel au conseil. - Étienne, son martyre. - Saul de Tarse, sa conversion. - Il devient Paul l'apôtre. - Le livre de Jean le Révélateur. - Fin du ministère apostolique.
 
39. LE MINISTÈRE DU CHRIST RESSUSCITÉ SUR LE CONTINENT AMÉRICAIN
La mort du Seigneur signalée par de grandes calamités sur le continent américain. - On entend la voix du Seigneur Jésus-Christ. - Ses visites aux Néphites. - Les douze Néphites. - Le baptême parmi les Néphites. - Accomplissement de la loi de Moïse. - Le discours aux Néphites comparé au sermon sur la montagne. - Le sacrement du pain et du vin institué parmi les Néphites. - Nom de l'Église du Christ. - Les trois Néphites. - Croissance de l'Église. - Apostasie finale de la nation néphite.
 
40. LA LONGUE NUIT DE L'APOSTASIE
La grande apostasie prédite. - Apostasie individuelle depuis l'Église. - Apostasie de l'Église. - Constantin fait du christianisme la religion d'État. - Prétentions papales à l'autorité séculière. - La tyrannie de l'Église. - L'âge des ténèbres. - La révolte inévitable. - La Réforme. - Naissance de l'Église anglicane. - Le catholicisme et le protestantisme. - Affirmation de l'apostasie. - La mission de Colomb et des Pères Pèlerins prédite dans les Écritures anciennes. - Accomplissement des prophéties. - L'établissement de la nation américaine prévu.
 
41. MANIFESTATIONS PERSONNELLES DE DIEU, LE PÈRE ÉTERNEL, ET DE SON FILS, JÉSUS-CHRIST, DANS LES TEMPS MODERNES
Une nouvelle dispensation de l'Évangile. - La perplexité de Joseph Smith à propos des luttes des Églises. - Le Père éternel et son Fils Jésus-Christ apparaissent à Joseph Smith et l'instruisent personnellement. - Les apparitions de Moroni. - Le Livre de Mormon. - Rétablissement de la Prêtrise d'Aaron par Jean-Baptiste, - Rétablissement de la Prêtrise de Melchisédek par Pierre, Jacques et Jean. - L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. - Manifestations divines dans le temple de Kirtland. - Apparition du Seigneur Jésus-Christ. - L'autorité appropriée des anciennes dispensations de l'Évangile conférée par Moïse, Élias et Élie. - La sainte prêtrise opère maintenant sur la terre.
 
42. JÉSUS LE CHRIST REVIENDRA
Prédictions anciennes du second avènement du Seigneur. - La révélation moderne affirme la même chose. - Aujourd'hui et demain. - Le jour grand et redoutable est proche. - Le royaume de Dieu et le royaume des cieux. - Le millénium. - La fin céleste.
 
 
CHAPITRE 1 : INTRODUCTION
 
C'est un fait historique que, au commencement ou vers le commencement de ce que l'on a appelé, depuis, l'ère chrétienne, l'homme Jésus, surnommé le Christ, naquit à Bethléhem en Judée [1]. Les données principales de sa naissance, de sa vie et de sa mort sont tellement bien attestées qu'il serait déraisonnable de les mettre en doute ; ce sont des faits consignés par écrit, que le monde civilisé en général accepte comme essentiellement authentiques. Il y a, il est vrai, des diversités d'interprétation provenant de ce que l'on a découvert de prétendues divergences dans les documents du passé sur des détails secondaires ; mais ces différences sont d'une importance strictement mineure, car aucune d'elles ni leur ensemble ne jette la moindre ombre de doute rationnel sur l'historicité de l'existence terrestre de l'homme que l'on appelle dans la littérature Jésus de Nazareth.
 
Quant au point de savoir qui et ce qu'il était, des dissensions profondes et importantes séparent les opinions des hommes ; et ces divergences de conception et de foi sont les plus prononcées dans les domaines les plus importants. Les témoignages solennels de millions de morts et de millions de vivants s'accordent pour le proclamer divin, Fils du Dieu vivant, Rédempteur et Sauveur du genre humain, juge éternel des âmes des hommes, l'Élu et l'Oint du Père - bref, le Christ. Il en est d'autres qui nient sa divinité tout en exaltant ses qualités humaines sans pareilles.
 
Pour l'historien, cet homme d'entre les hommes se tient premier, sublime et seul : personnalité directrice dans le progrès du monde. Jamais l'humanité n'a produit de chef de son envergure. Si on le considère exclusivement comme personnage historique, il est unique. Estimé à l'étalon du jugement humain, Jésus de Nazareth est suprême parmi les hommes en raison de l'excellence de sa personnalité, de la simplicité, de la beauté et de la valeur réelle de ses préceptes, ainsi que de l'influence de son exemple et de ses enseignements sur le progrès du genre humain. À ces caractéristiques distinctives d'une grandeur sublime, l'âme chrétienne pieuse ajoute un attribut qui surpasse de loin la somme de tous les autres : la divinité de l'origine du Christ et la réalité éternelle de son état de Seigneur et de Dieu.
 
L'incroyant et le chrétien reconnaissent sa suprématie comme homme et respectent l'importance historique de sa naissance. Le Christ naquit au midi des temps [2] et sa vie sur la terre marqua immédiatement le point culminant du passé et l'inauguration d'une ère qui allait se distinguer par l'espoir, l'effort et les réalisations humaines. Son avènement détermina un nouvel ordre dans le calcul des années ; et par consentement commun, les siècles qui ont précédé sa naissance ont été comptés en rétrogradant à partir de l'événement pivot et sont désignés en conséquence. L'accession des dynasties au pouvoir et leur chute, la naissance et la dissolution des nations, tous les cycles de l'histoire : guerres et paix, prospérité et adversité, santé et épidémies, périodes d'abondance et de famine, tremblements de terre et tempêtes terribles, triomphes de l'invention et de la découverte, les importantes périodes où l'homme a progressé vers le divin et les longues périodes où il est tombé dans l'incroyance - tous les événements qui font l'histoire - sont enregistrés dans toute la chrétienté par rapport à l'année précédant ou suivant la naissance de Jésus-Christ.
 
Sa vie terrestre couvrit une période de trente-trois ans ; et il n'en passa que trois comme maître reconnu ouvertement engagé dans les activités du ministère public. Il subit une mort violente avant de parvenir à ce que nous considérons maintenant comme la force de l'âge. Peu le connurent personnellement, et sa célébrité de personnage mondial ne devint générale qu'après sa mort.
 
Un bref récit de quelques-unes de ses paroles et de ses oeuvres nous a été conservé ; et ce document, quelque fragmentaire et incomplet qu'il soit, est estimé à bon droit comme le plus grand trésor du monde. L'histoire la plus ancienne et la plus étendue de son existence mortelle se trouve dans la compilation des Écritures que l'on appelle le Nouveau Testament ; en effet les historiens laïques de son temps ne disent pas grand-chose de lui. Mais si peu nombreuses et si brèves que soient les allusions que font sur lui les écrivains non scripturaires de l'époque qui suivit immédiatement celle de son ministère, on en trouve suffisamment pour confirmer le document sacré en ce qui concerne la réalité et la période de l'existence terrestre du Christ.
 
Aucune biographie adéquate de Jésus enfant ou homme n'a été ni ne peut être écrite, pour la bonne raison que nous n'avons pas toutes les données. Néanmoins il n'a jamais vécu d'homme à propos duquel on ait parlé et chanté davantage, à qui une plus grande proportion de la littérature du monde ait été consacrée. Il est exalté par les chrétiens, les musulmans et les juifs, par les sceptiques et les infidèles, par les plus grands poètes, philosophes, hommes d'État, savants et historiens du monde. Même le pécheur impie acclame, dans le sacrilège misérable de son juron, la suprématie divine de celui dont il profane le nom.
 
Le but du présent traité est d'examiner la vie et la mission de Jésus en sa qualité de Christ. Dans cette entreprise nous serons guidés par la lumière des Écritures anciennes et modernes ; et ainsi conduits, nous découvrirons, dès les premiers stades de notre itinéraire, que la parole de Dieu révélée à notre époque éclaire d'une manière efficace les Écritures saintes des temps anciens, et ce, dans beaucoup de domaines du plus profond intérêt [3].
 
Au lieu de commencer notre étude par la naissance terrestre du saint Enfant de Bethléhem, nous allons examiner le rôle que joua le Premier-Né de Dieu dans les conseils primitifs des cieux, à l'époque où il fut élu et ordonné Sauveur de la race à naître des mortels, Rédempteur d'un monde qui était alors dans les stades formatifs de son développement. Nous allons l'étudier en ses qualités de Créateur du monde, Parole de la Puissance par l'intermédiaire de laquelle les objectifs du Père éternel furent réalisés dans la préparation de la terre pour servir de demeure à ses myriades d'enfants spirituels au cours de la période désignée pour l'épreuve mortelle. Jésus-Christ était et est Jéhovah, le Dieu d'Adam et de Noé, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu d'Israël, le Dieu au nom duquel les prophètes de tous les temps ont parlé, le Dieu de toutes les nations et celui qui régnera sur la terre comme Roi des rois et Seigneur des seigneurs.
 
Sa naissance étonnante, et cependant naturelle, sa vie immaculée dans la chair et sa mort volontaire, sacrifice consacré pour les péchés de l'humanité, réclameront notre respectueuse attention, de même que le service rédempteur qu'il a rendu au monde des esprits désincarnés, sa résurrection littérale de la mort corporelle à l'immortalité, ses diverses apparitions aux hommes sur deux continents et son ministère constant en tant que Seigneur ressuscité, le rétablissement de son Église grâce à sa présence personnelle et à celle du Père éternel dans les derniers jours (« les derniers jours », expression scripturale ; voir Actes 2:17 ; 2 Tim. 3:1 ; 2 P. 3:3, ndlr), et son apparition dans son temple à notre époque. Tous ces événements du ministère du Christ sont déjà du passé. Les recherches que nous nous proposons de faire nous conduiront encore plus loin, dans l'avenir sur lequel les écrits nous donnent la parole de la révélation divine. Nous examinerons les conditions qui régneront lors du retour du Seigneur en puissance et en gloire pour inaugurer la domination du royaume des cieux sur la terre, et pour introduire le millénium de paix et de justice qui a été prédit. Et nous le suivrons plus loin encore, à travers le conflit post-millénaire entre les puissances du ciel et les puissances de l'enfer, jusqu'à la fin de sa victoire sur Satan, le péché et la mort, au moment où il présentera la terre glorifiée et ses armées sanctifiées, sans tache et célestialisées au Père.
 
L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours affirme qu'elle possède l'autorité divine d'utiliser le nom sacré, Jésus-Christ, comme partie essentielle de son intitulé. Étant donné cette prétention sublime, il est pertinent de demander quel message spécial ou particulier l'Église a pour le monde à propos du Rédempteur et du Sauveur du genre humain, et ce qu'elle peut dire pour justifier son affirmation solennelle, ou pour prouver son nom et son titre. À mesure que nous progresserons dans notre étude, nous verrons que l'on trouve, parmi les enseignements particuliers de l'Église concernant le Christ, ce qui suit :
 
1) Sa mission est constante et identique à toutes les époques : cela implique nécessairement sa préexistence et sa préordination ; 2) il était Dieu dans sa vie prémortelle ; 3) sa naissance dans la chair fut le résultat naturel de l'union d'un être divin et d'un être mortel ; 4) il mourut et ressuscita littéralement, événement dont le résultat est que le pouvoir de la mort sera finalement vaincu ; 5) l'expiation qu'il accomplit fut littérale et indique que si l'individu veut parvenir au salut, il est absolument nécessaire qu'il se soumette aux lois et aux ordonnances de son Évangile ; 6) sa prêtrise a été rétablie ainsi que son Église à notre époque ; 7) il reviendra assurément sur la terre dans un proche avenir, en puissance et avec grande gloire, régner en personne dans son corps comme Seigneur et Roi.
 
 [1] Pour l'année où le Christ est né, voir chapitre 8.
 [2] Voir chapitre 6.
 [3] La sainte Bible, le Livre de Mormon, Doctrine et Alliances et la Perle de grand prix constituent les ouvrages canoniques de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Nous les citerons au même titre comme Écritures dans les pages suivantes, car c'est ce qu'ils sont. 
 
 
 
CHAPITRE 2 : PRÉ-EXISTENCE ET PRÉ-ORDINATION DU CHRIST
 
Nous affirmons, en vertu des saintes Écritures, que l'être qui est connu parmi les hommes sous le nom de Jésus de Nazareth, et par tous ceux qui reconnaissent sa divinité comme Jésus-Christ, existait avec le Père avant sa naissance dans la chair ; et que dans l'état pré-existant il fut choisi et ordonné pour être le seul et unique Sauveur et Rédempteur du genre humain. Pour qu'il y ait pré-ordination, la condition essentielle est qu'il y ait préexistence ; c'est pourquoi les Écritures qui se rapportent à l'une se rapportent également à l'autre ; en conséquence, dans notre présentation nous n'essayerons pas de séparer les preuves qui s'appliquent à la préexistence du Christ ou à sa pré-ordination.
 
Jean, le Révélateur, contempla en vision certaines des scènes qui s'étaient produites dans le monde spirituel avant le commencement de l'histoire humaine. Il vit des luttes et des querelles entre la loyauté et la révolte, les armées qui défendaient la première conduites par Michel, l'archange, et les forces rebelles gouvernées par Satan, que l'on appelle également le diable, le serpent et le dragon. Nous lisons : « Il y eut une guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent le dragon. Le dragon combattit, lui et ses anges. » [1]
 
Dans ce combat entre armées non incarnées, les forces étaient inégalement réparties ; Satan n'attira sous sa bannière que le tiers des enfants de Dieu, qui sont symbolisés par le titre les « étoiles du ciel » [2] ; la majorité combattit avec Michel, ou du moins s'abstint de toute opposition active, accomplissant ainsi l'objectif de leur « premier état » ; tandis que les anges qui se rangeaient aux côtés de Satan « ne gardèrent pas leur premier état » [3] et se disqualifièrent ainsi pour obtenir des possibilités glorieuses d'un état avancé ou « second état » [4]. La victoire sourit à Michel et à ses anges ; et Satan ou Lucifer, qui était jusqu'alors un « fils du matin », fut chassé du ciel, oui, « il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui » [5]. Le prophète Ésaïe, à qui ces événements capitaux avaient été révélés quelque huit siècles avant l'époque des écrits de Jean, se lamente en une douleur inspirée sur la chute d'un être si grand et indique que la cause en fut l'ambition égoïste : « Quoi donc ! tu es tombé du ciel, (Astre) brillant, fils de l'aurore ! Tu es abattu à terre, toi le dompteur des nations ! Tu disais en ton cœur : je monterai au ciel, j'élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu, je siégerai sur la montagne de la Rencontre (des dieux) au plus profond du nord ; je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très-Haut. Mais tu as été précipité dans le séjour des morts au plus profond d'une fosse [6] »
 
On verra pourquoi nous citons ces Écritures dans le cadre de notre présente étude, si l'on examine la cause de cette grande lutte : la situation qui amena cette guerre dans les cieux. D'après les paroles d'Ésaïe, il est clair que Lucifer, qui possédait déjà un rang exalté, chercha à s'agrandir sans tenir compte des droits et de la liberté des autres. Le problème est présenté, en des termes sur lesquels nul ne peut se méprendre, dans une révélation donnée à Moïse et répétée par l'intermédiaire du premier prophète de notre époque : « Et moi, le Seigneur Dieu, je parlai à Moïse, disant : Ce Satan que tu as commandé au nom de mon Fils unique, est celui-là même qui était dès le commencement, et il vint devant moi disant : Me voici, envoie-moi, je serai ton fils et je rachèterai toute l'humanité, de sorte que pas une âme ne sera perdue, et je le ferai certainement ; c'est pourquoi donne-moi ton honneur. Mais, voici, mon Fils bien-aimé, qui était mon Bien-aimé et mon Élu depuis le commencement, me dit : Père, que ta volonté soit faite, et que la gloire t'appartienne à jamais. C'est pourquoi, parce que Satan s'était révolté contre moi, qu'il avait cherché à détruire le libre arbitre de l'homme, que moi, le Seigneur Dieu, je lui avais donné, et aussi parce qu'il voulait que je lui donne mon pouvoir, par le pouvoir de mon Fils unique, je le fis précipiter du ciel ; et il devint Satan, oui, à savoir le diable, le père de tous les mensonges, pour tromper et aveugler les hommes, et mener captifs à sa volonté tous ceux qui ne voudraient pas écouter ma voix. » [7]
 
Nous voyons ainsi qu'avant que l'homme ne soit placé sur la terre, combien de temps avant, nous ne le savons pas, le Christ et Satan, en même temps que les armées des enfants spirituels de Dieu, existaient en tant qu'individus intelligents [8], possédant la faculté et le pouvoir de choisir la voie qu'ils poursuivraient et les dirigeants qu'ils se donneraient et auxquels ils obéiraient [9]. Il ne fait pas de doute que, dans cette grande assemblée d'intelligences spirituelles, on discuta du plan du Père selon lequel ses enfants devaient être avancés à leur deuxième état. La possibilité qui fut ainsi placée à la portée des esprits qui devaient avoir l'avantage de prendre un corps sur la terre était si transcendantalement glorieuse que ces multitudes célestes éclatèrent en chants d'allégresse et poussèrent des cris de joie [10].
 
Le plan dictatorial de Satan, aux termes duquel tous seraient amenés sains et saufs à travers la vallée de la mortalité, privés de la liberté d'agir et du libre arbitre de choisir, tellement limités qu'ils seraient obligés de faire le bien - qu'aucune âme ne serait perdue - fut rejeté ; et l'humble offre de Jésus, le Premier-Né, d'assumer la mortalité et de vivre parmi les hommes pour être leur Exemple et leur Maître, respectant la sainteté du libre arbitre de l'homme mais enseignant aux hommes à utiliser correctement cet héritage divin, fut accepté. Cette décision amena la guerre, qui eut pour résultat la défaite de Satan et de ses anges, lesquels furent chassés et privés des avantages sans limites afférents à l'état mortel ou deuxième état.
 
L'être qui naquit plus tard dans la chair, Fils de Marie, Jésus, joua un rôle important dans cet auguste conseil des anges et des Dieux, et c'est là qu'il fut ordonné par le Père pour être le Sauveur de l'humanité. Du point de vue du temps, le terme étant utilisé dans le sens de toute la durée du passé, c'est la première mention que nous ayons de la présence du Premier-Né parmi les fils de Dieu ; pour nous qui lisons, cela marque le début de l'histoire écrite de Jésus le Christ [11].
 
Bien que les Écritures de l'Ancien Testament abondent en promesses que le Christ viendra réellement dans la chair, elles sont moins claires au sujet de son existence pré-mortelle. Vivant encore sous la loi et n'étant pas encore prêts à recevoir l'Évangile, les enfants d'Israël considéraient le Messie comme quelqu'un qui naîtrait dans le lignage d'Abraham et de David, ayant le pouvoir de les libérer de leurs fardeaux personnels et nationaux et de vaincre leurs ennemis. En général le peuple ne se rendait que très vaguement compte, à supposer qu'il pût même le concevoir, que le Messie était bel et bien le Fils élu de Dieu, qui était avec le Père depuis le commencement. Être déjà revêtu de puissance et de gloire dans son existence pré-mortelle ; et bien que la grande vérité fût révélée [12] à des prophètes spécialement commissionnés dans les responsabilités et les droits de la sainte prêtrise, ceux-ci la transmettaient au peuple plutôt dans le langage de l'image et de la parabole qu'en des paroles claires et directes. Néanmoins les témoignages des évangélistes et des apôtres, l'attestation du Christ lui-même tandis qu'il était dans la chair et les révélations données à notre époque nous fournissent des preuves scripturaires en suffisance.
 
Dans les lignes introductrices de l'évangile de Jean, l'apôtre, nous lisons : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle... La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père. » [13]
 
Ce passage est simple, précis et sans équivoque. Nous pouvons raisonnablement donner à l'expression « Au commencement » la même signification qui y est attachée dans la première ligne de la Genèse ; et pareil sens doit indiquer une époque antérieure aux stades les plus reculés de l'existence humaine sur la terre. Le passage affirme clairement que la Parole est Jésus-Christ, qui était avec le Père dans ce commencement et qui était revêtu lui-même du pouvoir et du rang de la Divinité, qu'il vint dans le monde et demeura parmi les hommes. Ces déclarations sont confirmées par une révélation donnée à Moïse dans laquelle il lui fut permis de voir un grand nombre d'entre les créations de Dieu et d'entendre la voix de Dieu commenter les choses qui avaient été faites : « Et je les ai créées par la parole de mon pouvoir, qui est mon fils unique, lequel est plein de grâce et de vérité. » [14]
 
Jean l'apôtre affirme à plusieurs reprises la préexistence du Christ et son autorité et sa puissance dans l'état prémortel [15]. Le témoignage de Paul [16] et celui de Pierre sont formulés dans le même sens. Instruisant les saints du fondement de leur foi, le dernier apôtre nommé souligna qu'ils n'assureraient pas leur rédemption par des choses corruptibles ni par l'observance extérieure de rites prescrits par la tradition, « mais par le sang pré cieux de Christ, comme d'un agneau sans défaut et sans tache ; il a été désigné d'avance, avant la fondation du monde, et manifesté à la fin des temps, à cause de vous » [17].
 
Il y a quelque chose de plus impressionnant et d'encore plus concluant : les témoignages personnels du Sauveur sur sa vie pré-mortelle et la mission dont il avait été chargé parmi les hommes. Nul ne peut accepter que Jésus est le Messie et rejeter logiquement ces preuves de sa nature éternelle. Un jour que les Juifs se disputaient entre eux dans la synagogue et murmuraient parce qu'ils ne parvenaient pas à comprendre correctement ce qu'il disait sur lui-même, et en particulier ce qui touchait sa parenté avec le Père, Jésus leur dit : « car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » Poursuivant ensuite la leçon qu'il basait sur le contraste entre la manne avec laquelle leurs pères avaient été nourris dans le désert et le pain de vie qu'il avait à offrir, il ajouta : « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel », et il déclara encore : « Le Père qui est vivant m'a envoyé. » Un grand nombre de ses disciples furent incapables de comprendre ses enseignements, et leurs plaintes lui arrachèrent les paroles : « Cela vous scandalise ? Et si vous voyiez le Fils de l'homme monter où il était auparavant ? » [18]
 
À certains Juifs corrompus, enveloppés du manteau de l'orgueil racial, qui se vantaient de descendre d'Abraham et qui cherchaient à excuser leurs péchés en se servant mal à propos du nom du grand patriarche, notre Seigneur proclama ainsi sa propre prééminence : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, moi, je suis » [19]. Nous traiterons plus loin du sens profond de cette remarque. Qu'il nous suffise pour les besoins présents de considérer que cette Écriture est une affirmation claire et nette de l'antériorité et de la suprématie du Seigneur par rapport à Abraham. Mais comme la naissance d'Abraham avait précédé celle du Christ de plus de dix-neuf siècles, cette antériorité devait se rapporter à un état d'existence précédant celui de la mortalité.
 
Lorsque le moment approcha où il devait être trahi, dans le dernier entretien qu'il eut avec les apôtres avant son expérience déchirante de Gethsémané, Jésus les consola en disant : « Car le Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé, et que vous avez cru que je suis sorti d'auprès de Dieu. Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; maintenant, je quitte le monde et je vais vers le Père » [20]. En outre, lorsqu'il déversa son cœur en prières pour ceux qui avaient été fidèles à leur témoignage de sa mission messianique, il fit au Père une invocation solennelle : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. Je t'ai glorifié sur la terre ; j'ai achevé l'œuvre que tu m'as donnée à faire. Et maintenant, toi, Père, glorifie-moi auprès de toi-même de la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût. » [21]
 
Les Écritures du Livre de Mormon prouvent en termes tout aussi clairs que le Christ eut une existence pré-mortelle et qu'il fut pré-ordonné à sa mission. Nous ne citerons ici qu'une des nombreuses preuves que l'on y trouve. Un ancien prophète, que le document appelle le frère de Jared [22], implora un jour le Seigneur en une supplication ardente : « Et le Seigneur lui dit : Crois-tu aux paroles que je dirai ? Et il répondit : Oui, Seigneur, je sais que tu dis la vérité, car tu es un Dieu de vérité, et tu ne peux mentir. Et quand il eut dit ces mots, voici, le Seigneur se montra à lui et dit : Parce que tu sais ces choses, tu es racheté de la chute ; c'est pourquoi tu es ramené en ma présence ; c'est pourquoi, je me montre à toi. Voici, je suis celui qui fut préparé depuis la fondation du monde pour racheter mon peuple. Voici, je suis Jésus-Christ. Je suis le Père et le Fils. En moi, toute l'humanité aura la lumière, et cela éternellement, même ceux qui croiront en mon nom ; et ils deviendront mes fils et mes filles. Et je ne me suis jamais montré à l'homme que j'ai créé, car jamais l'homme n'a cru en moi comme toi. Vois-tu que tu es créé à mon image ? Oui, même tous les hommes furent créés au commencement à ma propre image. Voici, ce corps, que tu vois maintenant, est le corps de mon esprit ; et j'ai créé l'homme selon le corps de mon esprit ; et j'apparaîtrai à mon peuple dans la chair exactement comme je t'apparais dans l'esprit » [23]. Les faits principaux que cette Écriture atteste et qui portent directement sur notre sujet actuel sont que le Christ se manifesta tandis qu'il se trouvait encore dans son état prémortel et qu'il déclara avoir été choisi pour être le Rédempteur, avant la fondation du monde.
 
La révélation qui nous a été transmise par les prophètes de Dieu à notre époque abonde en passages prouvant que le Christ fut désigné et ordonné dans le monde originel ; et le contenu tout entier de Doctrine et Alliances peut être cité comme témoin. Les exemples suivants sont particulièrement opportuns. Dans une révélation qu'il fit à Joseph Smith, le prophète, en mai 1833, le Seigneur déclara qu'il était celui qui était venu précédemment dans le monde venant du Père, et dont Jean avait témoigné qu'il était la Parole ; et il répète la vérité solennelle que lui, Jésus-Christ, « était au commencement, avant que le monde fût », et en outre qu'il était le Rédempteur qui était « venu dans le monde, parce que le monde avait été fait par lui », et qu'en lui étaient la vie et la lumière des hommes. On l'appelle encore le « Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité, savoir l'Esprit de vérité qui vint demeurer dans la chair ». Au cours de la même révélation, le Seigneur dit : « Et maintenant, en vérité, je vous le dis, j'étais au commencement avec le Père et je suis le Premier-né » [24]. Selon ce qu'atteste le prophète moderne, lors d'une précédente occasion, l'un de ses compagnons et lui furent éclairés par l'Esprit de telle sorte qu'ils furent à même de voir et de comprendre les choses de Dieu. Il précise : « À savoir ce qui était dès le commencement avant que le monde fût, qui fut institué par le Père, par l'intermédiaire de son Fils unique, qui était dès le commencement dans le sein du Père, de qui nous rendons témoignage ; et le témoignage que nous rendons est la plénitude de l'Évangile de Jésus-Christ, qui est le Fils, que nous avons vu et avec qui nous avons conversé dans la vision céleste » [25].
 
Le témoignage d'Écritures composées dans les deux hémisphères, celui des documents anciens et modernes, les paroles inspirées de prophètes et d'apôtres et les paroles du Seigneur lui-même proclament d'une seule voix la préexistence du Christ et son ordination comme Sauveur et Rédempteur de l'humanité choisi au commencement, oui, avant même la fondation du monde.
 
 [1] Ap 12:7, voir aussi versets 8 et 9.
 [2] Ap 12:4, voir aussi D&A 29:36-38 et 76:25-27.
 [3] Jude 6 (version du roi Jacques).
 [4] PGP, Abr 3:26.
 [5] Ap 12:9.
 [6] Es 14:12-15, comparer avec D&A 29:36-38 et 76:23-27.
 [7] PGP, Moïse 4:1-4, voir aussi Abr 3:27,28.
 [8] On trouvera une étude plus approfondie de la préexistence des esprits dans les Articles de Foi, de l'auteur, p. 234-238.
 [9] Note 1, fin du chapitre.
 [10] Jb 38:7 (version du roi Jacques).
 [11] Note 2, fin du chapitre.
 [12] Ps 25:14 ; Am 3:7.
 [13] Jn 1:1-3,14 ; voir aussi 1 Jn 1:1, 5:7 ; Ap 19:13 ; cf. D&A 93:1-17,21.
 [14] PGP, Moïse 1:32,33 ; voir aussi 2:5.
 [15] 1 Jn 1:1-3, 2:13,14, 4:9 ; Ap 3:14.
 [16] 2 Tm 1:9,10, Rm 16:25 ; Ep 1:4,3:9,11 ; Tt 1:2. Voir surtout Rm 3:25.
 [17] 1 P 1: 19,20.
 [18] Jn 6:38, 51, 57, 61, 62.
 [19] Jn 8:58 ; voir aussi 17:5,24 et comparer avec Ex 3:14.
 [20] Jn 16:27,28 ; voir aussi 13:3.
 [21] Jn 17:3-5 ; voir aussi versets 24,25.
 [22] Note 3, fin du chapitre.
 [23] LM, Eth 3:11-16. Voir aussi 1 Né 17:30, 19:7 ; 2 Né 9:5, 11:7, 25:12, 26:12 ; Mos 3:5, 4:2, 7:27, 13:34, 15: 1 ; AI 11: 40 ; HéI 14:12 ; 3 Né 9:15.
 [24] D&A 93:1-17,21.
 [25] D&A 76:13,14.
 
NOTES DU CHAPITRE 2
 
1. Intelligences hiérarchisées dans l'état prémortel : Une révélation divine à Abraham montre très clairement que les esprits des hommes existaient sous forme d'intelligences personnelles, à divers degrés de capacité et de force, avant l'inauguration de l'état mortel sur cette terre et même avant la création du monde comme demeure pouvant convenir aux êtres humains : « Or, le Seigneur m'avait montré, à moi, Abraham, les intelligences qui furent organisées avant que le monde fût ; et parmi toutes celles-là, il y en avait beaucoup de nobles et de grandes ; et Dieu vit ces âmes, il vit qu'elles étaient bonnes, et il se tint au milieu d'elles et dit : De ceux-ci je ferai mes gouverneurs. Car il se tint parmi ceux qui étaient esprits et il vit qu'ils étaient bons ; et il me dit : Abraham, tu es l'un d'eux ; tu fus choisi avant ta naissance » (PGP, Abraham 3:22,23).
 
Les passages de la révélation qui suivent immédiatement celui que nous venons de citer montrent que le Christ et Satan se trouvaient parmi les intelligences exaltées, et que le Christ fut choisi tandis que Satan fut rejeté, comme futur Sauveur de l'humanité : « Il y en avait un parmi eux qui était semblable à Dieu, et il dit à ceux qui étaient avec lui : Nous descendrons, car il y a de l'espace là-bas, nous prendrons de ces matériaux, et nous ferons une terre sur laquelle ceux-ci pourront habiter ; nous les mettrons ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera ; ceux qui gardent leur premier état recevront davantage ; ceux qui ne gardent pas leur premier état n'auront point de gloire dans le même royaume que ceux qui gardent leur premier état ; et ceux qui gardent leur second état recevront plus de gloire sur leur tête pour toujours et à jamais. Le Seigneur dit : Qui enverrai-je ? Un, qui était semblable au Fils de l'Homme, répondit : Me voici, envoie-moi. Et un autre répondit et dit : Me voici, envoie-moi. Le Seigneur dit : J'enverrai le premier. Le second fut irrité, et il ne conserva pas son premier état ; et ce jour-là beaucoup d'autres le suivirent » (versets 24-28).
 
2. Le conseil primitif des cieux : « Le Livre de la Genèse dit clairement que Dieu déclara : « Faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance » ; une autre fois encore, lorsque Adam eut pris le fruit défendu, le Seigneur dit : « Maintenant [ ... ] l'homme est devenu comme l'un de nous » ; et on peut en conclure directement que dans tout ce qui avait rapport à l'œuvre de la création du monde il y a eu consultation ; et bien que ce soit Dieu qui ait parlé comme la Bible le rapporte, il est cependant évident qu'il consultait d'autres personnages. Les Écritures nous disent qu'il y a « beaucoup de dieux et beaucoup de seigneurs, néanmoins pour nous, il n'y a qu'un seul Dieu, le Père » (1 Co 8:5). Et pour cette raison, bien que d'autres personnes aient été impliquées dans la création des mondes, celle-ci nous est rapportée dans la Bible sous la forme où elle se trouve ; car la plénitude de ces vérités n'est révélée qu'à des personnes hautement favorisées pour certaines raisons que Dieu connaît ; comme les Écritures nous le disent : « La pensée secrète de l'Éternel est pour ceux qui le craignent, et (cela) pour leur faire connaître son alliance » (Psaumes 25:14).
 
« Il est logique de croire que dans ce conseil des cieux on examina comme il se devait le plan qui devait être adopté à propos des fils de Dieu qui étaient alors esprits et n'avaient pas encore obtenu de tabernacles. Car à ce moment-là, nous dit-on, à la perspective de la création du monde et de son peuplement par des hommes pour leur permettre d'obtenir des tabernacles, d'obéir dans ces tabernacles aux lois de la vie, et d'être avec eux à nouveau exaltés parmi les Dieux, « Ies étoiles du matin éclataient en chants de triomphe, et [...] tous les fils de Dieu lançaient des acclamations ». La question se posa alors de savoir comment et selon quel principe le salut, l'exaltation et la gloire éternelle des fils de Dieu seraient réalisés. Il est évident que certains plans avaient été proposés et discutés à ce conseil, et qu'après une discussion complète de ces principes et la déclaration de la volonté du Père relativement à son dessein, Lucifer se présenta au Père avec un plan à lui, disant : « Me voici, envoie-moi, je serai ton fils et je rachèterai toute l'humanité, de sorte que pas une âme ne sera perdue, et je le ferai certainement ; c'est pourquoi donne-moi ton honneur. » Mais quand Jésus entendit cette déclaration de Lucifer, il dit : « Père, que ta volonté soit faite, et que la gloire t'appartienne à jamais. » Nous déduisons naturellement, à partir des remarques faites par le Fils bien-aimé, que dans la discussion de ce sujet, le Père avait révélé sa volonté et exposé son plan et son dessein, et tout ce que son Fils bien-aimé voulait faire c'était mettre à exécution la volonté de son Père, laquelle, semble-t-il, avait été exprimée précédemment. Il voulait aussi que la gloire en fût donnée à son Père qui, en sa qualité de Dieu le Père et d'auteur et de créateur du plan, avait droit à tout l'honneur et à toute la gloire. Lucifer voulait introduire un plan contraire à la volonté de son Père, et voulait ensuite son honneur et dit : « Je rachèterai toute l'humanité, de sorte que pas une âme ne sera perdue, c'est pourquoi donne-moi ton honneur. » Il voulait s'opposer à la volonté de son Père et chercha présomptueusement à priver l'homme de son libre arbitre, faisant de lui un serf, et le mettant ainsi dans une position dans laquelle il lui serait impossible d'obtenir l'exaltation que Dieu prévoyait pour l'homme, par l'obéissance à la loi qu'il avait proposée ; en outre Lucifer voulait l'honneur et la puissance de son Père, pour mettre à exécution des principes qui étaient contraires au désir du Père. » - John Taylor - Mediation and Atonement, p. 93, 94.
 
3. Les Jarédites : « Des deux nations dont l'histoire constitue le Livre de Mormon, la première, dans l'ordre chronologique, est le peuple de Jared, qui suivit son chef depuis la tour de Babel à l'époque de la confusion des langues. Son histoire fut écrite sur vingt-quatre plaques d'or par Éther, le dernier de ses prophètes qui, prévoyant la destruction de son peuple à cause de ses iniquités, cacha les annales historiques. Celles-ci furent retrouvées, [ultérieurement], vers 123 avant Jésus-Christ, par une expédition envoyée par le roi Limhi, un souverain néphite. Les annales gravées sur ces plaques furent abrégées [par la suite] par Moroni, et ce dernier annexa ensuite le récit condensé aux annales du Livre de Mormon ; il apparaît dans la traduction moderne sous le nom de Livre d'Éther.
 
« Le premier et principal prophète des Jarédites n'est pas mentionné par son nom dans les annales telles qu'elles ont été transmises ; il est connu seulement sous le nom de frère de Jared. Au sujet de son peuple, nous apprenons que, au milieu de la confusion de Babel, Jared et son frère [prièrent avec insistance] le Seigneur pour qu'il leur épargnât, à eux, à leurs parents et à leurs amis, la dislocation imminente. Leur prière fut entendue et le Seigneur les conduisit avec un groupe important de personnes qui, comme eux, [n'étaient pas touchées par la] corruption de l'idolâtrie, loin de chez eux, promettant de les guider dans un pays de choix, supérieur à tous les autres pays. Leur itinéraire n'est pas donné avec exactitude, nous apprenons seulement qu'ils atteignirent l'océan et qu'ils y construisirent huit navires appelés barques, dans lesquels ils s'engagèrent sur les eaux. Ces navires étaient petits et sombres à l'intérieur ; mais le Seigneur rendit certaines pierres lumineuses et celles-ci donnèrent de la lumière aux voyageurs emprisonnés. Après une navigation de trois cent quarante-quatre jours, la colonie débarqua sur les rivages de l'Amérique du Nord, probablement à un endroit situé au sud du golfe de Californie et au nord de l'isthme de Panama.
 
« [Et ils] devinrent une nation florissante ; mais cédant, avec le temps, à des dissensions [intestines], ils se divisèrent en factions, qui se firent la guerre entre elles jusqu'à leur destruction totale. Cette destruction, qui eut lieu près de la colline de Ramah, appelée plus tard Cumorah par les Néphites, eut probablement lieu à l'époque du débarquement de Léhi, vers 590 av. J.-C. » - L'auteur, Articles de Foi, p. 322-323.
 
 
CHAPITRE 3 : LE BESOIN D'UN RÉDEMPTEUR
 
Jusqu'à présent nous avons montré que le genre humain tout entier existait sous forme d'êtres d'esprit dans le monde primitif, et que cette terre fut créée afin de leur permettre de connaître les expériences de la mortalité. Alors qu'ils n'étaient que des esprits, ils étaient dotés des facultés du libre arbitre ou du choix ; et le plan divin prévoyait qu'ils naîtraient libres dans la chair, héritiers du droit inaliénable par la naissance de la liberté de choisir par eux-mêmes dans la mortalité. Il est indéniable qu'il est essentiel à la progression éternelle des enfants de Dieu qu'ils soient soumis aux influences du bien et du mal, qu'ils soient mis à l'épreuve, « pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera » [1]. Le libre arbitre est un élément indispensable de cette mise à l'épreuve.
 
Le Père éternel comprenait très bien les natures diverses et les capacités variées de ses enfants d'esprit. Sa prescience infinie lui montrait clairement, dès le début, que dans l'école de la vie certains de ses enfants réussiraient et d'autres échoueraient ; les uns seraient fidèles, les autres trahiraient ; les uns choisiraient le bien, les autres le mal, les uns chercheraient le chemin de la vie tandis que les autres décideraient de suivre le chemin de la destruction. Il prévit en outre que la mort entrerait dans le monde et que ses enfants ne posséderaient leur corps personnel que pendant un temps très réduit. Il vit que l'on désobéirait à ses commandements et que l'on violerait sa loi ; et que les hommes, exclus de sa présence et laissés à eux-mêmes, s'enfonceraient plutôt qu'ils ne s'élèveraient, reculeraient plutôt qu'ils n'avanceraient et seraient perdus pour les cieux. Il était nécessaire qu'un moyen de rédemption fût prévu, rédemption qui permettrait à l'homme pécheur de faire amende honorable et de parvenir, en se soumettant à la foi établie, au salut et finalement à l'exaltation dans les mondes éternels. Le pouvoir de la mort devait être vaincu, de sorte que, même si les hommes devaient nécessairement mourir, ils vivraient de nouveau, leur esprit revêtu d'un corps immortel sur lequel la mort ne pourrait plus prévaloir.
 
Ne permettons pas à l'ignorance et au manque de réflexion de nous faire supposer erronément que la prescience du Père de ce qui serait, dans des conditions données, allait déterminer que ces choses devaient être. Il ne rentrait pas dans ses desseins que les âmes des hommes fussent perdues ; au contraire son oeuvre et sa gloire étaient de « réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme » [2]. Néanmoins il vit le mal dans lequel ses enfants tomberaient assurément ; et avec un amour et une miséricorde éternels, il prévit les moyens de détourner les effets terribles, à condition que le transgresseur décide d'en profiter [3]. L'offre du Premier-Né d'établir l'Évangile de salut par son ministère parmi les hommes et de se sacrifier, par le travail, l'humiliation et la souffrance jusqu'à la mort, fut acceptée et devint le plan pré-ordonné grâce auquel l'homme serait racheté de la mort, serait finalement sauvé des effets du péché et pourrait être exalté par une vie d'activité et de justice.
 
Conformément au plan adopté dans le conseil des Dieux, l'homme fut créé sous forme d'esprit incarné ; son tabernacle de chair fut composé des éléments de la terre [4]. Il reçut des commandements et des lois et fut libre d'obéir ou de désobéir avec la stipulation juste et inévitable qu'il bénéficierait ou souffrirait des résultats naturels de son choix [5]. Adam, le premier homme [6] placé sur la terre en exécution du plan établi, et Ève, qui lui fut donnée comme épouse et partenaire indispensable pour pouvoir s'acquitter de la mission dont il avait été chargé, peupler la terre, désobéirent aux commandements formels de Dieu et réalisèrent ainsi la « chute de l'homme », par laquelle l'état mortel, dont la mort est un élément essentiel, commença [7]. Nous n'avons pas l'intention d'examiner ici dans les détails la doctrine de la chute ; pour nos besoins il nous suffit d'établir cet événement capital et ses importantes conséquences [8]. La femme fut trompée et, en violation directe du commandement, prit de la nourriture qui avait été interdite ; il résulta de cet acte que son corps dégénéra et devint sujet à la mort. Adam se rendit compte de la différence qui était intervenue entre sa femme et lui, et sachant dans une certaine mesure ce qu'il faisait, la suivit, devenant ainsi dégénéré comme elle. Remarquez à ce propos les paroles de Paul l'apôtre : « Ce n'est pas Adam qui a été séduit, c'est la femme qui, séduite, s'est rendue coupable de transgression. » [9]
 
L'homme et la femme étaient maintenant devenus mortels ; en absorbant une nourriture qui ne convenait pas à leur nature et à leur état et contre laquelle ils avaient été clairement avertis, et comme résultat inévitable de leur désobéissance à la loi et aux commandements divins, ils devinrent sujets aux maladies physiques et aux faiblesses corporelles dont l'humanité hérite naturellement depuis ce temps-là [10]. Ces corps étaient maintenant sujets à la dissolution finale ou à la mort. Le maître tentateur qui trompa Ève par ses sophismes, ses demi-vérités et ses mensonges infâmes, n'était autre que Satan, ou Lucifer, ce « fils du matin » rebelle et déchu, dont la proposition, qui impliquait la destruction de la liberté de l'homme, avait été rejetée dans le conseil des cieux et qui avait été « chassé sur la terre » avec tous ses anges, sous la forme d'esprits non incarnés, destinés à ne jamais recevoir de corps à eux [11]. Rejeté du conseil, battu par Michel et les armées célestes, expulsé ignominieusement du ciel, Satan, par un acte de représailles diabolique, se fixa pour but de détruire les corps dans lesquels les esprits fidèles - ceux qui avaient conservé leur premier état - naîtraient ; et la manœuvre de tromperie à laquelle il se livra sur la personne d'Ève n'était que le début de ce plan infernal.
 
La mort est devenue l'héritage universel ; elle peut venir chercher sa victime dans la tendre enfance ou la jeunesse, dans la force de l'âge, ou son appel peut être différé jusqu'à ce que les cheveux soient blanchis par les ans ; elle peut se produire à la suite d'un accident ou d'une maladie, par la violence ou, comme nous disons, à la suite de causes naturelles ; mais elle doit venir, comme Satan le sait bien ; et c'est cette connaissance qui fait son triomphe actuel et temporaire. Mais les objectifs de Dieu sont, comme ils l'ont toujours été et comme ils le seront toujours, infiniment supérieurs aux desseins les plus profonds des hommes ou des démons ; et les machinations sataniques pour rendre la mort inévitable, perpétuelle et suprême avaient été contrecarrées avant même que le premier homme eût été créé dans la chair. L'expiation qui devait être faite par Jésus-Christ fut prévue pour vaincre la mort et fournir un moyen de payer la rançon qui libérerait les hommes du pouvoir de Satan.
 
Comme le châtiment de la chute s'abattit sur le genre humain à la suite de l'acte d'une seule personne, il serait manifestement injuste et par conséquent impossible dans le cadre du plan divin d'en faire subir les résultats à tous les hommes sans prévoir leur délivrance [12]. En outre, puisque le péché était entré dans le monde et que la mort était devenue le lot de tous par la transgression d'un seul homme, il est conforme à la raison que l'expiation ainsi rendue nécessaire fût accomplie par un seul homme [13]. « C'est pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a passé sur tous les hommes, parce que tous ont péché... Ainsi donc, comme par une seule faute la condamnation s'étend à tous les hommes, de même par un seul acte de justice, la justification qui donne la vie s'étend à tous les hommes [14]. » C'est ce qu'enseignait Paul, qui ajoutait : « Car, puisque la mort est venue par un homme, c'est aussi par un homme qu'est venue la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous revivront en Christ. » [15]
 
Il est clair que l'Expiation devait être un sacrifice par procuration, volontaire et inspiré par l'amour chez le Sauveur, universel dans son application à l'humanité dans la mesure où les hommes accepteraient le moyen de délivrance ainsi placé à leur portée. Seul quelqu'un qui était sans péché pouvait être éligible pour une telle mission. Même les victimes de l'autel dans l'ancien Israël offertes à titre de propitiation provisoire pour les offenses du peuple sous la loi de Moïse devaient être pures et exemptes de défauts ou de taches ; sinon elles étaient inacceptables, et essayer de les offrir constituait un sacrilège [16]. Jésus-Christ était le seul Être qui répondait aux exigences du grand sacrifice :
 
1. Étant le seul et unique homme sans péché ;
2. Étant le Fils unique du Père et par conséquent le seul être né sur la terre possédant dans leur plénitude les attributs de la Divinité et du genre humain ;
3. Étant celui qui avait été choisi dans les cieux et pré-ordonné à ce service.
 
Quel autre homme a été sans péché, et par conséquent pleinement exempt de la domination de Satan, et à qui la mort, salaire du péché, n'est pas naturellement due ? Si Jésus-Christ avait trouvé la mort comme les autres hommes - à la suite du pouvoir que Satan a acquis sur eux par leurs péchés - sa mort n'aurait été qu'une expérience individuelle, qui n'expierait absolument aucune autre faute ou offense que les siennes. L'innocence absolue du Christ le rendait éligible, son humilité et sa bonne volonté le rendaient acceptable au Père, pour être le sacrifice expiatoire par lequel la propitiation pourrait être faite pour les péchés de tous les hommes.
 
Quel autre homme a vécu avec le pouvoir de résister à la mort, sur lequel la mort ne pouvait pas prévaloir s'il ne s'y soumettait lui-même ? Et pourtant il était impossible de tuer Jésus-Christ avant que son « heure soit venue », à savoir, l'heure à laquelle il abandonnerait volontairement sa vie et permettrait sa propre mort par un acte de volonté. Né d'une mère mortelle, il héritait de la capacité de mourir ; engendré par un Seigneur immortel, il possédait en héritage le pouvoir de résister indéfiniment à la mort. Il donna littéralement sa vie ; c'est ce qu'il affirme lui-même : « Le Père m'aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même ; j'ai le pouvoir de la donner et j'ai le pouvoir de la reprendre » [17]. Et encore : « En effet comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même » [18]. Seul un Être comme celui-là pouvait vaincre la mort ; ce n'est qu'en Jésus le Christ qu'était réalisée la condition nécessaire pour être Rédempteur du monde.
 
Quel autre homme est venu sur la terre avec une telle mission, revêtu de l'autorité d'une telle pré-ordination ? Jésus-Christ ne prit pas sur lui d'expier pour les hommes. Il s'était offert, il est vrai, lorsque l'appel fut fait dans les cieux ; il avait été accepté, cela est également vrai, et vint en son temps sur la terre pour mettre à exécution les termes de cette acceptation ; mais il fut choisi par quelqu'un de plus grand que lui. Lorsqu'il affirmait son autorité, la teneur de ses déclarations était toujours qu'il agissait sous la direction du Père, comme en témoignent les paroles suivantes : « Car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » [19]. « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre » [20]. « Moi, je ne peux rien faire par moi-même : selon ce que j'entends, je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. » [21]
 
Grâce au sacrifice expiatoire accompli par Jésus-Christ - un service rédempteur, rendu par procuration en faveur des hommes qui se sont tous éloignés de Dieu par les effets du péché tant hérités que commis individuellement - le chemin d'une réconciliation est ouvert, réconciliation qui permettra à l'homme de rentrer en communion avec Dieu et d'être rendu apte à demeurer de nouveau et éternellement dans la présence de son Père éternel. D'une manière pratique, on peut considérer que l'effet de l'Expiation est double :
 
1. La rédemption universelle du genre humain de la mort provoquée par la chute de nos premiers parents ; et
 
2. Le salut, qui fournit le moyen de nous libérer des résultats de nos péchés personnels.
 
La victoire sur la mort se manifesta dans la résurrection du Christ crucifié ; il fut le premier à passer de la mort à l'immortalité, et c'est pourquoi il est connu à juste titre comme « Ies prémices de ceux qui sont décédés » [22].
 
Les preuves scripturaires abondent pour montrer que la résurrection des morts ainsi inaugurée doit s'étendre à tous ceux qui ont vécu ou auront vécu. À la suite de la résurrection du Seigneur, d'autres qui avaient dormi dans la tombe se levèrent et beaucoup les virent, non pas comme des apparitions d'esprits mais comme des êtres ressuscités possédant des corps immortalisés : « Les tombeaux s'ouvrirent, et les corps de plusieurs saints qui étaient décédés ressuscitèrent. Ils sortirent des tombeaux, entrèrent dans la ville sainte, après la résurrection (de Jésus) et apparurent à un grand nombre de personnes » [23].
 
Ceux qui ressuscitèrent ainsi dès le début sont appelés « les saints » ; et d'autres Écritures confirment le fait que seuls les justes seront ressuscités dans les premiers stades de la résurrection qui n'a pas encore eu lieu ; mais la parole révélée fait disparaître tous les doutes quant au fait que tous les morts reprendront, quand leur tour viendra, leur corps de chair et d'os. L'affirmation directe du Sauveur devrait être concluante : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient - et c'est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l'auront entendue vivront... Ne vous en étonnez pas ; car l'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix. Ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection et la vie, ceux qui auront pratiqué le mal pour la résurrection et le jugement » [24]. Les apôtres d'autrefois [25], ainsi que les prophètes néphites [26] enseignèrent la doctrine de la résurrection universelle ; et celle-ci est confirmée par la révélation moderne [27]. Même les païens qui n'ont pas connu Dieu seront ressuscités de leur tombe ; et étant donné qu'ils ont vécu et sont morts dans l'ignorance de la loi salvatrice, un moyen est prévu pour leur faire connaître le plan de salut. « Alors les nations païennes seront rachetées et ceux qui n'ont pas connu de loi auront part à la première résurrection » [28].
 
Jacob, prophète néphite, enseigna que la résurrection serait universelle et expliqua pourquoi un rédempteur était absolument nécessaire, car sans lui les desseins poursuivis par Dieu en créant l'homme seraient rendus futiles. Ses paroles constituent un résumé concis et puissant de la vérité révélée portant directement sur notre sujet actuel :
 
« De même que la mort a passé sur tous les hommes pour accomplir le dessein miséricordieux du grand Créateur, il est nécessaire qu'il y ait un pouvoir de résurrection ; et la résurrection doit venir aux hommes par suite de la chute ; et la chute est venue de la transgression, et parce que l'homme est tombé, il a été retranché de la présence du Seigneur. C'est pourquoi il faut qu'il y ait une expiation infinie ; et si l'expiation n'était pas infinie, cette corruption ne pourrait pas revêtir l'incorruptibilité, et le premier jugement qui a frappé l'homme aurait eu nécessairement une durée éternelle. Et s'il en avait été ainsi, notre chair serait rendue à la terre pour y pourrir et y tomber en poussière sans jamais se relever. O la sagesse de Dieu, sa miséricorde et sa grâce ! Car voici, si la chair ne devait plus se relever, notre esprit serait devenu esclave de cet ange qui est tombé de la présence du Dieu éternel, et qui est devenu le diable, pour ne jamais se relever. Notre esprit serait devenu semblable à lui, et nous serions devenus des diables, des anges du diable, pour être retranchés de la présence de notre Dieu, et pour demeurer avec le père du mensonge dans la misère, comme lui ! oui comme cet être qui trompa nos premiers parents, qui se transforme presque en un ange de lumière, qui porte les enfants des hommes à des combinaisons secrètes pour commettre des meurtres et toute espèce d'œuvres secrètes de ténèbres. O, combien grande est la bonté de notre Dieu, qui prépare une voie pour nous soustraire aux griffes de ce monstre horrible ; oui de ce monstre, la mort et l'enfer, que j'appelle la mort du corps et aussi la mort de l'esprit. Et à cause du moyen de délivrance de notre Dieu, le Très-Saint d'Israël, cette mort dont j'ai parlé, qui est la mort temporelle, rendra ses morts ; laquelle mort est le tombeau. Et cette mort dont j'ai parlé, qui est la mort spirituelle, rendra ses morts ; et cette mort spirituelle est l'enfer. Ainsi, la mort et l'enfer doivent rendre leurs morts ; l'enfer doit rendre ses esprits captifs ; et le tombeau doit rendre ses corps captifs ; et le corps et l'esprit des hommes seront rendus l'un à l'autre ; et cela se fera par le pouvoir de la résurrection du Très-Saint d'Israël. O, que le plan de notre Dieu est grand ! Car, d'un autre côté, le paradis de Dieu doit rendre les esprits des justes, et le tombeau les corps des justes ; et l'esprit et le corps sont rendus l'un à l'autre ; et tous les hommes deviennent incorruptibles et immortels, et ils sont des âmes vivantes, ayant une connaissance parfaite comme nous dans la chair, seulement avec cette différence que notre connaissance sera parfaite » [29].
 
Les Écritures attestent d'une manière concluante que l'Expiation s'applique aux transgressions de chaque individu, permettant aux pécheurs d'obtenir l'absolution à condition qu'ils se conforment aux lois et aux ordonnances de l'Évangile de Jésus-Christ. Comme il est impossible d'obtenir le pardon des péchés d'une autre façon, étant donné qu'il n'y a dans le ciel ni sur la terre d'autre nom que celui de Jésus-Christ par lequel le salut puisse être apporté aux enfants des hommes [30], toutes les âmes ont besoin de la médiation du Sauveur, puisque toutes sont pécheresses. « Car il n'y a pas de distinction : tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu », disait Paul autrefois [31] et Jean l'apôtre ajouta son témoignage en ces termes : « Si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous » [32].
 
Qui doutera de la justice de Dieu, qui refuse le salut à tous ceux qui ne se conformeront pas aux conditions prescrites auxquelles il est affirmé que l'on peut l'obtenir ? Le Christ est « pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel » [33], et Dieu « rendra à chacun selon ses œuvres : la vie éternelle à ceux qui, par la persévérance à bien faire, cherchent la gloire, l'honneur et l'incorruptibilité ; mais la colère et la fureur à ceux qui, par esprit de dispute, désobéissent à la vérité et obéissent à l'injustice. Tribulation et angoisse pour toute âme humaine qui pratique le mal » [34] !
 
Tel est donc le besoin d'un Rédempteur, car sans lui l'humanité resterait éternellement dans un état déchu et aurait inévitablement perdu toute possibilité de progresser éternellement [35]. L'épreuve mortelle nous est donnée comme une occasion d'avancement ; mais les difficultés et les dangers sont tels, l'influence du diable est tellement forte dans le monde, et l'homme est si faible à y résister que, sans l'aide d'une puissance supérieure à celle de l'homme, aucune âme ne pourrait retourner à Dieu dont elle vient. Le besoin d'un Rédempteur réside dans l'incapacité de l'homme à s'élever du plan temporel au plan spirituel, du royaume inférieur au royaume supérieur. Dans cette conception les analogies ne manquent pas dans le monde naturel. Nous reconnaissons une distinction fondamentale entre la matière inanimée et la matière vivante, entre l'inorganique et l'organique, entre le minéral sans vie d'une part et la plante ou l'animal vivant d'autre part. Le minéral mort grandit, dans les limites de son ordre, par l'acquisition de substances et peut parvenir à un état relativement parfait de structure et de forme, comme on peut le constater pour le cristal. Mais la matière minérale, même si les forces de la nature - la lumière, la chaleur, l'énergie électrique et autres - agissent favorablement sur elle, ne peut jamais devenir un organisme vivant ; et il est impossible aux éléments morts de s'introduire, par un processus quelconque de combinaison chimique dissocié de la vie, dans les tissus de la plante pour en devenir des parties essentielles. Mais la plante, qui appartient à un ordre supérieur, plonge ses racines dans la terre, étend ses feuilles dans l'atmosphère et absorbe par ses organes les solutions du sol, aspire les gaz de l'air, et à partir de cette matière sans vie fabrique le tissu de sa merveilleuse structure. Aucune particule minérale, aucune substance chimique morte n'est jamais devenue partie constituante d'un tissu organique autrement que par l'action de la vie. Nous pouvons peut-être pousser avec profit l'analogie une étape plus loin. Il est impossible à la plante de faire progresser son tissu jusqu'au niveau animal. Bien que l'ordre reconnu de la nature soit que le « règne animal » dépend du « règne végétal » pour se nourrir, la substance de la plante ne peut devenir partie intégrante de l'organisme de l'animal que lorsque ce dernier descend de son plan supérieur et incorpore, par son action vitale propre, les éléments végétaux aux siens. À son tour, la matière animale ne peut jamais devenir, même temporairement, partie intégrante d'un corps humain, sans que l'homme vivant ne l'assimile et élève provisoirement, par les processus vitaux de son être, la substance de l'animal qui lui a donné la nourriture au plan supérieur de sa propre existence. La comparaison employée ici, nous le reconnaissons, est faible si on la porte au-delà des limites raisonnables de son application ; car l'élévation de la matière minérale au niveau de la plante, du tissu végétal au niveau de l'animal, et l'élévation de l'un ou de l'autre au plan humain, n'est qu'un changement temporaire ; avec la dissolution des tissus supérieurs, la matière qui les constitue retombe au niveau de l'inanimé et de ce qui est mort. Mais l'analogie peut ne pas être entièrement sans valeur pour servir d'illustration.
 
Ainsi donc, pour permettre à l'homme de passer de son état déchu et relativement dégénéré actuel à l'état supérieur de la vie spirituelle, il a besoin de la coopération d'un pouvoir supérieur au sien. L’homme peut être touché et élevé par l'opération des lois qui règnent dans le royaume supérieur ; il ne peut se sauver par son seul effort sans aide [36]. Un Rédempteur et Sauveur de l'humanité est indubitablement essentiel à l'accomplissement du plan du Père éternel, « réaliser l'immortalité et la vie éternelle de l'homme » [37] ; et ce Rédempteur et Sauveur est Jésus le Christ, en dehors de qui il n'y a et il ne peut y avoir personne d'autre.
 
 [1] PGP, Abr 3:25. On trouvera une étude plus approfondie du libre arbitre de l'homme dans les Articles de Foi, de l'auteur, p. 71-74 et les nombreuses références qui y sont données.
 [2] PGP, Moïse 1:39, cf. 6:59. Note 1, fin du chapitre.
 [3] Note 2, fin du chapitre.
 [4] Gn 1:26,27 ; cf. PGP, Moise 2:26,27 ; 3:7, Abr 4:26-28, 5:7.
 [5] Gn 1:28-31, 2:16,17 ; cf. PGP, Moise 2:28-31, 3:16,17 ; Abr 4:28-31, 5:12,13.
 [6] Gn 2:8 ; cf. le passage du verset 5, disant qu'avant ce moment-là il n'y avait « point d'homme pour cultiver le sol ». Voir aussi PGP, Moïse 3:7 ; Abr 1:3 ; LM, 1 Né 5:11.
 [7] Gn, chapitre 3 ; cf. PGP, Moïse, chap 4.
 [8] Voir Articles de Foi, p. 83-90. 1 Tm 2:14 ; voir aussi 2 Co 11:3. Note 3, fin du chapitre.
 [9] 1 Tm 2:14 ; voir aussi 2 Co 11:3.
 [10] Note 3, fin du chapitre.
 [11] Voir chap. 2.
 [12] Note 4, fin du chapitre.
 [13] Note 5, fin du chapitre.
 [14] Rm 5:12,18.
 [15] 1 Co 15:21,22.
 [16] Lv 22:20 ; Dt 15:21,17:1 ; M 1:8,14 ; cf. Hé 9:14 ; 1 P 1:19.
 [17] Jn 10:17,18.
 [18] Jn 5:26.
 [19] Jn 6:38.
 [20] Jn 4:34.
 [21] Jn 5:30 ; voir aussi verset 19 ; aussi Mt 26:42 ; cf. D&A 19:2, 20:24.
 [22] 1 Co 15:20 ; voir aussi Ac 26:23 ; Co 1:18 ; Ap 1:5.
 [23] Mt 27:52,53.
 [24] Jn 5:25,28,29. Une Écriture moderne, qui atteste la même vérité, dit : « Ceux qui ont fait le bien pour la résurrection des justes et ceux qui ont fait le mal pour la résurrection des injustes. » - D&A 76:17.
 [25] Exemples, voir Ac 24:15, Ap 20:12,13.
 [26] Exemples, voir LM, 2 Né 9:6, 12, 13, 21, 22, Hél 14:15-17 ; Mos 15:20-24 ; AI 40:2-16 ; Morm 9:13,14.
 [27] Exemples, voir D&A 18:11,12 ; 45:44,45 ; 88:95-98.
 [28] D&A 45:54.
 [29] LM, 2 Né 9:6-13 ; lire tout Ie chapitre.
 [30] PGP, Moise 6:52 ; cf. LM, 2 Né 25:20 ; Mos 3:17, 5:8 ; D&A 76: 1. f Rm 3:23 ; voir aussi verset 9 ; Ga 3:22.
 [31] 1 Jn 1:8.
 [32] Hé 5:9.
 [33] Rm 2:6-9
 [34] Rm 2:6-9
 [35] Nous n'avons pas essayé ni eu l'intention d'essayer d'étudier spécialement, dans ce chapitre, la Chute, l'Expiation ou la Résurrection. Le lecteur qui désire trouver pareille étude est prié de se reporter aux ouvrages de doctrine qui traitent de ces sujets. Voir « Articles de Foi » de l'auteur, chap. 3, 4, et 21.
 [36] Dans sa dissertation « Biogenesis », que le lecteur pourra étudier avec profit, Henry Drummond traite en détail une comparaison semblable à celle que nous donnons dans le texte.
 [37] PGP, Moïse 1:39.
 
NOTES DU CHAPITRE 3
 
1. La prescience de Dieu n'est pas une cause déterminante : « Quant à la prescience de Dieu, qu'il ne soit pas dit que cette omniscience divine est en soi une cause déterminante qui amène inévitablement le déroulement des événements. Un père mortel qui connaît les faiblesses et les défauts de son fils peut, en raison de cette connaissance, voir à l'avance avec tristesse les calamités et les souffrances qui attendent son enfant égaré. Il peut prévoir, dans la vie future de ce fils, la perte de bénédictions qu'il aurait pu gagner, la perte de son état, de son respect de soi, de sa réputation et de son honneur ; même les recoins sombres de la cellule d'un criminel et les ténèbres de la tombe d'un ivrogne peuvent apparaître en visions attristantes à l'âme aimante de ce père ; néanmoins, convaincu par expérience de l'impossibilité d'amener ce fils à se réformer, il prévoit les conséquences redoutées et ne [tire] que chagrin et angoisse [de] sa connaissance. Peut-on dire que la prescience du père est la cause de la vie pécheresse du fils ? Le fils, [quand il atteint l'âge adulte, est] maître de sa destinée ; il dispose librement de lui-même. Le père est impuissant à contrôler par la force ou à diriger par une discipline arbitraire ; et, tandis qu'il serait heureux de faire n'importe quel effort ou sacrifice pour sauver son fils du destin qui l'attend, il craint ce qui semble être une terrible certitude. Mais certainement, ce père attentionné, adonné à la prière et aimant, ne contribue pas à l'égarement de son fils par sa connaissance. Tenir un autre raisonnement consisterait à dire qu'un père négligent, qui ne prend pas la peine d'étudier la nature et le caractère de son fils, qui ferme les yeux sur ses tendances pécheresses et qui reste d'une indifférence négligente quant à l'avenir probable, aura, par son manque de cœur même, un effet bienfaisant sur son enfant, parce que son manque de prévision ne peut pas intervenir comme élément concourant à la déchéance.
 
« Notre Père céleste est pleinement conscient de la nature et des dispositions de chacun de ses enfants, conscience acquise à la suite d'une longue observation [et d'une longue] expérience dans l'éternité passée de notre première enfance ; [conscience, comparée à laquelle, celle que des parents terrestres acquièrent par l'expérience terrestre, est infime]. En raison de cette connaissance supérieure, Dieu lit dans l'avenir de chacun de ses enfants, des hommes au niveau individuel ou au niveau collectif en tant que communautés et nations ; il sait ce que chacun fera dans des conditions données et voit la fin dès le début. Sa prescience est basée sur l'intelligence et sur la raison ; il voit l'avenir comme un état qui arrivera naturellement et sûrement ; non pas comme un état qui doit arriver parce qu'il en a arbitrairement décidé ainsi » (La Grande apostasie, de l'auteur, p. 20-22).
 
2. L'homme libre de choisir par lui-même : « Le Père des âmes a doté ses enfants de l'héritage divin du libre arbitre ; il ne veut pas exercer et n'exerce pas de contrôle sur eux par la force arbitraire ; il ne pousse aucun homme dans le sens du péché ; il ne contraint aucun à la justice. L'homme a reçu la liberté d'agir pour lui-même ; et, associé à cette indépendance, est le fait de la responsabilité stricte et l'assurance de la responsabilité individuelle. Dans le jugement que nous subirons, toutes les conditions et circonstances de notre vie seront prises en considération. Les tendances innées dues à l'hérédité, l'effet de l'environnement, faste ou néfaste, les enseignements sains de la jeunesse ou l'absence d'une bonne [éducation], ces éléments et tous les éléments [qui interviennent] doivent être pris en considération pour rendre un verdict juste quant à la culpabilité ou à l'innocence de l'âme. Néanmoins, la sagesse divine explique clairement le résultat, étant donné les conditions affectant la nature et les dispositions connues des hommes ; alors que chacun est libre de choisir le bien ou le mal dans les limites des nombreuses conditions qui existent et qui influent » (La Grande apostasie, p. 22 ; voir également Articles de Foi, p. 71-76).
 
3. La Chute, processus de dégénérescence physique : Une révélation moderne donnée à l'Église en 1833 (D&A section 89) prescrit les règles de vie correcte, en particulier en ce qui concerne l'usage de stimulants, de produits toxiques et d'aliments qui ne conviennent pas au corps. En ce qui concerne les causes physiques qui provoquèrent la chute et les rapports étroits entre ces causes et les violations actuelles de la Parole de sagesse contenues dans la révélation mentionnée ci-dessus, il convient de citer la déclaration suivante. « Cette révélation [la Parole de sagesse], comme les autres qui ont été données à notre époque, n'est pas entièrement nouvelle. Elle est aussi vieille que le genre humain. Le principe de la Parole de sagesse fut révélé à Adam. Tous les éléments essentiels de la Parole de sagesse lui furent révélés dans son état immortel, avant qu'il eût absorbé les aliments qui en firent une chose de la terre. Il fut mis en garde contre cette pratique même. On ne lui dit pas de traiter son corps comme quelque chose que l'on devait torturer. On ne lui dit pas de le considérer comme le fakir des Indes considère son corps, ou professe le considérer, comme une chose à mépriser entièrement ; mais on lui dit qu'il ne devait pas lui faire ingérer certaines choses qu'il avait sous la main. Il fut averti que, s'il le faisait, son corps perdrait la force qu'il avait de vivre éternellement, et qu'il serait assujetti à la mort. On lui fit remarquer, comme on vous l'a fait remarquer, qu'il y a beaucoup de bons fruits à cueillir, à manger, à savourer. Nous croyons que nous devons savourer la bonne nourriture. Pensons que ces bonnes choses nous sont données par Dieu. Nous croyons que nous devons tirer de la nourriture tout le plaisir que nous pouvons ; c'est pourquoi, nous devons éviter la gloutonnerie, et nous devons éviter des extrêmes dans le manger ; et ce qui a été dit à Adam nous est dit également : Ne touche pas à ces choses ; car le jour où tu en mangeras, ta vie sera raccourcie et tu mourras.
 
« Qu'il me soit permis de dire ici que c'est en cela qu'a consisté la chute : le fait de manger des choses qui ne convenaient pas, l'ingestion de choses qui ont fait de ce corps une chose de la terre ; et je profite de l'occasion pour élever la voix contre la fausse interprétation de l'Écriture, que certaines personnes ont adoptée, et qui est courante dans leur esprit, et dont on parle à mi-voix et d'une manière à moitié secrète, que la chute de l'homme a consisté en quelque offense contre les lois de la chasteté et de la vertu. Pareille doctrine est une abomination. Quel droit avons-nous de détourner les Écritures de leur sens et de leur signification propres ? Quel droit avons-nous de déclarer que Dieu ne voulait pas dire ce qu'il a dit ? Cela a été un processus naturel, résultant de l'incorporation dans le corps de nos premiers parents des choses qui venaient d'une nourriture qui ne leur convenait pas, par la violation du commandement de Dieu concernant ce qu'ils devaient manger. N'allez pas chuchoter partout que la chute consiste en ce que la mère du genre humain a perdu sa chasteté et sa vertu. Ce n'est pas vrai ; le genre humain n'est pas né de la fornication. Ces corps qui nous sont donnés le sont de la manière que Dieu a prévue. Qu'on ne nous dise pas que le patriarche du genre humain, s'il se tenait auprès des dieux avant de venir sur cette terre, et son épouse tout aussi royale, se sont rendus coupables d'une infraction vile de cette sorte. L'adoption de cette croyance a amené beaucoup de gens à excuser leurs écarts de conduite qui les éloignent du sentier de la chasteté et de la vertu, en disant que c'est le péché du genre humain, qu'il est aussi vieux qu'Adam. Il n'a pas été introduit par Adam. Il n'a pas été commis par Ève. C'est le démon qui l'a introduit, et ce afin de semer les germes d'une mort précoce dans le corps des hommes et des femmes, afin que le genre humain dégénère comme il a dégénéré toutes les fois que les lois de la vertu et de la chasteté ont été transgressées.
 
« Nos premiers parents étaient purs et nobles, et quand nous passerons derrière le voile, nous apprendrons peut-être quelque chose de leur situation élevée, plus que nous n'en savons maintenant. Mais que l'on sache qu'ils étaient purs ; ils étaient nobles. Il est vrai qu'ils ont désobéi à la loi de Dieu en mangeant des choses qu'on leur avait dit de ne pas manger ; mais qui parmi vous peut se lever et condamner ? » (Tiré d'un discours de l'auteur à la 84e conférence générale d'octobre de l'Église, le 6 octobre 1913 ; publié dans le procès-verbal de la conférence, p. 118,119).
 
4. Le Christ nous a rachetés de la chute : « Le Sauveur devient ainsi maître de la situation - la dette est payée, la Rédemption accomplie, l'alliance remplie, la justice satisfaite, la volonté de Dieu faite, et tout pouvoir est maintenant remis entre les mains du Fils de Dieu - le pouvoir de la résurrection, le pouvoir de la rédemption, le pouvoir du salut, le pouvoir de décréter des lois pour exécuter et accomplir son dessein. Par conséquent la vie et l'immortalité sont révélées, l'Évangile est introduit et il devient l'auteur de la vie éternelle et de l'exaltation. Il est le Rédempteur, le Ressusciteur, le Sauveur de l'homme et du monde ; et il a désigné la loi de l'Évangile comme moyen auquel il faut se soumettre en ce monde ou dans l'au-delà, comme il s'est soumis à la loi de son Père ; en conséquence « celui qui croira sera sauvé et celui qui ne croira pas sera damné ». Le plan, l'arrangement, l'accord, l'alliance ont été faits, contractés et acceptés avant la fondation du monde ; ils ont été préfigurés par des sacrifices et ont été mis à exécution et consommés sur la croix. C'est pourquoi, étant le médiateur entre Dieu et l'homme, il devient de plein droit le dictateur et le gouverneur sur la terre et dans le ciel pour les vivants et pour les morts, pour le passé, le présent et l'avenir, en ce qui concerne l'homme associé avec cette terre ou les cieux, dans le temps ou l'éternité, Capitaine de notre salut, Apôtre et Grand prêtre que nous professons, Seigneur et Donneur de vie » (John Taylor Mediation and Atonement, p. 171).
 
5. La rédemption des effets de la chute : « Le ‘mormonisme’ accepte la doctrine de la chute et l'histoire de la chute en Eden racontée par la Genèse ; mais il affirme que nul autre qu'Adam n'est ou ne sera responsable de la désobéissance d'Adam ; que l'humanité en général est absolument absoute de toute responsabilité pour ce « péché originel » et que chacun rendra compte de ses transgressions personnelles uniquement ; que la chute était connue de Dieu à l'avance, qu'elle fut transformée en une source de bien puisqu'elle introduisait la condition nécessaire de la mortalité, et qu'un Rédempteur était prévu avant que le monde ne fût, que le salut général, dans le sens de rachat des effets de la chute, est apporté à tous sans qu'ils le demandent ; mais que chacun doit rechercher lui-même le salut individuel ou la libération des effets des péchés personnels par la foi et les bonnes œuvres grâce à la rédemption accomplie par Jésus-Christ » (Tiré de The Story and Philosophy of « Mormonism », de l'auteur, p. 111).
 
 
CHAPITRE 4 : DIVINITÉ PRÉMORTELLE DU CHRIST
 
Notre but sera maintenant de nous informer de la place et de la situation de Jésus, le Christ, dans le monde prémortel, depuis la période du conseil solennel dans les cieux, pendant lequel il fut choisi pour être le futur Sauveur et Rédempteur de l'humanité, jusqu'au moment où il naquit dans la chair.
 
Nous nous reposons sur l'autorité des Écritures lorsque nous affirmons que Jésus-Christ fut et est Dieu le Créateur, le Dieu qui se révéla à Adam, à Énoch, et à tous les patriarches et prophètes antédiluviens jusqu'à Noé, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu d'Israël lorsqu'il était un peuple uni, et le Dieu d'Éphraïm et de Juda après le démembrement de la nation hébraïque, le Dieu qui se révéla aux prophètes, de Moïse à Malachie, le Dieu de l'Ancien Testament et le Dieu des Néphites. Nous affirmons que Jésus-Christ était et est Jéhovah, l'Éternel.
 
Les Écritures distinguent trois personnages dans la Divinité : (1) Dieu, le Père éternel, (2) son Fils, Jésus-Christ, et (3) le Saint-Esprit. Ils constituent la Sainte Trinité, qui comporte trois individus physiquement séparés et distincts, qui composent à eux trois le conseil président des cieux [1]. Deux d'entre eux, au moins, apparaissent comme participant à l'œuvre de la création ; ce fait est démontré par la pluralité exprimée dans la Genèse : « Dieu dit : Faisons l'homme à notre image selon notre ressemblance » ; et plus loin, au cours d'une consultation concernant la transgression d'Adam : « L'Éternel Dieu dit : Maintenant [...] l'homme est devenu comme l'un de nous » [2]. Les paroles de Moïse, révélées de nouveau à notre époque, nous instruisent d'une manière plus complète sur les Dieux qui s'occupaient activement de la création de cette terre : « Et moi, Dieu, je dis à mon Fils unique, qui était avec moi depuis le commencement : Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. » Puis, plus loin, à propos de l'état d'Adam après la chute : « Et moi, le Seigneur Dieu, je dis à mon Fils unique : Voici, l'homme est devenu comme l'un de nous » [3]. Dans le récit de la création écrit par Abraham, « les Dieux » sont mentionnés de multiples fois [4].
 
Comme nous l'avons montré jusqu'ici dans un autre ordre d'idées, le Père a agi dans l'œuvre de la création par l'intermédiaire du Fils, qui est devenu ainsi l'exécutif par l'intermédiaire duquel la volonté, le commandement ou la parole du Père étaient mis en vigueur. C'est donc avec beaucoup d'exactitude que l'apôtre Jean pouvait dire du Fils, Jésus-Christ, qu'il était la Parole ; c'est-à-dire, « la Parole de mon pouvoir » [5]. Le rôle que Jésus-Christ joua dans la création, un rôle si important que c'est à juste titre que nous l'appelons le Créateur, est exposé dans un grand nombre d'Écritures. L'auteur de l'épître aux Hébreux fait ainsi une nette distinction entre le Père et le Fils, les traitant comme des êtres séparés bien qu'associés : « Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu nous a parlé par le Fils en ces jours qui sont les derniers. Il l'a établi héritier de toutes choses, et c'est par lui qu'il a fait les mondes » [6]. Paul est encore plus explicite dans sa lettre aux Colossiens, où, parlant de Jésus, le Fils, il dit : « Car en lui tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste en lui » [7]. Et il convient d'ailleurs de répéter ici le témoignage de Jean, que toutes les choses ont été faites par la Parole qui était avec Dieu, et qui était Dieu dès le commencement ; « et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle » [8].
 
Le fait que le Christ qui devait venir était en réalité Dieu le Créateur fut clairement révélé aux prophètes du continent américain. Samuel, le Lamanite converti, prêchant aux Néphites incrédules, justifia son témoignage comme suit : « Et afin que vous soyez au courant de la venue de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Père du ciel et de la terre, le Créateur de toutes choses depuis le commencement ; et afin que vous connaissiez les signes de sa venue pour que vous croyiez en son nom » [9].
 
À ces citations des Écritures anciennes, il convient tout particulièrement d'ajouter le témoignage personnel du Seigneur Jésus lorsqu'il fut devenu un être ressuscité. Dans sa visitation aux Néphites, il proclama : « Voici, je suis Jésus-Christ le Fils de Dieu. J'ai créé les cieux et la terre, et toutes les choses qu'ils contiennent. J'étais avec le Père dès le commencement. Je suis dans le Père et le Père est en moi ; et en moi, le Père a glorifié son nom » [10]. Aux Néphites qui ne comprenaient pas le rapport entre l'Évangile que le Seigneur ressuscité leur annonçait et la loi mosaïque qu'ils considéraient par tradition être en vigueur, et qui s'étonnaient de ce qu'il disait que les choses anciennes étaient passées, il expliqua de la manière suivante : « Voici, je vous dis que la loi qui fut donnée à Moïse est accomplie. Voici, c'est moi qui ai donné la loi et c'est moi qui ai fait alliance avec mon peuple, Israël ; c'est pourquoi, la loi est accomplie en moi, parce que je suis venu pour accomplir la loi ; c'est pourquoi, elle est finie » [11].
 
La voix de Jésus-Christ, Créateur du ciel et de la terre, s'est fait entendre de nouveau par la révélation à notre époque qui est dernière : « Prête l'oreille, ô peuple de mon Église, à qui le royaume a été donné ; écoute et prête l'oreille à celui qui a posé les fondations de la terre, qui a fait les cieux et toutes leurs armées et par qui fut fait tout ce qui a la vie, le mouvement et l'être » [12]. Et encore : « Voici, je suis Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant, qui a créé les cieux et la terre ; une lumière qui ne peut être cachée dans les ténèbres » [13].
 
La divinité de Jésus-Christ est indiquée par les noms et les titres précis qui lui ont été appliqués par l'autorité. D'après le jugement de l'homme, on ne peut attacher de grande importance aux noms ; mais dans la nomenclature des Dieux, tout nom est un titre de puissance ou de position. Dieu a un zèle juste pour la sainteté de son nom [14] et des noms donnés sur son ordre. Dans le cas des enfants de promesse, des noms ont été prescrits avant leur naissance ; cela est vrai de notre Seigneur Jésus et du Baptiste, Jean, qui fut envoyé préparer la voie au Christ. Des noms de personnes ont été changés sur commandement divin, lorsqu'ils ne constituaient pas des titres suffisamment définis pour dénoter les services particuliers auxquels leurs porteurs étaient appelés, ou les bénédictions particulières qui leur étaient conférées [15].
 
Jésus est le nom personnel du Sauveur, et, tel qu'on l'écrit, vient du grec ; son équivalent hébreu était Yehoshua ou Yeshua ou, comme nous le rendons en français, Josué. Dans l'original on comprenait parfaitement bien que le nom voulait dire « auxiliaire de Jéhovah », ou « Sauveur ». Bien que le nom fût aussi courant que Jean, Henri ou Charles aujourd'hui, il fut, comme nous l'avons déjà dit, divinement prescrit. C'est ainsi que l'ange dit à Joseph, le fiancé de la Vierge : « Et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » [16].
 
Christ est un titre sacré, non pas une appellation ordinaire ou un nom quelconque ; il vient du grec et il a le même sens que son équivalent hébreu Messiah ou Messias, signifiant l'Oint [17]. On trouve dans les Écritures d'autres titres possédant chacun une signification précise, comme Emmanuel, Sauveur, Rédempteur, Fils unique, Seigneur, Fils de l'Homme ; mais la chose la plus importante pour nous actuellement est que ces divers titres expriment l'origine et la nature divine de notre Sauveur, Comme on le voit, les noms ou titres essentiels de Jésus, le Christ, furent communiqués avant sa naissance et furent révélés à des prophètes qui le précédèrent dans l'état mortel [18].
 
Jéhovah est la forme anglicisée de l'hébreu Yahveh ou Jahveh, signifiant Celui qui existe par lui-même ou l'Éternel. La version anglaise de l'Ancien Testament traduit généralement ce nom par LORD (Seigneur) [19]. L'hébreu Ehyeh signifiant Je suis, a un sens apparenté au terme Yahveh ou Jéhovah dont il est dérivé ; voici en quoi réside la signification de ce nom sous lequel le Seigneur se révéla à Moïse quand ce dernier reçut la mission d'aller en Égypte délivrer les enfants d'Israël de l'esclavage : « Moïse dit à Dieu : J'irai donc vers les Israélites, et je leur dirai : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Mais s'ils me demandent quel est son nom, que leur répondrai-je ? Dieu dit à Moïse : je suis celui qui suis. Et il ajouta : c'est ainsi que tu répondras aux Israélites : (Celui qui s'appelle) ‘Je suis’ m'a envoyé vers vous » [20]. Dans le verset suivant, le Seigneur déclare qu'il est « le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob ». Pendant que Moïse était en Égypte, le Seigneur se révéla encore davantage, disant : « Je suis l'Éternel (le SEIGNEUR dans la version anglaise, ndt) Je suis apparu à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme le Dieu Tout-Puissant ; mais je n'ai pas été reconnu par eux sous mon nom : l'Éternel (JEHOVAH dans la version anglaise, ndt) » [21]. Le fait central indiqué par ce nom, le Suis, ou Jéhovah, les deux ayant essentiellement la même signification, c'est l'idée d'une existence ou d'une durée qui n'aura pas de fin, et qui, jugée suivant tous les critères de jugement humain, peut ne pas avoir eu de commencement ; ce nom est apparenté à d'autres titres tels que Alpha et Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin [22].
 
Un jour, alors que certains Juifs, qui considéraient que, du fait qu'ils descendaient d'Abraham, ils étaient certains d'être préférés de Dieu, assaillaient Jésus de questions et de critiques, il répondit à leurs insultes par la déclaration : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, moi, je suis » [23]. Le vrai sens de cette parole serait exprimé plus clairement si la phrase était tournée comme suit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : Avant Abraham, était Je suis » [24]. C'est comme s'il avait dit : Avant Abraham, j'étais, moi, Jéhovah. Les juifs chicaneurs furent si grandement offensés de l'entendre utiliser un nom que, par une interprétation erronée d'une Écriture plus ancienne [25], ils considéraient ne pas devoir être prononcé sous peine de mort, qu'ils saisirent immédiatement des pierres dans l'intention de le tuer. Les juifs considéraient Jéhovah comme un nom ineffable, qui ne devait pas être prononcé ; ils l'avaient remplacé par le nom sacré bien que non interdit pour eux d'Adonaï, qui veut dire le Seigneur. L'original des termes Éternel et Dieu tels qu'ils apparaissent dans l'Ancien Testament était soit Yahveh soit Adonaï ; et comme le montrent les Écritures citées, l'Être divin désigné par ces noms sacrés était Jésus, le Christ. Jean, évangéliste et apôtre, identifie formellement Jésus-Christ avec Adonaï, ou le Seigneur qui parla par la voix d'Ésaïe [26], et avec Jéhovah qui parla par Zacharie [27].
 
Le nom Élohim se rencontre fréquemment dans les textes hébreux de l'Ancien Testament, bien qu'on ne le trouve pas dans les versions anglaises. La forme du mot est celle d'un nom hébreu au pluriel [28] ; mais il représente un pluriel de majesté ou d'intensité plutôt que la pluralité numérique. Il exprime l'exaltation et la puissance absolues. Élohim, tel qu'on le comprend et qu'on l'utilise dans l'Église rétablie de Jésus-Christ, est le nom titre de Dieu, le Père éternel, dont le Premier-Né dans l'esprit est Jéhovah : le Fils unique dans la chair, Jésus-Christ.
 
Jésus de Nazareth, qui en un témoignage solennel déclara être le Je suis ou Jéhovah, qui était Dieu avant qu'Abraham vécût sur la terre, était ce même Être qu'on proclame à maintes reprises comme le Dieu qui fit alliance avec Abraham, Isaac et Jacob, le Dieu qui fit sortir Israël de l'esclavage d'Égypte dans la liberté de la terre promise, le seul et unique Dieu que les prophètes hébreux en général connaissaient par la révélation directe.
 
Les prophètes néphites savaient que Jésus-Christ était identique au Jéhovah des Israélites, et la véracité de leurs enseignements fut confirmée par le Seigneur ressuscité lorsqu'il se manifesta à eux peu après son ascension d'entre les apôtres à Jérusalem. Voici le passage : « Et le Seigneur leur parla, disant : Levez-vous et venez à moi afin de mettre les mains dans mon côté, et aussi toucher la marque des clous dans mes mains et mes pieds, afin que vous sachiez que je suis le Dieu d'Israël et le Dieu de toute la terre, et que j'ai été mis à mort pour les péchés du monde » [29].
 
Il ne nous paraît pas nécessaire de présenter davantage de citations pour étayer notre affirmation que Jésus-Christ était Dieu avant même de prendre un corps de chair. Au cours de cette période prémortelle, il y avait une différence essentielle entre le Père et le Fils en ce que le premier avait déjà traversé les expériences de la vie mortelle, y compris la mort et la résurrection, et était de ce fait un être doté d'un corps parfait et immortalisé de chair et d'os, tandis que le Fils n'était pas encore incarné. Par sa mort et sa résurrection, Jésus, le Christ, est actuellement un être semblable au Père dans toutes les caractéristiques essentielles.
 
Un examen général des données scripturaires nous amène à la conclusion que Dieu le Père éternel s'est manifesté en très peu d'occasions aux prophètes ou révélateurs terrestres, et quand il l'a fait, c'était surtout pour attester l'autorité divine de son Fils, Jésus-Christ. Comme nous l'avons montré précédemment, le Fils était l'exécuteur actif de l'œuvre de la création ; dans toutes les scènes de la création le Père apparaît surtout comme celui qui dirige ou que l'on consulte. Le Père se révéla à Adam, à Énoch, à Noé, à Abraham et à Moïse, attestant la divinité du Christ, et le fait que le Fils était le Sauveur élu de l'humanité [30]. Lors du baptême de Jésus, on entendit la voix du Père dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection » [31] ; et lors de la transfiguration le Père donna un témoignage semblable [32]. Plus tard encore, tandis que Jésus priait, l'âme pleine d'angoisse, se soumettant pour que les desseins du Père s'accomplissent et que le nom du Père soit glorifié, « une voix vint alors du ciel : je l'ai glorifié, et je le glorifierai de nouveau » [33]. Le Père annonça le Christ ressuscité et glorifié aux Néphites sur le continent américain en ces termes : « Voici mon Fils bien-aimé, en qui je me complais, en qui j'ai glorifié mon nom - écoutez-le [34] » À partir du dernier événement cité, la voix du Père ne s'est plus fait entendre parmi les hommes, du moins d'après les Écritures, jusqu'au printemps de 1820, date à laquelle le Père et le Fils apparurent au prophète Joseph Smith, le Père disant : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le [35] ! » Tels sont les cas enregistrés où le Père éternel s'est manifesté à l'homme séparément du Fils, soit en s'exprimant personnellement, soit par une autre révélation. Dieu le Créateur, le Jéhovah d'Israël, le Sauveur et Rédempteur de toutes les nations, tribus et langues, ne font qu'une seule personne, qui est Jésus, le Christ.
 
 [1] Voir « Dieu et la Divinité », dans les Articles de Foi, de l'auteur, chap. 2.
 [2] Gn 1:26 et 3:22.
 [3] PGP, Moïse 2:26 et 4:28.
 [4] PGP, Abraham, chapitres 4 et 5.
 [5] Voir chap. 2 du présent ouvrage ; Jean 1:1 ; PGP, Moïse 1:32.
 [6] Hé 1:1, 2, version du roi Jacques, ndt ; voir aussi 1 Co 8:6. 9
 [7] Col 1: 16, 17.
 [8] Jean 1: 1-3.
 [9] LM, Hélaman 14:12 ; voir aussi Mosiah 3:8, 4:2 ; Alma 11:39.
 [10] LM, 3 Néphi 9:15.
 [11] LM, 3 Néphi 15:4, 5.
 [12] D&A 45:1.
 [13] D&A 14:9 ; voir aussi 29:1,31 ; 76:24.
 [14] Ex 20:7 ; Lv 19:12 ; Dt 5: 11.
 [15] Note 1, fin du chapitre.
 [16] Mt 1:21 ; voir aussi versets 23, 25 ; Luc 1:31.
 [17] Jean 1:41, 4:25.
 [18] Luc 1:31, 2:21 ; Mt 1:21, 25 ; voir aussi verset 23 et cf. Es 7:14 ; Luc 2:11. Voir en outre PGP, Moïse 6:51, 57, 7:20, 8:24. LM, 1 Néphi 10:4, 2 Néphi 10:3, Mosiah 3:8.
 [19] Ce nom apparaît ainsi dans Gn 2:5 ; voir aussi Ex 6:2-4 et lire à titre de comparaison Gn 17:1, 35: 11.
 [20] Ex 3:13, 14 ; cf. à propos de la durée éternelle exprimée par ce nom, Es 44:6, Jean 8:58, Col 1:17 ; Hé 13:8, Ap 1:4 ; voir aussi PGP, Moïse 1:3 et les références qui y sont données.
 [21] Ex 6:2, 3. Note 2, fin du chapitre.
 [22] Ap 1:11, 17, 2:8, 22:13 ; cf. Es 41:4, 44:6, 48:12.
 [23] Jean 8:58.
 [24] Dans le texte anglais, la nuance réside uniquement dans une question de ponctuation. La Version du roi Jacques dit : « Before Abraham was, I am. » L'auteur supprime la ponctuation de cette phrase : « Before Abraham was I am » (ndt).
 [25] Lv 24:16. Note 3, fin du chapitre.
 [26] Es 6:8-11 ; cf. Jean 12:40, 41.
 [27] Za 12: 10 ; cf. Jean 19:37.
 [28] Le singulier « Eloah » n'est employé qu'en poésie.
 [29] LM, 3 Néphi 11: 13, 14 ; 1 Néphi 17:40 également et notez - verset 30 - que le Rédempteur est appelé le Dieu qui a racheté Israël. Voir en outre Mosiah 7:19. Chapitre 39, infra.
 [30] PGP, Moïse 1:6, 31-33, 2:1, 4:2, 3, 6:57 ; cf. 7:35, 39, 47, 53-59, 8:16, 19, 23, 24 ; Abraham 3:22-28. Voir chapitre 5, infra.
 [31] Mt 3:17 ainsi que Marc 1:11 et Luc 3:22.
 [32] Mt 17:5, Luc 9:35.
 [33] Jean 12:28.
 [34] LM, 3 Néphi 11:7.
 [35] PGP, Joseph Smith 2:17.
 
NOTES DU CHAPITRE 4
 
1. Noms donnés par Dieu : L'importance des noms quand ils sont donnés par Dieu trouve son illustration dans beaucoup d'exemples scripturaires. Voici quelques exemples : « Jésus » signifiant Sauveur (Mt 1:21 ; Luc 1:31) ; « Jean », signifiant don de Jéhovah, appliqué expressément au Baptiste, qui fut envoyé sur la terre préparer la voie pour la venue de Jéhovah dans la chair (Luc 1: 13) ; « Ismaël », signifiant Dieu l'entendra (Gn 16: 11) ; « Isaac », signifiant rire (Gn 17:19, comparer avec 18:10-15). Voici quelques exemples de noms changés par l'autorité divine pour exprimer un surcroît de bénédictions ou des appels particuliers : « Abram », qui voulait dire noblesse ou exaltation et, comme on le traduit habituellement, Père d'élévation, fut changé en « Abraham », Père d'une multitude, qui exprimait la raison du changement apporté à l'époque : « Car je te rends père d'une foule de nations » (Gn 17:5). « Saraï », le nom de la femme d'Abraham, dont le sens précis est incertain, fut remplacé par « Sara » qui signifiait la princesse (Gn 17:15). « Jacob », nom donné au fils d'Isaac et faisant allusion à un événement qui se produisit lors de sa naissance, et signifiant celui qui supplante, fut remplacé par « Israël » voulant dire un soldat de Dieu, un prince de Dieu ; comme l'expriment les mots qui effectuèrent le changement : « Jacob ne sera plus le nom qu'on te donnera, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur » (Gn 32:28 ; comparer avec 35:9, 10). « Simon », signifiant celui qui écoute, nom de l'homme qui devint l'apôtre principal de Jésus-Christ, fut changé par le Seigneur en « Céphas » (araméen) ou « Pierre » (grec) signifiant un roc (Jean 1:42 ; Mt 16:18 ; Luc 6:14). À Jacques et à Jean, les fils de Zébédée, le Seigneur conféra le nom ou titre « Boanergès » signifiant fils du tonnerre (Marc 3:17).
 
L'extrait suivant est instructif : « Le nom, dans les Écritures, n'est pas seulement ce par quoi on désigne une personne, mais souvent tout ce que l'on sait appartenir à la personne ainsi désignée, et la personne elle-même. Ainsi de nom de Dieu » ou « de Jéhovah », etc. indique son autorité (Dt 18:20 ; Mt 21:9, etc.), sa dignité et sa gloire (Ésaïe 48:9, etc.), sa protection et sa faveur (Pr 18:10, etc.), sa personnalité (Ex 34:5, 14, comparer avec 6, 7, etc.), ses attributs divins en général (Mt 6:9, etc.), etc. On dit que le Seigneur pose son nom là où la révélation ou la manifestation de ses perfections est donnée (Dt 12:5, 14:24, etc.). Croire au nom du Christ c'est le recevoir et le traiter conformément à la révélation que les Écritures donnent de lui (Jean 1:12 ; 2:23), etc. » - Comprehensive Dictionary of the Bible, Smith, article « Name ».
 
2. Jésus-Christ, Dieu d'Israël : « Tous les écrits inspirés, et la Bible plus que tous, montrent que Jésus-Christ était ce même être qui fit sortir Abraham de son pays natal, qui conduisit Israël hors d'Egypte avec des miracles et des prodiges puissants, qui lui révéla sa loi au milieu du tonnerre du Sinaï, qui le délivra de ses ennemis, qui le châtia de sa désobéissance, qui inspira ses prophètes, et dont la gloire remplit le temple de Salomon. »
 
Ses lamentations sur Jérusalem prouvent que, dans son humanité, il n'avait pas oublié sa position exaltée antérieure : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants... et vous ne l'avez pas voulu ! » (Mt 23:37). C'est ce Créateur du monde, ce Gouverneur puissant, ce Régulateur des destinées de la famille humaine qui, dans ses derniers moments, s'écria dans l'agonie de son âme : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Marc 15:34.) - tiré de Compendium of the Doctrines of the Gospel, Franklin D. Richards et James A. Little.
 
3. « Jéhovah », nom que les juifs ne prononçaient pas : Longtemps avant le temps du Christ, certaines écoles parmi les Juifs, infatigablement zélées à observer la lettre de la loi, sans toutefois en mépriser l'esprit, avaient enseigné que le simple fait de prononcer le nom de Dieu était blasphématoire, et que le péché de celui qui le faisait constituait un crime capital. Cette conception extrême naquit de l'interprétation acceptée quoique non inspirée de Lv 24:16: « Celui qui blasphémera le nom de l'Éternel sera puni de mort : toute la communauté le lapidera. Qu'il soit immigrant ou autochtone, il mourra, pour avoir blasphémé le Nom (de Dieu). » Le Comprehensive Dictionary of the Bible, de Smith, indique à l'article « Jéhovah » : « La vraie prononciation de ce nom [Yehovah], par lequel Dieu était connu des Hébreux, a été entièrement perdue, les juifs eux-mêmes évitant scrupuleusement de jamais le mentionner et le remplaçant par l'un ou l'autre des mots avec les points-voyelles avec lesquels il peut s'écrire [Adonaï, Seigneur, ou Élohim, Dieu]... Selon la tradition juive, il n'était prononcé qu'une fois par an par le grand prêtre, le jour des expiations, lorsqu'il entrait dans le saint des saints ; mais il règne un certain doute à ce sujet. »
 
 
CHAPITRE 5 : PREDICTION DE L'AVÈNEMENT TERRESTRE DU CHRIST
 
La venue du Christ sur la terre pour entrer dans un tabernacle de chair n'était ni inattendue ni imprévue. Des siècles avant le grand événement, les juifs professaient attendre l'avènement de leur Roi ; et dans les rites prescrits du culte comme dans les dévotions privées, la venue du Messie promis était l'un des sujets principaux des supplications d'Israël à Jéhovah. Il y avait, il est vrai, beaucoup de divergences dans les opinions laïques et dans les exposés rabbiniques quant au temps et à la manière dont il apparaîtrait ; mais la certitude du fait était profondément enracinée dans les croyances et les espoirs de la nation hébraïque.
 
Les documents que nous appelons les livres de l'Ancien Testament, de même que d'autres écrits inspirés considérés autrefois comme authentiques mais exclus des compilations ultérieures comme n'étant pas strictement canoniques, étaient courants parmi les Hébreux à l'époque de la naissance du Christ et longtemps avant. Ces Écritures tirent leur origine de la proclamation de la loi par Moïse [1], qui écrivit celle-ci et remit le texte écrit à la garde officielle des prêtres avec le commandement formel de le lire dans les assemblées du peuple à des époques prescrites. Au cours des siècles, on ajouta à ces premiers écrits les déclarations de prophètes divinement nommés, les notes d'historiens officiels et les cantiques de poètes inspirés ; de sorte qu'à l'époque du ministère de notre Seigneur, les Juifs possédaient une grande accumulation d'écrits qu'ils acceptaient et respectaient comme faisant autorité [2]. Ces documents sont riches en prédictions et en promesses relatives à l'avènement terrestre du Messie, comme le sont d'autres Écritures auxquelles l'Israël d'autrefois n'avait pas accès.
 
Adam, le patriarche du genre humain, se réjouit lorsqu'il fut mis au courant du ministère dont le Sauveur avait été chargé, assuré qu'il était que s'il l'acceptait, il pourrait, lui, le transgresseur, obtenir la rédemption. Une brève mention du plan de salut, dont l'auteur est Jésus-Christ, apparaît dans la promesse donnée par Dieu après la chute : certes le diable, représenté par le serpent en Eden, aurait le pouvoir de blesser le talon de la postérité d'Adam, mais par la postérité de la femme viendrait la puissance qui écraserait la tête de l'adversaire [3]. Il est significatif que cette assurance de la victoire finale sur le péché et son effet inévitable, la mort, qui furent tous deux introduits sur la terre par l'intermédiaire de Satan, l'ennemi juré de l'humanité, devait être assurée par la postérité de la femme ; la promesse ne fut pas faite formellement à l'homme, ni au couple. Le seul cas où la postérité de la femme est dissociée de la paternité mortelle est la naissance de Jésus, le Christ, qui était le fils terrestre d'une mère mortelle, engendré par un Père immortel. Il est le seul engendré du Père éternel dans la chair et naquit d'une femme.
 
Des Écritures autres que celles qui se trouvent dans l'Ancien Testament nous informent d'une manière plus complète de la révélation de Dieu à Adam concernant la venue du Rédempteur. Conséquence naturelle et inévitable de sa désobéissance, Adam avait perdu la grande bénédiction dont il bénéficiait précédemment : celle d'être en rapport direct et personnel avec son Dieu ; néanmoins dans son état déchu il reçut la visite d'un ange du Seigneur, qui lui révéla le plan de la rédemption : « Et après de nombreux jours, un ange du Seigneur apparut à Adam, et lui dit : Pourquoi offres-tu des sacrifices au Seigneur ? Et Adam lui dit : je ne le sais, si ce n'est que le Seigneur me l'a commandé. Alors l'ange parla, disant : C'est une similitude du sacrifice du Fils unique du Père, qui est plein de grâce et de vérité. C'est pourquoi tu feras tout ce que tu fais au nom du Fils, tu te repentiras, et invoqueras dorénavant Dieu au nom du Fils. Ce jour-là, le Saint-Esprit, qui rend témoignage du Père et du Fils, tomba sur Adam, disant : je suis le Fils unique du Père, depuis le commencement, dorénavant et à jamais, afin que de même que tu es tombé, tu puisses être racheté, ainsi que toute l'humanité, à savoir tous ceux qui le veulent » [4].
 
La révélation du Seigneur à Adam communiquant le plan officiel selon lequel le Fils de Dieu devait se munir de chair au midi des temps, et devenir le Rédempteur du monde, fut attestée par Énoch, fils de Jéred et père de Metuschélah. Les paroles d'Énoch nous apprennent que le nom par lequel le Sauveur serait connu parmi les hommes lui fut révélé aussi bien qu'à son grand ancêtre, Adam, en ces termes : « Jésus-Christ, le seul nom qui sera donné sous les cieux par lequel le salut viendra aux enfants des hommes » [5]. L'alliance écrite de Dieu avec Abraham, et sa répétition et sa confirmation avec Isaac et ensuite avec Jacob - que par leur postérité toutes les nations de la terre seraient bénies - présageait la naissance du Rédempteur par ce lignage élu [6]. Son accomplissement est l'héritage béni des siècles.
 
En donnant sa bénédiction patriarcale à Juda, Jacob prophétisa : « Le bâton (de commandement) ne s'écartera pas de Juda, ni l'insigne du législateur d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne le Chilo et que les peuples lui obéissent [et c'est auprès de lui que le peuple se rassemblera - Version du roi Jacques, ndt] » [7]. On a la preuve que Chilo désignait le Christ parce que la stipulation décrite dans la prédiction s'accomplit dans l'État de la nation juive à l'époque de la naissance de notre Seigneur [8].
 
Moïse proclama la venue d'un grand prophète en Israël, dont le ministère devait être tellement important que tous les hommes qui ne l'accepteraient pas seraient sous la condamnation ; et des Écritures ultérieures prouvent d'une manière concluante que cette prédiction ne pouvait se rapporter qu'à Jésus-Christ. Ainsi parla le Seigneur à Moïse : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. Et si quelqu'un n'écoute pas mes paroles qu'il dira en mon nom, c'est moi qui lui en demanderai compte » [9]. Le système de sacrifices formellement imposé dans le code mosaïque était essentiellement un prototype de la mort sacrificatoire que le Sauveur devait accomplir sur le Calvaire. Le sang d'innombrables victimes sur l'autel, tuées par les prêtres d'Israël au cours des rituels prescrits, coula pendant tous les siècles qui séparèrent Moïse du Christ comme un flot prophétique à la ressemblance du sang du Fils de Dieu qui devait être versé comme sacrifice expiatoire pour la rédemption du genre humain. Mais, comme nous l'avons déjà montré, l'institution du sacrifice sanglant pour représenter la mort future de Jésus-Christ remonte au commencement de l'histoire humaine, depuis que l'offrande de sacrifices d'animaux par l'effusion de sang fut requise d'Adam, à qui l'importance de l'ordonnance, « une similitude du sacrifice du Fils unique du Père », fut expressément définie [10].
 
L'agneau pascal, tué pour chaque foyer israélite lors de la fête annuelle de la Pâque, était un type particulier de l'Agneau de Dieu qui serait sacrifié en son temps pour les péchés du monde. La crucifixion du Christ se produisit à l'époque de la Pâque ; et la consommation du Sacrifice suprême, dont les agneaux de la Pâque n'avaient été que des prototypes secondaires, amena Paul l'apôtre à affirmer plus tard : « Car Christ, notre Pâque, a été immolé » [11].
 
À l'époque de ses cruelles afflictions, Job se réjouit du témoignage qu'il pouvait rendre du futur Messie et déclara avec une conviction prophétique : « Je sais que mon Rédempteur est vivant, et qu'il se lèvera le dernier sur la terre. » « [Je sais que mon Rédempteur vit, et qu'il se tiendra sur la terre au dernier jour - Version du roi Jacques, ndt] » [12]. Les cantiques de David, le psalmiste, abondent en allusions répétées à la vie terrestre du Christ, dont beaucoup de circonstances sont décrites en détails et sont confirmées dans les Écritures du Nouveau Testament [13].
 
Ésaïe, dont l'office prophétique fut honoré du témoignage personnel du Christ et des apôtres, manifesta en de nombreux passages sa conviction que le Sauveur viendrait exercer son ministère sur la terre. Avec la force de la révélation directe, il parla de la maternité divine de la Vierge, de qui naîtrait Emmanuel, et sa prédiction fut répétée par l'ange du Seigneur, plus de sept siècles plus tard [14]. Contemplant les siècles futurs, le prophète vit l'accomplissement des desseins divins comme si c'était déjà fait et chanta triomphalement : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, et la souveraineté (reposera) sur son épaule ; on l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Renforcer la souveraineté et donner une paix sans fin au trône de David et à son royaume, l'affermir et le soutenir par le droit et par la justice dès maintenant et à toujours » [15].
 
Immédiatement avant sa réalisation, la promesse bénie fut répétée par Gabriel, envoyé de la présence de Dieu à la Vierge élue de Nazareth [16]. Comme cela avait été révélé au prophète et proclamé par lui, le Seigneur futur était le Rameau vivant qui jaillirait de la racine immortelle représentée par la famille d'Isaï [17], la Pierre de fondement assurant la stabilité de Sion [18], le Berger de la maison d'Israël [19], la Lumière du monde [20], pour le Gentil aussi bien que pour le Juif ; le Chef et Dominateur de son peuple [21]. La même voix inspirée prédit l'avènement du précurseur qui crierait dans le désert : « Ouvrez le chemin de l'Éternel, nivelez dans la steppe une route pour notre Dieu » [22].
 
Il fut permis à Ésaïe de lire dans le parchemin de l'avenir les nombreuses conditions spéciales qui accompagneraient l'humble vie et la mort expiatoire du Messie. Le prophète vit en lui quelqu'un qui serait méprisé et rejeté des hommes, un Homme de douleur, accoutumé à la souffrance, quelqu'un qui serait blessé et meurtri pour les transgressions du genre humain, sur qui serait placée notre iniquité à tous : un sacrifice patient et volontaire, silencieux dans l'affliction, comme un agneau amené à l'abattoir. La mort du Seigneur, avec des pécheurs, et son ensevelissement dans le tombeau du riche furent annoncés de même avec une certitude prophétique [23].
 
Jérémie reçut clairement la parole du Seigneur, déclarant la venue certaine du Roi qui assurerait la sécurité de Juda et d'Israël [24] ; le Prince de la Maison de David, par l'intermédiaire duquel la promesse divine faite au fils d'Isaï serait réalisée [25]. Ézéchiel [26], Osée [27] et Michée [28] prophétisèrent dans le même esprit. Zacharie s'arrêta au milieu d'une prédiction sinistre pour chanter le cantique joyeux d'actions de grâce et de louange en contemplant en vision la procession toute simple de l'entrée triomphale du Roi dans la ville de David [29]. Puis le prophète se lamenta sur la douleur de la nation frappée par sa conscience, par qui, comme il avait été prévu, le Sauveur de l'humanité serait percé, jusqu'à en mourir [30] ; il montra que, une fois soumis par la contrition, son propre peuple demanderait : « Qu'est-ce que ces blessures que tu as aux mains ? », le Seigneur répondrait : « C'est dans la maison de ceux qui m'aimaient que j'ai été frappé » [31]. Même le prix qui serait payé pour trahir le Christ et le livrer à la mort fut prédit comme dans une parabole [32].
 
Il ne fait aucun doute que ces prédictions des prophètes de l'Ancien Testament concernaient Jésus-Christ et lui seul : le Seigneur ressuscité l'affirme lui-même. Il dit aux apôtres assemblés : « C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous ; il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre les Écritures. Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu'il ressusciterait d'entre les morts le troisième jour » [33].
 
Jean-Baptiste, dont le ministère précéda immédiatement celui du Christ, proclama la venue de Quelqu'un qui serait plus puissant que lui, de Quelqu'un qui baptiserait du Saint-Esprit, et reconnut formellement Jésus de Nazareth comme étant ce Quelqu'un, le Fils de Dieu, l'Agneau qui prendrait sur lui le fardeau des péchés du monde [34].
 
Les prédictions que nous avons citées jusqu'à présent et qui ont trait à la vie, au ministère et à la mort du Seigneur Jésus sont les paroles prononcées par des prophètes qui, à l'exception d'Adam et d'Énoch, vécurent et moururent au Moyen-Orient. À l'exception de Jean-Baptiste, ils appartiennent tous à l'Ancien Testament, et Jean-Baptiste, contemporain du Christ dans la mortalité, apparaît dans les premiers chapitres des évangiles. Il est important de savoir que les Écritures des Amériques déclarent d'une manière tout aussi explicite la grande vérité que le Fils de Dieu naîtrait dans la chair. Le Livre de Mormon contient l'histoire d'une colonie d'Israélites, de la tribu de Joseph, qui quitta Jérusalem en 600 av. J.-C. durant le règne de Sédécias, roi de Juda, à la veille de la conquête de Juda par Nebucadnetsar et de la captivité babylonienne. Cette colonie fut conduite par la direction divine vers les Amériques, où elle s'accrut pour former un peuple nombreux et puissant ; toutefois, divisé par la dissension, celui-ci donna naissance à deux nations opposées, les Néphites et les Lamanites. Ceux-là cultivèrent les arts de l'industrie et du raffinement et conservèrent un document écrit contenant à la fois de l'histoire et des Écritures, tandis que ceux-ci dégénérèrent et s'avilirent. L'extinction des Néphites se produisit vers 400 ap. J.-C., mais les Lamanites continuèrent à exister dans leur état dégénéré. Leurs descendants sont aujourd'hui les Amérindiens [35].
 
Dès leur début, et jusqu'à l'époque de la naissance de notre Seigneur, les annales néphites prédisent et promettent abondamment la venue du Christ ; et cette chronique est suivie d'un récit rapportant la visite en personne du Sauveur ressuscité aux Néphites et l'établissement de son Église parmi eux. Le Seigneur révéla à Léhi, chef de la colonie, l'époque, le lieu et la manière dont se produirait l'avènement alors futur du Christ, en même temps que beaucoup de faits importants de son ministère et l'œuvre préparatoire de Jean le Précurseur. Cette révélation fut donnée tandis que le groupe voyageait dans le désert d'Arabie avant de traverser les grandes eaux.
 
Voici comment Néphi, fils de Léhi et son successeur à l'appel prophétique, formule la prophétie : « Et aussi, que six cents ans après le départ de mon père de Jérusalem, le Seigneur Dieu susciterait un prophète parmi les juifs, même un Messie, ou, en d'autres termes, un Sauveur du monde. Et il leur parla aussi des prophètes, leur montrant combien était considérable le nombre de ceux qui avaient rendu témoignage de ce Messie, ou de ce Rédempteur du monde dont il avait parlé. Et que tout le genre humain était dans un état de chute et de perdition et le serait toujours, à moins qu'il n'ait recours à ce Rédempteur. Et il parla aussi d'un prophète qui devait précéder le Messie afin de préparer la voie du Seigneur. Et qui irait, criant dans le désert : Préparez la voie du Seigneur ; aplanissez ses sentiers, car il y en a un parmi vous que vous ne connaissez point ; et il est plus puissant que moi ; et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses chaussures. Et mon père parla beaucoup de cela. Mon père dit que celui-là baptiserait à Béthabara, au-delà du Jourdain ; et il dit aussi qu'il baptiserait d'eau ; et même qu'il baptiserait d'eau le Messie. Et que lorsqu'il aurait baptisé d'eau le Messie, il verrait et rendrait témoignage d'avoir baptisé l'Agneau de Dieu, qui allait effacer les péchés du monde. Et lorsque mon père eut dit ces paroles, il parla à mes frères de l'Évangile qui serait prêché parmi les Juifs, et aussi de l'incrédulité dans laquelle les Juifs tomberaient. Et qu'ils tueraient le Messie qui devait venir, et qu'après avoir été tué, il ressusciterait d'entre les morts et se manifesterait par le Saint-Esprit aux Gentils » [36].
 
Néphi écrit encore plus tard, n'agissant plus en qualité de scribe de son père mais comme prophète et révélateur, héraut de la parole de Dieu qui lui a été révélée. Il lui permit d'avoir une vision et d'exposer à son peuple les circonstances de la naissance du Messie, son baptême par Jean et le ministère du Saint-Esprit avec le signe de la colombe qui l'accompagnerait ; il vit notre Seigneur parmi le peuple, comme un Maître de justice, guérissant les affligés et réprimandant les esprits du mal ; il vit et rapporta les scènes terribles du Calvaire ; il vit et prédit l'appel des douze élus, les apôtres de l'Agneau, car c'est ainsi que les nommait Celui qui lui accordait cette vision. Il parla en outre de l'iniquité des Juifs, qu'il vit en conflit avec les apôtres ; et ainsi prend fin cette importante prophétie : « Et l'ange du Seigneur me parla de nouveau, disant : C'est ainsi que seront détruites toutes les nations, toutes les familles, langues et peuples qui combattront les douze apôtres de l'Agneau » [37]. Peu après la défection qui établit la distinction entre les Néphites et les Lamanites, Jacob, frère de Néphi, poursuivit la lignée prophétique en assurant que le Messie viendrait, précisant que son ministère se situerait à Jérusalem et affirmant que sa mort expiatoire était nécessaire, c'était le moyen prévu pour racheter les hommes [38]. Le prophète Abinadi, dénonçant hardiment les péchés du méchant roi Noé, prêcha à propos du Christ qui devait venir [39] ; et Benjamin, le juste, qui était à la fois prophète et roi, proclama la même vérité à son peuple vers 125 av. J.-C. C'est ce qu'enseigna encore Alma [40] dans son exhortation inspirée à son fils dépravé, Corianton ; et c'est ce que fit également Amulek [41] dans sa querelle avec Zeezrom. Le prophète lamanite, Samuel, proclama la même chose, cinq ans seulement avant que l'événement même ne se produisît ; en outre, il précisa les signes qui révéleraient aux peuples des Amériques la naissance de Jésus en Judée. Il dit : « Voici, je vous donne un signe ; encore cinq ans, et voici, le Fils de Dieu vient racheter tous ceux qui croiront à son nom. Et voici, je vous donnerai ceci comme signe au moment de sa venue ; car voici, il y aura de grandes lumières dans les cieux, au point que la nuit qui précédera sa venue, il n'y aura pas de ténèbres, en sorte qu'il semblera à l'homme qu'il fait jour. C'est pourquoi, il y aura un jour, une nuit et un jour, comme si c'était un jour sans nuit ; et ce sera pour vous un signe ; car vous verrez le lever du soleil et son coucher ; c'est pourquoi, on saura avec certitude qu'il y aura deux jours et une nuit ; néanmoins, la nuit ne sera pas assombrie ; et ce sera la nuit qui précédera sa naissance. Et voici, une nouvelle étoile se lèvera, telle que vous n'en avez jamais vue, et cela aussi vous sera un signe. Et voici, ce n'est pas tout, il y aura beaucoup de signes et de prodiges dans le ciel » [42].
 
Ainsi donc les Écritures de l'Ancien et du Nouveau monde et à toutes les époques pré-chrétiennes témoignèrent solennellement que l'avènement du Messie était certain ; c'est ainsi que les saints prophètes de jadis proclamèrent la parole de la révélation prédisant la venue du Roi et du Seigneur du monde, par qui seul la révélation est donnée, et la rédemption de la mort assurée. Il est caractéristique des prophètes envoyés de Dieu qu'ils possèdent et proclament l'assurance personnelle concernant le Christ, car de témoignage de Jésus est l'esprit de la prophétie » [43]. Jamais aucune parole de la prophétie inspirée relative au grand événement ne s'est avérée vaine. L'accomplissement littéral des prédictions atteste amplement que leur origine se trouve dans la révélation divine et prouve de manière concluante la divinité de celui dont la venue fut prédite si abondamment.
 
 [1] Dt 31:9, 24-26 ; cf. 17:18-20.
 [2] Articles de Foi, p. 298-301.
 [3] Gn 3:15 ; cf. Hé 2:14, Ap 12:9, 20:3.
 [4] PGP, Moïse 5:6-9. Note 1, fin du chapitre.
 [5] PGP, Moïse 6:52, étudier les versets 50-56 ; voir aussi Gn 5:18, 21-24, Jude 14. Note 4, fin du chapitre.
 [6] Gn 12:3, 18:18, 22:18, 26:4, 28:14 ; cf. Actes 3:25, Ga 3:8.
 [7] Gn 49:10.
 [8] Note 2, fin du chapitre.
 [9] Dt 18:15-19 ; cf. Jean 1:45, Actes 3:22, 7:37 ; voir aussi la confirmation formelle de notre Seigneur après sa résurrection, 3 Néphi 20:23.
 [10] Note 1, fin du chapitre.
 [11] 1 Co 5:7. On trouvera le Christ qualifié d'Agneau de Dieu dans Jean 1:29, 36, 1 Pierre 1:19, Ap chap. 5, 6, 7, 12, 13, 14, 15, 17, 19, 21, 22 ; en outre LM, 1 Néphi 10:10, et les chap. 11, 12, 13, 14 ; 2 Néphi 31:4, 5, 6 ; 33:14, Alma 7:14, Mormon 9:2, 3, D&A 58:11, 132:19.
 [12] Job 19:25 ; voir aussi versets 26-27.
 [13] Exemples : Ps 2:7 ; cf. Actes 13:33, Hé 1:5, 5:5. Ps 16:10 ; cf. Actes 13:34-37. Ps 22:18 ; cf. Mt 27:35, Marc 15:24, Luc 23:34, Jean 19:24. Ps 41:9 ; cf. Jean 13:18. Ps 69:9 et 21 ; cf. Mt 27:34, 48, Marc 15:23, Jean 19:29 et Jean 2:17. Ps 110:1 et 4 ; cf. Mt 22:44, Marc 12:35-37, Luc 20:41-44 et Hé 5:6. Ps 118:22, 23 ; cf. Mt 21:42, Marc 12:10, Luc 20:17, Actes 4:11, Ep 2:20, 1 Pierre 2:4, 7. Les psaumes suivants sont considérés comme psaumes messianiques : 2,  21, 22, 45, 67, 69, 89, 96, 110, 132 ; le psalmiste y exalte poétiquement les excellences du Messie et la certitude de sa venue.
 [14] Es 7:14 ; cf. Mt 1:21-23.
 [15] Es 9:5, 6.
 [16] Luc 1:26-33.
 [17] Es 11:1 et 10 ; cf, Rm 15:12, Ap 5:5,22:16 ; aussi Jr 23:5,6.
 [18] Es 28:16 ; cf. Ps 118:22, Mt 21:42, Actes 4:11, Rm 9:33, 10:11, Ep 2:20, 1 Pierre 2:6-8.
 [19] Es 40:9-11 ; cf. jean 10: 11, 14, Hé 13:20, 1 Pierre 2:25, 5:4 ; voir aussi Ez 34:23.
 [20] Es 42:1 ; voir aussi 9:2, 49:6, 60:3 ; cf. Mt 4:14-16, Luc 2:32, Actes 13:47 ; 26:18, Ep 5:8,14.
 [21] Es 55:4 ; cf. Jean 18:37.
 [22] Es 40:3 ; cf. Mt 3:3, Marc 1:3, Luc 3:4, Jean 1:23.
 [23] Es 53 ; étudier le chapitre entier ; cf. Actes 8:32-35.
 [24] Jr 23:5, 6 ; voir aussi 33:14-16.
 [25] Jr 30:9.
 [26] Ez 34:23, 37:24, 25.
 [27] Os 11:11 ; cf. Mt 2:15
 [28] Mi 5:2 ; cf. Mt 2:6, Jean 7:42.
 [29] Za 9:9 ; cf. Mt 21:4-9.
 [30] Za 12:10 ; cf. Jean 19:37.
 [31] Za 13:6.
 [32] Za 11: 12,13 ; cf. Mt 26:15, 27:3-10.
 [33] Luc 24:44, 46 ; voir aussi versets 25:27.
 [34] Mt 3:11, Marc 1:8, Luc 3:16, Jean 1:15, 26,27, 29-36 ; voir aussi Actes 1:5, 8, 11:16,19:4.
 [35] Note 3, fin du chapitre.
 [36] LM, 1 Néphi 10:4-11.
 [37] LM, 1 Néphi chapitres 11 et 12 ; voir aussi 19:10.
 [38] LM, 2 Néphi 9:5, 6 ; 10:3. Voir aussi la prophétie de Néphi 25:12-14 ; et chap.26.
 [39] LM, Mosiah 13:33-35 ; 15:1-13.
 [40] LM, Alma 39:15, 40:1-3.
 [41] LM, Alma 11:31-44.
 [42] LM, Hélaman 14:1-6 ; cf. 3 Néphi 1:4-21.
 [43] Ap 19: 10.
 
NOTES DU CHAPITRE 5
 
1. Le sacrifice, prototype de la mort expiatoire du Christ, est très ancien : Bien que le texte biblique atteste expressément que des sacrifices étaient offerts longtemps avant l'exode d'Israël hors d'Égypte - par exemple par Abel et par Caïn (Gn 4:3,4), par Noé après le déluge (Gn 8:20), par Abraham (Gn 22:2, 13), par Jacob (Gn 31:54, 46: 1) - il garde le silence sur l'origine divine du sacrifice, exigence propitiatoire qui préfigurait la mort expiatoire de Jésus-Christ. Tous les chercheurs, à part ceux qui reconnaissent la validité de la révélation moderne, reconnaissent leur difficulté à déterminer l'époque et les circonstances dans lesquelles l'offrande de sacrifices symboliques prit naissance parmi les hommes. Beaucoup de savants spécialistes de la Bible ont affirmé la nécessité de supposer que Dieu donna très tôt des instructions à l'homme à ce sujet. C'est ainsi que l'auteur de l'article « Sacrifice », dans le Bible Dictionary, de Cassel dit : « L'idée de sacrifice est dominante dans toutes les Écritures ; c'est l'un des rites les plus anciens et les plus généralement reconnus de la religion dans le monde entier. Il existe aussi une similarité remarquable dans le développement et les applications de cette idée. Pour cette raison et pour d'autres encore on a conclu que le sacrifice faisait partie intégrante du culte originel de l'homme, et que son universalité n'est pas uniquement un argument indirect en faveur de l'unité du genre humain, mais également une illustration et une confirmation des premières pages inspirées de l'histoire du monde. On ne peut guère considérer l'idée de sacrifice comme le produit de la nature humaine livrée à elle-même, et on doit par conséquent la faire remonter à une source plus élevée et la considérer comme une révélation divine à l'homme primitif. »
 
Le Dictionary of the Bible, de Smith, déclare ce qui suit : « Lorsque nous retraçons l'histoire du sacrifice de son origine à son développement parfait dans le rituel mosaïque, nous nous trouvons immédiatement face à la question longuement controversée de l'origine du sacrifice, le point étant de savoir s'il naquit d'un instinct naturel de l'homme, sanctionné et guidé par Dieu, ou s'il fut le sujet d'une révélation originelle distincte. Il est indubitable que le sacrifice a été sanctionné par la Loi de Dieu, dans le sens particulier et typique du sacrifice expiatoire du Christ ; le fait qu'on le retrouve partout, indépendamment des raisonnements naturels de l'homme sur ses rapports avec Dieu et souvent en opposition à ceux-ci, montre qu'il est très ancien et était profondément enraciné dans les instincts de l'humanité. Quant à savoir s'il fut imposé au début par un commandement externe ou fut basé sur le sentiment de péché et de perte de la communion avec Dieu que sa main a gravé dans le cœur de l'homme - cela est une question historique, peut-être insoluble. »
 
La difficulté disparaît, et la « question historique » quant à l'origine du sacrifice est définitivement résolue par les révélations de Dieu à notre époque, grâce auxquelles des parties du Livre de Moïse qui ne se trouvent pas dans la Bible - ont été rendues à la connaissance humaine. L'Écriture citée dans le texte (p. 51, 52) montre clairement qu'après sa transgression, Adam reçut l'ordre d'offrir des sacrifices et que le sens de ce rite divinement établi fut pleinement expliqué au patriarche du genre humain. L'effusion du sang d'animaux en sacrifice à Dieu comme préfiguration « du sacrifice du Fils unique du Père » remonte à l'époque qui suivit immédiatement la chute. Son origine se base sur une révélation précise faite à Adam. Voir PGP, Moïse 5:5-8.
 
2. Prophétie de Jacob concernant le « Chilo » [ou Silo] : La prédiction du patriarche Jacob - que le sceptre ne s'éloignerait point de Juda avant la venue du Chilo - a donné lieu à beaucoup de discussions parmi les spécialistes de la Bible. Certains prétendent que « Silo » est un nom de lieu et pas un nom de personne. Il ne fait aucun doute qu'il existait un lieu de ce nom (voir Josué 18:1, 19:51, 21:2, 22:9, 1 S 1:3, Jr 7:12) ; mais le nom qui apparaît dans Gn 49:10 est clairement un nom de personne. On doit savoir que l'utilisation du mot dans la version du roi Jacques ou version autorisée de la Bible est considérée comme correcte par beaucoup d'autorités éminentes. Nous lisons ainsi, dans le Commentary on the Holy Bible, par Dummelow : « Juifs et chrétiens ont toujours considéré ce verset comme une prophétie remarquable de la venue du Messie... Selon la définition donnée plus haut, le verset tout entier prédit que Juda conserverait l'autorité jusqu'à l'avènement du souverain légitime, le Messie, auprès de qui tous les peuples se rassembleraient. Et on peut dire d'une manière générale que les dernières traces de pouvoir législatif juif (qui reposait sur le sanhédrin) ne disparurent pas avant la venue du Christ et la destruction de Jérusalem, date à partir de laquelle son royaume a été établi parmi les hommes. »
 
Adam Clarke, dans l'ouvrage très approfondi qu'est son Commentaire de la Bible, analyse brièvement les objections élevées par ceux qui considèrent que l'on ne peut pas admettre que ce passage s'applique à l'avènement du Messie, et les rejette en affirmant qu'elles n'ont aucun fondement. Voici ce qu'il conclut concernant la signification du passage : « Juda continuera d'exister comme une tribu distincte jusqu'à l'avènement du Messie, et c'est ce qui est arrivé ; et après sa venue il fut confondu avec les autres, de sorte que toute distinction a été perdue depuis lors. »
 
Le professeur Douglas, cité dans le Dictionnaire de Smith, « affirme que quelque chose est resté du sceptre de Juda - une éclipse totale ne prouvant pas que le jour est terminé - que l'accomplissement proprement dit de la prophétie ne commença qu'à l'époque de David et fut consommée dans le Christ selon Luc 1:32, 33 ».
 
Le sens accepté du mot par dérivation est « paisible », et cela peut s'appliquer aux attributs du Christ qui, dans Es 9:5, est appelé le Prince de la paix.
 
Eusèbe, qui vécut entre 260 et 339 ap. J.-C., et que l'on connaît dans l'histoire ecclésiastique comme l'évêque de Césarée, écrivit : « À l'époque du règne d'Hérode, qui fut le premier étranger à gouverner le peuple juif, la prophétie rapportée par Moïse reçut son accomplissement, à savoir qu'un prince ne manquerait jamais en Juda, ni un souverain de ses reins, jusqu'à ce que vienne Celui pour lequel cela est réservé. Celui que les nations attendent. » (Le passage que nous venons de citer se trouve dans la version des Septante de la Gn 49:10.)
 
Certains critiques ont prétendu qu'en se servant du mot « Chilo » Jacob n'avait pas du tout l'intention de l'utiliser comme nom propre. L'auteur de l'article « Chilo » dans le Bible Dictionary, de Cassell, dit : « La majorité des preuves est en faveur de l'interprétation messianique, mais les opinions sont très divergentes quand il s'agit de considérer le mot « Chilo » comme nom propre... En dépit de toutes les objections que l'on soulève contre l'idée de le considérer ainsi, nous sommes d'avis que c'est à bon droit qu'on le considère comme nom propre, et que la version anglaise représente le sens véritable de ce passage. Nous recommandons à ceux qui désirent approfondir davantage une question que l'on ne peut guère discuter sans la critique hébraïque les excellentes notes sur Gn 49:10 dans le « Commentary on the Pentateuch », par Keil & Delizsch. Le texte y est rendu de la manière suivante : « Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, ni le bâton du souverain d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne le Chilo, et que les nations lui rendent volontairement obéissance. »
 
« En dépit de l'objection de certains auteurs, même de la part de ceux de qui on ne l'attendrait pas, contre l'interprétation messianique, nous voyons que les événements de l'histoire confirment cette explication au lieu de l'affaiblir. Le texte n'est pas pris dans le sens que Juda ne serait jamais privé d'un souverain à lui, mais que le pouvoir royal ne disparaîtrait finalement de Juda que lorsque le Chilo serait venu. Les objections basées sur la captivité babylonienne et autres interruptions de ce genre n'ont aucun fondement, parce que c'est de la fin définitive qu'il est question, et celle-ci ne se produisit qu'après l'époque du Christ. » Voir en outre The Book of Prophecy, par G. Smith LL.D. ; p. 320. Voir aussi Compendium of the Doctrines of the Gospel, par Franklin D. Richards et James A. Little, article « Christ's First Coming ».
 
3. Néphites et Lamanites : Les ancêtres de la nation néphite furent emmenés de Jérusalem, en 600 av. J.-C., par Léhi, prophète juif de la tribu de Manassé. Sa famille immédiate, à l'époque de leur départ de Jérusalem, comprenait sa femme, Sariah, et leurs fils, Laman, Lémuel, Sam et Néphi ; à un stade ultérieur de leur histoire des filles sont mentionnées, mais on ne nous dit pas s'il y en eut parmi elles qui naquirent avant l'exode de la famille. Outre sa propre maison, la colonie de Léhi comprenait Zoram et Ismaël, ce dernier étant Israélite de la tribu d'Éphraïm ; Ismaël et sa famille se joignirent au groupe de Léhi dans le désert, et ses descendants furent comptés avec la nation dont nous parlons. Il apparaît qu'ils voyagèrent plus ou moins vers le sud-est, en restant à proximité du rivage de la mer Rouge ; ensuite, changeant leur orientation vers l'est, ils traversèrent la péninsule arabique, et là, sur les rives de la mer d'Oman, ils construisirent un navire, qu'ils chargèrent de provisions et dans lequel ils s'en remirent à la providence divine sur les flots. Leur navigation les emmena vers l'est, à travers l'océan Indien, puis à travers le Pacifique jusqu'à la côte occidentale de l'Amérique, où ils débarquèrent (590 av. J.-C.)... Le peuple s'établit sur ce qui était pour lui la Terre Promise ; de nombreux enfants naquirent et, après quelques générations, le pays fut occupé par une postérité nombreuse. Après la mort de Léhi, le peuple se divisa, une partie reconnaissant comme chef Néphi, qui avait été dûment désigné à l'office de prophète, tandis que l'autre partie proclamait Laman, le fils aîné de Léhi, comme son chef. Dès lors les deux groupes de ce peuple maintenant divisé prirent respectivement le nom de Néphites et de Lamanites. Par intervalles, ils observaient entre eux un semblant de relations amicales ; mais généralement, ils furent ennemis, les Lamanites manifestant une hostilité et une haine implacables envers leurs frères Néphites. Les Néphites se développèrent dans les arts de la civilisation, bâtirent de grandes villes et des royaumes prospères. Cependant ils tombaient souvent en transgression, et le Seigneur les châtiait en permettant à leurs ennemis héréditaires de les vaincre. Ils se répandirent vers le nord pour occuper un territoire considérable en Amérique Centrale et s'étendirent ensuite vers l'est et vers le nord sur une partie de ce qui est maintenant les États-Unis d'Amérique. Les Lamanites, tout en croissant en nombre, subirent la malédiction du courroux divin ; ils devinrent sombres de peau et enténébrés d'esprit, oublièrent le Dieu de leurs pères, menèrent une vie nomade, sauvage et dégénérée pour en arriver à l'état déchu dans lequel les Amérindiens - leurs descendants en ligne directe - furent trouvés par ceux qui redécouvrirent les Amériques beaucoup plus tard (voir les Articles de Foi, de l'auteur, p. 320-322).
 
4. La première dispensation de l'Évangile : L'Évangile de Jésus-Christ fut révélé à Adam. La foi en Dieu le Père éternel, et en son Fils, le Sauveur d'Adam et de toute sa postérité, le repentir du péché, le baptême d'eau par immersion et le don divin du Saint-Esprit furent proclamés au commencement de l'histoire humaine comme étant les éléments essentiels du salut. Les Écritures suivantes attestent ce fait. « Et ainsi l'Évangile commença à être prêché dès le commencement, étant proclamé par des saints anges envoyés de la présence de Dieu, par sa propre voix et par le don du Saint-Esprit » (Moïse 5:58). Le prophète Énoch témoigna de la manière suivante : « Mais Dieu a fait savoir à nos pères que tous les hommes doivent se repentir. Et il appela notre père Adam de sa propre voix, disant : « Je suis Dieu ; j'ai fait le monde, et les hommes avant qu'ils ne fussent dans la chair. Et il lui dit également : Si tu veux te tourner vers moi, écouter ma voix, croire, te repentir de toutes tes transgressions et être baptisé, même dans l'eau, au nom du Fils unique, qui est plein de grâce et de vérité, lequel est Jésus-Christ, le seul nom qui sera donné sous les cieux par lequel le salut viendra aux enfants des hommes, tu recevras le don du Saint-Esprit, et tu demanderas tout en son nom, et tout ce que tu demanderas te sera donné » (Moïse 6:50-52 ; lire également 53-61). « Et maintenant, voici, je vous le dis, tel est le plan de salut pour tous les hommes par le sang de mon Fils unique qui viendra au midi des temps (62). » « Lorsque le Seigneur eut parlé avec Adam, notre père, Adam invoqua le Seigneur, fut enlevé par l'Esprit du Seigneur, emporté dans l'eau, immergé sous l'eau et sorti de l'eau. C'est ainsi qu'il fut baptisé, et l'Esprit du Seigneur descendit sur lui et c'est ainsi qu'il naquit de l'Esprit, et il fut vivifié dans l'homme intérieur. Et il entendit une voix venant des cieux, disant : Tu es baptisé de feu et du Saint-Esprit. C'est là le témoignage du Père et du Fils, dorénavant et à jamais » (64-66). Comparez D&A 29:42.
 
 
CHAPITRE 6 : LE MIDI DES TEMPS
 
L'histoire du genre humain, passée et future par rapport à son époque, fut révélée à Moïse, à qui le Seigneur parla « face à face, comme un homme parle à son ami » [1]. Et Moïse reconnut que l'avènement du Rédempteur était l'événement le plus important parmi tous ceux dont la terre et ses habitants seraient témoins. La malédiction de Dieu était déjà tombée sur les méchants, et sur la terre à cause d'eux, « car ils ne voulaient pas écouter sa voix ni croire en son Fils unique, à savoir celui qu'il avait déclaré devoir venir au midi des temps, et qui était préparé dès avant la fondation du monde » [2]. C'est dans cette Écriture très ancienne qu'apparaît pour la première fois le nom expressif et profondément significatif qui devait désigner la période à laquelle le Christ apparaîtrait - le midi des temps. Si l'on considère l'expression comme figurée, que l'on se souvienne que l'image provient du Seigneur.
 
Le terme « midi » tel qu'on l'utilise habituellement, exprime l'idée d'une division majeure du temps [3] ; c'est ainsi que nous parlons du matin (avant midi) et de l'après-midi. De même les années et les siècles de l'histoire humaine sont divisés par le grand événement de la naissance de Jésus-Christ. Les années précédant cet événement central sont maintenant désignées comme ayant eu lieu avant Jésus-Christ (av. J.-C.) ; et les années qui le suivent, par l'expression après Jésus-Christ (ap. J.-C.). C'est ainsi que la chronologie du monde a été adaptée et calculée systématiquement par rapport au moment de la naissance du Sauveur, et cette méthode de calcul est utilisée parmi toutes les nations chrétiennes. Il est instructif de remarquer qu'un système semblable fut adopté par la branche isolée de la Maison d'Israël qui avait été amenée de la Palestine au continent américain ; car à partir de l'apparition du signe promis parmi le peuple, indiquant la naissance de Celui qui avait été si abondamment prédit par ses prophètes, le calcul néphite des années, qui commençait avec le départ de Léhi et de sa colonie de Jérusalem, fut remplacé par les annales de la nouvelle ère [4].
 
L'époque de l'avènement du Sauveur avait été choisie à l'avance, et elle avait été exactement révélée par l'intermédiaire de prophètes autorisés dans chacun des deux mondes. La longue histoire de la nation israélite s'était déroulée en une succession d'événements qui trouvèrent un point culminant relatif dans la mission terrestre du Messie. Afin de mieux comprendre le sens véritable de la vie et du ministère du Seigneur tandis qu'il était dans la chair, nous devons étudier un peu la situation politique, sociale et religieuse du peuple parmi lequel il apparut, vécut et mourut. Cette étude exige que nous fassions au moins une brève révision de l'histoire antérieure de la nation hébraïque. La postérité d'Abraham par Isaac et Jacob avait pris très tôt le titre dont elle devait tirer une fierté immortelle et où elle devait trouver une promesse édifiante : Israélites ou enfants d'Israël [5]. C'est ainsi qu'on les désignait collectivement pendant les jours sombres de leur esclavage en Égypte [6] ; c'est ainsi qu'on les appela pendant les quatre décennies de l'exode et le retour à la terre de promission [7] ; et on continua à les appeler ainsi pendant toute la période de leur prospérité, lorsqu'ils étaient un peuple puissant sous l'administration des Juges, et une monarchie unie pendant les règnes successifs de Saül, David et Salomon [8].
 
Immédiatement après la mort de Salomon, vers 975 av. J.-C. selon la chronologie la plus généralement acceptée, la nation fut démembrée par la révolte. La tribu de Juda, une partie de la tribu de Benjamin et de petits restants de quelques autres tribus restèrent fidèles à la succession royale et acceptèrent Roboam, fils de Salomon, pour roi ; tandis que le reste, que l'on appelle ordinairement les dix tribus, rompirent leur serment de fidélité à la maison de David et firent de Jéroboam, un Éphraïmite, leur roi. Les dix tribus conservèrent le titre de Royaume d'Israël bien qu'on les ait également appelées Éphraïm [9]. Pour les distinguer, on appela Roboam et ses adhérents le Royaume de Juda. Pendant deux cent cinquante ans environ, les deux royaumes conservèrent leur autonomie séparée ; puis, vers 722 ou 721 av. J.-C., l'indépendance du Royaume d'Israël fut détruite, et le peuple captif fut déporté en Assyrie par Salmanasar et d'autres. Par la suite il disparut si complètement qu'on l'appela les Tribus Perdues. Le Royaume de Juda fut reconnu comme nation pendant cent trente ans encore ; puis, vers 588 av. J.-C., il fut asservi par Nebucadnetsar, qui inaugura la captivité babylonienne. À la suite de sa transgression, Juda fut maintenu en exil et en esclavage virtuels pendant soixante-dix ans comme cela avait été prédit par l'intermédiaire de Jérémie [10]. Puis le Seigneur adoucit le cœur de ses vainqueurs, et son rétablissement fut commencé sous le décret de Cyrus le Perse, qui avait vaincu le royaume babylonien. Le peuple hébreu reçut la permission de retourner en Juda et d'entreprendre le travail de reconstruction du temple à Jérusalem [11].
 
Une grande compagnie des Hébreux exilés profitèrent de cette occasion de retourner sur les terres de leurs pères, mais beaucoup choisirent de demeurer dans le pays de leur captivité, préférant Babylone à Israël. « L'assemblée tout entière » des Juifs qui retournèrent de l'exil de Babylone ne se composait que de « quarante-deux mille trois cent soixante personnes, sans compter leurs serviteurs et leurs servantes, au nombre de sept mille trois cent trente-sept ». L'importance numérique relativement réduite de la nation émigrante est encore montrée par la nomenclature de leurs animaux de bât [12]. Bien que ceux qui retournèrent s'efforçassent vaillamment de se reformer en Maison de David et de regagner une certaine mesure de leur prestige et de leur gloire passés, les Juifs ne furent plus jamais un peuple vraiment indépendant. La Grèce, l'Égypte et l'Assyrie en firent tour à tour leur proie ; mais vers 164-163 av. J.-C., le peuple rejeta, du moins en partie, le joug étranger, à la suite de la révolte patriotique conduite par les Maccabées, dont le plus important était Judas Maccabée. Le service du temple, qui avait été pratiquement aboli par la proscription des ennemis victorieux, fut rétabli [13]. En 163 av. J.-C., le bâtiment sacré fut redédié, et cette joyeuse occasion fut célébrée dès lors dans une fête annuelle appelée fête de la Dédicace [14]. Mais pendant le règne des Maccabées le temple tomba en ruines, plus à cause de l'incapacité du peuple réduit et appauvri de l'entretenir que par déclin du zèle religieux. Dans l'espoir d'assurer une plus grande protection nationale, les Juifs firent alliance avec les Romains et finirent par devenir leurs tributaires. La nation juive continua d'exister dans cet état pendant toute la période du ministère de notre Seigneur. Au midi des temps, Rome était virtuellement la maîtresse du monde. Lorsque le Christ naquit, César Auguste [15] était empereur de Rome, et Hérode l'Iduméen, surnommé le Grand, était le roi vassal de Judée.
 
Les Juifs conservèrent un semblant d'autonomie nationale sous la domination romaine, et leur cérémonial religieux ne fut pas sérieusement entravé. Les ordres établis de la prêtrise étaient reconnus, et les actes officiels du conseil national ou sanhédrin [16] étaient considérés par les Romains comme faisant force de loi ; toutefois les pouvoirs judiciaires de cette assemblée ne lui permettaient pas d'infliger de peine capitale sans la sanction de l'exécutif impérial. La politique traditionnelle de Rome était d'accorder à ses peuples tributaires et vassaux la liberté de culte tant que les divinités mythologiques, chères aux Romains, n'étaient pas maltraitées ni leurs autels profanés [17].
 
Il n'est pas besoin de dire que les Juifs n'acceptèrent pas de bon gré la domination étrangère, quoiqu'ils eussent été formés à cette expérience pendant de nombreuses générations, leur état d'asservissement ayant oscillé entre la vassalité de nom et l'esclavage réel. Ils étaient déjà en grande partie un peuple dispersé. Tous les Juifs de Palestine à l'époque de la naissance du Christ ne constituaient qu'un petit reste de la grande nation davidique. Les dix tribus, qui constituaient l'ancien royaume d'Israël, étaient perdues depuis longtemps pour l'histoire, et le peuple de Juda avait été éparpillé au loin parmi les nations.
 
Dans leurs rapports avec les autres peuples, les Juifs s'efforçaient généralement de rester une société hautainement renfermée, ce qui les fit ridiculiser par les Gentils. Sous la loi mosaïque, Israël avait reçu l'ordre de se tenir à part des autres nations ; les Juifs attachaient une importance suprême à leur lignage abrahamique qui faisait d'eux les enfants de l'alliance, « un peuple saint pour l'Éternel », qu'il avait choisi pour qu'il fût « un peuple qui lui appartienne en propre parmi tous les peuples qui sont à la surface de la terre » [18]. Juda avait fait l'expérience des effets désastreux du badinage avec les nations païennes, et à l'époque que nous considérons pour le moment, un Juif qui se permettait des relations inutiles avec un Gentil devenait un être impur qui avait besoin d'être purifié cérémoniellement pour être délivré de sa souillure. Ce n'est que dans un isolement strict que les dirigeants trouvaient l'espoir d'assurer la perpétuité de la nation.
 
Il n'est pas exagéré de dire que les Juifs haïssaient tous les autres peuples et étaient réciproquement méprisés par tous les autres. Ils manifestaient une haine toute spéciale pour les Samaritains, peut-être parce que ce peuple persistait dans ses efforts pour établir une prétention à une parenté raciale. Ces Samaritains étaient un peuple mêlé, et les juifs les considéraient comme des bâtards indignes d'un respect vrai. Quand les dix tribus furent emmenées en captivité par le roi d'Assyrie, des étrangers furent envoyés peupler la Samarie [19]. Ceux-ci se marièrent avec les Israélites qui avaient échappé à la captivité, et des modifications de la religion d'Israël, comprenant au moins la profession du culte de Jéhovah, survécurent en Samarie. Les Juifs considéraient les rituels samaritains comme peu orthodoxes, et le peuple comme des réprouvés. À l'époque du Christ, l'inimitié entre Juif et Samaritain était si intense que les voyageurs qui allaient de Judée en Galilée faisaient de longs détours pour ne pas traverser la province de Samarie qui se trouvait entre les deux. Les Juifs ne voulaient rien avoir de commun avec les Samaritains [20].
 
Le fier sentiment d'indépendance, l'obsession du repli sur soi-même et de l'isolement - traits si caractéristiquement juifs à l'époque - étaient inculqués dès l'enfance et soulignés à la synagogue et à l'école. Le Talmud [21] qui, sous sa forme codifiée, est ultérieur à l'époque du ministère du Christ, interdisait à tous les Juifs la lecture des livres de nations étrangères, déclarant qu'aucun de ceux qui commettaient pareille faute ne pouvait logiquement espérer la faveur de Jéhovah [22]. Josèphe approuve ce commandement et écrit que la sagesse pour les Juifs signifiait uniquement : bien connaître la loi et être capable d'en discuter [23]. La connaissance approfondie de la loi était exigée aussi formellement que les autres études étaient interdites. C'est ainsi que la limite entre les savants et les ignorants devint rigidement fixée ; et il s'ensuivit inévitablement que ceux que l'on estimait savants, ou qui se considéraient comme tels, regardaient leurs congénères non cultivés comme une classe distincte et inférieure [24].
 
Longtemps avant la naissance du Christ, les Juifs avaient cessé d'être un peuple uni, même en matière de loi, bien qu'ils se reposassent principalement sur la loi pour conserver leur solidarité nationale. Soixante ans après le retour de l'exil babylonien déjà, et nous ne savons pas exactement combien de temps auparavant, on avait commencé à reconnaître, en tant qu'hommes ayant l'autorité, certains savants que l'on appela plus tard scribes et que l'on nomma rabbis [25] ou docteurs. À l'époque d'Esdras et de Néhémie, ces spécialistes de la loi constituaient une classe noble, à qui on rendait respect et honneur. On appelle Esdras « sacrificateur et scribe, qui transcrivait les paroles commandées et prescrites par l'Éternel au sujet d'Israël » [26]. Les scribes de l'époque rendirent des services précieux sous la direction d'Esdras, et plus tard sous la direction de Néhémie, à compiler les écrits sacrés qui existaient à l'époque ; et dans l'usage juif, ceux qui étaient chargés d'être les gardiens et les interprètes de la loi prirent le nom de membres de la Grande Synagogue ou Grande Assemblée, au sujet desquels les voies canoniques nous donnent peu de renseignements. Selon le Talmud, l'organisation se composait de cent vingt savants éminents. L'ampleur de leurs travaux, selon l'exhortation qu'ils perpétuaient traditionnellement eux-mêmes, est définie de la manière suivante : Soyez prudents dans le jugement, établissez de nombreux savants et dressez une clôture autour de la loi. Ils suivaient ce commandement en étudiant attentivement et en examinant soigneusement tous les détails traditionnels de l'administration, en multipliant les scribes et les rabbis, et, selon l'interprétation que certains d'entre eux donnaient à leurs devoirs d'établir de nombreux savants, en écrivant beaucoup de livres et de traités ; en outre, ils établirent une clôture autour de la loi en ajoutant de nombreuses règles qui prescrivaient avec une grande précision les conventions officielles pour chaque occasion.
 
Le peuple tenait les scribes et les rabbis en très haute estime, supérieure encore à celle qu'ils manifestaient pour l'ordre des lévites ou des prêtres ; et les décrets rabbiniques prenaient le pas sur les paroles des prophètes, puisqu'on ne considérait ces derniers que comme des messagers ou des porte-parole, tandis que les savants vivants étaient d'eux-mêmes des sources de sagesse et d'autorité. Les pouvoirs séculiers que la société romaine permettait aux juges de conserver reposaient sur la hiérarchie dont les membres étaient capables de s'octroyer pratiquement tous les honneurs officiels et professionnels. Le résultat naturel de cette situation fut qu'il n'y avait pratiquement aucune distinction entre la loi civile et la loi ecclésiastique, que ce fût quant au code ou quant à l'administration. Un élément essentiel du rabbinisme était la doctrine selon laquelle la tradition rabbinique orale avait une autorité égale à la parole écrite de la loi. L'exaltation que provoquait l'application du titre « rabbi » et l'orgueil manifesté par ceux qui recevaient ce genre d'adulation étaient particulièrement interdits par le Seigneur, qui se proclamait lui-même le seul Maître ; et, pour ce qui est de l'interprétation du titre de « père » que certains détenaient, Jésus proclama qu'il n'y avait qu'un seul Père et qu'il se trouvait au ciel : « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre père, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs, car un seul est votre Directeur, le Christ » [27].
 
Les scribes, qu'ils aient été nommés de la sorte ou par l'appellation plus distinguée de rabbi, furent dénoncés de multiples fois par Jésus, parce que leurs enseignements n'étaient que lettre morte, et que l'esprit de justice et de moralité viriles en était absent ; et dans ses dénonciations, les Pharisiens sont souvent accolés aux scribes. Le jugement que le Christ portait sur eux est suffisamment exprimé par son imprécation flétrissante : « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites [28] ! »
 
L'époque ou les circonstances de l'origine des Pharisiens ne sont pas fixées par une autorité indiscutable ; bien qu'il soit probable que cette confession ou ce parti naquit lors du retour des Juifs de la captivité babylonienne. Les Juifs qui s'étaient imprégnés de l'esprit de Babylone promulguèrent de nouvelles idées et des conceptions supplémentaires quant à la signification de la loi, et les innovations qui en résultèrent furent acceptées par les uns et rejetées par les autres. Le nom « Pharisien » n'apparaît pas dans l'Ancien Testament ni dans les apocryphes, bien qu'il soit probable que les Assidéens mentionnés dans les livres des Maccabées [29] aient été les Pharisiens originels. Par dérivation le nom exprime l'idée de séparatisme ; le Pharisien, comme l'estimait sa classe, était tout spécialement mis à part du commun, auquel il se considérait aussi véritablement supérieur que les Juifs se considéraient eux-mêmes par rapport aux autres nations. Les Pharisiens et les scribes étaient unis dans tous les points essentiels de ce qu'ils professaient, et le rabbinisme était leur doctrine officielle.
 
Dans le Nouveau Testament, les Pharisiens sont souvent mentionnés en opposition aux Sadducéens ; et les rapports entre les deux partis étaient tels qu'il est plus facile de les opposer les uns aux autres que de les étudier séparément. Les Sadducéens naquirent sous forme d'organisation réactionnaire au cours du deuxième siècle avant Jésus-Christ, lors d'un mouvement d'insurrection contre le parti maccabéen. Leur programme consistait en une campagne d'opposition à la masse sans cesse croissante de pratiques traditionnelles, qui non seulement entouraient la loi d'une clôture pour la protéger, mais sous lesquelles elle était également ensevelie. Les Sadducéens étaient partisans de la sainteté de la loi telle qu'elle avait été écrite et conservée, et rejetaient toute la masse des préceptes rabbiniques, tant ceux qui avaient été transmis oralement que ceux qui avaient été collationnés et codifiés dans les écrits des scribes. Les Pharisiens constituaient le parti le plus populaire, les Sadducéens représentaient une minorité aristocratique. À l'époque de la naissance du Christ, les Pharisiens constituaient un corps organisé au nombre de plus de six mille hommes, les femmes juives étant sympathisantes et collaborant généralement avec eux [30] tandis que les Sadducéens étaient une faction tellement réduite et au pouvoir si limité que, lorsqu'on les plaçait dans des postes officiels, ils suivaient généralement la politique des Pharisiens parce que c'était plus profitable. Les Pharisiens étaient les Puritains de l'époque, exigeant d'une manière inflexible que l'on se conformât aux règles traditionnelles aussi bien qu'à la loi originelle de Moïse. Notez à ce propos la profession de foi et de pratique de Paul lorsqu'il fut mis en accusation devant Agrippa : « J'ai vécu en Pharisien, selon le parti le plus rigide de notre religion » [31]. Les Sadducéens se targuaient de se conformer strictement à la loi, telle qu'ils la comprenaient, en dépit de tous les scribes ou rabbis. Les Sadducéens étaient partisans du temple et de ses ordonnances prescrites, les Pharisiens, de la synagogue et de ses enseignements rabbiniques. Il est difficile de décider lesquels étaient les plus techniques si nous jugeons chaque parti par le critère de sa propre profession. Voici une illustration : les Sadducéens étaient pour l'application littérale et complète du châtiment mosaïque : oeil pour oeil, dent pour dent [32], tandis que les Pharisiens disaient, en vertu des décrets rabbiniques, que cette formule devait être comprise au sens figuré, et que, par conséquent, le châtiment pouvait consister en une amende d'argent ou de biens.
 
Pharisiens et Sadducéens différaient sur beaucoup de sujets importants sinon fondamentaux de croyance et de pratique, y compris la préexistence des esprits, la réalité d'un état futur impliquant la récompense et la punition, la nécessité de l'abnégation personnelle, l'immortalité de l'âme et la résurrection d'entre les morts, points sur lesquels les Pharisiens étaient affirmatifs tandis que les Sadducéens optaient pour la négative [33]. Josèphe déclare que la doctrine des Sadducéens est que l'âme et le corps périssent ensemble ; la loi est tout ce qu'ils se soucient d'observer [34]. Ils étaient « une école sceptique de traditionalistes aristocratiques, n'adhérant qu'à la loi mosaïque » [35].
 
Parmi les nombreux autres partis et confessions établis à la suite de différences religieuses ou politiques ou des deux, il faut compter les Esséniens, les naziréens, les Hérodiens et les Galiléens. Les Esséniens se caractérisaient par des professions d'une extrême piété ; ils considéraient que même la profession stricte des Pharisiens était faible et insuffisante ; pour devenir membre de leur ordre, il fallait se soumettre à des exigences sévères s'étendant tout au long d'un premier et d'un second noviciat ; il leur était même interdit de toucher de la nourriture préparée par des étrangers ; ils pratiquaient une tempérance stricte et une abnégation rigide, se livraient à un travail dur - de préférence à l'agriculture, et il leur était interdit de faire du commerce comme marchands, de participer à la guerre ou de posséder ou d'employer des esclaves [36]. Les naziréens ne sont pas cités dans le Nouveau Testament, bien qu'ils soient mentionnés officiellement dans les Écritures plus anciennes [37] ; et dans des sources autres que scripturaires nous apprenons leur existence à l'époque du Christ et après. Le naziréen pouvait être de sexe masculin ou féminin ; il était astreint à l'abstinence et au sacrifice par un vœu volontaire de servir spécialement Dieu ; la durée du vœu pouvait être limitée ou à vie. Alors que les Esséniens cultivaient une fraternité ascétique, les naziréens étaient consacrés à une discipline solitaire.
 
Les Hérodiens constituent un parti politique ou religieux qui favorisait les plans des Hérode tout en professant croire que ce n'était que par cette dynastie que les statuts du peuple juif devaient être maintenus et que le rétablissement de la nation pouvait être assuré. Nous voyons les Hérodiens laisser de côté leurs antipathies partisanes et agir de concert avec les Pharisiens pour essayer de condamner le Seigneur Jésus et le conduire à la mort [38]. Les Galiléens ou peuple de Galilée se distinguaient de leurs compatriotes de Judée par une simplicité plus grande et une dévotion moins criarde en matière de loi. Ils étaient opposés aux innovations, et cependant ils étaient généralement plus libéraux ou plus larges d'esprit que certains des Judéens qui se disaient dévots. Ils étaient bien connus comme défenseurs capables dans les guerres du peuple et s'étaient acquis une réputation de bravoure et de patriotisme. On parle d'eux à propos de certains événements tragiques qui se produisirent du vivant de notre Seigneur [39].
 
Les juifs reconnaissaient extérieurement l'autorité de la prêtrise à l'époque du Christ, et l'ordre des services requis pour les prêtres et les lévites était dignement observé. Pendant le règne de David, les descendants d'Aaron, qui étaient les prêtres héréditaires d'Israël, avaient été répartis en vingt-quatre classes [40], et chaque classe assurait tour à tour les travaux du sanctuaire. Les représentants de quatre classes seulement revinrent de captivité, mais on reconstitua de parmi ceux-ci les ordres suivant le plan originel. Du temps d'Hérode le Grand, les cérémonies du temple se déroulaient avec un grand déploiement de fastes extérieurs, cela étant essentiel pour assurer la conformité avec la splendeur de l'édifice, qui surpassait en magnificence tous les sanctuaires précédents [41]. C'est pourquoi on avait constamment besoin de prêtres et de lévites, bien que les individus fussent changés à de brefs intervalles selon le système établi. Aux yeux du peuple, les prêtres étaient inférieurs aux rabbis, et on attribuait plus d'honneur à l'érudition du scribe qu'à l'ordination à la prêtrise. La religion de l'époque était une question de cérémonies et de conventions, de rituels et d'actions ; elle avait perdu l'esprit même du culte, et la vraie conception des rapports entre Israël et le Dieu d'Israël n'était plus qu'un rêve du passé.
 
Tels étaient en bref les traits principaux de l'état du monde, en particulier en ce qui concerne le peuple juif, lorsque Jésus, le Christ, naquit au midi des temps.
 
 [1] Ex 33:11 ; voir aussi Nb 12:8, Dt 34:10 ; cf. PGP, Moïse 1:2, 11, 31.
 [2] PGP, Moïse 5:57 ; on trouvera mention ultérieure du « midi des temps » 6:56-62 et 7:46 ; et cf. D&A 20:26 et 39:3.
 [3] « Méridien (ou midi) : . . . au figuré, le point le plus haut ou point culminant de tout le zénith ; comme : le méridien (midi) de la vie. » - New Stand. Dict.
 [4] LM, 3 Néphi 2:8 ; cf. 4 Néphi 1:1, 21 ; Mormon 8:6, Moroni 10:1.
 [5] Gn 32:28 ; 35:10.
 [6] Ex 1:1, 7, 9:6, 7, 12:3, etc.
 [7] Ex 12:35, 40, 13:19, 15: 1, Nb 20:1, 19, 24, etc.
 [8] Voir mentions partout dans les livres des Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois et les références qui y sont données.
 [9] Es 11: 13, 17:3, Ez 37:16-22, Os 4:17.
 [10] Jr 25:11,12 ; voir aussi 29:10.
 [11] Esd 1:1-4 ; l'auteur, La Maison du Seigneur, p. 46-50 ; aussi, Articles de Foi, chap. 17.
  [12] Esd 2:64-67.
 [13] La Maison du Seigneur, p. 50, 51.
 [14] Josèphe, Ant. XII :6 et 7, 2 Maccabées 2:19, 10:1-8, ainsi que Jean 10:22.
 [15] Luc 2: 1.
 [16] Note 1, fin du chapitre.
 [17] Note 6, fin du chapitre.
 [18] Dt 7:6 ; voir aussi 10: 15, Ex 19:5,6, Ps 135:4, Es 41:8, 45:4 ; cf. 1 Pierre 2:9.
 [19] 2 Rois 17:24.
 [20] Jean 4:9, Luc 9:51-53. Chap. 13 du présent ouvrage.
 [21] Note 2, fin du chapitre.
 [22] Talmud Bab., Sanhédrin, 90.
 [23] Josèphe, Antiquités XX, 11:2.
 [24] Notez combien cette distinction est soulignée dans Jean 7:45-49 ; voir aussi 9:34.
 [25] Note 3, fin du chapitre.
 [26] Esd 7:11 ; voir aussi versets 6, 10, 12.
 [27] Mt 23:8-10 ; voir aussi Jean 1:38, 3:2.
 [28] Mt 23:13, 14, 15, 23, etc. lire tout le chapitre ; cf. Marc 12:38-40, Luc 20:46 ; voir aussi les exemples de dénonciation spéciale des Pharisiens dans Luc 11:37-44. Remarquez aussi que les docteurs de la loi qui étaient professionnellement associés aux scribes sont inclus dans cette critique sévère : versets 45-54.Voir chap. 31 du présent ouvrage.
 [29] Maccabées 2:42, 7:13-17, 2 Maccabées 14:6.
 [30] Josèphe, Antiquités XVII, 2:4.
 [31] Actes 26:5 ; voir aussi 23:6, Ph 3:5.
 [32] Ex 21:23-35, Lv 24:20, Dt 19:21 ; contraster Mt 5:38-44.
 [33] Note 4, fin du chapitre.
 [34] Josèphe, Antiquités XVIII, 1:4.
 [35] New Stand. Dict., sous « Sadducees ».
 [36] Josèphe, Antiquités XVIII, 1:5.
 [37] Nb 6:2-21, Juges 13:5, 7, 16:17, Amos 2:11, 12. Chap. 7 du présent ouvrage, notes.
 [38] Mt 22:15, 16, Marc 12:13.
 [39] Luc 13:1, 2 ; voir aussi Jean 4:45, Marc 14:70, Actes 2:7.
 [40] 1 Ch 24:1-18.
 [41] Note 5, fin du chapitre.
 
NOTES DU CHAPITRE 6
 
1. Le sanhédrin : Cette institution, tribunal suprême ou grand conseil des Juifs, tire son nom du grec sunedrion, signifiant « conseil ». Le Talmud fait remonter l'origine de cette assemblée à l'appel des soixante-dix anciens que Moïse prit avec lui, faisant soixante et onze en tout, pour administrer Israël en tant que juges (Nb Il : 16,17). À l'époque du Christ, comme déjà longtemps auparavant, le sanhédrin se composait de soixante et onze membres, y compris le grand prêtre qui dirigeait l'assemblée. Il semble avoir été appelé, dans sa période la plus ancienne, « Sénat », et à l'occasion c'est ainsi qu'on l'appela après la mort du Christ (Josèphe, Antiquités XII 3:3 ; comparer avec Actes 5:21) ; le nom sanhédrin entra dans l'usage au cours du règne d'Hérode le Grand.
 
L'extrait suivant du Standard Bible Dictionary est instructif : « Ceux qui étaient qualifiés pour être membres appartenaient généralement à la caste des prêtres et tout particulièrement à la noblesse sadducéenne. Mais à partir de l'époque de la reine Alexandra (69-68 av. J.-C.), il s'y trouva également, outre ces prêtres principaux, beaucoup de Pharisiens sous les noms de scribes et d'anciens. Ces trois classes sont combinées dans Mt 27:41, Marc 11:27,14:43, 53, 15: 1. Nous ne savons pas bien comment on nommait ces membres. Le caractère aristocratique de cette assemblée et l'histoire de son origine nous interdisent de croire que cela se faisait par élections. Son noyau se composait probablement des membres de certaines familles anciennes auxquelles les gouverneurs séculiers en ajoutaient cependant d'autres de temps en temps. L'officier président était le souverain sacrificateur, qui exerça tout d'abord plus que l'autorité d'un membre, réclamant une voix égale à celle du reste de l'assemblée. Mais lorsque la haute prêtrise fut réduite, de l'office héréditaire qu'elle était, à un office conféré par le gouverneur politique selon son plaisir, et après les changements fréquents dans l'office introduits par le nouveau système, le souverain sacrificateur perdit naturellement son prestige. Au lieu de tenir entre ses mains le « gouvernement de la nation », il finit par ne plus être que l'un de ceux, et ils étaient nombreux, qui se partageaient ce pouvoir ; ceux qui avaient été souverains sacrificateurs étaient toujours estimés par la nation, et, ayant perdu leur office pour une raison que le sentiment religieux de la communauté ne pouvait considérer comme valide, exerçaient une profonde influence sur les décisions de l'assemblée. Dans le Nouveau Testament, on les considère comme les souverains (Mt 26:59, 27:41, Actes 4:5,8, Luc 23:13,35, Jean 7:26), et le témoignage de Josèphe confirme ce point de vue. Les fonctions du sanhédrin étaient religieuses et morales, et aussi politiques. En cette dernière qualité, il exerçait en outre des fonctions administratives aussi bien que judiciaires. Tribunal religieux, le sanhédrin exerçait une influence puissante sur le monde juif tout entier (Actes 9:2) ; mais en qualité de tribunal, après la division du pays à la mort d'Hérode, sa juridiction fut limitée à la Judée. Mais là son pouvoir était absolu au point même de prononcer la sentence de mort (Josèphe, Ant. XIV, 9:3, 4 Mt 26:3, Actes 4:5, 6:12, 22:30), bien qu'il n'eût pas l'autorité d'exécuter la sentence tant que celle-ci n'était pas approuvée et commandée par le représentant du gouvernement romain. La loi selon laquelle le sanhédrin gouvernait était naturellement la loi juive, et pour l'appliquer ce tribunal avait une police à lui et procédait à des arrestations à sa discrétion (Mt 26:47)... Bien que l'autorité générale du sanhédrin s'étendit sur toute la Judée, les villes du pays avaient des conseils locaux à elles (Mt 5:22, 10:17, Marc 13:9, Josèphe, B. J. 11, 14: 1), pour l'administration des affaires locales. Ceux-ci se composaient d'anciens (Luc 7:3), au nombre de sept au moins (Josèphe, Ant. IV, 8:14, B. J. 11, 20:5), pouvant aller jusqu'à vingt-trois dans les grandes villes. On ne connaît pas exactement les rapports qu'ils entretenaient avec le conseil central de Jérusalem... Ils se reconnaissaient mutuellement dans une certaine mesure, car lorsque les juges du tribunal local ne pouvaient pas se mettre d'accord, il semble qu'ils avaient l'habitude de soumettre leur cas au sanhédrin de Jérusalem (Josèphe, Ant. IV, 8:14, Michna, Sanh. 11:2). »
 
2. Talmud : « Ensemble des lois civiles et religieuses juives (et les discussions qui s'y rapportent directement ou de loin) qui ne sont pas contenues dans le Pentateuque, comprenant communément la Michna et la Guémara, mais limitées parfois à cette dernière ; écrit en araméen. Il existe en deux grandes collections, le Talmud palestinien, ou Talmud du pays d'Israël, ou Talmud de l'Ouest, ou, plus populairement, le Talmud de Jérusalem, comprenant les discussions de la Michna des docteurs palestiniens du deuxième jusqu'au milieu du cinquième siècle ; et le babylonien comprenant les docteurs juifs de Babylonie, de 190 environ jusqu'au 7e siècle. » - New Standard Dict. La Michna comprend les parties les plus anciennes du Talmud ; la Guémara est composée d'écrits ultérieurs et consiste surtout en une explication de la Michna. À elle seule une édition du Talmud babylonien (publiée à Vienne en 1682) comprenait vingt-quatre tomes (Geikie).
 
3. Rabbis : Le titre « rabbi » est équivalent à nos appellations « docteur » ou « maître ». Par dérivation, il signifie « maître » ou « mon maître », comportant ainsi une idée de dignité et de rang associée à une manière polie de s'adresser à l'intéressé. Jean (1:38) explique clairement le terme, et il faut lui donner le même sens dans l'usage qu'en fait Matthieu (23:8). Il fut appliqué en plusieurs occasions comme titre de respect à Jésus (Mt 23:7,8 ; 26:25, 49 ; Marc 9:5, 11:21, 14:45, Jean 1:38, 49 ; 3:2, 26 ; 4:31 ; 6:25 ; 9:2 ; 11:8). À l'époque du Christ, le titre était d'un usage relativement récent, car il semble n'être entré dans l'usage que durant le règne d'Hérode le Grand, bien que les docteurs antérieurs, qui étaient de la classe des rabbis, sans en porter le nom, fussent universellement respectés ; c'est plus tard que l'usage leur décerna ce titre. Rab était un titre inférieur à celui de « rabbi », et « rabban » lui était supérieur. Rabbouni exprimait le respect, l'amour et l'honneur les plus profonds (voir Jean 20:16). À l'époque du ministère de notre Seigneur, les rabbis étaient tenus en haute estime et se réjouissaient de la précédence et des honneurs que les hommes leur accordaient. Ils appartenaient presque exclusivement au puissant parti pharisien.
 
Ce qui suit est tiré de Life and Words of Christ, de Geikie, vol. 1, chap. 6: « Si les personnages les plus importants de la société à l'époque du Christ étaient les Pharisiens, c'est parce qu'ils étaient des rabbis ou docteurs de la Loi. Comme tels on les honorait superstitieusement, ce qui était en fait pour beaucoup la grande raison pour laquelle ils courtisaient le titre ou se joignaient au parti. Les rabbis étaient classés avec Moïse, les patriarches et les prophètes, et prétendaient être respectés autant qu'eux. On disait que Jacob et Joseph avaient été rabbis tous les deux. Le Targum de Jonathan substitue rabbis ou scribes au mot « prophètes » là où ce dernier apparaît. Josèphe appelle les prophètes de l'époque de Saül des rabbis. Dans le Targum de Jérusalem, tous les patriarches sont des rabbis savants... Ils devaient être plus chers à Israël que leurs père et mère - parce que les parents ne servent que dans ce monde [comme on l'enseignait alors], mais le rabbi était pour l'éternité. On les plaçait au-dessus des rois, car n'est-il pas écrit : « À travers moi règnent les rois » ? Leur apparition dans une maison apportait une bénédiction ; vivre ou manger avec eux était la plus grande des bonnes fortunes... Les rabbis allaient encore plus loin pour exalter leur ordre. La Michna déclare que c'est un crime plus grand de dire quoi que ce soit en leur défaveur que de parler contre les paroles de la Loi... Cependant, selon les apparences extérieures, la Loi était l'objet d'honneurs sans limite. Toutes les paroles des rabbis devaient être basées sur des paroles de la Loi, lesquelles étaient cependant expliquées à leur manière. L'esprit des temps, le fanatisme farouche du peuple et leur propre parti pris les poussaient à n'accorder d'importance qu'à des cérémonies et à des formalités extérieures sans valeur, négligeant absolument l'esprit des écrits sacrés. Cependant on considérait que la Loi n'avait pas besoin d'être confirmée, tandis que les paroles des rabbis devaient l'être. Dans la mesure où l'autorité romaine sous laquelle ils vivaient les laissait libres, les Juifs mettaient de bon cœur tous pouvoirs entre les mains des rabbis. Eux ou ceux qu'ils nommaient remplissaient tous les offices, des plus élevés dans la prêtrise jusqu'aux plus bas dans la communauté. Ils étaient les casuistes, les instructeurs, les prêtres, les juges, les magistrats et les médecins de la nation... La caractéristique centrale et dominante de l'enseignement des rabbis était la certitude de l'avènement d'un grand Libérateur national - le Messie ou Oint de Dieu ou, dans la traduction grecque du titre, le Christ. Chez aucune nation autre que les Juifs, pareille conception n'a jamais pris racine à ce point ou n'a montré autant de vitalité... Les rabbis s'accordaient pour dire que le lieu de sa naissance devait être Bethléhem et qu'il devait sortir de la tribu de Juda. »
 
Des rabbis isolés réunissaient des disciples autour d'eux, et inévitablement des rivalités s'ensuivaient. Des écoles et des académies rabbiniques furent établies, la popularité de chacune dépendant de la grandeur de quelque rabbi. Les plus célèbres de ces institutions à l'époque d'Hérode 1er furent l'école de Hillel et celle de son rival Chammaï. Plus tard, la tradition leur conféra le titre « Ies anciens pères ». À en juger par les points insignifiants sur lesquels les disciples de ces deux rabbis se disputaient, ce n'était que grâce à l'opposition que l'un et l'autre pouvaient conserver un statut distinct. Hillel est considéré comme le grand-père de Gamaliel, le rabbi et docteur de la loi aux pieds duquel Saül de Tarse, plus tard Paul l'apôtre, reçut sa première formation (Actes 22:3). Dans la mesure où les documents historiques des points de vue, principes ou croyances défendus par les écoles rivales de Hillel et Chammaï nous permettent d'en juger, il semble que le premier ait été partisan d'une plus grande mesure de libéralité et de tolérance, tandis que le dernier insistait sur une interprétation stricte et probablement étroite de la loi et des traditions qui lui étaient associées. Le fait que les écoles rabbiniques dépendaient de l'autorité de la tradition est illustré par un incident rapporté par des documents montrant que même le prestige du grand Hillel ne le protégea pas contre une émeute un jour qu'il parlait sans citer de précédent ; ce n'est que quand il eut ajouté que ses maîtres Abtalion et Chemajah avaient parlé de même que le tumulte s'apaisa.
 
4. Les Sadducéens nient la résurrection : Comme le texte le déclare les Sadducéens formaient une association dont l'importance numérique était réduite par comparaison avec les Pharisiens plus populaires et plus influents. Dans les évangiles, les Pharisiens sont souvent cités et sont très communément associés aux scribes, tandis que les Sadducéens sont nommés moins fréquemment. Dans les Actes des Apôtres, les Sadducéens apparaissent souvent comme adversaires de l'Église. Cette situation provenait certainement de l'insistance que les thèmes de la prédication apostolique apportait à la résurrection des morts, les Douze témoignant constamment de la réalité de la résurrection du Christ. La doctrine des Sadducéens niait la réalité et la possibilité d'une résurrection corporelle, leurs prétentions reposant principalement sur le fait que Moïse, qui était considéré comme le législateur mortel suprême d'Israël, et le porte-parole principal de Jéhovah, n'avait rien écrit sur la vie après la mort. Ce qui suit est tiré du Dictionary of the Bible, de Smith, article « Sadducees », à ce propos : « L'idée que la résurrection de l'homme après la mort était impossible était, dans la conception des Sadducéens, la conclusion logique de leur refus d'admettre que Moïse avait révélé la loi orale aux Israélites. Car sur un sujet aussi capital qu'une deuxième vie au-delà de la tombe, aucun parti religieux parmi les Juifs ne se serait considéré obligé d'accepter une doctrine quelconque comme article de foi, si elle n'avait été proclamée par Moïse, leur grand législateur ; et il est certain que dans la loi écrite du Pentateuque, Moïse ne dit absolument rien sur la résurrection des morts. Le fait est présenté aux chrétiens d'une manière frappante par les paroles bien connues du Pentateuque que cite le Christ lorsqu'il discute avec les Sadducéens à ce sujet (Ex 3:6, 16 ; Marc 12:26,27 ; Mt 22:31,32 ; Luc 20:37). Il est indubitable qu'en pareil cas le Christ citerait à ses puissants adversaires le texte le plus applicable de la Loi ; et cependant le texte qu'il cite ne fait guère plus que suggérer une allusion à cette grande doctrine. Il est vrai que des passages en d'autres parties de l'Ancien Testament expriment une croyance en la résurrection (Es 26:19, Dn 12:2, Job 19:26, et dans certains des Psaumes) ; et il peut paraître surprenant, à première vue, que les Sadducéens n'aient pas été convaincus par l'autorité de ces passages. Mais bien que les Sadducéens considérassent les livres qui contenaient ces passages comme sacrés, il est plus que douteux qu'aucun des Juifs les ait considérés comme sacrés dans exactement le même sens que la loi écrite. Pour les Juifs, Moïse était et est une figure colossale dont l'autorité surpasse celle de tous les prophètes ultérieurs. »
 
5. Le temple d'Hérode : « Le but que poursuivait Hérode en entreprenant cette grande oeuvre était de se grandir lui-même et de grandir la nation, plutôt que de rendre hommage à Jéhovah. Sa proposition de reconstruire ou de restaurer le temple sur une échelle plus grande et plus magnifique fut considérée comme suspecte et accueillie avec méfiance par les Juifs : quand l'ancien édifice serait démoli, ce monarque arbitraire était bien capable d'abandonner son projet et de laisser le peuple dépourvu de temple. Pour dissiper ces craintes, le roi se mit en devoir de reconstruire et de restaurer le vieil édifice, partie par partie, en dirigeant le travail de telle manière qu'à aucun moment le service du temple ne fût sérieusement perturbé. On ne conserva cependant que si peu de l'ancienne construction, que le temple d'Hérode doit être regardé comme une création nouvelle. L'œuvre fut entreprise environ seize ans avant la naissance du Christ ; et, alors que la maison sainte proprement dite était pratiquement achevée en un an et demi - cette partie de l'ouvrage ayant été exécutée par un millier de prêtres spécialement entraînés dans ce but - l'emplacement du temple fut témoin de travaux ininterrompus de construction jusqu'en 63 après J.-C. Nous apprenons qu'à l'époque du ministère du Christ, le temple était en reconstruction depuis quarante-six ans ; et à ce moment il n'était pas encore achevé.
 
« Le texte biblique ne nous donne guère de renseignements concernant ce dernier temple, le plus grand de l'antiquité ; ce que nous en savons, nous le devons principalement à Josèphe, avec à l'appui quelques témoignages trouvés dans le Talmud. Dans tous ses traits essentiels, la maison sainte, ou temple proprement dit, était semblable aux deux maisons ou sanctuaires antérieurs, quoiqu'il fût, extérieurement, bien plus compliqué et plus imposant qu'eux ; le temple d'Hérode, en effet, les surclassait de loin sur le chapitre des cours d'enceinte et des bâtiments annexes... Et pourtant, sa beauté, sa grandeur, résidaient plutôt dans sa perfection architecturale que dans la sainteté du culte ou dans la manifestation de la présence divine à l'intérieur de ses murs. Le rituel, les cérémonies étaient surtout d'inspiration humaine, car, tandis que l'on se targuait d'observer la lettre de la loi de Moïse, cette loi avait été complétée et sur de nombreux points remplacée par la tradition et les prescriptions sacerdotales. Les Juifs affectaient de le considérer comme saint, et ce sont eux qui le proclamaient « maison du Seigneur ». Quoiqu'il fût dépourvu des manifestations divines qui avaient accompagné les autres sanctuaires acceptés par Dieu, et quoiqu'il fût souillé par l'arrogance des prêtres usurpateurs aussi bien que par des intérêts mercenaires égoïstes, il fut cependant reconnu, même par notre Seigneur Jésus-Christ, comme la maison de son Père (Mt 21:12 ; comparer avec Marc 11:15 et Luc 19:45)... Pendant encore trente ans ou davantage après la mort du Christ, les Juifs continuèrent d'aménager et d'embellir les bâtiments du temple. Le plan complexe conçu et projeté par Hérode avait été pratiquement mené à bien ; le temple était pour ainsi dire achevé et, comme il apparut bientôt après, il était prêt pour la destruction. Son destin avait été nettement prédit par le Sauveur lui-même. » - (La Maison du Seigneur, de l'auteur, p. 43-49.)
 
6. État du monde à l'époque de la naissance du Sauveur : Au commencement de l'ère chrétienne, les Juifs, comme la plupart des autres nations, étaient sujets de l'empire romain. On leur accordait une mesure considérable de liberté dans la préservation de leurs observances religieuses et de leurs coutumes nationales en général, mais leur statut était loin d'être celui d'un peuple libre et indépendant. L'époque était une période de paix relative, un temps marqué par moins de guerres et moins de dissensions que l'empire n'en connaissait depuis de nombreuses années. Cette situation était favorable à la mission du Christ et à la fondation de son Église sur la terre. Les systèmes religieux qui existaient à l'époque du ministère terrestre du Christ peuvent être classifiés d'une manière générale sous les rubriques Juif et Païen, avec un système mineur - le Samaritain - qui était essentiellement un mélange des deux autres. Seuls les enfants d'Israël proclamaient l'existence du Dieu vrai et vivant ; eux seuls espéraient et attendaient l'avènement du Messie qu'ils considéraient erronément comme un futur conquérant qui viendrait écraser les ennemis de leur nation. Toutes les autres nations, langues et peuples se prosternaient devant les divinités païennes, et leur culte ne se composait de rien d'autre que des rites sensuels de l'idolâtrie païenne. Le paganisme était une religion de formes et de cérémonies, basée sur le polythéisme - croyance en l'existence d'une multitude de dieux, divinités sujettes à tous les vices et à toutes les passions de l'humanité et se distinguant par leur immunité à la mort. La morale et la vertu étaient étrangères au service païen ; et l'idée dominante du culte païen était de se rendre les dieux favorables dans l'espoir d'écarter leur colère et d'acheter leurs faveurs. (Voir La grande apostasie, de l'auteur, 1:2-4, et les notes suivant le chapitre cité.)
 
 
CHAPITRE 7 : GABRIEL ANNONCE JEAN ET JÉSUS
 
JEAN, LE PRÉCURSEUR
 
Parallèlement aux prophéties sur la naissance du Christ, on trouve des prédictions concernant un homme qui le précéderait, allant devant lui pour préparer la voie. Il n'est pas surprenant que l'annonciation de l'avènement du Précurseur ait été rapidement suivie par celle du Messie, ni que les proclamations aient été faites par le même ambassadeur céleste, Gabriel, envoyé de la présence de Dieu [1].
 
Quelque quinze mois avant la naissance du Sauveur, Zacharie, prêtre de l'ordre aaronique, officiait selon les fonctions de son office au temple de Jérusalem. Sa femme, Elisabeth, était également d'une famille de prêtres, puisqu'elle comptait parmi les descendants d'Aaron. Elizabeth et Zacharie n'avaient jamais eu la bénédiction d'avoir des enfants, et à l'époque dont nous parlons, ils étaient tous deux avancés en âge et avaient tristement abandonné l'espoir d'avoir une postérité. Zacharie appartenait à la classe de prêtres nommés selon Abija et connus plus tard sous le nom de classe d'Abia. C'était la huitième dans l'ordre des vingt-quatre classes établies par David, le roi, chaque classe étant chargée de servir tour à tour pendant une semaine au sanctuaire [2].
 
On se souviendra que lorsque le peuple revint de Babylone, quatre seulement des classes étaient représentées, mais que chacune de ces quatre classes comptait en moyenne plus de mille quatre cents hommes [3].
 
Au cours de sa semaine de service, il était requis de chaque prêtre qu'il conservât scrupuleusement un état de pureté cérémonielle de sa personne ; il devait s'abstenir de tout autre vin et de toute autre nourriture que ceux qui étaient spécialement prescrits ; il devait se baigner fréquemment ; il vivait dans l'enceinte du temple et était ainsi séparé de sa famille ; il ne lui était pas permis de s'approcher des morts ni de prendre le deuil officiel si la mort le privait même de sa parenté la plus proche et la plus chère. Nous apprenons que la sélection quotidienne du prêtre qui devait entrer dans le Saint et y brûler de l'encens sur l'autel doré était déterminée par le sort [4] ; l'histoire non scripturaire nous apprend en outre qu'à cause du grand nombre des prêtres, l'honneur de remplir pareil office tombait rarement deux fois sur la même personne.
 
Ce jour-là, le sort était tombé sur Zacharie. C'était une occasion très solennelle dans la vie de l'humble prêtre judéen - ce jour unique de sa vie pendant lequel ce service spécial et particulièrement sacré était requis de lui. Dans le Saint, seul le voile du temple le séparait de l'Oracle ou Saint des Saints - le sanctuaire intérieur dans lequel nul autre que le grand prêtre ne pouvait entrer, et ce uniquement le jour des expiations, après une longue préparation cérémonielle [5]. Le lieu et le moment portaient aux sentiments les plus élevés et les plus respectueux. Pendant que Zacharie remplissait ses fonctions dans le Saint, le peuple qui se trouvait à l'extérieur se prosternait en prières, attendant que les nuages d'encens apparussent au-dessus de la grande cloison qui formait la barrière entre le lieu de l'assemblée générale et le Saint, et que le prêtre réapparût et prononçât sa bénédiction.
 
Devant le regard étonné de Zacharie, à cet instant suprême de son service religieux, un ange du Seigneur apparut, debout, à droite de l'autel des parfums. De nombreuses générations s'étaient écoulées parmi les Juifs depuis qu'une présence visible autre que mortelle s'était manifestée dans le temple, soit dans le Saint soit dans le Saint des Saints ; le peuple considérait les visites personnelles d'êtres célestes comme des événements du passé ; il en était presque arrivé à croire qu'il n'y avait plus de prophètes en Israël. Néanmoins, il y avait toujours un sentiment de fièvre, proche de celui d'une attente troublée, toutes les fois qu'un prêtre s'approchait du sanctuaire intérieur, qui était considéré comme la demeure particulière de Jéhovah, s'il devait jamais condescendre de nouveau à rendre visite à son peuple. Étant donné cette situation, c'est sans surprise que nous lisons que cette présence angélique troubla Zacharie et le remplit de crainte. Cependant le visiteur céleste prononça des paroles réconfortantes bien que surprenantes, puisqu'il l'assurait formellement que ses prières avaient été entendues et que sa femme lui engendrerait un fils, qui devrait être nommé Jean [6]. La promesse allait plus loin encore, spécifiant que l'enfant qui naîtrait d'Elisabeth serait une bénédiction pour le peuple, que beaucoup se réjouiraient de sa naissance, qu'il serait grand aux yeux du Seigneur et ne devrait pas boire de vin et de boissons fortes [7] ; il serait rempli du Saint-Esprit, serait l'agent qui tournerait beaucoup d'âmes vers Dieu et préparerait le peuple à recevoir le Messie.
 
Il ne fait aucun doute que Zacharie reconnut, dans cette prédiction concernant l'avenir de l'enfant qui allait naître, le grand précurseur dont les prophètes avaient parlé et que le psalmiste avait chanté ; mais qu'un tel personnage pût être leur enfant à lui et à sa femme âgée lui semblait impossible en dépit de la promesse de l'ange. L'homme douta et demanda comment il saurait que ce que son visiteur avait dit était vrai : « L'ange lui répondit : Moi, je suis Gabriel, celui qui se tient devant Dieu ; j'ai été envoyé pour te parler et t'annoncer cette bonne nouvelle. Voici tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où cela se produira, parce que tu n'as pas cru à mes paroles qui s'accompliront en leur temps » [8]. Quand ce prêtre hautement béni bien que cruellement frappé sortit finalement et apparut devant l'assistance qui l'attendait, déjà rendue anxieuse par son retard, il ne put que renvoyer silencieusement l'assemblée et indiquer par signes qu'il avait eu une vision. Le châtiment du doute était déjà appliqué : Zacharie était muet.
 
En son temps, l'enfant naquit dans la région montagneuse de la Judée [9] où Zacharie et Elisabeth avaient leur demeure, et, le huitième jour après la naissance, la famille s'assembla conformément à la coutume et aux exigences mosaïques pour donner au bébé un nom lors du rite de la circoncision [10]. Zacharie rejeta toutes les suggestions visant à lui donner le nom de son père, et écrivit avec une décision irrévocable : « Jean est son nom. » Immédiatement la langue du prêtre muet [11] fut déliée, et, rempli du Saint-Esprit, il éclata en prophéties, louanges et chants ; ses paroles inspirées ont été mises en musique et sont chantées par beaucoup d'assemblées chrétiennes dans leur culte :
 
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël,
De ce qu'il a visité et racheté son peuple,
Et nous a procuré une pleine délivrance
Dans la maison de David, son serviteur,
Comme il en avait parlé par la bouche de ses saints prophètes depuis des siècles,
La délivrance de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent.
Ainsi fait-il miséricorde à nos pères
Et se souvient-il de sa sainte alliance,
Selon le serment qu'il a juré à Abraham, notre père,
Ainsi nous accorde-t-il, après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, de pouvoir sans crainte
Lui rendre un culte dans la sainteté et la justice, en sa présence, tout au long de nos jours.
Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ;
Car tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses voies,
Pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés,
Grâce à l'ardente miséricorde de notre Dieu.
C'est par elle que le soleil levant nous visitera d'en haut
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort
Et pour diriger nos pas dans le chemin de la paix. » [12]
 
Les derniers mots que Zacharie avait prononcés avant d'être puni de mutisme étaient des paroles de doute et d'incrédulité, des paroles dans lesquelles il avait demandé un signe comme preuve de l'autorité de quelqu'un qui venait de la présence du Tout-Puissant ; les paroles par lesquelles il rompit son long silence étaient des paroles de louanges à Dieu, en qui il avait toute assurance, des paroles qui étaient comme un signe pour tous ceux qui l'entendirent, et dont le bruit se répandit dans toute la région.
 
Les circonstances extraordinaires qui accompagnèrent la naissance de Jean, et surtout les mois que son père passa dans le mutisme et sa guérison lorsqu'il donna à son enfant le nom qui lui avait été désigné d'avance, firent que beaucoup s'étonnèrent et que certains craignirent, demandant : « Que sera donc ce petit enfant ? » Lorsque, devenu adulte, jean éleva la voix dans le désert, de nouveau en accomplissement de la prophétie, le peuple se demanda s'il n'était pas le Messie [13]. Sur sa vie entre sa tendre enfance et le commencement de son ministère public, période d'environ trente ans, nous n'avons qu'un seul renseignement : « Or, le petit enfant grandissait et se fortifiait en esprit. Il demeurait dans les déserts, jusqu'au jour où il se présenta devant Israël. » [14]
 
L'ANNONCIATION À LA VIERGE
 
Six mois après la visite de Gabriel à Zacharie, et trois mois avant la naissance de Jean, le même messager céleste fut envoyé à une jeune fille du nom de Marie, qui vivait à Nazareth, ville de Galilée. Elle était du lignage de David et, quoique célibataire, était fiancée à un homme appelé Joseph, qui était également de descendance royale par la ligne davidique. La salutation de l'ange, bien que l'honorant et la bénissant, fit que Marie s'étonna et se sentit troublée. « Je te salue toi à qui une grâce a été faite ; le Seigneur est avec toi » [15], c'est ainsi que Gabriel salua la Vierge.
 
Comme les autres filles d'Israël, et surtout celles de la tribu de Juda et que l'on savait descendre de David, Marie avait pensé sans aucun doute, avec une joie et une extase saintes, à la venue du Messie par la ligne royale ; elle savait qu'une vierge juive allait devenir la mère du Christ. Était-il possible que les paroles que l'ange lui adressait se rapportent à cette attente et à cet espoir suprêmes de la nation ? Elle eut peu de temps pour méditer ces pensées dans son esprit, car l'ange poursuivit : « Sois sans crainte Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici : tu deviendras enceinte, tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n'aura pas de fin. » [16]
 
Elle ne comprit néanmoins alors qu'en partie la portée de cette visite importante. Marie, consciente de son état de célibataire et certaine de sa virginité demanda, non pas dans l'esprit de doute, qui avait poussé Zacharie à demander un signe, mais par un désir sincère d'être informée et de recevoir des explications : « Comment cela se produira-t-il, puisque je ne connais pas d'homme ? » En réponse à sa question toute naturelle et toute simple, l'ange annonça un miracle tel que le monde n'en avait jamais connu - pas un miracle dans le sens d'un événement contraire aux lois de la nature, mais néanmoins un miracle opéré par l'intervention d'une loi supérieure, une de ces lois que l'esprit humain ne peut ordinairement comprendre ou considérer comme possibles. Marie fut informée qu'elle concevrait et enfanterait le moment venu un Fils dont aucun mortel ne serait le père : « L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint (enfant) qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » [17]
 
Puis l'ange lui parla de l'état béni de sa cousine Elisabeth, qui jusque-là avait été stérile ; et il ajouta cette explication finale et suffisante : « Car rien n'est impossible à Dieu. » Se soumettant avec douceur et acceptant sa mission avec humilité, la pure jeune vierge répliqua : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. »
 
Son message remis, Gabriel partit, laissant la Vierge élue de Nazareth réfléchir à sa merveilleuse expérience. Le Fils promis de Marie devait être « le Seul-Engendré » du Père dans la chair ; c'est ce qui avait été clairement et abondamment prédit. L'événement, il est vrai, était sans précédent ; il n'avait jamais eu non plus d'égal, cela est vrai aussi ; et le caractère unique de la naissance virginale était aussi essentiel à l'accomplissement de la prophétie que la réalisation de l'événement lui-même. Cet Enfant qui devait naître de Marie fut engendré par Élohim, le Père éternel, non pas en violation des lois naturelles, mais conformément à une manifestation supérieure de celles-ci ; et le fruit de cette union suprêmement sainte, de cette parenté céleste, pur en dépit de sa mère mortelle, avait le droit d'être appelé le « Fils du Très-Haut ». Dans sa nature seraient combinés les pouvoirs de la Divinité avec la qualité et les possibilités de la mortalité ; et ceci en vertu du fonctionnement ordinaire de la loi fondamentale de l'hérédité, décrétée par Dieu, démontrée par la science et admise par la philosophie, que les êtres vivants se multiplieront selon leur espèce. L'Enfant Jésus allait hériter des traits, des tendances et des facultés physiques, mentales et spirituelles qui caractérisaient ses parents - l'un immortel et glorifié - Dieu, l'autre humain - la femme.
 
Jésus-Christ allait naître d'une femme mortelle, mais n'était pas directement l'enfant d'un homme mortel, si ce n'est dans la mesure où sa mère était la fille à la fois d'un homme et d'une femme. Ce n'est qu'en notre Seigneur et en lui seul que s'est accomplie la parole de Dieu prononcée lors de la chute d'Adam, selon laquelle la postérité de la femme aurait le pouvoir de vaincre Satan en écrasant la tête du serpent [18].
 
Pour ce qui concerne le lieu, les conditions et le contexte général, l'annonce de Gabriel à Zacharie contraste fortement avec la remise de son message à Marie. Le futur précurseur du Seigneur fut annoncé à son père dans le magnifique temple et dans le lieu le plus exclusivement sacré à l'exception d'un seul autre dans la maison sainte, sous la lumière déversée par le chandelier d'or, et illuminé en outre par l'éclat des charbons ardents sur l'autel d'or ; le Messie fut annoncé à sa mère dans une petite ville, loin de la capitale et du temple, très probablement entre les murs d'une maisonnette galiléenne toute simple.
 
VISITE DE MARIE À SA COUSINE ÉLISABETH
 
Il n'était que naturel que Marie, laissée maintenant à elle-même avec un secret dans l'âme, plus saint, plus grand et plus émouvant que jamais aucun autre gardé avant ou depuis, recherchât de la compagnie, et que cette compagnie fût celle de quelqu'un de son propre sexe à qui elle pourrait se confier, de qui elle pourrait espérer recevoir du réconfort et du soutien et à qui il ne serait pas mal de dire ce qui, à l'époque, n'était probablement connu d'aucun mortel qu'elle-même. Son visiteur céleste avait en effet suggéré tout cela lorsqu'il parla d'Elisabeth, la cousine de Marie, elle-même objet d'une bénédiction extraordinaire, femme en qui un autre miracle de Dieu avait été accompli. Marie quitta Nazareth en hâte pour se rendre dans les collines de Judée, voyage de cent cinquante kilomètres environ, si la tradition dit vrai lorsqu'elle situe la demeure de Zacharie dans la petite ville de Juttah. La joie fut partagée dans la réunion entre Marie, la jeune Vierge, et Elisabeth déjà d'un âge bien avancé. D'après ce que son mari lui avait communiqué des paroles de Gabriel, Elisabeth devait savoir que la naissance proche de son fils serait bientôt suivie de celle du Messie, et que par conséquent le jour qu'Israël avait attendu et pour lequel il avait prié pendant les longs siècles de ténèbres était sur le point de se lever. Lorsque la salutation de Marie parvint aux oreilles d'Elisabeth, le Saint-Esprit lui rendit témoignage que la mère élue du Seigneur se tenait devant elle en la personne de sa cousine ; et, sentant son propre enfant tressaillir en son sein, elle rendit respectueusement le salut de sa visiteuse : « Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne chez moi ? » [19]. Marie répondit par ce merveilleux cantique de louanges adopté depuis dans le rituel musical des Églises sous le nom de Magnificat :
 
« Mon âme exalte le Seigneur
Et mon esprit a de l'allégresse en Dieu, mon Sauveur,
Parce qu'il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante.
Car voici : désormais toutes les générations me diront bienheureuse.
Parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses.
Son nom est saint,
Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge
Sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras ;
Il a dispersé ceux qui avaient dans le cœur des pensées orgueilleuses,
Il a fait descendre les puissants de leurs trônes,
Élevé les humbles.
Rassasié de biens les affamés.
Renvoyé à vide les riches.
Il a secouru Israël, son serviteur,
Et s'est souvenu de sa miséricorde,
- Comme il l'avait dit à nos pères –
Envers Abraham et sa descendance pour toujours. » [20]
 
MARIE ET JOSEPH
 
La visite dura environ trois mois, après quoi Marie retourna à Nazareth. Elle allait maintenant devoir faire face à l'embarras réel de sa situation. Chez sa cousine on l'avait comprise, son état avait servi à confirmer le témoignage de Zacharie et d'Elisabeth ; mais comment recevrait-on sa parole chez elle ? Et surtout que penserait d'elle son fiancé [21] ? Les fiançailles, à cette époque, étaient à certains points de vue aussi définitives que le vœu de mariage et ne pouvaient être rompues que par une séparation cérémonielle voisine du divorce ; cependant des fiançailles n'étaient qu'un engagement à se marier, pas un mariage. Lorsque Joseph retrouva sa future épouse après l'absence de trois mois, il fut profondément désemparé lorsqu'il s'aperçut qu'elle allait être mère. Or la loi juive prévoyait deux modalités d'annulation des fiançailles : par un jugement public, ou par un accord privé attesté par un document écrit et signé en la présence de témoins. Joseph était un juste, strict observateur de la loi, sans être toutefois extrémiste ; en outre il aimait Marie et voulait lui épargner toute humiliation inutile, quels que pussent être son propre chagrin et ses propres souffrances. Par amour pour Marie, il craignait que la chose ne fût rendue publique et décida pour cette raison de faire annuler les fiançailles d'une manière aussi privée que la loi le permettait. Il était troublé et pensait beaucoup à son devoir en cette occasion, lorsque « voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit, elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » [22].
 
Grand fut le soulagement de Joseph, et grande sa joie de se rendre compte que la venue depuis longtemps prédite du Messie était proche ; les paroles du prophète s'accompliraient ; une vierge, et ce serait celle qui lui était la plus chère au monde, avait conçu et enfanterait, le moment venu, ce Fils béni, Emmanuel, nom qui signifie par interprétation « Dieu avec nous » [23]. La salutation de l'ange fut significative, il l'appela : « Joseph, fils de David » ; et l'emploi de ce titre royal dut signifier pour Joseph que, bien qu'il fût de lignage royal, son mariage avec Marie ne jetterait aucune ombre sur sa situation familiale. Joseph n'attendit pas ; pour assurer à Marie toute la protection possible et établir pleinement ses droits légaux au titre de tuteur légitime, il hâta la célébration du mariage et « fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme chez lui. Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus » [24].
 
L'espoir national d'un Messie, basé sur la promesse divine et les prophéties, était devenu confus dans l'esprit juif à cause de l'influence du rabbinisme avec ses nombreuses divagations, et son « interprétation personnelle » [25] qui retirait un semblant d'autorité du prestige artificiellement entretenu des interprètes. Pourtant les rabbins eux-mêmes avaient souligné que certaines conditions étaient essentielles, et que c'étaient ces éléments essentiels qui permettraient de juger les prétentions de tout Juif qui pourrait se déclarer être celui que l'on attendait depuis si longtemps. Il ne faisait aucun doute que le Messie devait naître dans la tribu de Juda et dans la lignée de David, et, étant de David, il devait nécessairement être du lignage d'Abraham, à travers la postérité duquel toutes les nations de la terre devaient être bénies, conformément à l'alliance [26].
 
On trouve dans le Nouveau Testament deux documents généalogiques qui affirment donner le lignage de Jésus, l'un au premier chapitre de Matthieu, l'autre au troisième chapitre de Luc. Ce document présente en apparence plusieurs divergences, mais elles ont été expliquées de manière satisfaisante par les recherches de spécialistes de la généalogie juive. Nous n'essayerons pas de faire une analyse détaillée de la question ici ; mais il faut se rappeler que les chercheurs s'accordent à dire que le document de Matthieu est celui du lignage royal, établissant l'ordre de succession parmi les héritiers légaux au trône de David, tandis que le document donné par Luc est un arbre généalogique personnel, démontrant l'appartenance à la lignée de David sans s'occuper de la ligne de succession légale au trône par primogéniture ou apparentée [27]. Cependant beaucoup considèrent le document de Luc comme l'arbre généalogique de Marie, tandis que l'on accepte celui de Matthieu comme celui de Joseph. Le fait capital dont il faut se souvenir est que l'Enfant promis par Gabriel à Marie, l'épouse virginale de Joseph, devait naître de la lignée royale. La généalogie personnelle de Joseph serait essentiellement celle de Marie, car ils étaient cousins. Joseph est appelé fils de Jacob par Matthieu, et fils d'Héli par Luc ; Jacob et Héli étaient frères, et il semble que l'un des deux ait été le père de Joseph et l'autre le père de Marie et par conséquent le beau-père de Joseph. Beaucoup d'Écritures déclarent clairement que Marie était de descendance davidique ; car puisque Jésus devait naître de Marie, sans avoir été engendré par Joseph, qui était le père putatif, et selon la loi des Juifs, le père légal, le sang de la postérité de David fut donné au corps de Jésus par Marie seule. Notre Seigneur, quoique appelé à de multiples reprises Fils de David, ne rejeta jamais le titre et l'accepta comme s'appliquant à lui à bon droit [28]. Le témoignage des apôtres affirme formellement que le Christ est héritier royal par son lignage terrestre, comme en témoigne l'affirmation de Paul, le savant Pharisien : « Il concerne son Fils, né de la descendance de David selon la chair », et encore : « Souviens-toi de Jésus-Christ, ressuscité d'entre les morts, issu de la descendance de David » [29].
 
Dans toutes les persécutions que lui infligèrent ses ennemis implacables, dans toutes les accusations fausses relevées contre lui, dans les accusations formelles de sacrilège et de blasphème formulées contre lui parce qu'il affirmait être le Messie, nous ne trouvons même pas la moindre insinuation qu'il pût ne pas être le Christ parce qu'inéligible à cause de son lignage. Les Juifs prirent grand soin de la généalogie avant, pendant et après le temps du Christ ; en fait leur histoire nationale était en grande partie un document généalogique ; et s'il y avait eu la moindre possibilité de nier le Christ parce que sa lignée n'était pas confirmée, ce fait aurait été exploité au maximum par le Pharisien importun, le scribe érudit, le rabbi hautain et le Sadducéen aristocrate.
 
À l'époque de la naissance du Messie, Israël était gouverné par des monarques étrangers. Les droits de la famille royale de David n'étaient pas reconnus, et le gouverneur des Juifs était un fonctionnaire de Rome. Si Juda avait été une nation libre et indépendante, gouvernée par son souverain légitime, Joseph le charpentier aurait été son roi couronné, et son successeur légal au trône aurait été Jésus de Nazareth, roi des Juifs.
 
L'annonce de Gabriel à Marie fut celle du Fils de David, sur la venue duquel Israël reposait tous ses espoirs comme sur une fondation sûre. Celui qui fut ainsi annoncé fut Emmanuel, Dieu lui-même qui allait demeurer dans la chair parmi son peuple [30], le Rédempteur du monde, Jésus, le Christ.
 
 [1] Luc 1:19,26 ; voir aussi Dn 8:16, 9:21-23.
 [2] Luc 1:5 ; cf. 1 Ch 24:10
 [3] Esd 2:36-39.
 [4] Luc 1:8,9 ; lire tout le chapitre.
 [5] Lv chap. 16 ; Hé 9:1-7 ; voir aussi La Maison du Seigneur, p. 47, et cf. p. 24 et 39. Note 6, fin du chapitre.
 [6] Chap. 5. Autres exemples d'enfants promis malgré une stérilité due aux ans ou à d'autres causes : Isaac (Gn 17:16,17 et 21:1-3), Samson (Juges, chap. 13), Samuel (1 S chap. 1), le fils de la Sunamite (2 Rois 4:14-17).
 [7] Note 1, fin du chapitre.
 [8] Luc 1:19,20.
 [9] Luc 1:57 ; cf. verset 39.
 [10] Note 2, fin du chapitre.
 [11] Note 3, fin du chapitre.
 [12] Luc 1:68-79.
 [13] Luc 1:65,66 ; voir aussi 3:15.
 [14] Luc 1:80.
 [15] Luc 1:28.
 [16] Luc 1:30-33.
 [17] Luc 1:35 ; voir aussi les versets précédents, 31-33.
 [18] Chap. 5 du présent ouvrage et Gn 3:15.
 [19] Luc 1:42 ; lire les versets 39-56.
 [20] Luc 1:46-55.
 [21] Note 4, fin du chapitre.
 [22] Mt 1:20,21 ; lire 18-25.
 [23] Mt 1:22,23 ; cf. Es 7:14 ; voir aussi 9:6.
 [24] Mt 1:24,25.
 [25] 2 Pierre 1:20.
 [26] Gn 12:3,18:18, 22:18, 26:4 ; cf. Actes 3:25, Ga 3:8.
 [27] Note 5, fin du chapitre.
 [28] Exemples dans Mt 9:27, 15:22, 21:9, 20:30, 31 ; y comparer avec Luc 18:38, 39.
 [29] Rm 1:3 ; 2 Tm 2:8 ; voir aussi Actes 2:30, 13:23 ; cf. Ps 132:11 ; voir aussi Luc 1:32.
 [30] Mt 1:23.
 
NOTES DU CHAPITRE 7
 
1. Jean-Baptiste considéré comme naziréen : L'ordre de l'ange Gabriel à Zacharie, selon lequel le fils promis, Jean, ne devait boire « ni vin, ni boisson enivrante », et la vie adulte de Jean dans le désert, outre son habitude de porter des vêtements grossiers, ont amené les commentateurs et les spécialistes de la Bible à supposer qu'il était « naziréen à vie ». Il faut toutefois se rappeler que Jean-Baptiste n'est formellement appelé naziréen en aucun endroit des Écritures existantes. Un naziréen, le nom signifiant consacré ou séparé, était un homme qui, suite à un vœu personnel ou à celui fait pour lui par ses parents, était mis à part pour une œuvre particulière ou une vie exigeant du renoncement (voir chap. 6 du présent ouvrage, note 5). Le Comp. Dict. of the Bible, de Smith, dit : « Le Pentateuque ne parle nulle part de naziréens à vie, mais les règlements pour le vœu d'un naziréen de plusieurs jours sont donnés (Nb 6:1,2). Pendant la durée de sa consécration, le naziréen était sous l'obligation de s'abstenir de vin, de raisins et de tous produits de la vigne, ainsi que de toutes espèces de boissons alcoolisées. Il lui était interdit de se couper les cheveux ou de s'approcher d'un cadavre quelconque, même celui de son parent le plus proche. » Le seul exemple d'un naziréen à vie nommé dans les Écritures est celui de Samson, dont la mère reçut l'ordre de se mettre sous les lois naziréennes avant sa naissance, et l'enfant devait être naziréen consacré à Dieu dès sa naissance (juges 13:3-7, 14). Dans l'ascétisme de sa vie, il faut reconnaître à Jean-Baptiste toute la discipline personnelle requise des naziréens, qu'il fût tenu par des vœux volontaires ou des vœux de ses parents ou ne fût pas lié de cette manière.
 
2. La circoncision : La circoncision n'était pas une pratique exclusivement hébraïque ou israélite, mais dans ses révélations à Abraham, Dieu en fit une exigence bien précise, disant que c'était le signe de l'alliance entre Jéhovah et le patriarche (Gn 17:9-14). Aux termes de cette alliance, la postérité d'Abraham deviendrait une grande nation, et à travers sa postérité toutes les nations de la terre seraient bénies (Gn 22:18) - promesse qui s'est avérée signifier que c'est dans ce lignage que le Messie naîtrait. La circoncision était obligatoire ; c'est pourquoi sa pratique devint une caractéristique nationale. Tous les enfants masculins devaient être circoncis huit jours après leur naissance (Gn 17:12, Lv 12:3). L'âge requis pour cette cérémonie finit par être imposé d'une manière si rigide que même si le huitième jour tombait un sabbat, le rite devait être accompli ce jour-là (Jean 7:22,23). Tous les esclaves masculins devaient être circoncis (Gn 17:12,13), et même les étrangers qui séjournaient parmi les Hébreux et désiraient prendre part à la Pâque avec eux devaient se soumettre à cette condition (Ex 12:48). Nous tirons ce qui suit du Standard Bible Dictionary : « La cérémonie signifiait que l'intéressé se débarrassait de ses impuretés, préparation nécessaire pour être introduit dans les droits de ceux qui faisaient partie d'Israël. Dans le Nouveau Testament, qui faisait passer l'accent de l'aspect externe et formel sur le côté intérieur et spirituel des choses, il fut déclaré pour la première fois inutile que le Gentil converti à l'Évangile fût circoncis (Actes 15:28), et par la suite, même les chrétiens juifs abandonnèrent ce rite. » On prit l'habitude de donner un nom à l'enfant au moment de la circoncision, comme c'est le cas pour Jean, fils de Zacharie (Luc 1:59).
 
3. L'affliction de Zacharie : Le signe que Zacharie demandait fut donné comme suit par l'ange : « Voici : tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu'au jour où cela se produira, parce que tu n'as pas cru à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps » (Luc 1:20). Se basant sur le récit de la circoncision où l'enfant reçut son nom, Jean, certains avancent que le père affligé était également sourd, puisque les personnes qui étaient présentes lui « firent des signes » pour lui demander quel nom il voulait donner à son fils (verset 62).
 
4. Les fiançailles juives : Le vœu de fiançailles a toujours été considéré comme sacré et liant les parties dans la loi juive. Dans un sens, il engageait autant que la cérémonie du mariage, bien que n'entraînant aucun des droits particuliers du mariage. Les déclarations succinctes qui suivent sont tirées de Life and Words of Christ, de Geikie, vol. 1, p. 99: « Parmi les Juifs de l'époque de Marie c'était un engagement encore bien plus réel [qu'il ne devint plus tard]. Les fiançailles se faisaient officiellement avec des réjouissances dans la maison de la fiancée sous une tente ou un baldaquin léger dressé dans ce but. On appelait cela « rendre sacré », car dorénavant la fiancée était sacrée pour son mari dans le sens le plus strict. Pour rendre les choses légales, le fiancé donnait à sa fiancée une pièce d'argent, ou sa valeur, devant témoins, avec les paroles : « Voici, tu es fiancée à moi » ou rédigeait un écrit officiel dans lequel des mots semblables et le nom de la jeune fille étaient donnés, et celui-ci lui était remis de la même manière devant témoins. »
 
5. Généalogies de Joseph et Marie : « Il est maintenant presque certain que les généalogies des deux évangiles sont des généalogies de Joseph, qui, si nous pouvons nous reposer sur des traditions anciennes quant à leur consanguinité, sont également des généalogies de Marie. La descendance davidique de Marie est impliquée dans Actes 2:30, 13:23, Rm 1:3, Luc 1-32, etc. Matthieu donne la descendance légale de Joseph par la ligne aînée et royale, comme héritier du trône de David. Luc donne la descendance naturelle. Ainsi donc, le père réel de Salathiel était héritier de la maison de Nathan, mais Jéconia, qui était sans enfant (Jr 22:30), était le dernier représentant en droite ligne de la lignée aînée royale. L'omission de certains noms obscurs et l'arrangement symétrique en périodes de quarante ans étaient des coutumes juives communes. Il n'est pas exagéré de dire qu'après les travaux de Mill (On the Mythical Interpretation of the Gospels, p. 147-217) et Lord A. C. Hervey (On the Genealogies of our Lord, 1853), il ne reste plus aucune difficulté à justifier des divergences apparentes. Et c'est ainsi que, dans ce cas comme dans d'autres, les divergences même qui semblent les plus contradictoires et les plus fatales à l'exactitude historique des quatre évangélistes, s'avèrent, lorsqu'on les examine de plus près et avec plus de patience, être des preuves nouvelles de ce qu'elles sont non seulement entièrement indépendantes, mais également parfaitement dignes de confiance. » - Farrar, Life of Christ, p. 27, note.
 
L'auteur de l'article « Genealogy of Jesus-Christ » dans le Bible Dict., de Smith, dit : « Le Nouveau Testament nous donne la généalogie d'une personne seulement, notre Sauveur (Mt 1 ; Luc 3)... Les éléments suivants expliqueront la construction véritable de ces généalogies (selon Lord A. C. Hervey) : 1. Toutes deux sont les généalogies de Joseph, c'est-à-dire de Jésus-Christ, fils putatif et légal de Joseph et Marie. 2. La généalogie de Matthieu est, comme Grotius l'a affirmé, la généalogie de Joseph en tant que successeur légal au trône de David. Celle de Luc est la généalogie privée de Joseph, indiquant sa naissance réelle, comme Fils de David, et montrant ainsi pourquoi il était héritier de la couronne de Salomon. Le principe simple selon lequel l'un des évangélistes présente la généalogie qui contenait les héritiers successifs au trône de David et de Salomon, tandis que l'autre présente la branche paternelle de celui qui était l'héritier, explique toutes les anomalies des deux arbres généalogiques, leurs accords aussi bien que leurs divergences, et le fait qu'il y en a deux. 3. Marie, mère de Jésus, était probablement fille de Jacob, et cousine au premier degré de Joseph, son mari. »
 
Un apport précieux aux traités relatifs à ce sujet apparaît dans le journal of the Transactions of the Victoria Institute, or Philosophical Society of Great Britain, 1912, vol. 44, p. 9-36, sous forme d'un article : « The Genealogies of our Lord », par Mrs. A. S. Lewis et une discussion de celles-ci par beaucoup d'érudits aux compétences reconnues. L'auteur, Mrs. Lewis, est une autorité en manuscrits syriaques ; elle est l'une des deux femmes qui découvrirent, en 1892, dans la bibliothèque du monastère de Ste Catherine du mont Sinaï, le Palimpseste syriaque des quatre évangiles. Cet auteur talentueux affirme que le récit de Matthieu témoigne de l'arbre généalogique royal de Joseph, et que le tableau généalogique de Luc prouve la descendance également royale de Marie. Mrs. Lewis dit : « Le Palimpseste du Sinaï nous dit également que Joseph et Marie se rendirent à Bethléhem pour y être recensés, parce qu'ils étaient tous deux de la maison et du lignage de David. »
 
Le chanoine Girdlestone, en discutant cet article, dit, soulignant pertinemment le fait que Marie était princesse de sang royal par sa descendance de David : « Quand l'ange prédit à Marie la naissance du saint Enfant, il dit : « Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. » Or, si Joseph, son fiancé, avait été, lui seul, descendant de David, Marie aurait répondu : « Je ne suis pas encore la femme de Joseph », alors qu'elle répondit tout simplement : « Je ne connais point d'homme », ce qui signifie clairement : Si j'étais mariée, puisque je suis descendante de David, je pourrais infuser mon sang royal à un fils, mais comment puis-je avoir un fils royal puisque je suis vierge ? »
 
Après avoir brièvement parlé de la loi juive relative à l'adoption, qui prévoit (selon le code d'Hammourabi, section 188) que si un homme enseigne un métier au fils qu'il a adopté, le fils est par là même confirmé dans tous les droits à l'héritage, le chanoine Girdlestone ajoute : « Si la couronne de David avait été donnée à son successeur du temps d'Hérode, elle aurait été placée sur la tête de Joseph. Et qui aurait été le successeur légal de Joseph ? Jésus de Nazareth aurait alors été le Roi des Juifs, et le titre placé sur la croix disait la vérité. Dieu l'avait suscité à la maison de David. »
 
6. Le sanctuaire intérieur du temple : Le Saint des Saints conservait sa forme et ses dimensions originales qui en faisaient un cube de vingt coudées dans tous les sens. Entre celui-ci et le Saint était suspendu un double voile d'un tissu très fin, orné d'une broderie compliquée. Le voile extérieur s'ouvrait du côté nord, le voile intérieur s'ouvrait du côté sud, de sorte que le grand prêtre qui y pénétrait une fois l'an pouvait passer entre les voiles sans exposer le Saint des Saints. Le local sacré était vide à l'exception d'une grande pierre que le grand prêtre aspergeait du sang du sacrifice le jour de l'expiation : cette pierre occupait la place de l'arche et de son propitiatoire. À l'extérieur du voile, dans le Saint, se trouvaient l'autel de l'encens, le chandelier à sept branches et la table des pains de proposition. - La Maison du Seigneur, p. 47.
 
 
CHAPITRE 8 : L'ENFANT DE BETHLÉHEM
 
LA NAISSANCE DE JÉSUS
 
Les prédictions qui déterminent le lieu de sa naissance à Bethléhem, petite ville de Judée, sont aussi catégoriques que les prophéties qui déclarent que le Messie naîtrait de la lignée de David. Il semble qu'il n'y ait pas eu de divergences d'opinion parmi les prêtres, les scribes ou les rabbis à ce sujet, que ce soit avant ou depuis le grand événement. Bethléhem, quoique petite et de peu d'importance pour le commerce, était doublement chère au cœur juif, étant le lieu de naissance de David et celui du futur Messie. Marie et Joseph vivaient à Nazareth de Galilée, loin de Bethléhem de Judée ; et, à l'époque dont nous parlons, la maternité de la Vierge approchait rapidement.
 
En ce temps-là, Rome émit un édit ordonnant le recensement des habitants de tous les royaumes et provinces tributaires de l'empire ; le décret était de nature générale, il prévoyait un « recensement de toute la terre » [1]. Ce recensement des sujets romains, une fois obtenu, permettrait de déterminer l'impôt à prélever sur les divers peuples intéressés. Le recensement en question était le deuxième des trois recensements que les historiens déclarent s'être produits à des intervalles de vingt ans environ. Si le recensement avait été fait suivant la méthode romaine habituelle, chaque personne aurait été enregistrée dans sa ville de résidence ; mais la coutume juive, que la loi romaine respectait, exigeait que le recensement fût fait dans les villes que les familles respectives considéraient comme celles de leurs ancêtres. Il ne nous importe pas spécialement de savoir s'il était absolument requis de chaque famille de se faire ainsi recenser dans la ville de ses ancêtres ; mais il est certain que Joseph et Marie se rendirent à Bethléhem, ville de David, pour y être recensés suivant le décret impérial [2].
 
À ce moment, la petite ville était bondée de monde, très vraisemblablement par la multitude qui s'y était rendue conformément au même édit ; Joseph et Marie ne purent donc trouver à se loger convenablement et durent se contenter d'un camp improvisé, comme d'innombrables voyageurs l'avaient fait avant eux, et comme beaucoup d'autres l'ont fait depuis, dans cet endroit-là comme ailleurs. Il ne serait pas raisonnable de considérer que la situation dans laquelle ils se trouvaient prouvait qu'ils étaient extrêmement pauvres ; elle manquait certainement de confort mais ne nous prouve absolument pas qu'ils se trouvaient dans une grande détresse ou dans la misère [3]. C'est alors qu'elle se trouvait dans cette situation que Marie, la Vierge, donna naissance à son premier-né, le Fils du Très-Haut, le Seul-Engendré du Père éternel, Jésus, le Christ.
 
Nous n'avons que peu de détails sur ce qui se passa. On ne nous dit pas combien de temps après l'arrivée de Marie et de son mari à Bethléhem la naissance se produisit. Il se peut que le but de l'évangéliste qui composa le document ait été de ne mentionner les questions d'intérêt purement humain que dans la mesure où cela était nécessaire pour la narration des faits, afin que la vérité centrale ne fût ni cachée, ni réduite au second plan par des incidents sans importance. Dans les Écritures saintes nous ne lisons que ceci sur la naissance proprement dite : « Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l'emmaillota et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie » [4].
 
Contraste frappant avec la simplicité et la brièveté du récit scripturaire et son peu de détails secondaires, l'imagination des hommes a ajouté tout un fatras de circonstances dont une grande partie ne se fonde sur aucun document autorisé et qui sont, à beaucoup de points de vue, manifestement illogiques et faux. Vis-à-vis d'un sujet aussi important, il est prudent et sage de séparer et de marquer nettement la distinction entre les faits dont l'authenticité est vérifiée et les commentaires imaginés d'historiens, de théologiens et de romanciers, aussi bien que les rhapsodies émotives de poètes et les extravagances artistiques créées par le ciseau ou le pinceau.
 
Dès son origine, Bethléhem avait été la résidence de gens occupés, la plupart du temps, à des activités pastorales et agricoles. À l'époque de la naissance du Messie, qui se produisit au printemps de l'année, les troupeaux se trouvaient nuit et jour dans les champs sous la garde de leurs bergers ; cela est tout à fait en accord avec ce que nous connaissons de la ville et de ses environs. C'est à certains de ces humbles bergers que fut proclamée pour la première fois la naissance du Sauveur. Voici ce que dit ce récit tout simple : « Il y avait, dans cette même contrée des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. Un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une grande crainte. Mais l'ange leur dit : Soyez sans crainte, car je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie qui sera pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une crèche. Et soudain il se joignit à l'ange une multitude de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée [5] ! »
 
Jamais nouvelle aussi importante n'avait été annoncée par un ange ou reçue par l'homme - une bonne nouvelle qui serait le sujet d'une grande joie, donnée à un petit nombre seulement, et ce, parmi les plus humbles de la terre, mais destinée à se répandre à tous les hommes. La scène est d'une grandeur sublime, car l'auteur du message est divin, et l'apothéose est telle que l'esprit de l'homme n'aurait jamais pu le concevoir : l'apparition soudaine d'une multitude de l'armée céleste chantant, de manière que les oreilles humaines puissent les entendre, le plus court, le plus logique et le plus réellement complet de tous les cantiques de paix jamais entonnés par un chœur mortel ou spirituel. Quel idéal désirable : la paix sur la terre ! Mais comment peut-elle nous être donnée s'il n'y a pas de bonne volonté parmi les hommes ? Et de quelle manière pourrait-on rendre plus efficacement gloire à Dieu dans les lieux très hauts ?
 
Les bergers confiants et simples n'avaient pas demandé de signe ou de confirmation ; leur foi était à l'unisson de la communication céleste ; néanmoins l'ange leur avait donné ce qu'il appelait un signe pour les guider dans leurs recherches. Ils n'attendirent pas mais se mirent en route en hâte, car, dans leur cœur, ils croyaient, oui, ils faisaient plus que croire, ils savaient, et voici quelle était la teneur de leur résolution : « Allons donc jusqu'à Bethléhem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître » [6]. Ils trouvèrent l'Enfant dans la crèche, sa mère et Joseph près de lui ; et ayant vu, ils s'en allèrent et témoignèrent de la vérité concernant l'Enfant. Ils retournèrent à leurs troupeaux, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu'ils avaient entendu et vu.
 
La remarque que Luc fait, apparemment au passage, est d'un sens aussi profond que l'émotion qu'elle doit faire éprouver à tous ceux qui la lisent. « Marie conservait toutes ces choses, et les repassait dans son coeur » [7]. Il est évident que la grande vérité relative à la personnalité et à la mission de son Fils divin ne s'était pas dévoilée pleinement à son esprit. Tous les événements qui se déroulèrent depuis la salutation de Gabriel jusqu'au témoignage pieux des bergers concernant l'ange annonciateur et les armées célestes, étaient en grande partie un mystère pour cette mère et épouse sans tache.
 
LES EXIGENCES DE LA LOI SONT STRICTEMENT OBSERVÉES
 
L'Enfant naquit juif ; la mère était juive et le père putatif et légal, Joseph, était juif. Seules quelques personnes savaient qui était le vrai père de l'Enfant ; seuls peut-être à l'époque Marie, Joseph et probablement Elisabeth et Zacharie ; lorsqu'il grandit, le peuple le considéra comme le fils de Joseph [8]. Les exigences de la loi furent soigneusement respectées dans tout ce qui concernait l'Enfant. Lorsqu'il eut huit jours, il fut circoncis, comme cela était requis de tous les enfants de sexe masculin nés en Israël [9] ; et en même temps il reçut comme nom terrestre le nom qui avait été prescrit lors de l'annonciation. On l'appela JÉSUS, ce qui, par interprétation, signifie Sauveur ; ce nom lui appartenait à bon droit, car il venait sauver le peuple de ses péchés [10].
 
Une partie de la loi donnée par l'intermédiaire de Moïse aux Israélites dans le désert et appliquée au cours des siècles avait trait à la procédure prescrite pour les femmes après la naissance des enfants [11]. Conformément à celle-ci, Marie resta isolée pendant quarante jours après la naissance de son Fils ; puis son mari et elle présentèrent le Garçon devant le Seigneur comme cela était prescrit pour le premier-né masculin de toute famille. Il est manifestement impossible que toutes les présentations de ce genre aient pu avoir lieu au temple, car beaucoup de Juifs vivaient à de grandes distances de Jérusalem ; il était cependant de règle que les parents présentent leurs enfants au temple quand c'était possible. Jésus naquit à huit ou neuf kilomètres de Jérusalem ; il fut donc emmené au temple pour la cérémonie qui devait satisfaire à la loi relative aux premiers-nés de tous les Israélites, à l'exception des Lévites. On se souviendra que les enfants d'Israël avaient été délivrés de l'esclavage d'Égypte avec accompagnement de signes et de miracles. Pharaon ayant refusé à plusieurs reprises de laisser partir le peuple, il s'était abattu sur les Égyptiens des fléaux dont l'un fut la mort des premiers-nés dans tout le pays, à l'exception de ceux d'Israël. En souvenir de cette manifestation de puissance, il fut exigé des Israélites qu'ils consacrent leurs fils premiers-nés au service du sanctuaire [12]. Par la suite, le Seigneur ordonna qu'au lieu des premiers-nés de toutes les tribus, tous les enfants masculins appartenant à la tribu de Lévi fussent consacrés à cette tâche particulière ; néanmoins le fils aîné était toujours considéré comme appartenant particulièrement au Seigneur et devait être exempté officiellement du service requis antérieurement, par le paiement d'une rançon [13].
 
Lors de la purification, toutes les mères devaient fournir un agneau d'un an à immoler en sacrifice, et un jeune pigeon ou une jeune colombe en guise d'offrande pour les péchés ; mais dans le cas d'une femme qui n'était pas à même de fournir un agneau, un couple de colombes ou de pigeons pouvait être offert. Nous apprenons que Joseph et Marie étaient de situation modeste du fait qu'ils apportèrent l'offrande la moins coûteuse, deux colombes ou pigeons, au lieu d'un oiseau et d'un agneau.
 
Parmi les Israélites justes et dévots il y en avait qui, en dépit du traditionalisme, du rabbinisme et de la corruption des prêtres, vivaient toujours dans cette attente du juste dont la confiance est inspirée, espérant patiemment la consolation d'Israël [14]. L'un de ceux-ci était Siméon, qui vivait à l'époque à Jérusalem. Il avait reçu par la puissance du Saint-Esprit la promesse qu'il ne mourrait que lorsqu'il aurait vu le Christ du Seigneur dans la chair. Poussé par l'Esprit, il se rendit au temple le jour de la présentation de Jésus et reconnut dans l'Enfant le Messie promis. Dès qu'il se rendit compte que l'espoir de sa vie s'était magnifiquement réalisé, Siméon éleva respectueusement l'Enfant dans ses bras, et, avec l'éloquence simple mais immortelle qui vient de Dieu, exprima une supplication splendide, dans laquelle l'action de grâce, la résignation et la louange se mêlent si magnifiquement :
 
« Maintenant, Maître, tu laisses ton serviteur
« S'en aller en paix selon ta parole.
« Car mes yeux ont vu ton salut,
« Que tu as préparé devant tous les peuples,
« Lumière pour éclairer les nations
« Et gloire de ton peuple, Israël. » [15]
 
Puis, animé de l'esprit de prophétie, Siméon parla de la grandeur de la mission de l'Enfant et de la souffrance que sa mère serait appelée à endurer à cause de lui, souffrance qui serait semblable à celle provoquée par une épée qui lui percerait l'âme. Le témoignage de l'Esprit quant à la divinité de Jésus n'allait pas se limiter à un homme. Il y avait, à l'époque, dans le temple, une sainte femme d'un âge très avancé, Anne, prophétesse qui se consacrait exclusivement au service du temple ; inspirée de Dieu, elle reconnut son Rédempteur et témoigna de lui à tous ceux qui se trouvaient autour d'elle. Joseph et Marie s'étonnèrent des choses qui étaient dites de l'Enfant ; ils n'étaient apparemment pas encore à même de comprendre la majesté de celui qui leur avait été donné par une conception aussi miraculeuse et une naissance aussi merveilleuse.
 
DES MAGES À LA RECHERCHE DU ROI
 
Quelque temps après la présentation de Jésus au temple, bien que la durée de ce temps ne nous soit pas connue, quelques jours, ou peut-être des semaines, ou même des mois, Hérode, roi de Judée, fut profondément troublé, comme le fut le peuple de Jérusalem en général, à la nouvelle de la naissance d'un Enfant de la Prophétie, d'un enfant destiné à devenir Roi des Juifs. Hérode professait la religion de Juda, bien qu'étant Iduméen de naissance, de descendance édomite, c'est-à-dire faisant partie de la postérité d'Ésaü, tous personnages que les Juifs haïssaient ; et de tous les Édomites, il n'en était pas un qui fût aussi profondément détesté qu'Hérode, le roi. Il était tyrannique et impitoyable, n'épargnant personne, ami ou ennemi, qu'il venait à soupçonner de constituer un obstacle à ses desseins ambitieux. Il avait fait cruellement massacrer sa femme et plusieurs de ses enfants, ainsi que d'autres de sa famille par le sang ; il mit également à mort presque tous les membres du grand conseil national, le sanhédrin. Son règne fut rempli de cruautés révoltantes et d'oppressions sans frein. Ce n'est que quand il courait le danger de provoquer une révolte nationale ou lorsqu'il avait peur d'encourir le déplaisir de son maître, l'empereur romain, qu'il s'arrêtait dans une entreprise quelconque [16].
 
La nouvelle de la naissance du Christ parvint aux oreilles d'Hérode de la manière suivante. Certains hommes, des mages comme on les appelait, vinrent à Jérusalem d'un pays lointain et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer » [17]. Hérode convoqua « tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple », et leur demanda où, d'après les prophètes, le Christ devait naître. Ils lui répondirent : « À Bethléhem en Judée, car voici ce qui a été écrit par le prophète :
 
Et toi, Bethléhem, terre de Juda
Tu n'es certes pas la moindre parmi les principales villes de Juda ;
Car de toi sortira un prince,
Qui fera paître Israël, mon peuple [18].
 
Hérode fit venir les mages en secret et les interrogea sur les sources de leurs renseignements, et en particulier sur l'époque à laquelle l'étoile, à laquelle ils accordaient tant d'importance, était apparue. Puis il les dirigea vers Bethléhem, disant : « Allez, et prenez des informations précises sur le petit enfant ; quand vous l'aurez trouvé, faites-le moi savoir, afin que j'aille moi aussi l'adorer. » Lorsque les hommes se mirent en route de Jérusalem pour la dernière étape de leur voyage d'enquête et de recherche, ils se réjouirent à l'extrême, car la nouvelle étoile qu'ils avaient vue à l'orient était de nouveau visible. Ils trouvèrent la maison dans laquelle Marie vivait avec son mari et l'Enfant, et, en reconnaissant l'Enfant royal, ils « se prosternèrent et l'adorèrent ; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe » [19]. Ayant ainsi merveilleusement réalisé le but de leur pèlerinage, ces voyageurs pieux et savants se préparèrent à rentrer chez eux et se seraient arrêtés à Jérusalem pour faire rapport au roi comme il l'avait demandé, mais « divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin » [20].
 
On a écrit beaucoup de choses, que ne justifie absolument rien dans les Écritures, concernant la visite des mages, ou des sages, qui cherchaient et trouvèrent ainsi le Christ enfant. En fait, nous ne savons rien de leur pays, de leur nation ou de leur tribu ; on ne nous dit même pas combien il y en avait, bien qu'une tradition fausse les ait appelés « Ies trois rois mages » et leur ait même donné des noms ; les Écritures, le seul document véritable existant à leur sujet, ne donne pas leurs noms ; il se peut qu'ils n'aient été que deux seulement ou qu'ils aient été plus nombreux. On a essayé d'identifier l'étoile dont l'apparition dans le ciel oriental avait assuré les mages que le Roi était né ; mais l'astronomie ne fournit aucune confirmation satisfaisante. L'apparition de l'étoile que l'on rapporte a été associée, tant par les interprètes anciens que modernes, à la prophétie de Balaam qui, quoique n'étant pas Israélite, avait béni Israël et avait prédit, poussé par l'inspiration divine : « Un astre sort de Jacob, un sceptre s'élève d'Israël » [21]. En outre, comme nous l'avons déjà montré, l'apparition d'une étoile nouvelle était un signe prédit, reconnu et admis parmi les habitants des Amériques comme témoin de la naissance du Messie [22].
 
LA FUITE EN ÉGYPTE
 
La perfidie d'Hérode, lorsqu'il commanda aux sages de revenir l'informer du lieu où l'Enfant royal se trouvait, professant hypocritement qu'il désirait l'adorer également, tandis que dans son cœur il se proposait d'ôter la vie à l'Enfant, fut contrecarrée par l'avertissement divin, donné, comme nous l'avons déjà noté, aux mages. Après leur départ, l'ange du Seigneur apparut à Joseph, disant : « Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte et restes-y jusqu'à ce que je te parle ; car Hérode va rechercher le petit enfant pour le faire périr » [23]. Obéissant à ce commandement, Joseph prit Marie et son Enfant et se mit en route de nuit vers l'Égypte ; et la famille y resta jusqu'à ce qu'elle reçût de Dieu l'ordre de revenir. Lorsque le roi s'aperçut que les mages avaient ignoré ses ordres, il entra dans une violente colère ; et calculant la date la plus reculée à laquelle la naissance pouvait s'être produite d'après la date de l'apparition de l'étoile que lui avaient fournie les mages, il ordonna impitoyablement le massacre de « tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans son territoire » [24]. Dans ce massacre des innocents, l'évangéliste trouva l'accomplissement de la parole du Seigneur prononcée par Jérémie six siècles auparavant et exprimée avec force au passé comme si elle avait déjà été accomplie :
 
« Une voix s'est fait entendre à Rama,
« Des pleurs et beaucoup de lamentations :
« C'est Rachel qui pleure ses enfants ;
« Elle n'a pas voulu être consolée,
« parce qu'ils ne sont plus. » [25]
 
LA NAISSANCE DE JÉSUS RÉVÉLÉE AUX NÉPHITES
 
Comme nous l'avons montré jusqu'à présent, les prophètes des Amériques avaient clairement prédit l'avènement terrestre du Seigneur et avaient indiqué exactement le temps, le lieu et les circonstances de sa naissance [26]. Lorsque le temps fut proche, le peuple fut divisé par des opinions contradictoires quant à la véracité de ces prophéties ; des incrédules intolérants persécutèrent cruellement ceux qui, comme Zacharie, Siméon, Anne et d'autres justes de Palestine, conservaient avec foi et confiance l'espoir inébranlable que le Seigneur viendrait. Samuel, Lamanite juste qui, à cause de sa fidélité et de son dévouement désintéressé avait reçu l'esprit et la faculté de prophétiser, proclama intrépidement que la naissance du Christ était proche : « Voici, je vous donne un signe ; encore cinq ans, et voici, le Fils de Dieu vient racheter tous ceux qui croiront à son nom » [27]. Le prophète dit que beaucoup de signes et de miracles marqueraient le grand événement. À mesure que les cinq années s'écoulaient, les croyants devenaient de plus en plus fermes, les incroyants de plus en plus violents, jusqu'à l'aube du dernier jour de la période spécifiée ; et c'était là le jour fixé par les incrédules « où tous ceux qui croyaient en ces traditions seraient mis à mort, si le signe donné par Samuel, le prophète, ne se montrait pas » [28].
 
Néphi, prophète de l'époque, invoqua le Seigneur dans l'angoisse de son âme à cause des persécutions dont son peuple était la victime ; « et voici, la voix de Dieu vint à lui, disant : Lève la tête et prends courage ; car voici, le temps est proche, et cette nuit le signe sera donné, et demain je viendrai au monde pour montrer aux hommes que j'accomplirai tout ce que j'ai fait annoncer par la bouche de mes saints prophètes. Voici, je viens parmi les miens pour accomplir toutes les choses que j'ai fait connaître aux enfants des hommes depuis la fondation du monde et pour faire la volonté du Père et du Fils - du Père à cause de moi, et du Fils à cause de ma chair. Et voici, le temps est proche, et cette nuit le signe sera donné. » [29]
 
Les paroles du prophète s'accomplirent cette nuit-là ; car si le soleil se coucha dans son cours habituel, il n'y eut pas de ténèbres, et le lendemain le soleil se leva sur un pays déjà illuminé ; un jour et une nuit et un autre jour s'étaient passés comme un seul jour, et ce n'était là qu'un seul des signes. Une nouvelle étoile apparut dans le firmament à l'ouest, comme celle que les mages de l'orient avaient vue ; et il y eut beaucoup d'autres manifestations merveilleuses comme les prophètes l'avaient prédit. Tout cela se produisit sur ce que l'on appelle maintenant le continent américain, six cents ans après que Léhi et sa petite compagnie eurent quitté Jérusalem pour se rendre là-bas.
 
ÉPOQUE DE LA NAISSANCE DE JÉSUS
 
L'époque de la naissance du Messie est un sujet sur lequel les spécialistes de la théologie et de l'histoire, et ceux que l'on appelle « les savants » ne s'accordent pas. Des recherches ont été faites, suivant de nombreux procédés, pour n'arriver qu'à des conclusions divergentes, tant en ce qui concerne l'année qu'en ce qui concerne le mois et le jour de l'année où « l'ère chrétienne » a réellement commencé. Le premier à choisir la date de la naissance du Christ comme l'événement à partir duquel on devrait calculer tous les événements chronologiques ultérieurs fut Dionysius Exiguus, en 532 ap. J.-C. ; cette méthode de calcul du temps a pris le nom de système dionysien et prend pour date de base A. U. C. 753, c'est-à-dire 753 ans après la fondation de Rome, comme année de la naissance de notre Seigneur. Les érudits ultérieurs qui ont examiné le sujet ne s'accordent que pour dire que le calcul dionysien est erroné, en ce qu'il situe la naissance du Christ de trois à quatre ans trop tard ; et que, par conséquent, notre Seigneur est né dans la troisième ou la quatrième année avant le commencement de ce que les savants d'Oxford et de Cambridge appellent l'ère vulgaire, calculée en ans de grâce.
 
Sans essayer d'analyser la masse des données relatives à ce sujet, nous acceptons la méthode dionysienne comme correcte en ce qui concerne l'année, c'est-à-dire que nous croyons que le Christ est né au cours de l'année que nous appelons l'an 1 av. J.-C., et, comme nous le montrerons, au cours d'un des premiers mois de cette année. Nous citons, en confirmation de cette croyance, le document inspiré appelé la « Révélation sur le gouvernement de l'Église, donnée par l'intermédiaire de Joseph le Prophète, en avril 1830 », qui commence par les paroles : « Naissance de l'Église du Christ en ces derniers jours, mille huit cent trente ans depuis l'avènement de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ dans la chair. » [30]
 
Une autre preuve que la chronologie que nous acceptons communément est correcte est fournie par le Livre de Mormon. Nous y lisons que « au commencement de la première année du règne de Sédécias, roi de Juda », le Seigneur adressa la parole à Léhi, à Jérusalem, lui ordonnant de prendre sa famille et de partir dans le désert [31]. Dans les premières étapes de leur voyage vers la mer, Léhi prophétisa, comme le Seigneur le lui avait montré, la destruction imminente de Jérusalem et la captivité des Juifs. En outre, il prédit le retour final du peuple de Juda de son exil à Babylone, et la naissance du Messie, déclarant clairement que ce dernier événement se produirait six cents ans après la date à laquelle son peuple et lui avaient quitté Jérusalem [32]. Cette précision quant au temps fut répétée par des prophéties ultérieures [33], et le Livre rapporte que quand les signes de l'accomplissement réel se produisirent, « il y avait six cents ans que Léhi avait quitté Jérusalem » [34]. Ces Écritures fixent l'époque du commencement du règne de Sédécias à six cents ans avant la naissance du Christ. Selon le calcul communément accepté, Sédécias fut couronné roi en 597 avant Jésus-Christ [35]. Cela montre un désaccord d'environ trois ans entre la date communément acceptée de l'inauguration de Sédécias comme roi et celle donnée par le Livre de Mormon ; et comme nous l'avons déjà vu, il y a une différence d'environ trois à quatre ans entre le calcul dionysien et la première possibilité d'accord entre les savants à propos du commencement de l'ère vulgaire. C'est pourquoi la chronologie du Livre de Mormon confirme d'une manière générale que le système dionysien ou commun est correct.
 
Quant à l'époque de l'année où le Christ naquit, il existe parmi les savants une diversité d'opinions aussi grande que pour l'année elle-même. Beaucoup de savants bibliques prétendent que le 25 décembre, jour célébré par la chrétienté sous le nom de Noël, ne peut être la date correcte. Nous croyons que le 6 avril est la date de naissance de Jésus-Christ, comme l'indique une révélation moderne déjà citée [36] dans laquelle ce jour correspond exactement à la fin de la mille huit cent trentième année depuis l'avènement du Seigneur dans la chair. Nous admettons naturellement que notre position est basée sur notre foi en la révélation moderne et ne provient en aucune façon de recherches ou d'analyses chronologiques. Nous croyons que Jésus-Christ naquit à Bethléem de Judée, le 6 avril de l'an 1 av. J.-C.
 
 [1] Lc 2:1 ; voir versets 2-4. Note 1, fin du chapitre.
 [2] Note 1, fin du chapitre.
 [3] Note 2, fin du chapitre.
 [4] Lc 2:6,7.
 [5] Lc 2:8-14.
 [6] Lc 2:15.
 [7] Lc 2:19.
 [8] Lc 4:22, Mt 13:55, Mc 6:3.
 [9] Gn 17:12,13, Lv 12:3 ; cf. Jn 7:22. Chap. 7 du présent ouvrage, note 2.
 [10] Lc 2:21 ; cf. 1:31, Mt 1:21, 25.
 [11] Lv chap. 12.
 [12] Ex 12:29, 13:2, 12, 22:29,30.
 [13] Nb 8:15-18, 18:15,16.
 [14] Lc 2:25 ; voir aussi verset 38 ; Mc 15:43 ; cf. Ps 40.1.
 [15] Lc 2:29-32. Dans les cantiques chrétiens, ces versets sont appelés le Nunc dimittis ; ils doivent leur nom aux deux premiers mots de la version latine.
 [16] Note 3, fin du chapitre.
 [17] Mt 2:2 ; lire 1-10.
 [18] Mt 2:5,6 ; cf. Mi 5:2, Jn 7:42.
 [19] Note 4, fin du chapitre.
 [20] Note 5, fin du chapitre.
 [21] Nb 24:17.
 [22] LM, HéI 14:5 ; 3 Né 1:21. Chap. 5, 8 et 39 du présent ouvrage.
 [23] Mt 2:13.
 [24] Mt 2:16.
 [25] Mt 2:17,18 ; cf. Jr 31:15.
 [26] Chap. 5.
 [27] LM, Hél 14:2 ; lire 1-9.
 [28] LM, 3 Né 1:9 ; lire versets 4-21.
 [29] LM, 3 Né 1:12-21.
 [30] D&A 20:1 ; cf. 21:3. Note 6, fin du chapitre.
 [31] LM, 1 Né 1:4 ; 2:2-4.
 [32] LM, 1 Né 10:4.
 [33] LM, 1 Né 19:8 ; 2 Né 25:19.
 [34] LM, 3 Né 1:1.
 [35] Standard Bible Dictionary ; édité par Jacobus, Nourse et Zenos, pub. par Funk et Wagnalls Co., New York et Londres, 1909, p. 915, articIe « Zedekiah ».
 [36] D&A 20:1 ; cf. 21:3.
 
NOTES DU CHAPITRE 8
 
1. Le recensement : À propos de la présence de Joseph et de Marie à Bethléem, loin de leur demeure de Galilée et du décret impérial en vertu duquel ils avaient été amenés à se trouver là, les notes suivantes méritent considération. Farrar (Life of Christ, p. 24, note), dit : « On ne sait pas avec certitude si le voyage de Marie avec son mari était obligatoire ou volontaire... si ce recensement entraînait également une taxe, cela veut dire que les femmes étaient passibles d'un impôt par tête. Mais, en dehors de toute nécessité légale, on peut aisément imaginer qu'en un pareil moment Marie ait désiré ne pas rester seule. Les soupçons cruels dont elle avait été l'objet et qui avaient presque provoqué la rupture de ses fiançailles (Mt 1:19) la feraient s'attacher d'autant plus à la protection de son mari. » L’extrait suivant est tiré de Life and Words of Christ, de Geikie, vol. 1, chap. 9, p. 108: « La nation juive payait tribut à Rome, par l'intermédiaire de ses gouverneurs, depuis le temps de Pompée ; et Auguste, le méthodique, qui régnait maintenant et devait rétablir l'ordre dans les finances de l'empire et les assainir après la confusion et l'épuisement des guerres civiles, prit grand soin que cette obligation ne fût ni oubliée ni évitée. Il avait coutume d'exiger un recensement qui devait être fait périodiquement dans toutes les provinces de ses vastes conquêtes, afin de connaître le nombre de soldats qu'il pouvait lever dans chacune d'elles et le montant des impôts dus au trésor... Dans un empire qui embrassait le monde connu à l'époque, il était impossible de faire un recensement pareil simultanément partout, en une période de temps brève ou fixée ; il est plus probable que c'était un travail qui durait des années et qui était effectué dans les provinces ou les royaumes successivement. Mais tôt ou tard, même les domaines de rois vassaux comme Hérode devaient fournir les statistiques requises par leur maître. Lorsqu'il avait reçu son royaume, il était resté sujet de l'empereur et dépendait de plus en plus d'Auguste à mesure que les années passaient et qu'il lui demandait de sanctionner à chaque instant les mesures qu'il se proposait de prendre. Il ne serait donc que trop prêt à satisfaire ses désirs, en se procurant les statistiques qu'il désirait comme on peut en juger par le fait qu'au cours d'une des dernières années de sa vie, juste avant la naissance du Christ, il obligea la nation juive tout entière à faire un serment solennel d'obéissance à l'empereur ainsi qu'à lui-même.
 
« Il est tout à fait probable que la méthode pour obtenir les statistiques requises fut laissée en grande partie à Hérode, à la fois pour lui montrer du respect devant son peuple et parce qu'on savait que les Juifs étaient déjà opposés à tout ce qui ressemblait à un recensement général, abstraction faite de l'imposition à laquelle il devait mener. À l'époque où se situe le récit, il semble qu'on ait procédé à un simple enregistrement, suivant le vieux système hébraïque qui consistait à s'inscrire par famille dans son district ancestral, naturellement à usage futur ; et c'est ainsi que les choses se passèrent en bon ordre... La proclamation ayant été faite dans tout le pays, Joseph n'avait que le choix d'aller à Bethlehem, ville de David, lieu où ses origines familiales, de la maison et du lignage de David, exigeaient qu'il fût inscrit. »
 
2. Jésus né dans un entourage pauvre : Il ne fait aucun doute que le lieu où Jésus naquit n'était pas très confortable. Mais ces conditions, quand on les examine à la lumière des coutumes du pays et du temps, étaient loin de l'état de dénuement profond que l'on pourrait imaginer en les comparant à nos coutumes modernes et occidentales. Loger à la belle étoile n'était pas quelque chose d'extraordinaire pour les voyageurs de la Palestine à l'époque de la naissance de notre Seigneur ; et ce ne l'est pas non plus aujourd'hui. Mais il ne fait cependant aucun doute que Jésus naquit dans une famille relativement pauvre, dans des conditions modestes liées à l'inconfort provenant du voyage. Cunningham Geikie, Life and Words of Christ, chap. 9, p. 112, 113, dit : « Joseph et Marie se rendaient à Bethlehem, ville de Ruth et de Booz, et ancienne résidence de leur propre grand ancêtre David. En s'en approchant, après avoir quitté Jérusalem, ils devaient passer, dans le dernier kilomètre, devant un endroit sacré pour des Juifs, où le soleil de la vie de Jacob s'éteignit, lorsque son premier amour, Rachel, mourut et fut enterrée comme sa tombe le montre encore, « sur le chemin d'Éphrata, qui est Bethléhem » (Gn 35:19). Voyager en Orient a toujours été très différent des conceptions occidentales. Comme dans tous les pays peu peuplés, l'hospitalité privée obviait, dans les temps anciens, au manque d'auberges, mais ce qui est particulier à l'Orient, c'est que cette coutume amicale se poursuivit pendant une longue série d'époques. Sur les grandes routes qui traversaient des régions désertiques ou inhabitées, le besoin d'abri mena, très tôt, à la construction de bâtiments grossiers et simples, de grandeur variée, appelés khans, qui offraient aux voyageurs la protection de murs et d'un toit, et de l'eau, mais pas grand-chose de plus. Les bâtiments les plus petits ne se composaient parfois que d'une seule pièce vide, sur le sol de laquelle le voyageur pouvait étendre son tapis pour dormir ; les plus grands, toujours construits dans un carré creux, entouraient une cour pour les animaux, contenant de l'eau pour eux et leurs maîtres. Depuis des temps immémoriaux cela a été un mode favori de bienveillance que d'édifier de tels abris, comme nous le voyons dès l'époque de David, quand Chinham construisit un grand khan près de Bethléhem, sur la route caravanière d'Égypte. »
 
Le chanoine Farrar (Life of Christ, chap. 1) accepte la croyance traditionnelle que l'abri dans lequel Jésus naquit était une des nombreuses grottes calcaires qui abondent dans la région et que les voyageurs utilisent encore comme lieu de repos. Il dit : « Il n'est pas rare, en Palestine, que le khan tout entier, ou tout au moins la partie de celui-ci où sont logés les animaux, soit une de ces cavernes innombrables qui abondent dans les rochers calcaires de ces collines centrales. Tel semble avoir été le cas dans la petite ville de Bethléhem-Ephrata, dans le pays de Juda. Justin, apologiste et martyr, qui, étant donné sa naissance à Sichem, connaissait bien la Palestine et qui vivait moins d'un siècle après l'époque de notre Seigneur, situe la scène de la nativité dans une grotte. C'est là, en effet, la tradition ancienne et constante des Églises d'Orient et d'Occident, et c'est une des rares que nous puissions considérer comme raisonnablement probable, bien qu'elle ne soit pas rapportée dans l'histoire évangélique. »
 
3. Hérode le Grand : L'histoire d'Hérode 1er, également appelé Hérode le Grand, doit être recherchée dans des ouvrages spéciaux, dans lesquels le sujet est traité en détail. Certains des faits principaux doivent être examinés dans notre étude présente et, pour aider l'étudiant, nous présentons ci-après quelques extraits tirés d'ouvrages considérés comme dignes de foi.
 
Condensé d'une partie d'un article du Standard Bible Dictionary, édité par Jacobus Nourse et Zenos, publié par Funk and Wagnalls Co., 1909: - Hérode 1er, fils d'Antipater, reçut très tôt un office important de son père, qui avait été nommé procurateur de Judée. Le premier office qu'Hérode détint fut celui de gouverneur de la Galilée. C'était alors un jeune homme de vingt-cinq ans environ, énergique et athlétique. Il se mit immédiatement en devoir de supprimer les bandes de pillards qui infestaient son district et réussit bientôt à exécuter le chef pillard Hézékiah et plusieurs de ses lieutenants. Pour cela il fut convoqué à Jérusalem par le Sanhédrin, jugé et condamné mais, de connivence avec Hyrcan II (grand prêtre ethnarque), il prit la fuite pendant la nuit. - Il se rendit à Rome où il fut nommé roi de Judée par Antoine et Octave. - Pendant les deux années suivantes il s'employa à lutter contre les forces d'Antigone, qu'il finit par vaincre, et prit possession de Jérusalem en 37 av. J.-C. - Une fois roi, Hérode dut faire face à de graves difficultés. Les Juifs lui étaient opposés à cause de sa naissance et de sa réputation. La famille des Asmonéens le considérait comme un usurpateur, en dépit du fait qu'il avait épousé Mariamne. Les Pharisiens étaient choqués de ses sympathies hellénistiques ainsi que de ses méthodes sévères de gouvernement. D'autre part les Romains le considéraient comme responsable de l'ordre de son royaume et de la protection de la frontière orientale de la République. Hérode fit face à ces difficultés diverses avec une énergie et même une cruauté caractéristiques, et généralement avec une sagacité froide. Bien qu'il taxât le peuple sévèrement, il lui remettait ses dettes en temps de famine et vendait même sa vaisselle pour obtenir le moyen de lui acheter de la nourriture. Bien qu'il n'eût jamais de relations vraiment amicales avec les Pharisiens, ils profitaient de son hostilité envers le parti des Asmonéens, ce qui conduisit au commencement de son règne à l'exécution d'un certain nombre de Sadducéens qui étaient membres du sanhédrin.
 
Tiré du Comprehensive Dictionary of the Bible, de Smith : La dernière partie « du règne d'Hérode ne souffrit pas de troubles externes, mais sa vie domestique fut gâchée par une série presque ininterrompue de blessures et d'actes cruels de vengeance. Les terribles effusions de sang qu'Hérode commit sur sa famille furent accompagnées par d'autres tout aussi terribles parmi ses sujets, si on pense au nombre de personnes qui en furent les victimes. Selon l'histoire bien connue, il ordonna que les nobles qu'il avait fait venir auprès de lui à ses derniers moments fussent exécutés immédiatement après son décès, afin qu'ainsi au moins sa mort s'accompagnât d'un deuil universel. C'est à l'époque de sa maladie fatale qu'il dut ordonner le massacre des petits enfants de Bethléhem » (Mt 2:16-18).
 
La fin mortelle du tyran et massacreur est traitée de la manière suivante par Farrar dans sa Life of Christ, p. 54,55: - « Hérode dut mourir très peu après l'assassinat des innocents. Cinq jours seulement avant sa mort, il avait frénétiquement essayé de se suicider et avait ordonné l'exécution de son fils aîné, Antipater. Son agonie, qui nous rappelle une fois de plus Henri VIII, s'accompagna de circonstances particulièrement horribles ; on a affirmé qu'il mourut d'une maladie répugnante, qui n'est pour ainsi dire jamais mentionnée dans l'histoire sinon dans le cas d'hommes qui ont été rendus infâmes par les atrocités qu'ils ont commises dans leur zèle à persécuter. Sur son lit de douleurs intolérables dans ce palais splendide et luxueux qu'il s'était construit, sous les palmiers de Jéricho, enflé par la maladie et brûlant de soif, ulcéré extérieurement et consommé intérieurement par un « feu brûlant lentement », entouré de fils qui complotaient et d'esclaves qui pillaient, haïssant tout le monde et haï de tous, aspirant au moment où la mort le délivrerait de ses tortures et pourtant la craignant parce qu'elle serait le commencement de terreurs pires encore, rongé par le remords et pourtant pas encore rassasié de meurtre, horrible pour tous ceux qui l'entouraient et pourtant plus terrifiant à lui-même dans sa conscience coupable, dévoré par la corruption prématurée d'une tombe qui l'attendait, mangé de vers comme s'il était frappé visiblement par le doigt de la colère de Dieu, après soixante-dix ans de scélératesse prospère, le misérable vieillard, que les hommes appelaient le Grand, était étendu dans une frénésie sauvage attendant sa dernière heure. Sachant que personne ne verserait une larme sur lui, il décréta aux principales familles du royaume et aux chefs des tribus, sous peine de mort, de se rendre à Jéricho. Ils vinrent. Après les avoir fait enfermer dans l'hippodrome, il commanda secrètement à sa sœur Salomé de les faire tous massacrer au moment de sa mort. Et c'est ainsi que, étouffant pour ainsi dire de sang, imaginant des massacres dans son délire même, l'âme d'Hérode entra dans la nuit. »
 
On trouvera le temple d'Hérode mentionné à la note 5, après le chapitre 6.
 
4. Dons des mages à l'Enfant Jésus : Le récit scripturaire de la visite des mages à Jésus et à sa mère déclare qu'ils « se prosternèrent et l'adorèrent », et en outre qu'« ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe ». La présentation de dons à un personnage de rang supérieur, que ce soit par sa situation dans le monde ou par ses capacités spirituelles reconnues, était une coutume des temps anciens et est encore largement répandue dans beaucoup de pays orientaux. Il est à noter que nous n'avons aucun document qui montre que ces hommes d'Orient aient offert des dons à Hérode dans son palais ; mais ils donnèrent une partie de leurs trésors à l'humble Enfant en qui ils reconnaissaient le Roi à la recherche duquel ils étaient partis. La tendance à attribuer une signification occulte à des détails même minuscules mentionnés dans les Écritures, en particulier en ce qui concerne la vie du Christ, a conduit à beaucoup de suggestions imaginaires concernant l'or, l'encens et la myrrhe mentionnés dans cet incident. Certains y ont vu un symbolisme à moitié caché : l'or, tribut à sa royauté, l'encens comme offrande reconnaissant sa prêtrise, et la myrrhe pour son ensevelissement. Le livre sacré n'offre aucune base à de pareilles suppositions. La myrrhe et l'encens sont des résines aromatiques dérivées de plantes originaires des pays d'Orient, et on les utilise depuis des temps extrêmement reculés en médecine et dans la préparation de parfums et de mélanges aromatiques. Ils comptaient probablement parmi les produits naturels des pays dont les mages venaient, bien qu'il soit probable que, même là, ils étaient chers et très estimés. Avec l'or, qui est un métal précieux dans toutes les nations, ils constituaient des dons tout à fait appropriés pour un roi. Quiconque désire attribuer une signification mystique à ces présents doit se souvenir qu'elle ne sera rien de plus que ses propres suppositions ou sa propre imagination et n'est pas garantie par l'Écriture.
 
5. Les témoignages des bergers et des mages : La note instructive suivante sur les témoignages qui ont trait à la naissance du Messie est tirée du Young Men's Mutual Improvement Association Manual, de 1897 - 8 : « On observera que les témoignages relatifs à la naissance du Messie proviennent de deux extrêmes, les humbles bergers des champs de Judée, et les mages érudits de l'Extrême-Orient. Nous ne pouvons pas penser que c'est là le résultat d'un simple hasard, mais que l'on peut y discerner le dessein et la sagesse de Dieu. Israël tout entier espérait la venue du Messie, et, dans la naissance de Jésus à Bethléhem, l'espoir d'Israël bien qu'à l'insu de celui-ci - se réalise. Le Messie dont leurs prophètes parlaient est né. Mais il doit y en avoir qui témoignent de cette vérité, c'est pourquoi un ange fut envoyé aux bergers qui gardaient leurs troupeaux de nuit, pour dire : ‘Soyez sans crainte, car je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie qui sera pour tout le peuple : aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur.' Et comme signe de la véracité du message, ils devaient trouver l'Enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche à Bethléhem. Et ils allèrent en hâte et trouvèrent Marie et Joseph, et le bébé couché dans une crèche ; et lorsqu'ils l'eurent vu, ils révélèrent à tout le monde ce qu'on leur avait dit concernant cet enfant. Dieu s'était suscité des témoins parmi le peuple pour témoigner que le Messie était né, que l'espoir d'Israël s'était réalisé. Mais il y avait parmi les Juifs des classes de gens que ces humbles témoignages des bergers ne pouvaient atteindre, et qui, si on avait pu les atteindre, auraient sans aucun doute considéré l'histoire de la visite de l'ange et le concours d'anges chantant le cantique magnifique de ‘Paix sur la terre parmi les hommes qu'il agrée’, comme des contes futiles de gens superstitieux, trompés par leur imagination exagérée ou leurs songes vains. Dieu suscita donc une autre classe de témoins - des mages de l'Orient - témoins qui pouvaient entrer dans le palais royal du fier roi Hérode et demander hardiment : ‘Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer’ ; témoignage qui surprit Hérode et troubla Jérusalem tout entière. De sorte que Dieu se suscita, en effet, des témoins pour satisfaire toutes les classes et tous les états des hommes : le témoignage d'anges pour les pauvres et les humbles ; le témoignage d'hommes sages pour le roi hautain et les prêtres orgueilleux de la Judée. De sorte que ses disciples pouvaient dire, en parlant des choses relatives à la naissance du Messie, tout autant que des choses relatives à sa mort et à sa résurrection d'entre les morts : ‘Ce n'est pas en cachette qu'elles se sont passées.’
 
6. L'année de la naissance du Christ : En traitant ce sujet, le Dr Charles F. Deems (The Light of the Nations, p. 28), après avoir soigneusement examiné les estimations, les calculs et les suppositions d'hommes qui ont employé de nombreux moyens dans leurs recherches pour ne parvenir qu'à des résultats discordants, dit : « Il est ennuyeux de voir des savants utiliser le même attirail à calculer pour arriver aux résultats les plus divergents. C'est une chose étourdissante que d'essayer de trouver un accord parmi ces calculs divers. » Dans une note en appendice, le même auteur déclare : « Par exemple : la naissance de notre Seigneur est située en l'an 1 av. J.-C. par Pearson et Hug, l'an 2av. J.-C. par Scalinger, 3 av. J.-C. par Baronius et Paulus, 4 av. J.-C. par Bengel, Wieseler et Greswell, 5 av. J.-C. par Usher et Petavius, 6 av. J.-C. par Strong, Luvin et Clark, 7 av. J.-C. par Ideler et Sanclemente. »
 
 
CHAPITRE 9 : LE JEUNE GARÇON DE NAZARETH
 
Joseph, Marie et son Fils demeurèrent en Egypte jusqu'après la mort d'Hérode le Grand, événement qui fut révélé par une autre visitation angélique. Leur séjour à l'étranger fut probablement bref, car Hérode ne survécut pas longtemps aux bébés qu'il avait massacrés à Bethléhem. Dans le retour d'Égypte de la famille, l'évangéliste voit l'accomplissement de la vision prophétique d'Osée de ce qui serait : « J'ai appelé mon fils hors d'Égypte » [1]. 
 
Il semble avoir été dans l'intention de Joseph d'établir la demeure de la famille en Judée, peut-être à Bethléhem - ville de ses ancêtres et lieu encore plus cher pour lui maintenant qu'il était le lieu de naissance de l'Enfant de Marie - mais, apprenant en route que le fils d'Hérode, Archélaüs, régnait à la place de son méchant père, Joseph changea d'avis et, « divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de la Galilée, et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplisse ce qui avait été annoncé par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » [2].
 
Tandis qu'Archélaüs, qui semble avoir hérité naturellement de la méchanceté et de la cruauté de son infâme père, régnait en roi pendant une brève période en Judée [3], ensuite avec le titre moins élevé d'ethnarque, qui lui avait été conféré par décret par l'empereur, son frère Antipas gouvernait comme tétrarque en Galilée. Hérode Antipas était aussi vicieux et réprouvé que les autres membres de son immorale famille, mais il était moins vindicatif, et, à cette époque de son règne, relativement tolérant [4].
 
Les Écritures ne parlent que brièvement de la vie de foyer de Joseph et de sa famille à Nazareth. Le silence dans lequel les historiens inspirés maintiennent la jeunesse de Jésus est impressionnant, alors que les récits fantaisistes écrits dans les années ultérieures par des mains non autorisées sont remplis de détails fictifs, dont une grande partie est tout à fait révoltante dans son manque de logique puéril. Nul autre que Joseph, Marie et les autres membres de la famille immédiate ou les intimes du ménage n'aurait pu décrire la vie quotidienne de l'humble demeure de Nazareth ; et c'est de ces informateurs qualifiés que Matthieu et Luc détenaient probablement la connaissance de ce qu'ils écrivaient. Le récit fait par ceux qui savaient est marqué par une brièveté impressionnante. C'est dans cette absence de détails que nous pouvons voir des preuves de l'authenticité du récit scripturaire. Des écrivains imaginatifs auraient fourni, comme d'autres le firent plus tard, ce que nous cherchons en vain dans les chapitres des évangiles. Les écrivains inspirés honorent l'enfance de leur Seigneur d'un silence sacré ; celui qui cherche à inventer des détails et à charger la vie du Christ d'additions inventées, le déshonore. Lisez attentivement la vérité prouvée relativement à l'enfance du Christ : « Or le petit enfant grandissait et se fortifiait ; il était rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui. » [5]
 
C'est avec cette simplicité que le développement normal et naturel du jeune Jésus est révélé. Il vint parmi les hommes pour faire l'expérience de toutes les situations naturelles de la condition mortelle ; quand il naquit, c'était un bébé aussi impuissant et aussi dépendant de ses parents que n'importe quel autre ; sa tendre enfance fut en tous points semblable à l'enfance des autres, son enfance fut une enfance réelle, son développement fut aussi nécessaire et aussi réel que celui de tous les enfants. Sur son esprit était tombé le voile de l'oubli commun à tous ceux qui sont nés sur la terre, à cause duquel le souvenir de l'existence précédente est exclu. L'Enfant grandit, et avec les ans son esprit s'étendit, ses facultés se développèrent, et sa force et son intelligence progressèrent. Il passa d'une grâce à l'autre et non pas du manque de grâce à la grâce ; du bien à un bien plus grand, et non pas du mal au bien ; de la faveur de Dieu à une faveur plus grande, et non pas de la rupture à cause du péché à la réconciliation par le repentir et l'expiation [6].
 
Ce que nous savons de la vie juive à l'époque justifie notre supposition que le jeune garçon reçut un bon enseignement de la loi et des Écritures, car telle était la règle. Il accumula de la connaissance par l'étude et acquit de la sagesse par la prière, la réflexion et l'effort. Il ne fait aucun doute qu'il fut formé au travail, car la paresse était considérée avec horreur à l'époque comme elle l'est maintenant, et tout jeune Juif, qu'il fût fils de charpentier, enfant de paysan ou héritier de rabbi, était dans l'obligation d'apprendre et d'exercer un métier pratique et productif. Jésus était tout ce qu'un garçon devait être, car son développement n'était pas retardé par le poids mort du péché ; il aimait la vérité et y obéissait, et de ce fait il était libre [7].
 
Joseph et Marie, dévots et fidèles à toutes les observances de la loi, se rendaient chaque année à Jérusalem lors de la fête de la Pâque. Cette fête religieuse, faut-il le rappeler, était l'une des plus solennelles et des plus sacrées d'entre les nombreuses commémorations cérémonielles des Juifs ; elle avait été établie à l'époque de l'exode du peuple hors d'Égypte, pour commémorer le fait que Dieu avait étendu le bras de sa puissance pour délivrer Israël après que l'ange de la destruction eut mis à mort le premier-né de toutes les familles égyptiennes et eut miséricordieusement épargné les maisons des enfants de Jacob [8]. Elle était tellement importante qu'on la choisit pour commencer l'année nouvelle. La loi exigeait que tous les hommes se présentassent devant le Seigneur à la fête. Il était de rigueur que les femmes fussent également présentes, si elles n'en étaient pas empêchées par une raison légitime ; et il semble que Marie ait suivi à la fois l'esprit de la loi et la lettre de la règle, car elle accompagnait habituellement son mari à l'assemblée annuelle de Jérusalem.
 
Lorsque Jésus fut parvenu à l'âge de douze ans, sa mère et Joseph l'emmenèrent à la fête, comme la loi l'exigeait ; on ne nous dit pas si le jeune garçon avait déjà assisté précédemment à pareil événement. À l'âge de douze ans, le jeune Juif était reconnu membre de sa communauté d'origine ; on exigeait alors de lui qu'il se lançât définitivement dans le métier qu'il avait choisi ; il parvenait à une situation personnelle avancée en ce sens que dorénavant ses parents ne pouvaient plus disposer de lui arbitrairement comme d'un esclave ; on lui faisait faire des études plus poussées à l'école et au foyer, et, quand les prêtres l'acceptaient, il devenait « fils de la loi ». Le désir commun et très naturel des parents était que leurs fils assistassent à la fête de la Pâque et fussent présents aux cérémonies du temple en qualité de membres reconnus de l'assemblée, lorsqu'ils avaient l'âge prescrit. C'est ainsi que le jeune Jésus se rendit au temple.
 
La fête proprement dite durait sept jours, et, à l'époque du Christ, de grandes foules de Juifs y assistaient annuellement ; Josèphe dit d'une assemblée de ce genre, lors de la Pâque, que c'était « une multitude innombrable » [9]. Les gens venaient de provinces éloignées en grandes compagnies et en longues caravanes, cela étant plus pratique et constituant un moyen de protection commune contre les bandes de pillards que l'on sait avoir infesté le pays. C'est dans une compagnie de ce genre que Joseph et sa famille voyagèrent.
 
Lorsque, après la fin de la Pâque, la compagnie galiléenne eut accompli une journée du voyage de retour, Joseph et Marie découvrirent, à leur surprise et à leur profonde inquiétude, que Jésus n'était pas dans leur compagnie. Après avoir vainement cherché parmi leurs amis et leurs connaissances, ils retournèrent vers Jérusalem à la recherche du jeune garçon. Leurs recherches ne leur apportèrent ni réconfort ni aide pendant trois jours ; puis, « ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les questionnant » [10]. Il n'était pas extraordinaire qu'un jeune garçon de douze ans fût interrogé par des prêtres, des scribes ou des rabbis, ni qu'il lui fût permis de poser des questions à ces interprètes professionnels de la loi, car cette procédure faisait partie de la formation des jeunes Juifs ; il n'y avait rien de surprenant non plus à ce que pareille réunion d'étudiants et d'instructeurs se tînt dans les cours du temple, car les rabbis de l'époque avaient coutume d'y enseigner ; et les gens, jeunes et vieux, s'assemblaient autour d'eux, assis à leurs pieds pour apprendre ; mais il y avait beaucoup d'extraordinaire dans cette entrevue, comme le montrait le comportement des savants docteurs, car on n'avait encore jamais trouvé d'étudiant pareil, puisque « ceux qui l'entendaient étaient surpris de son intelligence et de ses réponses ». L'incident nous donne la preuve que l'enfance de Jésus avait été bien employée et qu'il était extraordinairement accompli [11].
 
L'étonnement de Marie et de son mari de découvrir le jeune garçon en une compagnie si distinguée, et de le voir être si clairement un objet de déférence et de respect, et la joie de revoir le Bien-Aimé qui avait été perdu pour eux, ne bannirent pas complètement le souvenir de l'angoisse que son absence leur avait causée. Sur un ton de reproche doux mais indubitable, sa mère dit : « Enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Voici que ton père et moi nous te cherchons avec angoisse. » La réponse du jeune garçon les étonna, car elle révélait, dans une mesure dont jusqu'à présent ils ne s'étaient pas encore rendu compte, ses capacités rapidement mûrissantes de jugement et de compréhension. Il dit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père ? »
 
Nous ne pouvons pas dire que dans la réponse que ce fils extrêmement respectueux fit à sa mère, il y avait une réplique méchante ou un reproche insolent. Sa réponse rappelait à Marie ce qu'elle semblait avoir temporairement oublié : les faits relatifs au Père de son Fils. Elle avait utilisé les mots « ton père et moi » ; et la réponse de son Fils lui avait rappelé à l'esprit la vérité que Joseph n'était pas le père du jeune garçon. Elle semble avoir été étonnée que quelqu'un de si jeune ait pu comprendre si parfaitement sa position vis-à-vis d'elle. Il lui avait fait remarquer l'inexactitude accidentelle de ses paroles ; ce n'était pas son Père qui le cherchait : n'était-il pas en ce moment même dans la maison de son Père, et ne s'occupait-il pas en particulier des affaires de son Père, de l'œuvre même dont celui-ci l'avait chargé ?
 
Il n'avait pas exprimé le moindre doute que Marie fût sa mère, mais il avait montré d'une manière indiscutable qu'il reconnaissait pour son Père, non pas Joseph de Nazareth, mais le Dieu des cieux. Marie et Joseph furent incapables de comprendre tout le sens de ses paroles. Bien qu'il comprît que le fait d'être le Fils de Dieu l'obligeait à rendre ses devoirs avant tout à son Père céleste, et qu'il eût montré à Marie que son autorité de mère terrestre était subordonnée à celle de son Père immortel et divin, il lui obéit. Aussi intéressés que fussent les docteurs à ce garçon remarquable, autant qu'il leur eût donné à réfléchir par ses questions profondes et ses réponses sages, ils ne pouvaient le retenir, car la loi même qu'ils professaient soutenir exigeait une obéissance stricte à l'autorité des parents. « Puis il descendit avec eux pour aller à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère conservait toutes ces choses dans son cœur. »
 
Quels secrets merveilleux et sacrés étaient précieusement gardés dans ce cœur de mère, et quelles surprises nouvelles, quels graves problèmes se dressaient devant elle de jour en jour à mesure que son Fils plus que mortel manifestait sa sagesse grandissante ! Bien qu'elle n'eût jamais pu l'oublier entièrement, apparemment elle perdait parfois de vue la personnalité supérieure de son Fils. Il était peut-être de la volonté divine qu'il en fût ainsi. Les rapports entre Jésus et sa mère, ou entre lui et Joseph n'auraient jamais pu constituer une expérience vraiment et pleinement humaine, si sa divinité avait toujours été dominante ou même nettement apparente. Il semble que Marie n'ait jamais pleinement compris son Fils ; à chaque nouvelle preuve du caractère exceptionnel de sa personnalité, elle recommençait à s'étonner et à méditer. Il lui appartenait, et cependant d'une manière très réelle, il ne lui appartenait pas pleinement. Il y avait, dans leurs rapports mutuels, un mystère, terrible et pourtant sublime, un secret sacré que cette mère élue et bénie hésitait même à se répéter. La crainte a dû lutter avec la joie dans son âme à cause de lui. Le souvenir des promesses merveilleuses de Gabriel, le témoignage des bergers en liesse et l'adoration des mages ont dû lutter avec celui de l'importante prophétie de Siméon, qui s'adressait à elle-même personnellement : « Et toi-même, une épée te transpercera l'âme » [12].
 
Pour ce qui est des événements des dix-huit années qui suivirent le retour de Jésus de Jérusalem à Nazareth, les Écritures sont silencieuses à l'exception d'une phrase d'une importance capitale : « Et Jésus croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » [13]. Il est clair que ce Fils du Très-Haut ne possédait pas, dès le berceau, une plénitude de connaissance ni une sagesse parfaite [14]. Ce n'est que lentement que se développait en son âme l'assurance que sa mission était d'être le Messie, dont il avait lu, dans la loi, les prophètes et les psaumes, qu'il viendrait ; et c'est en se préparant avec ferveur au ministère qui devait culminer sur la croix qu'il passa ses années d'adolescent et de jeune homme. Les chroniques des années ultérieures nous apprennent qu'on le tenait sans aucun doute pour le Fils de Joseph et de Marie et qu'on le considérait comme le frère des autres enfants plus jeunes de la famille. On l'appelait charpentier et fils de charpentier, mais, jusqu'au commencement de son ministère public, il semble ne pas avoir joué de rôle important, même dans sa petite communauté natale [15].
 
Il mena une vie simple, en paix avec ses semblables, en communion avec son Père, croissant ainsi en faveur auprès de Dieu et des hommes. Comme le montrent ses paroles publiques, lorsqu'il fut devenu homme, ces années d'isolement se passèrent en efforts actifs, tant physiques que mentaux. Jésus observait attentivement la nature et les hommes. Il était capable de souligner ses enseignements par des illustrations tirées des divers métiers et des diverses professions ; les voies du docteur de la loi et du médecin, les manières du scribe, du Pharisien et du rabbi, les habitudes du pauvre, les coutumes du riche, la vie du berger, du fermier, du vigneron et du pêcheur, tout cela lui était connu. Il considérait les lis des champs, et l'herbe dans les prés et sur les coteaux, les oiseaux qui ne semaient ni ne moissonnaient mais vivaient de l'abondance de leur Créateur, les renards dans leurs tanières, le chien domestique gâté et le roquet vagabond, la poule abritant sa couvée sous ses ailes protectrices, tous avaient contribué à la sagesse qu'il avait acquise en grandissant, aussi bien que les humeurs du temps, la répétition des saisons et tous les phénomènes des changements et de l'ordre de la nature.
 
Nazareth fut la demeure de Jésus jusqu'à ce qu'il eut environ trente ans ; et conformément à la coutume qui désignait les individus par le nom de leur ville d'origine, en plus de leur nom personnel [16], notre Seigneur commença à être généralement connu sous le nom de Jésus de Nazareth [17]. On l'appelle aussi Nazaréen, ou originaire de Nazareth, et Matthieu cite le fait, disant que c'est là l'accomplissement d'une prophétie antérieure, bien que la compilation d'Écritures que nous possédons actuellement dans l'Ancien Testament ne contienne aucune allusion à pareille prophétie. Il est pratiquement certain que cette prédiction se trouvait dans l'une des nombreuses Écritures qui existaient dans les temps anciens mais qui ont été perdues depuis [18]. On verra que Nazareth était un village obscur, peu honoré et peu renommé, dans la question presque méprisante de Nathanaël, qui, lorsqu'on lui apprit qu'on avait trouvé le Messie en la personne de Jésus de Nazareth, demanda : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? [19] » Cette question incrédule est devenue un proverbe, et celui-ci a encore cours aujourd'hui même pour exprimer une source de bien impopulaire ou peu prometteuse. Nathanaël habitait Cana, qui n'était qu'à quelques kilomètres de Nazareth, et la surprise qu'il manifesta à la nouvelle que lui apporta Philippe à propos du Messie est une preuve indirecte de l'isolement dans lequel Jésus avait vécu.
 
C'est ainsi que se passèrent l'enfance, la jeunesse et les premières années adultes du Sauveur de l'humanité.
 
 [1] Mt 2:15 ; cf. Os 11:1.
 [2] Mt 2:19-23. Note 5, fin du chapitre.
 [3] Note 1, fin du chapitre.
 [4] Note 2, fin du chapitre.
 [5] Lc 2:40.
 [6] Note 3, fin du chapitre.
 [7] Comparer avec ses enseignements quand il sera arrivé à l'âge mûr, p. ex. Jn 8:32.
 [8] Dt 16:1-6 ; cf. Ex 12:2.
 [9] Josèphe, Guerres des Juifs, 11, 1:3.
 [10] Lc 2:46 ; lire 41-52.
 [11] Comparer avec Mt 7:28,29, 13:54, Mc 6:2, Lc 4:22.
 [12] Lc 2:35.
 [13] Lc 2:52.
 [14] Note 3, fin du chapitre.
 [15] Mt 13:55, 56, Mc 6:3, Lc 4:22 ; cf. Mt 12-46, 47, Ga 1:19.
 [16] Illustrations : Joseph d'Arimathée (Marc 15:43), Marie-Madeleine appelée ainsi à cause de sa ville natale, Magdala (Mt 27:56), Judas Iscariot, peut-être appelé ainsi parce qu'il venait de Kérioth (Mt 10:4, voir chap. 18 du présent ouvrage).
 [17] Mt 21:11, Jn 18:5,19:9, Ac 2:22,3:6 ; voir aussi Lc 4:16.
 [18] Note 4, fin du chapitre.
 [19] Jn 1:45,46.
 
NOTES DU CHAPITRE 9
 
1. Archélaüs régna à la place d'Hérode : « À sa mort, Hérode [le Grand] laissa un testament selon lequel son royaume devait être partagé entre ses trois fils. Archélaüs devait avoir la Judée, l'Idumée et la Samarie avec le titre de roi (Mt 2:22). Hérode Antipas devait recevoir la Galilée et la Pérée, avec le titre de tétrarque, Philippe devait prendre possession du territoire transjordanien avec le titre de tétrarque (Lc 3:1). Ce testament fut ratifié par Auguste à l'exception du titre donné à Archélaüs. Après la ratification par Auguste du testament d'Hérode, Archélaüs accéda au gouvernement de la Judée, de la Samarie et de l'Idumée, avec le titre d'ethnarque la promesse que, s'il gouvernait bien, il deviendrait roi. Cependant il était très impopulaire, et son règne fut marqué par des troubles et des actes d'oppression. Finalement, la situation devint si intolérable que les Juifs en appelèrent à Auguste, et Archélaüs fut déposé et envoyé en exil. Cela explique la déclaration qui se trouve dans Mt 2:22, et peut avoir suggéré l'idée de la parabole (Lc 19:12, etc.). » - Standard Bible Dictionary, Funk and Wagnalls Co., article « Hérode ». Dès le début de son règne, il exerça une vengeance sommaire sur ceux qui s'aventuraient à protester contre la poursuite des violences de son père, en en massacrant trois mille ou davantage ; et cet ignoble carnage se produisit en partie dans l'enceinte du temple (Josèphe, Antiquités XVII, 9:1-3).
 
2. Hérode Antipas : Fils d'Hérode I (le Grand) et d'une Samaritaine, et frère d'Archélaüs. Selon le testament de son père, il devenait tétrarque de Galilée et de Pérée (Mt 14: 1 ; Lc 3:19, 9:7, Ac 13: 1, comparez avec Lc 3:1). Il répudia sa femme, fille d'Aretas, roi d'Arabie Pétrée, et contracta une union illégale avec Hérodiade, femme de son demi-frère Hérode Philippe 1 (pas le tétrarque Philippe). Jean-Baptiste fut mis en prison et finalement mis à mort suite à la colère d'Hérodiade, furieuse de ce qu'il dénonçait son union avec Hérode. Hérodiade exhorta Antipas à aller à Rome et à demander à César le titre de roi (comparez avec Mc 6:14, etc.). Antipas est le Hérode le plus souvent cité dans le Nouveau Testament (Mc 6:17 ; 8:15, Lc 3:1, 9:7, 13:31, Ac 4:27, 13:1). Il était le Hérode à qui Pilate envoya Jésus pour qu'il l'examinât, profitant de ce que l'on connaissait le Christ pour un Galiléen et d'une coïncidence qui voulait que Hérode fût à Jérusalem à l'époque, pour assister à la Pâque (Lc 23:6, etc.). On trouvera d'autres détails dans le Dictionnaire de Smith, celui de Cassel ou dans le Standard Bible Dictionary.
 
3. Témoignage de Jean l'apôtre concernant la croissance du Christ en connaissance et en grâce : Dans une révélation moderne, Jésus le Christ a confirmé le témoignage de Jean l'apôtre, témoignage qui n'apparaît que partiellement dans notre compilation d'Écritures anciennes. Jean atteste de la manière suivante qu'il se produisit réellement un développement naturel dans la croissance de Jésus de l'enfance à la maturité : « Et moi, Jean, je vis qu'il ne recevait pas la plénitude dès l'abord, mais qu'il reçut grâce sur grâce ; et il ne reçut pas la plénitude dès l'abord, mais continua de grâce en grâce, jusqu'à ce qu'il reçût une plénitude ; c'est ainsi qu'il fut appelé le Fils de Dieu, parce qu'il n'avait pas reçu la plénitude dès l'abord » (D&A 93:12-14). En dépit de cette croissance et du développement graduels après sa naissance dans la chair, on a associé Jésus-Christ avec le Père dès le début, comme l'explique la révélation citée. Nous y lisons : « Et il [Jean] rendit témoignage, disant : Je vis sa gloire, je vis qu'il était au commencement, avant que le monde fût ; c'est pourquoi, au commencement était la Parole, à savoir le messager du salut - la lumière et le Rédempteur du monde ; l'Esprit de vérité, qui est venu dans le monde, parce que le monde avait été fait par lui, et en lui étaient la vie et la lumière des hommes. Les mondes furent faits par lui, les hommes furent faits par lui, tout fut fait par lui, par son intermédiaire et de lui. Et moi, Jean, je rends témoignage que je vis sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité, savoir l'Esprit de vérité qui vint demeurer dans la chair et demeura parmi nous » (versets 7-11).
 
4. Écritures manquantes : Le commentaire de Matthieu sur la demeure de Joseph, de Marie et de Jésus à Nazareth, « et [il] vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplisse ce qui avait été annoncé par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » (2:23), et le fait que l'on ne trouve aucune parole de ce genre chez les prophètes dans aucun des livres contenus dans la Bible, font ressortir la certitude que des Écritures ont été perdues. Ceux qui sont opposés à la doctrine de la révélation continue entre Dieu et son Église, sous prétexte que la Bible est une collection complète d'Écritures sacrées, et que les prétendues révélations que l'on n'y trouve pas doivent par conséquent être inauthentiques, peuvent avoir avantage à noter les nombreux livres qui ne se trouvent pas dans la Bible, et qui pourtant y sont mentionnés, généralement de manière à ne laisser aucun doute quant au fait qu'on les considérait autrefois comme authentiques. Parmi ces Écritures extra-bibliques, on peut citer les suivantes, dont certaines existent aujourd'hui et sont classées parmi les Apocryphes, mais dont la plus grande partie est inconnue. Nous lisons qu'il est question du livre de l'alliance (Ex 24:7), du livre des Guerres de l'Éternel (Nb 21:14), du livre du juste (Jos 10:13), du livre des Statuts (1 S 10:25), du livre d'Énoch (Jude 14), du livre des actes de Salomon (1 R 11:41), du livre de Nathan le prophète et de celui de Gad le Voyant (1 Ch 29:29), du livre d'Ahiya de Silo et des visions de Yéedo (2 Ch 9:29), du livre de Chemaeya (2 Ch 12:15), du commentaire du prophète Iddo (2 Ch 13:22), des Actes de Jéhu (2 Ch 20:34), des actes d'Ozias, par Ésaïe, fils d'Amots (2 Ch 26:22), du livre de Hozaï (2 Ch 33:19), d'une épître manquante de Paul aux Corinthiens (1 Co 5:9), d'une épître manquante aux Éphésiens (Ep 3:3), d'une épître manquante aux Colossiens, écrite de Laodicée (Co 4:16), d'une épître manquante de Jude (Jude 3).
 
5. Nazareth : Ville de Galilée que la Bible ne mentionne que dans le Nouveau Testament. Josèphe ne dit rien de cet endroit. Le nom du village existant, ou la Nazareth d'aujourd'hui, est En-Nazirah. Celui-ci occupe une colline sur le plan méridional du Liban, et « on a de là une vue splendide de la plaine d'Esdraelon et du mont Carmel, et, d'une manière générale, l'endroit est très pittoresque » (Zenos). L'auteur de l'article « Nazareth » du Bible Dict., de Smith, identifie En-Nazirah moderne avec la Nazareth d'autrefois pour les raisons suivantes : « Elle se trouve sur les pentes inférieures d'une colline ou montagne (Lc 4:29) ; elle se trouve dans les limites de la province de Galilée (Mc 1:9) ; elle se trouve près de Cana (Jn 2:1, 2, 11), un précipice existe dans le voisinage (Lc 4:29), et une série d'attestations remontant jusqu'à Eusèbe assurent que l'endroit a occupé la même place. » Le même auteur ajoute : « Elle a une population de trois ou quatre mille habitants ; il y a quelques mahométans, le reste se compose de chrétiens, latins et grecs. La plupart des maisons sont bien construites et en pierre, et semblent propres et confortables. Les rues ou plutôt les ruelles sont étroites et tortueuses, et lorsqu'il a plu, elles sont si remplies de boue et de fange qu'il est presque impossible de les traverser. » Du vivant du Christ, la ville n'était pas seulement considérée comme sans importance par les Judéens qui n'avaient que peu de respect pour la Galilée ou les Galiléens, mais comme une ville sans aucun honneur par les Galiléens eux-mêmes, comme on peut en déduire du fait que la question apparemment méprisante, « peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » fut prononcée par Nathanaël (Jn 1:46), qui était Galiléen et originaire de Cana, ville voisine de Nazareth (Jn 21:2). Nazareth doit sa célébrité au fait que des événements de la vie de Jésus-Christ s'y déroulèrent (Mt 2.23, 13:54, Mc 1: 9, 6:1, Le 1:26, 2:4, 4:23, 34, Jn 1:45, 46, 19:19 ; Ac 2:22).
 
 
CHAPITRE 10 : DANS LE DÉSERT DE JUDÉE
 
LA VOIX DANS LE DÉSERT
 
À l'époque précisée comme étant la quinzième année du règne de Tibère, empereur de Rome, le peuple de Judée fut fortement ému des prédications étranges d'un homme jusqu'alors inconnu. Il était de descendance sacerdotale mais n'avait pas été formé par les écoles, et, sans autorisation des rabbis ni permission des principaux sacrificateurs, il se proclamait envoyé de Dieu avec un message pour Israël. Il apparaissait non dans les synagogues ni dans les cours du temple, où les scribes et les docteurs enseignaient, mais criait à haute voix dans le désert. Les populations de Jérusalem et des régions avoisinantes allaient l'écouter en grandes multitudes. Il dédaignait les vêtements doux et les robes amples et confortables et prêchait dans son rude vêtement du désert, qui se composait d'une tunique en poil de chameau maintenue par une ceinture de cuir. La grossièreté de son habillement était considérée comme significative. Élie, le Tichbite, ce prophète intrépide dont le désert avait été la demeure, était connu de son temps comme « un homme avec un vêtement de poil ; il avait une ceinture de cuir autour des reins » [1], et on en était venu à considérer que les vêtements primitifs étaient une caractéristique distinctive des prophètes [2]. En outre, cet étrange prédicateur ne mangeait pas la nourriture du luxe et de l'aisance mais se nourrissait de ce que le désert offrait, des sauterelles et du miel sauvage [3].
 
Il avait étudié sous la tutelle d'instructeurs divins, et c'est là, dans le désert de Judée, que la parole du Seigneur lui parvenait [4], comme elle était parvenue autrefois à Moïse [5] et à Élie [6] dans un cadre semblable. C'est alors que l'on entendit « la voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droit ses sentiers » [7]. C'était la voix du héraut, du messager qui, comme les prophètes l'avaient dit, irait devant le Seigneur pour lui préparer la voie [8]. La teneur de son message était « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche ». Et ceux qui avaient foi en ses paroles et professaient se repentir, confessant leurs péchés, il leur administrait le baptême par immersion dans l'eau - proclamant en même temps : « Moi, je vous baptise dans l'eau, en vue de la repentance, mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de porter ses sandales. Lui vous baptisera d'Esprit Saint et de feu. » [9]
 
On ne pouvait ignorer ni l'homme, ni son message ; sa prédication offrait des promesses bien précises à l'âme repentante et dénonçait d'une manière cinglante l'hypocrite et le pécheur endurci. Quand des Pharisiens et des Sadducéens venaient à son baptême, jacassant sur la loi, dont ils ne cessaient de transgresser l'esprit, et sur les prophètes, qu'ils déshonoraient, il les traitait de races de vipères et leur demandait : « Qui vous a appris à fuir la colère à venir ? » Il balayait leurs vantardises répétées, dans lesquelles ils se disaient les enfants d'Abraham, en disant : « Produisez donc du fruit digne de la repentance ; et n'imaginez pas pouvoir dire : Nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham » [10]. Sa façon d'ignorer leurs prétentions à être préférés en qualité d'enfants d'Abraham était une violente rebuffade et blessait profondément tant les Sadducéens aristocratiques que les Pharisiens pointilleux sur le code. Le judaïsme affirmait que la postérité d'Abraham avait une place assurée dans le royaume du Messie attendu et qu'aucun converti d'entre les Gentils ne pouvait espérer atteindre le rang et la distinction dont les « enfants » étaient assurés. L'affirmation énergique de Jean que Dieu pouvait susciter des enfants à Abraham à partir des pierres des berges du fleuve, signifiait pour ceux qui l'écoutaient que même les plus humbles de la famille humaine pouvaient être préférés à eux s'ils ne se repentaient pas et ne se réformaient pas [11]. Le temps de leur profession verbeuse était passé ; ce qu'on demandait, c'était des fruits et non pas une profusion stérile quoique feuillue ; la cognée était prête, oui, à la racine même de l'arbre ; et tous les arbres qui ne produisaient pas de bons fruits seraient abattus et jetés au feu.
 
Les gens étaient étonnés, et beaucoup, se voyant dans leur état réel d'abandon et de péché, tandis que Jean exposait leurs fautes en termes brûlants, s'écrièrent : « Que ferons-nous donc [12] ? » Dans sa réponse, il attaqua le goût du cérémoniel qui avait desséché la spiritualité dans le cœur des gens, presque jusqu'à la tuer. Il exigeait une charité désintéressée : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Les péagers ou percepteurs d'impôts, sous les exactions injustes et illégales desquels le peuple souffrait depuis si longtemps, vinrent, demandant : « Maître, que ferons-nous ? Il leur dit : N'exigez rien au-delà de ce qui vous a été ordonné. » Aux soldats qui demandaient ce qu'ils devaient faire, il répliqua : « Ne faites violence à personne, et ne dénoncez personne à tort, mais contentez-vous de votre solde. » [13]
 
L'esprit de ses exigences était celui d'une religion pratique, la seule qui puisse avoir une valeur quelconque : la religion d'une vie droite. En dépit de toute sa vigueur, malgré sa brusquerie, nonobstant ses attaques vigoureuses contre les coutumes dégénérées du temps, ce Jean n'était pas un agitateur excité qui s'en prenait aux institutions établies, ni un provocateur d'émeutes, ni un partisan de la révolte, ni un fomentateur de rébellions. Il ne s'attaquait pas au système des impôts mais aux extorsions des péagers corrompus et cupides ; il ne dénonçait pas l'armée, mais les iniquités des soldats, dont beaucoup avaient profité de leur position pour rendre de faux témoignages afin d'obtenir du gain et de s'enrichir par des saisies de force. Il prêchait ce que nous appelons les premiers principes fondamentaux de l'Évangile, le « commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » [14], comprenant la foi, qui est une croyance vivante en Dieu, le repentir sincère, qui implique la contrition pour les offenses passées et la décision ferme de se détourner du péché, le baptême par immersion dans l'eau sous ses mains, étant les mains de quelqu'un qui avait l'autorité, et le baptême supérieur du feu ou l'octroi du Saint-Esprit par une autorité supérieure à celle qu'il possédait lui-même. Son enseignement était positif et opposé, à de nombreux points de vue, aux conventions du temps ; il n'essayait pas d'attirer le peuple par des manifestations miraculeuses [15] ; et si beaucoup de ses auditeurs devinrent ses disciples [16], il ne créa aucune organisation officielle et n'essaya pas non plus de former une secte. Il demandait à chacun personnellement de se repentir et administrait personnellement à chaque candidat acceptable le rite du baptême.
 
Pour les Juifs qui vivaient dans un état d'expectative, attendant le Messie prédit depuis si longtemps, les paroles de cet étrange prophète du désert étaient lourdes de présages. Se pouvait-il qu'il fût le Christ ? Il parlait de quelqu'un plus puissant que lui, qui devait encore venir, dont il n'était pas digne de défier les chaussures [17], Quelqu'un qui séparerait le peuple comme le batteur, van à la main, séparait la balle du grain ; et, ajoutait-il, cette personne toute puissante « amassera le blé dans son grenier, mais brûlera la paille dans un feu qui ne s'éteint pas » [18].
 
C'est ainsi que le héraut, prédit du Seigneur, remit son message. Il ne s'exaltait pas personnellement ; mais son office lui était sacré, il ne tolérait aucune intervention dans ses fonctions, que ce fût de la part d'un prêtre, d'un Lévite ou d'un rabbi. Il ne faisait point acception de personnes ; à dénonçait le péché, écorchait les pécheurs, qu'ils fussent revêtus de vêtements sacerdotaux, d'habits paysans ou de robes royales. Tout ce que le Baptiste avait déclaré de lui-même et de sa mission fut confirmé plus tard par le témoignage formel du Christ [19]. Jean était l'annonciateur, non seulement du Royaume, mais également du Roi ; c'est à lui que vint le Roi en personne.
 
LE BAPTÊME DE JÉSUS - POUR ACCOMPLIR TOUT CE QUI EST JUSTE
 
Quand Jésus eut environ trente ans [20], il se rendit de sa demeure de Galilée « au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Mais Jean s'y opposait en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi ! Jésus lui répondit : Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice. Alors Jean le laissa faire » [21].
 
Jean et Jésus étaient cousins au deuxième degré ; on ne nous dit pas s'ils avaient eu des relations étroites lorsqu'ils étaient enfants ou lorsqu'ils devinrent adultes. Mais ce qui est certain, c'est que quand Jésus se présenta pour être baptisé, Jean reconnut en lui un homme sans péché qui n'avait aucun besoin de repentir ; et, comme le Baptiste était chargé de baptiser pour la rémission des péchés, il ne voyait pas la nécessité d'administrer cette ordonnance à Jésus. Lui qui avait reçu les confessions des multitudes, se confessait maintenant avec respect à quelqu'un qu'il savait être plus juste que lui. À la lumière d'événements ultérieurs, il semble qu'à cette époque Jean ne savait pas que Jésus était le Christ, la Personne plus puissante qu'il attendait et dont il se savait être le précurseur. Quand Jean exprima sa conviction que Jésus n'avait pas besoin d'être purifié par le baptême, notre Seigneur, connaissant sa propre innocence, ne nia pas l'affirmation du Baptiste mais insista néanmoins pour être baptisé, en donnant cette explication significative : « Car il est convenable que nous accomplissions ainsi toute justice. » Si Jean était à même de comprendre le sens profond de cette phrase, il dut y découvrir la vérité que le baptême d'eau n'est pas seulement le moyen prévu pour obtenir la rémission des péchés mais est également une ordonnance indispensable établie en justice et requise de tous les hommes comme condition essentielle pour être membre du royaume de Dieu [22].
 
Jésus-Christ se conforma ainsi humblement à la volonté du Père et fut baptisé de Jean par immersion dans l'eau. Ce qui s'ensuivit immédiatement atteste que son baptême fut accepté comme un acte de soumission agréable et nécessaire : « Aussitôt baptisé, Jésus sortit de l'eau. Et voici : les cieux s'ouvrirent, il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici qu'une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection » [23]. Alors Jean reconnut son Rédempteur.
 
Les quatre évangélistes rapportent que la descente du Saint-Esprit sur Jésus baptisé s'accompagna d'une manifestation visible « comme une colombe » ; et il avait été révélé à Jean que ce signe était le moyen prévu qui lui révélerait le Messie ; et voilà qu'à ce signe préalablement spécifié, le Père ajoutait son témoignage suprême que Jésus était littéralement son Fils. Matthieu rapporte les paroles du Père à la troisième personne : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tandis que Marc et Luc donnent la forme plus directe : « Tu es mon Fils bien-aimé. » Cette variante, si minime et essentiellement secondaire qu'elle soit, bien que portant sur un sujet aussi capital, donne une preuve que les auteurs écrivaient indépendamment les uns des autres et réfute toute insinuation qu'il y aurait eu collusion entre les écrivains.
 
Les incidents qui se produisirent lorsque Jésus sortit de la tombe baptismale démontrent que les trois personnages de la Divinité ont une individualité distincte. En cette occasion solennelle, Jésus le Fils était présent dans la chair, la présence du Saint-Esprit se manifesta par le signe accompagnateur de la colombe, et la voix du Père éternel se fit entendre des cieux. Si nous n'avions aucune autre preuve de ce que chaque membre de la sainte Trinité a une personnalité séparée, cet exemple serait concluant ; mais d'autres Écritures confirment cette grande vérité [24].
 
LES TENTATIONS DU CHRIST
 
Peu après son baptême, immédiatement après, selon Marc, Jésus fut poussé, par les incitations de l'Esprit, à s'éloigner des hommes et des distractions de la vie communautaire, en se retirant dans le désert où il serait libre de communier avec son Dieu. L'influence de la force qui le mouvait était si puissante qu'elle le conduisit, ou pour employer les termes de l'évangéliste, le poussa, à une retraite solitaire, où il demeura pendant quarante jours, « avec les bêtes sauvages » du désert. Trois des évangiles décrivent cet épisode de la vie de notre Seigneur, bien que de manière inégale [25] ; Jean le passe sous silence.
 
Les circonstances qui accompagnèrent cette période d'exil et d'épreuve ont dû être relatées par Jésus lui-même, car il n'y avait pas d'autres témoins humains. Les textes traitent surtout d'événements qui marquèrent la fin de la période de quarante jours, mais considérés dans leur ensemble, ils ne laissent subsister aucun doute quant au fait que ce fut une période de jeûne et de prière. Ce n'est que graduellement que le Christ se rendit compte qu'il était le Messie choisi et pré-ordonné. Comme le montrent les paroles qu'il adressa à sa mère le jour de ce mémorable entretien avec les docteurs dans les cours du temple, il savait, alors qu'il n'avait que douze ans, qu'il était Fils de Dieu dans un sens tout particulier et personnel ; mais il est cependant clair que la compréhension de l'objectif tout entier de sa mission terrestre ne se développa en lui qu'à mesure qu'il grandissait, étape par étape, en sagesse. Le fait que son Père le reconnut et qu'il reçut la compagnie constante du Saint-Esprit ouvrit son âme à la conscience glorieuse de sa divinité. Il devait réfléchir à beaucoup de choses, beaucoup de choses qui demandaient la prière et la communion avec Dieu que seule la prière peut assurer. Pendant tout le temps de sa retraite, il ne mangea point mais décida de jeûner afin que son corps mortel en fût plus assujetti à son esprit divin.
 
Puis, lorsqu'il fut affamé et physiquement faible, le Tentateur vint lui proposer sournoisement d'utiliser ses pouvoirs extraordinaires pour se procurer de la nourriture. Satan avait choisi le moment le plus propice pour ses desseins mauvais. Que ne font pas les mortels, jusqu'où les hommes ne sont-ils pas allés, pour apaiser les tortures de la faim ? Ésaü troqua son droit d'aînesse pour un repas. Des hommes se sont battus comme des brutes pour de la nourriture. Des femmes ont tué et mangé leur propre bébé plutôt que d'endurer les affres de la faim. Satan savait tout cela lorsqu'il s'approcha du Christ à l'heure où il se trouvait dans un besoin physique extrême et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Pendant les longues semaines d'isolement, notre Seigneur avait été soutenu par l'exaltation d'esprit qui accompagne normalement une concentration mentale aussi absorbante que celle que produisirent indubitablement sa méditation et sa communion prolongées avec les cieux ; dans une dévotion aussi profonde, les appétits corporels étaient étouffés et assujettis, mais la réaction de la chair était inévitable. Aussi affamé que fût Jésus, il y avait dans les paroles de Satan des tentations plus grandes encore que celles que déguisaient ses paroles lorsqu'il lui dit qu'il devrait fournir de la nourriture à son corps affamé : la tentation de mettre à l'épreuve le doute possible qu'impliquait le « si » du Tentateur. Le Père éternel avait proclamé que Jésus était son Fils ; le diable essayait de faire douter le Fils de cette parenté divine. Pourquoi ne pas mettre à l'épreuve l'intérêt du Père pour son Fils à ce moment de besoin pressant ? Était-il convenable que le Fils de Dieu restât affamé ? Le Père avait-il oublié si rapidement, qu'il laissait son Fils bien-aimé souffrir de la sorte ? N'était-il pas raisonnable que Jésus, rendu faible par sa longue abstinence, pourvût à ses besoins, d'autant plus qu'il pouvait le faire, et ce en donnant un simple ordre, si la voix entendue à son baptême était celle du Père éternel. Si tu es en réalité le Fils de Dieu, montre ton pouvoir, et satisfais en même temps ta faim : tel était l'objectif du conseil diabolique. S'il avait cédé, il aurait montré qu'il doutait des paroles du Père.
 
En outre, le pouvoir supérieur que Jésus possédait ne lui avait pas été donné pour sa satisfaction personnelle mais pour servir les autres. Il devait faire l'expérience de toutes les épreuves de la mortalité ; un autre homme, qui aurait été aussi affamé que lui, n'aurait pas pu pourvoir à ses besoins par un miracle ; et bien que l'on pût nourrir pareil homme par un miracle, la nourriture miraculeuse devrait lui être donnée, il ne pourrait la fournir. C'était un résultat nécessaire de la nature double de notre Seigneur, participant aux attributs de Dieu et de l'homme à la fois, de devoir endurer et souffrir comme un mortel alors qu'il possédait à tout moment la capacité d'invoquer la puissance de cette Divinité qui pourrait satisfaire ou surmonter tous les besoins corporels. Sa réponse au tentateur fut sublime et sans réplique : « Il est écrit : l'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » [26]. La parole qui était sortie de la bouche de Dieu et sur laquelle Satan voulait jeter le doute, était que Jésus était le Fils bien-aimé en qui le Père avait mis toute son affection. Le diable était défait, le Christ triomphait.
 
Se rendant compte qu'il avait échoué dans sa tentative de convaincre Jésus d'utiliser sa puissance personnelle à son propre service, et d'avoir confiance en lui-même plutôt que de se reposer sur la providence du Père, Satan passa à l'autre extrême et tenta Jésus d'obliger, sans motif, le Père à le protéger [27]. Jésus se tenait sur une des parties élevées du temple, une tour ou un rempart, dominant les vastes cours, quand le diable lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet : Et ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte contre une pierre. » De nouveau apparaît le doute sous-entendu [28]. Si Jésus était en fait le Fils de Dieu, ne serait-il pas assuré que son Père le sauverait, d'autant plus qu'il était écrit [29] que des anges le garderaient et le porteraient ? La réponse du Christ au Tentateur dans le désert contenait une citation scripturaire, et il avait introduit celle-ci par la formule impressionnante commune aux interprètes de l'Écriture sainte : Il est écrit. » Dans la deuxième tentative, le diable essaya de soutenir son conseil par ses Écritures et employa une expression semblable : « Car il est écrit. » Notre Seigneur répondit à la citation du diable par une autre, disant : « D'autre part il est écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur, ton Dieu » [30]. Dans sa tentation, le diable voulait inciter le Seigneur à pécher, soit en se mettant sans raison en danger afin d'obliger son Père à manifester son amour en le sauvant miraculeusement, soit en refusant d'obliger le Père à intervenir de la sorte, ce qui démontrerait qu'il doutait être le Fils bien-aimé. En outre, dans cette tentation, se cachait un appel à l'aspect humain de la nature du Christ, puisqu'elle devait également l'amener à penser à la célébrité que lui apporterait l'exploit stupéfiant de sauter d'une hauteur aussi vertigineuse que celle à laquelle une tourelle du temple se trouvait et d'atterrir sain et sauf. Bien que nous n'ayons pas le droit de dire qu'une idée de ce genre ait pu, même momentanément, se glisser dans l'esprit du Sauveur, nous ne pouvons nous empêcher de penser que le fait de suivre les conseils de Satan, à condition naturellement que le résultat fût celui qu'il avait indiqué, aurait eu pour résultat de faire admettre au public que Jésus était un être supérieur aux mortels. Ç'aurait été en effet un signe et un miracle dont la renommée se serait répandue comme une traînée de poudre ; et toute la communauté juive aurait été enflammée d'émotion et d'intérêt pour le Christ.
 
La sophistique criarde de la citation scripturaire de Satan ne méritait pas une réponse catégorique, sa doctrine ne méritait ni logique ni argument, son application erronée de l'Écriture était réduite à néant par une Écriture apparentée, les vers du psalmiste étaient compensés par le commandement formel du prophète de l'Exode, dans lequel il avait interdit à Israël d'inciter ou de tenter le Seigneur à faire des miracles parmi eux. Satan tenta Jésus de tenter le Père. Imposer des limites ou fixer le temps ou le lieu où la puissance divine se manifestera est une ingérence aussi blasphématoire dans les prérogatives de la Divinité que la tentative d'usurper cette puissance. C'est Dieu seul qui doit décider quand et comment ces prodiges se produiront. Une fois de plus les desseins de Satan étaient contrecarrés, et le Christ était de nouveau vainqueur.
 
Dans la troisième tentation, le diable s'abstint d'essayer encore d'amener Jésus à mettre soit son propre pouvoir, soit celui du Père à l'épreuve. Complètement battu à deux reprises, le tentateur abandonna ce plan d'attaque ; et, décidant de jouer cartes sur table, fit une proposition précise. Du haut d'une montagne élevée, Jésus contemplait le pays avec ses richesses : villes et champs, vignobles et vergers, troupeaux de petit et gros bétail, et en vision, il vit les royaumes du monde et en contempla la richesse, la splendeur et la gloire terrestre. Puis Satan lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes et m'adores. » C'est ce qu'écrivait Matthieu ; voici la version plus détaillée de Luc : « Le diable... lui dit : je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes ; car elle m'a été remise, et je la donne à qui je veux. Si donc tu te prosternes devant moi elle sera toute à toi. » Nous n'avons pas besoin de nous demander si Satan aurait pu réaliser sa promesse au cas où le Christ lui aurait rendu hommage ; il est certain que le Christ aurait pu tendre la main et s'amasser la richesse et la gloire du monde s'il avait voulu le faire, et aurait par là échoué dans sa mission messianique. Cela, Satan le savait très bien. Beaucoup d'hommes se sont vendus au diable pour un royaume et pour moins, pour quelques misérables sous.
 
L'impudence de son offre était diabolique en elle-même. Le Christ, Créateur du Ciel et de la terre, revêtu comme il l'était alors de chair mortelle, ne se rappelait peut-être pas son état préexistant, ni le rôle qu'il avait joué dans le grand conseil des Dieux [31], tandis que Satan, esprit non incarné - lui, le déshérité, le fils rebelle et rejeté - cherchant à tenter l'être par lequel le monde avait été créé en lui promettant une partie de ce qui appartenait entièrement à ce dernier, pouvait encore avoir à cette époque, comme il peut d'ailleurs encore l'avoir maintenant, le souvenir de ces scènes des premiers temps. Dans ce passé lointain, antérieur à la création de la terre, Satan, qui était alors Lucifer, fils du matin, avait été rejeté ; et c'était le Premier Né qui avait été choisi. Maintenant que l'Élu était soumis aux épreuves incidentes de la mortalité, Satan pensait contrecarrer les objectifs divins en assujettissant le Fils de Dieu. Lui qui avait été vaincu par Michel et ses armées et rejeté comme un rebelle battu, demandait au Jéhovah incarné de l'adorer. « Jésus lui dit : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et à lui seul, tu rendras un culte. Alors le diable le laissa. Et voici que des anges s'approchèrent de Jésus pour le servir. » [32]
 
Il ne faut pas penser que le fait que le Christ sortit victorieux des nuées ténébreuses des trois tentations dont nous avons parlé le mettait à l'abri d'attaques futures de la part de Satan ou le dispenserait de faire face à des épreuves ultérieures de sa foi, de sa confiance et de son endurance. Luc termine son récit des tentations qui suivirent le jeûne de quarante jours, comme suit : « Après avoir achevé de le tenter, le diable s'éloigna de lui jusqu'à une autre occasion » [33]. Cette victoire sur le diable et ses ruses, ce triomphe sur les aspirations de la chair, les doutes lancinants de l'esprit, le conseil de rechercher la célébrité et la richesse matérielles, furent des succès grands mais non pas définitifs dans la lutte entre Jésus, le Dieu incarné, et Satan, l'ange de lumière déchu. Le Christ affirma expressément qu'il était sujet aux tentations pendant la période où il vécut en compagnie des apôtres [34]. Nous verrons, en poursuivant cette étude, que ses tentations durèrent jusqu'à l'agonie même de Gethsémané. Il ne nous est pas donné de rencontrer l'adversaire, de nous battre contre lui et de le vaincre en une seule rencontre, une fois pour toutes ; et cela ne fut pas donné à Jésus non plus. La lutte entre l'esprit immortel et la chair, entre l'enfant de Dieu d'une part, et le monde et le diable d'autre part, dure pendant toute la vie. Peu d'événements de l'histoire évangélique de Jésus de Nazareth ont donné naissance à plus de discussions, de théories fantaisistes et de spéculations stériles que les tentations. Nous pouvons sans crainte ignorer toutes ces théories. Pour toute personne qui croit aux saintes Écritures, le récit des tentations qui s'y trouvent est suffisamment explicite pour mettre les faits essentiels hors de doute ; pour celui qui ne croit pas, ni le Christ, ni son triomphe n'ont d'attrait. À quoi cela nous profitera-t-il de spéculer sur le point de savoir si Satan apparut à Jésus sous une forme visible, ou n'était là que comme un esprit invisible, s'il parlait d'une voix audible ou éveillait à l'esprit de celui dont il voulait faire sa victime les pensées exprimées plus tard dans le texte, si les trois tentations se succédèrent immédiatement ou se produisirent à des intervalles plus longs ? Nous pouvons rejeter en toute sécurité toutes les théories qui veulent faire du récit scripturaire un mythe ou une parabole et accepter le document tel qu'il est, et nous pouvons affirmer avec une égale assurance que les tentations furent réelles, et que les épreuves auxquelles le Seigneur fut soumis furent réelles et cruciales. Pour croire autrement, on doit considérer les Écritures comme n'étant que de la fiction.
 
Dans cet ordre d'idées, une question qui mérite une certaine attention est celle de savoir si le Seigneur était capable de pécher. S'il n'avait pas eu la possibilité de céder aux pièges de Satan, il n'y aurait pas eu d'épreuve réelle dans les tentations, pas de victoire réelle dans le résultat. Notre Seigneur était sans péché, tout en étant susceptible de pécher ; il avait la capacité de pécher s'il avait voulu le faire. S'il avait été privé de la faculté de pécher, il aurait été dépouillé de son libre arbitre ; et c'était pour sauvegarder et assurer la liberté de l'homme qu'il s'était offert avant que le monde fût, comme sacrifice rédempteur. Dire qu'il ne pouvait pas pécher, parce qu'il était l'incarnation de la justice, ne veut pas dire nier qu'il eut la possibilité de choisir entre le bien et le mal. Un homme absolument sincère ne peut pas mentir volontairement ; néanmoins le fait qu'il est assuré contre la duplicité n'est pas le résultat d'une compulsion externe, mais d'une retenue intense due au fait qu'il a cultivé la compagnie de l'esprit de vérité. Un homme vraiment honnête ne prendra ni ne convoitera le bien de son prochain ; on pourra même dire qu'il ne peut pas voler ; et cependant il est capable de voler s'il choisit de le faire. Son honnêteté est une armure contre la tentation, mais la cotte de mailles, le casque, le pectoral et les jambières ne sont qu'une couverture extérieure ; l'homme qui se trouve à l'intérieur peut être vulnérable, si on peut le toucher.
 
Mais pourquoi poursuivre un raisonnement fastidieux, qui ne peut mener qu'à une seule conclusion, lorsque les propres paroles de notre Seigneur et d'autres Écritures confirment le fait ? Peu avant d'être trahi, alors qu'il exhortait les Douze à l'humilité, il dit : « Vous, vous êtes ceux qui avez persévéré avec moi dans mes épreuves » [35]. Bien qu'ici on ne fasse pas allusion en particulier aux tentations qui ont suivi immédiatement son baptême, il est clair, d'après la citation, qu'il a subi des tentations, et on peut en déduire qu'il en a eues pendant tout son ministère. L'auteur de l'épître aux Hébreux enseigna expressément que le Christ était capable de pécher, en ce qu'il fut tenté « en toutes choses » comme le reste de l'humanité. Considérez cette déclaration sans ambiguïté : « Puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus le Fils de Dieu, tenons fermement la confession (de notre foi). Car nous n'avons pas un souverain sacrificateur incapable de compatir à nos faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans (commettre de) péché » [36]. Et en outre : « il a appris, bien qu'il fût le Fils, l'obéissance par ce qu'il a souffert. » [37]
 
 [1] 2 R 1:8.
 [2] Note 1, fin du chapitre.
 [3] Mt 3:1-5 ; cf. Lv 11:22, voir aussi Mc 1:1-8. Note 2, fin du chapitre.
 [4] Lc 3:2.
 [5] Ex 3:1,2.
 [6] 1 R 17:2-7.
 [7] Mc 1:3.
 [8] Mc 1:2 ; cf. Es 40:3, Ml 3:1, Mt 11:10, Lc 7:27.
 [9] Mt 3:11.
 [10] Mt 3:7-10 ; voir aussi Lc 3:3-9.
 [11] Comparer avec une occasion ultérieure où le Christ enseigna pareillement (Jn 8:33-59).
 [12] 1 Lc 3: 10 ; cf. Ac 2:37.
 [13] Lc 3:10-15.
 [14] Mc 1:1.
 [15] Jn 10:41.
 [16] Jn 1:35, 37, Mt 11:2, Lc 7:18.
 [17] Note 3, fin du chapitre.
 [18] Lc 3:17, voir aussi Mt 3:12, cf. Ml 3:2.
 [19] Mt 11:11-14, 17:12, Lc 7:24-30.
 [20] Lc 3:23.
 [21] Mt 3:13-15.
 [22] On trouvera une étude montrant que le baptême est une loi universelle dans les Articles de Foi, de l'auteur, p. 161-168. Note 6, fin du chapitre.
 [23] Mt 3:16,17 ; cf. Mc 1:9-11, Lc 3:21,22.
 [24] Peu avant sa mort, le Sauveur promit aux apôtres que le Père leur enverrait le Consolateur, qui est le Saint-Esprit (Jn 14:26 et 15:26). Voir les Articles de Foi, de l'auteur, p. 47.
 [25] Mt 4: 1-11, Mc 1:12,13, Lc 4:1-13.
 [26] Mt 4:4 ; cf. Dt 8:3.
 [27] Note 4, fin du chapitre.
 [28] Note 5, fin du chapitre. Chap. 35.
 [29] Mt 4:6, Ps 91:11,12.
 [30] Mt 4:5-7 ; cf. Dt 6:16.
 [31] Chap. 2.
 [32] Mt 4: 10, 11 ; cf. Ex 20:3, Dt 6:13, 10:20, Jos 24:14, 1 S 7:3.
 [33] Lc 4:13.
 [34] Lc 22:28.
 [35] Lc 22:28.
 [36] Hé 4:14,15.
 [37] Hé 5:8.
 
NOTES DU CHAPITRE 10
 
1. Vêtement en poil de chameau : Par l'intermédiaire du prophète Zacharie (13:4) il fut prédit un temps où ceux qui professaient être prophètes « ne revêtiront plus un manteau de poil afin de tromper ». À propos du vêtement en poil de chameau porté par Jean-Baptiste, les notes marginales d'Oxford et autres rendent l'expression « un vêtement de poil » comme plus littérale que le texte biblique. Deems (Light of the Nations, p. 74, note) dit : « Le vêtement en poil de chameau n'était pas la peau du chameau avec les poils, qui serait trop lourde à porter, mais un vêtement tissé avec des poils de chameau, comme ceux dont parle Josèphe (B. J. I. 24:3). »
 
2. Sauterelles et miel sauvage : Les insectes de l'espèce sauterelle ou criquet étaient officiellement déclarés purs et bons à manger dans la loi donnée à Israël dans le désert. « Mais, parmi tous les reptiles qui volent et qui marchent sur quatre pieds, vous mangerez celles qui ont des jambes au-dessus de leurs pieds, pour sauter sur la terre. Voici celles que vous mangerez : la sauterelle, le solam [sauterelle chauve], le hargol [scarabée] et le hagab [criquet], selon leurs espèces » (Lv 11:21,22).
 
Actuellement beaucoup de peuples orientaux, ordinairement les classes pauvres seulement, utilisent les sauterelles comme nourriture. À propos du du passage qui dit que les sauterelles faisaient partie de la nourriture du Baptiste tandis qu'il vivait en reclus dans le désert, Farrar (Life of Christ, p. 97, note), dit : « L'impression qu'il s'agit là des gousses du caroubier [Locust tree ou arbre à sauterelles en anglais] est une erreur. On vend des sauterelles dans des magasins d'alimentation spécialisés à Médine ; on les plonge dans de l'eau salée bouillante, on les sèche au soleil, et on les mange avec du beurre, mais seuls les mendiants les plus pauvres en usent. » Geikie (Life and Words of Christ, vol. 1, p. 354, 355) applique ce qui suit à la vie du Baptiste : « Sa seule nourriture était les sauterelles qui sautaient ou volaient sur les collines dénudées, et le miel d'abeilles sauvages qu'il trouvait çà et là, dans les fentes des rochers, et sa seule boisson était une gorgée d'eau de quelque creux de rocher. Les sauterelles sont toujours la nourriture des pauvres dans beaucoup de régions de l'orient. ‘Tous les Bédouins, et les habitants de certaines villes du Nedj et du Hedjaz, ont coutume de les manger', dit Burckhardt. À Médine et à Ta'if, j'ai vu des magasins de sauterelles, où on les vend au poids. En Égypte et en Libye, seuls les mendiants les plus pauvres les mangent. Les Arabes, quand ils les préparent pour la consommation, les jettent vivantes dans de l'eau bouillante, à laquelle une bonne quantité de sel a été mélangée, les sortent au bout de quelques minutes et les font sécher au soleil. La tête, les pattes et les ailes sont alors arrachées, les corps débarrassés du sel et parfaitement séchés. Parfois on les mange bouillies dans du beurre, ou étendues sur du pain sans levain mélangé à du beurre. » En Palestine, seuls les Arabes les mangent sur les frontières extrêmes ; ailleurs on les considère avec dégoût, et seuls les gens les plus pauvres en usent. Cependant, Tristram dit qu'elles sont ‘très bonnes au goût'. ‘Je les ai trouvées très bonnes', dit-il, ‘quand on les mange à la manière arabe, étuvées dans du beurre. Elles avaient un peu le goût de crevettes, mais plus fade.’ Dans le désert de Judée, différentes espèces abondent en toutes saisons, et à chaque pas que l'on fait, on les voit sauter avec un bourdonnement, étendant soudain leurs brillantes ailes postérieures, écarlates, pourpres, bleues, jaunes, blanches, vertes ou brunes selon les espèces. Elles étaient ‘pures’, sous la Loi mosaïque, et Jean pouvait par conséquent les manger sans commettre de péché. »
 
Pour ce qui est du miel sauvage mentionné dans la nourriture utilisée par Jean, l'auteur cité en dernier lieu dit dans la suite du même paragraphe : « Les abeilles sauvages de Palestine sont beaucoup plus nombreuses que celles que l'on garde dans les ruches, et la plus grande partie du miel vendu dans les régions du sud provient d'essaims sauvages. En fait, peu de pays sont mieux adaptés pour les abeilles. Le climat sec et la flore rabougrie mais variée, se composant en grande partie de thym aromatique, de menthe et autres plantes semblables, avec des crocus au printemps, leur sont très favorables, tandis que les recoins secs des rochers calcaires que l'on trouve partout leur fournissent abri et protection pour leurs rayons. Dans le désert de Judée, les abeilles sont beaucoup plus nombreuses que dans n'importe quel autre lieu de Palestine, et le miel fait partie, de nos jours encore, de l'ordinaire des Bédouins, qui l'extraient des rayons et le conservent dans des peaux. »
 
3. L'infériorité de Jean au plus puissant que lui qu'il proclamait : « Il vient, celui qui est plus puissant que moi, et je ne mérite pas de délier la courroie de ses sandales » (Lc 3:16), ou « je ne mérite pas de porter ses sandales » (Mt 3:11) ; c'est ainsi que le Baptiste déclara son infériorité au plus puissant qui devait lui succéder et le remplacer ; et il serait difficile de trouver une illustration plus efficace. Détacher le lacet du soulier ou la courroie de la sandale, ou porter les souliers d'un autre, « était un travail servile indiquant une grande infériorité chez la personne qui l'accomplissait » (Dict. of the Bible, de Smith). Un passage du Talmud (Tract. Kidduschin XXII :2) exige qu'un disciple fasse pour son instructeur tout ce qu'on pourrait exiger qu'un serviteur fasse pour son maître, sauf détacher la courroie de sa sandale. Certains instructeurs recommandaient que les disciples poussent l'humilité jusqu'à l'extrême et portent les souliers de leurs maîtres. Quand on pense au grand intérêt que son appel éveillait, l'humilité du Baptiste est impressionnante.
 
4. L'ordre dans lequel les tentations furent présentées : Deux des évangélistes seulement précisent les tentations auxquelles le Christ fut soumis immédiatement après son baptême ; Marc se contente de mentionner le fait que Jésus fut tenté. Matthieu et Luc placent en premier lieu la tentation cherchant à convaincre Jésus de se nourrir en créant miraculeusement du pain ; la séquence des épreuves ultérieures n'est pas la même dans les deux documents. L'ordre que nous avons suivi dans notre texte est celui de Matthieu.
 
5. Le « si » du diable : Notez l'utilisation méprisante ultérieure de ce ‘si’ diabolique lorsque le Christ fut sur la croix. Les gouverneurs des Juifs, se moquant de Jésus crucifié, dans son agonie, dirent : « Qu'il se sauve lui-même, s'il est le Christ. » Et le soldat, lisant l'inscription au sommet de la croix, railla le Dieu mourant disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Et encore, le malfaiteur non repentant, qui était à son côté, s'écria : « N'es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous » (Lc 23:35-39). Ces railleurs et ces moqueurs citaient littéralement les paroles même de leur père, le diable (voir Jn 8:44) ! Voir plus loin, chap. 35 du présent ouvrage.
 
6. Le baptême est requis de tous : Le baptême est requis de toutes les personnes qui parviennent à l'âge de responsabilité dans la chair. Nul n'est exempté. Jésus-Christ, qui fut un homme sans péché au sein d'un monde pécheur, fut baptisé « afin d'accomplir toute justice ». Six siècles avant cet événement, Néphi, prophétisant au peuple des Amériques, prédit le baptême du Sauveur, et en conclut, de la manière suivante, que le baptême était nécessaire, parce que c'était une condition universelle : « Et maintenant, si l'Agneau de Dieu, qui est saint, a besoin d'être baptisé d'eau, pour accomplir toute justice, ô alors, combien plus, nous, qui ne sommes pas saints, n'avons-nous pas besoin d'être baptisés, oui, même d'eau !... Ne savez-vous point qu'il était saint ? Mais, bien que saint, il montre aux enfants des hommes que, selon la chair, il s'humilie devant le Père, et témoigne au Père qu'il lui sera obéissant à garder ses commandements » (LM, 2 Né 31:5,7). Voir les Articles de Foi, p. 161-168.
 
 
CHAPITRE 11 : DE JUDÉE EN GALILÉE
 
LE BAPTISTE TÉMOIGNE DE JÉSUS
 
Pendant la retraite de notre Seigneur dans le désert, le Baptiste poursuivit son ministère, appelant au repentir tous ceux qui voulaient s'arrêter pour l'entendre, et administrant le baptême à ceux qui venaient dûment préparés et le demandaient avec une intention réelle. Le peuple en général s'inquiétait beaucoup de l'identité de Jean ; et à mesure que la signification réelle de la voix [1] s'imposait à son esprit, son souci s'approfondissait pour se transformer en crainte. La question constamment reposée était : Qui est ce nouveau prophète ? Puis les Juifs, expression par laquelle nous pouvons entendre les gouverneurs du peuple, envoyèrent une délégation de prêtres et de Lévites du parti pharisien pour le questionner personnellement. Il répondit sans détours : « Je ne suis pas le Christ » ; il nia d'une manière tout aussi décisive être Élias, ou, plus exactement, Élie, le prophète qui, disaient les rabbis, par une interprétation erronée de la prédiction de Malachie, devait revenir sur la terre pour être le précurseur immédiat du Messie [2]. En outre, il déclarait qu'il n'était pas « ce prophète », voulant dire par là le prophète dont Moïse avait prédit la venue [3], et que tous les juifs n'identifiaient pas universellement avec le Messie attendu. « Ils lui dirent alors : Qui es-tu ? afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ; que dis-tu de toi-même ? Il dit : Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Rendez droit le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Ésaïe » [4]. Les envoyés des Pharisiens lui demandèrent alors quelle autorité il avait pour baptiser. En réponse, il affirma que la validité de ce baptême serait attestée par quelqu'un qui était à ce moment même parmi eux, bien qu'ils ne le connussent point, et déclara : « Il en est un... qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » [5] 
 
Le témoignage de Jean, que Jésus était le Rédempteur du monde, fut déclaré aussi hardiment que l'avait été son message de la venue imminente du Seigneur. « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde », proclama-t-il ; et, pour que tous comprissent bien qu'il parlait du Christ, il ajouta : « C'est celui dont j'ai dit : Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi. Et moi, je ne le connaissais pas, mais, afin qu'il soit manifesté à Israël, je suis venu baptiser d'eau [6] Le témoignage ultérieur de Jean fut convaincu de la présence du Saint-Esprit par le témoignage de l'apparition matérielle « comme une colombe » : « Jean rendit ce témoignage : J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui ; et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise d'Esprit Saint. Et moi, j'ai vu et j'ai rendu témoignage que c'est lui le Fils de Dieu » [7]. Le lendemain du jour où il prononça les paroles citées en dernier lieu, Jean répéta son témoignage à deux de ses disciples, au moment où Jésus passait, répétant : « Voici l'Agneau de Dieu » [8].
 
LES PREMIERS DISCIPLES DE JÉSUS [9]
 
Deux des adeptes du Baptiste, appelés plus précisément disciples, étaient avec lui lorsqu'il désigna expressément, et pour la deuxième fois, Jésus comme l'Agneau de Dieu. C'étaient André et Jean. Ce dernier fut connu dans les années ultérieures comme l'auteur du quatrième évangile. Le premier est mentionné par son nom, tandis que le narrateur ne donne pas le nom du deuxième disciple, qui est le sien. André et Jean furent si impressionnés par le témoignage du Baptiste qu'ils suivirent immédiatement Jésus ; et lui, se retournant sur eux, demanda : « Que cherchez-vous ? » Peut-être quelque peu embarrassés par cette question, ou ayant le désir d'apprendre où ils pourraient le trouver plus tard, ils répondirent par une autre question : « Rabbi, où demeures-tu ? » Le titre rabbi était un signe d'honneur et de respect, devant lequel Jésus ne fit aucune difficulté. Sa réponse courtoise à leur question les assura que leur présence n'était pas importune. « Il leur dit : Venez et vous verrez » [10]. Les deux jeunes gens l'accompagnèrent et demeurèrent avec lui pour en apprendre davantage. André, rempli d'étonnement et de joie à propos de l'entrevue si gracieusement accordée, et touché de l'esprit de témoignage qui avait été allumé en son âme, se hâta d'aller trouver son frère Simon, à qui il dit : « Nous avons trouvé le Messie. » Il amena Simon pour qu'il vit et entendît par lui-même ; et Jésus posa les yeux sur le frère d’André, l'appela par son nom et y ajouta une appellation distinctive, par laquelle il était destiné à être connu à travers toute l'histoire ultérieure : « Tu es Simon, fils de Jonas ; tu seras appelé Céphas. » Le nouveau nom ainsi conféré est l'équivalent araméen ou syro-chaldéen du grec « Petros », et du nom actuel « Pierre » [11].
 
Le lendemain, Jésus se mit en route pour la Galilée, accompagné probablement de certains de ses nouveaux disciples ou de tous ; et, en chemin, il rencontra un homme nommé Philippe, en qui il reconnut un autre fils remarquable d'Israël. Il dit à Philippe : « Suis-moi. » Il était de coutume pour les rabbis et les autres maîtres de l'époque de rechercher la popularité, afin que beaucoup de personnes fussent attirées à eux, prissent place à leurs pieds et fussent connues comme leurs disciples. Jésus, lui, choisit ses compagnons immédiats ; et lorsqu'il les trouvait et discernait en eux les esprits qui, dans leur état préexistant, avaient été choisis pour la mission terrestre de l'apostolat, il les appelait. Ils étaient les serviteurs, il était le Maître [12].
 
Philippe trouva bientôt son ami Nathanaël, à qui il témoigna que Celui sur lequel Moïse et les prophètes avaient écrit avait enfin été trouvé et qu'il n'était nul autre que Jésus de Nazareth. Nathanaël, comme son histoire ultérieure le montre, était un juste, espérant et attendant avec ferveur le Messie, et cependant apparemment imbu de la croyance commune chez tous les Juifs - que le Christ devait venir dans la splendeur royale comme cela paraissait convenable pour le Fils de David. Le fait de dire que pareille Personne pût venir de Nazareth, être connu comme étant le fils d'un humble charpentier, provoqua l'étonnement sinon l'incrédulité dans l'esprit sans fraude de Nathanaël, et il s'exclama : « Peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon ? » Philippe répondit en répétant les paroles du Christ à André et à Jean : « Viens et vois. » Nathanaël quitta sa place en dessous du figuier où Philippe l'avait trouvé et alla voir par lui-même. Comme il approchait, Jésus dit : « Voici vraiment un Israélite dans lequel il n'y a pas de fraude. » Nathanaël vit que Jésus pouvait lire dans son âme et demanda, surpris : « D'où me connais-tu ? » Dans sa réponse, Jésus montra une puissance de pénétration et de perception encore plus grande dans des conditions qui rendaient l'observation ordinaire peu vraisemblable sinon impossible : « Avant que Philippe t'ait appelé, quand tu étais sous le figuier, je t'avais vu. » Nathanaël répliqua avec conviction : « Rabbi, toi tu es le Fils de Dieu, toi tu es le roi d'Israël. » Aussi sérieux que fût le témoignage de cet homme, il reposait principalement sur le fait qu'il reconnaissait ce qu'il considérait comme un pouvoir surnaturel en Jésus. Notre Seigneur l'assura qu'il verrait des choses plus grandes encore : « En vérité, en vérité, je vous le dis, vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre sur le Fils de l'homme. »
 
« LE FILS DE L'HOMME »
 
Dans la promesse et la prédiction faite par le Christ à Nathanaël, nous voyons l'important titre - le Fils de l'homme - apparaître pour la première fois, chronologiquement parlant, dans le Nouveau Testament. On le retrouve cependant quelque quarante fois, en excluant les répétitions que l'on trouve dans les récits parallèles des différents évangiles. Dans chacun de ces passages, il est utilisé tout spécialement par le Sauveur pour se désigner. En trois autres cas, le titre apparaît dans le Nouveau Testament, en dehors des évangiles ; et dans chacun il est appliqué au Christ avec référence toute particulière à ses attributs exaltés de Seigneur et Dieu [13].
 
Dans l'Ancien Testament, l'expression « fils de l'homme » apparaît dans l'usage courant, dénotant un fils humain quelconque [14], et elle apparaît plus de quatre-vingt-dix fois comme une appellation dont Jéhovah se servit pour s'adresser à Ézéchiel, bien qu'elle ne soit jamais appliquée par le prophète à lui-même [15]. Le contexte des passages dans lesquels Dieu s'adresse à Ézéchiel par le titre « fils de l'homme » indique l'intention divine de souligner la condition humaine du prophète par contraste avec la divinité de Jéhovah.
 
Le titre est utilisé dans l'histoire de la vision de Daniel [16], dans laquelle fut révélée la consommation encore future, lorsque Adam - l'Ancien des Jours - siégera pour juger sa postérité [17], occasion au cours de laquelle le Fils de l'homme doit paraître et recevoir un royaume qui sera éternel, supérieur par essence à celui de l'Ancien des Jours et embrassant tous les peuples et toutes les nations, tous ceux qui serviront le Seigneur, Jésus-Christ, le Fils de l'homme [18].
 
En s'appliquant le titre, le Seigneur utilise invariablement l'article défini. « Le Fils de l'homme » était et est expressément et exclusivement Jésus-Christ. Bien qu'il soit absolument certain qu'il fut le seul être humain masculin depuis Adam qui ne fût pas le fils d'un mortel, il utilisa le titre pour démontrer de manière probante qu'il était tout spécialement et uniquement le sien. Il est parfaitement clair que l'expression est chargée d'un sens qui dépasse celui que les mots ont dans l'usage courant. Beaucoup ont vu dans cette appellation toute particulière une indication de l'humble position de notre Seigneur comme mortel, et l'idée qu'il représentait l'humanité type, bénéficiant d'une parenté particulière et unique par rapport à la famille humaine tout entière. Cependant un sens plus profond est attaché à ce titre de « Le Fils de l'homme » que le Seigneur utilise ; celui-ci réside dans le fait qu'il savait que son Père était le seul et unique homme suprêmement exalté [19] dont Jésus était le Fils tant dans l'esprit que dans le corps - le Premier-Né parmi tous les enfants spirituels du Père, le Seul-Engendré dans la chair - et pour cette raison, il était et est le Fils de « l'Homme de Sainteté », Élohim [20], le Père éternel. Dans les titres particuliers qu'il s'attribue comme Fils, Jésus exprimait sa descendance spirituelle et corporelle de ce Père exalté et la soumission filiale qu'il lui vouait.
 
Comme cela fut révélé à Énoch le Voyant, « Homme de Sainteté », est l'un des noms sous lesquels Dieu, le Père éternel, est connu « et le nom de son Seul-Engendré est le Fils de l'homme, à savoir Jésus-Christ ». Nous apprenons en outre que le Père de Jésus-Christ se proclama à Énoch de la manière suivante : « Voici, je suis Dieu ; mon nom est Homme de Sainteté, Homme de Conseil ; et aussi Infini et Éternel » [21]. « Le Fils de l'Homme » est dans une grande mesure synonyme de « Le Fils de Dieu », étant un titre qui dénote la divinité, la gloire et l'exaltation,- car d'Homme de Sainteté », dont Jésus-Christ se reconnaît respectueusement être le Fils, est Dieu, le Père éternel.
 
LE MIRACLE DE CANA EN GALILÉE
 
Peu après l'arrivée de Jésus en Galilée, nous le voyons, avec son petit groupe de disciples, à une noce à Cana, ville voisine de Nazareth. La mère de Jésus était à la fête ; et pour une raison que le récit de Jean n'explique pas [22], elle manifestait du souci et se sentait une responsabilité personnelle dans le service des invités. De toute évidence, sa position n'était pas celle d'une personne présente sur invitation ordinaire. Ce détail indique-t-il que le mariage était celui d'un membre de sa famille immédiate, ou d'un parent plus éloigné ? On ne nous le dit pas.
 
Il était de coutume de fournir, lors des repas de noces, une quantité suffisante de vin, produit pur quoique faible des vignobles locaux, qui constituait la boisson de table ordinaire de l'époque. À cette occasion la réserve de vin était épuisée, et Marie parla à Jésus de cette déficience. « Femme, dit-il, qu'y a-t-il entre moi et toi ? Mon heure n'est pas encore venue. » L'interjection « Femme », appliquée par un fils à sa mère peut paraître assez dure sinon irrespectueuse à nos oreilles, mais le fait de l'utiliser exprimait en réalité une intention tout à fait opposée [23]. Pour tout fils, sa mère devait être avant tout la femme par excellence ; elle est la seule femme au monde à qui le fils doive son existence terrestre, et, bien que le titre de « Mère » appartienne à toutes les femmes qui ont acquis les honneurs de la maternité, cependant il n'y a pour aucun enfant plus d'une femme qu'il puisse, à bon droit, appeler de ce titre. Lorsque, dans les dernières terribles scènes de son expérience dans la mortalité, le Christ agonisait sur la croix, il baissa les yeux sur Marie, sa mère, qui était en pleurs, et la confia à l'apôtre bien-aimé, Jean, en ces termes : « Femme, voici ton fils [24] ! » Peut-on penser qu'en cet instant suprême, le souci de notre Seigneur pour la mère dont il était sur le point d'être séparé par la mort, pût être inspiré par d'autres sentiments que le respect, la tendresse et l'amour [25] ?
 
Néanmoins, il a pu parler ainsi à Marie lors des noces, pour lui rappeler avec douceur quelle était sa situation de mère d'un Être supérieur à elle ; ceci répétait ce qui s'était passé lors de la précédente occasion où, lorsqu'elle avait trouvé son Fils, Jésus, dans le temple, il lui avait remis en mémoire le fait que sa juridiction sur lui n'était pas suprême. Le ton sur lequel elle lui avait dit qu'il manquait du vin, laissait probablement sous-entendre qu'il devait utiliser son pouvoir surhumain et satisfaire ainsi le besoin. Il ne lui appartenait pas de lui recommander l'exercice du pouvoir qui lui était inhérent en tant que Fils de Dieu, pouvoir qu'il n'avait pas hérité d'elle. « Qu'y a-t-il entre moi et toi ? » demanda-t-il, et il ajouta : « Mon heure n'est pas encore venue. » Cela ne veut pas dire qu'il se considérait incapable de faire ce qu'elle semble avoir voulu qu'il fît, mais il laissait entendre clairement qu'il n'agirait qu'en temps opportun, et que c'était à lui, et non à elle, de décider quand le moment serait venu. Elle comprit ce qu'il voulait dire, du moins en partie, et se contenta d'ordonner aux serviteurs de faire ce qu'il commanderait. De nouveau nous avons la preuve que, lors de ces noces, elle avait une position qui lui donnait des responsabilités et de l'autorité domestique.
 
Le moment de son intervention arriva bientôt. Il y avait, dans la maison, six vases à eau [26] ; il ordonna aux serviteurs de les remplir d'eau. Ensuite, il fit, pour autant que nous le sachions, sans aucun ordre ou formule d'invocation audible, se produire une transmutation dans les vases, et lorsque les serviteurs les soutirèrent, ce fut du vin, et non de l'eau qui en sortit. Lors d'une réunion juive, comme ces noces, quelqu'un, ordinairement un parent de l'hôte ou de l'hôtesse, ou une autre personne digne de cet honneur, était nommé ordonnateur du repas, ou, comme nous l'appellerions maintenant, maître de cérémonie. C'est à cette personne que le nouveau vin fut servi en premier : celle-ci, à son tour, appelant l'époux, qui était l'hôte véritable, lui demanda pourquoi il avait réservé son meilleur vin pour la fin, alors que la coutume était de servir le meilleur au commencement, et le plus ordinaire plus tard. Le résultat immédiat de ce prodige, qui est le premier miracle de notre Seigneur à être rapporté, l'évangéliste inspiré le formule de la manière brève qui suit : « Tel fut à Cana, en Galilée, le commencement des miracles que fit Jésus. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui » [27].
 
Il est instructif d'examiner les circonstances qui entourèrent cet acte miraculeux. Le fait que Jésus était présent au mariage et qu'il contribua à la réussite de la fête démontre qu'il approuvait l'union de l'homme et de la femme par les liens du mariage ainsi que les amusements en société. Il n'était ni reclus, ni ascète ; il fréquentait les gens, mangeant et buvant, comme un être naturel et normal [28]. Lors de la fête il reconnut les exigences de l'hospitalité libérale du temps, s'y soumit et agit en conséquence. Lui qui, quelques jours auparavant à peine, s'était révolté contre la suggestion du tentateur de donner du pain à son corps affaibli, utilisait maintenant ce pouvoir pour procurer un luxe aux autres. Un effet de ce miracle fut de confirmer la confiance de ceux dont la foi qu'il était le Messie était encore naissante et n'avait pas encore été mise à l'épreuve. « Ses disciples crurent en lui » ; il est certain qu'ils croyaient déjà en lui dans une certaine mesure, sinon ils ne l'auraient pas suivi ; mais leur foi était maintenant fortifiée et, si elle n'y parvenait pas, elle approchait de la qualité d'une foi durable en leur Seigneur. L'intimité relative qui accompagnait la manifestation est frappante ; l'effet moral et spirituel fut réservé à un petit nombre, le début du ministère du Seigneur ne devait pas être marqué par un éclat public.
 
MIRACLES EN GÉNÉRAL
 
Il est clair que l'acte de transmutation par lequel l'eau devint du vin était un miracle, phénomène qui ne peut être expliqué, et encore moins démontré, par ce que nous considérons comme le fonctionnement ordinaire de la loi naturelle. Ce fut le commencement de ses miracles, ou, comme l'exprime la version révisée anglaise du Nouveau Testament, « de ses signes ». Dans beaucoup d'Écritures, les miracles sont appelés signes, ainsi que prodiges, pouvoirs, œuvres, œuvres merveilleuses, œuvres puissantes [29], etc. L'effet spirituel des miracles ne serait pas atteint si les témoins n'étaient pas poussés à s'étonner, à s'émerveiller, à méditer et à s'interroger intérieurement ; l'étonnement ou la surprise simples peuvent être produits par la tromperie et la prestidigitation. Les manifestations miraculeuses de la puissance divine seraient des moyens futiles de produire des effets spirituels s'ils ne frappaient pas. En outre, tout miracle est un signe de la puissance de Dieu ; et on a demandé des signes dans ce sens des prophètes qui professaient parler par l'autorité divine, bien que ces signes n'aient pas été donnés dans tous les cas. On n'attribua aucun miracle au Baptiste, bien que le Christ le déclara être plus qu'un prophète [30] ; et les chroniques de certains prophètes antérieurs [31] ne mentionnent absolument aucun miracle. D'autre part, Moïse, lorsqu'il fut chargé de délivrer Israël d'Égypte, fut informé que les Égyptiens demanderaient le témoignage de miracles, et il reçut des pouvoirs en abondance en prévision de cela [32].
 
Les miracles ne peuvent être en contradiction avec la loi naturelle, ils s'accomplissent en vertu du fonctionnement de lois qui ne sont pas universellement ou communément reconnues. La gravitation opère partout, mais l'application locale et spéciale d'autres agents peut sembler l'annuler - par exemple lorsque par un effort musculaire ou une impulsion mécanique une pierre est soulevée du sol, maintenue en l'air ou projetée dans l'espace. Néanmoins la gravité exerce son action pendant toutes les étapes de l'événement en cours, bien que son effet soit modifié par celui d'une autre énergie localement supérieure. L'impression que les hommes ont du miraculeux disparaît à mesure qu'ils comprennent mieux les processus qui interviennent. Les réalisations qui permettent l'invention moderne du télégraphe et du téléphone, avec ou sans fil, la transformation de la force mécanique en électricité avec ses multiples applications actuelles et ses possibilités encore futures, l'invention du moteur à explosion, les réalisations actuelles de la navigation aérienne - toutes ces découvertes ne sont plus considérées comme des miracles dans le jugement de l'homme, parce qu'on les comprend toutes dans une certaine mesure, parce que les hommes les contrôlent, et en outre, parce qu'elles opèrent de manière continue et non de manière phénoménale. Arbitrairement, nous ne classons comme miracles que les phénomènes qui sont extraordinaires, particuliers, passagers et provoqués par une force que ne peut contrôler le pouvoir de l'homme.
 
Dans un sens plus général, toute la nature est un miracle. L'homme a appris qu'en plantant la semence du raisin dans un terrain favorable et en cultivant convenablement, il pourra faire pousser ce qui sera une vigne mûre et fertile ; mais n'y a-t-il pas, dans ce développement, un miracle, en ce sens même que des processus inscrutables interviennent ? Le cours que nous disons naturel du développement des plantes - la croissance de la racine, de la tige, des feuilles et du fruit, avec l'élaboration finale du savoureux nectar de la vigne - est-il moins miraculeux que la transmutation apparemment surnaturelle de l'eau en vin à Cana ?
 
Quand nous contemplons les miracles accomplis par le Christ, nous devons nécessairement y voir l'intervention d'une puissance qui transcende notre intelligence humaine actuelle. Dans ce domaine, la science n'a pas encore fait suffisamment de progrès pour pouvoir analyser et expliquer. Affirmer que les miracles n'existent pas sous prétexte que, étant donné que nous ne pouvons comprendre les moyens employés, ceux que l'on rapporte doivent être imaginaires, c'est prétendre que l'esprit humain est omniscient, en impliquant que ce que l'homme ne peut comprendre ne peut être, et que, par conséquent, il est capable de comprendre tout ce qui est. Les miracles rapportés dans les évangiles sont aussi parfaitement prouvés que beaucoup d'événements historiques que nul ne conteste et pour lesquels nul n'exige de preuves. Pour qui croit en la divinité du Christ, les miracles sont suffisamment attestés ; pour qui ne croit pas, ils n'apparaissent que comme des mythes et des fables [33].
 
Pour comprendre les œuvres du Christ, on doit savoir qu'il est le Fils de Dieu ; l'invitation est là, pour l'homme qui n'a pas encore appris à savoir, pour l'âme honnête qui désire s'informer du Seigneur ; à celui-là nous disons : « Venez et vous verrez. »
 
 [1] Lc 3:4.
 [2] Jn 1:21 ; cf. Ml 4:5. Note 1, fin du chapitre.
 [3] Dt 18:15,18, voir chap. 5 du présent ouvrage.
 [4] Jn 1:22,23 ; cf. Es 40:3.
 [5] Jn 1:25-27.
 [6] Jn 1:29-31.
 [7] Jn 1:32,34 et versets 35,36. Note 2, fin du chapitre.
 [8] Note 3, fin du chapitre.
 [9] Jn 1:35-51.
 [10] Note 4, fin du chapitre.
 [11] Le nom ainsi donné fut confirmé plus tard, avec accompagnement de promesses, Mt 16:18
 [12] Le Seigneur dit plus tard aux apôtres : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais moi, je vous ai choisis » (Jn 15:16 ; voir aussi 6:70).
 [13] Ac 7:56, Ap 1: 13, 14:14.
 [14] Jb 25:6, Ps 144:3, 146:3, voir aussi 8:4 et cf. Hé 2:6-9.
 [15] Ez 2:1,3,6,8 ; 3:1,3,4 ; 4: 1, etc.
 [16] Dn 7:13.
 [17] D&A 27:11, 78:15,16, 107:54-57 ; 116.
 [18] D&A 49:6, 58:65, 65:5, 122:8. Remarquez que dans la révélation moderne le titre n'est utilisé que pour désigner le Christ dans son état ressuscité et glorifié.
 [19] Note 5, fin du chapitre.
 [20] Chap. 4.
 [21] PGP, Moïse 6:57, 7:35 ; voir aussi 7:24, 47, 54, 59, 65. Remarquez que Satan appelle Moïse « fils de l'homme » dans une tentative blasphématoire de le forcer à l'adorer en soulignant la faiblesse mortelle et l'infériorité de l'homme par contraste avec ses propres prétentions injustifiées à la divinité (Moïse 1:12).
 [22] Jn 2:1-11.
 [23] « L'appellation ‘Femme’ était aussi respectueuse que possible et s'adressait à la plus grande des reines. » - (Farrar, The Life of Christ, p. 134.)
 [24] Jn 19:26.
 [25] En quelques occasions Jésus utilisa le titre « Femme » dans un sens général. Mt 15:28, Lc 13:12, Jn 4:21, 8:10, etc.
 [26] Note 6, fin du chapitre.
 [27] Jn 2: 11.
 [28] L'absence de toute austérité fausse et d'étalage d'abstinence anormale dans sa vie donna à ses ennemis une excuse imaginaire pour l'accuser sans raison de commettre des excès, à savoir d'être un mangeur et un buveur (Mt 11:19, Lc 7:34).
 [29] Mt 7:22, 11:20, 12:38, 16:1, 24:24, Mc 6:14, Lc 10: 13, Jn 2:18, 7:21, 10:25, 14:11, Ac 6:8,8:6,14:3,19:11, Rm 15:19, Ap 13:13, etc.
 [30] Jn 10:41, Mt 11:9.
 [31] Par exemple Zacharie et Malachie.
 [32] Ex 3:20, 4:1-9. Note 8, fin du chapitre.
 [33] Note 7, fin du chapitre.
 [34] On trouvera la distinction à faire entre Élijah et Élias au chapitre 23, ndt.
 
NOTES DU CHAPITRE 11
 
1. Malentendus sur la prédiction de Malachie : Dans le dernier chapitre de la collection d'Écritures que nous appelons l'Ancien Testament, le prophète Malachie décrit comme suit une situation qui existera dans les derniers jours, immédiatement avant la seconde venue du Christ : « Car voici le jour : il vient, ardent comme une fournaise. Tous les présomptueux et ceux qui pratiquent la méchanceté seront (comme) du chaume ; ce jour qui vient les embrasera, dit l'Éternel des armées, il ne leur laissera ni racine ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon nom se lèvera le soleil de justice, et la guérison sera sous ses ailes. » La prophétie se termine par cette magnifique promesse à longue portée : « Voici : moi-même je vous enverrai le prophète Élie avant la venue du jour de l'Éternel, (jour) grand et redoutable. Il ramènera le cœur des pères à leurs fils et le cœur des fils à leurs pères, de peur que je ne vienne frapper le pays d'interdit » (Ml 3:19, 23, 24). Des théologiens et des commentateurs de la Bible ont prétendu que cette prédiction avait trait à la naissance et au ministère de Jean-Baptiste (comparer avec Mt 2:14, 17:11, Mc 9:11, Lc 1:17), sur lequel reposaient l'esprit et la puissance d'Élie [Élias dans la version anglaise]. Cependant, nous n'avons aucun document disant qu'Élie [Elijah dans la version anglaise] [34] ait instruit le Baptiste, et en outre le ministère de ce dernier, quelque glorieux qu'il ait été, ne nous permet pas de conclure que la prophétie trouva sa pleine réalisation en lui. Il faut se souvenir, en outre, que la déclaration que le Seigneur fit par l'intermédiaire de Malachie à propos du jour ardent comme une fournaise où les méchants seraient détruits comme du chaume, attend encore son accomplissement. Il est par conséquent clair que l'interprétation communément acceptée est erronée et que nous devons chercher l'accomplissement de la prédiction de Malachie à une époque ultérieure à celle de Jean. Ce dernier événement s'est produit ; il appartient à l'époque actuelle et marque l'inauguration d'une oeuvre réservée tout spécialement à l'Église dans les derniers jours. Au cours d'une merveilleuse manifestation accordée à Joseph Smith et à Oliver Cowdery, au temple de Kirtland, le 3 avril 1836, Élie [Elijah dans le texte anglais], le prophète des temps anciens, qui avait été enlevé de la terre tandis qu'il était encore dans son corps, leur apparut. Il leur déclara : « Voici, le temps est pleinement arrivé, ce temps dont a parlé Malachie, lorsqu'il a témoigné qu'il [Élie] serait envoyé avant que le jour de l'Éternel arrive, ce jour grand et redoutable, pour tourner le cœur des pères vers les enfants, et le cœur des enfants vers les pères, de peur que la terre tout entière ne soit frappée de malédiction. C'est pourquoi les clefs de cette dispensation sont remises entre vos mains, et vous saurez par là que le jour de l'Éternel, ce jour grand et redoutable, est proche, et même à la porte » (D&A 110:14-16). Voir également La Maison du Seigneur, p. 66,67.
 
2. Le signe de la colombe : « Jean-Baptiste... eut la bénédiction de voir le Saint-Esprit descendre sous la forme d'une colombe, ou plutôt sous le signe de la colombe, en témoignage du ministère. Le signe de la colombe fut institué avant la création du monde, pour être témoin du Saint-Esprit, et le diable ne peut pas venir sous le signe d'une colombe. Le Saint-Esprit est un personnage, et il a la forme d'un personnage. Il ne se limite pas à la forme de la colombe, mais au signe de la colombe. Le Saint-Esprit ne peut pas être transformé en colombe ; mais le signe de la colombe fut donné à Jean pour lui signifier que l'acte était authentique, car la colombe est emblème ou signe de vérité et d'innocence. » - Tiré d'un sermon de Joseph Smith, History of the Church, vol. 5, p. 260,261.
 
3. Le témoignage de Jean-Baptiste : Observez que, selon les Écritures, le Baptiste rendit son témoignage de la divinité de la mission du Christ après la période de jeûne et de tentation de quarante jours subie par notre Seigneur, et, par conséquent, six semaines environ après le baptême de Jésus. Lorsque la députation de prêtres et de lévites du parti pharisien vint lui rendre visite sur ordre du gouverneur, et probablement envoyée par le Sanhédrin, Jean, après avoir nié être le Christ ou l'un quelconque des prophètes cités dans la question de la délégation, leur dit : « Au milieu de vous, il en est un que vous ne connaissez pas et qui vient après moi. » Le lendemain et les jours suivants encore, il rendit publiquement son témoignage que Jésus était l'Agneau de Dieu ; et le troisième jour après la visite que les prêtres et les Lévites firent à Jean, Jésus se mit en route pour la Galilée (Jn 1:19-43).
 
Le fait que Jean utilise l'expression « Agneau de Dieu » implique qu'il savait que le Messie était quelqu'un destiné à être sacrifié, et c'est lui qui est le premier à employer ce terme dans la Bible. On trouvera des applications bibliques ultérieures, directes ou sous-entendues dans Actes 8:32 ; 1 Pierre 1:19 ; Ap 5:6,8,12,13 ; 6:1,16 ; 7:9,10,17, etc.
 
4. « Venez et vous verrez » : L'esprit dans lequel le Seigneur invita les jeunes chercheurs de vérité, André et Jean, se manifeste dans une possibilité semblable donnée à tous. L'homme qui veut connaître le Christ doit venir à lui, pour voir et entendre, pour sentir et connaître. Les missionnaires peuvent porter la bonne nouvelle, le message de l'Évangile, mais la réaction doit être personnelle. Doutez-vous de ce que ce message signifie aujourd'hui ? Alors venez et voyez par vous-même. Voulez-vous savoir où l'on trouve le Christ ? Venez et vous verrez.
 
5. Le Père éternel, Être ressuscité et exalté : « Comme le Père a le pouvoir en lui-même, de même le Fils a le pouvoir en lui-même de donner sa vie et de la reprendre, et ainsi donc il a, lui aussi, un corps. Le Fils fait ce qu'il a vu le Père faire : par conséquent le Père a donné un jour sa vie et l'a reprise ; donc, il a lui aussi, un corps ; chacun sera dans son propre corps. » - Joseph Smith ; voir Hist. of the Church, vol. 5, p. 426. « Dieu lui-même qui fut autrefois ce que nous sommes maintenant, est un Homme exalté et trône dans les cieux là-bas ! voilà le grand secret. Si le voile était déchiré aujourd'hui, et si le grand Dieu qui maintient ce monde dans son orbite et soutient tous les mondes et toutes les choses par sa puissance devait se rendre visible - si vous deviez, dis-je, le voir aujourd'hui, vous le verriez sous la forme d'un homme - semblable à vous dans toute la personne, l'image et la forme d'un homme ; car Adam fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, reçut des instructions de lui, et marcha, parla et conversa avec lui, comme un homme parle et communie avec un autre. » - Joseph Smith ; voir Compendium, p. 190.
 
6. Vases à eau pour les purifications cérémonielles : Dans la maison de Cana se trouvaient, en un lieu spécialement réservé dans ce but, six vases à eau en pierre « destinés aux purifications des Juifs ». Les demeures juives devaient obligatoirement posséder des vases à eau, pour faciliter les ablutions cérémonielles imposées par la loi. On retirait de ces vases ou jarres de l'eau selon les besoins ; ils contenaient la réserve d'eau mais n'étaient pas les vases utilisés dans l'ablution elle-même.
 
7. « L'attitude de la science vis-à-vis des miracles » : tel est le sujet d'un article très intéressant du professeur H. L. Orchard, publié dans le Journal of the Transactions of the Victoria Institute, or Philosophical Society of Great Britain, 1910, vol. 42, p. 81-122. Cet article fut la dissertation qui reçut le Prix Gunning pour 1909. Après un long traitement analytique de son sujet, l'auteur présente le résumé suivant, avec lequel agréèrent tous ceux qui prirent part aux discussions qui s'ensuivirent : « Nous terminons ici notre étude scientifique des miracles bibliques. Elle a embrassé (1) la nature du phénomène, (2) les conditions dans lesquelles on affirme qu'il s'est produit, (3) la valeur des témoignages qui attestent qu'il s'est produit. Quant à la question de savoir si les miracles de la Bible sont probables, la science répond par l'affirmative. Pour ce qui est de la question suivante. se sont-ils réellement produits, la réponse de la science est de nouveau et formellement affirmative. Si nous les comparons à de l'or, elle l'a vérifié et dit que l'or est pur. On peut encore comparer les miracles bibliques à un collier de perles. Si la science cherche à savoir si les perles sont authentiques, elle peut les soumettre à des épreuves chimiques et autres pour examiner leur valeur ; elle peut examiner les conditions et les circonstances dans lesquelles les prétendues perles furent trouvées. Les a-t-on d'abord trouvées dans une huître, ou dans un laboratoire d'usine ? Et elle peut examiner les témoignages des experts. Si les résultats de l'un de ces examens affirment l'authenticité des perles, la science sera réticente à croire qu'elles sont fausses ; si tous les résultats déclarent leur authenticité, la science n'hésitera pas à dire que ce sont de vraies perles. Tel est le cas, comme nous l'avons vu, des miracles bibliques. Par conséquent, la science affirme qu'ils se sont réellement produits. »
 
8. Le témoignage des miracles : La promesse du Sauveur à une époque antérieure (Mc 16:17,18), comme à l'époque actuelle (D&A 84:65-73), est bien claire : les dons de l'Esprit spécifiés doivent suivre le croyant en signe d'approbation divine. La possession de tels dons peut ainsi être considérée comme un trait essentiel de l'Église de Jésus-Christ. Néanmoins, nous ne sommes pas justifiés si nous considérons la présence de miracles comme une preuve d'autorité divine ; d'autre part, les Écritures affirment que des pouvoirs spirituels d'un genre plus vil ont accompli des miracles et continueront à en faire pour séduire beaucoup de gens qui manquent de discernement. Si l'on accepte les miracles comme preuves infaillibles de la présence de la puissance de Dieu, les magiciens d'Égypte ont, du fait des prodiges qu'ils ont accompli en vue de s'opposer au plan voulu pour la délivrance d'Israël, autant de droit à notre respect que Moïse (Ex 7: 11). Jean le Révélateur eut la vision d'une puissance maligne accomplissant des miracles, et séduisant par là beaucoup de gens, faisant de grands prodiges et attirant même le feu du ciel (Ap 13:11-18). Il vit aussi trois esprits impurs, qu'il savait être « des esprits de démons, qui opèrent des signes » (Ap 16:13,14). À ce propos, considérez la prédiction faite par le Seigneur : « Car il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes ; ils opéreront de grands signes et des prodiges, au point de séduire si possible, même les élus » (Mt 24:24). Le Christ a déclaré, à propos des événements relatifs au grand jugement, que les miracles n'ont aucune valeur pour prouver qu'un ministère a été autorisé par Dieu : « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur ! N'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité » (Mt 7:22,23). Les Juifs, à qui ces enseignements s'adressaient, savaient fort bien que des prodiges pouvaient être accomplis par les puissances du mal, car ils accusèrent le Christ de faire des miracles par l'autorité de Béelzébul, prince des démons (Mt 12:22-30 ; Mc 3:22 ; Lc 11:15) tiré de Les Articles de Foi, de l'auteur, p. 281,282.
  
 
CHAPITRE 12 : PREMIERS INCIDENTS DU MINISTÈRE PUBLIC DE NOTRE SEIGNEUR
 
PREMIÈRE PURIFICATION DU TEMPLE
 
Peu après les festivités du mariage de Cana, Jésus, accompagné de ses disciples, ainsi que de sa mère et d'autres membres de la famille, se rendit à Capernaüm, ville agréablement située près de l'extrémité septentrionale du lac de Galilée ou de Génésareth [1] et théâtre d'un grand nombre des œuvres miraculeuses de notre Seigneur ; en effet on finit par la considérer comme sa propre ville [2]. À cause de l'incrédulité de ses habitants, elle devint un sujet de lamentation pour Jésus lorsque, plein de tristesse, il prédit le jugement qui tomberait sur ce lieu [3]. L'emplacement exact de la ville est actuellement inconnu. Cette fois-là, Jésus ne demeura que quelques jours à Capernaüm, car l'époque de la Pâque était proche, et, conformément à la coutume juive, il se rendit à Jérusalem.
 
Les évangiles synoptiques [4], qui sont avant tout consacrés à ce qu'a fait le Christ en Galilée, ne disent rien de sa présence à la fête pascale entre sa douzième année et l'époque de sa mort ; c'est à Jean uniquement que nous devons le récit de cette visite au commencement du ministère public du Christ. Il n'est pas improbable que Jésus ait assisté à d'autres Pâques au cours des dix-huit années que les évangélistes passent sous un silence complet et respectueux ; mais, n'ayant pas trente ans, il n'aurait pu, lors d'aucune de ses visites précédentes, avoir assumé le droit ou les prérogatives d'enseigner sans contrevenir aux coutumes établies [5]. Il est à noter que lors de cette apparition de Jésus au temple, la première qui nous est rapportée après sa visite lorsqu'il était jeune garçon, il a repris en main les affaires de son Père dont il s'était occupé précédemment. C'est au service de son Père qu'on l'avait trouvé en discussion avec les docteurs de la loi [6], et c'est dans la cause de son Père qu'il fut poussé à agir lors de cette occasion ultérieure.
 
Nous avons déjà parlé, en passant, des foules nombreuses et mélangées qui assistaient à la fête de la Pâque [7] ; il faut se rappeler certaines des coutumes répréhensibles qui régnaient. La loi de Moïse avait été complétée par tout un fatras de règles, et les exigences rigidement imposées au sujet des sacrifices et du tribut avaient donné naissance à un système de ventes et de trocs à l'intérieur de l'enceinte sacrée de la maison du Seigneur. Dans les cours extérieures se trouvaient des étables contenant des bœufs, des enclos de moutons, des cages de colombes et de pigeons ; les vendeurs criaient tout haut la valeur cérémonielle de ces victimes sacrificatoires et faisaient payer en conséquence. Il était aussi de coutume de payer à cette époque le tribut annuel du sanctuaire - rançon requise de chaque personne de sexe masculin d'Israël et se montant à un demi-sicle [8] par personne, quelle que fût sa pauvreté ou sa richesse. Cela devait être payé « selon le sicle du sanctuaire », limitation qui, avaient décrété les rabbis, signifiait que l'on devait payer selon la monnaie du temple. L'argent ordinaire, dont les variétés portaient des effigies et des inscriptions d'importation païenne, n'était pas acceptable, et il en résulta que les changeurs exerçaient un métier prospère dans l'enceinte du temple.
 
Animé d'une juste indignation par ce qu'il voyait, plein de zèle pour la sainteté de la maison de son Père, Jésus se mit en devoir de nettoyer l'endroit [9] ; et, ne s'arrêtant pas pour discuter, il appliqua promptement la force physique, presque la violence : seule force de langage figuré que ces troqueurs corrompus et cupides pouvaient comprendre. Improvisant rapidement un fouet de petites cordes, il frappa de tous les côtés, libérant et chassant moutons, bœufs et trafiquants humains, renversant les tables des changeurs et répandant leurs accumulations hétéroclites de monnaies. Avec une considération tendre pour les oiseaux emprisonnés et impuissants, il s'abstint d'attaquer leurs cages ; mais il dit à leurs propriétaires : « Ôtez cela d'ici » ; et à tous les marchands cupides, il commanda d'une voix tonnante qui les fit trembler : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples virent dans cet incident l'accomplissement du verset du psalmiste : « Le zèle de ta maison me dévore » [10].
 
Les Juifs, terme par lequel nous entendons les fonctionnaires ecclésiastiques et les gouverneurs du peuple, n'osèrent pas protester contre cette action vigoureuse en la taxant d'impie ; connaissant la loi, ils se savaient coupables de corruption et de cupidité et se rendaient compte qu'ils étaient personnellement responsables de la profanation du temple. Tous savaient que les lieux sacrés avaient grand besoin d'être purifiés ; le seul point sur lequel ils osèrent questionner le Purificateur était celui de savoir pourquoi il prenait ainsi sur lui de faire ce qui était leur devoir. Ils se soumirent pratiquement à son irrésistible intervention, se disant qu'ils pourraient encore bien être obligés de reconnaître l'autorité de cet homme. Leur soumission provisoire était basée sur la crainte, et celle-ci, quant à elle, provenait de ce que leur conscience les accusait de péché. Le Christ l'emporta sur ces Juifs marchandeurs en vertu du principe éternel que le bien est plus puissant que le mal, et à cause de ce fait psychologique que la conscience qu'il a de sa culpabilité prive le coupable de courage lorsque l'imminence d'un juste châtiment apparaît à son âme [11]. Cependant, craignant qu'il ne se révèle être un prophète puissant, tel qu'aucun prêtre ou rabbi vivant ne professait l'être, ils lui demandèrent timidement les preuves de son autorité : « Quel miracle nous montres-tu pour agir de la sorte ? » Jésus répliqua sèchement, faisant à peine attention à cette demande, si commune chez les méchants et les adultères [12] : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » [13].
 
Aveuglés par leur propre ruse, refusant de reconnaître l'autorité du Seigneur, mais craignant la possibilité qu'ils fussent occupés à s'opposer à quelqu'un qui avait le droit d'agir, les fonctionnaires, troublés, virent dans les paroles de Jésus une allusion au temple imposant de maçonnerie dans les murs duquel ils se tenaient. Ils prirent courage ; cet étrange Galiléen, qui faisait ouvertement fi de leur autorité, parlait irrespectueusement de leur temple, expression visible de la prétention qu'ils étalaient si orgueilleusement dans leurs paroles - qu'ils étaient enfants de l'alliance, adorateurs du Dieu vrai et vivant, et par conséquent supérieurs à tous les peuples païens. Avec une apparente indignation, ils répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce temple, et toi, en trois jours, tu le relèveras [14] ! » Bien que déçus dans leur désir d'éveiller, à ce moment-là, l'indignation populaire contre Jésus, les Juifs refusèrent d'oublier ou de pardonner ces paroles. Lorsque Jésus se présenta plus tard comme un prisonnier sans défense, pour subir une parodie illégale de jugement devant un tribunal pécheur, le parjure le plus noir qui fut exprimé contre lui fut celui des faux témoins qui attestèrent : « Nous l'avons entendu dire : je détruirai ce temple fait par la main de l'homme et en trois jours j'en bâtirai un autre qui ne sera pas fait par la main de l'homme » [15]. Et tandis qu'il agonisait, les railleurs qui passaient devant la croix secouaient la tête et insultaient le Christ mourant, en ces termes : « Hé ! toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même et descends de la croix [16] ! » Et pourtant cette réponse de Jésus aux Juifs qui lui avaient demandé un miracle comme preuve n'avait rien à voir avec le temple colossal d'Hérode mais faisait allusion au sanctuaire de son propre corps, dans lequel demeurait, plus véritablement que dans le Saint des Saints bâti par les hommes, l'Esprit éternellement vivant du Dieu éternel. « Le Père est en moi », telle était sa doctrine [17].
 
« Mais il parlait du temple de son corps », le tabernacle réel du Très-Haut [18]. Cette allusion à la destruction du temple de son corps et à son renouvellement après trois jours, est sa première prédiction de sa mort et de sa résurrection dont nous possédions une trace écrite. Les disciples eux-mêmes ne comprirent le sens profond de ces paroles qu'après sa résurrection d'entre les morts ; alors ils se souvinrent et comprirent. Les religieux juifs n'étaient pas aussi obtus qu'ils semblaient l'être, car nous les voyons aller trouver Pilate tandis que le corps du Christ crucifié se trouvait dans la tombe, disant : « Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : ‘Après trois jours je ressusciterai’ » [19]. Bien que nous possédions de nombreux passages où le Christ déclara qu'il mourrait et ressusciterait le troisième jour, les plus claires de ces déclarations furent faites aux apôtres plutôt qu'ouvertement au public. Les Juifs qui allèrent trouver Pilate avaient certainement à l'esprit les paroles que Jésus prononça tandis qu'ils se trouvaient confondus devant lui lors de la purification des cours du temple [20].
 
Une action d'éclat telle que celle de défier les usages religieux et de purifier par la force l'enceinte du temple ne pouvait manquer de frapper, avec des effets divers, le peuple qui assistait à la fête ; celui-ci, rentrant dans ses foyers, dans des provinces éloignées et extrêmement disséminées, répandit certainement la célébrité du courageux prophète galiléen. Beaucoup d'habitants de Jérusalem crurent en lui à ce moment-là, surtout parce qu'ils étaient attirés par les miracles qu'il opérait ; mais il « ne se fiait point à eux », conscient que leur profession de foi était fondée sur des bases incertaines. L'adulation du peuple n'était pas ce qu'il recherchait ; il ne désirait pas être suivi d'une foule hétérogène mais préférait s'entourer de ceux qui recevaient du Père le témoignage de son appel messianique. « Il les connaissait tous, et... il n'avait pas besoin qu'on lui rende témoignage de quelqu'un ; il savait lui-même ce qui était dans l'homme » [21].
 
L'incident au cours duquel le Christ purifia de force le temple est en contradiction avec la conception que l'on a traditionnellement de lui et qui fait de lui une personne d'un comportement si doux et si réservé qu'il semble manquer de virilité. Aussi doux qu'il fût et patient dans les afflictions, miséricordieux et longanime envers les pécheurs contrits, il était sévère et inflexible en présence de l'hypocrisie et dénonçait impitoyablement les pécheurs endurcis. Son humeur était adaptée aux situations auxquelles il avait à faire ; ses lèvres exprimaient aussi facilement des paroles douces d'encouragement que des expressions brûlantes de juste indignation. Sa nature n'était pas la douceur constante de chérubin imaginée par les poètes mais celle d'un homme, avec les émotions et les passions caractéristiques de la virilité. Lui qui pleurait souvent de compassion, manifestait, à d'autres moments, en paroles et en actions, la juste colère d'un Dieu. Mais il fut toujours maître de toute cette passion, quelque doucement ou quelque violemment qu'elle s'exprimât. Comparez le doux Jésus poussé, par les besoins d'une fête à Cana, à rendre un service au nom de l'hospitalité, au Christ indigné maniant son fouet et chassant devant lui, au milieu de l'émoi et de la confusion qu'il avait créée, le bétail et les hommes comme un troupeau impur.
 
JÉSUS ET NICODÈME [22]
 
Les actions étonnantes accomplies par le Christ à l'époque ou aux environs de cette Pâque mémorable amenèrent, outre un grand nombre de gens du commun, certains érudits à croire en lui ; nous en avons la preuve par le fait que Nicodème, qui professait être Pharisien et occupait un haut rang, étant l'un des gouverneurs des Juifs, vint le trouver pour le questionner. Il est significatif que cette visite se fit de nuit. Apparemment cet homme était poussé par le désir sincère d'en savoir plus sur le Galiléen dont on ne pouvait ignorer les œuvres ; cependant, l'orgueil de son office et la peur qu'il pourrait être soupçonné de s'être attaché au nouveau prophète l'amenèrent à entourer son entreprise du plus grand secret [23]. Décernant à Jésus le titre qu'il portait lui-même, et qu'il considérait lui-même comme une expression d'honneur et de respect, il dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui » [24]. Peu importe que le pronom pluriel « nous » qu'il utilisa indique qu'il était envoyé par le sanhédrin ou par la société des Pharisiens dont les membres avaient coutume de parler de la sorte en leur qualité de représentants de l'ordre - ou qu'il ait employé un pluriel de majesté n'ayant trait qu'à lui seul. Il reconnaissait Jésus comme un « docteur venu de la part de Dieu » et donna les raisons pour lesquelles il le considérait comme tel. Quelque faible qu'ait été la foi qui fut éveillée dans le cœur de cet homme, celle-ci était fondée sur les preuves fournies par les miracles, soutenue par l'effet psychologique des signes et des prodiges. Nous devons lui reconnaître qu'il était sincère et honnête dans ses intentions.
 
Sans attendre des questions particulières, « Jésus lui répondit : En vérité, en vérité je te le dis, si un homme ne naît de nouveau il ne peut voir le royaume de Dieu ». Il semble que Nicodème fut embarrassé ; il demanda comment pareil rajeunissement était possible. « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » Ce n'est pas être injuste envers Nicodème que de considérer qu'en sa qualité de rabbi, homme instruit dans les Écritures, il aurait dû savoir que les paroles de Jésus avaient une autre signification que celle de la naissance mortelle et littérale. En outre, s'il était possible qu'un homme naquît littéralement une seconde fois et dans la chair, comment pareille naissance pourrait-elle lui profiter dans sa croissance spirituelle ? Ce ne serait qu'une rentrée sur la scène de l'existence physique, pas un avancement. Cet homme savait que l'image d'une nouvelle naissance était commune dans les enseignements de son temps. On appelait nouveau-nés tous les Juifs au moment de leur conversion.
 
La surprise manifestée par Nicodème fut probablement due, du moins en partie, au fait que l'exigence annoncée par le Christ était universelle. Les enfants d'Abraham y étaient-ils compris ? Le traditionalisme des siècles s'opposait à toute idée de ce genre. Les païens devaient renaître en acceptant officiellement le judaïsme, s'ils voulaient avoir ne serait-ce qu'une petite part des bénédictions qui appartenaient par héritage à la maison d'Israël ; mais Jésus semblait traiter tout le monde sur le même pied, Juifs et Gentils, idolâtres païens et le peuple qui, du bout des lèvres du moins, appelait Jéhovah Dieu.
 
Jésus répéta sa déclaration avec précision, soulignant par l'impressionnant « en vérité, en vérité » la plus grande leçon qui fût jamais parvenue aux oreilles de ce gouverneur d'Israël : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Cette nouvelle naissance, que le Christ déclarait ainsi être une condition absolument essentielle pour entrer dans le royaume de Dieu, applicable à tous les hommes, sans limite ni modification, était une régénérescence spirituelle ; c'est ce qui fut expliqué ensuite au rabbi étonné : « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit. Ne t'étonne pas que je t'aie dit : il faut que vous naissiez de nouveau. » Malgré tout, le savant juif méditait et pourtant ne comprenait pas. Il se peut que le bruit de la brise nocturne se fit entendre à ce moment ; s'il en fut ainsi, Jésus ne fit que se servir de cet incident comme le ferait un maître habile pour enseigner une leçon d'une manière frappante, lorsqu'il poursuivit : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l'Esprit. » En termes clairs, il laissait entendre à Nicodème que sa science profane et son poste officiel ne lui servaient à rien pour comprendre les choses de Dieu ; son sens de l'ouïe lui permettait de savoir que le vent soufflait ; sa vue pouvait l'informer de son passage ; et cependant que savait-il de la cause ultime ne fût-ce que de ce phénomène tout simple ? Si Nicodème désirait réellement s'instruire des choses de l'esprit, il devait se débarrasser de la déformation due à sa connaissance de choses moins importantes.
 
Bien que rabbi et sanhédriste éminent, il se trouvait, dans l'humble logis du Maître de Galilée, en présence de quelqu'un de plus fort que lui. Dans la confusion de son ignorance il demanda : « Comment cela peut-il se faire ? » La réponse dut sinon l'humilier du moins le rendre humble : « Tu es le docteur d'Israël, et tu ne sais pas cela ! » Il est clair qu'il aurait déjà pu prendre connaissance antérieurement de certains des principes fondamentaux de l'Évangile ; Jésus reprochait d'autant plus à Nicodème son manque de connaissance que celui-ci instruisait le peuple. Alors notre Seigneur expliqua avec plus de détails, attestant qu'il parlait de choses qu'il connaissait avec certitude, parce qu'il les avait vues, tandis que Nicodème et ses congénères refusaient d'accepter le témoignage de ses paroles. En outre, Jésus affirma que sa mission était celle du Messie et prédit explicitement sa mort et la manière dont elle se produirait : qu'il devrait, lui, le Fils de l'Homme, être élevé, de même que Moïse avait élevé le serpent dans le désert comme prototype afin qu'Israël échappât au fléau fatal [25].
 
L'objectif de la mort prévue du Fils de l'homme était : « Afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle » ; car c'est à cela, dans son amour sans limite pour l'homme, que le Père avait voué son Fils unique. Et en outre, il était vrai que dans son avènement mortel le Fils n'était pas venu pour juger mais pour enseigner, persuader et sauver ; néanmoins la condamnation s'abattrait sûrement sur ceux qui rejetteraient ce Sauveur, car la lumière était venue, et les hommes méchants évitaient la lumière, la haïssant parce qu'ils préféraient les ténèbres dans lesquelles ils espéraient cacher leurs actions mauvaises. Il se peut qu'ici, encore une fois, Nicodème ait éprouvé du remords : en effet, n'avait-il pas craint de venir en plein jour, et n'avait-il pas choisi les heures nocturnes pour sa visite ? Les dernières paroles du Seigneur contenaient à la fois un enseignement et un reproche : « Mais celui qui pratique la vérité vient à la lumière, afin qu'il soit manifeste que ses œuvres sont faites en Dieu. »
 
Le récit de cet entretien entre Nicodème et le Christ constitue une des Écritures les plus instructives et les plus précieuses au sujet de la nécessité absolue d'obéir sans réserve aux lois et aux ordonnances de l'Évangile, moyens indispensables du salut. La foi que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, par l'intermédiaire duquel seul les hommes peuvent acquérir la vie éternelle, l'abandon du péché en se détournant résolument des ténèbres grossières du mal pour se diriger vers la lumière salvatrice de la justice, la nécessité inconditionnelle d'une nouvelle naissance par le baptême dans l'eau, et ce, par l'immersion exclusivement, puisque autrement l'image de la naissance n'aurait aucun sens, et l'achèvement de la naissance nouvelle dans le baptême par l'Esprit - tous ces principes sont ici enseignés d'une manière si simple et si claire que nul ne peut offrir d'excuse plausible de leur ignorance.
 
Si Jésus et Nicodème étaient les seules personnes présentes à l'entretien, Jean, l'auteur, doit avoir été mis au courant de celui-ci par l'un d'eux. Comme Jean était l'un des premiers disciples, et par la suite l'un des apôtres, et comme il se distinguait du groupe apostolique par ses rapports étroits avec le Seigneur, il est plus que probable qu'il entendit le récit des lèvres de Jésus. Le but de Jean était de toute évidence de rapporter la grande leçon que cet événement comportait plutôt que de raconter l'histoire en détail. Le récit se termine aussi brusquement qu'il a commencé ; les incidents sans importance sont omis ; chaque ligne est importante ; l'auteur était pleinement conscient de la profonde importance de son sujet et le traita en conséquence. Les allusions ultérieures à Nicodème tendent à confirmer l'opinion que nous nous sommes formée de l'homme au moment où il apparaît dans cette réunion avec Jésus - à savoir que c'était un homme qui était conscient d'éprouver une certaine croyance au Christ, mais dont la croyance ne se transforma jamais en cette foi sincère et virile qui pousse l'homme à accepter et à se soumettre quels qu'en soient le prix ou les conséquences [26].
 
DE LA VILLE À LA CAMPAGNE
 
Quittant Jérusalem, Jésus et ses disciples se rendirent dans les régions rurales de la Judée et y demeurèrent, prêchant sans aucun doute quand ils en trouvaient ou en créaient l'occasion ; et ceux qui croyaient en lui étaient baptisés [27]. La note dominante de ses premières paroles publiques était celle de son précurseur du désert : « Repentez-vous car le royaume des cieux est proche » [28].  Le Baptiste poursuivait ses travaux ; il est cependant certain que, depuis qu'il avait reconnu ce Plus Grand que lui dont il avait été envoyé préparer la venue, il considérait que le baptême qu'il administrait avait un sens quelque peu différent. Il avait tout d'abord baptisé pour préparer à Celui qui devait venir ; maintenant il baptisait les croyants repentants en Celui qui était venu.
 
Des discussions s'étaient élevées parmi certains des adhérents zélés de Jean concernant la doctrine de la purification. Le contexte [29] ne nous permet guère de douter qu'il était question des mérites relatifs du baptême de Jean et de celui qui était administré par les disciples de Jésus. Avec une ardeur excusable et un zèle bien intentionné pour leur maître, les disciples de Jean, qui s'étaient mêlés à la controverse, vinrent le trouver disant : « Rabbi, celui qui était avec toi au-delà du Jourdain et à qui tu as rendu témoignage, voici qu'il baptise et que tous vont à lui. » Les partisans de Jean se souciaient du succès de quelqu'un qu'ils considéraient dans une certaine mesure comme un rival de leur maître bien-aimé. Jean n'avait-il pas donné à Jésus le premier témoignage que celui-ci possédait ? « Celui à qui tu as rendu témoignage », dirent-ils, ne daignant même pas appeler Jésus par son nom. Suivant l'exemple d'André et de Jean, le futur apôtre, le peuple quittait le Baptiste pour s'assembler autour du Christ. La réponse de Jean à ses ardents disciples constitue un exemple sublime d'abnégation. Il dit en substance : L'homme ne reçoit que ce que Dieu lui donne. Il ne m'est pas donné d'accomplir l'œuvre du Christ. Vous êtes vous-mêmes témoins de ce que j'ai nié être le Christ et que j'ai dit avoir été envoyé devant lui. Il est comme l'époux. Je ne suis que comme l'ami de l'époux [30], son serviteur ; et je me réjouis profondément d'être ainsi près de lui ; sa voix me donne du bonheur, et ainsi ma joie est complète. Celui dont vous parlez se trouve au début de son ministère ; j'approche de la fin du mien. Il doit croître mais je dois diminuer. Il est venu du ciel, et pour cette raison il est supérieur à toutes les choses de la terre ; néanmoins les hommes refusent d'accepter son témoignage. L'Esprit de Dieu ne lui est pas compté. Il en a la plénitude. Le Père l'aime, lui, le Fils, et a tout remis entre ses mains, et : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne se confie pas au Fils ne verra pas la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui » [31]. 
 
C'est dans une telle réponse, donnée dans ces conditions, que l'on doit trouver l'esprit de la véritable grandeur et d'une humilité qui ne pouvait reposer que sur le fait que le Baptiste avait reçu l'assurance divine de ce qu'il était et de ce que le Christ était. C'est à plus d'un égard que Jean fut grand parmi tous ceux qui sont nés de femmes [32]. Il avait entrepris son œuvre lorsque Dieu l'avait envoyé le faire [33]. Il se rendait compte que son oeuvre était dans une certaine mesure dépassée, et il attendait patiemment d'être déchargé, continuant entre-temps dans le ministère, dirigeant des âmes vers son Maître. Le commencement de la fin était proche. Il fut bientôt saisi et jeté dans un cachot, où, comme nous allons le montrer, il fut décapité pour assouvir la vengeance d'une femme corrompue dont il avait dénoncé hardiment les péchés [34].
 
Les Pharisiens observaient avec une appréhension croissante la popularité grandissante de Jésus, comme le prouvait le fait que plus de personnes encore le suivaient et acceptaient le baptême des mains de ses disciples qu'il n'y en avait eu pour répondre à l'appel du Baptiste. On menaça d'exercer une opposition ouverte, et comme Jésus désirait éviter que son oeuvre subît les retards que pareille persécution causerait à ce moment-là, il s'éloigna de la Judée et se retira dans la Galilée, en passant par la Samarie. Ce retour dans la province du nord se produisit lorsque le Baptiste eut été jeté en prison [35].
 
 [1] Note 1, fin du chapitre.
 [2] Jn 2:12 ; cf. Mt 4:13 ; 9:1.
 [3] Mt 11:23 ; Lc 10: 15.
 [4] Note 2, fin du chapitre.
 [5] Note 3, fin du chapitre.
 [6] Chap. 9 du présent ouvrage ; Lc 2:46-49.
 [7] Chap. 9. Note 4, fin du présent chapitre.
 [8] Ex 30:11-16. Note 11, fin du chapitre.
 [9] Jn 2:14-17.
 [10] Comparer avec Ps 69:9.
 [11] Note 5, fin du chapitre.
 [12] Mt 12:38,39 ; cf. 16:1 ; Mc 8:11 ; Jn 6:30 ; 1 Co 1:22.
 [13] Jn 2:19 ; lire versets 18-22.
 [14] Note 6, fin du chapitre.
 [15] Mc 14:58. Chap. 34 du présent ouvrage.
 [16] Mc 15:29,30.
 [17] Jn 10:38, 17:21.
 [18] Jn 2:19-22 ; cf. 1 Co 3:16,17, 6:19 ; 2 Co 6:16 ; voir en outre Col 2:9 ; Hé 8:2.
 [19] Mt 27:63. Chap. 35 du présent ouvrage.
 [20] Comme l'a écrit brièvement le chanoine Farrar : « À moins que le ‘nous nous souvenons’ ait été un mensonge pur et simple, ils ne pouvaient faire allusion qu'à cet événement » (Life of Christ, p. 155).
 [21] Jn 2:23-25.
 [22] Jn 3:1-21.
 [23] Note 7, fin du chapitre.
 [24] Jn 3:2 ; lire versets 1-21.
 [25] Nb 21:7-9.
 [26] Note 8, fin du chapitre. Voir Articles de Foi, p. 123-127.
 [27] Jn 3:22 ; cf. 4:2.
 [28] Mt 4:17, cf. Mc 1: 15.
 [29] Jn 3:25-36.
 [30] Note 10, fin du chapitre.
 [31] Jn 3:27-36.
 [32] Mt 11:11.
 [33] Lc 3:2,3.
 [34] Mt 14:3-12.
 [35] Mt 4:12.
 
NOTES DU CHAPITRE 12
 
1. Le lac de Galilée : Ce lac, la plus grande masse d'eau douce de Palestine, a plus ou moins la forme d'une poire et mesure environ vingt et un kilomètres dans sa plus grande longueur qui va approximativement du nord vers le sud et entre dix et douze kilomètres de largeur maximum. Le Jourdain s'y jette dans son extrémité nord-est et en sort au sud-ouest ; on peut, par conséquent, considérer le lac comme une grande extension du fleuve, bien que cette dépression remplie d'eau ait environ 60 mètres de profondeur. Le Jourdain, une fois sorti du lac de Galilée, le relie à la mer Morte, cette dernière étant une masse d'eau extrêmement saline qui, à cause de l'abondance de sel dissous qu'elle contient et, par conséquent, de la densité de son eau est comparable au grand lac Salé d'Utah, bien que la composition chimique des eaux soit substantiellement différente. Luc appelle la mer de Galilée un lac, ce qui est une appellation plus appropriée (Lc 5:1,2, 8:22,23,33). Au nord-ouest du lac se trouve une plaine, qui était extrêmement cultivée dans les temps anciens : on l'appelait le pays de Génésareth (Mt 14:34, Mc 6:53) ; et la masse d'eau prit le nom de mer ou lac de Génésareth (Lc 5:1). Du fait qu'une des villes qui se trouvaient sur ses rives occidentales était importante, on l'appelait également le lac de Tibériade (Jn 6:1,23 ; 21: 1). Dans l'Ancien Testament on l'appelle la mer de Kinnéreth (Nb 34: 11, Jos 12:3) du nom d'une ville riveraine (Jos 19:35). La surface du lac ou de la mer se trouve à plusieurs centaines de mètres en dessous du niveau de la mer, deux cent quatre mètres plus bas que la Méditerranée selon Zénos, ou deux cent dix mètres selon d'autres. Cette situation extrêmement basse donne à la région un climat semi-tropical. Zénos dit dans le Standard Bible Dictionary : « Les eaux du lac sont connues pour être très poissonneuses. L'industrie de la pêche était par conséquent l'une des ressources les plus stables du pays environnant... Une autre caractéristique de la mer de Galilée est qu'elle est sujette à des tempêtes soudaines. Celles-ci proviennent en partie du fait qu'elle se trouve tellement plus bas que les plateaux avoisinants (fait qui crée une différence de température et par conséquent des perturbations dans l'atmosphère), et en partie du fait que des bourrasques se précipitent dans la vallée du Jourdain depuis les hauteurs du Hermon. L'événement rapporté dans Mt 8:24 n'est pas un cas extraordinaire. Ceux qui manœuvrent des bateaux sur le lac sont obligés d'être très prudents pour éviter les dangers occasionnés par ces tempêtes. Les rives de la mer de Galilée, de même que le lac lui-même, furent le théâtre d'un grand nombre des événements les plus remarquables rapportés dans les évangiles. »
 
2. Les quatre évangiles : Tous ceux qui ont soigneusement étudié le Nouveau Testament doivent avoir observé que les livres de Matthieu, Marc et Luc traitent d'une manière plus détaillée des événements, des paroles et des actions du Sauveur en Galilée qu'ils ne le font de son œuvre en Judée ; d'autre part, le livre ou évangile de Jean traite en particulier des incidents du ministère judéen de notre Seigneur, sans toutefois exclure les événements importants qui se produisirent en Galilée. Au point de vue du style de l'écriture et de la méthode utilisée pour leur sujet, les auteurs des premiers évangiles (les évangélistes, comme la littérature théologique les appelle collectivement, eux et Jean) diffèrent d'une manière plus marquante de l'auteur du quatrième évangile qu'entre eux. Les événements que les trois premiers rapportent peuvent être facilement classés, comparés ou arrangés et, par conséquent, on appelle maintenant communément les évangiles écrits par Matthieu, Marc et Luc les Synoptiques ou évangiles synoptiques.
 
3. Âgé de trente ans : Selon Luc (3:23), Jésus avait environ trente ans à l'époque de son baptême, et nous voyons que peu après, il entreprit publiquement l'œuvre de son ministère. La loi prévoyait que c'était à l'âge de trente ans que les Lévites devaient entreprendre leur service spécial (Nb 4:3). Clarke, Bible Commentary, traitant du passage qui se trouve dans Luc 3:23, dit : « C'était l'âge légal auquel les prêtres devaient parvenir avant de pouvoir être installés dans leur office. » Il se peut que Jésus ait tenu compte de ce qui était devenu une coutume de l'époque, lorsqu'il attendit d'avoir atteint cet âge pour entreprendre publiquement les travaux de Maître parmi le peuple. N'étant pas de descendance lévitique, il n'était pas éligible pour être ordonné à la prêtrise selon l'ordre d'Aaron et, pour cette raison, n'attendit certainement pas celle-ci pour commencer son ministère. Avoir enseigné en public à un âge plus jeune aurait provoqué des critiques et des objections qui auraient pu avoir pour résultat de freiner gravement ou d'empêcher son œuvre dès le début.
 
4. Les multitudes et la confusion lors de la fête de la Pâque : Bien qu'il soit, on l'admettra aisément, impossible qu'une fraction même raisonnablement importante du peuple juif ait pu être présente aux assemblées annuelles de la Pâque à Jérusalem et qu'on ait, par conséquent, prévu la possibilité d'observer la fête localement, il est indubitable que le nombre de personnes qui assistaient ordinairement aux célébrations du temple à l'époque de Jésus était énorme. Josèphe dit des foules de la Pâque qu'elles constituaient « une multitude innombrable » (Guerres 11, 1:3), et en un autre lieu (Guerres, VI, 9:3) déclare que l'assistance atteignit le chiffre énorme de trois millions d'âmes ; c'est ce qu'il dit, bien que beaucoup d'écrivains modernes considèrent ce passage comme une exagération. Josèphe dit que pour donner à l'empereur Néron des renseignements sur la force numérique du peuple juif, en particulier en Palestine, Cestius demanda aux principaux sacrificateurs de compter le nombre d'agneaux qui avaient été immolés à la fête, et le nombre qu'on lui rapporta fut de 256 500, ce qui, en comptant de dix à onze personnes par table pascale, indiquerait la présence, dit-il, d'au moins 2700200 personnes, les visiteurs non Juifs non compris, non plus que ceux d'Israël à qui était refusée toute participation au repas pascal parce qu'ils n'étaient pas cérémoniellement aptes.
 
Les scènes de confusion inévitables dans les conditions qui existaient à l'époque sont admirablement résumées par Geikie (Life and Words of Christ, chap. 30), qui cite un grand nombre d'autorités anciennes pour justifier ses déclarations : « Les rues étaient bloquées par les foules qui venaient de partout, qui devaient se diriger vers le temple, passant devant des troupeaux de brebis et de bœufs, lesquels se hâtaient dans la partie en contrebas de chaque rue réservée pour eux, pour empêcher qu'il y ait contact et souillure. Des colporteurs de toutes les marchandises possibles assaillaient les pèlerins, car les grandes fêtes étaient, comme nous l'avons dit, le temps de la moisson pour tous les commerces de Jérusalem, de même que, à la Mecque, aujourd'hui encore, l'époque de la grande affluence des fidèles à la tombe du Prophète est celle où le commerce est le plus affairé parmi les pèlerins marchands qui forment les caravanes en provenance de toutes les parties du monde mahométan.
 
« À l'intérieur de l'espace réservé au temple, le bruit et la cohue étaient encore pis, si cela était possible. On avait planté des poteaux indicateurs demandant de garder sa droite ou sa gauche, comme dans les artères les plus denses de Londres. La cour extérieure, dans laquelle d'autres que des Juifs pouvaient entrer, et qui était, par conséquent, appelée la cour des Païens, était partiellement couverte d'enclos pour les brebis, les chèvres et le bétail, pour la fête et les actions de grâce. Les vendeurs criaient les mérites de leurs animaux, les brebis bêlaient et les bœufs mugissaient. C'était en réalité la grande foire annuelle de Jérusalem, et les foules augmentaient le vacarme et le tumulte au point que les services des cours voisines étaient affreusement troublés. Les marchands de colombes, pour les femmes pauvres qui venaient de toutes les parties du pays pour être purifiées, et pour les autres, avaient un espace réservé. En effet, la vente des colombes était, dans une grande mesure en secret, entre les mains des prêtres eux-mêmes : Anne, le souverain sacrificateur, se faisait particulièrement de grands bénéfices grâce à ses colombiers du mont des Oliviers. La location des enclos pour brebis et pour bétail et les bénéfices qu'ils se faisaient sur les colombes, avaient amené les prêtres à approuver ce non-sens de transformer le temple lui-même en un marché bruyant. Et ce n'est pas tout : les potiers essayaient de vendre aux pèlerins leurs plats et leurs fours de terre cuite pour l'agneau pascal, des centaines de marchands faisaient, en hurlant, la réclame de leurs marchandises, des magasins de vin, d'huile, de sel et de tout ce dont on avait encore besoin pour les sacrifices, invitaient les clients, et en outre, des personnes traversant la ville avec toutes sortes de fardeaux, raccourcissaient leur chemin en traversant les jardins du temple. Ce qui ajoutait encore à la folie générale était le fait qu'il fallait payer le tribut, imposé à tous, pour entretenir le temple. Des deux côtés de la porte est du temple, on permettait, depuis des générations, l'existence de boutiques pour changer l'argent étranger. Depuis le quinze du mois précédent, on permettait aux changeurs d'argent de mettre leurs tables dans la ville, et à partir du 21 - ou 20 jours avant la Pâque - d'exercer leur commerce dans le temple lui-même. Ceux qui achetaient le matériel nécessaire pour des sacrifices payaient leur dû à des boutiques spéciales, à un officier du temple, et recevaient un chèque de plomb pour la valeur duquel ils obtenaient du marchand ce qu'ils achetaient. En outre, on changeait de grosses sommes qui devaient être lancées, comme offrandes volontaires, dans l'un des treize coffres qui formaient le trésor du temple. Tous les Juifs, quelque pauvres qu'ils fussent, devaient, en outre, payer un demi-sicle - 18 pence environ - annuel comme rançon d'expiation pour leur âme, et pour l'entretien du temple. Comme celui-ci n'était acceptable qu'en une monnaie du pays, appelée le sicle du temple, qui n'avait pas généralement cours, les étrangers devaient changer leur argent romain, grec ou oriental aux boutiques des changeurs pour obtenir la monnaie requise. Ce commerce permettait aisément le vol, lequel n'était que trop courant. On faisait payer un taux de change de 5 % qui était augmenté à l'infini par des trucs et des chicaneries, à cause desquels cette classe s'était acquis partout une si mauvais réputation que son témoignage, comme celui des publicains, n'était pas reçu devant un tribunal. »
 
En ce qui concerne la pollution à laquelle les cours du temple avaient été soumises par des trafiquants agissant avec la permission des prêtres, Farrar (Life of Christ, p. 152) nous dit ce qui suit : « Et c'était la cour d'entrée du temple du Très-Haut ! La cour qui était témoin que cette maison devait être une maison de prière pour toutes les nations, avait été souillée et était devenue un lieu qui, par sa saleté, ressemblait plus à un abattoir et, par son commerce bourdonnant, ressemblait davantage à un marché bourré de monde ; pendant que le mugissement des bœufs, le bêlement des brebis, la Babel aux nombreuses langues, les marchandages, les querelles et le tintement de l'argent et des balances (peut-être pas toujours justes), étaient audibles dans les cours voisines, troublant les chants des Lévites et les prières des prêtres ! »
 
5. La servilité des Juifs en présence de Jésus : Le texte qui nous rapporte l'exploit de Jésus débarrassant les cours du temple de ceux qui avaient fait de la maison du Seigneur un marché, ne contient rien qui nous permette de penser qu'il fit preuve d'une force surhumaine ou d'une force plus que virile. Il utilisa un fouet qu'il avait fait lui-même, chassa bêtes et gens devant lui. Ils s'enfuirent pêle-mêle. D'après le texte, personne n'a émis d'objections avant la fin de l'expulsion. Pourquoi personne dans la multitude ne s'opposa-t-il ? La soumission semble avoir été abjecte et servile à l'extrême. Farrar (Life of Christ, p. 151,152) pose la question et y répond par un raisonnement excellent et plein d'éloquence : « Pourquoi cette multitude de pèlerins ignorants ne résista-t-elle pas ? Pourquoi ces marchandeurs cupides se contentèrent-ils de lui lancer des regards sombres et de marmonner des malédictions, tandis qu'ils laissaient chasser leurs bœufs et leurs brebis dans les rues et se faisaient eux-mêmes expulser, tandis que leur argent était lancé sur le sol par quelqu'un qui était alors jeune et inconnu et vêtu comme les Galiléens méprisés ? Pourquoi, pourrions-nous demander de la même manière, Saül permit-il à Samuel de le réprimander en présence même de son armée ? Pourquoi David obéit-il abjectement aux ordres de Joab ? Pourquoi Achab n'osa-t-il pas arrêter Élie à la porte de la vigne de Naboth ? Parce que le péché c'est de la faiblesse, parce qu'il n'y a rien d'aussi abject au monde qu'une conscience coupable, rien d'aussi invincible que la marée balayante d'une indignation divine contre tout ce qui est vil et mauvais. Comment ces misérables acheteurs et vendeurs, conscients de faire le mal, pouvaient-ils s'opposer à cette réprimande ardente ou faire face aux éclairs de ces yeux qu'allumait une sainteté outragée ? Lorsque Phineas, le prêtre, plein de zèle pour l'Éternel des armées, transperça le prince de Siméon et la Madianite d'un coup glorieux de sa lance indignée, pourquoi Israël coupable ne vengea-t-il pas ce meurtre splendide ? Pourquoi tous les hommes de la tribu de Siméon ne devinrent-ils pas un Goël pour cet assassin intrépide ? Parce que le vice ne peut résister un seul instant devant le bras levé de la vertu. Vils et rampants comme ils l'étaient, ces Juifs faiseurs d'argent sentaient, dans tout ce qui en leur âme n'était pas encore rongé par l'infidélité et la cupidité, que le Fils de l'Homme avait raison.
 
« Oui, même les prêtres et les Pharisiens, les scribes et les Lévites, dévorés qu'ils étaient par l'orgueil et le formalisme, ne pouvaient condamner un acte qui aurait pu être accompli par un Néhémie ou un Judas Maccabée et qui était conforme à tout ce qui était pur et excellent dans leurs traditions. Mais lorsqu'ils entendirent parler de cet acte ou en furent témoins, et eurent le temps de se ressaisir du mélange d'admiration, de dégoût et d'étonnement qu'il inspirait, ils s'approchèrent de Jésus, et bien que n'osant pas condamner ce qu'il avait fait, ils demandèrent cependant, à moitié indignés, un signe montrant qu'il avait le droit d'agir ainsi. »
 
6. Le respect des Juifs pour le temple : Les Juifs professaient un grand respect pour le temple. « Une déclaration du Sauveur, que les esprits obtus interprétèrent comme une menace contre le temple, fut utilisée contre lui comme l'un des principaux chefs d'accusation pour lesquels on exigeait sa condamnation à mort. Quand les Juifs réclamaient une preuve de son autorité, il prédit sa propre mort et sa résurrection par ces mots : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2:19-22 ; voir aussi Mt 26:61 ; 27:40 ; Mc 14:58: 15:29). Dans leur aveuglement, ils considérèrent cette remarque comme une allusion irrespectueuse à leur temple, un bâtiment construit de main d'homme, et ils se refusèrent à l'oublier ou à la pardonner. Cette vénération se poursuivit après la crucifixion de notre Seigneur ; cela ressort avec évidence des accusations portées contre Étienne, et plus tard contre Paul. Dans leur rage meurtrière, ces gens accusèrent Étienne de manque de respect pour le temple et produisirent de faux témoins qui se parjurèrent en déclarant : « Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre le lieu saint et contre la loi » (Ac 6:13). Là-dessus, Étienne fut rangé au nombre des martyrs. Quand on proclama que Paul avait introduit avec lui un Gentil dans les locaux du temple, toute la ville fut ameutée, et une population furieuse arracha Paul de ce lieu et chercha à le tuer (Ac 21:26-40). » L'auteur, La Maison du Seigneur, p. 48,49.
 
7. Plusieurs des « chefs » crurent : Nicodème n'était pas le seul dans les classes dirigeantes qui crut en Jésus ; mais nous ne savons rien de celles-ci qui nous indique qu'elles ont eu assez de courage pour venir même de nuit s'informer indépendamment et personnellement. Elles craignaient de perdre, à la suite de cela, leur popularité et leur position. Dans Jean 12:42,43, nous lisons : « Cependant, même parmi les chefs, plusieurs crurent en lui ; mais à cause des Pharisiens, ils ne le confessaient pas, pour ne pas être exclus de la synagogue. Car ils aimèrent la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. » Notez également l'épisode du scribe qui offrit de devenir officiellement disciple mais qui, probablement parce qu'il manquait dans une certaine mesure de sincérité ou n'en était pas capable, fut découragé plutôt qu'approuvé par Jésus (Mt 8:19,20).
 
8. Nicodème : Le comportement de cet homme montre immédiatement qu'il croyait réellement que Jésus était envoyé de Dieu et que sa croyance ne put se transformer en foi véritable qui, s'il avait pu l'obtenir, aurait pu l'amener à une vie de service dévoué à la cause du Maître. Quand, à une époque ultérieure à son entretien avec le Christ, les chefs des prêtres et les Pharisiens réprimandèrent les huissiers qu'ils avaient envoyés arrêter Jésus et qui revenaient rapporter leur échec, Nicodème, membre du Conseil, se hasarda à s'opposer timidement à la détermination meurtrière des gouvernants, en formulant une proposition générale sous la forme interrogative : « Notre loi juge-t-elle un homme avant qu'on l'ait entendu et qu'on sache ce qu'il a fait ? » Ses collègues lui répondirent avec mépris, et il semble avoir abandonné son effort bien intentionné (Jn 7:50-53, lisez les versets précédents 30-49). Nous le voyons ensuite apporter une contribution coûteuse en myrrhe et en aloès, cent livres environ, à utiliser pour l'ensevelissement du corps alors crucifié du Christ ; mais même dans cet acte de générosité et de dévotion, dans lequel on ne peut douter de sa sincérité et de ses intentions, il avait été précédé par Joseph d'Arimathée, homme de haut rang, qui avait hardiment demandé et obtenu le corps pour l'ensevelir respectueusement (Jn 19:38-42). Néanmoins Nicodème fit plus que la plupart de ses collègues croyants parmi les nobles et les grands ; qu'on lui en laisse le crédit ; il ne perdra pas sa récompense.
 
9. L'ami de l'époux : La coutume matrimoniale judéenne du temps du Christ exigeait que l'on nommât un garçon d'honneur principal, qui s'occupait de tous les préliminaires et prenait toutes les dispositions pour le festin des noces au nom de l'époux. On l'appelait officiellement l'ami de l'époux. Lorsque les formalités cérémonielles étaient accomplies et que l'épouse avait été donnée légalement et officiellement à son époux, la joie de l'ami de l'époux était pleine en ce sens que les devoirs dont il était chargé avaient bien été exécutés (Jn 3:29). Selon Edersheim (Life and Times of Jesus the Messiah, vol. 1 p. 148), en vertu des coutumes plus simples qui régnaient en Galilée, on ne choisissait pas souvent un « ami de l'époux », et (p. 663-4) l'expression « enfant de la chambre de l'épouse » (Mt 9:15, Mc 2:19, Lc 5:34 [dans la version anglaise, ndt] toutes citations dans lesquelles l'expression est utilisée par Jésus) s'appliquait collectivement à tous les invités d'un festin de noces. Il dit : « Comme l'institution des ‘amis de l'époux’ était courante en Judée, mais pas en Galilée, cette distinction marquée de ‘l'ami de l'époux’ dans la bouche du judéen Jean et fils (enfants) de la chambre de l'épouse) dans celle du Galiléen Jésus, est en elle-même une preuve d'exactitude historique. »
 
10. L'argent de l'expiation : Au cours de l'exode, le Seigneur requit de toute personne masculine en Israël qui avait vingt ans ou plus au moment d'un recensement, le paiement d'une rançon se montant à un demi-sicle (Ex 30:12-16). Voir p. 419 et 433 infra. Quant à l'usage auquel l'argent était consacré, le Seigneur donna le commandement suivant à Moïse : « Tu recevras des Israélites l'argent de la rançon, et tu l'emploieras au travail de la tente de la Rencontre ; ce sera pour les fils d'Israël un souvenir devant l'Éternel pour la rançon de leurs personnes » (Ex 30:16, voir aussi 38:25-31). Avec le temps, cet impôt d'un demi-sicle fut levé annuellement, bien que cette exaction ne repose sur aucune autorité scripturaire. Cet impôt ne doit pas être confondu avec l'argent du rachat, qui se montait à 5 sicles pour chaque premier-né masculin, dont le paiement exemptait l'individu du service du sanctuaire. Au lieu des fils premiers-nés de toutes les tribus, le Seigneur désigna les Lévites pour ce ministère spécial ; néanmoins il continua à considérer les premiers-nés masculins comme lui appartenant tout particulièrement et exigea le paiement d'une rançon comme signe de leur rachat des devoirs du service sacré. Voir Ex 13:2, 13-15 ; Nb 3:13, 40-51, 8:15-18, 18:15,16, ainsi que le chap. 8 du présent ouvrage.
  
 
CHAPITRE 13 : HONORÉ DES ÉTRANGERS, REJETÉ DES SIENS
 
JÉSUS ET LA SAMARITAINE
 
La route directe reliant la Judée à la Galilée passait par la Samarie ; mais beaucoup de Juifs, et surtout les Galiléens, préféraient prendre une route indirecte et plus longue plutôt que de traverser le pays d'un peuple aussi méprisé d'eux que l'étaient les Samaritains. Le ressentiment entre Juifs et Samaritains avait grandi pendant des siècles, et à l'époque du ministère terrestre de notre Seigneur s'était transformé en une haine extrêmement intense [1]. Les habitants de la Samarie étaient un peuple hétérogène, chez qui le sang d'Israël était mêlé à celui des Assyriens et d'autres nations ; et l'une des raisons de l'animosité qui existait entre eux et leurs voisins tant au nord qu'au sud était que les Samaritains prétendaient être reconnus pour Israélites ; ils se vantaient que Jacob était leur père, mais cela, les Juifs le niaient. Les Samaritains avaient une version du Pentateuque qu'ils révéraient comme étant la loi, mais ils rejetaient tous les écrits prophétiques de ce qui est maintenant l'Ancien Testament, parce qu'ils s'y considéraient traités avec insuffisamment de respect.
 
Pour les Juifs orthodoxes de l'époque, un Samaritain était plus impur qu'un Gentil d'une autre nationalité. Il est intéressant de remarquer les restrictions extrêmes et absurdes qui étaient imposées à l'époque dans la réglementation des rapports inévitables entre les deux peuples. Le témoignage d'un Samaritain ne pouvait être entendu devant un tribunal juif. Le fait pour un Juif de manger de la nourriture préparée par un Samaritain fut à un certain moment considéré par l'autorité rabbinique comme une offense aussi grande que celle de manger la chair du porc. On admettait que les produits d'un champ de Samarie n'étaient pas impurs parce qu'ils sortaient directement du sol, mais ces produits devenaient impurs s'ils étaient soumis à un traitement quelconque entre les mains des Samaritains. C'est ainsi que l'on pouvait acheter des raisins et du grain aux Samaritains, mais on ne pouvait consommer ni le vin, ni la farine fabriqués par des ouvriers samaritains à partir de ces produits. Un jour on lança le qualificatif de « Samaritain » à l'adresse du Christ dans l'intention de l'insulter. « N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as en toi un démon [2] ? » La conception samaritaine de la mission du Messie attendu était relativement mieux fondée que celle des Juifs, car les Samaritains accordaient plus d'importance au royaume spirituel que le Messie établirait et étaient moins exclusifs dans leurs conceptions de ceux à qui les bénédictions messianiques seraient accordées.
 
Dans son voyage en Galilée, Jésus prit le chemin le plus court, qui traversait la Samarie ; et il ne fait aucun doute que son choix fut guidé par un dessein, car nous lisons qu'il « fallait qu'il traverse la Samarie » [3]. La route passait par ou près de la ville appelée Sychard « près du champ que Jacob avait donné à Joseph, son fils » [4]. Là se trouvait le puits de Jacob, qui était tenu en haute estime, non seulement pour sa valeur intrinsèque comme source d'eau intarissable, mais aussi parce qu'il était lié à la vie du grand patriarche. Jésus, las de son long voyage, se reposa au puits, tandis que ses disciples se rendaient à la ville pour acheter de la nourriture. Une femme vint remplir sa jarre à eau, et Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » En vertu des lois de l'hospitalité orientale qui régnaient alors, demander de l'eau était une requête qui ne devait jamais être refusée s'il était possible de l'accorder ; cependant la femme hésita, car elle était étonnée qu'un Juif demandât une faveur à une Samaritaine, quelque grand que fût le besoin. Elle exprima sa surprise par la question : « Comment toi qui es Juif, me demandes-tu à boire, à moi qui suis une Samaritaine ? Les Juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les Samaritains. » Jésus, semblant oublier sa soif dans son désir d'enseigner, lui répondit en disant : « Si tu connaissais le don de Dieu, et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire ! C'est toi qui lui aurais demandé (à boire), et il t'aurait donné de l'eau vive. » La femme lui rappela qu'il n'avait pas de seau, ni de corde pour la retirer du puits profond et l'interrogea en outre sur ce qu'il voulait dire, ajoutant : « Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? »
 
Jésus découvrit dans les paroles de la femme un esprit semblable à celui avec lequel le savant Nicodème avait reçu ses enseignements ; il leur était impossible à l'un comme à l'autre de saisir la leçon spirituelle qu'il voulait donner. Il lui expliqua que l'eau du puits n'aurait qu'un avantage temporaire ; celui qui en buvait aurait de nouveau soif ; « mais, ajouta-t-il, celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». L'intérêt de la femme fut vivement éveillé, que ce fût par curiosité ou par une émotion plus profonde, car c'est elle maintenant qui lui fit la demande, et, lui donnant un titre de respect, dit : « Seigneur, donne-moi cette eau, afin que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus puiser ici. » Elle ne pouvait rien voir au-delà des avantages matériels que pourrait donner une eau qui apaiserait la soif une fois pour toutes. Le résultat de la boisson qu'elle avait à l'esprit serait de lui donner une immunité contre un besoin corporel et de lui épargner le travail de venir tirer de l'eau du puits.
 
Le sujet de la conversation fut brusquement changé lorsque Jésus lui dit d'aller appeler son mari et de revenir. Quand elle lui répondit qu'elle n'avait pas de mari, Jésus lui révéla son pouvoir surhumain de discernement en disant qu'elle avait dit la vérité, étant donné qu'elle avait eu cinq maris, tandis que l'homme avec lequel elle vivait alors n'était pas son mari. Il est certain qu'aucun être ordinaire n'aurait pu lire ainsi l'histoire déplaisante de sa vie ; elle confessa impulsivement sa conviction, disant : « Seigneur, je vois que tu es prophète. » Elle voulait détourner la conversation et, indiquant le mont Guérizim, sur lequel le prêtre sacrilège Manassé avait érigé un temple samaritain, elle fit une réflexion qui avait peu de rapport avec ce qui avait été dit précédemment : « Nos pères ont adoré sur cette montagne ; et vous dites, vous, que le lieu où il faut adorer est à Jérusalem. » Jésus répliqua dans une veine encore plus profonde, lui disant que le moment était proche où ce ne serait ni cette montagne, ni Jérusalem qui seraient le lieu du culte par excellence ; et il lui reprocha clairement de penser que les croyances traditionnelles des Samaritains étaient aussi bonnes que celles des Juifs ; car, dit-il : « Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs. » Aussi changée et corrompue que la religion juive fût devenue, elle était meilleure que celle des Samaritains ; car les Juifs acceptaient les prophètes, et c'était de Juda que le Messie était venu. Mais, comme Jésus le lui expliqua, le lieu du culte était moins important que l'esprit de l'adorateur. « Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. »
 
Ne pouvant pas ou ne voulant pas comprendre ce que le Christ voulait dire, la femme chercha à mettre fin à la leçon par une réflexion qui, pour elle, n'était probablement que faite en passant : « Je sais que le Messie vient - celui qu'on appelle Christ. Quand il sera venu, il nous annoncera tout. » Alors, à son profond étonnement, Jésus lui répondit par la déclaration terrible : « Je le suis, moi qui te parle. » Le langage était sans équivoque, l'affirmation ne demandait aucune interprétation. La femme devait le considérer dorénavant soit comme un imposteur, soit comme le Messie. Elle laissa sa cruche au puits et, se hâtant de retourner à la ville, parla de son expérience, disant : « Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ; ne serait-ce pas le Christ ? »
 
Vers la fin de l'entretien entre Jésus et la femme, les disciples arrivèrent avec les provisions qu'ils étaient allés chercher. Ils s'étonnèrent de trouver le Maître en conversation avec une femme, et une Samaritaine qui plus est ; et cependant aucun d'eux ne lui demanda d'explications. Son attitude dut leur faire sentir que l'événement était grave et solennel, Lorsqu'ils l'exhortèrent à manger, il dit : « J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. » Pour eux, ces paroles n'avaient aucun sens au-delà du sens littéral, et ils se demandèrent entre eux si quelqu'un lui avait apporté de la nourriture au cours de leur absence ; mais il les éclaira de cette manière : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son oeuvre. »
 
Une foule de Samaritains apparut venant de la ville. Levant les yeux sur eux et sur les champs de blé voisins, Jésus poursuivit : « Ne dites-vous pas qu'il y a encore quatre mois jusqu'à la moisson ? Eh bien ! je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs qui sont déjà blancs pour la moisson. » La portée de cette parole semble être que bien que des mois dussent se passer avant que le blé et le seigle ne fussent prêts pour la faucille, la moisson des âmes, représentées par la foule qui s'approchait, était alors même prête, et que les disciples pouvaient récolter ce qu'il avait semé, pour leur profit inestimable, puisqu'ils auraient un salaire pour leur travail et rassembleraient les fruits d'un travail fait par quelqu'un d'autre qu'eux.
 
Un grand nombre de Samaritains crurent au Christ, d'abord par la force du témoignage de la femme, puis à cause de leur propre conviction ; et ils dirent à la femme à l'instigation de qui ils étaient tout d'abord allés le trouver : « Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons ; car nous l'avons entendu nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. » Il accéda gracieusement à leur désir de le voir rester et demeura deux jours avec eux. Il ne fait aucun doute que Jésus n'éprouvait pas le préjugé national que les Juifs avaient pour les Samaritains ; une âme honnête était acceptable pour lui d'où qu'elle vint. Il est probable que la semence qui fut plantée au cours de ce bref séjour de notre Seigneur parmi le peuple méprisé de Samarie fut celle dont une moisson si riche fut récoltée par les apôtres dans les années ultérieur [5].
 
JÉSUS RETOURNE EN GALILÉE : À CANA ET À NAZARETH
 
Après les deux jours de séjour parmi les Samaritains, Jésus, accompagné des disciples qui avaient voyagé avec lui depuis la Judée, reprit le voyage en direction du nord, en Galilée, province qu'il avait quittée depuis plusieurs mois. Se rendant compte que le peuple de Nazareth, ville dans laquelle il avait été élevé, aurait probablement mauvais gré à le reconnaître comme quelque chose d'autre que le charpentier, ou, comme il le déclara, sachant qu'un « prophète n'est pas honoré dans sa propre patrie » [6], il se rendit tout d'abord à Cana. Le peuple de cette région, et de fait, les Galiléens en général, le reçurent avec plaisir ; en effet beaucoup d'entre eux avaient assisté à la dernière Pâque et avaient probablement été personnellement témoins des miracles qu'il avait accomplis en Judée. Tandis qu'il était à Cana, il reçut la visite d'un noble, probablement un fonctionnaire important de la province, qui le supplia de se rendre à Capernaüm et de guérir son fils, qui était sur le point de mourir. Voulant probablement montrer à l'homme l'état véritable de son esprit, car nous ne pouvons douter que Jésus pouvait lire ses pensées, notre Seigneur lui dit : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croirez donc point [7] ! » Comme nous l'avons déjà remarqué dans des exemples antérieurs, en particulier lorsque Jésus refusa de se confier à ceux qui se prétendaient croyants à Jérusalem et dont la foi reposait uniquement sur leur étonnement des choses qu'il faisait [8], notre Seigneur ne voulait pas considérer les miracles, même ceux qu'il accomplissait, comme un fondement suffisant et sûr de la foi. Le noble suppliant, angoissé de l'état précaire de son fils, ne se vexa nullement de la réprimande qu'un esprit chicaneur aurait pu déceler dans la réponse du Seigneur ; avec une humilité sincère qui montrait sa foi que Jésus pouvait guérir l'enfant, il renouvela sa supplique avec insistance : « Seigneur, descends avant que mon petit enfant ne meure. »
 
Il est probable que l'homme n'avait jamais réfléchi aux moyens ou aux processus directs par lesquels les paroles d'un être quelconque pouvaient détourner la mort et assurer la guérison ; mais dans son cœur il croyait à la puissance du Christ et supplia notre Seigneur avec une ferveur pathétique d'intervenir en faveur de son fils mourant. Il semblait considérer comme nécessaire que le Guérisseur fût présent, et sa grande crainte était que le garçon ne vécût point jusqu'à ce que Jésus fût arrivé. « Va, ton fils vit. Cet homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il s'en alla. » La sincérité de la confiance de l'homme se révèle dans le fait qu'il accepta avec reconnaissance l'assurance du Seigneur et dans le contentement qu'il manifesta immédiatement. Capernaüm, où son fils se trouvait, était à environ trente kilomètres de là ; s'il avait encore été soucieux et sceptique, il aurait probablement essayé de retourner chez lui le jour même, car il était une heure de l'après-midi lorsque Jésus prononça les paroles qui lui avaient procuré un tel soulagement ; mais il retourna à l'aise, car le lendemain il était encore en route et rencontra certains de ses serviteurs qui avaient été envoyés pour le réjouir de la bonne nouvelle que son fils était guéri. Il demanda quand le garçon avait commencé à se sentir mieux, et on lui répondit que la fièvre l'avait quitté à la septième heure de la veille. C'était le moment où le Christ avait dit : « Ton fils vit. » La croyance de l'homme mûrit rapidement, et lui et sa maison acceptèrent l'Évangile [9]. C'est le deuxième miracle que Jésus accomplit à Cana, bien que dans ce cas, le sujet béni se trouvât à Capernaüm.
 
La réputation de notre Seigneur se répandit dans toute la région alentour. Pendant une période qui n'est pas précisée, il enseigna dans les synagogues des villes et fut reçu avec faveur, étant « glorifié par tous » [10]. Il retourna ensuite à Nazareth, son ancienne demeure et, comme c'était sa coutume, assista au service de la synagogue le jour du sabbat. Enfant et jeune homme, il s'était assis de nombreuses fois dans cette maison de culte, écoutant la lecture de la loi et des prophètes et les commentaires ou targoums [11] qui s'y rapportaient, prononcés par des lecteurs désignés ; mais maintenant, instructeur reconnu d'âge légal, il avait le droit de prendre la place du lecteur. En cette occasion, il se leva pour lire, lorsque le service fut parvenu au stade auquel des extraits des livres prophétiques devaient être lus à l'assemblée. L'officiant lui donna le rouleau ou livre d'Ésaïe ; il l'ouvrit à la partie que nous connaissons comme le début du soixante et unième chapitre et lut : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint [pour guérir ceux qui ont le cœur brisé ;] pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m'a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce du Seigneur » [12]. Tendant le livre à l'officiant, il s'assit. Il était permis au lecteur, lors du service de la synagogue juive, de faire des commentaires pour expliquer ce qui avait été lu ; mais pour ce faire il devait s'asseoir. Lorsque Jésus s'assit, le peuple sut qu'il était sur le point d'expliquer le texte, et « Les yeux de tous, dans la synagogue, étaient fixés sur lui ». L'Écriture qu'il avait citée, toutes les classes reconnaissaient qu'elle faisait tout particulièrement allusion au Messie dont la nation attendait la venue. La première phrase du commentaire de notre Seigneur fut stupéfiante ; elle ne contenait aucune analyse laborieuse, aucune interprétation scolastique, mais une application directe et sans ambiguïté : « Aujourd'hui cette (parole de l')Écriture que vous venez d'entendre, est accomplie. » Il y avait une telle grâce dans ses paroles que tous s'étonnèrent, et dirent : « N'est-ce pas le fils de Joseph [13] ? »
 
Jésus connaissait leurs pensées, même s'il n'entendait pas leurs paroles et, prévenant leurs critiques, il dit : « Certainement, vous me citerez ce proverbe : Médecin, guéris-toi toi-même ; tout ce qui s'est produit à Capernaüm et que nous avons appris, fais-le ici dans ta patrie. Il leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie. » Dans son cœur, le peuple était vivement désireux de voir un signe, un prodige, un miracle. Il savait que Jésus en avait accompli à Cana et qu'un garçon de Capernaüm avait été guéri par sa parole ; à Jérusalem également, il avait étonné le peuple de ses œuvres puissantes. Allaient-ils, eux, ses concitoyens, être négligés ? Pourquoi ne leur faisait-il pas une démonstration amusante de ses pouvoirs ? Il poursuivit son discours, leur rappelant que du temps d'Élie où, pendant trois ans et demi, il n'avait pas plu et où la famine avait régné, le prophète avait été envoyé à une seulement des nombreuses veuves, et ce, à une femme de Sarepta, à Sidon, une Gentile qui n'était pas une fille d'Israël. Et encore, bien qu'il y eût beaucoup de lépreux en Israël du temps d'Élisée, un seul lépreux, et ce, un Syrien, pas un Israélite, avait été purifié par le ministère du prophète, car Naaman seul avait manifesté la foi requise.
 
Alors leur colère fut grande. Osait-il les classer parmi les Gentils et les lépreux ? Allaient-ils se laisser comparer à des infidèles méprisés, et cela par le fils du charpentier du village, qui avait grandi depuis son enfance dans leur communauté ? En proie à une rage diabolique, ils saisirent le Seigneur et l'emmenèrent au sommet de la colline sur le versant de laquelle la ville était construite, décidés à venger leur amour-propre blessé en le précipitant du haut des falaises rocheuses. C'est ainsi que dès le début de son ministère, les forces de l'opposition atteignirent une intensité meurtrière. Mais le moment n'était pas encore venu pour le Seigneur de mourir. La foule furieuse fut impuissante à faire un pas de plus que leur victime ne voulait lui permettre. « Mais lui, passant au milieu d'eux, s'en alla. » Nous ne savons pas s'ils furent paralysés par la grâce de sa présence, réduits au silence par la puissance de ses paroles ou arrêtés par une intervention encore plus effrayante. Il quitta les Nazaréens incrédules, et dorénavant Nazareth ne fut plus sa demeure.
 
À CAPERNAÜM
 
Jésus se dirigea vers Capernaüm [14], qui devint presque son lieu de résidence en Galilée. C'est là qu'il enseigna, surtout le jour du sabbat ; et le peuple était étonné de sa doctrine, car il parlait avec autorité et puissance [15]. Dans la synagogue, lors d'une de ces occasions, il y avait un homme qui était possédé et sujet aux ravages de l'esprit mauvais ou, comme le texte le déclare d'une manière si frappante, qui « avait un esprit de démon impur ». Il est significatif que cet esprit mauvais, qui avait acquis un tel pouvoir sur cet homme, qui contrôlait ses actions et ses paroles, fut terrifié devant notre Seigneur et s'écria d'une voix forte, quoique suppliante : « Hé ! que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Tu es venu nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » Jésus réprimanda l'esprit impur, lui commandant de se taire et de quitter l'homme ; le démon obéit au Maître, et après avoir jeté sa victime dans un paroxysme violent bien qu'inoffensif, il le quitta. Devant ce miracle, les témoins s'étonnèrent encore plus et s'exclamèrent : « Quelle est cette parole ? Il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs, et ils sortent ! Et sa renommée se répandait dans toute la région » [16]. Le soir du même jour, lorsque le soleil se fut couché, et par conséquent lorsque le sabbat fut terminé [17] le peuple s'attroupa autour de lui, amenant amis et parents affligés ; Jésus les guérit de leurs maladies diverses, corporelles et mentales. Parmi ceux qui étaient ainsi soulagés il y en avait beaucoup qui avaient été possédés de démons, et ceux-ci s'écrièrent, forcés de témoigner de l'autorité divine du Maître : « Tu es le Fils de Dieu » [18]. 
 
En ces occasions comme en d'autres, nous voyons des esprits mauvais exprimer par la bouche de leurs victimes leur connaissance que Jésus était le Christ ; et dans tous ces cas le Seigneur, d'un mot, leur imposa silence ; car il ne voulait pas qu'un témoignage tel que le leur attestât de sa divinité. Ces esprits faisaient partie de la suite du diable, membres des armées rebelles et battues qui avaient été précipitées par la puissance de l'être même dont ils reconnaissaient maintenant l'autorité et la puissance dans leur frénésie démoniaque. Avec Satan lui-même, leur chef vaincu, ils restaient désincarnés, car les droits du deuxième état ou état mortel leur avaient été refusés à tous [19] ; leur souvenir des événements qui avaient culminé dans leur expulsion du ciel était ravivé par la présence du Christ, bien qu'il se trouvât dans un corps de chair.
 
Beaucoup d'auteurs modernes ont essayé d'expliquer le phénomène de la possession par les démons ; outre ceux-ci il ne manque pas de gens pour nier la possibilité qu'une victime puisse être véritablement dominée par des personnages d'esprit. Cependant les Écritures montrent clairement le contraire. Notre Seigneur fit la distinction entre cette forme d'affliction et la maladie corporelle simple dans ses instructions aux Douze : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons » [20]. Dans le récit des incidents que nous examinons maintenant, Marc l'évangéliste fait la même distinction, comme suit : « On lui amena tous les malades et les démoniaques. » Dans plusieurs cas, le Christ, en réprimandant des démons, leur parla comme à des individus distincts de l'être humain affligé [21], et à l'une de ces occasions, il commanda au démon : « Sors de cet enfant et n'y rentre plus » [22].
 
Dans ce domaine comme dans les autres, l'explication la plus simple est la vérité qui s'y rapporte ; les théories basées sur des fondations autres que scripturaires sont instables. Le Christ associait clairement les démons avec Satan. Il le fit surtout dans son commentaire sur le rapport des soixante-dix à qui il donna autorité et qu'il envoya, et qui témoignèrent avec joie lors de leur retour que même les démons leur avaient été soumis en son nom. À ces serviteurs fidèles, il dit : « Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair » [23]. Les démons qui prennent possession des hommes, paralysant leur libre arbitre et les forçant à obéir aux ordres sataniques, sont les anges non incarnés du diable, dont le triomphe est d'affliger les mortels, et si possible de les obliger à pécher. Pour s'acquérir le plaisir transitoire de posséder un corps de chair, ces démons sont avides d'entrer même dans les corps d'animaux [24].
 
Il se peut que ce soit dans l'intervalle entre la réprimande de l'esprit mauvais de la synagogue et les miracles de guérison et d'exorcisation le soir de ce jour de sabbat, que Jésus se rendit à la maison de Simon, qu'il avait nommé précédemment Pierre, et trouva la belle-mère de son disciple, malade de la fièvre. Accédant à la requête de la foi, il réprimanda la maladie ; la femme fut immédiatement guérie, se leva de son lit et offrit l'hospitalité de son foyer à Jésus et à ceux qui étaient avec lui [25].
 
 [1] Note 1, fin du chapitre.
 [2] Jn 8:48.
 [3] Jn 4:4 ; on trouvera les incidents qui suivent aux versets 5-43.
 [4] Note 2, fin du chapitre.
 [5] Ac 8:5, 9:31,15:3.
 [6] Jn 4:44 ; cf. Mt 13:57 ; Mc 6:4 ; Lc 4:24.
 [7] Jn 4:48 ; lire versets 46-54.
 [8] Jn 2:23,24.
 [9] Note 3, fin du chapitre.
 [10] Lc 4:14,15 ; lire versets 16-32.
 [11] Note 4, fin du chapitre.
 [12] Lc 4:18,19 ; cf. Es 61:1,2.
 [13] Lc 4:22 ; cf. Mt 13:55-57 ; Mc 6:3 ; Jn 6:42.
 [14] Note 5, fin du chapitre.
 [15] Lc 4:32 ; cf. Mt 7:28,29, 13:54 ; Mc 1:22.
 [16] Lc 4:33-37 et Mc 1:23-28. Note 6, fin du chapitre.
 [17] Le sabbat des Juifs commençait le vendredi au coucher du soleil et prenait fin au crépuscule du samedi.
 [18] Lc 4-41 ; cf. Mc 1:34, 3:11,12, 5:1-18 ; Mt 8:28-34.
 [19] Chap. 2.
 [20] Mt 10:8 ; voir verset 1 ; cf. 4:24 ; Mc 1:32,16:17,18 ; Lc 9:1.
 [21] Mt 8:32 ; Mc 1:25 ; Lc 4:35.
 [22] Mc 9:25.
 [23] Lc 10:17,18 ; cf. Ap 12:7-9.
 [24] Mt 8:29-33 ; Mc 5:11-14 ; Lc 8:32-34.
 [25] Mt 8:14,15 ; Mc 1:29-31 ; Lc 4:38,39.
 
NOTES DU CHAPITRE 13
 
1. Animosité entre Juifs et Samaritains : Lorsque l'on étudie les Samaritains, on doit se rappeler qu'une certaine ville et la région ou province dans laquelle elle se trouvait s'appelaient toutes deux Samarie. Les faits principaux relatifs à l'origine des Samaritains et à l'explication de l'animosité mutuelle qui existait entre ce peuple et les Juifs à l'époque du Christ ont été admirablement résumés par Geikie (Life and Words of Christ, vol. 1, p. 495,6). Omettant les autorités auxquelles il se réfère, nous le citons : « Après la déportation des dix tribus en Assyrie, la Samarie avait été repeuplée par des colons païens provenant de diverses provinces de l'empire assyrien, par des gens qui avaient fui les autorités de la Judée, et par les retardataires de l'une ou l'autre des dix tribus, qui retournèrent chez eux. Les premiers colons païens, terrifiés de la prolifération des animaux sauvages, surtout des lions, et attribuant ce fait à ce qu'ils ne connaissaient pas le culte véritable du Dieu de la région, se firent envoyer l'un des prêtres exilés et, suivant ses instructions, ajoutèrent le culte de Jéhovah à celui de leurs idoles - incident de leur histoire dont les juifs allaient se servir plus tard dans leur haine et leur dérision lorsqu'ils voulaient les railler, les traitant de « prosélytes des lions », à cause de leur origine assyrienne, en les appelant Cuthites. Mais en fin de compte, ils devinrent encore plus rigidement attachés à la loi de Moïse que les Juifs eux-mêmes. Vivement désireux d'être reconnus comme Israélites, ils mirent tous leurs efforts à s'unir aux deux tribus, lorsque celles-ci revinrent de captivité, mais le puritanisme sévère d'Esdras et de Néhémie n'admettait aucune alliance entre le sang pur de Jérusalem et la race ternie du nord. Il était naturel que cet affront provoquât du ressentiment et que celui-ci en retour excitât de la rancune, au point que, à l'époque du Christ, des siècles de lutte et d'offenses mutuelles, intensifiées par la haine théologique des deux partis, en eussent fait des ennemis implacables. Les Samaritains avaient construit un temple sur le mont Guérizim pour rivaliser avec celui de Jérusalem, mais il avait été détruit par Jean Hyrcan, qui avait également rasé Samarie. Ils prétendaient que leur montagne était plus sainte que le mont Moriah, accusaient les Juifs d'ajouter à la parole de Dieu en recevant les écrits des prophètes et s'enorgueillissaient de ne reconnaître que le Pentateuque comme inspiré, favorisaient Hérode parce que les Juifs le haïssaient, et lui étaient loyaux ainsi qu'aux Romains également haïs, avaient allumé des lumières sur les collines pour tromper le calcul juif des nouvelles lunes et mettre ainsi la confusion dans leurs fêtes, et, dans la prime jeunesse de Jésus, étaient allés jusqu'à souiller le temple lui-même, en y semant des ossements humains lors de la Pâque.
 
« Les Juifs leur vouaient une haine égale. Pour eux les Samaritains n'étaient que des Cuthites, ou païens de Cuth. ‘La race que je hais n'est pas une race’, dit le fils de Sirach. On prétendait qu'un peuple qui avait adoré autrefois cinq dieux ne pouvait rien avoir de commun avec Jéhovah. On se moquait avec mépris de la prétention des Samaritains que Moïse aurait enseveli le Tabernacle et ses vases au sommet de Guérizim. On disait que sous Antiochus Epiphane, ils avaient consacré leur temple au Jupiter grec. On ne niait pas qu'ils gardaient les commandements de Moïse plus strictement encore que les Juifs, afin de paraître être réellement d'Israël ; mais leur paganisme, disait-on, avait été prouvé par la découverte d'une colombe d'airain, qu'ils adoraient, au sommet de Guérizim. En outre ils se vantaient de ce que Hérode était leur bon roi qui avait épousé une fille de leur peuple ; que, dans leur pays, il avait pu librement suivre ses goûts romains, tant haïs en Judée ; ils étaient restés tranquilles après sa mort, lorsque la Judée et la Galilée étaient en révolte, et à cause de leur pacifisme, le quart de leurs taxes leur avait été remis et ajouté aux fardeaux de la Judée. Leur amitié vis-à-vis des Romains était une provocation supplémentaire. Alors que les Juifs ne se tenaient tranquilles que sous l'effet de la sévérité la plus rigoureuse et s'efforçaient par tous les moyens de s'opposer à l'introduction de tout ce qui était étranger, les Samaritains se réjouissaient de l'importance nouvelle que leur loyauté à l'empire leur avait donnée. Sichem était florissante : c'était tout près, à Césarée, que le procurateur avait sa cour. Une division de cavalerie, dans une caserne à Sébaste - la vieille Samarie - avait été levée dans le territoire. Les étrangers romains étaient plus que bienvenus à passer l'été dans leurs vallées ombragées.
 
« La haine sans bornes qui venait de tant de sources trouvait son expression dans la tradition selon laquelle une malédiction spéciale avait été prononcée contre les Samaritains par Esdras, Zorobabel et Josué. On disait que ces grands personnages avaient réuni toute l'assemblée d'Israël dans le temple, et que trois cents prêtres, avec trois cents trompettes et trois cents livres de la Loi, et trois cents docteurs de la Loi avaient été employés à répéter, au milieu du cérémonial le plus solennel, toutes les malédictions de la Loi contre les Samaritains. Ils avaient été soumis à toutes les formes d'excommunication, par le nom incommunicable de Jéhovah, par les tables de la Loi, et par les synagogues célestes et terrestres. Le nom même devint un reproche. « Nous savons que tu es un Samaritain et que tu as un démon », dirent les Juifs à Jésus à Jérusalem... Un oeuf samaritain, tel que la poule le pondait, ne pouvait être impur, mais un oeuf bouilli ? Cependant quand l'intérêt et la convenance étaient en cause, on s'efforçait, par une casuistique subtile, d'inventer des excuses pour les relations qui étaient inévitables. Le pays des Cuthites était pur, de sorte qu'un Juif pouvait, sans scrupule, en récolter et en manger le produit. Les eaux de Samarie étaient pures, de sorte qu'un Juif pouvait les boire et s'y laver. Leurs demeures étaient pures, de sorte qu'ils pouvaient y entrer et manger ou y loger. Leurs routes étaient pures, de sorte que la poussière qui s'en élevait ne souillait pas les pieds des Juifs. Dans leurs paroles contradictoires, les rabbis allaient jusqu'à dire que les aliments des Cuthites étaient permis si on n'y mêlait aucun de leurs vins ou de leurs vinaigres, et même leur pain sans levain était considéré comme pouvant être utilisé à la Pâque. Les opinions étaient ainsi incertaines, mais en règle générale, des sentiments assez durs régnaient. »
 
Frankl et d'autres affirment que le sentiment d'hostilité s'est poursuivi jusqu'aujourd'hui, du moins de la part des Juifs. Ainsi, comme le cite Farrar (p. 166 notes) : « Êtes-vous Juif ? » demanda Salameh Cohen, le grand prêtre samaritain, au Dr Frankl ; « Et vous venez nous trouver, nous, des Samaritains, qui sommes méprisés des Juifs ? » (Jews in the East, 11, 329). Il ajouta qu'ils étaient disposés à vivre en amitié avec les Juifs, mais que les Juifs évitaient toutes relations avec eux. Peu après, visitant des Juifs Sépharadiques de Nablus, le Dr Frankl demanda à un membre de cette confession, « s'il avait eu des rapports quelconques avec les Samaritains ? » Les femmes reculèrent avec un cri d'horreur, et l'une d'entre elles dit : « Avez-vous été parmi les adorateurs des pigeons ? » Je dis que oui. Les femmes reculèrent de nouveau avec la même expression de répugnance, et l'une d'entre elles dit : « Prenez un bain purificateur ! » (Idem, p. 334). Le chanoine Farrar ajoute : « J'eus le plaisir de passer un jour parmi les Samaritains campés sur le mont Guérizim, pendant leur Pâque annuelle, et je ne pus voir dans leurs habitudes, ni dans leur caractère apparent, aucune cause justifiant toute cette horreur et toute cette haine. »
 
2. Sychar : La ville où demeurait la Samaritaine avec qui Jésus conversa au puits de Jacob est appelée Sychar dans Jean 4:5 ; ce nom ne se retrouve nulle part ailleurs dans la Bible. On a essayé d'identifier ce lieu avec Sichem, ville chère au cœur juif à cause de son rôle important dans la vie des anciens patriarches. Toutefois, actuellement, on admet en général que Sychar était un petit village situé sur l'emplacement de l'Askar actuelle, qui est, dit Zénos, « un village avec une source et quelques tombes antiques taillées dans le roc, situé à un kilomètre environ au nord du puits de Jacob ».
 
3. Le noble de Capemaüm : Le nom du noble dont le fils fut guéri par la parole de Jésus n'est pas donné. On a essayé de l'identifier avec Chuza, intendant d'Hérode Antipas, mais cette théorie se base sur une tradition incertaine. La famille du noble accepta les enseignements du Christ, « Jeanne, femme de Chuza, intendant d'Hérode » (Lc 8:3) se trouvait parmi les femmes reconnaissantes et honorables qui avaient reçu le ministère guérisseur de notre Seigneur et qui donnèrent de leurs biens pour l'avancement de son oeuvre. Il ne faut pas confondre une tradition non confirmée avec l'histoire authentique.
 
4. Les targoums : Les targoums sont d'antiques paraphrases juives sur les Écritures, qui étaient données dans les synagogues dans la langue du commun. Du temps du Christ, la langue parlée par les Juifs n'était pas l'hébreu mais un dialecte araméen. Edersheim déclare que l'hébreu pur était la langue des savants et de la synagogue, et que les lectures de passages de l'Écriture faites au public, devaient être données par un interprète. « En effet, dit-il, dans les temps les plus reculés, il était interdit au methourgeman [interprète] de lire sa traduction ou d'écrire un targoum, de peur que la paraphrase n'en soit considérée comme ayant une autorité égale à l'original. » L'usage de targoums écrits était « sanctionné par l'autorité avant la fin du deuxième siècle après Jésus-Christ. C'est l'origine de nos deux plus anciens targoumim existants - celui d'Onkelos (comme on l'appelle) sur le Pentateuque et celui des Prophètes, attribué à Jonathan, le fils d'Uzziel. Bien sûr ces noms ne représentent pas exactement les auteurs des targoumim les plus anciens, que l'on peut à bon droit considérer comme des révisions ultérieures et autorisées de ce qui avait existé précédemment sous une forme ou sous une autre. Mais bien que ces œuvres aient leur origine en Palestine, il est à remarquer que dans la forme sous laquelle nous les possédons actuellement, ils sont le produit des écoles de Babylone » (Life and Times of Jesus the Messiah, vol. 1, p. 10,11).
 
5. Capernaüm : « Le nom Capernaüm signifie, selon certaines autorités, ‘le village de Nahum’, et selon d'autres, ‘le village de la Consolation’. En suivant l'histoire de Jésus, nous allons découvrir que beaucoup de ses grandes oeuvres furent accomplies, et beaucoup de ses paroles les plus importantes prononcées à Capernaüm. L'infidélité des habitants, après tous les discours et toutes les oeuvres merveilleuses qu'il avait faites parmi eux, poussa Jésus à dire : « Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ! non, tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts » (Mt 11:23). Cette prédiction s'est accomplie si totalement qu'il ne reste aucune trace de la ville, et que l'emplacement même qu'elle occupe est maintenant matière à discussion, car il n'y a même aucune tradition ecclésiastique sur ce lieu. Actuellement, deux endroits s'en réclament, chacun avançant des arguments de probabilité tels que cela fait de la question tout entière le point le plus difficile de la topographie sacrée... Nous ne pourrons probablement jamais connaître le fait exact. Jésus la condamna à entrer dans l'oubli, et elle y repose. Nous nous contenterons des allusions qu'y fait le Nouveau Testament en parlant de l'œuvre de Jésus.
 
« Nous apprenons que c'est quelque part sur le territoire de Zabulon et de Nephtali, sur la rive occidentale de la mer de Galilée (comparer Mt 4:13 avec Jn 6:24). C'est près ou dans ‘le pays de Génésareth’ (comparer Mt 14:34 avec Jn 6:17,20,24), plaine de cinq kilomètres de long sur un kilomètre et demi de large environ, dont Josèphe nous a dit que c'était l'une des régions les plus prospères et les plus populeuses de Palestine. Il se trouvait probablement sur la grand-route menant de Damas vers le sud, par ‘la contrée voisine de la mer’ (Mt 4:15). C'était grande sagesse que de choisir ce lieu pour commencer un grand ministère public. Il s'y pressait une population affairée. La richesse extrême de la magnifique plaine de Génésareth nourrissait la masse des habitants qu'elle attirait. Josèphe (B. J., III, 10:8) donne une description enthousiaste de ce pays » - Deems, Light of the Nations, p. 167,168.
 
6. La connaissance n'assure pas le salut : « Jacques autrefois réprimanda ses frères pour certaines professions creuses (Jacques 2:19). Il dit en substance : Vous tirez de l'orgueil et de la satisfaction à déclarer votre foi en Dieu ; vous vous vantez de vous distinguer des idolâtres et des païens parce que vous acceptez un seul Dieu ; vous faites bien de professer cela, et de le croire ; mais souvenez-vous que d'autres font de même : les démons eux-mêmes croient, et, pouvons-nous ajouter, si fermement qu'ils tremblent à la pensée du sort que cette foi rend certaine. Ces confessions des démons que le Christ était le Fils de Dieu étaient fondées sur la connaissance ; cependant leur connaissance de la grande vérité ne changeait pas leur nature mauvaise. Combien différent était leur témoignage du Sauveur de celui de Pierre qui, à la question du Maître : ‘Qui dites-vous que je suis ?’ répondit, utilisant pratiquement les termes employés par les esprits impurs cités plus haut : (Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant) (Mt 16:15,16, voir aussi Mc 8:29, Lc 9:20). La foi de Pierre avait déjà montré sa force vivante. Elle l'avait poussé à abandonner beaucoup de choses qui lui étaient chères, à suivre le Seigneur dans les persécutions et les souffrances et à abandonner la profanité avec toutes ses fascinations pour la sainteté désintéressée que sa foi rendait si désirable. Il ne savait probablement pas plus que les esprits impurs que Dieu était le Père ou que le Fils était le Rédempteur, mais alors que cette connaissance n'était pour eux qu'une cause supplémentaire de condamnation, pour lui, c'était un moyen de salut » (Abrégé des Articles de Foi, p. 123-127).
 
 
CHAPITRE 14 : SUITE DU MINISTÈRE DE NOTRE SEIGNEUR EN GALILÉE
 
UN LÉPREUX PURIFIÉ
 
Le lendemain de ce sabbat mouvementé à Capernaüm, notre Seigneur se leva « dès que le jour parut » et partit en quête de solitude au-delà de la ville. Dans un lieu solitaire il se livra à la prière, démontrant ainsi que, bien qu'il fût le Messie, il était profondément conscient qu'il dépendait du Père dont il était venu accomplir l'œuvre. Simon Pierre et d'autres disciples trouvèrent le lieu où il s'était retiré et lui dirent que des foules impatientes le cherchaient. Bientôt les gens s'assemblèrent autour de lui et le supplièrent de rester avec eux ; mais « il faut aussi que j'annonce aux autres villes la bonne nouvelle du royaume de Dieu ; car c'est pour cela que j'ai été envoyé » [1]. Et aux disciples il dit : « Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que j'y prêche aussi ; car c'est pour cela que je suis sorti [2] ». Il partit de là, accompagné de quelques-uns qu'il s'était déjà étroitement associés, et exerça son ministère dans un grand nombre de villes de Galilée, prêchant dans les synagogues, guérissant les malades et chassant les démons.
 
Parmi les affligés qui cherchaient l'aide que lui seul pouvait donner, se présenta un lépreux [3], qui s'agenouilla devant lui ou se prosterna le visage contre terre et professa humblement sa foi, disant : « Si tu le veux, tu peux me rendre pur. » La prière exprimée par les paroles de ce pauvre homme était pathétique ; la confiance qu'il manifesta est édifiante. La question qu'il se posait n'était pas : Jésus peut-il me guérir ? mais : Voudra-t-il me guérir ? Avec une miséricorde compatissante, Jésus posa la main sur le malade, si impur qu'il fût cérémoniellement et physiquement, car la lèpre est une affliction répugnante, et nous savons que chez cet homme, la maladie était à un stade avancé, car on nous dit qu'il était « couvert de lèpre ». Le Seigneur dit alors : « Je le veux, sois pur. » Le lépreux fut immédiatement guéri. Jésus lui ordonna de se montrer au sacrificateur et de faire les offrandes prescrites par la loi de Moïse pour des cas comme le sien [4].
 
Dans cette instruction nous voyons que le Christ n'était pas venu détruire la loi, mais, comme il l'affirma à une autre époque, pour l'accomplir [5] ; et à ce stade de son oeuvre, l'accomplissement ne s'était pas encore tout à fait réalisé. En outre, si les exigences légales avaient été négligées dans une question aussi grave que la réintégration d'un paria lépreux dans la société de la communauté dont il avait été exclu, l'opposition sacerdotale, qui grandissait déjà et menaçait Jésus, en aurait été augmentée et il aurait pu en résulter des entraves supplémentaires à l'œuvre du Seigneur. L'homme devait obéir aux instructions du Maître sans aucun retard ; Jésus « le renvoya aussitôt avec de sévères recommandations ». En outre il ordonna explicitement à l'homme de ne parler à personne de la manière dont il avait été guéri. Il y avait peut-être de bonnes raisons de lui commander ainsi de se taire, en plus de l'attitude très générale de notre Seigneur qui était de refuser toute célébrité indésirable ; en effet, si la nouvelle du miracle avait précédé l'apparition de l'homme devant le prêtre, on aurait pu dresser des obstacles pour empêcher qu'il ne soit reconnu par les Lévites comme quelqu'un de pur. Cependant l'homme ne put garder la bonne parole pour lui-même mais s'en alla et « se mit à publier hautement la nouvelle et à la colporter, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville. Il se tenait dehors, dans les lieux déserts, et l'on venait à lui de toutes parts » [6].
 
GUÉRISON ET PARDON D'UN PARALYTIQUE
 
Il faut se souvenir qu'aucun des évangélistes n'essaie de donner l'histoire détaillée de tous les actes de Jésus et qu'ils ne relatent pas tous dans le même ordre les incidents auxquels ils associent les grandes leçons de l'enseignement du Maître. L'enchaînement réel des événements est très incertain.
 
« Quelques jours » après la guérison du lépreux, Jésus se trouvait de nouveau à Capernaüm. Les détails de ses préoccupations entre-temps au cours de cet intervalle ne sont pas donnés, mais nous pouvons être certains que son oeuvre se poursuivit, car son occupation caractéristique était d'aller partout faisant le bien [7]. Le lieu où il demeurait à Capernaüm était bien connu, et la rumeur se répandit bientôt qu'il était dans la maison [8]. Il se réunit une si grande foule qu'il n'y avait pas de place pour la recevoir ; même l'entrée était bondée de monde, et les retardataires ne pouvaient s'approcher du Maître. Jésus prêcha l'Évangile à tous ceux qui étaient à portée de voix. Un petit groupe de quatre personnes s'approcha de la maison, portant une civière ou un lit sur lequel était couché un homme affligé d'une sorte de paralysie qui privait le sujet de la capacité de se mouvoir volontairement, et ordinairement de parler ; l'homme était totalement désemparé. Ses amis, déçus de se voir incapables de parvenir jusqu'à Jésus à cause de la foule, eurent recours à un moyen peu ordinaire, qui prouvait d'une manière indubitable leur foi que le Seigneur pouvait réprimander et arrêter la maladie, et leur détermination d'obtenir de ses mains la bénédiction désirée.
 
Par un moyen quelconque, ils portèrent l'homme affligé jusqu'au toit plat de la maison, probablement par un escalier extérieur ou en se servant d'une échelle, peut-être en entrant dans une maison voisine, en montant l'escalier jusqu'à son toit et en passant de là sur la maison dans laquelle Jésus enseignait. Ils défoncèrent une partie du toit, pratiquant une ouverture ou agrandissant celle de la trappe dont étaient ordinairement pourvues les maisons de cet endroit et de cette époque ; et, à la surprise de la foule assemblée, ils descendirent alors le lit portatif sur lequel le paralytique était couché. Jésus fut profondément frappé de la foi et des œuvres [9] de ceux qui avaient ainsi travaillé pour placer devant lui un paralytique incapable de se mouvoir ; il connaissait indubitablement aussi la foi confiante qui habitait le patient ; et, regardant l'homme avec compassion, il dit : « Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés. »
 
Parmi les gens qui étaient assemblés là, il y avait des scribes, des Pharisiens et des docteurs de la loi, non seulement des représentants de la synagogue locale mais également des gens qui étaient venus de villes éloignées de Galilée, et certains de Judée et même de Jérusalem. Les notables s'étaient opposés à notre Seigneur et à ses oeuvres précédemment, et leur présence dans la maison à ce moment-là annonçait de nouvelles critiques hostiles et peut-être de l'obstruction. Ils entendirent les paroles qui furent dites au paralytique et cela les mit en colère. Dans leur cœur, ils accusèrent Jésus de la terrible offense qu'est le blasphème, qui consiste essentiellement à attribuer à un pouvoir humain ou démoniaque les prérogatives de Dieu ou à déshonorer Dieu en lui supposant des qualités inférieures à celles de la perfection [10]. Ces savants incrédules, qui écrivaient et parlaient sans cesse sur la venue du Messie et le rejetaient cependant lorsqu'il était là, murmurèrent intérieurement, disant : « Qui peut pardonner les péchés, si ce n'est Dieu seul ? » Jésus connaissait leurs pensées les plus intimes [11] et y répondit en disant : « Pourquoi faites-vous de tels raisonnements dans vos cœurs ? Qu'est-ce qui est plus facile, de dire au paralytique : Tes péchés te sont pardonnés, ou de dire : Lève-toi, prends ton lit et marche ? » Et puis pour souligner et pour mettre hors de question le fait qu'il avait l'autorité divine, il ajouta : « Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le pouvoir de pardonner les péchés : Je te l'ordonne, dit-il au paralytique, lève-toi, prends ton lit et va dans ta maison. » L'homme se leva, parfaitement guéri et, prenant le matelas sur lequel on l'avait apporté, sortit en leur présence. L'étonnement du peuple était mêlé de respect, et beaucoup glorifièrent Dieu de la puissance duquel ils étaient témoins.
 
Cet incident réclame une étude plus approfondie de notre part. Selon l'un des récits, les premières paroles du Seigneur au patient furent : « Prends courage mon enfant », suivies immédiatement de l'assurance réconfortante et pleine d'autorité : « Tes péchés te sont pardonnés » [12]. L'homme était probablement apeuré ; peut-être savait-il que sa maladie était le résultat des péchés auxquels il s'était livré ; néanmoins, en dépit du fait qu'il ait pu penser à la possibilité de n'entendre que condamner sa transgression, il eut la foi de se faire amener. Dans la situation de cet homme, il y avait clairement un lien étroit entre ses péchés passés et son affliction présente ; et à ce point de vue, son cas n'est pas unique, car nous lisons que le Christ en exhorta un autre, qu'il guérit, à ne plus pécher de peur que quelque chose de pire ne s'abattît sur lui [13]. Nous n'avons cependant pas le droit de supposer que toutes les infirmités corporelles sont le résultat du péché ; à pareille conception s'opposent les instructions et la réprimande que le Seigneur donna tout à la fois à ceux qui, dans le cas de l'aveugle-né, demandaient qui avait péché, de l'homme ou de ses parents, pour qu'une affliction aussi terrible s'abattît sur lui. À cette question, notre Seigneur répondit que la cécité de l'homme n'était due ni à ses propres péchés ni à ceux de ses parents [14].
 
Mais dans beaucoup de cas, la maladie est le résultat direct des péchés que l'intéressé a commis. Quelque grands qu'aient pu être les péchés passés de l'homme qui souffrait de paralysie, le Christ reconnut son repentir ainsi que la foi qui l'accompagnait, et le Seigneur avait à bon droit la prérogative de décider si l'homme était digne de recevoir la rémission de ses péchés et d'être soulagé de son affliction corporelle. La réponse interrogative de Jésus à la critique muette des scribes, des Pharisiens et des docteurs a été interprétée de nombreuses manières. Il demanda ce qui était le plus facile, de dire : « Tes péchés te sont pardonnés », ou de dire : « Lève-toi, prends ton lit et marche. » N'est-il pas raisonnable de dire que, étant prononcées avec autorité par lui, les deux expressions avaient un sens apparenté ? L'événement aurait dû être une démonstration suffisante pour tous ceux qui entendaient, que lui, le Fils de l'homme, prétendait au droit et à l'autorité de remettre les châtiments tant physiques que spirituels, de guérir le corps de maladies visibles et de purger l'esprit de la maladie non moins réelle du péché, et que ce droit, il l'avait. En présence de gens de toutes classes, Jésus affirmait ainsi ouvertement sa divinité et confirmait celle-ci par une manifestation miraculeuse de puissance.
 
L'accusation de blasphème que les critiques rabbiniques formulèrent dans leur esprit contre le Christ ne devait pas prendre fin comme une conception mentale à eux, ni ne devait être rendue nulle par les paroles ultérieures de notre Seigneur. C'est par le parjure qu'on finit par le condamner injustement et par l'envoyer à la mort [15]. Déjà, dans cette maison de Capernaüm, l'ombre de la croix s'était placée en travers du cours de sa vie.
 
PÉAGERS ET GENS DE MAUVAISE VIE
 
Quittant la maison, Jésus se rendit au bord de la mer, où le peuple le suivit ; là il l'instruisit de nouveau. À la fin de son discours il continua à avancer et vit un homme du nom de Lévi, l'un des péagers [16] ou collecteurs officiels d'impôts, assis au lieu des péages où l'on devait payer l'impôt levé en vertu de la loi romaine. Cet homme s'appelait aussi Matthieu, nom moins typiquement juif que Lévi [17]. Il devint par la suite l'un des Douze et l'auteur du premier des évangiles. Jésus lui dit : « Suis-moi. » Matthieu quitta sa place et suivit le Seigneur. Quelque temps plus tard le nouveau disciple fit une grande fête chez lui, en l'honneur du Maître, et à laquelle d'autres disciples assistèrent. Pour les Juifs, le pouvoir de Rome, auquel ils étaient assujettis, était tellement intolérable qu'ils avaient de l'aversion pour tous les fonctionnaires employés par les Romains. Ce qui était particulièrement humiliant pour eux, c'était le système de l'impôt obligatoire, selon lequel le peuple d'Israël devait payer tribut à une nation étrangère qui, à leur avis, était totalement païenne.
 
Naturellement, les collecteurs de ces taxes étaient détestés ; et ceux-ci, que l'on appelait péagers, éprouvaient probablement du ressentiment pour le traitement grossier qui leur était infligé et traduisaient ce sentiment en appliquant exagérément les exigences de l'impôt, et, comme les historiens l'affirment, pratiquaient souvent des extorsions illégales sur le peuple. Si les péagers en général étaient détestés, nous pouvons comprendre aisément la violence du mépris que les Juifs éprouvaient pour quelqu'un de leur propre nation qui avait accepté d'être nommé à de pareilles fonctions. C'est dans cette situation peu enviable que se trouvait Matthieu lorsque Jésus l'appela. Les péagers formaient une classe sociale distincte, car ils étaient pratiquement exclus de la communauté en général. Tous ceux qui avaient des rapports avec eux partageaient la haine populaire, et il était d'usage d'appeler cette caste dégradée « péagers, et gens de mauvaise vie ». Beaucoup des amis de Matthieu et certains de ses collègues furent invités à sa fête, de sorte que l'assemblée était constituée en grande partie de ces « péagers et gens de mauvaise vie » méprisés. Et c'est à une telle assemblée que Jésus se rendit avec ses disciples.
 
Les scribes et les Pharisiens ne pouvaient laisser passer pareille occasion de le critiquer et d'être sarcastiques. Ils hésitèrent à s'adresser directement à Jésus ; mais ils demandèrent avec dédain aux disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les péagers et les pécheurs ? » Le Maître entendit et répliqua sur un ton tranchant révélateur mêlé d'une ironie splendide, citant l'un des aphorismes communs de l'époque : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades. » À cela il ajouta : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. » Il laissa les Pharisiens hypercritiques tirer leurs conclusions de cette réponse, dont certains peuvent avoir compris qu'elle signifiait que le Christ attaquait leur hypocrisie et raillait leur prétention à la supériorité. Contre le sarcasme voilé des paroles du Maître, ils auraient dû percevoir la sagesse contenue dans sa réponse et en faire leur profit. La place du médecin n'est-elle pas parmi ceux qui sont affligés ? Serait-il justifié s'il se tenait à l'écart des malades et de ceux qui souffrent ? Sa profession est de combattre la maladie, de l'empêcher lorsque c'est possible, de la guérir lorsque c'est nécessaire, dans la pleine mesure de ses possibilités. Si la fête chez Matthieu comprenait réellement un certain nombre de pécheurs, cet événement ne constituait-il pas une occasion rare pour le Médecin des âmes d'exercer son ministère ? Les justes n'ont pas besoin d'être appelés au repentir, mais les pécheurs doivent-ils être laissés dans leurs péchés, parce que ceux qui professent être des maîtres spirituels ne veulent pas condescendre à leur prêter une main secourable ?
 
L'ANCIEN ET LE NOUVEAU
 
Peu après la fête offerte par Matthieu, les Pharisiens allaient exprimer une autre critique, et en cela ils furent secondés par certains des disciples du Baptiste. Jean était en prison, mais beaucoup de ceux qui avaient été attirés à son baptême et avaient professé être ses disciples restaient toujours attachés à ses enseignements et ne pouvaient voir que le Personnage plus grand dont il avait témoigné exerçait alors son ministère au milieu d'eux. Le Baptiste avait observé scrupuleusement la loi ; son ascétisme strict rivalisait avec la rigueur des pratiques pharisaïques. Ses disciples bornés, maintenant sans chef, s'unirent naturellement aux Pharisiens. Certains des disciples de Jean vinrent trouver Jésus et l'interrogèrent concernant son indifférence apparente à propos du jeûne. Ils lui posèrent une question nette : « Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent pas [18] ? » La réponse de notre Seigneur dut raviver dans l'esprit des disciples du Baptiste maintenant emprisonné la mémoire des paroles de leur chef bien-aimé, lorsqu'il s'était comparé à l'ami de l'Epoux, et leur avait dit clairement qui était le véritable Epoux [19]. « Et Jésus leur répondit : Les amis de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? Aussi longtemps qu'ils ont l'époux avec eux, ils ne peuvent jeûner. Les jours viendront où l'époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ce jour-là » [20]. 
 
Si ceux qui l'interrogeaient ne purent comprendre la portée réelle de cette réponse, ils ne pouvaient s'empêcher d'y voir l'intention du Christ d'abroger les observances purement cérémonielles prévues par le code de lois rabbinique et les nombreuses traditions associées à la loi. Mais pour rendre le sujet plus clair à leur esprit perverti, Jésus leur donna des exemples que l'on peut placer parmi les paraboles. « Personne, dit-il, ne coud une pièce de drap neuf à un vieil habit ; autrement le morceau neuf emporterait le tout et la déchirure serait pire. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement le vin fait rompre les outres, et le vin et les outres sont perdus ; mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves » [21]. 
 
Notre Seigneur proclama ainsi la nouveauté et la plénitude de son Évangile. Ce n'était nullement un rapiéçage du judaïsme. Il n'était pas venu réparer des vêtements vieux et déchirés ; la toile qu'il donnait était nouvelle, et la coudre sur l'ancienne n'aurait fait que déchirer de nouveau le tissu complètement usé et laisser une déchirure encore plus vilaine que précédemment. Ou pour prendre un autre exemple, il n'était pas prudent de confier du vin nouveau à de vieilles bouteilles. Les bouteilles auxquelles il est fait allusion ici étaient en réalité des outres faites de peaux d'animaux et qui se détérioraient évidemment avec l'âge. Tout comme le vieux cuir se fend ou se déchire sous une pression, même légère, de même les vieilles peaux des bouteilles éclateraient sous la pression du jus en fermentation, et le bon vin serait perdu. L'Évangile enseigné par le Christ était une révélation nouvelle qui remplaçait une révélation passée et marquait l'accomplissement de la loi ; ce n'était pas un simple ajout ni une répétition de commandements passés ; elle comportait une nouvelle alliance éternelle. Les efforts pour rapiécer les vêtements du traditionalisme juif avec la nouvelle étoffe de l'alliance ne pouvaient avoir de plus beau résultat qu'une déchirure de l'étoffe. Le vin nouveau de l'Évangile ne pouvait être contenu dans les vieux récipients des libations mosaïques usés par le temps. Le judaïsme serait diminué et le christianisme perverti par tout mélange incongru de ce genre [22].
 
PÉCHEURS D'HOMMES
 
Il est improbable que les disciples qui suivirent Jésus au cours des premiers mois de son ministère étaient restés constamment avec lui jusqu'à l'époque que nous examinons maintenant. Nous voyons que certains de ceux qui furent appelés plus tard à l'apostolat poursuivaient leur métier de pêcheurs alors même que Jésus enseignait activement dans leur région. Un jour que le Seigneur se trouvait près du lac ou de la mer de Galilée, le peuple se pressa en grand nombre autour de lui, avide d'entendre davantage des paroles merveilleuses qu'il avait l'habitude de prononcer [23]. Près de cet endroit se trouvaient deux bateaux de pêche qui avaient été tirés sur la plage ; les propriétaires en étaient tout près, occupés à laver et à réparer leurs filets. L'un des bateaux appartenait à Simon Pierre, qui s'était déjà engagé dans l'œuvre du Maître ; Jésus monta dans ce bateau, puis demanda à Simon de s'éloigner un peu de la terre. S'asseyant, comme les instructeurs de l'époque le faisaient lorsqu'ils prononçaient leurs discours, le Seigneur prêcha de cette chaire flottante à la multitude qui se trouvait sur la rive. Le sujet du discours ne nous est pas donné.
 
Lorsque le sermon fut terminé, Jésus commanda à Simon d'avancer en pleine eau et de jeter ses filets pour pêcher. André était probablement avec son frère, et il se peut qu'il y ait eu d'autres aides dans le bateau. Simon répondit à Jésus : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre, mais, sur ta parole, je jetterai les filets. » Il fut bientôt rempli de poissons, et la prise fut si grande que le filet commença à rompre, et les pêcheurs affolés firent signe à ceux qui se trouvaient dans l'autre bateau de venir à leur rescousse. La prise remplit les deux bateaux à tel point qu'ils paraissaient être prêts à couler. Simon Pierre fut rempli d'étonnement de cette preuve nouvelle de la puissance du Maître, et, tombant aux pieds de Jésus, il s'exclama : « Seigneur, éloigne-toi de moi parce que je suis un homme pécheur. » Jésus lui répondit doucement par cette promesse : « Sois sans crainte ; désormais tu seras pêcheur d'hommes » [24]. Les occupants du deuxième bateau étaient Zébédée et ses deux fils, Jacques et Jean, ce dernier étant celui qui, avec André, avait quitté le Baptiste pour suivre Jésus au Jourdain [25]. Zébédée et ses fils étaient les associés de Simon dans le commerce du poisson. Lorsque les deux bateaux furent amenés à terre, les frères Simon et André et les deux fils de Zébédée, Jacques et Jean, quittèrent leurs bateaux et accompagnèrent Jésus.
 
La description ci-dessus est basée sur le texte de Luc ; les récits plus courts et moins détaillés donnés par Matthieu et Marc omettent l'incident de la pêche miraculeuse et insistent sur l'appel des pêcheurs. Jésus dit à Simon et à André : « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. » Le contraste ainsi présenté entre leur métier précédent et leur nouvel appel est d'une puissance frappante. Jusqu'alors ils avaient attrapé du poisson, et le sort du poisson était la mort ; dorénavant ils allaient attirer des hommes - vers la vie éternelle. Pour Jacques et Jean l'appel ne fut pas moins net, et ils quittèrent, eux aussi, tout ce qu'ils possédaient pour suivre le Maître.
 
 [1] Lc 4:42-44.
 [2] Mc 1:38.
 [3] Mc 1:40-45, Mt 8:2-4, Lc 5:12-15.
 [4] Lv 14:2-10. Note 1, fin du chapitre.
 [5] Mt 5:17.
 [6] Mc 1:45.
 [7] Ac 10:38.
 [8] Mc 2:1-12 ; cf. Mt 9:2-8, Lc 5:17-24.
 [9] Cf. Jc 2:14-18.
 [10] Note 2, fin du chapitre.
 [11] Voir un autre cas où notre Seigneur lut des pensées, Lc 7:39-50.
 [12] Mt 9:2. Note 5, fin du chapitre.
 [13] Jn 5:14. Chap. 15 du présent ouvrage.
 [14] Jn 9:1-3.
 [15] Cf. Jn 10:33 et 5:18, Mt 26:65,66.
 [16] Note 3, fin du chapitre.
 [17] Mt 9:9-13, Mc 2:13-17, Lc 5:27-32.
 [18] Mc 2:18-22, Mt 9:14-17, Le 5:33-39.
 [19] Chap. 12.
 [20] Mc 2:19,20.
 [21] Mc 2:21,22.
 [22] Voir La Grande apostasie, 7:5.
 [23] Lc 5:1-11 ; cf. Mt 4:18-22, Mc 1:16-20.
 [24] Note 4, fin du chapitre.
 [25] Chap. 11.
 
NOTES DU CHAPITRE 14
 
1. La lèpre : Dans l'usage biblique, ce nom s'applique à plusieurs maladies ayant cependant toutes certains symptômes en commun, tout au moins dans les premiers stades de la maladie. La véritable lèpre est un fléau dans beaucoup de pays orientaux d'aujourd'hui. Zénos dans le Stand. Bible Dict., dit : « La vraie lèpre, telle que nous la connaissons dans les temps modernes, est une affection qui se caractérise par l'apparition de nodules dans les sourcils, les joues, le nez et les lobes des oreilles, ainsi que dans les mains et les pieds, où la maladie ronge les articulations, provoquant la chute des doigts et des orteils. Si les nodules n'apparaissent pas, ils sont remplacés par des taches blanches ou décolorées sur la peau (lèpre masculaire). Ces deux formes sont dues à la dégénérescence fonctionnelle des nerfs de la peau. Hansen découvrit en 1871 le bacille qui en était la cause. Cependant un régime alimentaire défectueux semble constituer un état favorable à la culture du bacille. La lèpre était l'un des rares états anormaux du corps que la loi lévitique déclarait impurs. On prévoyait par conséquent des formalités compliquées pour détecter son existence et pour la purification de ceux qui en étaient guéris. »
 
Deems, Light of the Nations, p. 185, résumant la description des stades avancés de cette terrible maladie, écrit : « Les symptômes et les effets de cette maladie sont horribles. Il se produit une enflure blanche ou dartre, et la couleur des cheveux de la partie atteinte passe de sa couleur naturelle au jaune ; puis c'est l'apparition d'une infection qui va plus profondément que la peau, ou de la chair dénudée apparaissant dans l'enflure. Puis elle s'étend et attaque les parties cartilagineuses du corps. Les ongles se détachent et tombent, les gencives sont absorbées, et les dents se gâtent et tombent ; l'haleine est une puanteur, le nez se décompose, les doigts, les mains, les pieds peuvent être perdus ou les yeux rongés. La beauté humaine passe en corruption, et le patient a le sentiment d'être mangé comme par un démon qui le consume lentement en un long repas sans remords qui ne prendra fin que lorsqu'il sera détruit. Il est exclu de ses semblables. Quand ils approchent de lui, il doit crier : « Impur ! Impur ! » pour que toute l'humanité se détourne de lui. Il doit abandonner femme et enfants. Il doit aller vivre avec d'autres lépreux, dans le spectacle décourageant de misères semblables à la sienne. Il doit demeurer dans des maisons abandonnées ou dans les tombes. Il est, comme le dit Trench, une parabole terrible de la mort. En vertu des lois de Moïse (Lv 13:45, Nb 6:9, Ez 24:17) il était obligé de porter sur lui, comme s'il portait le deuil de son propre décès, les emblèmes de la mort, les vêtements déchirés ; il devait garder la tête nue et la lèvre couverte, comme c'était la coutume de ceux qui étaient en communion avec les morts. Quand les Croisés apportèrent la lèpre de l'Orient, on revêtait habituellement le lépreux d'un linceul, et on disait pour lui les messes des morts... À toutes les époques cette maladie d'une horreur indescriptible a été considérée comme incurable ; les Juifs croyaient qu'elle était infligée directement par Jéhovah en punition d'une perversité extraordinaire ou d'un acte coupable odieux, et que Dieu seul pouvait la guérir. Lorsque Naaman fut guéri, et que sa chair lui revint comme celle d'un petit enfant, il dit : ‘Voici : je reconnais qu'il n'y a point de Dieu sur toute la terre, si ce n'est en Israël’ (2 R 5:14,15). »
 
Trench, dans ses Notes on the Miracles, p. 165-168, souligne le fait que la lèpre ne se communique ordinairement pas par simple contact extérieur, et il considère que l'isolement des lépreux requis par la loi mosaïque est une leçon de choses pour illustrer l'impureté spirituelle. Il dit : « Je parle de la théorie erronée que la lèpre était contagieuse d'une personne à l'autre, et que les lépreux étaient si soigneusement séparés de leurs semblables de peur qu'ils ne communiquent la maladie à d'autres, de même que les vêtements déchirés, la lèvre couverte, le cri : « Impur, impur » (Lv 13:45) étaient des avertissements à tous qu'on devait se tenir à distance, de peur qu'en touchant involontairement un lépreux ou en s'approchant trop, on soit atteint par cette maladie. Pour ce qui est de savoir s'il existe un danger quelconque de ce genre, pratiquement tous ceux qui ont étudié la question de près s'accordent pour dire que la maladie ne se communiquait pas par contact ordinaire d'une personne à une autre. Un lépreux pouvait la transmettre à ses enfants, ou la mère des enfants d'un lépreux pouvait la recevoir de lui ; mais elle ne se communiquait pas par contact ordinaire d'une personne à l'autre. Toutes les indications de l'Ancien Testament, de même que d'autres livres juifs, confirment la thèse selon laquelle nous avons à faire ici à quelque chose de beaucoup plus élevé qu'une simple règle d'hygiène. C'est ainsi que là où la loi de Moïse n'était pas observée, on n'excluait pas nécessairement les personnes atteintes ; Naaman, le lépreux, commandait les armées de Syrie (2 R 5:1) ; Guéhazi, avec sa lèpre qui ne devait jamais être purifiée (2 R 5:27), parlait familièrement avec le roi de l'Israël apostat (2 R 8:5)... D'ailleurs, si la maladie avait été aussi contagieuse, comment les prêtres lévitiques y auraient-ils jamais échappé eux-mêmes, obligés qu'ils étaient de par leur office même de soumettre le lépreux à une manipulation réelle et à l'examen le plus soigneux ?...
 
La lèpre n'était rien moins qu'une mort vivante, qu'une corruption de toutes les humeurs, qu'un empoisonnement des sources mêmes de la vie, une dissolution graduelle du corps tout entier, de telle sorte qu'un membre après l'autre se décomposait réellement et tombait. Aaron décrit avec précision l'aspect que le lépreux présentait aux yeux des spectateurs, lorsque, plaidant pour Miryam, il dit : « Qu'elle ne soit pas comme (l'enfant) mort-né, dont la chair est à moitié consumée quand il sort du sein de sa mère ! » (Nb 12:12). En outre la maladie était incurable par l'art et le savoir-faire de l'homme ; non que le lépreux ne pût pas recouvrer la santé, car, quoique rares, de tels cas sont prévus par la loi lévitique... le lépreux, portant d'une manière si terrible sur le corps les signes extérieurs et visibles du péché de l'âme, était traité entièrement comme un pécheur, comme quelqu'un en qui le péché avait atteint son paroxysme, comme quelqu'un de mort dans ses infractions et ses péchés. Il était une parabole terrible de la mort. Il portait sur lui les emblèmes de la mort (Lv 13:45), les vêtements déchirés, portant le deuil pour lui-même comme pour quelqu'un de mort, la tête nue comme avaient l'habitude de la porter ceux qui étaient souillés par la communion avec les morts (Nb 6:9, Ez 24:27) et la lèvre couverte (Ez 24:17)... mais le lépreux était comme quelqu'un de mort, et, comme tel, était exclu du camp (Lv 13:46, Nb 5:2-4) et de la ville (2 R 7:3), cette loi étant si strictement imposée que même la sœur de Moïse ne pouvait en être exemptée (Nb 12:14,15) et que des rois, comme Ozias (2 Ch 26:21, 2 Rois 15:5), devaient s'y soumettre ; cette exclusion enseignait aux hommes que ce qui se produisait figurativement ici se produirait réellement en état de péché mortel. »
 
On trouvera dans Lv chap. 14 les cérémonies complexes exigées pour la purification d'un lépreux guéri.
 
2. Le blasphème : L'essence du péché terrible du blasphème ne réside pas, comme beaucoup le pensent, dans l'impiété seulement, mais comme le Dr Kelso, Stand. Bible Dict., le résume : « Tout emploi incorrect du nom divin (Lv 24:11), toute conversation défavorable à la Majesté de Dieu (Mt 26:65), et les péchés arbitraires, c'est-à-dire les transgressions préméditées des principes fondamentaux de la théocratie (Nb 9:13, 15:30, Ex 31:14), étaient considérés comme blasphèmes ; le châtiment en était la mort par lapidation (Lv 24:16). » Le Smith's Bible Dict., déclare : « Le blasphème, dans le sens technique du mot, signifie dire du mal de Dieu, et on le trouve dans ce sens dans Ps 74:18, Es 52:5, Rm 2:24, etc. C'est sur cette accusation que notre Seigneur et Étienne furent condamnés à mort par les Juifs. Lorsqu'une personne entendait un blasphème, elle posait la main sur la tête de l'offenseur pour indiquer qu'il était seul responsable du péché et, se levant, déchirait son vêtement, lequel ne pouvait plus jamais être réparé » (voir Mt 26:65.)
 
3. Péager : « Mot appliqué tard aux Romains qui achetaient au gouvernement le droit de lever des impôts dans un territoire donné. Ces acheteurs, toujours des chevaliers (les sénateurs étaient exclus en vertu de leur rang), devenaient des capitalistes et formaient de puissantes compagnies d'actionnaires dont les membres recevaient un pourcentage sur le capital investi. Les capitalistes provinciaux ne pouvaient acheter les impôts, qui étaient vendus à Rome aux plus offrants, lesquels, pour se dédommager, sous-louaient leurs territoires (contre une grosse avance sur le prix payé au gouvernement) aux péagers locaux ; ceux-ci, à leur tour, devaient prendre un bénéfice sur l'argent payé pour le rachat. Étant contrôleurs des biens fonciers aussi bien que collecteurs d'impôts, ils avaient abondamment l'occasion d'opprimer le peuple, qui les haïssait tant pour cette raison que parce que l'impôt lui-même était le signe de sa sujétion à des étrangers » (J. R. Sterrett dans Stand. Bible Dict.).
 
4. Pêcheurs d'hommes : « Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes », dit Jésus à des pêcheurs qui devinrent plus tard ses apôtres (Mt 4:19). La version de Marc est presque la même (1:17), tandis que celle de Luc (5: 10) dit : « Désormais tu seras pêcheur d'hommes. » La version correcte est, comme les commentateurs s'accordent pratiquement pour le dire : « Dorénavant tu prendras des hommes vivants. » Cette traduction souligne le contraste donné dans le texte - celui qui existe entre la capture des poissons pour les tuer, et de se gagner des hommes pour les sauver. Examinez, dans cet ordre d'idées, la prédiction que le Seigneur fit par l'intermédiaire de Jérémie (16:16), que, pour toucher Israël dispersé il enverrait : « Une multitude de pêcheurs, et ils les pêcheront », etc.
 
5. « Tes péchés te sont pardonnés. » : Le commentaire suivant d'Edersheim (Life and Times of Jesus the Messiah, vol. 1, p. 505,506) relatif à l'incident étudié est instructif : « Dans ce pardon des péchés, il présenta sa personne et son autorité comme divines, et les prouva telles par la guérison miraculeuse qui suivit immédiatement. Si les deux avaient été intervertis [c'est-à-dire si le Christ avait tout d'abord guéri l'homme et lui avait dit après que ses péchés étaient pardonnés], cela aurait évidemment prouvé son pouvoir, mais pas sa personnalité divine, ni le fait qu'il avait l'autorité de pardonner les péchés ; et c'est cela, et non le fait qu'il accomplissait des miracles, qui était l'objet de son enseignement et de sa mission, dont les miracles n'étaient que des preuves secondaires. C'est ainsi que le raisonnement intérieur des scribes, qui était clair et connu de celui qui lit toutes les pensées, eut pour résultat exactement l'opposé de ce qu'ils auraient pu attendre. Bien injustifié était le sentiment de mépris que nous découvrons dans leurs paroles silencieuses, que nous les lisions comme disant ‘Pourquoi celui-ci dit-il des blasphèmes ?’ ou, selon une transcription plus correcte : ‘Pourquoi celui-ci parle-t-il ainsi ? Il blasphème !’ Cependant, selon leur point de vue, ils avaient raison, car Dieu seul peut pardonner les péchés ; et ce pouvoir n'a jamais été donné ou délégué à l'homme. Mais était-il simplement un homme, comme l'était même le plus honoré des serviteurs de Dieu ? Homme, il l'était ; mais ‘le Fils de l'Homme’... Il semblait facile de dire : ‘Tes péchés ont été pardonnés.’ Mais pour lui, qui avait l'autorité de le faire sur terre, ce n'était ni plus facile ni plus difficile de dire : ‘Lève-toi, prends ton lit et marche.’ Cependant ce dernier prouvait assurément le premier, et lui donnait aux yeux de tous les hommes une réalité indubitable. Et c'est ainsi que ce furent les pensées de ces scribes qui, appliquées au Christ étaient ‘mauvaises’ - puisqu'ils l'accusaient de blasphème - qui fournirent l'occasion de donner une preuve réelle de ce qu'ils auraient accusé et nié. L'objectif tant des miracles que de ce miracle particulier n'aurait pu être atteint d'aucune autre manière que par les « pensées mauvaises » de ses scribes lorsque, mises miraculeusement en lumière, elles exprimaient le doute le plus intime et montraient du doigt la question la plus importante concernant le Christ. Et ce fut donc, une fois de plus, la colère de l'homme qui fit l'éloge du Christ. »
 
 
CHAPITRE 15 : SEIGNEUR DU SABBAT
 
LE SABBAT, PARTICULIÈREMENT SACRÉ POUR ISRAËL
 
La sanctification du jour du sabbat était l'un des commandements les plus importants que le Seigneur donna à Israël, son peuple, dès une époque très reculée de l'histoire de cette nation. En fait le respect du jour du sabbat, jour où l'on cessait le travail ordinaire, était une caractéristique nationale qui distinguait les Israélites des peuples païens, et ce, à juste titre, car la sainteté du sabbat devint le signe de l'alliance entre le peuple élu et son Dieu. La sainteté du sabbat avait été préfigurée dans le récit de la création, avant que l'homme ne fût placé sur la terre, comme le montre le fait que Dieu se reposa après les six périodes ou jours d'œuvre créatrice, et bénit le septième jour et le sanctifia [1]. Au cours de l'exode d'Israël, le septième jour fut mis à part comme jour de repos, pendant lequel il n'était pas permis de rôtir, bouillir ou cuire de la nourriture. On devait rassembler une ration double de manne le sixième jour, tandis que les autres jours il était expressément interdit de mettre de côté un surplus de ce pain quotidien envoyé du ciel. Le Seigneur observait la sainteté du jour sacré en ne donnant pas de manne ce jour-là [2].
 
Le commandement de célébrer le sabbat d'une manière stricte fut précisé de manière explicite dans le décalogue écrit de la main de Dieu au milieu de la gloire terrible du Sinaï ; et cette injonction fut rappelée au peuple par des proclamations fréquentes [3]. Il n'était pas permis d'allumer de feu ce jour-là, et il est rapporté qu'un homme fut mis à mort pour avoir rassemblé des morceaux de bois le septième jour [4]. Sous l'administration de prophètes ultérieurs, la sainteté du sabbat, les bénédictions promises à ceux qui sanctifiaient le jour, et le péché de profanation du sabbat furent réitérés en des termes d'une force inspirée [5]. Néhémie fit des exhortations et des réprimandes à ce sujet et attribua l'affliction de la nation au fait qu'elle avait perdu la faveur de Jéhovah en violant le sabbat [6]. Le Seigneur affirma par la bouche d'Ézéchiel que l'institution du sabbat était le signe de l'alliance entre lui et le peuple d'Israël ; et il réprimanda sévèrement ceux qui ne respectaient pas ce jour-là [7]. Le respect de la sainteté du sabbat était une exigence aussi impérieuse pour la branche séparée de la nation israélite qui avait colonisé le continent américain [8].
 
L'observance requise était cependant l'opposé même de l'affliction et du fardeau ; le sabbat était consacré au repos et à un juste agrément, et devait être un jour de fête spirituelle devant le Seigneur. Il n'avait pas été établi comme jour d'abstinence ; on pouvait manger, mais la maîtresse comme la servante devaient être soulagées de la tâche de préparer la nourriture ; ni maître ni serviteur ne devaient labourer, bêcher ou travailler ; et le jour de repos hebdomadaire était tout autant l'aubaine du bétail que celui de ses propriétaires.
 
Outre le sabbat hebdomadaire, le Seigneur, dans sa miséricorde, prescrivit également une année sabbatique. Tous les sept ans la terre devait se reposer, ce qui augmentait sa fertilité [9]. Lorsque sept fois sept ans s'étaient écoulés, la cinquantième année devait être célébrée du commencement à la fin comme une année de jubilé, au cours de laquelle le peuple devait vivre sur l'accroissement accumulé des saisons de prospérité précédentes et se réjouir de cette libéralité en se relevant l'un l'autre des hypothèques et des contrats, en accordant la remise des dettes et un soulagement général des fardeaux - toutes choses qui devaient être faites avec miséricorde et en justice [10]. Les sabbats établis par le Seigneur, que ce fussent des jours, des semaines ou des années, devaient être des périodes de délassement, de soulagement, de bénédiction, de générosité et d'adoration.
 
Pour ceux, nombreux, qui professent considérer que la nécessité du travail fait partie de la malédiction causée par la chute d'Adam, le sabbat doit être comme un jour de répit temporaire, une période d'exemption de travail et comme l'occasion bénie de s'approcher davantage de la Présence dont le genre humain a été exclu par le péché. Pour ceux qui adoptent une conception plus élevée de la vie et trouvent dans le travail tant le bonheur que les bénédictions matérielles, ce soulagement périodique apporte du délassement et donne un enthousiasme renouvelé pour les jours qui suivent.
 
Mais longtemps avant l'avènement du Christ, le but originel du sabbat avait cessé d'être connu par la majorité d'Israël, et l'esprit de son observance avait été étouffé sous le poids des injonctions rabbiniques et sous le formalisme des restrictions. À l'époque du ministère du Seigneur, les précisions techniques prescrites comme règles annexées à la loi étaient presque innombrables, et le fardeau ainsi imposé au peuple était devenu quasi insupportable. Parmi les nombreuses exigences saines de la loi mosaïque, que les instructeurs et les gouverneurs spirituels des Juifs avaient rendues ainsi lourdes à supporter, celle de l'observance du sabbat avait une place particulièrement importante. La « haie », qu'en vertu d'une théorie que rien ne justifiait, ils professaient placer autour de la loi [11], était particulièrement épineuse dans les sections consacrées au sabbat juif. Même des infractions minimes aux règles traditionnelles étaient sévèrement punies, et on maintenait devant les yeux du peuple la menace suprême de la peine capitale en cas de profanation extrême [12].
 
GUÉRISON D'UN INVALIDE LE JOUR DU SABBAT
 
Étant donné cette situation, nous ne sommes pas surpris de voir notre Seigneur accusé assez rapidement dans le cours de son oeuvre publique d'enfreindre le sabbat. Un exemple qui eut beaucoup de suites importantes est rapporté par Jean [13], dont le récit relate un miracle très impressionnant. Jésus était de nouveau à Jérusalem, à l'époque de l'une des fêtes juives [14]. Il y avait, près du marché aux brebis de la ville, une piscine appelée Béthesda. D'après la description que nous avons, nous pouvons conclure que c'était une piscine naturelle ; il se peut que l'eau ait été riche en solides ou en gaz dissous, ou des deux, ce qui en faisait ce que nous appellerions aujourd'hui une source minérale ; car nous voyons que l'eau avait la réputation de posséder des vertus curatives et que beaucoup de gens affligés venaient s'y baigner. La source était du genre périodique ; à certains moments ses eaux s'élevaient avec un bouillonnement, puis redescendaient au niveau normal. On connaît des sources minérales de ce genre dans beaucoup de parties du monde. Certains croyaient que le gonflement périodique des eaux de Béthesda provenait d'une action surnaturelle, et on disait que « celui qui y descendait le premier après que l'eau avait été agitée, était guéri, quelle qu'ait été sa maladie ». La piscine de Béthesda était entièrement ou partiellement fermée ; et cinq portiques avaient été construits pour abriter ceux qui attendaient à la source le bouillonnement intermittent de l'eau.
 
Un jour de sabbat, Jésus se rendit à la piscine et y vit beaucoup de personnes affligées qui attendaient. Parmi elles se trouvait un homme qui était cruellement affligé depuis trente-huit ans. Nous pouvons déduire de la manière dont l'homme décrivit son impuissance que sa maladie était la paralysie, ou peut-être une forme extrême de rhumatisme ; quelle que fût son affliction, elle le rendait à ce point impotent qu'il avait peu de chance d'arriver à la piscine au moment critique, car d'autres moins invalides le précédaient ; or, selon les légendes qui couraient sur les propriétés curatives de la source, seul le premier à entrer dans la piscine après l'agitation de l'eau pouvait s'attendre à guérir.
 
Jésus reconnut dans l'homme quelqu'un qui était digne d'être béni et lui dit : « Veux-tu retrouver la santé ? » La question était si simple qu'elle pouvait presque paraître superflue. Il est évident que l'homme voulait être guéri, et il attendait patiemment, quoique avidement, la petite chance qu'il avait de pouvoir arriver à l'eau au bon moment. Il y avait cependant une intention dans les paroles du Maître comme dans toutes ses autres paroles. L'attention de l'homme était attirée sur lui, fixée sur lui ; la question plantée dans le cœur du malade renouvelait son désir d'avoir la santé et la force dont il était privé depuis le temps de sa jeunesse. Sa réponse fut pitoyable et révéla l'état presque désespéré de son esprit ; il ne pensait qu'aux vertus célèbres de la piscine de Béthesda, disant : « Seigneur, je n'ai personne pour me jeter dans la piscine quand l'eau est agitée, et pendant que j'y vais, un autre descend avant moi. » Alors Jésus lui dit : « Lève-toi ;... prends ton lit et marche. » Immédiatement la force fut rendue à l'homme, qui, pendant près de quatre décennies, avait été un grand invalide ; il obéit au Maître, et, prenant le petit matelas ou grabat sur lequel il reposait, s'en alla.
 
Il n'était pas allé loin que les Juifs, c'est-à-dire certains de la classe gouvernante, car c'est dans ce sens que l'évangéliste Jean emploie le terme, le virent porter son lit ; or c'était le jour de sabbat. À leurs réprimandes péremptoires, il répliqua, dans la gratitude et la simplicité honnête de son cœur, que celui qui l'avait guéri lui avait dit de prendre son lit et de marcher. L'intérêt des enquêteurs passa immédiatement de l'homme à celui qui avait accompli le miracle ; mais l'ancien invalide ne pouvait nommer son Bienfaiteur, ayant perdu Jésus de vue dans la foule avant d'avoir eu l'occasion de l'interroger ou de le remercier. L'homme qui avait été guéri s'en alla au temple, probablement poussé par le désir d'exprimer sa gratitude et sa joie dans la prière. C'est là que Jésus le trouva et lui dit : « Voici, tu as retrouvé la santé, ne pèche plus, de peur qu'il ne t'arrive quelque chose de pire. [15] » Cet homme s'était probablement attiré son affliction par ses habitudes pécheresses. Le Seigneur décida qu'il avait souffert suffisamment dans son corps et mit fin à sa souffrance physique en l'exhortant ensuite à ne plus pécher.
 
L'homme s'en alla dire aux dirigeants quelle était la personne qui l'avait guéri. Peut-être fit-il cela avec le désir d'honorer et de glorifier celui qui lui avait donné sa bénédiction ; rien ne permet de dire qu'il le fit dans un but indigne même si, par son acte, il contribua à augmenter la persécution de son Seigneur. Si intense était la haine de la faction sacerdotale que les gouverneurs cherchèrent le moyen de mettre Jésus à mort, sous le prétexte spécieux qu'il enfreignait le sabbat. On pourrait se demander pour quel acte ils auraient bien pu espérer le condamner, même dans l'application la plus stricte de leurs règles. Il n'était pas interdit de parler le jour du sabbat, et Jésus n'avait fait que parler pour guérir. Il n'avait pas porté le lit de l'homme et n'avait même pas essayé de faire le plus léger travail physique. Leur propre interprétation de la loi ne leur permettait pas de lui intenter de procès.
 
LA RÉPONSE DE NOTRE SEIGNEUR AUX JUIFS ACCUSATEURS
 
Néanmoins, les fonctionnaires juifs lancèrent des accusations contre Jésus. Que l'entrevue se soit produite à l'intérieur des murs du temple ou en pleine rue, sur la place du marché ou dans la salle du jugement, cela n'a aucune importance. Sa réponse à leurs accusations ne se limite pas à la question de l'observance du sabbat ; elle représente le sermon le plus complet des Écritures sur le sujet capital des rapports entre le Père éternel et son Fils Jésus-Christ.
 
Sa première phrase augmenta la colère déjà intense des Juifs. À propos de l'œuvre qu'il avait accomplie pendant le saint jour, il dit : « Mon Père travaille jusqu'à présent. Moi aussi, je travaille. » Ces paroles, ils les interprétèrent comme un blasphème [16]. « À cause de cela, les Juifs cherchaient encore plus à le faire mourir, non seulement parce qu'il violait le sabbat, mais parce qu'il disait que Dieu était son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu. » À leurs protestations orales ou inexprimées, Jésus répondit que lui, le Fils, n'agissait pas indépendamment, et ne pouvait en fait rien faire que ce qui était conforme à la volonté du Père, et ce qu'il avait vu le Père faire, que le Père aimait tellement le Fils qu'il lui montrait les oeuvres du Père.
 
Remarquons que Jésus n'essaya nullement de réfuter leur interprétation de ses paroles ; au contraire il confirma que leurs déductions étaient correctes. Il s'associa avec le Père en un rapport encore plus étroit et plus exalté qu'ils ne l'avaient conçu. L'autorité que le Père lui avait donnée ne se limitait pas à la guérison des infirmités corporelles ; il avait même le pouvoir de ressusciter les morts - « En effet, comme le Père ressuscite les morts et les fait vivre, de même aussi le Fils fait vivre qui il veut. » En outre, le jugement des hommes lui avait été confié ; et nul ne pouvait honorer le Père autrement qu'en honorant le Fils. Venait ensuite cette déclaration tranchante : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et qui croit à celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle et ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie. »
 
Le royaume du Christ n'était pas limité par le tombeau ; même le salut des morts dépendait entièrement de lui ; et il proclama, aux oreilles terrifiées de ses accusateurs abasourdis, la vérité solennelle qu'à ce moment-là même, l'heure était proche où les morts entendraient la voix du Fils de Dieu. Réfléchissez à sa profonde affirmation : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient - et c'est maintenant - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu ; et ceux qui l'auront entendue vivront. » Il confondit les Juifs pleins de rage meurtrière en déclarant qu'ils ne pouvaient pas lui ôter la vie sans qu'il s'y soumît : « En effet comme le Père a la vie en lui-même, ainsi il a donné au Fils d'avoir la vie en lui-même. » Il prononça une autre parole tout aussi importante : « Et il lui a donné le pouvoir d'exercer le jugement, parce qu'il est le Fils de l'homme. » Lui, le Fils de l'Homme de Sainteté exalté et glorifié et maintenant lui-même homme mortel [17], allait être le juge des hommes.
 
Il n'est pas étonnant qu'ils aient été stupéfaits ; jamais auparavant ils n'avaient entendu ni lu pareille doctrine ; elle n'était ni des scribes ni des rabbis, pas plus que des écoles pharisaïques ou sadducéennes. Mais il les réprimanda pour leur étonnement, disant : « Ne vous en étonnez pas ; car l'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix. Ceux qui auront fait le bien en sortiront pour la résurrection et la vie, ceux qui auront pratiqué le mal pour la résurrection et le jugement. [18] »
 
Cette énonciation de la résurrection, faite si clairement que les plus illettrés pouvaient la comprendre, dut offenser les Sadducéens qui étaient là, car ils niaient formellement la résurrection. Le Christ affirme ici d'une manière absolument certaine que la résurrection est universelle ; ce ne sont pas seulement les justes, mais même ceux qui méritent la condamnation qui doivent ressusciter de leur tombe dans leur corps de chair et d'os [19].
 
Puis, affirmant solennellement une fois de plus l'unité de la volonté de son Père et de la sienne, le Christ parla de la question des témoins de son œuvre. Il admit ce qui était une doctrine reconnue de l'époque, à savoir que le témoignage qu'un homme seul rendait de lui-même ne suffisait pas ; mais il ajouta : « C'est un autre qui rend témoignage de moi, et je sais que le témoignage qu'il rend de moi est vrai. » Il cita Jean-Baptiste et leur rappela qu'ils lui avaient envoyé une délégation et que Jean avait répondu en rendant témoignage du Messie ; et Jean avait été une lumière brûlante et brillante, et beaucoup s'étaient temporairement réjouis de son ministère. Il laissa les Juifs voir par eux-mêmes que le témoignage de Jean était valide selon leur interprétation la plus stricte des lois de la preuve. « Pour moi, poursuivit-il, ce n'est pas d'un homme que je reçois le témoignage... Moi, j'ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; car les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces oeuvres mêmes que je fais témoignent de moi que le Père m'a envoyé. Et le Père qui m'a envoyé a lui-même rendu témoignage de moi. »
 
Puis, en des termes qui les condamnaient catégoriquement, il leur dit qu'ils étaient privés de la parole du Père parce qu'ils refusaient de l'accepter, lui, que le Père avait envoyé. Sur un ton direct et humiliant, il exhorta ces savants de la loi, ces interprètes des prophètes, ces traducteurs professionnels des Écritures saintes à se mettre à lire et à étudier. « Vous sondez les Écritures, dit-il, parce que vous pensez avoir en elles la vie éternelle : ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » Il ajouta sur un ton accusateur qu'eux, qui reconnaissaient et enseignaient que c'est dans les Écritures que se trouve le chemin de la vie éternelle, refusaient de venir à lui de qui ces mêmes Écritures témoignaient, alors qu'en venant ils pouvaient obtenir la vie éternelle. « Je ne reçois pas de gloire des hommes, ajouta-t-il, Mais je vous connais : vous n'avez pas en vous l'amour de Dieu. » Ils savaient qu'ils recherchaient les honneurs des hommes, recevaient les honneurs les uns des autres, étaient nommés rabbis et docteurs, scribes et instructeurs, par la réception de titres et de grades tous d'hommes ; mais ils rejetaient celui qui venait au nom de quelqu'un d'infiniment plus grand que toutes leurs écoles ou sociétés - il venait au nom suprême du Père. La cause de leur ignorance spirituelle fut relevée : ils se reposaient sur les honneurs des hommes et ne recherchaient pas l'honneur de servir réellement la cause de Dieu.
 
Il avait parlé de l'autorité de juger qui lui avait été confiée ; maintenant il expliquait qu'ils ne devaient pas penser qu'il les accuserait devant le Père ; quelqu'un d'inférieur à lui les accuserait, à savoir Moïse, un autre de ses témoins en qui ils professaient avoir tellement confiance, Moïse en qui ils disaient tous croire et, leur jetant à la face tous les faits de sa puissante accusation, le Seigneur poursuivit : « Car, si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu'il a écrit à mon sujet. Mais si vous ne croyez pas à ses écrits, comment croirez-vous à mes paroles ? » Tels étaient les enseignements lumineux combinés à une dénonciation ardente que ces hommes avaient provoqués par leur tentative futile de condamner Jésus en l'accusant d'avoir profané le sabbat. Ce n'était qu'une des nombreuses machinations perverses par lesquelles ils complotaient avec tant de détermination et s'efforçaient de stigmatiser et d'invoquer le châtiment de l'infraction du sabbat sur celui-là même qui avait ordonné le sabbat et en était, en vérité, le seul et unique Seigneur.
 
LES DISCIPLES ACCUSÉS D'ENFREINDRE LE SABBAT
 
Il peut être profitable d'examiner, à ce propos, d'autres exemples de bonnes œuvres accomplies par notre Seigneur le jour du sabbat ; et ceci, nous pouvons le faire sans nous préoccuper inutilement de l'ordre chronologique des événements. Nous retrouvons Jésus en Galilée, que ce soit avant ou après sa visite à Jérusalem à l'époque de la fête inconnue, occasion au cours de laquelle il accomplit le miracle de la guérison à la piscine de Béthesda, cela n'a aucune importance. Un certain jour de sabbat, ses disciples et lui traversaient un champ de blé [20], et, ayant faim, les disciples se mirent à cueillir quelques-uns des épis mûrissants ; frottant les grains entre leurs mains, ils mangèrent. Il n'y avait pas de vol dans ce qu'ils faisaient, car la loi mosaïque prévoyait qu'en traversant la vigne ou le champ de blé d'un autre on pouvait cueillir des raisins ou du blé pour soulager sa faim ; mais il était interdit d'utiliser une faucille dans le champ, ou d'emporter des raisins dans un récipient [21]. La permission ne valait que pour soulager le besoin du moment. Lorsque les disciples de Jésus profitèrent de cet avantage légal, des Pharisiens observaient la scène, et ceux-ci s'approchèrent immédiatement du Maître et dirent : « Voici que tes disciples font ce qu'il n'est pas permis de faire pendant le sabbat. » Les accusateurs pensaient sans aucun doute au dogme rabbinique qui voulait que frotter un épi de blé entre les mains était une espèce de battage, que souffler la balle était du vannage, et qu'il était illégal de battre ou de vanner le jour du sabbat. En fait certains rabbis savants avaient considéré que c'était un péché de marcher sur l'herbe pendant le sabbat, étant donné que l'herbe pouvait être en semence, et que piétiner la semence reviendrait à battre le grain.
 
Jésus défendit les disciples en citant un précédent applicable à ce cas, et beaucoup plus important. Cet exemple était celui de David, qui avec une petite compagnie d'hommes avait demandé du pain au sacrificateur Ahimélek, car ils avaient faim et étaient pressés. Le sacrificateur n'avait que du pain consacré, les pains de proposition qui étaient placés périodiquement dans le sanctuaire, et que nul autre que les sacrificateurs n'avait la permission de manger. Étant donné l'état de besoin urgent, le sacrificateur avait donné le pain de proposition aux hommes affamés [22]. Jésus rappela également aux Pharisiens critiques que les sacrificateurs du temple travaillaient régulièrement beaucoup le jour du sabbat lorsqu'ils immolaient les victimes sacrificatoires, et en général dans le service de l'autel, et étaient pourtant tenus pour innocents à cause des exigences supérieures du culte qui rendaient ce genre de travail nécessaire ; et il ajouta avec une insistance solennelle : « Or, je vous le dis, il y a ici plus grand que le temple. » Il cita la parole de Dieu exprimée par Osée : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » [23] et les réprimanda à la fois pour leur ignorance et pour leur zèle pervers en leur disant que s'ils avaient su ce que cette Écriture voulait dire, ils n'auraient pas condamné des innocents. Que l'on s'en souvienne, « le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat » [24].
 
Sa réprimande fut suivie de l'affirmation de sa suprématie personnelle : « Car le Fils de l'homme est maître du sabbat. » Que pouvons-nous déduire de cette déclaration si ce n'est que lui, Jésus, qui était présent, là dans la chair, était l'être par l'intermédiaire duquel le sabbat avait été ordonné, que c'était lui qui avait donné et écrit sur la pierre le décalogue, y compris « Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier », et, « le septième jour est le sabbat de l'Éternel, ton Dieu » ?
 
UN COMPLOT PHARISIEN
 
De nouveau, un jour de sabbat, Jésus entra dans une synagogue et vit dans l'assemblée un homme dont la main droite était sèche [25]. Des Pharisiens étaient là, et ils regardèrent pour voir si Jésus guérirait l'homme, leur but étant de l'accuser, s'il le faisait. Les Pharisiens demandèrent : « Est-il permis de faire une guérison les jours de sabbat ? » Notre Seigneur rétorqua à leur dessein si mal voilé en demandant : « Est-il permis, le jour du sabbat, de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une personne ou de la tuer ? » Ils se turent, car c'était une question à double tranchant. Répliquer par l'affirmative, ç'aurait été justifier les guérisons ; répondre par la négative ç'aurait été se rendre ridicules. Il posa une autre question : « Lequel d'entre vous, s'il n'a qu'une brebis et qu'elle tombe dans une fosse le jour du sabbat, ne la saisira pour l'en retirer ? Combien un homme ne vaut-il pas plus qu'une brebis ! »
 
Comme les Pharisiens ne pouvaient ou ne voulaient pas répondre, il résuma toute la question de la manière suivante : « Il est donc permis de faire du bien les jours de sabbat. » Il demanda à l'homme à la main sèche de se tenir devant l'assemblée. La douleur et la colère se mêlaient dans son regard pénétrant qui balayait la foule ; mais, se tournant avec compassion vers l'affligé, il lui commanda d'étendre la main ; l'homme obéit, et voici que la main « redevint saine comme l'autre ».
 
Les Pharisiens déconfits étaient furieux ; « remplis de fureur », dit Luc ; et ils s'en allèrent comploter de nouveau contre le Seigneur. Leur haine était tellement violente qu'ils s'allièrent aux Hérodiens, parti politique généralement impopulaire chez les Juifs [26]. Les gouverneurs du peuple étaient prêts à se lancer dans n'importe quelle intrigue ou n'importe quelle alliance pour parvenir à leurs fins, dont ils ne se cachaient d'ailleurs pas, à savoir de faire mettre le Seigneur Jésus à mort. Conscient des desseins pervers qui se tramaient contre lui, Jésus se retira de la localité. Nous examinerons plus loin [27] d'autres accusations de violation du sabbat que formulèrent des casuistes juifs contre le Christ.
 
 [1] Gn 2:3.
 [2] Ex 16:16-31.
 [3] Ex 20:8-11, 23:12, 31:13-15, 34:21 ; Lv 19:3, 23:3 ; Dt 5:12-14.
 [4] Ex 35:3, Nb 15:32-36.
 [5] Es 56:2, 58:13 ; Jr 17:21-24.
 [6] Né 8:9-12,13:15-22.
 [7] Ez 20:12-24.
 [8] LM, Jarom 1:5 ; Mosiah 13:16-19,18:23.
 [9] Lv 25:1-8 ; cf. 26:34, 35.
 [10] Lv 25:10-55.
 [11] Chap. 6.
 [12] Note 1, fin du chapitre.
 [13] Jn, chapitre 5.
 [14] Note 2, fin du chapitre.
 [15] Voir un autre cas, chap. 14 du présent ouvrage.
 [16] Chap. 14 et note 2. On trouvera une autre justification de cet acte de guérison le jour du sabbat dans Jean 7:21-24.
 [17] Chap. 11.
 [18] Cf. D&A 76:16,17. Voir chap. 3 du présent ouvrage.
 [19] Chap. 3.
 [20] Mt 12:1-8 ; cf. Mc 2:23-28 ; Lc 6:1-5.
 [21] Dt 23:24,25.
 [22] Note 3, fin du chapitre.
 [23] Os 6:6 ; cf. Mi 6:6-9.
 [24] Mc 2:27. Note 4, fin du chapitre.
 [25] Mt 12:10-13 ; Mc 3:1-6 ; Lc 6:6-8.
 [26] Chap. 6.
 [27] Exemples : Lc 13:14-16, 14:3-6 ; Jn 9:14-16.
 
NOTES DU CHAPITRE 15
 
1. Législations rabbiniques concernant l'observance du sabbat : « Aucun trait du système juif n'était aussi marqué que son extraordinaire sévérité dans l'observance extérieure du sabbat, lequel devait être un jour de repos total. Les scribes avaient élaboré, à partir du commandement de Moïse, toute une foule de prohibitions et d'injonctions, couvrant l'ensemble de la vie sociale, individuelle et publique, et la portaient à l'extrême du ridicule et de la caricature. Des règles sans fin étaient prescrites quant au genre de nœuds que l'on pouvait légalement faire le jour du sabbat. Le nœud du chamelier et du marin étaient illégaux, et il était tout aussi illégal de les défaire que de les faire. Un nœud que l'on pouvait faire d'une main pouvait être défait. On pouvait attacher un soulier ou une sandale, une coupe de femme, une outre à vin ou à huile, un pot à viande. Lorsqu'on était à une source, on pouvait attacher une cruche à l'écharpe que l'on portait, mais non à une corde... Allumer ou éteindre un feu le jour du sabbat constituait une grande profanation du jour, et il n'était même pas permis à la maladie d'enfreindre les règlements rabbiniques. Il était interdit de donner un émétique le jour du sabbat - de placer des attelles à un os cassé ou de remettre en place une jointure disloquée, quoique certains rabbis plus libéraux affirmassent que tout ce qui mettait la vie en danger annulait la loi du sabbat. » Car les commandements n'étaient donnés à Israël que pour qu'il puisse les vivre. Si quelqu'un était enseveli sous des ruines le jour du sabbat, on pouvait faire des fouilles pour aller le retrouver et l'en sortir, s'il était vivant, mais, s'il était mort, on devait le laisser où il était jusqu'à ce que le sabbat fût terminé » (Giekie, Life and Words of Christ, chap. 38).
 
2. La fête dont le nom n'est pas donné : On a beaucoup discuté pour savoir de quelle fête il s'agissait dans Jean 5:1, à l'époque de laquelle Jésus guérit le paralytique à la piscine de Béthesda. Beaucoup d'auteurs affirment que c'était la Pâque, d'autres que c'était la fête de Pourim ou quelqu'autre célébration juive. Le seul semblant d'importance qui pourrait s'attacher à la question, c'est la possibilité d'apprendre grâce à ce fait, si on pouvait prouver celui-ci, quelque chose sur l'ordre chronologique des événements à cette période de la vie de notre Seigneur. On ne nous dit pas de quelle fête il s'agit, pas plus que l'année ni l'époque de l'année où elle se produisit. La valeur du miracle qui fut accompli à cette occasion et du discours sur la doctrine qui fut prononcé à la suite de cela, ne dépend en aucune façon de la date à laquelle ils se situent.
 
3. Les pains de proposition : Le nom signifie « pains de la présence », signifiant qu'on les plaçait en la présence de Jéhovah. Le pain ainsi sanctifié consistait en douze pains faits sans levain. Ils devaient être posés dans le Saint en deux colonnes de six pains chacune. Zenos, dans le Stand. Bible Dict. écrit : « On les y laissait une semaine entière, à la fin de laquelle le prêtre les retirait et les mangeait sur un sol saint, c'est-à-dire dans l'enceinte du sanctuaire. Le fait pour d'autres personnes que des prêtres de manger du pain de proposition était considéré comme sacrilège, car il était « saint » (voir Ex 25:30, Lv 24:5-9, 1 S 21:1-6).
 
4. Le sabbat fut fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat : Edersheim (vol. 1, p. 57,58) dit : « Lorsque, au cours de sa fuite devant Saül, David, ‘lorsqu'il eut faim’, mangea du pain de proposition et en donna à ceux qui l'accompagnaient, bien que, selon la lettre de la loi lévitique, seuls les prêtres pouvaient en manger, la tradition juive défendit son comportement en prétendant que ‘lorsque la vie est en danger, la loi du sabbat est suspendue’, et, par conséquent, toutes les lois qui s'y rapportent... En vérité, la raison pour laquelle David était exempt de tout reproche lorsqu'il mangea le pain de proposition était la même que celle qui rendait légal le travail des prêtres le jour du sabbat. La loi du sabbat n'était pas une loi qui imposait simplement le repos, mais le repos en vue du culte. L'objet que l'on avait en vue était le service du Seigneur. Les prêtres travaillaient le sabbat, parce que ce service était l'objet du sabbat ; et David eut la permission de manger du pain de proposition, non pas ‘uniquement’ parce qu'il courait le danger de mourir de faim, mais parce qu'il argua qu'il était au service du Seigneur et avait besoin de cette nourriture. Les disciples, tandis qu'ils suivaient le Seigneur, étaient de même à son service ; le servir, c'était plus que servir au temple, car il était plus grand que le temple. Si les Pharisiens avaient cru cela, ils n'auraient pas mis leur conduite en doute et n'auraient pas, ce faisant, enfreint cette loi supérieure qui commande la miséricorde, non pas le sacrifice. »
  
 
CHAPITRE 16 : LE CHOIX DES DOUZE
 
LEUR APPEL ET LEUR ORDINATION [1]
 
La nuit précédant le matin où les douze apôtres furent appelés et ordonnés, le Seigneur la passa dans une retraite solitaire ; il « passa toute la nuit dans la prière à Dieu » [2]. Puis, le jour venu, et tandis que beaucoup de gens s'assemblaient pour en apprendre davantage sur le nouvel et magnifique Évangile du royaume, il demanda à certaines personnes qui, jusqu'alors, l'avaient accompagné avec dévouement comme disciples, de s'approcher, et, parmi eux, il en choisit douze qu'il ordonna et nomma apôtres [3]. Avant cette époque, aucun n'avait reçu d'autorité ou de charge qui le distinguait des autres ; ils avaient été comptés avec les disciples en général, bien que, comme nous l'avons vu, sept d'entre eux eussent reçu un appel préliminaire et y eussent promptement répondu en abandonnant entièrement ou partiellement leurs affaires pour suivre le Maître. C'étaient André, Jean, Simon, Pierre, Philippe, Nathanaël, Jacques et Lévi Matthieu. Mais avant ce jour important, aucun des Douze n'avait été ordonné ou mis à part pour son office sacré.
 
Les trois évangélistes qui rapportent l'organisation des Douze placent Simon Pierre en tête et Judas Iscariot en dernier dans la catégorie ; ils s'accordent également sur la place relative de certains d'entre eux mais non de tous les autres. En suivant l'ordre donné par Marc, et ceci est peut-être le plus pratique puisque les trois premiers qu'il nomme sont ceux qui devinrent plus tard les plus importants, nous avons la liste suivante : Simon Pierre, Jacques (fils de Zébédée), Jean (frère du dernier cité), André (frère de Simon Pierre), Philippe, Barthélemy (ou Nathanaël), Matthieu, Thomas, Jacques (fils d'Alphée), Jude (également appelé Lebbée ou Thaddée), Simon (qui se distingue par son surnom de Zélote, appelé aussi le Cananite) et Judas Iscariot.
 
ÉTUDE SÉPARÉE DES DOUZE
 
Simon, le premier apôtre cité, est connu plus communément sous le nom de Pierre - le nom que lui donna le Seigneur lors de leur première rencontre, et qu'il confirma plus tard [4]. Il était fils de Jona, ou Jonas, et était pêcheur de métier. Son frère André et lui étaient associés avec Jacques et Jean, fils de Zébédée ; et selon toute apparence, leur affaire de pêche était prospère, car ils possédaient leurs bateaux et employaient d'autres hommes [5]. Pierre habita d'abord dans la petite ville de pêche de Bethsaïda [6], sur la rive occidentale du lac de Galilée ; mais vers l'époque où il rencontra Jésus pour la première fois, ou peu après, il alla s'installer avec d'autres membres de sa famille à Capernaüm, où il semble être devenu propriétaire indépendant [7]. Simon Pierre était marié avant son appel au ministère. Matériellement parlant, il était aisé ; et lorsqu'il dit un jour qu'il avait tout quitté pour suivre Jésus, le Seigneur ne nia pas que le sacrifice que Pierre avait fait de ses biens matériels fût aussi grand qu'il l'avait laissé entendre. Rien ne permet de penser qu'il était illettré ou ignorant. Jean et lui, il est vrai, furent appelés « des hommes du peuple sans instruction » [8] par le conseil des dirigeants, mais quand ils disaient cela, ils voulaient dire par là qu'ils n'avaient pas été formés dans les écoles des rabbis ; et il convient de remarquer que les membres de ce même conseil furent étonnés de la sagesse et de l'autorité manifestées par les douze apôtres qu'ils professaient mépriser.
 
Par tempérament, Pierre était impulsif et sévère et, jusqu'à ce qu'il eût été formé par de dures expériences, manquait de fermeté. Il avait beaucoup de faiblesses humaines, et cependant en dépit d'elles toutes, il surmonta finalement les tentations de Satan et les faiblesses de la chair et servit son Seigneur comme chef désigné et reconnu des Douze. Les Écritures ne parlent pas du moment ni du lieu de sa mort ; mais la manière dont il mourrait fut préfigurée par le Seigneur ressuscité [9] et fut prévue en partie par Pierre lui-même [10]. La tradition, qui trouve son origine dans les écrits des premiers historiens chrétiens autres que les apôtres, déclare que Pierre trouva la mort par crucifixion comme martyr au cours de la persécution qui se produisit sous le règne de Néron, probablement entre 64 et 68 après J.-C. Origène déclare que l'apôtre fut crucifié la tête en bas. Pierre, avec Jacques et Jean, ses compagnons dans la présidence des Douze, apparut, ressuscité, à notre époque, lorsqu'il rétablit sur la terre la Prêtrise de Melchisédek, y compris le saint apostolat, qui avaient été enlevés à cause de l'apostasie et de l'incrédulité des hommes [11].
 
Jacques et Jean, frères de naissance, associés dans les affaires comme pêcheurs, frères dans le ministère, furent partenaires avec Pierre dans l'appel apostolique. Le Seigneur conféra à tous deux un titre commun - Boanergès ou fils du tonnerre [12] - pensant peut-être au zèle qu'ils montrèrent à son service, lequel dut en effet être freiné à certains moments, comme lorsqu'ils auraient voulu appeler le feu du ciel pour détruire les villageois samaritains qui avaient refusé leur hospitalité au Maître [13]. Leur mère et eux aspiraient aux honneurs les plus hauts du Royaume, et ils demandèrent à recevoir tous deux une place, l'un à la droite et l'autre à la gauche du Christ dans sa gloire. Cette ambition fut doucement réprimandée par le Seigneur, et cette demande offensa les autres apôtres [14]. Avec Pierre, ces deux frères furent témoins de beaucoup des événements les plus importants de la vie de Jésus ; c'est ainsi qu'ils furent tous les trois les seuls apôtres admis à être témoins de la résurrection de la fille de Jairus [15] ; ils furent les seuls membres des Douze qui assistèrent à la transfiguration du Christ [16] ; ils étaient les plus proches du Seigneur pendant son agonie mortelle à Gethsémané [17] ; et, comme nous l'avons déjà dit, ils participèrent dans nos temps modernes au rétablissement du saint apostolat avec toute son ancienne autorité et son pouvoir de bénir [18]. Jacques est désigné communément dans la littérature théologique comme Jacques 1er, pour le distinguer de l'autre apôtre qui porte le même nom. Jacques, le fils de Zébédée, était le premier des apôtres qui trouva la mort violente du martyr ; il fut décapité sur ordre du roi Hérode Agrippas [19]. Jean avait été disciple du Baptiste et avait prouvé sa confiance dans le témoignage que ce dernier rendit de Jésus en se détournant promptement du précurseur pour suivre le Seigneur [20]. Il devint un serviteur dévoué et se qualifia à plusieurs reprises le disciple « que Jésus aimait » [21]. À la dernière Cène, Jean était assis à côté de Jésus, reposant la tête sur la poitrine du Maître [22] ; et le lendemain, tandis qu'il se tenait en dessous de la croix, il reçut du Christ mourant la mission de prendre soin de la mère du Seigneur [23] ; et il répondit promptement à cette invitation en emmenant Marie en larmes chez lui. Il fut le premier à reconnaître le Seigneur ressuscité sur les rives de Galilée, et les lèvres immortelles encouragèrent son espoir que sa vie se poursuivrait afin qu'il pût servir parmi les hommes jusqu'à ce que le Christ vienne dans sa gloire [24]. La révélation à l'époque moderne a attesté que cet espoir fut réalisé [25].
 
André, fils de Jona et frère de Simon Pierre, est mentionné moins fréquemment que les trois apôtres déjà examinés. Il avait été l'un des disciples du Baptiste, et, avec Jean, le fils de Zébédée, il quitta le Baptiste pour s'instruire auprès de Jésus ; et ayant appris, il partit à la recherche de Pierre, lui affirma solennellement que le Messie avait été trouvé et amena son frère aux pieds du Sauveur [26]. Il partagea avec Pierre l'honneur d'être appelé par le Seigneur au bord de la mer et la promesse « je vous ferai pêcheurs d'hommes » [27]. Nous lisons qu'à une occasion André était présent avec Pierre, Jacques et Jean dans un entretien privé avec le Seigneur [28] ; et il est cité lors de la première multiplication des pains [29] et avec Philippe lorsqu'une entrevue fut arrangée entre certains Grecs questionneurs et Jésus [30]. Il est cité avec d'autres au moment de l'ascension de notre Seigneur [31]. La tradition est pleine d'histoires au sujet de cet homme, mais nous n'avons aucun document authentique sur l'étendue de son ministère, la durée de sa vie ni les circonstances de sa mort.
 
Philippe a peut-être été le premier à recevoir l'appel péremptoire « Suis-moi » des lèvres de Jésus, et nous le voyons témoigner immédiatement que Jésus était le Messie tant attendu. Il habitait Bethsaïda, la ville de Pierre, d'André, de Jacques et de Jean. On dit que Jésus le trouva [32] tandis que les autres premiers disciples semblent être venus séparément, d'eux-mêmes, au Christ. Il est mentionné brièvement lors de la première multiplication des pains, moment où Jésus lui demanda : « Où achèterons-nous des pains pour que ces gens aient à manger ? » Cela fut fait pour le mettre à l'épreuve, car Jésus savait ce que l'on ferait. Philippe basa sa réponse sur le peu d'argent dont ils disposaient et montra qu'il ne s'attendait nullement à une intervention miraculeuse [33]. C'est à lui que les Grecs s'adressèrent lorsqu'ils cherchèrent à rencontrer Jésus comme nous l'avons remarqué en parlant d'André. Il fut réprimandé avec douceur pour son manque de compréhension lorsqu'il demanda à Jésus de leur montrer le Père, à lui et aux autres : « il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe [34] ! » Les Écritures parlent au passage de sa présence parmi les Onze après la résurrection, mais, à part cela, elles ne disent rien d'autres à son sujet.
 
Barthélemy n'est appelé de ce nom dans les Écritures que lors de son ordination à l'apostolat, et comme l'un des Onze après l'ascension. Le nom veut dire fils de Tolmai. Il est cependant à peu près certain qu'il est l'homme qui est appelé Nathanaël dans l'évangile de Jean, celui que le Christ appela « un Israélite dans lequel il n'y a point de fraude » [35]. Il est de nouveau cité parmi ceux qui allèrent pêcher avec Pierre après la résurrection du Christ [36]. Il demeurait à Cana en Galilée. Les raisons pour lesquelles on pense que Barthélemy et Nathanaël étaient la même personne sont les suivantes : Barthélemy est cité comme apôtre dans chacun des trois évangiles synoptiques, et Nathanaël n'est pas cité. Nathanaël est deux fois dans l'évangile de Jean, et Barthélemy ne l'est pas du tout ; Barthélemy et Philippe, ou Nathanaël et Philippe, sont cités ensemble.
 
Matthieu ou Lévi, fils d'Alphée, était l'un des sept qui reçurent un appel à suivre le Christ avant l'ordination des Douze. C'est lui qui donna une fête qui valut à Jésus et aux disciples d'être violemment critiqués par les Pharisiens pour y avoir assisté [37], ceux-ci trouvant qu'il n'était pas convenable qu'il mangeât avec des péagers et des gens de mauvaise vie. Matthieu était péager ; c'est ainsi qu'il se désigne dans l'évangile qu'il écrivit [38] ; mais les autres évangélistes n'en parlent pas lorsqu'ils le comptent parmi les Douze. Son nom hébreu, Lévi, est considéré par beaucoup comme une indication de son lignage sacerdotal. Nous n'avons aucun récit détaillé de son ministère ; bien qu'il soit l'auteur du premier évangile, il s'abstient de se mentionner en dehors de l'occasion où il fut appelé et ordonné. Des écrivains autres que scripturaires disent qu'il fut l'un des apôtres les plus actifs après la mort du Christ et qu'il œuvra dans des pays éloignés de Palestine.
 
Thomas, également appelé Didyme, équivalent grec de son nom hébreu, qui veut dire « un jumeau », est mentionné comme témoin de la résurrection de Lazare. Son dévouement à Jésus se révèle dans son désir d'accompagner le Seigneur à Béthanie, bien qu'il fût presque certain d'être persécuté dans cette région. Thomas dit aux autres apôtres : « Allons, nous aussi, afin de mourir avec lui » [39]. Même à une période aussi avancée de son expérience que la nuit précédant la crucifixion, Thomas n'avait pu comprendre la nécessité imminente du sacrifice du Sauveur ; et lorsque Jésus parla de s'en aller et de laisser les autres suivre, Thomas demanda comment ils connaîtraient le chemin. Il fut réprimandé de son manque de compréhension. Il était absent lorsque le Christ ressuscité apparut aux disciples assemblés le soir du jour de sa résurrection ; et lorsqu'il fut informé par les autres qu'ils avaient vu le Seigneur, il exprima ses doutes avec force et déclara qu'il ne croirait que s'il pouvait voir et sentir par lui-même les blessures du corps crucifié. Huit jours plus tard, le Seigneur rendit de nouveau visite aux apôtres alors que, comme lors de la première occasion, ils étaient enfermés ; et le Seigneur dit à Thomas : « Avance ici ton doigt, regarde mes mains, avance aussi ta main et mets-la dans mon côté. » Alors Thomas, ne doutant plus, mais l'âme remplie d'amour et de respect, s'exclama : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Le Seigneur lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru [40] ! » Aucun autre passage du Nouveau Testament ne parle de Thomas, si ce n'est de sa présence avec ses compagnons après l'ascension.
 
Jacques, fils d'Alphée, n'est mentionné dans les évangiles que lors de son ordination à l'apostolat ; et une seule fois encore par le Nouveau Testament sous le nom « fils d'Alphée » [41]. Dans les récits autres que scripturaires, on l'appelle parfois Jacques II pour éviter de le confondre avec Jacques, le fils de Zébédée. Il est reconnu que l'on ne sait pas si Jacques, le fils d'Alphée, est le Jacques ou l'un des Jacques dont on parle dans les Actes et dans les épîtres [42]. Et il existe un grand nombre de textes de controverse à ce sujet [43].
 
Jude est appelé Lebbée Thaddée par Matthieu, Thaddée par Marc et Jude, fils de Jacques par Luc. La seule autre allusion directe à cet apôtre est faite par Jean et se situe au moment du dernier long entretien entre Jésus et les apôtres, quand ce Jude, « non pas l'Iscariot », demanda comment ou pourquoi Jésus se manifesterait aux serviteurs qu'il avait choisis et non au monde en général. La question de cet homme montre qu'il ne comprenait pas pleinement le caractère vraiment distinctif de l'apostolat.
 
Simon le zélote, ainsi nommé dans les Actes [44], et nommé Simon appelé le zélote dans l'évangile de Luc, est qualifié tant par Matthieu que par Marc de cananite. La dernière désignation n'avait rien à voir avec la ville de Cana ni avec le pays de Canaan, elle n'a aucune signification géographique ; c'est l'équivalent syro-chaldéen du mot grec que l'on rend dans le texte français par « zélote ». C'est pourquoi les deux mots ont le même sens fondamental et se rapportent chacun aux zélotes, confession ou faction juive connue pour son zèle à entretenir le rituel mosaïque. Il ne fait aucun doute que Simon avait appris la modération et la tolérance des enseignements du Christ ; sinon il n'aurait guère convenu au ministère apostolique. Convenablement dirigée, son ardeur zélée peut s'être transformée en un trait de caractère très utile. Cet apôtre n'est cité nulle part dans les Écritures séparément de ses compagnons.
 
Judas Iscariot est le seul judéen cité parmi les Douze ; tous les autres étaient Galiléens. On croit généralement qu'il avait habité Kérioth, petite ville dans le sud de la Judée, mais à quelques kilomètres à l'ouest de la mer Morte, bien que nous n'ayons aucune autorité directe pour cette tradition, pas plus que pour la signification de son surnom. De même, nous ne savons rien de sa lignée, si ce n'est que le nom de son père était Simon [45]. Il fut trésorier ou agent du groupe apostolique, recevant et déboursant les offrandes qui étaient faites par des disciples et des amis, et achetant ce dont on avait besoin [46]. Jean atteste qu'il s'acquittait de cette fonction sans scrupules et avec malhonnêteté. Sa nature cupide et plaintive se révéla lorsqu'il murmura contre ce qu'il appelait le gaspillage d'un parfum coûteux, quand Marie oignit le Seigneur, quelques jours seulement avant la crucifixion ; il suggéra hypocritement que le précieux parfum aurait pu être vendu et le bénéfice donné aux pauvres [47]. Le pire acte de perfidie de la carrière d'Iscariot fut qu'il trahit délibérément son Maître et le livra à la mort ; et cela, cette créature infâme le fit pour de l'argent et accomplit le méfait avec un baiser. Il mit fin à sa vie coupable par un suicide révoltant, et son esprit s'en alla au destin terrible réservé aux fils de perdition [48].
 
CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALES DES DOUZE
 
L'examen des caractéristiques et des qualités de ce groupe de douze hommes révèle quelques faits intéressants. Avant d'être choisis comme apôtres, ils étaient tous devenus disciples intimes du Seigneur ; ils croyaient en lui ; plusieurs d'entre eux, et peut-être tous, avaient confessé ouvertement qu'il était le Fils de Dieu, et cependant il est douteux qu'aucun d'eux ait compris pleinement le sens réel de l'œuvre du Sauveur. À en juger par les remarques ultérieures que beaucoup d'entre eux firent et les instructions et les réprimandes qu'ils s'attirèrent de la part du Maître, il est évident que l'attente commune chez les Juifs d'un Messie qui régnerait en splendeur comme roi terrestre après avoir soumis toutes les autres nations, avait une place même dans le cœur de ces élus. Après une longue expérience, le souci de Pierre était encore : « Voici que nous avons tout quitté et que nous t'avons suivi, qu'en sera-t-il pour nous [49] ? » Ils étaient comme des enfants qui devaient être formés et instruits ; mais ils étaient pour la plupart des élèves dociles, à l'âme réceptive et remplie du désir sincère de servir. Pour Jésus, ils étaient ses petits, ses enfants, ses serviteurs et ses amis, selon leurs mérites [50]. Ils étaient tous du commun, ce n'étaient ni des rabbis, ni des savants, ni des fonctionnaires sacerdotaux. C'est de leur nature intime et non de leurs réalisations extérieures que le Seigneur tint compte avant tout dans son choix. Le Maître les choisit ; ils ne se choisirent pas eux-mêmes ; c'est par lui qu'ils furent ordonnés [51], et en conséquence ils pouvaient s'en remettre d'autant plus implicitement à sa direction et à son soutien. Beaucoup leur fut donné, beaucoup fut requis d'eux. À une noire exception près, ils devinrent tous des lumières brillantes dans le royaume de Dieu et confirmèrent le choix du Maître. Il reconnut en chacun les caractéristiques de capacités qu'ils avaient cultivées dans le monde lointain des esprits [52].
 
DISCIPLES ET APÔTRES
 
La qualité de disciple est quelque chose de général ; quiconque suit un homme ou est dévoué à un principe peut être appelé disciple. Le saint apostolat est un office et un appel qui appartient à la prêtrise supérieure ou de Melchisédek, à la fois exalté et déterminé, comprenant comme fonction distinctive celle d'être témoin personnel et spécial de la divinité de Jésus-Christ, Rédempteur et Sauveur unique de l'humanité [53]. L'apostolat est un don individuel, et comme tel n'est conféré que par l'ordination. Le fait que les Douze constituaient un conseil ou « collège » ayant l'autorité dans l'Église établie par Jésus-Christ, est révélé par leur administration après la résurrection et l'ascension du Seigneur. Leur premier acte officiel fut de remplir la vacance produite dans leur organisation par l'apostasie et la mort de Judas Iscariot. À propos de cette procédure, l'apôtre président, Pierre, exposa les qualités essentielles de celui qui serait choisi et ordonné, qui impliquaient une connaissance telle de Jésus, de sa vie, de sa mort et de sa résurrection qu'elle unirait le nouvel apôtre aux Onze comme témoin spécial de l'œuvre du Seigneur [54].
 
L'ordination des douze apôtres marqua l'inauguration d'une période avancée dans le ministère terrestre de Jésus, période caractérisée par l'organisation d'un groupe d'hommes investis de l'autorité de la sainte prêtrise, sur qui reposeraient, particulièrement après le départ du Seigneur, le devoir et la responsabilité de continuer l'œuvre qu'il avait commencée et d'édifier l'Église établie par lui.
 
Le mot « apôtre » est la forme francisée du grec apostolos, signifiant littéralement « quelqu'un qui est envoyé », et indiquant un envoyé ou un messager officiel, qui parle et agit par l'autorité de quelqu'un de supérieur à lui. C'est dans ce sens que Paul appliqua plus tard le titre au Christ comme quelqu'un de spécialement envoyé et commissionné par le Père [55].
 
Le but du Seigneur, en choisissant et en ordonnant les Douze, est énoncé comme suit par Marc : « Il en établit douze pour les avoir avec lui et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les démons » [56]. Pendant un certain temps après leur ordination, les apôtres demeurèrent avec Jésus, étant spécialement formés et instruits par lui pour l'œuvre qu'ils avaient alors à accomplir ; après quoi ils furent officiellement chargés de prêcher et d'administrer avec l'autorité de leur prêtrise et envoyés le faire, comme nous allons le voir plus loin [57].
 
 [1] Mt 10:1-4, Mc 3:13-19 ; Le 6:12-16.
 [2] Lc 6:12.
 [3] Lc 3:13 ; cf. Jn 15:16 ; voir aussi Ac 1:22.
 [4] Jn 1:42 ; cf. Mt 16:18.
 [5] Mc 1: 16-20 ; Lc 5: 10.
 [6] Jn 1:44, 12:21.
 [7] Mt 8:14 ; Mc 1:29 ; Lc 4:38.
 [8] Ac 4:13.
 [9] Jn 21:18, 19.
 [10] 2 P 1:14.
 [11] D&A 27:12. Chap. 41 du présent ouvrage.
 [12] Mc 3:17.
 [13] Lc 9:54. Voir aussi Mc 9:38, un exemple du zèle impulsif de Jean.
 [14] Mc 10:35-41 ; cf. Mt 20:20-24.
 [15] Mc 5:37 ; Lc 8:51.
 [16] Mt 17:1,2 ; Lc 9:28,29.
 [17] Mt 26:36,37.
 [18] D&A 27:12 (chap. 41 du présent ouvrage).
 [19] Ac 12:1,2.
 [20] Jn 1:35-40 ; voir chap. 11 du présent ouvrage.
 [21] Jn 13:23, 19:26, 20:2.
 [22] Jn 13:23,25.
 [23] Jn 19:25-27.
 [24] Jn 21:7, 21-23.
 [25] D&A section 7 ; cf. LM, 3 Né 28:1-12.
 [26] Jn 1:35-40.
 [27] Mt 4:18,19.
 [28] Mc 13:3.
 [29] Jn 6:8.
 [30] Jn 12:20-22.
 [31] Ac 1:13.
 [32] Jn 1:43-45.
 [33] Jn 6:5-7.
 [34] Jn 14:8,9.
 [35] Jn 1: 14-51 (voir chap. 11 du présent ouvrage).
 [36] Jn 21:2,3.
 [37] Chap. 14.
 [38] Mt 10:3.
 [39] Jn 11:16.
 [40] Jn 20:24-29. Chap. 37 du présent ouvrage.
 [41] Ac 1:13. Note 3, fin du chapitre.
 [42] Ac 12:17, 15:13-21, 21:18, 1 Co 15:7, Ga 1:19, 2:9,12 et l'épître de Jacques.
 [43] Pour ce qui est des Jacques cités dans le Nouveau Testament, les spécialistes de la Bible sont en désaccord, le problème étant de savoir s'il s'agit de deux ou de trois personnes. Ceux qui prétendent qu'il y avait trois hommes de ce nom les distinguent comme suit : (1) Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean, l'apôtre ; toutes les références scripturaires à son sujet sont explicites ; (2) Jacques, fils d'Alphée, et (3) Jacques, frère du Seigneur (Mt 13-55, Mc 6:3, Ga 1:19). Si nous acceptons cette classification, la référence donnée deux notes plus haut s'applique à Jacques, frère du Seigneur. Les « Auxiliaires » de la Bible d'Oxford et de la Bible Bagster traitent Jacques, fils d'Alphée, et Jacques, frère du Seigneur, comme une seule personne, prenant l'expression « fils de » seulement au sens général (voir chap. 18 du présent ouvrage, note 13). L'appellation de Bagster est : « Jacques II : fils d'Alphée, frère ou cousin de Jésus » (voir note 3, fin du chapitre). La Nave « Student's Bible » déclare (page 1327) que le point de savoir si Jacques, frère du Seigneur, « est identique à Jacques, fils d'Alphée, est l'une des questions les plus difficiles de l'histoire biographique des évangiles ». Fausset (dans sa « Cyclopedia Critical and Expository ») soutient qu'il ne s'agit que d'un seul Jacques, et d'autres autorités reconnues les traitent tous deux comme ne formant qu'une seule personne. Le lecteur trouvera dans des ouvrages spéciaux des études détaillées du sujet.
 [44] Note 1, fin du chapitre.
 [45] Ac 1:13 ; cf. Lc 6:15.
 [46] Jn 6:71, 12:4, 13:26.
 [47] Jn 12:6, 13:29.
 [48] Jn 12:1-7 ; cf. Mt 26:6-13 ; Mc 14:3-9.
 [49] Mt 27:5 ; cf. Ac 1:18 ; voir aussi Jn 17:12 ; D&A 76:31-48, 132:27.
 [50] Mt 19:27.
 [51] Mt 10: 42 ; Jn 21:5, 13:16 ; cf. verset 13, 15:14,15.
 [52] Jn 15:16.
 [53] Chap. 2 et 3.
 [54] D&A 18:27-33, 20:38-44, 107:1-9, 23, 24, 39.
 [55] Ac 1:15-26.
 [56] Hé 3:1 ; voir note 2, fin du chapitre.
 [57] Mc 3:14,15.
 
NOTES DU CHAPITRE 16
 
1. Jude Lebbée Thaddée : Ce Jude (pas l'Iscariot) est appelé Jude fils de Jacques dans la version Segond de Lc 6:16 et d'Ac 1:13. Le texte originel dit « Jude de Jacques ». Nous ne savons pas de quel Jacques il s'agit, ni si ce Jude était le fils, le frère ou quelque autre parent du Jacques inconnu.
 
2. La signification de « apôtre » : « Le titre « apôtre » est également un titre d'une signification et d'une sainteté particulières ; il a été donné de Dieu et n'appartient qu'à ceux qui ont été appelés et ordonnés comme « témoins spéciaux du nom du Christ dans le monde entier, différant ainsi des autres officiers de l'Église dans les devoirs de leur appel » (D&A 107:23). Par dérivation, le mot « apôtre » est l'équivalent français du grec « apostolos » indiquant un messager, un ambassadeur ou littéralement « quelqu'un qui est envoyé ». Il signifie que celui qui est appelé ainsi à bon droit parle et agit, non de lui-même, mais comme représentant d'une puissance supérieure qui lui a donné sa mission ; et dans ce sens le titre est celui d'un serviteur plutôt que d'un supérieur. Cependant, même le Christ est appelé apôtre quand il est question de son ministère dans la chair (Hé 3: 1), et cette appellation est justifiée par sa déclaration répétée qu'il vint sur la terre non pour faire sa volonté mais celle de son Père par qui il fut envoyé.
 
« Bien que, comme on le voit, un apôtre soit essentiellement un envoyé ou un ambassadeur, son autorité est grande, comme l'est aussi la responsabilité qui y est associée, car il parle au nom d'une puissance plus grande que la sienne : le nom de celui dont il est le témoin spécial. Lorsque l'un des Douze est envoyé exercer son ministère dans un pieu, une mission ou une autre division de l'Église, ou travailler dans les régions où l'Église n'a pas été organisée, il agit comme représentant de la Première Présidence et a le droit d'utiliser son autorité pour faire tout ce qui est requis pour l'avancement de l'œuvre de Dieu. Il a le devoir de prêcher l'Évangile, d'en administrer les ordonnances et de mettre en ordre les affaires de l'Église partout où il est envoyé. Si grande est la sainteté de cet appel spécial que le titre « apôtre » ne doit pas être utilisé à la légère ni servir comme forme commune ou ordinaire de titre quand on l'applique aux hommes vivants appelés à cet office. Le Collège ou Conseil des douze apôtres, tel qu'il existe dans l'Église d'aujourd'hui devrait plutôt être appelé le « Collège des Douze », le « Conseil des Douze », ou simplement les « Douze », plutôt que les « douze apôtres », sauf lorsque des occasions particulières justifient l'emploi du terme plus sacré. Nous recommandons que le titre « apôtre » ne soit pas appliqué comme préfixe au nom d'un membre du Collège des Douze ; mais que l'on s'adresse à lui ou que l'on parle de lui en lui appliquant le titre de « Frère untel », et quand c'est nécessaire ou désirable, comme quand on annonce sa présence dans une assemblée publique, on peut ajouter l'explication : « Frère untel, membre du Collège des Douze » (tiré de « The Honor and Dignity of Priesthood », par l'auteur, Improvement Era, vol. 17, numéro 5, p. 409-410).
 
3. « D'Alphée », ou « Fils d'Alphée » : Dans tous les passages bibliques qui spécifient « Jacques, fils d'Alphée » (Mt 10:3 ; Mc 3:18 ; Lc 6:15 ; Ac 1: 13) le mot fils a été ajouté par les traducteurs, et c'est pourquoi, dans la version anglaise, on l'imprime en italique. L'expression grecque dit « Jacques d'Alphée ». Il ne faut pas souligner ce fait pour soutenir l'idée que le Jacques dont il est parlé n'était pas le fils d'Alphée, car le mot fils a été ajouté de même dans la traduction d'autres passages, dans lesquels des italiques sont utilisés pour indiquer les mots ajoutés, par exemple : « Jacques, fils de Zébédée »  (Mt 10:2, voir Mc 3:17). Lisez à ce propos la note ci-dessus.
 
 
CHAPITRE 17 : LE SERMON SUR LA MONTAGNE
 
À une époque très proche de celle de l'ordination des Douze, Jésus fit un discours remarquable qui, à cause du lieu où il fut donné, a pris le nom de sermon sur la montagne. Matthieu présente un récit étendu qui remplit trois chapitres du premier évangile ; Luc en donne un résumé plus bref [1].
 
Les différences de détail qui apparaissent dans les deux textes sont d'importance mineure [2]. C'est au sermon lui-même que nous pouvons consacrer notre attention avec profit. Luc introduit dans différentes parties de ses écrits un grand nombre des préceptes précieux donnés dans le cadre du sermon rapporté comme un discours ininterrompu dans l'évangile écrit par Matthieu. Dans notre étude actuelle, nous nous laisserons guider principalement par le récit de Matthieu. Certaines portions de ce vaste discours s'adressaient expressément aux disciples, qui avaient été ou seraient appelés à l'apostolat et devraient en conséquence renoncer à tous leurs intérêts du monde pour l'œuvre du ministère ; d'autres parties étaient et sont d'application générale. Jésus était monté sur le flanc de la montagne, probablement pour échapper aux foules qui le pressaient dans ou près des villes [3]. Les disciples s'assemblèrent autour de lui, et c'est là qu'il s'assit et les instruisit [4].
 
LES BÉATITUDES [5]
 
Les premières phrases sont riches en bénédictions, et la première partie du discours est consacrée à une explication de ce qui constitue la véritable béatitude ; en outre, la leçon est rendue simple et dépourvue d'ambiguïté par des applications déterminées, chacun des êtres bénis étant assuré d'une récompense en ce sens qu'il bénéficierait d'une situation directement opposée à celle dont il avait souffert. Les bénédictions que le Seigneur fait ressortir en cette occasion ont été désignées dans la littérature ultérieure comme les béatitudes. Les pauvres en esprit doivent être rendus riches comme héritiers légaux du royaume des cieux ; celui qui pleure sera consolé car il verra le but divin de sa souffrance et retrouvera les êtres aimés dont il a été privé ; les humbles, qui se laissent spolier plutôt que de mettre leur âme en danger dans les querelles, hériteront la terre ; ceux qui ont faim et soif de vérité seront nourris d'une grande abondance ; ceux qui font preuve de miséricorde seront jugés avec miséricorde ; ceux qui ont le cœur pur seront admis dans la présence même de Dieu ; les pacifiques, qui essaient de se préserver, eux et leurs semblables, des luttes, seront comptés parmi les enfants de Dieu ; ceux qui souffrent la persécution pour l'amour de la justice hériteront les richesses du royaume éternel. Le Seigneur parla directement aux disciples, disant : « Heureux serez-vous, lorsque l'on vous insultera, qu'on vous persécutera et qu'on répandra sur vous toute sorte de mal, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l'allégresse, parce que votre récompense sera grande dans les cieux, car c'est ainsi qu'on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. [6] » Il est évident que les bénédictions indiquées et le bonheur qui y est contenu ne doivent être réalisés dans leur plénitude qu'au-delà du tombeau, bien que la joie que donne la conscience de mener une vie juste apporte, déjà ici-bas, une belle récompense. Un élément important de cet exposé splendide de l'état vraiment béni est la distinction qu'il implique entre le plaisir et le bonheur [7]. Le simple plaisir est tout au mieux passager ; le bonheur est durable, car dans le souvenir de celui-ci réside une joie renouvelée. Le bonheur suprême n'est pas une réalisation terrestre ; la « plénitude de joie » promise réside au-delà de la mort et de la résurrection [8]. Tant que l'homme se trouve dans cet état mortel, il a besoin de certaines des choses du monde ; il doit avoir de la nourriture et des vêtements et de quoi s'abriter ; et outre ces besoins essentiels, il peut désirer en justice les facilités de l'instruction, les avantages du progrès et les choses qui conduisent au raffinement et à la culture ; cependant tous ceux-ci ne sont que des moyens vers une fin, et non le but pour atteindre celui pour lequel l'homme a été rendu mortel.
 
Les béatitudes se rapportent aux devoirs de la vie mortelle, qui doivent préparer à une existence plus grande, encore future. Dans le royaume des cieux, nommé deux fois dans cette partie du discours du Seigneur, on trouve la vraie richesse et un bonheur certain. Le royaume des cieux constitue tout le sujet de ce merveilleux sermon ; les moyens de parvenir au royaume et aux gloires qui appartiennent à ceux qui en sont les citoyens éternels sont les divisions principales de ce traité.
 
DIGNITÉ ET RESPONSABILITÉ DANS LE MINISTÈRE
 
Le Maître continua ensuite à instruire d'une manière particulièrement directe ceux sur qui reposerait la responsabilité du ministère, en qualité de représentants envoyés par lui. « C'est vous qui êtes le sel de la terre », dit-il. Le sel est le grand conservateur ; c'est comme tel qu'on l'utilise depuis des temps très reculés. La loi mosaïque prescrivait qu'il était essentiel d'ajouter le sel à toute offrande de chair [9]. Longtemps avant l'époque du Christ, le fait d'employer du sel était symbole de fidélité, d'hospitalité et d'alliance [10]. Pour être utile, le sel devait être pur ; pour avoir une vertu salvatrice en tant que sel, il fallait que ce fût du vrai sel et non le produit d'une altération chimique ou d'un mélange terreux, qui lui ferait perdre sa salinité ou sa « saveur » [11] et, produit sans valeur, il ne serait bon qu'à être jeté. C'est contre pareil changement de foi, contre pareil mélange de sophismes, de prétendues philosophies et d'hérésies de ce temps-là que les disciples étaient spécialement prévenus. Puis, changeant de comparaison, Jésus les compara à la lumière du monde et leur imposa le devoir de tenir leur lumière devant le peuple, d'une manière aussi visible qu'une ville qui est bâtie sur une colline, pour qu'on la voie de toutes parts, une ville que l'on ne peut cacher. À quoi servirait une lumière allumée, si on la cachait en dessous d'une boîte ? « Que votre lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos oeuvres bonnes, et glorifient votre Père qui est dans les cieux. »
 
Afin qu'ils ne commissent aucune erreur quant aux rapports devant exister entre la loi ancienne et l'Évangile du royaume qu'il exposait, Jésus leur assura qu'il n'était pas venu détruire la loi ni rendre nuls les enseignements et les prédictions des prophètes, mais les accomplir et établir ce que les événements des siècles passés n'avaient fait que préparer. On peut dire que l'Évangile ne détruisit la loi mosaïque que dans la mesure où la semence est détruite dans la croissance de la nouvelle plante, que dans la mesure où le bourgeon est détruit par le jaillissement des fleurs riches, pleines et odorantes, dans la mesure où la tendre enfance et la jeunesse passent pour toujours lorsque la maturité des années se développe. Il ne se perdrait ni un iota, ni un trait de lettre de la loi. On ne pourrait concevoir d'analogie plus efficace que cette dernière ; l'iota ou yod et le trait de lettre étaient de petits signes de l'écriture hébraïque ; pour le but qui nous occupe nous pouvons les considérer comme équivalents du point d'un « i » ou du trait que l'on trace en travers d'un « t » ; notre mot français « iota », signifiant une très petite chose, est apparenté au premier. Pas même le moindre commandement ne pouvait être enfreint sans punition ; mais les disciples furent exhortés à faire attention à ne pas garder les commandements à la manière des scribes et des Pharisiens, dont l'observance était extérieure et cérémonielle, dépourvue des éléments essentiels de la dévotion sincère ; car ils étaient assurés que par une méthode aussi peu sincère, ils ne pourraient entrer « dans le royaume des cieux ».
 
LA LOI REMPLACÉE PAR L'ÉVANGILE [12]
 
La partie suivante du sermon traite de la supériorité de l'Évangile du Christ sur la loi de Moïse et compare les exigences des deux dans des cas particuliers. Tandis que la loi interdisait le meurtre mais prévoyait un châtiment juste pour le crime, le Christ enseigna que se livrer à la colère, qui pouvait amener à la violence ou même au meurtre, était en soi un péché. User méchamment d'une épithète offensante comme « Raca » rendait le sujet passible de punition en vertu du décret du sanhédrin, et appeler un autre insensé mettait le sujet en danger « du feu de la géhenne ». Ces termes répréhensibles étaient considérés à l'époque comme particulièrement violents et exprimaient par conséquent une intention haineuse. La main du meurtrier est poussée par la haine de son cœur. La loi prévoyait un châtiment de l'acte, l'Évangile réprimandait la passion mauvaise à son stade primaire. Soulignant ce principe, le Maître montra que la haine ne devait pas être expiée par un sacrifice matériel ; et que si, en venant faire une offrande à l'autel, on se souvenait qu'on avait quelque chose contre son frère, on devait d'abord aller trouver ce frère et se réconcilier avec lui, même si cela entraînait une interruption du cérémoniel, incident qui était particulièrement grave selon les prêtres. Les différends et les querelles devaient être réglés sans délai.
 
La loi interdisait le terrible péché d'adultère ; le Christ dit que le péché commençait dans le regard convoiteur, la pensée sensuelle ; et il ajouta qu'il valait mieux devenir aveugle que regarder avec un oeil mauvais, qu'il valait mieux perdre une main que de commettre une iniquité avec elle. À propos de la question du divorce, dans laquelle existait un grand relâchement à l'époque, Jésus déclara qu'à part l'infraction extrêmement grave que constituait l'infidélité aux vœux du mariage, nul ne pouvait divorcer de sa femme sans devenir offenseur lui-même, en ce sens qu'en se remariant, alors qu'elle n'était encore qu'une épouse injustement divorcée, elle serait coupable de péché de même que l'homme avec qui elle se marierait ainsi.
 
On avait interdit anciennement de jurer ou de faire serment sauf lorsqu'on faisait alliance solennelle devant le Seigneur ; mais le Seigneur interdit aux hommes de jurer ; et la laideur des jurons non motivés fut exposée. C'était et c'est un péché grave que de jurer par le ciel, qui est la demeure de Dieu, ou par la terre, qui est sa création et qu'il appela son marchepied, ou par Jérusalem, qui était considérée par ceux qui juraient comme la ville du grand Roi, ou par sa propre tête, qui fait partie du corps que Dieu a créé. Il recommanda la modération dans les paroles, la décision et la simplicité, à l'exclusion des mots inutiles, de la grossièreté et des jurons.
 
Autrefois, on tolérait le principe des représailles, en vertu duquel quelqu'un qui avait subi une offense pouvait exiger ou infliger un châtiment de même nature que l'offense. C'est ainsi qu'on réclamait un oeil pour un oeil, une dent pour une dent, une vie pour une vie". Le Christ, lui, enseigna que les hommes devaient souffrir plutôt que faire le mal, jusqu'à se soumettre sans résistance à certaines situations. Ces illustrations puissantes - que si l'on était frappé sur une joue, il fallait tendre l'autre à celui qui frappait, que si un homme prenait la tunique d'un autre en vertu de la loi, le perdant devait permettre qu'on lui prenne également son manteau, que si l'on obligeait quelqu'un à porter le fardeau d'un autre pendant un mille, il devrait être disposé à en faire deux, que l'on devait être prêt à donner ou à prêter quand on y était invité - ne doivent pas être comprises comme si elles commandaient de se soumettre servilement à des exigences injustes, ni comme une suppression du principe de la protection de soi. Ces instructions s'adressaient surtout aux apôtres, qui seraient officiellement consacrés à l'œuvre du royaume à l'exclusion de tous autres intérêts. Dans leur ministère, il vaudrait mieux pour eux souffrir, subir des pertes matérielles ou être maltraités personnellement par des oppresseurs corrompus que perdre de leur efficacité et empêcher l'œuvre par la résistance et les querelles. C'est à des gens comme ceux-là que les béatitudes s'appliquaient tout particulièrement : heureux ceux qui sont doux, ceux qui procurent la paix et ceux qui sont persécutés à cause de la justice.
 
Il avait été dit autrefois : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi [13] » ; mais maintenant le Seigneur enseignait : « Aimez vos ennemis, [bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent], et priez pour ceux [qui vous maltraitent et] qui vous persécutent. » C'était une doctrine nouvelle. Jamais encore il n'avait été commandé à Israël d'aimer ses ennemis. Il n'y avait aucune place pour l'amitié à l'égard des ennemis dans le code mosaïque : en effet, le peuple avait appris à considérer les ennemis d'Israël comme les ennemis de Dieu ; et maintenant Jésus exigeait que l'on fit preuve de tolérance, de miséricorde et même d'amour pour ceux-là ! Il compléta son exigence par une explication : grâce au moyen qu'il indiquait, les hommes peuvent devenir enfants de Dieu, semblables à leur Père céleste dans la mesure de leur obéissance ; car le Père est bon, longanime et tolérant, faisant briller son soleil sur les méchants et sur les bons, et envoyant la pluie satisfaire les besoins des justes et des injustes [14]. En outre, en quoi excelle l'homme qui ne donne que lorsqu'il reçoit, ne reconnaît que ceux qui le saluent avec respect, n'aime que lorsqu'il est aimé ? Même les péagers [15] en faisaient autant. Il était attendu beaucoup plus des disciples du Christ. L'exhortation qui conclut cette partie du discours constitue un résumé efficace et complet de tout ce qui avait précédé : « Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait » [16]. 
 
LA SINCÉRITÉ D'INTENTION [17]
 
À propos des aumônes, le Maître prévint contre l'ostentation et les démonstrations hypocrites, et les dénonça implicitement. Donner aux nécessiteux est digne d'éloge ; mais donner dans le but de gagner l'éloge des hommes c'est de l'hypocrisie pure. Jeter des aumônes à un mendiant, verser des offrandes dans les caisses du trésor du temple, pour être vu des hommes [18], et les démonstrations similaires d'une générosité affectée, étaient à la mode dans certaines classes à l'époque du Christ ; le même esprit se manifeste aujourd'hui. Il y en a maintenant qui font sonner la trompette, parfois dans les colonnes de la presse ou par d'autres moyens de publicité, pour attirer l'attention sur ce qu'ils donnent, afin de recevoir la gloire des hommes : pour gagner de la faveur politique, pour augmenter leur volume d'affaires ou leur influence, pour obtenir ce qui, dans leur esprit, vaut plus que ce dont ils se séparent. D'une manière tranchante et logique, le Maître démontra que pareils donateurs ont leur récompense. Ils auront reçu ce qu'ils demandent ; qu'est-ce que de tels hommes peuvent demander de plus, à quoi peuvent-ils logiquement s'attendre encore ? « Mais », dit le Seigneur, « quand tu fais l'aumône, que ta (main) gauche ne sache pas ce que fait ta (main) droite, afin que ton aumône se fasse en secret, et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra. »
 
Dans le même esprit le Prédicateur dénonça les prières hypocrites : dire des prières au lieu de prier. Il y en avait beaucoup qui recherchaient les lieux publics dans les synagogues et même aux coins des rues, afin d'être vus et entendus des hommes tandis qu'ils disaient leurs prières. Ils obtenaient la publicité qu'ils recherchaient ; que pouvaient-ils demander de plus ? « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » Celui qui veut vraiment prier - prier, autant que possible, comme le Christ priait, prier en communion réelle avec Dieu, à qui la prière s'adresse - recherchera la solitude, l'isolement, la retraite ; s'il en a l'occasion, il se retirera dans sa chambre, en fermera la porte, afin que nul ne puisse entrer ; là il pourra prier, en effet, si l'esprit de prière est dans son cœur ; et c'est ce procédé-là que le Seigneur recommandait. Les suppliques verbeuses, composées surtout de répétitions comme celles des païens, pensant que leurs idoles seront heureuses de tant de paroles, étaient interdites.
 
Il est bon de savoir que la prière ne se compose pas de mots, de mots qui peuvent ne pas exprimer ce que l'on veut dire, de mots qui recouvrent souvent des inconséquences, de mots qui peuvent ne pas avoir de source plus profonde que les organes physiques de la parole, de mots qui peuvent être dits pour impressionner des oreilles mortelles. Les muets peuvent parler, et ce avec l'éloquence qui règne dans les cieux. La prière se compose de battements de cœur et des aspirations justes de l'âme, des suppliques basées sur la conscience du besoin, de la contrition et du désir pur. Si un homme n'a jamais réellement prié, il est séparé de l'ordre du divin dans la nature humaine, étranger dans la famille des enfants de Dieu. La prière sert à élever celui qui prie. Sans nos prières, Dieu serait Dieu, mais nous, sans la prière, nous ne pouvons être admis dans le royaume de Dieu. C'est pourquoi le Christ enseigna : « Votre père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »
 
Puis il donna à ceux qui cherchaient la sagesse à ses pieds une prière modèle, disant : « Voici donc comment vous devez prier : Notre Père qui es aux cieux ! Que ton nom soit sanctifié. » Ici, nous reconnaissons les rapports qui existent entre notre Père céleste et nous, et tout en respectant son grand et noble nom, nous profitons de l'avantage inestimable de nous approcher de lui, moins en pensant à sa gloire infinie, en tant que Créateur de tout ce qui est, Être suprême planant au-dessus de toute création, qu'en nous rendant compte avec amour qu'il est Père et que nous sommes ses enfants. C'est l'écriture biblique la plus ancienne qui donne des instructions, la permission ou l'autorité de parler directement à Dieu comme à « Notre Père ». C'est ici qu'est exprimée la réconciliation que la famille humaine, éloignée par le péché, peut obtenir, grâce aux moyens fournis par le Fils bien-aimé. Cette instruction démontre d'une manière également claire la fraternité entre le Christ et l'humanité. Comme il pria, de même nous prions le Père, nous comme frères, et le Christ comme notre frère aîné.
 
« Que ton règne vienne ; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. » Le royaume de Dieu doit être un royaume d'ordre, dans lequel la tolérance et la reconnaissance des droits individuels régneront. Celui qui prie réellement pour que ce règne vienne s'efforcera de hâter sa venue en vivant conformément à la loi de Dieu. Il s'efforcera de rester en harmonie avec l'ordre du royaume, de soumettre la chair à l'esprit, l'égoïsme à l'altruisme et d'apprendre à aimer les choses que Dieu aime. Rendre la volonté de Dieu suprême sur la terre, comme elle l'est au ciel, c'est s'allier avec Dieu dans les affaires de la vie. Il y en a beaucoup qui professent croire que Dieu étant omnipotent, tout ce qui est, est conformément à sa volonté. Pareille supposition n'est pas scripturaire, est déraisonnable et fausse [19]. La méchanceté n'est pas conforme à sa volonté ; le mensonge, l'hypocrisie, le vice et le crime ne sont pas les dons de Dieu à l'homme. Ces monstruosités qui se sont développées comme des malformations hideuses dans la nature et la vie humaines seront abolies par sa volonté, et cette fin bénie viendra lorsque, de leur propre choix, sans abandonner ni supprimer leur libre arbitre, les hommes feront la volonté de Dieu.
 
« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. » La nourriture est indispensable à la vie. Nous devons la demander quand nous en avons besoin. Notre Père sait ce dont nous avons besoin avant que nous le demandions, cela est vrai, mais en demandant nous le reconnaissons comme étant le Donateur, et cette demande nous incite à être humbles, reconnaissants, contrits et confiants. Bien que le soleil brille et que la pluie tombe également sur les justes et les injustes, celui qui est juste est reconnaissant de ces bénédictions ; l'impie reçoit les bienfaits comme quelque chose de naturel, d'une âme qui est incapable d'avoir de la reconnaissance. La capacité d'être reconnaissant est une bénédiction, et nous devrions être plus reconnaissants de la posséder. On nous enseigne à prier jour après jour pour la nourriture dont nous avons besoin, non pour obtenir une grande quantité à mettre de côté pour l'avenir lointain. Israël dans le désert recevait quotidiennement de la manne [20] et cela lui rappelait qu'il dépendait de Celui qui donnait. L'homme qui a beaucoup a plus de facilité à oublier sa dépendance que celui qui est dans le besoin et qui doit demander jour après jour.
 
« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » [21].  Celui qui peut ainsi prier avec une pleine intention et un but sans mélange mérite le pardon. Dans cette condition requise de la supplication personnelle, il nous est enseigné de n'attendre que ce que nous méritons. Les égoïstes et les pécheurs se réjouiraient d'être exemptés de leurs dettes légales, mais être égoïste et pécheur serait exiger le dernier sou de ceux qui sont endettés [22]. Le pardon est une perle trop précieuse pour qu'on la jette aux pieds de ceux qui ne pardonnent pas [23] ; et, sans la sincérité qui jaillit d'un cœur contrit, nul ne peut demander en justice la miséricorde. Si d'autres doivent quelque chose, que ce soit en argent ou en biens, ou en vertu d'une infraction à nos droits, la manière dont nous agissons envers eux sera prise en compte dans le jugement de nos propres offenses.
 
« Ne nous laisse pas entrer dans la tentation, mais délivre-nous du Malin ». La première partie de cette demande a provoqué des commentaires et des questions. Nous ne devons pas entendre par là que Dieu induirait jamais un homme en tentation, si ce n'est peut-être comme une permission sage, pour le mettre à l'épreuve, lui donnant par là l'occasion de vaincre et d'acquérir ainsi la force spirituelle, qui est le seul avancement véritable dans le progrès éternel de l'homme. Le seul but pour lequel des corps ont été donnés pour les esprits préexistants du genre humain et pour les avancer à l'état mortel était : « Nous les mettrons ainsi à l'épreuve, pour voir s'ils feront tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commandera » [24]. Le plan de la mortalité entraînait la certitude de la tentation. L'intention de la supplication semble être que nous soyons préservés de toute tentation située au-delà de nos faibles capacités de résistance ; que nous ne soyons pas abandonnés à la tentation sans le soutien divin qui sera une mesure de protection aussi complète que le permettra le choix que nous ferons.
 
Comme il est donc illogique d'aller, comme beaucoup le font, en des lieux où les tentations auxquelles ils sont le plus sensibles sont les plus fortes ; pour l'homme affligé d'une passion pour la boisson forte, de prier ainsi et puis de se rendre au bistrot ; pour l'homme dont les désirs sont voluptueux, d'exprimer pareille prière et puis d'aller là où la volupté est attisée ; pour l'homme malhonnête, de dire la prière, puis de se placer où il sait qu'il aura l'occasion de voler ! Pareilles âmes peuvent-elles ne pas être hypocrites lorsqu'elles demandent à Dieu de les délivrer des maux qu'elles ont recherchés ? La tentation se mettra sur notre chemin sans que nous la recherchions, et le mal se présentera même lorsque nous avons le plus grand désir de faire le bien ; c'est pour être délivrés de cela que nous pouvons prier en nous attendant à bon droit et avec assurance à être exaucés.
 
« Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen ! » Ici nous reconnaissons la suprématie de l'Être que nous avons appelé au commencement le Père. Il est le Tout-Puissant, en qui et par la volonté de qui nous avons la vie, le mouvement et l'être [25]. Se prétendre indépendant de Dieu est à la fois un sacrilège et un blasphème ; le reconnaître est un devoir filial et une confession juste de sa majesté et de sa domination. Le Notre Père se termine par un « Amen » solennel, placé comme sceau sur le document de la supplique, attestant sa sincérité et l'expression véritable de l'âme du suppliant ; réunissant en un mot le sens de tout ce qui a été prononcé ou pensé. Le sens littéral d'Amen est Ainsi soit-il.
 
Après le sujet de la prière, le Maître aborda celui du jeûne et souligna la vérité importante que pour servir à quelque chose le jeûne doit être une affaire entre l'homme et son Dieu, et non entre l'homme et ses semblables. Il était d'usage courant, à l'époque du Maître, de voir des hommes afficher leur abstinence pour faire voir à tout le monde leur prétendue piété [26]. Afin d'apparaître hagards et faibles, ces hypocrites se défiguraient le visage, sortaient non coiffés et lançaient des regards tristes. Le Seigneur dit de ceux-là aussi : « En vérité je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. » Les croyants furent exhortés à jeûner en secret, sans démonstration extérieure, et à jeûner en Dieu, qui pouvait voir dans le secret et entendrait leur sacrifice et leur prière.
 
LES TRÉSORS DE LA TERRE ET DU CIEL [27]
 
Le caractère transitoire de la richesse matérielle fut mis ensuite en contraste avec la richesse durable de l'éternité. Il y en avait et il y en a beaucoup dont l'effort principal dans la vie vise à amasser les trésors de la terre, dont la simple possession entraîne des responsabilités, des soucis et des ennuis. Certaines espèces de richesses comme la soie et le velours, le satin et les fourrures, sont mises en danger par les ravages de la teigne, certaines l'argent, le cuivre et l'acier - sont détruites par la corrosion et la rouille - en outre, il n'est pas rare que celles-ci deviennent le butin des voleurs. Infiniment plus précieux sont les trésors d'une vie bien vécue, la richesse de bonnes actions, dont il est tenu compte dans le ciel, où la richesse des œuvres de justice est à l'abri de la teigne, de la rouille et des voleurs. Puis vint la leçon pénétrante : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »
 
Elle montre que la lumière spirituelle est plus grande qu'aucun luminaire physique. À quoi sert la lumière la plus brillante à l'homme qui est aveugle ? C'est l'œil physique qui discerne la lumière de la bougie, de la lampe ou du soleil ; et l'œil spirituel voit par la lumière spirituelle ; si donc l'œil spirituel de l'homme est en bon état, c'est-à-dire pur et non terni par le péché, il est rempli de la lumière qui lui montrera le chemin vers Dieu ; tandis que si l'œil de son âme est mauvais, il sera comme un oeil rempli de ténèbres. Le résumé exprime un avertissement solennel : « Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien seront grandes les ténèbres ! » Ceux à qui le Maître s'adressait avaient reçu la lumière de Dieu ; le degré de foi qu'ils avaient déjà professé en était la preuve. S'ils devaient se détourner de la grande entreprise dans laquelle ils s'étaient embarqués, la lumière serait perdue et les ténèbres qui s'ensuivraient seraient plus denses que celles dont ils avaient été libérés [28]. Il ne devait y avoir aucune indécision chez les disciples. Aucun d'entre eux ne pouvait servir deux maîtres, celui qui professait faire cela serait un serviteur infidèle pour l'un ou pour l'autre. Ensuite vint une autre généralisation profonde : « Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon » [29]. 
 
Il leur fut dit de se fier au Père pour leurs besoins, ne se souciant ni de nourriture ni de boisson, ni de vêtements, ni même de la vie elle-même, car tout cela serait donné par des moyens supérieurs à leurs pouvoirs de contrôle. Avec la sagesse d'un Maître entre les maîtres, le Seigneur fit appel à leur cœur et à leur intelligence en citant les leçons de la nature dans un langage d'une éloquence si simple et pourtant si puissante que l'amplifier ou le condenser ne ferait que le ternir :
 
« Regardez les oiseaux du ciel : Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Observez comment croissent les lis des champs : Ils ne travaillent, ni ne filent ; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux. »
 
Il réprimanda la faiblesse de la foi en rappelant que le Père, qui se souciait même de l'herbe des champs, qui pousse un jour et est rassemblée le lendemain pour être brûlée, ne manquerait pas de se souvenir des siens. C'est pourquoi le Maître ajouta : « Cherchez premièrement son royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par-dessus. »
 
NOUVELLE CONDAMNATION DE L'HYPOCRISIE [30]
 
Les hommes ont tendance à juger leurs semblables et à faire leur éloge ou leur critique sans considérer suffisamment les faits ou les circonstances. Le Maître exprima sa désapprobation des jugements tendancieux ou non fondés. « Ne jugez pas, afin de ne pas être jugés », exhorta-t-il ; c'est selon la manière dont on a jugé les autres que l'on sera jugé soi-même. L'homme qui est toujours prêt à corriger les erreurs de son frère, à enlever la paille de l'œil de son prochain, afin que ce prochain voie les choses comme l'ami intéressé et importun voudrait qu'il les voie, fut dénoncé comme hypocrite. Qu'était la poussière dans la vision de son prochain en comparaison de la poutre de son propre oeil ? Les siècles qui se sont écoulés entre le temps du Christ et notre propre époque nous ont-ils rendus moins ardents à guérir la mauvaise vue de ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se ranger à notre point de vue et voir les choses comme nous les voyons ?
 
Ces disciples, dont certains allaient bientôt agir avec l'autorité du saint apostolat, furent mis en garde contre la dissémination inconsidérée et aveugle des vérités et des préceptes sacrés qui leur étaient confiés. Ils auraient pour devoir de discerner l'esprit de ceux qu'ils essayaient d'instruire et de leur donner avec sagesse. Les paroles du Maître furent fortes : « Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et ne se retournent pour vous déchirer » [31]. 
 
PROMESSE ET ASSURANCE NOUVELLE [32]
 
Il leur fit ensuite la belle promesse que leurs supplications seraient entendues et exaucées. Ils devaient demander, et ils recevraient ; ils devaient frapper, et la porte s'ouvrirait. Leur Père céleste n'aurait certainement pas moins de considération qu'un père humain ; et quel est le père qui, si son fils lui demandait du pain, lui répondrait en lui donnant une pierre ou qui lui donnerait un serpent s'il demandait un poisson ? Il n'en serait que d'autant plus certain que Dieu accorderait de bonnes choses à ceux qui demandaient selon leurs besoins, avec foi. « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, aussi, faites-le de même pour eux, car c'est la loi et les prophètes. »
 
La voie droite et étroite que l'homme peut suivre dans la sainteté fut comparée avec la voie large qui mène à la perdition. Il fallait éviter les faux prophètes, tels qu'il y en avait parmi le peuple, qui, dans leurs prétentions, étaient comparables à des brebis mais étaient en réalité des loups dévorants. Ceux-ci, ils les reconnaîtraient à leurs oeuvres et aux résultats de celles-ci, tout comme on jugera qu'un arbre est bon ou mauvais selon son fruit. Les épines ne produisent pas de raisin, et les chardons ne peuvent porter de figues. De même, il est tout aussi impossible à un bon arbre de produire du mauvais fruit qu'à un arbre inutile et pourri de porter du bon fruit.
 
La religion, c'est plus que confesser et professer du bout des lèvres. Jésus affirma que le jour du jugement beaucoup prétendraient être ses disciples, disant : « Seigneur, Seigneur ! N'est-ce pas en ton nom que nous avons prophétisé, en ton nom que nous avons chassé des démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : Je ne vous ai jamais connus retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. » Ce n'est qu'en faisant la volonté du Père que l'on peut obtenir la grâce salvatrice du Fils. Vouloir parler et agir au nom du Seigneur sans en avoir reçu l'autorité que seul le Seigneur peut donner, c'est ajouter le sacrilège à l'hypocrisie. Même les miracles qui seront accomplis ne prouveront pas les prétentions de ceux qui professent administrer les ordonnances de l'Évangile, s'ils n'ont pas l'autorité de la sainte prêtrise [33].
 
ENTENDRE ET FAIRE [34]
 
Le sermon sur la montagne a traversé toutes les années qui se sont écoulées depuis qu'il a été prononcé sans qu'aucun autre ait pu rivaliser avec lui. Aucun mortel n'a jamais prêché de discours de ce genre depuis ce temps-là. L'esprit du discours est du début à la fin celui de la sincérité et de l'action, par opposition aux professions vides et à la négligence. Dans les dernières phrases, le Seigneur montra l'inutilité de se borner à entendre, par comparaison avec l'efficacité de l'action. L'homme qui entend et agit est comme le constructeur sage qui posa les fondations de sa maison sur du roc ; et en dépit de la pluie, des torrents et des vents, la maison résista. Celui qui entend et n'obéit pas est comparé à l'insensé qui construisit sa maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée ou que les vents ont soufflé ou que les torrents sont venus, voici, elle est tombée, et sa ruine a été grande.
 
Pareils enseignements étonnèrent le peuple. Le Prédicateur n'avait cité pour ses enseignements originaux aucune autorité autre que la sienne. Son discours ne présentait aucun cortège de précédents rabbiniques ; la loi était remplacée par l'Évangile : « Car il les enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité et non pas comme leurs scribes. »
 
 [1] Mt chap. 5, 6, 7 ; Lc 6:20-49 (voir aussi la version du sermon prononcé par Jésus-Christ après sa résurrection, aux Néphites du continent américain : LM, 3 Né, chap. 12, 13, 14. Voir aussi chapitre 39 du présent ouvrage).
 [2] Note 1, fin du chapitre.
 [3] Mt 4:23-25 ; lire ces versets avec 5:1 ; voir aussi Lc 6:17-19.
 [4] Note 1, fin du chapitre.
 [5] Mt 5:3-12 ; cf. Lc 6:20-26 et LM, 3 Né 12:1-12.
 [6] Mt 5:11, 12 ; cf. Lc 6:26 ; LM, 3 Né 12:11,12.
 [7] Note 2, fin du chapitre.
 [8] D&A 93:33.
 [9] Lv 2:13 ; cf. Esd 6:9 ; Ez 43:24.
 [10] Notez l'expression « alliance du sel » [version du roi Jacques, ndt] désignant l'alliance entre Jéhovah et Israël, Lv 2:13, Nb 18:19 ; cf. 2 Ch 13:5.
 [11] Note 3, fin du chapitre.
 [12] Mt 5:21-48, Lc 6:27-36 ; cf. LM, 3 Né 12:21-48.
 [13] Cf. Lv 19:18 ; Dt 23:6 et Ps 41:10.
 [14] Comparer avec la leçon donnée dans la parabole de l'ivraie, Mt 13:24-30.
 [15] Note 4, fin du chapitre ; voir aussi chap. 14, notes.
 [16] Note 5, fin du chapitre.
 [17] Mt 6:1-18 ; cf. Lc 11:2-4 ; LM, 3 Né 13:1-18.
 [18] Examiner l'incident du don du riche et de l'obole de la veuve, Mc 12:41-44 ; Lc 21:1-4.
 [19] Chap. 3.
 [20] Ex 16:16-21.
 [21] Version anglaise : « Pardonne-nous nos dettes, comme nous pardonnons nos débiteurs », ndt.
 [22] Notez la leçon de la parabole du serviteur impitoyable, Mt 18:23-25.
 [23] Cf. Mt 7:6.
 [24] PGP, Abr 3:25 ; voir chap. 2 du présent ouvrage, notes.
 [25] Ac 17:28.
 [26] Comparer avec l'exemple donné à propos de la parabole du Pharisien et du péager, Lc 18:10-14.
 [27] Mt 6:19-34 ; cf. Lc 12:24-34,16:13,18:22 ; LM, 3 Né 13:19-34.
 [28] Lc 11:34-36.
 [29] Cf. Ga 1:10 ; 1 Tm 6:17 ; Jc 4:4 ; 1 Jn 2:15.
 [30] Mt 7:1-5 ; Luc 6:37, 38, 41, 42 ; cf. LM, 3 Né 14:1-5.
 [31] Mt 7:6 ; cf. LM, 3 Né 14:6.
 [32] Mt 7:7-23 ; Lc 6:43-44,46, 11:9-13, 13:24-30 ; cf. LM, 3 Né 14:7-23.
 [33] Articles de Foi, p. 222-233, 281-283.
 [34] Mt 7:24-29 ; Lc 6:46-49 ; cf. LM, 3 Né 14:24-27.
 
NOTES DU CHAPITRE 17
 
1. Époque et lieu du sermon sur la montagne : Matthieu cite très rapidement le discours, le plaçant même avant d'indiquer son appel de la maison du péage - appel qui précéda certainement l'ordination du groupe des Douze - et avant de raconter un grand nombre de paroles et d'actions du Seigneur déjà examinées dans ces pages. Luc place son sommaire partiel du sermon après l'ordination des apôtres. Matthieu nous dit que Jésus était monté sur la montagne et qu'il était assis tandis qu'il parlait ; le récit de Luc fait penser que Jésus et les Douze descendirent tout d'abord des hauteurs de la montagne dans une plaine, où la foule les rencontra, et que Jésus leur prêcha debout. Les critiques qui s'amusent de petits détails, négligeant souvent des choses plus importantes, ont essayé de tirer le plus grand parti de ces divergences apparentes. N'est-il pas probable que Jésus parla en détail à ses disciples qui étaient alors présents, sur le flanc de la montagne, et parmi lesquels il avait choisi les Douze, et qu'après avoir terminé le discours qu'il leur avait fait, il descendit avec eux dans la plaine où une multitude s'était assemblée, et qu'il lui répéta certaines parties de ce qu'il avait déjà dit ? L'abondance relative du récit de Matthieu peut être due au fait que, étant l'un des Douze, il assista au premier discours plus étendu.
 
2. Le plaisir et le bonheur : « Le temps présent est une période de recherche du plaisir, et les hommes perdent le sens dans la folle course aux sensations qui ne font qu'exciter et décevoir. À notre époque de contrefaçon, de déformation et d'imitation viles, le démon est plus occupé qu'il ne l'a jamais été au cours de l'histoire humaine à fabriquer des plaisirs, tant vieux que nouveaux ; et ceux-ci, il les met en vente d'une manière extrêmement attrayante, portant faussement l'étiquette : Bonheur. Il n'a pas son égal dans cet art destructeur d'âmes ; il a des siècles d'expérience et de pratique, et par son habileté, il contrôle le marché. Il a appris les ficelles du métier et sait comment attirer l'œil et éveiller le désir de ses clients. Il emballe sa marchandise dans des paquets aux couleurs vives, fermés par des fils de clinquant et des pompons ; et les foules affluent aux comptoirs de ses magasins, se bousculant et s'écrasant mutuellement dans leur frénésie d'achat.
 
« Suivez l'un des acheteurs tandis qu'il s'en va avec une satisfaction méchante, son paquet criard sous le bras, et regardez-le l'ouvrir. Que trouve-t-il à l'intérieur de l'emballage doré ? Il s'était attendu à un bonheur parfumé, mais il ne découvre qu'une forme inférieure de plaisir dont la puanteur est écœurante.
 
« Le bonheur comprend tout ce qui est réellement désirable et de valeur réelle dans le plaisir et beaucoup d'autres choses en plus. Le bonheur est de l'or véritable, le plaisir n'est que de l'airain doré, qui se corrode dans la main et se transforme bientôt en vert-de-gris empoisonné. Le bonheur est comme le diamant véritable qui, brut ou poli, brille de son lustre inimitable ; le plaisir est comme l'imitation en toc qui ne brille que lorsqu'on l'embellit artificiellement. Le bonheur est comme le rubis, rouge comme le sang du cœur, dur et durable ; le plaisir comme du verre de couleur, fragile, cassant et de beauté passagère.
 
« Le bonheur, c'est la nourriture véritable, saine, nutritive et douce ; elle édifie le corps et apporte de l'énergie pour l'action, physique, mentale et spirituelle ; le plaisir n'est qu'un stimulant trompeur qui, comme les spiritueux, fait croire qu'on est fort alors qu'en réalité on est affaibli, fait imaginer qu'on est en bonne santé alors qu'on est en fait frappé d'une maladie mortelle.
 
« Le bonheur ne laisse pas de mauvais arrière-goût, il n'est suivi d'aucune réaction déprimante ; il ne demande aucun repentir, n'apporte aucun regret, n'implique aucun remords ; le plaisir rend trop souvent le repentir, la contrition et la souffrance nécessaires ; et, si on s'y livre à l'extrême, il apporte la dégradation et la destruction.
 
« Le vrai bonheur se revit constamment en mémoire, toujours avec un renouveau du bien originel ; un moment de plaisir impie peut laisser un aiguillon barbelé qui, comme une épine dans la chair, est une source éternellement présente d'angoisse.
 
« Le bonheur n'est pas apparenté à la légèreté ni à la gaieté frivole. Il jaillit des sources profondes de l'âme, et il n'est pas rare qu'il s'accompagne de larmes. N'avez-vous jamais été heureux au point d'en pleurer ? Moi si. » (Tiré d'un article de l'auteur, Improvement Era, vol. 17, numero 2, p. 172, 173).
 
3. Le sel de la terre : Le Commentary on the Holy Bible, de Dummelow, sur Matthieu 5:13, dit : « En Palestine, le sel, étant recueilli dans un état impur, subit souvent des changements chimiques qui détruisent sa saveur tandis que son aspect subsiste. » Nous pourrons peut-être suggérer une interprétation raisonnable de l'expression « Si le sel perd sa saveur » en disant que le sel mêlé à des impuretés insolubles peut être dissous par l'humidité, ne laissant le résidu insoluble que légèrement salé. La leçon de l'illustration du Seigneur est que le sel gâté est incapable de conserver. Le passage correspondant dans le sermon que Jésus fit aux Néphites après sa résurrection dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : Je vous donne d'être le sel de la terre ; mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la terre sera-t-elle salée ? Le sel désormais ne serait plus bon à rien qu'à être jeté et foulé aux pieds des hommes » (3 Né 12:13).
 
4. Allusion aux péagers : Observez que Matthieu, qui avait été péager, rapporte franchement cette allusion (5:46,47) faite à la classe méprisée, à laquelle il appartenait. Luc écrit « pécheurs » au lieu de « péagers » (6:32-34). Naturellement, si les récits des deux auteurs font allusion à des discours séparés (voir note 1 ci-dessus), ils peuvent avoir raison tous les deux. Mais nous trouvons que Matthieu se donne à lui-même le nom de péager lorsqu'il fait la liste des apôtres (10:3) et que les autres évangélistes omettent avec tact ce titre peu enviable (Mc 3:18, Lc 6:15).
 
5. La perfection relative : On ne peut interpréter raisonnablement l'exhortation que notre Seigneur fit aux hommes de devenir parfaits comme le Père est parfait (Mt 5:48) que comme sous-entendant la possibilité de pareilles réalisations. Il est cependant clair que l'homme ne peut devenir parfait dans la mortalité dans le sens dans lequel Dieu est parfait en tant qu'Être suprêmement glorifié. Il est cependant possible à l'homme d'être parfait dans sa sphère dans un sens analogue à celui dans lequel les intelligences supérieures sont parfaites dans leurs sphères respectives ; cependant la perfection relative de celles qui sont plus bas est infiniment inférieure à celle de ceux qui sont plus haut. Un universitaire de première ou de deuxième année peut être parfait en tant qu'étudiant de première ou de deuxième année ; il peut avoir 100% d'efficacité et de réalisations ; cependant les honneurs de l'étudiant de troisième ou de quatrième années sont au-delà de sa portée, et le diplôme de licence est éloigné pour lui mais constitue une possibilité certaine, s'il reste fidèle et dévoué jusqu'à la fin.
  
 
CHAPITRE 18 : COMME AYANT AUTORITÉ
 
Le récit que Matthieu fait du merveilleux discours que nous appelons le sermon sur la montagne prend fin par une phrase puissante dans laquelle il décrit l'effet des paroles du Maître sur le peuple : « Car il les enseignait comme quelqu'un qui a de l'autorité et non pas comme leurs scribes » [1]. Une caractéristique frappante du ministère du Christ était l'absence totale de toute tentative de fonder ses paroles ou ses actes sur une autorisation humaine quelconque ; l'autorité qu'il professait avoir était celle du Père qui l'avait envoyé. Ses discours, qu'ils fussent donnés à des multitudes ou prononcés d'une manière relativement intime pour quelques-uns, étaient dépourvus des citations travaillées dans lesquelles les docteurs de l'époque se complaisaient. Son « je vous le dis » péremptoire prenait la place de l'appel à l'autorité et surpassait tout déploiement possible de précédents sous forme de commandements ou de déductions. En cela ses paroles différaient essentiellement des formules érudites des scribes, des Pharisiens et des rabbis. Pendant tout son ministère, il manifesta une puissance et une autorité inhérentes sur la matière et les forces de la nature, sur les hommes et les démons, sur la vie et la mort. Il est maintenant de notre intention d'examiner un certain nombre de cas dans lesquels la puissance du Seigneur se manifesta en diverses œuvres puissantes.
 
GUÉRISON DU SERVITEUR DU CENTURION [2]
 
Du mont des béatitudes, Jésus retourna à Capernaüm. Il importe peu de savoir si ce fut directement ou par un chemin plus long marqué par d'autres oeuvres puissantes et miséricordieuses. Il y avait à l'époque une garnison romaine dans la ville. Un officier, centurion [centenier dans la version Segond, ndt] ou capitaine de cent hommes, y était stationné. À la maison de cet officier était attaché un serviteur pour lequel il avait beaucoup d'estime et qui était malade, « sur le point de mourir ». Le centurion avait la foi que le Christ pouvait guérir son serviteur et invoqua l'intercession des anciens Juifs pour demander au Maître la bénédiction désirée. Ces anciens implorèrent Jésus avec la plus grande ferveur et firent valoir la valeur de l'homme qui, bien que Gentil, aimait le peuple d'Israël et, de ses richesses, avait construit une synagogue pour eux dans la ville. Jésus alla avec les anciens, mais le centurion, ayant probablement appris l'approche de la petite compagnie, envoya en hâte d'autres envoyés dire qu'il ne se considérait pas digne de faire entrer Jésus chez lui, sentiment d'indignité qui lui avait interdit d'oser faire sa requête en personne [3]. « Mais », disait la supplique, « dis un mot, et mon serviteur sera guéri. » Nous pouvons comparer la conception que cet homme avait de la puissance du Christ à celle du noble de la même ville, qui avait demandé à Jésus de se hâter en personne aux côtés de son fils mourant [4].
 
Le centurion semble avoir raisonné de la manière suivante : il était lui-même un homme d'autorité, bien que sous la direction d'officiers supérieurs. À ses subordonnés il donnait des ordres auxquels ceux-ci obéissaient. Il n'estimait pas nécessaire d'assister personnellement à l'exécution de ses ordres. Il était certain que quelqu'un qui avait un pouvoir tel que celui que Jésus possédait pouvait commander et être obéi. En outre, il se peut que l'homme ait entendu parler de la guérison merveilleuse du fils mourant du noble, que le Seigneur accomplit en prononçant la parole guérisseuse alors qu'il se trouvait à des kilomètres du lit du patient. Nous ne pouvons douter que la confiance et la foi du centurion aient été sincères puisque Jésus les loua expressément. L'homme affligé fut guéri. On nous dit que Jésus admira [5] la manifestation de foi du centurion et dit, se tournant vers les gens qui le suivaient : « Je vous le dis, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi. » Cette réflexion peut avoir provoqué l'étonnement de certains auditeurs ; les Juifs n'avaient pas l'habitude d'entendre exalter ainsi la foi d'un Gentil car, selon le traditionalisme du temps, un Gentil, même converti ardent au judaïsme, était considéré comme essentiellement inférieur, même au plus indigne du peuple choisi. Le commentaire de notre Seigneur montrait clairement que les Gentils seraient préférés dans le royaume de Dieu, s'ils excellaient en dignité. En prenant le récit de Matthieu, nous trouvons cet enseignement supplémentaire introduit comme d'habitude par « Je vous le dis » - Que « plusieurs viendront de l'Orient et de l'Occident, et se mettront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux. Mais les fils du royaume seront jetés dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » [6]. 
 
Cette leçon, qu'Israël ne peut parvenir à la suprématie qu'en excellant en justice est, comme nous le verrons, répétée et soulignée dans les enseignements du Seigneur.
 
RÉSURRECTION D'UN JEUNE HOMME DE NAÏN [7]
 
Le lendemain du miracle que nous venons d'examiner, Jésus se rendit dans la petite ville de Naïn et, comme d'habitude, beaucoup de personnes l'accompagnèrent. Ce jour-là se produisit ce qui, dans l'estimation des hommes, fut un miracle plus grand que tous ceux qu'il avait accomplis auparavant. Il en avait déjà guéri beaucoup, parfois d'un mot prononcé en présence des affligés, et aussi alors qu'il était loin du bénéficiaire de sa puissance bienfaitrice ; des maladies corporelles avaient été vaincues et des démons avaient été réprimandés sur son ordre ; mais, bien que des malades qui étaient près de mourir eussent été sauvés de la tombe, nous n'avons pas de récit plus ancien où notre Seigneur ait commandé à la mort terrible, elle-même, de rendre quelqu'un qu'elle avait emporté [8]. Comme Jésus et ses disciples approchaient de la ville, un cortège funèbre d'un grand nombre de personnes vint à sa rencontre ; on transportait au tombeau le fils unique d'une veuve ; le corps était porté, selon la coutume du temps, sur une bière ouverte. Notre Seigneur contempla avec compassion la mère endeuillée, maintenant privée d'époux et de fils ; et ressentant en lui-même [9] la douleur de sa souffrance, il dit d'un ton doux : « Ne pleure pas ! » Il toucha le brancard sur lequel le mort était étendu, et les porteurs s'arrêtèrent. Puis en s'adressant au cadavre, il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi ! » Et le mort entendit la voix de celui qui est le Seigneur de tous [10], et se leva immédiatement et parla. Gracieusement Jésus remit le jeune homme à sa mère. Nous lisons sans étonnement que la crainte envahit tous ceux qui étaient là et qu'ils glorifièrent Dieu, attestant qu'un grand prophète se trouvait parmi eux et que Dieu avait visité son peuple. La nouvelle de ce miracle parcourut tout le pays et parvint même aux oreilles de Jean-Baptiste, qui se trouvait dans la prison d'Hérode. L'effet que fit sur Jean la nouvelle de ce miracle et d'autres miracles puissants du Christ réclame maintenant notre attention.
 
LE MESSAGE DE JEAN-BAPTISTE À JÉSUS
 
Avant même le retour de Jésus en Galilée après son baptême, et les quarante jours de solitude dans le désert, Jean-Baptiste avait été emprisonné sur ordre d'Hérode Antipas, tétrarque de Galilée et de Pérée [11]. Au cours des mois suivants, pendant lesquels notre Seigneur prêcha activement l'Évangile, enseignant le sens véritable du Royaume, réprouvant le péché, guérissant les affligés, réprimandant les esprits mauvais et ressuscitant même les morts, son précurseur, le pieux et courageux Jean, était prisonnier dans les cachots de Machaerus, l'une des plus puissantes citadelles d'Hérode [12].
 
Le tétrarque avait un certain respect pour Jean, ayant constaté que c'était un saint homme ; et Hérode avait fait beaucoup de choses sur le conseil direct du Baptiste ou à cause de l'influence de l'enseignement général de ce dernier. En fait, Hérode avait écouté Jean avec plaisir et ne l'avait emprisonné qu'en cédant à contrecœur aux importunités d'Hérodiade, qu'Hérode avait déclarée être sa femme sous couvert d'un mariage illégal. Hérodiade avait été et était encore légalement la femme de Philippe, frère d'Hérode, dont elle n'avait jamais été légalement divorcée ; son prétendu mariage avec Hérode Antipas était à la fois adultère et incestueux en vertu de la loi juive. Le Baptiste avait dénoncé hardiment cette union pécheresse ; il avait dit à Hérode : « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère. » Bien qu'Hérode ait pu ignorer cette sévère réprimande, ou ait pu du moins permettre de la laisser passer sans châtiment, Hérodiade ne voulut pas être indulgente. C'est elle, et non le tétrarque, qui haïssait Jean le plus ; elle « avait du ressentiment contre » Jean et réussit à amener Hérode à faire saisir et incarcérer le Baptiste, ce qui était une étape dans la consommation de son plan vengeur de le faire mettre à mort [13]. En outre, Hérode craignait que le peuple ne se révoltât au cas où Jean serait tué sur son ordre [14]. Au cours de son long emprisonnement, Jean avait beaucoup entendu parler de la prédication et de l'œuvre merveilleuse du Christ ; ces choses avaient dû lui être rapportées par certains de ses disciples et de ses amis qui avaient la permission de lui rendre visite [15]. Il fut, en particulier, informé de la résurrection miraculeuse du jeune homme à Naïn [16] ; et il chargea sur le champ deux de ses disciples de porter un message dans lequel il demandait à interroger Jésus [17]. Ceux-ci allèrent trouver le Christ et lui expliquèrent le but de leur visite comme suit : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Les messagers trouvèrent Jésus occupé à des oeuvres bienveillantes ; et au lieu de répondre immédiatement en paroles, il continua sa tâche, soulageant à cette même heure un plus grand nombre de personnes qui étaient affligées de cécité ou d'infirmités, ou qui étaient troublées par des esprits mauvais. Puis, se tournant vers les deux personnes qui avaient communiqué la question du Baptiste, Jésus dit : « Allez rapporter à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles recouvrent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres. Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! »
 
La question des disciples de Jean reçut la réponse d'actes merveilleux de bienveillance et de miséricorde. Lorsque la réponse fut rapportée à Jean, le prophète emprisonné ne pouvait guère manquer de se rappeler les prédictions d'Ésaïe, qui disaient que c'était par ces signes de miracles et de bénédictions mêmes que le Messie serait connu [18] ; et le reproche dut être convaincant et accusateur lorsqu'il se rappela les citations qu'il avait faites lui-même des prophéties d'Ésaïe, lorsqu'il avait proclamé avec une éloquence ardente et flétrissante l'accomplissement de cette prédiction ancienne dans sa propre mission et dans celle du personnage tout-puissant dont il avait rendu personnellement témoignage [19].
 
La dernière phrase de la réponse de notre Seigneur à Jean était l'apogée de ce qui avait précédé, et une réprimande supplémentaire quoique douce du manque de compréhension que le Baptiste montrait pour la mission du Messie. « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute », dit le Seigneur. Le manque de compréhension est le prélude de la chute. Mesurée selon le critère de la conception alors courante de ce que le Messie serait, l'œuvre du Christ dut apparaître à beaucoup comme un échec ; et ceux qui cherchaient quelque manifestation soudaine de sa puissance dans la conquête des oppresseurs d'Israël et le rétablissement de la maison de David en splendeur profane, s'impatientaient, puis devinrent sceptiques ; ensuite ils y trouvèrent une occasion de chute et menacèrent de se rebeller ouvertement contre leur Seigneur. Le Christ a été une occasion de chute pour un grand nombre de personnes qui, n'étant pas en harmonie avec ses paroles et ses oeuvres, y ont trouvé une occasion de chute [20].
 
La situation de Jean doit être considérée avec justice par tous ceux qui prennent sur eux de juger le but qu'il poursuivait en faisant demander au Christ : « Es-tu celui qui doit venir ? » Jean comprenait parfaitement que son oeuvre était un travail de préparation ; il en avait témoigné et avait ouvertement rendu témoignage que Jésus était celui pour lequel il avait été envoyé préparer la voie. Avec le commencement du ministère du Christ, l'influence de Jean avait diminué, et pendant de nombreux mois il avait été enfermé dans une cellule, s'énervant dans son inactivité, aspirant sans aucun doute à la liberté, et aux sauterelles et au miel sauvage du désert. Jésus croissait tandis qu'il diminuait en popularité, en influence et en possibilités ; et il avait affirmé que cette situation était inévitable [21].
 
Mais, laissé en prison, peut-être souffrant de dépression, s'est-il laissé à se demander si ce personnage tout-puissant l'avait oublié. Il savait que si Jésus en donnait le commandement, la prison de Machaerus ne pourrait plus le retenir ; néanmoins Jésus semblait l'avoir abandonné à son sort, qui n'impliquait pas seulement l'emprisonnement mais d'autres indignités, et la torture physique [22]. Peut-être a-t-il été dans les intentions de Jean d'attirer l'attention du Christ sur sa situation pitoyable ; et à cet égard son message était plutôt un rappel qu'une simple question basée sur un doute réel. En effet, nous avons de bonnes raisons de conclure que le but de Jean en envoyant des disciples interroger le Christ était en partie, et peut-être en grande partie, de confirmer chez ces disciples une foi durable au Christ. La commission dont ils étaient chargés les mit en contact direct avec le Seigneur, dont ils ne pouvaient manquer de comprendre la suprématie. Ils furent témoins personnels de sa puissance et de son autorité.
 
Le commentaire de notre Seigneur sur le message de Jean indiquait que le Baptiste n'avait pas pleinement compris ce que le royaume spirituel de Dieu contenait. Lorsque les envoyés furent partis, Jésus s'adressa au peuple qui avait été témoin de l'entretien. Il ne voulait pas qu'il sous-estimât l'importance du service du Baptiste [23]. Il lui rappela le temps de la popularité de Jean, où certaines des personnes alors présentes et des multitudes d'autres étaient allées dans le désert écouter les exhortations sévères du prophète, et où elles avaient vu qu'il n'était pas un roseau agité par le vent mais un chêne ferme et inflexible. Elles n'étaient pas allées voir un homme habillé à la mode ; ceux qui portaient des vêtements doux devaient être recherchés à la cour du roi, et non dans le désert, ni dans le cachot où Jean se trouvait maintenant. Elles avaient trouvé en Jean un prophète, oui, plus qu'un prophète : « Je vous le dis, affirma le Seigneur, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'y en a pas de plus grand que Jean. Cependant, le plus petit dans le royaume de Dieu est plus grand que lui » [24]. Quel témoignage plus fort de l'intégrité du Baptiste nous faut-il ? D'autres prophètes avaient parlé de la venue du Messie, mais Jean l'avait vu, l'avait baptisé et avait été pour Jésus ce qu'un page est pour son maître. Néanmoins depuis le jour où Jean prêcha jusqu'à l'époque à laquelle le Christ parlait alors, le royaume des cieux avait été rejeté avec violence, et ce alors que tous les prophètes et même la loi fondamentale avaient parlé de sa venue, et bien que Jean et le Christ eussent été abondamment prédits.
 
À propos de Jean, le Seigneur continua : « Et, si vous voulez l'admettre, c'est lui qui est l'Élie qui devait venir. Que celui qui a des oreilles, entende » [25]. Il est important de savoir que le terme Élie, appliqué ici par Jésus au Baptiste, est un titre plutôt qu'un nom personnel, et qu'il n'a rien à voir avec Élie, l'ancien prophète que l'on appelait le Tichbite [26]. Beaucoup de ceux qui entendirent l'éloge du Baptiste par le Seigneur se réjouirent, car ils avaient accepté Jean et s'étaient détournés de lui pour aller à Jésus, passant du plus petit au plus grand, du prêtre au grand prêtre, du héros au roi. Mais des Pharisiens et des docteurs étaient présents, ceux de la classe que Jean avait dénoncée avec tant de véhémence comme une génération de vipères, et ceux qui avaient rejeté l'avis de Dieu en refusant d'écouter l'appel du Baptiste au repentir [27].
 
À ce moment-là, le Maître eut recours à une analogie pour exprimer clairement ce qu'il voulait dire. Il compara la génération incrédule et insatisfaite à des enfants inconstants qui jouent et se disputent. Certains voulaient jouer à la cérémonie de mariage, mais pendant qu'ils jouaient de la flûte, les autres ne voulaient pas danser. Ensuite, ils jouèrent à la procession funèbre et essayèrent le rôle des pleureuses, mais les autres ne voulaient pas pleurer comme les règles du jeu le demandaient. Toujours critiques, toujours sceptiques, médisants et diffamateurs de nature, durs d'oreille et de cœur, ils grognaient. Jean-Baptiste était venu parmi eux comme les prophètes ermites d'autrefois, aussi strict que le plus strict des naziréens, refusant de manger avec les festoyeurs ou de boire avec les bons convives, et ils avaient dit : « Il a un démon. » Maintenant venait le Fils de l'homme, sans austérité, sans manières d'ermite, mangeant et buvant comme le ferait un homme normal, invité dans les maisons des gens, participant aux festivités d'un mariage, se mêlant aussi bien aux péagers qu'aux Pharisiens - et ils se plaignaient de nouveau disant : « C'est un homme qui fait bonne chère et un buveur de vin, un ami des péagers et des pécheurs ! » Le Maître expliqua que ce manque de logique, ce méchant galvaudage de choses extrêmement sacrées, cette opposition décidée à la vérité seraient certainement révélés dans leur vraie lumière, et que l'inutilité d'une érudition vantarde apparaîtrait. « Mais, dit-il, la sagesse a été justifiée par tous ses enfants. »
 
Laissant les reproches aux individus incrédules, il se tourna vers les communautés insensibles et réprimanda les villes dans lesquelles il avait accompli tant d'œuvres puissantes et où les gens ne se repentaient pas : « Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi, Bethsaïda ! Car, si les miracles faits au milieu de vous avaient été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu'elles se seraient repenties avec le sac et la cendre. C'est pourquoi je vous le dis : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Carpernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? (Non), tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts, car, si les miracles faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui. C'est pourquoi je vous le dis : Au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi » [28]. 
 
Apparemment découragé par l'incrédulité du peuple, Jésus rechercha de la force en priant [29]. Avec l'éloquence de l'âme que l'on recherche en vain ailleurs que dans la communion chargée d'angoisse du Christ avec son Père, il exprima avec respect sa reconnaissance de ce que Dieu avait donné un témoignage de la vérité aux humbles et aux simples plutôt qu'aux savants et aux grands ; bien que les hommes ne le comprissent point, le Père le connaissait pour ce qu'il était réellement. Se tournant de nouveau vers le peuple, il l'exhorta encore à l'accepter, lui et son Évangile, et son invitation est l'un des épanchements les plus grandioses d'émotion spirituelle connus de l'homme : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est aisé, et mon fardeau léger » [30]. Il les invitait à passer du travail pénible à un service agréable ; des fardeaux presque insupportables des exactions ecclésiastiques et du formalisme traditionnel, à la liberté du culte vraiment spirituel, de l'esclavage à la liberté, mais ils ne le voulaient point. L'Évangile qu'il leur offrait était l'incarnation de la liberté, mais pas de la licence ; il imposait l'obéissance et la soumission ; mais même si on pouvait comparer cela à un joug, qu'était son fardeau en comparaison du fardeau sous lequel ils gémissaient ?
 
MORT DE JEAN-BAPTISTE
 
Revenant à Jean-Baptiste dans la solitude de son cachot, nous n'avons aucun renseignement quant à la manière dont il reçut et comprit la réponse à sa question que lui rapportèrent ses messagers. Sa captivité était destinée à prendre bientôt fin, mais pas par une mise en liberté terrestre. La haine qu'Hérodiade éprouvait pour lui augmenta. L'occasion de mettre à exécution les complots démoniaques qu'elle ourdissait contre sa vie se présenta bientôt [31]. Le roi célébrait son anniversaire par une grande fête, à laquelle ses seigneurs, ses hauts capitaines et les principaux fonctionnaires de Galilée étaient invités. Pour honorer l'événement, Salomé, fille d'Hérodiade, mais non d'Hérode, entra et dansa devant le groupe. Hérode et ses invités en furent tellement enchantés que le roi invita la jeune fille à demander ce qu'elle voulait et jura qu'il le lui donnerait, même si c'était la moitié de son royaume.
 
Elle se retira pour consulter sa mère sur ce qu'elle devait demander, et, sur les instructions de celle-ci, revint avec cette terrible demande : « Je veux que tu me donnes tout de suite, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. » Le roi fut stupéfait ; son étonnement fut suivi de chagrin et de regret ; néanmoins, il craignait l'humiliation qui s'ensuivrait s'il enfreignait le serment qu'il avait fait en présence de sa cour ; et ainsi, appelant un bourreau, il donna immédiatement l'ordre fatal ; et Jean fut décapité sur-le-champ dans le cachot. Le bourreau revint, portant un plat sur lequel était posé le trophée atroce de la vengeance de la reine dépravée. Le cadeau sanglant fut donné à Salomé, qui le porta avec un triomphe inhumain à sa mère. Des disciples de Jean vinrent, se firent remettre le corps, le déposèrent dans un tombeau et allèrent porter la nouvelle de sa mort à Jésus. Hérode fut profondément troublé du meurtre qu'il avait ordonné ; et lorsque les prodiges accomplis par Jésus lui furent rapportés plus tard, il eut peur et dit : « Jean-Baptiste est ressuscité d'entre les morts et c'est pour cela qu'il a le pouvoir de faire des miracles. » À ceux qui n'étaient pas d'accord avec lui, le roi terrifié répliquait : « Ce Jean que j'ai fait décapiter, c'est lui qui est ressuscité » [32]. 
 
Ainsi prit fin la vie du prophète-prêtre, précurseur immédiat du Christ ; ainsi fut réduite au silence la voix mortelle de celui qui avait crié si puissamment dans le désert : « Préparez le chemin du Seigneur. » Après de nombreux siècles, sa voix s'est de nouveau fait entendre, voix d'un personnage racheté et ressuscité ; et sa main s'est de nouveau fait sentir en notre époque, époque de rétablissement et de plénitude. En mai 1829, un personnage ressuscité apparut à Joseph Smith et à Oliver Cowdery, s'annonçant comme étant Jean, que l'on appelait autrefois le Baptiste, posa les mains sur les deux jeunes gens, et leur conféra la Prêtrise d'Aaron, qui comprend l'autorité de prêcher et d'administrer l'Évangile de repentir et le baptême par immersion pour la rémission des péchés [33].
 
DANS LA MAISON DE SIMON LE PHARISIEN
 
« Un des Pharisiens pria Jésus de manger avec lui. Jésus entra dans la maison du Pharisien et se mit à table » [34]. 
 
D'après la place que prend cet incident dans le récit des événements fait par Luc, il semble qu'il a pu se produire le jour où il reçut la visite des messagers de Jean. Jésus accepta l'invitation du Pharisien, comme il avait accepté les invitations d'autres personnes, y compris même des péagers, et ceux que les rabbis appelaient les gens de mauvaise vie. Sa réception chez Simon semble avoir manqué quelque peu de chaleur, d'hospitalité et de respect. Le récit fait penser que l'hôte avait une attitude de condescendance. Il était de coutume à l'époque de traiter un hôte distingué avec une attention marquée, de le recevoir par un baiser d'accueil, de lui donner de l'eau pour laver la poussière de ses pieds et de l'huile pour oindre les cheveux et la barbe. Toutes ces attentions courtoises furent omises par Simon. Jésus prit sa place, probablement sur l'un des divans ou sofas sur lesquels il était habituel d'être partiellement assis, partiellement incliné tandis qu'on mangeait [35]. Cette position plaçait les pieds de la personne à l'extérieur de la table. Outre ces faits relatifs aux usages de l'époque, il faut se souvenir que les demeures de ce temps-là n'étaient pas protégées contre les intrusions par les dispositions que nous avons maintenant. En Palestine, il n'était pas extraordinaire de voir des visiteurs et même des étrangers, cependant à l'ordinaire des hommes, entrer dans une maison au moment du repas, regarder ce qui s'y passait et même parler aux hôtes, tout cela sans y être invités.
 
Parmi ceux qui entrèrent dans la maison de Simon, tandis que le repas était en cours, il y avait une femme ; et la présence d'une femme, bien que quelque peu inhabituelle, n'était pas à strictement parler un manque de convenance sociale et ne pouvait guère être interdite en pareille occasion. Mais cette femme faisait partie de la classe déchue, c'était une femme qui n'avait pas été vertueuse et qui devait supporter, comme châtiment de ses péchés, le mépris extérieur et la mise en quarantaine virtuelle de la part de ceux qui professaient lui être moralement supérieurs. Elle s'approcha de Jésus par derrière et se prosterna pour lui baiser les pieds en signe d'humilité de sa part et d'hommage respectueux à son égard. Peut-être était-elle l'une des personnes qui entendirent ses paroles pleines de grâce, peut-être prononcées ce jour-là : « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Quelle qu'ait été sa raison de venir, elle était certainement arrivée dans un état d'esprit repentant et profondément contrit. Tandis qu'elle se penchait sur les pieds de Jésus, ses larmes tombèrent sur eux. Oubliant apparemment tout ce qui l'entourait et les yeux désapprobateurs qui observaient ses mouvements, elle sortit ses tresses et essuya de ses cheveux les pieds du Seigneur. Et, ouvrant un vase d'albâtre contenant un parfum, elle les oignit, comme un esclave pourrait le faire pour son maître. Jésus laissa gracieusement faire la femme sans la réprimander et sans l'interrompre dans son humble service inspiré par la contrition et l'amour respectueux.
 
Simon avait observé toute la scène ; d'une façon ou d'une autre, il connaissait la classe à laquelle cette femme appartenait ; et bien que ne parlant pas à haute voix, il se dit : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est la femme qui le touche et ce qu'elle est : une pécheresse. » Jésus lut dans les pensées de l'homme et dit : « Simon, j'ai quelque chose à te dire », à quoi le Pharisien répondit : « Maître, parle. » Jésus poursuivit : « Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de quoi payer, il leur fit grâce de leur dette à tous les deux. Lequel l'aimera le plus ? » Une seule réponse pouvait être raisonnablement donnée, et Simon la donna bien que, apparemment avec une certaine hésitation ou réserve. Il craignait peut-être de se compromettre. « Celui, je suppose », risqua-t-il, « auquel il a fait grâce de la plus grosse somme. » Jésus dit : « Tu as bien jugé », et il poursuivit : « Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas donné d'eau pour mes pieds ; mais elle, elle a mouillé mes pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné de baiser, mais elle, depuis que je suis entré, elle n'a pas cessé de me baiser les pieds. Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; mais elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. »
 
Le Pharisien ne pouvait manquer de noter un rappel si direct de ce qu'il avait omis les rites ordinaires de respect envers un invité spécialement convié. La leçon de l'histoire avait trouvé son application en lui, tout comme la parabole de Nathan avait tiré du roi David une réponse qui le condamnait lui-même [36]. « C'est pourquoi, poursuivit Jésus, je te le dis, ses nombreux péchés sont pardonnés, puisqu'elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui l'on pardonne peu aime peu. » Puis il dit à la femme les paroles qui lui donnaient le soulagement auquel elle aspirait : « Tes péchés sont pardonnés. » Simon et les autres personnes qui étaient à table murmurèrent en eux-mêmes : « Qui est celui-ci, qui pardonne même les péchés. » Comprenant leur protestation muette, le Christ s'adressa de nouveau à la femme, disant : « Ta foi t'a sauvée, va en paix. »
 
La dernière partie du récit rappelle une autre occasion où le Christ accorda la rémission des péchés, et où, à cause de l'opposition qui existait dans l'esprit de certains auditeurs, opposition qui, pour être muette n'en était pas moins réelle, il avait ajouté à sa parole péremptoire une autre déclaration [37].
 
Le nom de la femme qui vint ainsi trouver le Christ et dont le repentir était si sincère qu'il apporta à son âme reconnaissante et contrite l'assurance de la rémission n'est pas rapporté. Rien ne prouve qu'elle figure dans un autre incident rapporté par les Écritures. Certains écrivains prétendent qu'elle est la Marie de Béthanie qui, peu avant que le Christ ne fût trahi, oignit la tête de Jésus de parfums [38]. Mais la supposition qu'il s'agit là d'une seule et même personne n'est pas du tout fondée [39] et constitue une critique injustifiable de la vie passée de Marie, sœur dévouée et aimante de Marthe et de Lazare. La tentative que d'autres font d'identifier cette pécheresse repentante et pardonnée avec Marie-Madeleine est également fausse, aucune période de la vie de celle-ci n'ayant été marquée par le péché d'impureté, du moins s'il faut en croire les Écritures. Le fait qu'il est important de se garder de commettre des erreurs dans l'identité de ces femmes fait estimer sage d'ajouter ce qui suit à l'étude ci-dessus.
 
Dans le chapitre qui suit, celui où sont rapportés les incidents que nous venons d'étudier, Luc [40] déclare que Jésus traversa la région, visitant toutes les villes et tous les villages, prêchant l'Évangile et annonçant la bonne nouvelle. Les Douze l'accompagnaient ainsi que « quelques femmes qui avaient été guéries d'esprits mauvais et de maladies : Marie, appelée Madeleine, de qui étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chuza, intendant d'Hérode, Suzanne, et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens. » Les Écritures parlent encore de certaines de ces femmes honorables ou d'elles toutes à propos de la mort, de l'ensevelissement et de la résurrection de notre Seigneur, et il est particulièrement fait mention de Marie-Madeleine [41]. Marie-Madeleine dont le deuxième prénom est probablement dérivé de sa ville natale, Magdala, avait été guérie, par une administration de Jésus, de maladies physiques et mentales, ces dernières s'accompagnant de possession par des esprits mauvais.
 
On nous dit que le Christ avait chassé d'elle sept démons [42], mais même une affliction aussi terrible ne permet nullement d'affirmer que cette femme était sans vertu ou sans chasteté.
 
Marie-Madeleine devint l'une des amies les plus intimes que le Christ avait parmi les femmes ; la dévotion qu'elle avait pour son guérisseur et celui qu'elle adorait comme le Christ était inébranlable ; elle se tint près de la croix tandis que les autres femmes restaient à distance au moment de son agonie mortelle. Elle fut parmi les premières au sépulcre de la résurrection et fut la première mortelle à contempler et à reconnaître un Être ressuscité : le Seigneur qu'elle avait aimé de toute la ferveur d'une adoration spirituelle. Dire que cette femme, élue d'entre les femmes pour mériter des honneurs aussi éminents, était autrefois une créature déchue, l'âme flétrie par le feu d'une volupté impie, c'est contribuer à la perpétuation d'une erreur pour laquelle il n'y a aucune excuse. Néanmoins la fausse tradition, née d'une théorie ancienne et injustifiable, selon laquelle cette femme noble qui était tout particulièrement une amie du Seigneur, est la même qui, reconnue pécheresse, lava et oignit les pieds du Sauveur dans la maison de Simon le Pharisien et gagna la récompense du pardon par sa contrition, a gardé avec tant de ténacité sa place dans l'esprit populaire au cours des siècles, que le nom Madeleine est devenu le terme générique désignant les femmes qui perdent leur vertu et se repentent par la suite. Nous n'examinons pas si la miséricorde du Christ aurait pu être accordée à la pécheresse que l'on fait à tort de Marie de Magdala ; l'on ne peut pas mesurer les limites ni sonder les profondeurs du pardon divin ; mais s'il était exact que cette Marie et la pécheresse repentante qui servit Jésus assis à la table du Pharisien fussent une seule et même personne, nous aurions reconnu que la réponse affirmative à cette question était correcte, car cette femme qui avait été pécheresse était pardonnée. Nous traitons ici du document scripturaire comme d'un document historique, et rien de ce qui s'y trouve ne justifie l'accusation réellement répugnante, bien que commune, que l'âme dévouée de Marie-Madeleine ne fût pas chaste.
 
L'AUTORITÉ DU CHRIST ATTRIBUÉE À BEELZÉBUL [43]
 
À l'époque du ministère terrestre de notre Seigneur, la guérison des aveugles, des sourds ou des muets était considérée comme l'une des réalisations les plus grandes qui fussent possibles à la science médicale ou au traitement spirituel ; et assujettir ou chasser les démons était rangé parmi les prouesses impossibles à l'exorcisme rabbinique. Lorsque le Seigneur montra son pouvoir de guérir et de rétablir, même dans des cas considérés universellement comme incurables, cela eut pour effet d'intensifier l'hostilité des classes sacerdotales ; et celles-ci, représentées par le parti pharisien, formulèrent la théorie absolument illogique et ridicule que Jésus accomplissait ses miracles par le pouvoir du prince des démons, avec qui il était ligué [44].
 
Tandis que le Seigneur faisait sa deuxième tournée missionnaire de la Galilée, traversant « toutes les villes et les villages, [enseignant] dans leurs synagogues, [prêchant] l'Évangile du royaume et [guérissant] toute maladie et toute infirmité [45] », la théorie absurde que le Christ était lui-même victime de possession démoniaque et qu'il agissait par le pouvoir du démon fut avancée et amplifiée jusqu'à devenir l'explication généralement acceptée parmi les Pharisiens et ceux de leur espèce. Jésus s'était retiré pendant un certain temps des centres populeux, où il était constamment observé par des émissaires que les classes dirigeantes avaient envoyés de Jérusalem en Galilée, car les Pharisiens conspiraient contre lui, cherchant une excuse et une occasion pour lui ôter la vie ; mais même dans les très petites villes et les régions rurales, il était suivi et assiégé par de grandes multitudes qu'il guérissait de leurs maux tant physiques que spirituels [46].
 
Il recommandait au peuple de s'abstenir de répandre sa célébrité. Peut-être le faisait-il pour la bonne raison qu'à ce stade de son oeuvre une rupture ouverte avec la hiérarchie juive aurait été une sérieuse entrave ; peut-être encore désirait-il laisser aux dirigeants qui complotaient contre lui, le temps et l'occasion de laisser fermenter leur violente inimitié et de remplir à ras bord les vases de leur iniquité consciente. Dans les injonctions du Seigneur, demandant qu'aucune publicité ne soit faite, Matthieu voit l'accomplissement de la prophétie d'Ésaïe, disant que le Messie élu ne ferait aucun effort, ni ne crierait dans les rues pour attirer l'attention, ni n'utiliserait son pouvoir pour briser le roseau cassé, ni pour éteindre le lumignon qui fume ; il n'échouerait ni ne serait découragé mais établirait victorieusement la justice sur la terre pour les Gentils aussi bien, par déduction, que pour Israël [47]. L'image du roseau cassé et du lumignon qui fume exprime d'une manière frappante la tendresse avec laquelle le Christ traitait la manifestation même la plus faible de foi et de désir sincère d'apprendre la vérité, qu'elle fût manifestée par un Juif ou par un Gentil.
 
Peu après son retour de la tournée missionnaire dont nous avons parlé, les Pharisiens trouvèrent une excuse pour l'attaquer, lorsqu'il guérit un homme qui se trouvait sous l'influence d'un démon, à la fois aveugle et muet. Cette combinaison d'afflictions cruelles, affectant le corps et l'esprit, fut réprimandée, et le démoniaque aveugle et muet fut soulagé de son triple fardeau [48]. Devant ce triomphe sur les puissances du mal, le peuple fut d'autant plus étonné et dit : « N'est-ce pas là le Fils de David ? » En d'autres termes : celui-ci peut-il être quelqu'un d'autre que le Christ que nous attendons depuis si longtemps ? Le jugement populaire ainsi exprimé mit les Pharisiens en colère, et ils dirent au peuple qui était presque en adoration : « Cet homme ne chasse les démons que par Béelzébul, prince des démons. » Jésus releva cette accusation maligne et y répondit, non pas avec colère mais dans les termes d'une raison calme et d'une logique saine. Il posa les bases de sa défense en formulant la vérité évidente qu'un royaume divisé contre lui-même ne peut subsister mais doit subir la destruction. Si leur théorie était fondée aussi peu que ce fût sur la vérité, Satan serait occupé à s'opposer à Satan par l'intermédiaire de Jésus. Puis, faisant allusion aux pratiques superstitieuses et aux exorcismes de l'époque, par lesquels on obtenait certains des effets que nous classons aujourd'hui parmi les guérisons mentales, il demanda : « Si moi, je chasse les démons par Béelzébul, vos fils par qui les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges. » Et pour rendre la démonstration plus claire par contraste, il poursuivit : « Mais, si c'est par l'Esprit de Dieu, que moi, je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu'à vous. » Qu'ils acceptassent l'une ou l'autre de ces deux propositions, et il était certain que l'une des deux était vraie, car le fait que Jésus chassait bien les démons était connu dans tout le pays et reconnu par les termes mêmes de l'accusation qui était maintenant portée contre lui, les Pharisiens accusateurs étaient battus et condamnés.
 
Mais l'illustration allait plus loin. Jésus poursuivit : « Ou, comment quelqu'un peut-il entrer dans la maison d'un homme fort et piller ses biens sans avoir auparavant lié cet homme fort ? Alors seulement il pillera sa maison. » Le Christ avait attaqué le bastion de Satan, avait chassé ses esprits mauvais du tabernacle humain dont ils avaient pris possession sans aucun droit ; comment le Christ aurait-il pu faire cela, s'il n'avait tout d'abord soumis « l'homme fort », le maître des démons, Satan lui-même ? Et cependant ces savants ignorants osaient dire, face à une réfutation aussi évidente de leurs propres théories, que les pouvoirs de Satan étaient soumis par un pouvoir satanique. Il ne pouvait y avoir ni accord, ni trêve, ni armistice entre les pouvoirs en conflit du Christ et de Satan. Proposant à ses accusateurs de juger eux-mêmes, afin de décider chacun pour soi du côté sur lequel ils s'alignaient, Jésus ajouta : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi et celui qui n'assemble pas avec moi, disperse. »
 
Alors, la démonstration étant terminée, et l'absurdité de la théorie de ses adversaires prouvée, le Christ dirigea leurs pensées vers le péché horrible qui consiste à condamner le pouvoir et l'autorité par lesquels Satan avait été vaincu. Il leur avait prouvé, en se servant de leurs propres propositions, qu'ayant soumis Satan, il était l'incarnation de l'Esprit de Dieu, et que c'était par lui que le royaume de Dieu leur était apporté. Ils rejetaient l'Esprit de Dieu et cherchaient à détruire le Christ par lequel cet Esprit était manifesté. Quel blasphème pouvait être plus grand ? Parlant avec autorité, avec l'affirmation solennelle « Je vous dis », il poursuivit : « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné. Quiconque parlera contre le Fils de l'homme, il lui sera pardonné, mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. »
 
Qui d'entre les hommes peut formuler un avertissement plus solennel et plus terrible contre le danger de commettre ce terrible péché impardonnable [49] ? Jésus fut miséricordieux en assurant que les paroles prononcées contre lui, Homme, pouvaient être pardonnées, mais que parler contre l'autorité qu'il possédait, et en particulier attribuer ce pouvoir et cette autorité à Satan, c'était pratiquement blasphémer contre le Saint-Esprit, péché pour lequel il ne pouvait y avoir de pardon. Puis, en des termes plus forts, qui se transformaient en une invective coupante, il leur dit d'être logiques - s'ils admettaient que le résultat de ses oeuvres était bon, comme l'était certainement l'expulsion des démons, et comparable à du bon fruit - pourquoi ne reconnaissaient-ils pas que le pouvoir par lequel pareil résultat était obtenu, en d'autres termes que l'arbre lui-même, était bon ? « Dites que l'arbre est bon et que son fruit est bon, ou dites que l'arbre est mauvais et que son fruit est mauvais, car on connaît l'arbre à son fruit. » En des termes enflammés qui condamnaient ouvertement, il poursuivit : « Races de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, mauvais comme vous l'êtes ? Car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle. » Les vérités qu'il avait exprimées si clairement montraient nettement que les paroles accusatrices sortaient de cœurs remplis de trésors mauvais. En outre, il leur montra que leurs paroles n'étaient pas seulement méchantes mais également insensées, creuses et vaines, et par conséquent doublement pécheresses. Une autre déclaration péremptoire suivit : « Je vous le dis : au jour du jugement, les hommes rendront compte de toute parole vaine, qu'ils auront proférée. »
 
LES CHERCHEURS DE MIRACLES [50]
 
La leçon du Maître, bien que renforcée par des illustrations et des analogies, par une application directe et par un aveu péremptoire, tomba dans des oreilles qui étaient pratiquement sourdes à la vérité spirituelle ; elle ne trouva aucune place dans des cœurs déjà remplis de mal. À la profonde sagesse et à l'enseignement sauveur de la parole de Dieu qu'ils avaient entendues, ils répondirent par une question désinvolte : « Maître, nous voudrions voir un signe de ta part. » N'avaient-ils pas déjà vu des signes en abondance ? Les aveugles et les sourds, les muets et les infirmes, les paralysés et les hydropiques et des gens affligés de toutes sortes de maladies n'avaient-ils pas été guéris dans leurs maisons, dans leurs rues et dans leurs synagogues ? Les démons n'avaient-ils pas été chassés et leurs paroles perverses réduites au silence par sa parole ? Et les morts n'avaient-ils pas été ressuscités, et tout cela par celui qu'ils importunaient pour qu'il leur donnât un miracle ? Ils voulaient faire accomplir un prodige étonnant pour satisfaire la curiosité ou peut-être pour leur donner une autre excuse d'agir contre lui : ils voulaient des miracles pour repaître leurs désirs [51]. Il n'est guère étonnant qu'il soupirât « profondément en son esprit » lorsqu'on lui adressait pareilles demandes [52]. Il répondit aux scribes et aux Pharisiens qui avaient montré si peu d'attention à ses paroles : « Une génération mauvaise et adultère [53] recherche un signe ; il ne lui sera donné d'autre signe que celui du prophète Jonas. »
 
Le signe du prophète Jonas fut que pendant trois jours il avait été dans le ventre du poisson et que la liberté lui avait été ensuite rendue ; c'est ainsi que le Fils de l'Homme serait emmuré dans la tombe, après quoi il ressusciterait. Ce serait le seul signe qu'il leur donnerait, et c'est celui-là qui les condamnerait. Les hommes de Ninive se dresseraient pour les juger, eux et leur génération, car, aussi méchants qu'ils eussent été, ils s'étaient repentis lorsque Jonas leur prêcha ; et voici, il y avait parmi eux quelqu'un de plus grand que Jonas [54]. La reine de Saba se dresserait pour les juger, car elle avait fait un long voyage pour profiter de la sagesse de Salomon ; et voici, quelqu'un de plus grand que Salomon se trouvait parmi eux [55].
 
Puis, revenant sur la question des esprits impurs et mauvais, à propos desquels ils avaient répandu l'accusation qu'il était l'un de ceux qui appartenaient au diable, il leur dit que lorsqu'un démon est chassé, il essaie, après une période de solitude, de rentrer dans la maison ou dans le corps dont il a été expulsé ; et, voyant que cette maison est en ordre, belle et pure depuis que sa malpropre personne a été forcée de l'évacuer, il appelle d'autres esprits plus méchants que lui, et ils prennent possession de l'homme, et rendent son état pire qu'il n'était au commencement [56]. Cet exemple singulier décrit l'état de ceux qui ont reçu la vérité et ont été, grâce à elle, libérés des influences impures de l'erreur et du péché, de sorte qu'ils sont, en esprit et en corps, comme une maison balayée, ornée et mise proprement en ordre mais qui renoncent par la suite au bien, ouvrent leur âme aux démons du mensonge et de la tromperie et deviennent plus corrompus qu'auparavant. « Il en sera de même, dit le Seigneur, pour cette génération mauvaise. »
 
Bien que la plupart des scribes et les Pharisiens ne fussent pas convaincus, et peut-être même pas vraiment impressionnés par ses enseignements, le Seigneur ne manquait pas entièrement d'auditeurs qui l'appréciaient. Une femme du groupe éleva la voix, invoquant des bénédictions sur la mère qui avait donné naissance à pareil Fils, et sur les mamelles qui l'avaient allaité. Sans rejeter cet éloge déférent qui s'appliquait tant à la mère qu'au Fils, Jésus répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent [57] ! »
 
LA MÈRE ET LES FRÈRES DU CHRIST VIENNENT LE VOIR [58]
 
Tandis que Jésus était engagé avec les scribes et les Pharisiens, et un grand nombre d'autres personnes, peut-être à la fin ou vers la fin des enseignements que nous venons d'examiner, on lui fit passer la nouvelle que sa mère et ses frères étaient présents et désiraient lui parler. C'était à cause de la foule qu'il leur avait été impossible de parvenir à son côté. Se servant de cet événement pour faire comprendre à tous que son œuvre avait priorité sur les exigences de la famille et de la parenté, et expliquant par là qu'il ne pouvait rencontrer sa famille à ce moment-là, il demanda : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? » Répondant à sa propre question et exprimant dans la réponse sa pensée profonde, il dit montrant ses disciples : « Voici ma mère et mes frères. En effet, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur et ma mère. »
 
Cet incident rappelle la réponse qu'il fit à sa mère, lorsque Joseph et elle le découvrirent au temple après leurs longues recherches angoissées : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il faut que je m'occupe des affaires de mon Père [59] ? » C'est de ces affaires qu'il s'occupait lorsque sa mère et ses frères voulurent lui parler tandis qu'il était assis au milieu de la foule. Les exigences supérieures de l'œuvre de son Père l'obligeaient à différer toutes les questions secondaires. Rien ne justifie qu'on interprète ces remarques comme une preuve de manque de respect, et encore moins de déloyauté filiale et familiale. Il exigeait une dévotion semblable, du moins du même genre, des apôtres qui étaient appelés à consacrer sans réserve leur temps et leurs talents au ministère [60]. Le but dans lequel les parents de Jésus étaient venus le voir ne nous est pas révélé ; nous pouvons par conséquent en déduire qu'il n'avait pas grande importance au-delà du cercle familial [61].
 
 [1] Mt 7:29 ; cf. Lc 4:32, Jn 7:46.
 [2] Lc 7:11 ; cf. Mt 8:5-13.
 [3] Note 1, fin du chapitre.
 [4] Jn 4:46-53, voir chap. 13 du présent ouvrage.
 [5] Note 2, fin du chapitre.
 [6] Mt 8:11,12 ; voir aussi Lc 13:28,29 ; cf. Ac 10:45.
 [7] Lc 7:11-17.
 [8] Note 3, fin du chapitre.
 [9] Mt 8:17 ; cf. Es 53:4.
 [10] Lc 20:36, 38 ; cf. Ac 10:42, 2 Tm 4:1 ; 1 P 4:5 ; Rm 14:9.
 [11] Mt 4:12 ; Mc 1:14 ; Lc 3:19,20 ; voir note 2, chap. 9 du présent ouvrage, et note 4, fin de ce chapitre.
 [12] Note 5, fin du chapitre.
 [13] Mc 6:17-20.
 [14] Mt 14:5.
 [15] Mt 11:2. Noter qu'une liberté semblable fut accordée à Paul en prison, Ac 24:23.
 [16] Lc 7:18 ; Mt 11:2.
 [17] Mt 11: 2-6 ; Lc 7:18-23.
 [18] Es 35:5,6.
 [19] Mt 3:3 ; cf. Es 40:3, Mt 3:7 ; cf. Es 59:5 ; Lc 3:6 ; cf. Es 52:10.
 [20] Mt 13:57, 24:10, 26:31 ; Mc 6:3, 14:27 ; jn 6:61. Note 6, fin du chapitre.
 [21] Jn 3:30.
 [22] Noter que Jésus décrit les souffrances de Jean en prison comme partiellement comparables à celles qu'il devrait endurer lui-même, en ce qu'ils traitèrent Jean « comme ils l'ont voulu » (Mt 17:12 ; Mc 9:13).
 [23] Luc 7:24-30 ; voir aussi Mt 11:7-14 ; comparer le témoignage que le Christ rendit de Jean-Baptiste à Jérusalem, Jn 5:33-35.
 [24] Lc 7:28 ; voir note 7, fin du chapitre.
 [25] Mt 11:12-15 ; cf. 17:12 ; Lc 1:17.
 [26] Note 8, fin du chapitre.
 [27] Mt 3:7 ; Lc 7:30.
 [28] Mt 11:20-24 ; cf. Lc 10:13-15.
 [29] Mt 11:25-27 ; cf. Lc 10:21,22.
 [30] Mt 11: 28-30.
 [31] Mc 6:21-29.
 [32] Mc 6:14-16.
 [33] Articles de Foi, p. 232-233 et le chapitre 41, infra.
 [34] Lc 7:36 ; voir en outre versets 37-50.
 [35] Note 9, fin du chapitre.
 [36] 2 S 12:1-7.
 [37] Mt 9:2-6 ; Mc 2:5-7 ; Chap. 14 du présent ouvrage.
 [38] Mt 26:6, 7 ; Mc 14:3 ; Jn 11:2.
 [39] Note 10, fin du chapitre.
 [40] Lc 8:1-3.
 [41] Mt 27:55, 56, 61 ; 28:1,5 ; Mc 15:40, 47 ; 16:1,9 ; Lc 23:49, 55 ; 24:10,22 ; Jn 19:25, 20:1, 13, 18.
 [42] Mc 16:9 ; Lc 8:2.
 [43] Mt 12:24, 25 ; cf. 9:33, 34 ; voir aussi Mc 3:22-30 ; Lc 11:14-26.
 [44] Mt 9:34.
 [45] Mt 9:35.
 [46] Mt 12:14-15.
 [47] Mt 12:17-20 ; cf. Es 42:1.
 [48] Mt 12:22,23.
 [49] Note 11, fin du chapitre.
 [50] Mt 12:38-45 ; cf. 16:1 ; Mc 8:11 ; Lc 11:16,29 ; Jn 2:18 ; 1 Co 1:22.
 [51] D&A 46:9 ; cf. 63:7-12.
 [52] Marc 8:12.
 [53] Note 12, fin du chapitre.
 [54] Jn chap. 1-4.
 [55] 1 R 10:1, 2 Ch 9:1 ; cf. Lc 11:31.
 [56] Mt 12:43-45 ; Lc 11:24-26.
 [57] Lc 11:27,28.
 [58] Mt 12:46-50 ; Mc 3:31-35 ; Lc 8:19-21.
 [59] Lc 2:49. Chap. 9 du présent ouvrage.
 [60] Mt 10:37 ; cf. Lc 14:26.
 [61] Note 13, fin du chapitre.
 
NOTES DU CHAPITRE 18
 
1. Les deux récits du miracle : Dans le commentaire sur la guérison miraculeuse du serviteur du centurion donné dans le texte, nous avons suivi en grande partie le récit plus détaillé de Luc. Dans le bref récit que Matthieu fait de la demande de l'officier et de la réponse gracieuse du Seigneur, nous voyons l'homme s'adresser en personne à Jésus ; tandis que Luc dit que c'étaient les anciens de la synagogue locale qui présentaient la requête. Il n'y a pas ici de divergence réelle. Il était permis alors, comme ce l'est aujourd'hui, de parler de quelqu'un qui fait faire quelque chose comme s'il faisait cette chose lui-même. Il est correct de dire que l'on avertit quelqu'un d'autre, alors qu'on envoie l'avertissement par un tiers. Un homme peut dire qu'il s'est construit une maison, alors qu'en réalité ce sont d'autres qui ont accompli le travail de construction à sa demande. Un architecte peut dire à juste titre qu'il a construit un bâtiment alors qu'en réalité il en a fait les plans et a dirigé d'autres personnes qui ont, elles, élevé l'édifice.
 
2. Jésus s'étonna : Matthieu et Luc disent tous deux que Jésus s'étonna de la foi montrée par le centurion, qui pria pour que son serviteur bien-aimé fût guéri (Mt 8:10, Lc 7:9). Certains ont demandé comment le Christ, qu'ils considèrent avoir été omniscient au cours de sa vie dans la chair, a pu s'étonner de quoi que ce soit. Le sens du passage est évident : lorsque la foi du centurion fut soumise à son attention, il réfléchit et le contempla, probablement parce qu'il formait un contraste agréable avec l'absence de foi qu'il rencontrait si généralement. D'une manière similaire, bien qu'il se soit agi là de chagrin au lieu de joie, on dit qu'il s'étonna de l'incrédulité du peuple (Mc 6:6).
 
3. Ordre des résurrections miraculeuses : Comme nous l'avons déclaré et répété dans le texte, la chronologie des événements du ministère de notre Seigneur tels que les rapportent les évangélistes est incertaine. Les livres écrits à ce propos contiennent beaucoup de controverses et montrent que les savants bibliques sont loin d'être d'accord. Trois cas de résurrection miraculeuse sur un mot de Jésus nous sont rapportés : la résurrection du fils de la veuve de Naïn, la résurrection de la fille de Jaïrus et la résurrection de Lazare ; et l'on n'est pas d'accord quant à la succession de deux d'entre eux. Le fait qu'on a placé la résurrection de Lazare en dernière position est naturellement basé sur une certitude. Le Dr Richard C. Trench, dans ses savantes et très précieuses Notes on the Miracles of our Lord, affirme nettement que la résurrection de la fille de Jaïrus est la première des trois oeuvres de résurrection. Le Dr John Laidlaw, dans The Miracles of our Lord, traite ce miracle, qui est le premier de son espèce, sans affirmer s'il vient chronologiquement en premier lieu ; beaucoup d'autres écrivains en font le deuxième des trois. La raison pour laquelle on a arrangé les trois miracles de ce groupe dans l'ordre indiqué peut résider dans le désir de les présenter dans l'ordre croissant de grandeur apparente : la résurrection de la jeune fille étant un exemple dans lequel était rappelée à la vie une personne qui venait de mourir (« à peine décédée » suivant la description que font certains, à tort, de son état), la résurrection du jeune homme de Naïn étant le rétablissement de quelqu'un qui était sur le chemin du tombeau, et la résurrection de Lazare un exemple du rappel à la vie de quelqu'un qui avait séjourné quatre jours au sépulcre. Nous ne pouvons concevoir logiquement que ces cas offraient des degrés de difficulté plus ou moins grande à la puissance du Christ ; dans chaque cas la parole de son autorité suffit pour réunir l'esprit et le corps du mort. Luc, le seul qui rapporte le miracle de Naïn, place cet événement avant celui de la résurrection de la fille de Jaïrus et intercale un grand nombre d'incidents entre les deux événements. La grande majorité des preuves est en faveur de l'ordre que nous avons suivi dans ce livre pour les trois miracles : 1) La résurrection du jeune homme de Naïn, 2) celle de la jeune fille de Jaïrus et 3) celle de Lazare.
 
4. Tétrarque : Ce titre, par dérivation du terme et tel qu'il était utilisé originellement, était appliqué au gouverneur d'un quart, ou d'une des quatre divisions d'une région qui avait été précédemment un seul pays. Il désigna plus tard tout gouverneur d'une partie d'un pays divisé, quel que fût le nombre ou l'étendue des fractions. Hérode Antipas est appelé explicitement le tétrarque dans Mt 14: 1, Lc 3:1, 19, 9:7, et Ac 13:1, et est appelé roi dans Mt 14:9, Mc 6:14, 22, 25, 26.
 
5. Machaerus : Selon l'historien Josèphe (Antiquités XVIII, 5:2), la prison dans laquelle Jean-Baptiste fut enfermé par Hérode Antipas était la puissante forteresse de Machaerus.
 
6. Le Christ, pierre d'achoppement pour beaucoup : La dernière partie du message que notre Seigneur adressa au Baptiste emprisonné en réponse à la question de ce dernier, était : « Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute ! » Il peut être bon d'observer en passant que quels qu'aient été le reproche ou la réprimande impliqués par ces paroles, la leçon fut donnée de la manière la plus douce et sous la forme la plus aisée à comprendre. Comme Deems l'écrit : « Au lieu de dire ‘Malheur à celui pour qui je serai une occasion de chute’, il exprima sa pensée d'une manière plus douce ‘Heureux celui pour qui je ne serai pas une occasion de chute.’ » Dans notre version anglaise de la Sainte Bible [qui rend les paroles du Christ comme suit : « Béni celui qui n'est pas offensé en moi », ndt] le mot « offensé » et les mots qui lui sont apparentés sont utilisés en lieu et place de plusieurs expressions différentes que l'on trouve dans le grec original. C'est ainsi que les infractions ouvertes à la loi, le péché et la méchanceté en général sont appelés offenses, et ceux qui s'en rendent coupables sont des offenseurs qui méritent d'être châtiés. Dans d'autres cas, même les oeuvres de justice constituent des causes d'offenses pour les méchants ; mais il en est ainsi, non pas parce que les bonnes œuvres étaient d'une manière quelconque des offenses contre la loi ou la justice, mais parce que celui qui enfreint la loi s'en offense. L'homme malhonnête condamné, s'il ne se repent pas et a toujours l'esprit mauvais, s'offense et se fâche contre la loi qui l'a fait comparaître : pour lui la loi est une cause d'offense. Dans un sens très réel, Jésus-Christ est le plus grand offenseur de l'histoire ; car tous ceux qui rejettent son Évangile s'en offensent. La nuit où il fut trahi, Jésus dit aux apôtres qu'ils seraient offensés à cause de lui [« Je serai pour vous tous, cette nuit, une occasion de chute », dans la version Segond, ndt] (Mt 26:31, voir aussi verset 33). Le ministère personnel du Seigneur offensa non seulement les Pharisiens et les adversaires ecclésiastiques, mais un grand nombre de personnes qui avaient professé croire en lui (Jn 6:61, comparez 16:1). Pierre dit de l'Évangile de Jésus-Christ que c'est « une pierre d'achoppement et un rocher de scandale. Ils s'y achoppent en désobéissant à la parole » (1 P 2:8, comparez les paroles de Paul, Rm 9:33). Béni en effet est celui auprès de qui l'Évangile est le bienvenu et qui n'y trouve aucune raison de s'offenser.
 
7. La grandeur de la mission du Baptiste : Jésus attesta comme suit la nature exaltée de la mission de Jean-Baptiste : « En vérité je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s'en est pas levé de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Mt 11: 11, comparez Lc 7:28). Expliquant la première partie de ce témoignage, le prophète Joseph Smith dit, lors d'un sermon qu'il fit le 24 mai 1843 (Hist. of the Church, sous la date citée) : « Ce ne pouvait être à cause des miracles que Jean accomplit, car il n'accomplit aucun miracle, mais c'était - premièrement, parce qu'il avait reçu la mission divine de préparer la voie devant la face du Seigneur. À qui fut confiée pareille mission avant ou après ? À aucun homme. Deuxièmement, il lui fut confié, et cela fut requis de lui, de baptiser le Fils de l'Homme. Qui fit jamais chose pareille ? Qui eut jamais un privilège ou une gloire si grande ? Qui conduisit jamais le Fils de Dieu dans les eaux du baptême, voyant le Saint-Esprit descendre sur lui sous le signe d'une colombe ? Personne. Troisièmement, à l'époque, Jean était le seul administrateur légal sur terre à détenir les clefs de l'autorité. Les clefs, le royaume, l'autorité, la gloire avaient quitté les juifs ; et jean, fils de Zacharie, en vertu de la sainte onction et du décret du ciel, détenait les clefs de l'autorité à cette époque. »
 
La dernière partie de la déclaration de notre Seigneur : « Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui » (Jean) a provoqué des interprétations et des commentaires divers. Le vrai sens pourrait être que quelque éminente qu'ait pu être la distinction de Jean parmi les prophètes, il n'avait pas appris, à l'époque de l'incident que nous étudions, tout l'objet de la mission du Messie, et cela il devrait sûrement l'apprendre avant de pouvoir être admis dans le royaume des cieux ; c'est pourquoi, le plus petit de ceux qui, par la connaissance acquise et l'obéissance manifestée, se seraient préparés à une place dans le royaume que Jésus enseignait, était plus grand que ne l'était Jean-Baptiste à l'époque. Par l'inspiration moderne nous apprenons qu'« il est impossible à un homme d'être sauvé dans l'ignorance » (D&A 131:6) et que « la gloire de Dieu c'est l'intelligence ou, en d'autres termes, la lumière et la vérité » (D&A 93:36). La question du Baptiste montrait qu'il manquait alors de connaissance, était imparfaitement éclairé et incapable de comprendre la vérité tout entière sur la mort à laquelle le Sauveur était destiné et sa résurrection en tant que Rédempteur du monde. Mais nous ne devons pas perdre de vue le fait que Jésus ne laissa aucunement entendre que Jean resterait inférieur au plus petit dans le royaume des cieux. En acquérant davantage de connaissance sur les vérités capitales du royaume et en s'y soumettant, il avancerait certainement et deviendrait grand dans le royaume des cieux comme il était grand parmi les prophètes de la terre.
 
8. Jean-Baptiste, l'Élie qui devait venir : Du temps du Christ le peuple était attaché à la croyance traditionnelle que l'ancien prophète Élie devait revenir en personne. Concernant cette tradition, le Commentary, de Dummelow, dit, à propos de Matthieu 11:14: « On supposait que son activité particulière [Élie] consisterait à régler les questions, les doutes et les difficultés cérémonielles et rituelles et qu'il rendrait à Israël 1) le vase d'or de la manne, 2) le vase contenant l'huile pour les onctions, 3) le vase contenant les eaux de la purification, 4) la verge d'Aaron qui bourgeonna et porta des fruits. » Cette croyance ne se basait sur aucune affirmation scripturaire. Que Jean devait aller devant le Messie dans l'esprit et avec la puissance d'Élias, c'est ce que déclara l'ange Gabriel dans son annonciation à Zacharie (Lc 1:17) ; et notre Seigneur expliqua clairement que Jean était l'Élias prédit. « Élias » est à la foi un nom et le titre d'un office. La révélation moderne nous apprend qu'Élias et Élie sont des individus séparés, dont chacun apparut en personne et remit à des prophètes modernes les pouvoirs particuliers appartenant à leur office respectif (D&A 110:12,13). Nous apprenons que l'office d'Élias est celui du rétablissement (D&A 27:6,7, 76: 100 ; 77:9,14). En date du 10 mars 1844, le témoignage suivant du prophète Joseph Smith est rapporté (Hist. of the Church) :
 
« L'esprit d'Élias a pour but de préparer la voie à une révélation plus grande de Dieu, c'est la prêtrise d'Élias, ou la prêtrise à laquelle Aaron fut ordonné. Et lorsque Dieu envoie un homme dans le monde pour préparer une oeuvre plus grande, détenant les clefs du pouvoir d'Élias, c'est ce qui a été appelé la doctrine d'Élias dès les premiers temps du monde.
 
« La mission de Jean se limitait à prêcher et à baptiser ; mais ce qu'il faisait était légitime ; lorsque Jésus-Christ rencontrait les disciples de Jean, il les baptisait de feu et du Saint-Esprit.
 
« Nous trouvons les apôtres dotés d'une puissance plus grande que Jean. Leur office se trouvait davantage dans l'esprit et la puissance d'Élie que d'Élias.
 
« Dans le cas de Philippe, lorsqu'il descendit en Samarie, alors qu'il était sous l'esprit d'Élias, il baptisa les hommes aussi bien que les femmes. Lorsque Pierre et Jean apprirent cette nouvelle, ils descendirent tous deux et leur imposèrent les mains, et ils reçurent le Saint-Esprit. Cela montre la distinction entre les deux puissances.
 
« Lorsque Paul rencontra certains disciples, il demanda s'ils avaient reçu le Saint-Esprit ? Ils dirent : Non. Qui vous a baptisés alors ? Nous fûmes baptisés du baptême de Jean. Non, vous n'avez pas été baptisés du baptême de Jean, sinon vous auriez été baptisés par Jean. C'est pourquoi Paul alla les baptiser, car il savait ce qu'était la doctrine vraie, et il savait que Jean ne les avait pas baptisés. Et il me semble étrange que des hommes qui ont lu les Écritures du Nouveau Testament en soient si éloignés.
 
 
« Ce que je veux vous faire saisir est la différence de puissance qui existe dans les différentes parties de la prêtrise, de sorte que lorsqu'un homme viendra parmi vous en disant : ‘J'ai l'esprit d'Élias’, vous sachiez s'il dit la vérité ou non ; car si un homme quelconque vient avec l'esprit et la puissance d'Élias, il ne dépassera pas les limites qui lui sont fixées.
 
« Jean ne dépassa pas les limites qui lui étaient fixées mais accomplit fidèlement le rôle qui incombait à son office ; et toute partie du grand bâtiment doit être préparée convenablement et placée à l'endroit qui convient ; et il est nécessaire de savoir qui détient les clefs de la puissance et qui ne les détient pas, sinon il est vraisemblable que l'on nous trompera.
 
« La personne qui détient les clefs d'Élias a une oeuvre préparatoire.
 
« Tel est l'Élias dont il est parlé dans les derniers jours, et telle est la pierre sur laquelle beaucoup trébuchent, pensant que ce temps était passé à l'époque de Jean et du Christ et ne devait plus être. Mais l'esprit d'Élias m'a été révélé, et je sais qu'il est vrai ; c'est pourquoi je parle avec hardiesse, car je sais en vérité que ma doctrine est vraie. »
 
9. À la table du Pharisien : L'expression « se mit à table » comme dans Lc 7:36 et dans d'autres exemples est considérée par de bonnes autorités comme un contresens ; on devrait la rendre par « se coucha » ou « s'étendit » (voir le Comp. Dict. of the Bible, de Smith, article « Meals »). Nous ne mettons pas en doute le fait que la position assise ait été la position des anciens Hébreux (Gn 27:19, Jude 19:6, 1 S 16:11, 20:5, 18, 24 ; 1 R 13:20) ; mais la coutume de s'étendre sur des lits placés autour des tables semble remonter à une époque très antérieure à Jésus (Am 3:12, 6:4). L'usage romain, qui consistait à arranger les tables et les lits contigus sur trois côtés d'un carré, laissant le quatrième côté ouvert pour laisser passer les domestiques qui servaient les repas, était commun en Palestine. Les tables et les lits placés de cette manière constituaient le triclinium. À propos du cérémonial des Pharisiens prescrivant que les articles utilisés pour le repas devaient être lavés, Mc (7:4) spécifie des « tables » [dans la version anglaise, ndt ] ; on considère ce terme comme un contresens, car l'expression grecque indique des couches ou littéralement des lits (voir lecture marginale, « beds » dans la Bible d'Oxford et d'autres). Une personne couchée à table aurait les pieds dirigés vers l'extérieur. Il était donc facile à la femme contrite de s'approcher de Jésus par derrière et d'oindre ses pieds sans déranger les autres à table.
 
10. L'identité de la femme n'est pas donnée : Le fait d'essayer d'identifier la pécheresse contrite qui oignit les pieds de Jésus dans la maison de Simon le Pharisien avec Marie de Béthanie est fortement condamné par Farrar, de la manière suivante (p. 228, note) : « Ceux qui identifient cette fête de la maison de Simon le Pharisien, en Galilée, avec la fête qui se déroula beaucoup plus tard dans la maison de Simon le lépreux, à Béthanie, et l'onction des pieds par une pécheresse de la ville, avec l'onction de la tête par Marie, sœur de Marthe, adoptent des principes de critique tellement osés et arbitraires que les accepter d'une manière générale enlèverait aux évangiles toute crédibilité et ne les rendrait guère dignes d'être étudiés comme des récits authentiques. Pour ce qui est des noms de Simon et de Judas, qui ont conduit à identifier tant de personnes différentes et d'incidents différents, ils étaient au moins aussi communs parmi les Juifs de l'époque que Dupont et Durand parmi nous. Il y a cinq ou six Jude [ou Judas, ndt] et neuf Simon dans le Nouveau Testament, et deux Jude [ou Judas, ndt] et deux Simon rien que parmi les apôtres. Josèphe parle d'une dizaine de Jude et de vingt Simon dans ses écrits, et il doit par conséquent y avoir eu des milliers d'autres hommes qui portaient à l'époque l'un de ces deux noms. L'incident (de l'onction avec du parfum) est tout à fait conforme aux coutumes de l'époque et de ce pays, et il n'est pas du tout improbable qu'il ait pu se répéter en des circonstances différentes (Ec 9:8, Ct 4:10, Am 6:6). La coutume existe encore. »
 
Le savant chanoine est pleinement justifié dans sa vigoureuse critique ; néanmoins il confirme l'identification communément acceptée de la femme mentionnée à propos du repas chez Simon le Pharisien avec Marie-Madeleine, tout en admettant que la base de cette identification supposée est « une tradition antique - régnant surtout dans l'Église d'occident, et suivie par la traduction de notre version anglaise » (p. 233). Comme le rapporte notre texte, nous ne possédons absolument aucun élément digne de confiance laissant croire que Marie-Madeleine ait jamais été souillée du péché dont la femme repentante chez le Pharisien fut si gracieusement pardonnée par notre Seigneur.
 
11. Le péché impardonnable : La nature du terrible péché contre le Saint-Esprit, contre lequel le Seigneur avertit les accusateurs pharisaïques qui cherchaient à attribuer sa puissance divine à Satan, est expliquée d'une manière plus complète et ses résultats effroyables sont exposés d'une manière plus explicite dans la révélation moderne. Le Tout-Puissant a dit à leur sujet et au sujet de leur sort terrible : « Je déclare qu'il aurait mieux valu pour eux qu'ils ne fussent jamais nés ; car ils sont des vases de colère, condamnés à subir la colère de Dieu dans l'éternité avec le diable et ses anges ; à propos desquels j'ai dit qu'il n'y a pas de pardon dans ce monde ni dans le monde à venir... Ils s'en iront au châtiment perpétuel, qui est le châtiment sans fin, qui est le châtiment éternel, pour régner avec le diable et ses anges pour l'éternité, là où leur ver ne meurt pas, là où le feu ne s'éteint pas, ce qui est leur tourment - et nul n'en connaît la fin, ni le lieu, ni leur tourment. Et cela n'a pas été révélé à l'homme, ne l'est pas et ne le sera jamais, si ce n'est à ceux qui y sont condamnés. Néanmoins, moi, le Seigneur, je le montre en vision à beaucoup, mais je la referme immédiatement ; c'est pourquoi, ils n'en comprennent pas la fin, la largeur, la hauteur, la profondeur et la misère, ni personne, si ce n'est ceux qui sont destinés à cette condamnation » (D&A 76:32-48 ; voir aussi Hé 6:4-6 ; LM, Al 39:6.)
 
12. Une génération adultère cherchant des miracles : La réponse de notre Seigneur à ceux qui réclamaient à grands cris un miracle, qu'« une génération mauvaise et adultère recherche un signe » (Mt 12:39 ; voir aussi 16:4, Mc 8:38) ne pouvait être interprétée par les Juifs que comme un reproche suprême. Ils savaient tous que le terme descriptif « adultère » s'appliquait littéralement à l'immoralité généralisée de l'époque. Adam Clarke, dans son commentaire sur Mt 12:39, dit de cet aspect de notre sujet : « Leurs écrits [des Juifs] prouvent formellement qu'à l'époque de notre Seigneur, ils étaient d'une manière absolument littérale une race de gens adultères ; car à ce moment même, Rabbi Jachanan ben Zacchi abrogeait l'épreuve par les eaux amères de la jalousie, parce que de cette manière on en trouvait tant qui étaient coupables de ce genre de crime. » On trouvera dans Nb 5:11-31 les renseignements sur l'épreuve des accusés par les eaux amères. Bien que Jésus appelât adultère la génération dans laquelle il vivait, il n'est écrit nulle part que les dirigeants juifs qui, en demandant un miracle, avaient fourni l'occasion de cette accusation, se soient aventurés à nier ou se soient efforcés de réfuter cette accusation. Le péché d'adultère comptait parmi les péchés capitaux (Dt 22:22-25). La sévérité de l'accusation appliquée par Jésus fut cependant intensifiée par le fait que les Écritures anciennes représentent l'alliance entre Jéhovah et Israël comme un serment de mariage (Es 54:5-7, Jr 3:14,31:32 ; Os 2:19,20) ; de même que les Écritures ultérieures comparent l'Église à une épouse, et le Christ à l'époux (2 Co 11:2, comparez Ap 21:2). Être spirituellement adultère, ainsi que les rabbis comprenaient les paroles des prophètes, c'était trahir l'alliance par laquelle les nations juives prétendaient se distinguer comme adoratrices de Jéhovah, et être entièrement apostat et réprouvé. Condamnés par une pareille accusation, ces Pharisiens et ces scribes qui cherchaient des miracles comprirent que Jésus les considérait comme pires que les païens idolâtres. Les mots « adultère » et « idolâtrie » sont d'origine apparentée, chacun exprimant l'acte d'infidélité et le fait de s'éloigner pour suivre de faux objets d'affection ou de culte.
 
13. La mère et les frères de Jésus : Par la tentative de Marie et de quelques membres de sa famille de converser avec Jésus lors de l'événement dont nous avons parlé dans le texte, certains écrivains comprennent qu'elle voulait dire que la mère et les fils étaient venus protester contre l'énergie et le zèle avec lesquels Jésus accomplissait son œuvre. En fait, certains sont allés jusqu'à dire que les membres de la famille qui venaient lui rendre visite étaient venus pour le refréner et arrêter, s'ils le pouvaient, la marée de l'intérêt, de la critique et des offenses populaires qui montait autour de lui. Le récit scripturaire ne permet même pas de suggérer la moindre conception de ce genre. L'objectif de l'entretien demandé n'est pas donné. Comme nous le montrerons plus loin, il est de fait que certains membres de la maison de Marie avaient été incapables de comprendre la grande importance de l'œuvre que Jésus poursuivait avec tant d'assiduité ; et on nous dit que certains des membres de sa famille se mirent un jour en route dans le but de mettre la main sur lui et de faire cesser de force ses activités publiques, car disaient-ils « il a perdu le sens » (Mc 3:21) ; en outre nous apprenons que ses frères ne croyaient pas en lui (Jn 7:5). Cependant ces faits ne nous autorisent guère à penser que le désir de Marie et de ses fils de converser avec lui lors de l'événement dont nous avons parlé ait été autre que pacifique. Et penser que Marie, sa mère, ait oublié les scènes merveilleuses de l'annonciation angélique, la conception miraculeuse, les événements célestes dont s'accompagna la naissance, la sagesse et la puissance surhumaines qu'il montra dans sa jeunesse et son âge adulte, au point de croire que son Fils divin était un enthousiaste déséquilibré qu'elle devrait refréner, c'est prendre la responsabilité de commettre une injustice envers la personne que l'ange Gabriel avait déclarée bénie entre les femmes et hautement favorisée du Seigneur.
 
La déclaration que les frères de Jésus ne croyaient pas en lui à l'époque dont parle l'écrivain (Jn 7:5) ne prouve pas que certains de ces mêmes frères ou même tous ne crurent pas plus tard en leur Frère divin. Immédiatement après l'ascension du Seigneur, Marie, mère de Jésus, et ses frères étaient occupés à adorer et à supplier avec les Onze et d'autres disciples (Ac 1: 14). Le fait attesté que le Christ était ressuscité convertit beaucoup de personnes qui avaient jusqu'alors refusé de l'accepter comme le Fils de Dieu. Paul rapporte une manifestation particulière du Christ ressuscité à Jacques (1 Co 15:7), et le Jacques dont il est question ici peut avoir été la même personne qui est appelée ailleurs « le frère du Seigneur » (Ga 1:19 ; comparez Mt 13:55, Mc 6:3). Il semble que « les frères du Seigneur » étaient occupés aux travaux du ministère à l'époque du service actif de Paul (1 Co 9:5). On a jeté le doute sur les rapports familiaux particuliers de notre Seigneur avec Jacques, Joseph, Simon, Jude et les sœurs mentionnées par Mt (13:55, 56) et Mc (6:3) ; et on a inventé plusieurs théories pour défendre des vues divergentes. C'est ainsi que l'hypothèse orientale ou épiphanique prétend, en ne se basant sur rien d'autre qu'une théorie, que les frères de Jésus étaient enfants de Joseph de Nazareth et d'une autre femme, et non les enfants de Marie, mère du Seigneur. La théorie du lévirat suppose que Joseph de Nazareth et Clopas (ce dernier nom, il est intéressant de le noter, est considéré comme l'équivalent d'Alphée, voir note chap. 16) étaient frères ; et que, après la mort de Clopas ou Alphée, Joseph épousa la veuve de son frère selon la loi du lévirat (chap. 31). L'hypothèse hiéronymique est basée sur la croyance que les personnes appelées frères et sœurs de Jésus étaient enfants de Clopas (Alphée) et Marie, sœur de la mère du Seigneur, et par conséquent cousins de Jésus (voir Mt 27:56 ; Mc 15:40 ; Jn 19:25). Il est raisonnablement hors de doute que Jésus était considéré par ceux qui connaissaient la famille de Joseph et de Marie comme proche parent par le sang des autres fils et filles appartenant au ménage. Si ces autres étaient enfants de Joseph et de Marie, ils étaient tous cadets de Jésus, car il était indubitablement le premier-né de sa mère. L'acceptation de cette parenté entre Jésus et ses « frères » et « sœurs » cités par les synoptiques constitue ce que l'on appelle en théologie le point de vue helvidien.
 
 
CHAPITRE 19 : « IL LEUR PARLA EN PARABOLES SUR BEAUCOUP DE CHOSES »
 
Pendant toute la période du ministère du Christ que nous avons traitée jusqu'à présent, sa réputation s'était constamment accrue à cause de l'autorité avec laquelle il parlait et des nombreuses œuvres puissantes qu'il accomplissait. Sa popularité était devenue telle que toutes les fois qu'il se déplaçait, de grandes multitudes le suivaient. À certains moments le peuple s'attroupait à tel point qu'il l'empêchait de se mouvoir, certains animés du désir d'en apprendre davantage sur la nouvelle doctrine, d'autres pour le supplier de leur accorder le soulagement de maux physiques ou autres ; et il y en avait beaucoup qui avaient foi que s'ils pouvaient seulement l'atteindre, ou même toucher le bord de sa robe, ils seraient guéris [1]. L'un des effets de l'ardeur du peuple, qui le poussait à se presser et à s'attrouper autour de lui, fut qu'à certains moments elle rendait tout discours difficile sinon impossible. Son lieu habituel pour enseigner en plein air tandis qu'il restait dans le voisinage de la mer ou lac de Galilée était la rive ; et c'est là que s'attroupaient les foules pour l'entendre. Sur sa demande les disciples avaient amené une « petite barque » qui était tenue prête sur le rivage [2], et il avait l'habitude de s'asseoir dans le bateau à une courte distance du rivage et de prêcher au peuple comme il l'avait fait lorsque, dans les premiers jours, il appela les pêcheurs élus à quitter leurs filets et à le suivre [3].
 
Lors d'une occasion de ce genre il employa un moyen d'instruction qui, jusque là, n'avait pas caractérisé son enseignement ; celui-ci consistait à utiliser des paraboles [4] ou des histoires simples pour illustrer ses enseignements. Nous allons maintenant examiner brièvement quelques-unes d'entre elles, dans l'ordre le plus avantageux pour les traiter, et, pour autant que nous le sachions, dans ce qui a pu être l'ordre dans lequel elles furent données.
 
« UN SEMEUR SORTIT POUR SEMER »
 
La première dans l'ordre est la parabole du semeur. C'est un exemple splendide des paraboles de notre Seigneur en général ; elle est particulièrement précieuse pour sa grande valeur intrinsèque et parce que nous en possédons l'interprétation complète par l'Auteur divin. Voici l'histoire :
 
« Le semeur sortit pour semer. Comme il semait, quelques (grains) tombèrent le long du chemin ; les oiseaux vinrent et les mangèrent. D'autres tombèrent dans les endroits pierreux, où ils n'avaient pas beaucoup de terre : ils levèrent aussitôt, parce qu'ils ne trouvèrent pas une terre profonde ; mais, quand le soleil se leva, ils furent brûlés et séchèrent faute de racines. D'autres tombèrent parmi les épines : les épines montèrent et les étouffèrent. D'autres tombèrent dans la bonne terre : ils donnèrent du fruit, un (grain) cent, un autre soixante, un autre trente. Que celui qui a des oreilles entende [5] ! »
 
Cette nouvelle méthode d'enseignement, cet abandon de la première méthode du Maître qui était de faire des exposés de doctrine, poussa même les plus dévoués des disciples à s'étonner. Les Douze et quelques autres vinrent trouver Jésus lorsqu'il était isolé de la multitude et lui demandèrent pourquoi il avait parlé de cette manière au peuple, et quel était le sens de cette parabole en particulier. Nous allons examiner maintenant la réponse de notre Seigneur à la première partie de la question ; pour ce qui est de la seconde, il demande : « Vous ne comprenez pas cette parabole ; comment donc comprendrez-vous toutes les (autres) paraboles [6] ? » Il indiquait ainsi la simplicité de cette première parabole, en même temps que son caractère typique et fondamental, et fit comprendre en même temps que d'autres paraboles suivraient dans le cours de son enseignement. Puis il en donna l'interprétation :
 
« Vous donc, écoutez (ce que signifie) la parabole du semeur. Lorsqu'un homme écoute la parole du royaume et ne la comprend pas, le Malin vient et enlève ce qui a été semé dans son cœur : c'est celui qui a reçu la semence le long du chemin. Celui qui a reçu la semence dans les endroits pierreux, c'est celui qui entend la parole et la reçoit aussitôt avec joie, mais il n'a pas de racine en lui-même, il est l'homme d'un moment et, dès que survient une tribulation ou une persécution à cause de la parole, il y trouve une occasion de chute. Celui qui a reçu la semence parmi les épines, c'est celui qui entend la parole mais en qui les soucis du monde et la séduction des richesses étouffent la parole et la rendent infructueuse. Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est celui qui entend la parole et la comprend ; il porte du fruit et un (grain) en donne cent, un autre soixante et un autre trente » [7]. 
 
Il peut paraître superflu de donner davantage d'explications ; cependant il peut être à propos de donner quelques indications quant à l'application individuelle des leçons qui y sont contenues. Remarquez que le trait saillant de l'histoire, c'est l'état préparé ou non préparé du terrain. La semence était la même, qu'elle tombât sur du bon terrain ou du mauvais, sur une argile friable ou parmi les pierres et les ronces. La méthode primitive des semis, qui fut encore poursuivie de nombreux siècles plus tard, consistait en ce que le semeur lançait le grain à poignées, face au vent, ce qui assurait un grand éparpillement. Les champs galiléens étaient traversés de sentiers battus par les pieds des hommes et des animaux. Bien que le grain pût tomber sur ces chemins, il ne pouvait pousser ; les oiseaux picoraient les graines vivantes posées sans racines et non couvertes, et certaines d'entre elles étaient écrasées et foulées aux pieds. Il en va de même pour la semence de la vérité tombant sur le cœur endurci ; ordinairement elle ne peut pas prendre racine, et Satan, comme un corbeau maraudeur, l'emporte de crainte que par hasard une graine ne trouve une fente dans le sol piétiné, n'envoie sa petite racine et ne puisse éventuellement se développer.
 
La semence tombant dans une terre plus profonde reposant sur une couche de pierres non brisées ou une carapace calcaire peut prendre racine et prospérer pendant un court laps de temps ; mais lorsque, en descendant, les petites racines atteignent la couche impénétrable, elles se recroquevillent et la plante se fane et meurt, car les sucs nutritifs sont insuffisants lorsque la terre n'est pas profonde [8]. Il en est de même pour l'homme dont l'ardeur n'est que superficielle, dont l'énergie cesse lorsqu'il rencontre des obstacles ou lorsqu'il doit affronter une opposition ; bien qu'il manifeste de l'enthousiasme pendant un certain temps, la persécution le détourne ; il est offensé et n'endure pas. La graine semée où les ronces et les épines abondent est bientôt tuée par leur croissance qui les étouffe ; il en est de même dans un cœur humain tourné vers les richesses et les attraits du plaisir : même s'il reçoit la semence vivante de l'Évangile, il ne produira pas de moisson de bon grain, mais au lieu de cela, un mélange prolifique de mauvaises herbes. La production abondante de ronces épineuses démontre que le terrain est capable de produire une meilleure moisson, à condition d'être débarrassé des mauvaises plantes qui l'encombrent. La semence qui tombe dans une terre bonne et profonde, sans de mauvaises herbes et prête à l'ensemencement prend racine et grandit ; la chaleur du soleil ne la brûle pas, car celle-ci l'emmagasine ; elle mûrit et produit pour le moissonneur selon la richesse de la terre, certains champs produisant trente, d'autres soixante et quelques-uns jusqu'à cent fois autant de grain qu'il en a été semé.
 
Selon les canons littéraires eux-mêmes, et en la jugeant par les principes reconnus de la construction rhétorique et de l'arrangement logique de ses parties, cette parabole prend la première place parmi les productions de son espèce. Bien que nous l'appelions communément la parabole du semeur, on pourrait donner à l'histoire le titre expressif de parabole des quatre espèces de terre. C'est sur le terrain où l'on sème que l'histoire attire le plus notre attention ; il symbolise d'une manière frappante le cœur endurci ou adouci, la terre envahie ou non de ronces. Remarquez les qualités de terre données dans l'ordre croissant de leur fertilité : (1) la route battue, le sentier latéral sur lequel, sauf par une combinaison de circonstances fortuites constituant pratiquement un miracle, il est impossible à aucune semence de prendre racine ou de grandir, (2) la mince couche de terre couvrant un fond rocheux impénétrable, dans laquelle la semence peut germer mais ne pourra jamais venir à maturité, (3) le champ encombré de mauvaises herbes, qui pourrait produire une riche récolte s'il n'y avait pas la forêt vierge de ronces et d'épines, et (4) l'humus riche et propre, réceptif et fertile. Cependant même les terres considérées comme bonnes ont divers degrés de productivité, produisant un accroissement de trente, soixante ou même cent fois avec beaucoup de gradations intermédiaires.
 
Certains exégètes de la Bible ont professé trouver dans cette splendide parabole la preuve d'un net fatalisme dans la vie des individus, de sorte que ceux dont l'état spirituel est comparable au sentier battu ou au terrain au bord des routes, à la terre peu profonde sur un soubassement pierreux ou au lopin de terre négligé et envahi par les ronces, sont désespérément et irrévocablement mauvais ; tandis que les âmes que l'on peut comparer à de la bonne terre sont à l'abri de toute détérioration et produiront inévitablement de bons fruits. Il ne faut pas oublier qu'une parabole n'est qu'une esquisse, et non une image finie dans le détail ; et que l'on ne peut logiquement donner à la similitude exprimée ou sous-entendue dans l'enseignement par paraboles une valeur dépassant les limites de l'illustration. Dans la parabole que nous examinons, le Maître décrivait les divers degrés de réceptivité spirituelle qui existaient parmi les hommes et caractérisa avec une brièveté tranchante chacun des degrés spécifiés. Il ne dit ni ne laissa entendre que la terre durcie du bord de la route ne pouvait être labourée, hersée, fertilisée et rendue ainsi productive, ni que l'obstacle à la croissance constitué par les pierres ne pouvait être détruit et enlevé, ou que l'on ne pouvait augmenter la bonne terre en y ajoutant, ou que les ronces ne pouvaient jamais être déracinées et leur ancien habitat rendu capable de supporter de bonnes plantes. La parabole doit être étudiée à la lumière du but pour lequel elle a été donnée, et les déductions ou les prolongements forcés ne sont pas justifiés. Une métaphore puissante, une comparaison frappante ou tout autre figure de rhétorique expressive n'est utile que lorsqu'on l'applique raisonnablement ; si on les pousse au-delà des limites d'une intention raisonnable, les meilleures d'entre elles peuvent perdre tout sens ou même devenir absurdes.
 
LE BLÉ ET L'IVRAIE
 
Le Maître proposa une autre parabole, assez bien apparentée à la précédente pour ce qui est de l'histoire, parlant de nouveau de semences et de semailles, et accompagnée, comme la première, d'une interprétation :
 
« Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé de la bonne semence dans son champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie au milieu du blé et s'en alla. Lorsque le blé eut poussé en herbe et donné du fruit, l'ivraie parut aussi. Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y ait de l'ivraie ? Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l'arracher ? Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier » [9]. 
 
Lorsque Jésus se fut retiré dans la maison où il logeait, les disciples vinrent le trouver, disant : « Explique-nous la parabole de l'ivraie du champ. »
 
« Il leur répondit : Celui qui sème la bonne semence, c'est le Fils de l'homme ; le champ, c'est le monde, la bonne semence, ce sont les fils du royaume ; l'ivraie, ce sont les fils du Malin ; l'ennemi qui l'a semée, c'est le diable ; la moisson, c'est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. Or comme on arrache l'ivraie pour la jeter au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles entende » [10]. 
 
Selon l'explication de l'Auteur, le semeur, c'était lui-même, le Fils de l'homme ; comme la situation du blé et de l'ivraie croissant ensemble devait se poursuivre jusqu'à « la fin du monde », ceux qui étaient ordonnés pour poursuivre le ministère après lui sont, nous pouvons le déduire immédiatement, également des semeurs. La semence représentée ici n'est pas, comme dans la dernière parabole, l'Évangile lui-même, mais les enfants des hommes, la bonne semence représentant ceux qui ont le cœur pur, les enfants à l'esprit droit du Royaume ; tandis que l'ivraie, ce sont les âmes qui se sont livrées au mal et sont comptées parmi les enfants du Malin. Inspirés par le zèle au profit de leur Maître, les serviteurs voulaient déraciner les mauvaises herbes de force mais furent arrêtés, car leur procédé insensé, bien que partant d'une bonne intention, aurait mis en danger le blé tandis qu'il était encore tendre. En effet, dans les premiers stades de la croissance, il aurait été difficile de distinguer l'un de l'autre, et l'entrelacement des racines aurait provoqué une grande destruction du précieux grain.
 
Outre qu'elle décrit la situation présente et future du monde, la parabole enseigne une leçon capitale, à savoir celle de la patience, de la longanimité et de la tolérance : chacune étant un attribut de la Divinité et un trait de caractère que tous les hommes doivent cultiver. L'ivraie mentionnée dans l'histoire peut être considérée comme une espèce quelconque d'herbe nocive, en particulier ce genre d'herbe qui, au début de la croissance, ressemble au bon grain [11]. Le fait de semer de mauvaises herbes dans un champ déjà ensemencé de bon grain est une espèce d'acte de mauvaise foi qui n'est pas inconnu même aujourd'hui encore [12]. Dans son exposé, le Seigneur lui-même met hors de doute le fait qu'il viendra un temps de séparation, où le blé sera rassemblé dans le grenier du Seigneur et l'ivraie brûlée, afin que ses semences vénéneuses ne se reproduisent plus.
 
La leçon contenue dans cette parabole est si importante et l'accomplissement littéral des prédictions qu'elle contient est tellement assuré que le Seigneur nous en a donné une autre explication par révélation à notre époque, époque où son application est directe et immédiate. Par l'intermédiaire de Joseph Smith le prophète, en 1832, Jésus-Christ déclara :
 
« Mais voici, dans les derniers jours, à savoir maintenant que le Seigneur commence à répandre la parole et que la pousse croît et est encore tendre - voici, en vérité, je vous le dis, les anges qui sont prêts et attendent d'être envoyés moissonner les champs, invoquent le Seigneur jour et nuit, mais le Seigneur leur dit : N'arrachez pas l'ivraie alors que les pousses sont encore tendres (car en vérité votre foi est faible), de peur de détruire le bon grain aussi. Que le bon grain et l'ivraie croissent donc ensemble jusqu'à ce que la moisson soit tout à fait mûre ; alors vous rassemblerez d'abord le bon grain d'entre l'ivraie, et lorsque le bon grain aura été rassemblé, voici, l'ivraie sera liée en tas et le champ restera pour être brûlé » [13]. 
 
LA SEMENCE QUI POUSSE EN SECRET
 
Matthieu rapporte la parabole de l'ivraie immédiatement après celle du semeur ; Marc place dans le même ordre une parabole que l'on ne trouve que dans ses écrits. Elle est présentée dans les grandes lignes, et les exégètes bibliques la classeraient plutôt comme une simple analogie qu'une parabole typique. Lisez-la :
 
« Il dit encore : Il en est du royaume de Dieu comme d'un homme qui jette de la semence en terre ; qu'il dorme ou qu'il veille, nuit et jour, la semence germe et croit sans qu'il sache comment. La terre produit d'elle-même, premièrement l'herbe, puis l'épi, enfin le blé bien formé dans l'épi ; et dès que le fruit est mûr, on y met la faucille, car la moisson est là » [14]. 
 
Aucun document ne nous indique que les disciples aient demandé ou que le Maître ait donné une interprétation de cette parabole ni d'aucune autre parabole ultérieure [15]. Dans cette histoire nous trouvons une belle illustration de la vitalité de la semence de vérité, bien que les processus secrets de sa croissance constituent un mystère pour tous sauf Dieu seul. Un homme, lorsqu'il a lancé la semence, doit la laisser à elle-même. Il peut cultiver le champ, arrachant les mauvaises herbes, protégeant les plantes du mieux qu'il peut, mais la croissance elle-même dépend de conditions et de forces qu'il n'est pas en son pouvoir de contrôler. Paul planta, Apollos arrosa, mais Dieu seul pouvait assurer la croissance [16]. Celui qui a semé peut s'occuper de ses autres affaires, car le champ ne réclame pas une attention constante ou exclusive ; néanmoins, sous l'influence du soleil et de la pluie, de la brise et de la rosée, la pousse se développe, puis l'épi et en son temps le blé complet dans l'épi. Lorsque le grain est mûr, l'homme est heureux de moissonner sa récolte.
 
Le semeur de cette histoire est le prédicateur de la parole de Dieu doté d'autorité ; il plante la semence de l'Évangile dans le cœur des hommes, ne sachant pas quel en sera le résultat. Passant à un ministère semblable ou différent en un autre endroit, s'occupant des devoirs dont il est chargé dans d'autres domaines, il laisse à Dieu, avec foi et espérance, le résultat de son semis. Il s'enrichit et se réjouit de la moisson des âmes converties par son labeur [17]. Cette parabole s'adressait sans doute plus particulièrement aux apôtres et aux plus dévoués des autres disciples, plutôt qu'à la multitude en général ; c'est une leçon pour les instructeurs, pour les ouvriers dans les champs du Seigneur, pour les semeurs et les moissonneurs élus. Elle a une valeur éternelle, et est aussi d'application aujourd'hui que lorsqu'elle fut donnée. Que la semence soit plantée, même si le semeur est appelé immédiatement à d'autres champs ou à d'autres devoirs ; il trouvera sa récompense dans la moisson joyeuse qu'il aura.
 
LE GRAIN DE MOUTARDE
 
« Il leur proposa une autre parabole et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un grain de moutarde qu'un homme a pris et semé dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand elle a poussé, elle est plus grande que les plantes potagères et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches » [18]. 
 
Cette petite histoire, racontée à la multitude assemblée, doit avoir poussé beaucoup de personnes à réfléchir, à cause de la simplicité de l'incident raconté et de l'application entièrement non juive qui en fut faite. Pour l'esprit formé par les instructeurs de l'époque, le royaume devait être grand et glorieux dès son début ; il devait être inauguré à coups de trompette et dans le martèlement des armées, avec le Messie-Roi à sa tête ; cependant, ce nouvel instructeur disait de lui que son début était si petit qu'il était comparable à un grain de moutarde. Pour rendre l'illustration plus efficace encore, il précisa que la semence dont il était parlé était « la plus petite de toute les semences ». Cette expression superlative fut faite dans un sens relatif ; car il y a des semences plus petites que la moutarde, même parmi les plantes de jardin, parmi lesquelles on peut citer la rue et le pavot ; mais chacune de ces plantes est petite quand elle arrive à maturité, tandis que la moutarde bien cultivée est l'une des plus grandes d'entre les herbes communes et présente un grand contraste dans sa croissance d'une semence minuscule à un gros arbuste.
 
En outre, la comparaison « petit comme un grain de moutarde », était d'usage courant chez les Juifs de l'époque. La comparaison employée par des Juifs en d'autres occasions en montre l'usage courant, comme lorsqu'il dit : « Si vous avez de la foi comme un grain de moutarde... rien ne vous sera impossible » [19]. Il faut savoir que le plant de moutarde atteint en Palestine une taille plus grande que dans les régions septentrionales [20]. La leçon de la parabole est facile à voir. La semence est une entité vivante. Quand on la plante correctement, elle absorbe et assimile les matières nutritives de la terre et de l'atmosphère, grandit et, en son temps, est à même de fournir logement et nourriture aux oiseaux. De même la semence de la vérité est vivante, vivace et capable de se développer au point de fournir de la nourriture et un abri spirituel à tous ceux qui vont à sa recherche. Dans les deux conceptions, la plante mûre produit de la semence en abondance, et à partir d'un seul grain on peut couvrir un champ tout entier.
 
LE LEVAIN
 
« Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu'une femme a pris et introduit dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que (la pâte) soit toute levée » [21]. 
 
On peut facilement discerner des points de ressemblance et de contraste entre cette parabole et la précédente. Chacune illustre la vitalité et la capacité de développement inhérentes qui sont si essentiellement caractéristiques du royaume de Dieu. Cependant, le grain de moutarde montre comment un être vivant peut croître en tirant les substances de valeur de l'extérieur tandis que le levain ou la levure répand et diffuse vers l'extérieur son influence à travers la masse de la pâte dense et détrempée. Chacun de ces processus représente un moyen par lequel l'esprit de vérité s'exerce efficacement. La levure n'est pas moins réellement un organisme vivant qu'un grain de moutarde. À mesure que la plante microscopique de la levure se développe et se multiplie à l'intérieur de la pâte, les milliers de cellules vivantes dont elle est composée imprègnent la masse, et chaque morceau de la masse levée est à même d'affecter de la même manière une autre quantité de farine convenablement préparée. Le processus qui fait « lever » la pâte par la fermentation de la levure placée dans la masse est lent et en outre aussi silencieux et apparemment secret que celui de la semence plantée qui grandit sans que le semeur continue à y faire attention ou à s'en soucier [22].
 
LE TRÉSOR CACHÉ
 
« Le royaume des cieux est encore semblable à un trésor caché dans un champ. L'homme qui l'a trouvé le cache (de nouveau) ; et, dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il a et achète ce champ » [23]. 
 
Cette parabole et les deux suivantes ne sont rapportées que par Matthieu ; d'autre part, la place qui leur est assignée dans ce récit montre qu'elles ne furent données qu'aux disciples seuls, dans la maison, lorsque la multitude s'en fut allée. La chasse au trésor est toujours passionnante. À l'époque dont nous parlons il n'était pas rare que l'on trouvât des objets précieux ensevelis, puisque la pratique de cacher ainsi les trésors était coutumière chez des gens exposés aux incursions des bandits et aux invasions hostiles. Remarquez que l'homme à qui échoit cette fortune nous est montré trouvant le trésor apparemment par accident plutôt qu'à la suite d'une recherche diligente. Il vendit avec joie tout ce qu'il possédait pour pouvoir acheter le champ. Le trésor caché est le royaume des cieux ; lorsqu'un homme le trouve, il devrait être prêt à sacrifier tout ce qu'il a si, ce faisant, il peut en obtenir la possession. La joie qu'il aura de cette nouvelle acquisition sera sans limite ; et, s'il en reste le possesseur digne, ses richesses s'étendront au-delà du tombeau [24].
 
Des casuistes ont soulevé la question de savoir si le comportement de l'homme dans cette histoire était correct, étant donné qu'il cacha sa découverte au possesseur du champ à qui, disent-ils, le trésor appartenait de droit. Quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir quant à la valeur morale du procédé de cet homme, son acte n'était pas illégal, puisque la loi juive prévoyait expressément que l'acheteur d'une terre devenait le propriétaire légal de tout ce que le sol contenait [25]. Il est certain que Jésus ne recommandait aucun procédé malhonnête ; et si l'histoire n'avait pas été probable dans ses moindres détails, son effet en tant que parabole aurait été perdu. Le Maître enseigna par cette illustration qu'une fois qu'on a trouvé le trésor du royaume, on ne doit pas perdre de temps ni reculer devant aucun sacrifice nécessaire pour s'en assurer la propriété.
 
LA PERLE DE GRAND PRIX
 
« Le royaume des cieux est encore semblable à un marchand qui cherche de belles perles. Ayant trouvé une perle de grand prix, il est allé vendre tout ce qu'il avait, et l'a achetée » [26]. 
 
Les perles ont toujours occupé une place élevée parmi les joyaux, et longtemps avant le temps du Christ, de même que depuis ce moment-là, les marchands de perles ont recherché activement et avec diligence les plus grandes et les plus précieuses que l'on pouvait trouver. Contrairement à l'homme de la parabole précédente, qui découvrit un trésor caché en cherchant peu ou pas, le marchand de cette histoire consacra toute son énergie à rechercher de belles perles, que c'était son métier de trouver et de se procurer. Quand il vit enfin la perle supérieure à toutes les autres, il vendit avec plaisir toutes ses autres pierres précieuses, bien qu'elle fût, comme elle devait l'être à juste titre, à vendre pour un prix élevé ; en fait il sacrifia tout ce qu'il avait - pierres précieuses et autres biens - et acheta la perle de grand prix. Ceux qui cherchent la vérité peuvent acquérir beaucoup de choses qui sont bonnes et désirables, sans trouver la plus grande de toutes les vérités, la vérité qui les sauvera. Mais s'ils cherchent avec persistance et avec une intention réelle, s'ils sont réellement à la recherche de perles et non d'imitations, ils trouveront. Des hommes qui, en cherchant, découvrent les vérités du royaume des cieux peuvent avoir à abandonner un grand nombre de traditions auxquelles ils tenaient, et même les théories de leur philosophie imparfaite et de « la fausse science » [27], s'ils veulent prendre possession de la perle de grand prix. Remarquez que dans cette parabole comme dans celle du trésor caché, le prix de cette possession est tout ce que l'on a. Nul ne peut devenir citoyen du royaume en abandonnant partiellement les choses auxquelles il était précédemment attaché ; il doit renoncer à tout ce qui est étranger au royaume, sinon il ne pourra jamais y être compté. S'il sacrifie de bon cœur tout ce qu'il a, il verra qu'il a assez. Le coût du trésor caché et de la perle n'est pas un montant fixe, égal pour tous ; c'est tout ce que l'on a. Même le plus pauvre peut obtenir la possession durable ; tout ce qu'il a constitue un prix d'achat suffisant.
 
LE FILET DE L'ÉVANGILE
 
« Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et qui ramasse (des poissons) de toute espèce. Quand il est rempli, on le tire sur le rivage, puis on s'assied, on recueille dans des vases ce qui est bon et l'on jette ce qui est mauvais. Il en sera de même à la fin du monde. Les anges s'en iront séparer les méchants du milieu des justes et ils les jetteront dans la fournaise de feu, où il y aura des pleurs et des grincements de dents » [28]. 
 
L'Évangile du royaume touche des hommes de toutes mentalités, des hommes bons et mauvais, de toutes nationalités et de toutes races. Les « pêcheurs d'hommes » [29] sont habiles, actifs et universels dans leurs coups de filet. Le triage se produit lorsque le filet est amené à terre ; et, de même que le pêcheur rejette tous les mauvais poissons, conservant les bons, de même les anges qui exécutent les ordres du Fils de l'homme sépareront les justes des méchants, accordant la vie éternelle à une espèce, condamnant l'autre à la destruction. Des efforts insensés de porter l'application de la parabole au-delà de l'intention de l'Auteur ont poussé certains à formuler cette critique que les poissons meurent, qu'ils soient bons ou mauvais. Cependant les bons meurent utiles, les mauvais sont entièrement gaspillés. Bien que tous les hommes meurent, ils ne meurent pas de la même façon ; certains rendent l'âme pour se reposer et se lèveront à la résurrection des justes ; d'autres vont dans un état de douleur et de tourments pour y attendre avec angoisse et terreur la résurrection des méchants [30]. On peut voir que cette parabole a une application semblable à celle de l'ivraie en ce qu'elle souligne qu'une séparation est décrétée entre les justes et les injustes, et dans le sort terrible de ceux qui sont voués à la condamnation. On remarquera un autre parallèle dans le fait que le jugement est remis à « la fin du monde », expression dans laquelle nous pouvons comprendre la consommation de l'œuvre du Rédempteur après le millénium et la résurrection finale de tous ceux qui ont existé sur la terre [31].
 
Après avoir donné cette parabole, la dernière du groupe rapporté au chapitre treize de Matthieu, jésus demanda aux disciples : « Avez-vous compris tout cela ? - Oui, répondirent-ils. » Il leur fit comprendre qu'ils devaient être prêts, comme des instructeurs bien formés, à apporter, du grenier de leur âme, des trésors de vérité tant anciens que nouveaux, pour l'édification du monde [32].
 
POURQUOI LE CHRIST FIT USAGE DE PARABOLES
 
Comme nous l'avons déjà dit, les Douze et les autres disciples furent surpris de l'innovation du Seigneur lorsqu'il commença à enseigner par paraboles. Avant cela ses enseignements avaient été exposés clairement et sans détour, comme en témoignent les enseignements explicites du sermon sur la montagne. Il est à remarquer que les paraboles furent introduites au moment où l'opposition contre Jésus était forte, et lorsque les scribes, les Pharisiens et les rabbis veillaient à surveiller étroitement ses mouvements et ses oeuvres, toujours prêts à faire de lui un transgresseur pour un mot. Les paraboles étaient d'usage courant parmi les instructeurs juifs ; et en adoptant ce mode d'instruction, Jésus suivait une coutume du temps, bien qu'entre les paraboles qu'il donnait et celles des savants aucune comparaison ne soit possible si ce n'est sous forme de contraste extrêmement prononcé [33].
 
Le Maître expliqua aux disciples élus et dévoués qui vinrent lui demander pourquoi il était passé de l'exposé direct aux paraboles [34], que s'ils avaient, eux, le bonheur de recevoir et de comprendre les vérités profondes de l'Évangile, « les mystères du royaume des cieux » comme il les appelait, il était par contre impossible aux gens en général, qui n'étaient pas réceptifs ni préparés, de comprendre les choses aussi parfaitement. Il fallait donner plus aux disciples qui avaient déjà accepté joyeusement les premiers principes de l'Évangile du Christ ; tandis qu'à ceux qui avaient rejeté le bienfait qui leur était offert, on enlèverait même ce qu'ils avaient possédé jusqu'alors [35]. « C'est pourquoi, dit-il, je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient pas, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. » L'état de ténèbres spirituelles qui existait alors parmi les Juifs avait été prévu, comme le montre une citation des paroles d'Ésaïe, dans lesquelles l'ancien prophète avait dit que le peuple deviendrait aveugle, sourd et dur de cœur en ce qui concerne les choses de Dieu, raison pour laquelle, tout en entendant et en voyant dans un sens physique, il ne comprendrait cependant pas [36].
 
Un élément de miséricorde se révèle clairement dans le mode d'instruction par paraboles que notre Seigneur adopta, étant donné la situation qui existait à l'époque. S'il avait toujours enseigné par des déclarations explicites qui n'avaient pas besoin d'interprétation, beaucoup de ses auditeurs seraient tombés sous la condamnation, étant donné qu'ils avaient une foi trop faible et que leur cœur n'était pas suffisamment préparé pour briser les liens du traditionalisme et des préjugés engendrés par le péché, de manière à accepter la parole salvatrice et d'y obéir. Leur incapacité de comprendre les exigences de l'Évangile permettrait dans une juste mesure à la miséricorde d'avoir quelque droit sur eux, tandis que s'ils avaient rejeté la vérité en comprenant pleinement ce qu'ils faisaient, la rigueur de la justice exigerait certainement leur condamnation [37].
 
L'exhortation du Maître : « Que celui qui a des oreilles entende » implique que la leçon des paraboles pouvait être comprise par l'étude, la prière et la recherche. Pour les chercheurs plus studieux, le Maître ajouta : « Prenez garde à ce que vous entendez. On vous mesurera avec la mesure avec laquelle vous mesurez et on y ajoutera pour vous. Car on donnera à celui qui a ; mais à celui qui n'a pas, on ôtera même ce qu'il a » [38]. Deux hommes peuvent entendre les mêmes paroles ; l'un d'eux écoute avec indolence et indifférence, l'autre, l'esprit actif, est décidé à apprendre tout ce que les paroles peuvent lui révéler ; ayant entendu, l'homme diligent s'en va tout droit faire ce qui lui est recommandé, tandis que l'insouciant néglige et oublie. L'un est sage, l'autre insensé ; l'un a entendu pour son profit éternel, l'autre pour sa condamnation éternelle [39].
 
Un autre exemple de l'adaptation miséricordieuse de la parole de la vérité aux capacités diverses des gens qui entendaient les paraboles réside dans ce fait psychologique que les incidents d'une histoire frappante quoique simple demeureront, même dans des esprits qui, au moment même, sont incapables de comprendre tout sens au-delà de l'histoire elle-même. Maint paysan qui avait entendu le petit incident du semeur et des quatre espèces de terre, de l'ivraie semée par un ennemi le soir, de la semence qui grandit, bien que le planteur l'ait temporairement oublié, s'en souviendrait grâce aux situations sans cesse renouvelées de son travail quotidien ; le jardinier se souviendrait de l'histoire du grain de moutarde toutes les fois qu'il planterait de nouveau, ou en regardant la plante ombrageuse avec des oiseaux nichés dans ses branches ; la ménagère serait frappée de nouveau par l'histoire du levain en mélangeant, en pétrissant et en cuisant ; le pêcheur à ses filets penserait de nouveau aux bons poissons et aux mauvais et comparerait le tri de sa prise avec le jugement qui doit venir. Et puis, lorsque le temps et l'expérience, ainsi que peut-être la souffrance, les auraient préparés à penser plus profondément, ils trouveraient le grain vivant de vérité évangélique sous la balle de l'histoire toute simple.
 
LES PARABOLES EN GÉNÉRAL
 
Le trait essentiel d'une parabole c'est la comparaison ou la similitude, selon laquelle on utilise un incident ordinaire et bien compris pour illustrer un fait ou un principe que l'histoire n'exprime pas directement. L'idée populaire qu'une parabole repose nécessairement sur un incident fictif est incorrecte ; en effet, étant donné que l'histoire ou les circonstances de la parabole doivent être simples et certainement ordinaires, elle peut être réelle. Il n'y a rien d'imaginaire dans les paraboles que nous avons étudiées jusqu'à présent ; les histoires fondamentales sont prises sur le vif, et les circonstances données sont des faits vécus. Le récit ou l'incident sur lequel une parabole est construite peut être un événement réel ou imaginaire ; mais, s'il est imaginaire, l'histoire doit être logique et vraisemblable et ne doit se mêler à rien d'extraordinaire ou de miraculeux. Dans ce domaine, la parabole diffère de la fable, cette dernière étant construite par l'imagination, sur des faits exagérés et invraisemblables ; en outre, l'intention de l'une et de l'autre n'est pas la même, puisque la parabole est destinée à enseigner une grande vérité spirituelle, tandis que ce que l'on appelle la morale de la fable suggère tout au plus des accomplissements profanes et des avantages personnels. Les histoires, qui représentent des arbres, des animaux et des objets inanimés parlant ensemble ou avec des hommes, sont entièrement imaginaires ; ce sont des fables ou des apologues, que la conclusion en soit bonne ou mauvaise ; vis-à-vis de la parabole ils présentent un contraste, non une similarité. Le but avoué de la fable est plutôt d'amuser que d'enseigner. La parabole peut contenir un récit comme dans le cas du semeur et de l'ivraie, ou simplement un incident isolé comme dans le cas du grain de moutarde et du levain.
 
Les allégories se distinguent des paraboles par le fait qu'elle sont plus longues et que l'histoire est plus détaillée, ainsi que par le mélange intime existant entre le récit et la leçon qu'il a pour but d'enseigner ; ces deux éléments restent séparés et distincts dans la parabole. Les mythes sont des histoires fictives, dont les faits sont parfois basés sur l'histoire mais ne symbolisent aucune valeur spirituelle. Un proverbe est une parole brève et sentencieuse, ayant la nature d'une maxime, contenant une vérité déterminée ou une suggestion par comparaison. Les proverbes et les paraboles sont étroitement apparentés, et dans la Bible les termes sont parfois utilisés l'un pour l'autre [40]. L'Ancien Testament contient deux paraboles, quelques fables et allégories, et de nombreux proverbes ; nous possédons un livre entier de ces derniers [41]. Nathan, le prophète, réprimanda le roi David en lui racontant la parabole de la brebis du pauvre, et l'histoire fut tellement efficace que le roi décréta un châtiment pour le riche transgresseur et fut écrasé de chagrin et de contrition lorsque le prophète appliqua sa parabole par les paroles fatales : « Tu es cet homme-là [42] ! » L'histoire de la vigne, qui, quoique entourée d'une clôture et bien soignée, ne produisit cependant que du fruit sauvage et inutile, fut utilisée par Ésaïe pour décrire l'état pécheur d'Israël, lorsqu'il essaya d'éveiller le peuple à une vie de justice [43].
 
Les paraboles du Nouveau Testament, prononcées par le Maître des maîtres, sont d'une beauté, d'une simplicité et d'une efficacité telles qu'elles n'ont pas leurs pareilles dans la littérature.
 
 [1] Mc 3:10 ; cf. Mt 9:20,21, 14:36 ; Mc 6:56 ; Lc 6:19.
 [2] Mc 3:9.
 [3] Luc 5:10 ; Chap. 14 du présent ouvrage.
 [4] Note 1, fin du chapitre.
 [5] Mt 13:3-9 ; cf. Mc 4:3-9 ; Lc 8:5-8.
 [6] Mc 4:13.
 [7] Mt 13:18-23 ; cf. Mc 4:13-20 ; Lc 8:11-15.
 [8] Note 2, fin du chapitre.
 [9] Mt 13:24-30.
 [10] Versets 36-43.
 [11] Note 3, fin du chapitre.
 [12] Note 4, fin du chapitre.
 [13] D&A 86:4-7 ; lire toute la section.
 [14] Mc 4:26-29.
 [15] Note 5, fin de chapitre.
 [16] 1 Co 3:6.
 [17] Lire la promesse donnée très tôt par le Seigneur que les âmes sont le salaire des moissonneurs désignés : Jn 4:35-38 ; voir aussi Mt 9:37,38 ;
 [18] Lc 10:2. Mt 13:31, 32 ; cf. Mc 4:30-32 ; Lc 13:18, 19.
 [19] Mt 17:20 ; cf. Lc 17:6.
 [20] Note 6, fin du chapitre.
 [21] Mt 13:33 ; cf. Lc 13:20,21.
 [22] Note 7, fin du chapitre.
 [23] Mt 13:44.
 [24] Cf. Mt 6:19,20.
 [25] Note 8, fin du chapitre.
 [26] Mt 13:45, 46.
 [27] 1 Tm 6:20.
 [28] Mt 13:47-50.
 [29] Mt 4:19 ; Mc 1: 17 ; Lc 5:10.
 [30] Jn 5:29 ; voir aussi LM, Al 40:11-14, et l'auteur, Articles de Foi, p. 463-475.
 [31] Voir chapitre 42.
 [32] Mt 13:51,52.
 [33] Note 9, fin du chapitre.
 [34] Mt 13:10-17 ; cf. Mc 4:10-13, Lc 8:9, 10.
 [35] Mt 13:12 ; cf. 25:29 ; Mc 4:25 ; Lc 8:18, 19:26.
 [36] Es 6:9 ; voir aussi 42:20, 43:8, Ez 12:2 ; Jn 12:40, Ac 28:26,27.
 [37] Voir les Articles de Foi, de l'auteur, p. 76-78 ; LM, 2 Né 9:25-27 ; Rm 2:12 ; D&A 45:54, 76:72.
 [38] Mt 13:9,43 ; voir aussi 11:15 ; Mc 4:9.
 [39] Mc 4:24, 25.
 [40] Note 10, fin du chapitre.
 [41] Note 11, fin du chapitre.
 [42] 2 S 12:1-7,13.
 [43] Es 5:1-7.
 
NOTES DU CHAPITRE 19
 
1. Le premier groupe de paraboles : Beaucoup de spécialistes de la Bible affirment que les sept paraboles rapportées au chapitre treize de Matthieu furent prononcées à des époques différentes et devant des personnes différentes, et que l'auteur du premier évangile les groupa pour en faciliter la rédaction et en tenant compte avant tout de leur intérêt subjectif. Ce point de vue semble confirmé par le fait que Luc mentionne certaines de ces paraboles dans des cadres différents quant au temps et au lieu ; c'est ainsi que les paraboles du grain de moutarde et du levain sont données (Lc 13:18,21) directement après la guérison de la femme infirme à la synagogue et la réprimande du gouverneur hypocrite. Si nous devons reconnaître que Matthieu peut avoir groupé avec les paraboles prononcées ce jour-là certaines prononcées à d'autres moments, il est probable que Jésus répéta certaines de ses paraboles, comme il le fit certainement pour d'autres enseignements, et présenta ainsi la même leçon plus d'une fois. En fait chaque parabole est une leçon en elle-même et conserve sa grande valeur intrinsèque, qu'on la considère comme une histoire isolée ou de concert avec les enseignements apparentés. Faisons attention à la leçon que chacune d'elles contient, quelles que soient les opinions que les hommes peuvent promulguer quant aux circonstances où elles furent données pour la première fois.
 
2. Le décor de la parabole du semeur : Le Dr R. C. Trench, dans son ouvrage Notes on the Parables of our Lord (p. 57, note), cite la description faite par Dean Stanley de l'endroit où Jésus donna la parabole du semeur ; comme nous avons des raisons de croire que le cadre n'a guère changé depuis le temps du Christ, nous en reproduisons ici le récit : « Un léger renfoncement au flanc de la colline près de la plaine révélait immédiatement en détails, et avec une conjonction que je ne me souviens d'avoir rencontrée nulle part ailleurs en Palestine, tous les traits de la grande parabole. Il y avait le champ de blé ondoyant qui descendait jusqu'au bord de l'eau. Il y avait le sentier battu qui le traversait par son milieu, sans clôture ni haie pour empêcher la semence de tomber çà et là de part et d'autre du chemin ou dessus - celui-ci étant durci sous le piétinement constant des chevaux, des mules et des pieds humains. Il y avait la « bonne » terre riche qui distingue toute cette plaine et son voisinage des collines dénudées ailleurs, descendant dans le lac et qui, là où il n'y a aucune interruption, produit une grande quantité de blé. Il y avait les terrains rocheux du flanc de la colline faisant saillie çà et là dans les champs de blé, comme ailleurs, sur les pentes herbeuses. Il y avait les gros buissons de ronces, le « nabk »... jaillissant, comme les arbres fruitiers des régions situées plus à l'intérieur des terres, au centre même du blé ondoyant. »
 
3. L'ivraie : Ce terme ne se retrouve nulle part dans la Bible ailleurs que dans le cas de la parabole. Il est clair que n'importe quel genre de mauvaise herbe, en particulier une espèce vénéneuse, de nature telle qu'elle déprécierait gravement la moisson engrangée, répondrait à l'intention du Maître lorsqu'il utilisa cette illustration. On croit traditionnellement et communément que la plante dont il est parlé dans la parabole est l'ivraie, que les botanistes appellent le Lollum temulentum, une espèce d'ivraie aristée. Cette plante ressemble beaucoup au blé dans les premiers stades de la croissance et constitue un fléau pour les fermiers en Palestine aujourd'hui ; les Arabes l'appellent « Zowan » ou « Zawan », nom qui, dit Arnot, citant Thompson, « ressemble quelque peu au terme originel du texte grec ». L'auteur de l'article « Tares » [Ivraie], dans le dictionnaire de Smith dit : « Les critiques et les exégètes s'accordent pour dire que le pluriel grec zizania, A. V. « ivraie », de la parabole (Mt 13:25) indique la plante appelée « ivraie aristée » (Lolium temulentum), une herbe très répandue, et la seule espèce du genre qui a des propriétés toxiques. Avant de monter en épi, l'ivraie aristée a un aspect très semblable au blé, et les racines des deux sont souvent entrelacées ; c'est ce qui explique le commandement que « l'ivraie » devait être laissée jusqu'à la moisson, de peur qu'en l'arrachant, les hommes « ne déracinent en même temps le blé ». Lorsqu'elle est en épi, cette ivraie se distingue facilement du blé et de l'orge, mais lorsqu'ils sont tous deux moins développés, « l'examen le plus attentif sera souvent incapable de la découvrir. Même les fermiers, qui sarclent généralement leurs champs dans ce pays, n'essayent pas de séparer l'un de l'autre... Le goût en est amer, et, quand on la mange isolément, même lorsqu'elle est mêlée au pain ordinaire, elle provoque des étourdissements et agit souvent comme un émétique violent ». La seconde citation est de The Land and the Book, de Thompson, 11, 111, 112. On a prétendu que l'ivraie est une espèce dégénérée de blé ; et on a essayé, en introduisant cette idée, d'ajouter une signification supplémentaire à la parabole instructive de notre Seigneur ; cette conception forcée n'est cependant pas justifiée scientifiquement, et les étudiants sérieux ne se laisseront pas égarer par elle.
 
4. La méchanceté du semeur d'ivraie : On a essayé de discréditer la parabole de l'ivraie en prétendant qu'elle repose sur une pratique peu ordinaire sinon inconnue. Trench répond à cette critique de la manière suivante (Notes on the Parables, p. 72, 73) : « Notre Seigneur n'imaginait pas là une forme de méchanceté sans précédent, mais en produisit une qui a pu être suffisamment connue de ses auditeurs, qu'il était si facile d'exécuter, qui comportait si peu de risques et qui produisait cependant un mal si grand et si durable qu'il n'est pas étrange, lorsque la lâcheté et la méchanceté se rencontrent, qu'elles se soient souvent manifestées sous cette forme-là. Nous en trouvons des traces en de nombreux endroits. La loi romaine prévoyait la possibilité de cette forme de dommage ; et un auteur moderne, illustrant les Écritures d'après les us et coutumes de l'Orient, qu'il avait appris à connaître lors d'un séjour qu'il y avait fait, affirme qu'on pratique maintenant la même chose en Inde. » L'auteur ajoute en note : « Cette forme de méchanceté ne manque pas, plus près de chez nous. C'est ainsi qu'en Irlande, j'ai connu un locataire chassé qui, furieux de son expulsion, sema de la folle avoine dans les champs qu'il quittait. Comme l'ivraie de la parabole, il devint pratiquement impossible de l'extirper lorsqu'elle eut mûri et fut montée en semence avant le blé auquel elle était mêlée. »
 
5. La parabole de la semence poussant en secret : Cette parabole a provoqué beaucoup de discussions parmi les exégètes, la question étant de savoir qui on entend par l'homme qui lança la semence dans la terre. Si, comme dans les paraboles du semeur et de l'ivraie, c'était le Seigneur Jésus qui était le planteur, alors, demandent certains, comment peut-on dire : « La semence germe et croît sans qu'il sache comment », alors que toutes choses lui sont connues ? Si d'autre part le planteur représente l'instructeur ou le prédicateur autorisé de l'Évangile, comment peut-on dire qu'au moment de la moisson il « y met la faucille » puisque la moisson finale des âmes est la prérogative de Dieu ? Les perplexités des critiques proviennent de ce qu'ils essaient de trouver dans la parabole un littéralisme qui n'existait pas du tout dans l'intention de l'Auteur. Que la semence ait été plantée par le Seigneur lui-même, comme lorsqu'il enseignait en personne, ou par l'un quelconque de ses serviteurs autorisés, la semence est vivante et grandira. Il faut du temps ; la pousse apparaît d'abord et est suivie de l'épi, et l'épi mûrit en sa saison, sans l'attention constante qui serait nécessaire si les différentes parties de la plante devaient être formées à la main. L'homme qui figure dans la parabole est présenté comme un fermier ordinaire, qui plante et attend, et récolte en son temps. La leçon qui est donnée est la vitalité de cette chose vivante qu'est la semence, dotée par son Créateur de la capacité de grandir et de se développer.
 
6. Le grain de moutarde : Le sénevé sauvage, qui, dans les régions tempérées, atteint rarement une hauteur de plus de quatre vingt-dix centimètres à un mètre vingt, monte dans les pays semi-tropicaux à la hauteur d'un cheval et de son cavalier (Thompson, The Land and the Book, 11, 100). Ceux qui entendirent la parabole comprirent de toute évidence le contraste entre la grandeur de la semence et celle de la plante pleinement développée. Arnot (The Parables, p. 102) dit très justement : « Le Seigneur choisit de toute évidence cette plante, non point à cause de sa grandeur absolue, mais parce qu'elle était, et qu'on la reconnaissait comme telle, un exemple frappant de croissance du très petit au très grand. Elle paraît avoir été en Palestine, à l'époque, la semence la plus petite que l'on savait produire une plante aussi grande. Il y avait peut-être des semences plus petites, mais les plantes qui en sortaient n'étaient pas aussi grandes ; et il y avait des plantes plus grandes, mais les semences dont elles naissaient n'étaient pas aussi petites. » Edersheim (I, p. 593) dit que la taille minuscule du grain de sénevé était utilisée communément dans les comparaisons des rabbis, « pour indiquer la plus petite quantité comme la plus petite goutte de sang, la plus petite souillure, etc. ». Le même auteur poursuit, à propos de la plante adulte : « En effet, elle ne ressemble plus à une grande herbe de jardin ou à un arbuste, mais ‘devient’ ou plutôt apparaît comme ‘un arbre’, comme le dit Luc, pas à comparer, naturellement, avec d'autres arbres, mais par rapport à des arbustes de jardin. Cette grande croissance du grain de sénevé était également un fait bien connu à l'époque, et, de fait, peut encore s'observer en Orient... Et le sens général en serait d'autant plus facilement compris qu'un arbre, dont les longues branches fournissaient un logement aux oiseaux du ciel, est une image bien connue de l'Ancien Testament pour désigner un royaume puissant qui constituait un abri pour les nations (Ez 31:6,12 ; Dn 4:12,14,21,22). On l'utilise tout particulièrement, en effet, pour illustrer le royaume messianique » (Ez 17:23).
 
7. Le symbolisme du levain : Dans la parabole, le royaume des cieux est comparé au levain. Dans d'autres Écritures, le levain est cité dans un sens figuré pour représenter le mal, comme par exemple le « levain des Pharisiens et des Sadducéens » (Mt 16:6, voir également Lc 12:1), le « levain d'Hérode » (Mc 8:15). Ces exemples, et d'autres encore (1 Co 5:7, 8) sont des illustrations de ce que le mal est contagieux. Dans l'incident où la femme utilise du levain pour faire son pain, l'effet contagieux, pénétrant et capital de la vérité est symbolisé par le levain. On peut très bien utiliser différents aspects de la même chose pour représenter le bien dans un cas et le mal dans l'autre.
 
8. Le trésor appartient à celui qui le trouve : Voici ce que dit Edersheim (i, p. 595-6) sur le point de savoir si on peut justifier l'homme qui découvrit un trésor caché dans le champ d'un autre puis, taisant sa découverte, acheta le champ afin de posséder le trésor : « On a fait quelque difficulté quant à la valeur morale de pareille transaction. Nous pouvons faire observer, pour répondre à cela, que c'était du moins entièrement conforme à la loi juive. Si un homme avait trouvé un trésor en pièces de monnaie libres parmi le blé, il lui appartiendrait certainement, s'il achetait le blé. S'il l'avait trouvé dans le sol ou dans la terre, il lui appartiendrait certainement, s'il pouvait se rendre propriétaire de la terre, et même si le champ n'était pas à lui, à moins que d'autres ne pussent prouver qu'ils y avaient droit. La loi allait jusqu'à adjuger à l'acheteur de fruits tout ce qui se trouvait parmi ces fruits. Cela suffira pour régler une question de détail qui, en tout cas, ne doit pas être analysée de trop près dans une parabole. »
 
9. Supériorité des paraboles de notre Seigneur : Il n'était pas d'autre mode d'enseignement qui fût aussi courant parmi les Juifs que celui par paraboles. Seulement, dans leur cas, elles étaient presque entièrement des illustrations de ce qui avait été dit ou enseigné ; tandis que dans le cas du Christ, elles constituaient la base de son enseignement... Dans le premier cas, elles avaient pour but de donner à l'enseignement spirituel un caractère juif et national, dans l'autre de transmettre un enseignement spirituel sous une forme adaptée au point de vue des auditeurs. On verra que cette distinction persiste même dans les cas où le parallélisme le plus proche semble exister entre une parabole rabbinique et une parabole évangélique... Faut-il le dire, il n'est guère possible de comparer ces paraboles en ce qui concerne leur esprit, si ce n'est pour les mettre en contraste » (Edersheim, I, p. 580-1). Geikie dit d'une manière concise : « D'autres ont prononcé des paraboles, mais Jésus les dépasse à tel point qu'on peut à juste titre l'appeler le créateur de cette méthode d'enseignement » (11, p. 145).
 
10. Paraboles et autres formes d'analogie : « La parabole se distingue clairement du proverbe aussi, bien qu'il soit vrai que, dans une certaine mesure, ces deux termes sont utilisés l'un pour l'autre, comme équivalents, dans le Nouveau Testament. C'est ainsi que « Médecin, guéris-toi toi même » (Lc 4:23) est qualifié de parabole [dans la version anglaise], bien que cette expression soit à proprement parler un proverbe [nom qui lui est donné dans la version Segond, ndt], de même, lorsque le Seigneur eut utilisé le proverbe, que ses auditeurs connaissaient probablement déjà bien : « Si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse », Pierre dit : « Explique-nous cette parabole » (Mt 15:14,15) ; et Lc 5:36 est un proverbe ou une expression proverbiale, plutôt qu'une parabole, nom qu'il porte... D'un autre côté, Jean appelle « proverbes » [la version Segond emploie le terme « paraboles », ndt] des expressions qui, tout en n'étant pas strictement des paraboles, ont cependant une affinité beaucoup plus grande avec la parabole qu'avec le proverbe, parce qu'elles sont en fait des allégories ; c'est ainsi que lorsque le Christ compare ses relations avec son peuple à celles d'un berger avec ses brebis, cette figure de langage est appelée « proverbe », bien que les traducteurs, s'en tenant au sens plutôt qu'à la lettre, l'aient rendue par « parabole » (Jn 10:6 ; comparez 16:25,29). Il est facile d'expliquer cet échange de mots. Il provient en partie du fait que le même mot hébreu signifie à la fois parabole et proverbe » (Trench, Notes on the Parables, p. 9, 10).
 
Au profit des lecteurs qui n'ont pas de dictionnaire sous la main en lisant, nous donnons les définitions suivantes :
 
Allégorie - Exposé d'un sujet sous l'aspect d'un autre sujet ou d'une comparaison qui le suggère bien.
 
Apologue - Fable ou histoire morale, en particulier dans laquelle des animaux ou des objets inanimés parlent ou agissent, et qui enseignent ou proposent une leçon utile.
 
Fable - Histoire ou conte bref inventé de manière à contenir une morale et dont les personnages et les acteurs sont des animaux et parfois même des objets inanimés doués de raison ; légende ou mythe.
 
Mythe - Récit fictif présenté comme historique, mais non fondé.
 
Parabole - Court récit ou allégorie descriptive fondée sur des événements réels qui se produisent dans la nature et la vie humaine et s'appliquant ordinairement dans le domaine moral ou religieux.
 
Proverbe - Expression courte, concise, condensant sous une forme spirituelle ou frappante la sagesse de l'expérience ; dicton populaire bien connu sous une forme concise.
 
11. Paraboles de l'Ancien Testament, etc : « L'Ancien Testament ne contient que deux paraboles au sens strict du terme » (2 S 12:1 et sqq. et Es 5:1 et sqq.). « D'autres histoires, comme celles des arbres assemblés pour élire un roi (Juges 9:8) et de l'épine et du cèdre (2 R 14:9), sont plus strictement des fables. D'autres encore, comme le récit d'Ézéchiel sur les deux aigles et la vigne (17:2 et sqq.), et de la chaudière (24:3 et sqq.) sont des allégories. Il ne faut cependant pas croire que le fait que l'on ne trouve qu'un petit nombre de récits paraboliques dans l'Ancien Testament prouve que l'on ne considérait pas cette forme littéraire comme propre à l'enseignement oral. Leur nombre n'est petit qu'en apparence. En réalité, les comparaisons, qui, bien que ne se présentant pas sous la forme de récit fictif, proposent et fournissent la matière de récits de ce genre, sont abondantes » (Zenos, Stand. Bible Dict., article « Parables »).
 
En appliquant le terme « parabole » dans son sens le plus large, comprenant toutes les formes ordinaires d'analogie, nous pouvons considérer les paraboles suivantes comme les plus impressionnantes de l'Ancien Testament. Les arbres élisant un roi (Juges 9:7 et sqq.), la petite brebis du pauvre (2 S 12:1 et sqq.), les frères querelleurs et les vengeurs (2 S 14:1 et sqq.), l'histoire du captif échappé (1 R 20:35 et sqq.), l'épine et le cèdre (2 R 14:9), la vigne et ses mauvais raisins (Es 5:1 et sqq.), le seigle et la vigne (Ez 17:3 et sqq.), les lionceaux (Ez 19:2 et sqq.), la chaudière (Ez 24:3 et sqq.).
 
 
CHAPITRE 20 : « SILENCE ! TAIS-TOI ! »
 
INCIDENTS PRÉCÉDANT LE VOYAGE
 
Vers la fin du jour où Jésus avait instruit pour la première fois les multitudes par paraboles, il dit aux disciples : « Passons sur l'autre rive » [1]. La destination ainsi indiquée est la rive est du lac de Galilée. Tandis que l'on préparait le bateau, un scribe vint trouver Jésus et dit : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jusqu'alors, peu d'hommes appartenant à la classe titrée ou gouvernante avaient offert de s'allier ouvertement avec Jésus. Si le Maître avait été un politique, désireux d'être officiellement reconnu, il aurait soigneusement examiné, sinon accepté immédiatement cette occasion de s'attacher une personne aussi influente qu'un scribe ; mais lui qui pouvait lire l'esprit et connaître le cœur des hommes, choisissait plutôt qu'il n'acceptait. Il avait appelé loin de leurs bateaux et de leurs filets de pêche des hommes qui devaient être dorénavant siens et compté l'un des péagers ostracisés parmi les Douze ; mais il connaissait chacun d'eux et choisit en conséquence. L'Évangile était offert gratuitement à tous ; mais il ne suffisait pas de demander pour obtenir l'autorité d'y officier comme représentant officiel ; pour cette œuvre sacrée, on devait être appelé de Dieu [2].
 
Dans ce cas, le Christ connaissait la personnalité de cet homme, et sans heurter ses sentiments en le rejetant sèchement, fit ressortir le sacrifice qui était exigé de quelqu'un qui voudrait suivre le Seigneur partout où il allait, disant : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. » Comme Jésus n'avait pas de lieu de résidence fixe mais allait là où son devoir l'appelait, il était de même nécessaire que ceux qui le représentaient, des hommes ordonnés ou mis à part à son service, fussent prêts à se refuser la jouissance de leurs demeures et le réconfort des relations familiales, si les devoirs de leur appel l'exigeaient. On ne nous dit pas si le scribe candidat maintint son offre.
 
Un autre homme se montra disposé à suivre le Seigneur mais demanda d'abord le temps d'aller ensevelir son père ; Jésus lui dit : « Suis-moi ; laisse les morts ensevelir leurs morts. » Certains lecteurs ont eu le sentiment que cet ordre était sévère, bien que pareille déduction ne se justifie guère. C'eût été manifestement un manque de piété filiale chez un fils de s'absenter, dans des conditions ordinaires, lors des funérailles de son père ; néanmoins, si ce fils avait été mis à part pour un service dont l'importance transcendait toutes les obligations personnelles ou familiales, les devoirs du ministère l'emporteraient à juste titre. En outre, la condition requise par Jésus n'était pas plus grande que celle qui était exigée de tous les prêtres pendant la durée de leur service actif et n'était pas plus astreignante que l'obligation du vœu naziréen [3], sous lequel beaucoup de personnes se plaçaient volontairement. Les devoirs du ministère dans le royaume avaient trait à la vie spirituelle ; quelqu'un qui s'y consacrait pouvait très bien laisser à ceux qui négligeaient les choses spirituelles et qui étaient, dans un sens figuré, spirituellement morts, le soin d'ensevelir leurs morts.
 
On nous présente un troisième cas ; un homme qui voulait être disciple du Seigneur demanda à recevoir, avant d'entreprendre ses devoirs, la permission d'aller chez lui faire ses adieux à sa famille et à ses amis. La réponse de Jésus est devenue un aphorisme dans la vie et la littérature : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est pas bon pour le royaume de Dieu » [4]. 
 
Le texte de Matthieu nous donne l'impression que les deux premiers de ces candidats disciples s'offrirent à notre Seigneur comme il se tenait sur le rivage ou dans le bateau, prêt à traverser le lac pendant la soirée. Luc place ces événements dans un cadre différent et ajoute aux offres du scribe et de l'homme qui désirait rentrer chez lui et puis revenir au Christ. Il peut être profitable d'examiner ces trois incidents ensemble, qu'ils se soient tous produits le soir de ce même jour mouvementé ou à des moments différents.
 
LA TEMPÊTE APAISÉE [5]
 
Jésus donna l'ordre de mettre la barque à l'eau et de passer de l'autre côté du lac, désirant probablement un répit après les travaux ardus de la journée. On n'avait perdu aucun temps à faire des préparatifs inutiles ; « ils l'emmenèrent dans la barque où il se trouvait » et se mirent en route sans retard. Jusque sur l'eau, plusieurs personnes avides essayèrent de le suivre ; car un certain nombre de petits bateaux, « des barques » comme Marc les appelle, accompagnaient l'embarcation sur laquelle Jésus se trouvait ; mais il se peut que ces petites barques aient fait demi-tour, peut-être à cause de la tempête qui s'approchait. Quoi qu'il en soit, nous n'entendons plus parler d'elles. Jésus trouva un lieu de repos près de la poupe du bateau et s'endormit bientôt. Une grande tempête se Ieva [6], et il continuait à dormir. Cet événement est instructif, car il est la preuve des qualités physiques du Christ et de l'état sain et normal de son corps. Il était sujet à la fatigue et à l'épuisement corporel pour d'autres causes, comme le sont tous les hommes ; sans nourriture il avait faim, sans boisson il avait soif, le travail le fatiguait. Le fait qu'après un jour d'efforts ardus il ait pu dormir calmement, même au milieu des remous d'une tempête, indique un système nerveux en parfaite condition et en bonne santé. Nulle part nous ne voyons Jésus malade. Il vivait selon les lois de la santé et cependant ne permit jamais au corps de dominer l'esprit, et ses activités quotidiennes, qui étaient de nature à mettre fortement l'énergie physique et mentale à contribution, n'entraînèrent aucun symptôme de dépression nerveuse ni de troubles fonctionnels. Dormir après avoir travaillé est quelque chose de naturel et de nécessaire. Ayant terminé le travail de la journée, Jésus dormait.
 
Entre-temps la furie de la tempête augmentait ; le vent faisait perdre le contrôle du bateau, des vagues dépassaient ses flancs, le navire embarqua tant d'eau qu'il semblait sur le point de couler par le fond. Les disciples étaient frappés de terreur, et cependant Jésus continuait à se reposer en paix.
 
Dans la peur extrême où ils se trouvaient, les disciples l'éveillèrent, s'écriant, suivant les divers récits indépendants : « Maître, maître, nous périssons ! », « Seigneur, sauve-(nous), nous périssons ! » Et « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? » Ils étaient misérablement terrifiés et oublièrent au moins partiellement qu'ils avaient avec eux quelqu'un à la voix duquel la mort même devait obéir. Le rappel terrifié n'était pas entièrement dépourvu d'espoir ni de foi : « Seigneur, sauve », crièrent-ils. Calmement il répondit à leur pitoyable appel : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? »
 
Puis il se leva ; et la voix du Seigneur s'éleva dans les ténèbres de cette nuit terrifiante, dans le vent rugissant, sur la mer fouettée par la tempête et « menaça le vent et dit à la mer : Silence, tais-toi. Le vent cessa et un grand calme se fit ». Se tournant vers les disciples, il leur demanda sur un ton de reproche, doux mais indubitable : « Où est votre foi ? » Et « Comment n'avez-vous pas de foi ? » D'abord pleins de gratitude pour avoir été sauvés de ce qui, un instant auparavant à peine, avait semblé être une mort imminente, ils furent pris ensuite d'étonnement et de crainte. « Quel est donc celui-ci, disaient-ils, car même le vent et la mer lui obéissent ? »
 
Parmi les miracles du Christ qui nous sont rapportés, aucun n'a donné naissance à une diversité plus grande de commentaires et de tentatives d'explications que cet exemple merveilleux de maîtrise sur les forces de la nature. La science n'offre aucune explication. Le Seigneur de la terre, de l'air et de la mer parla et fut obéi. C'est lui, parmi le sombre chaos des premiers stades de la création, qui avait commandé avec un effet immédiat : que la lumière soit, qu'il y ait un firmament au milieu des eaux, que le sec apparaisse, et comme il l'avait décrété, ainsi en était-il. La domination du Créateur sur la création est réelle et absolue. Une petite partie de cette domination a été confiée à l'homme [7] ; postérité de Dieu, incarné à l'image même de son Père divin. Mais l'homme exerce ce contrôle, qui lui a été délégué, par l'intermédiaire des forces secondaires et au moyen de mécanismes compliqués. Le pouvoir que l'homme possède sur les objets qu'il a inventés lui-même est limité. Cela est conforme à la malédiction qu'entraîna la chute d'Adam, qui fut provoquée par la transgression et qui veut que ce soit par l'effort de ses muscles, par la sueur de son front et par l'effort de son esprit qu'il réussisse. Son ordre n'est qu'une vibration sonore dans l'air, s'il n'est suivi de travail. C'est par l'esprit qui émane de la personne même de la Divinité et qui imprègne tout l'espace, que les ordres de Dieu opèrent immédiatement.
 
Ce n'est pas l'homme seulement, mais également la terre et toutes les forces élémentaires qui s'y rapportaient qui tombèrent sous la malédiction adamique [8] ; et de même que la terre ne produisait plus seulement des fruits bons et utiles mais donna de sa substance pour nourrir des ronces et des épines, de même les forces diverses de la nature cessèrent d'obéir à l'homme et d'être des forces assujetties à son contrôle direct. Ce que nous appelons forces naturelles - la chaleur, la lumière, l'électricité, les affinités chimiques - sont des manifestations de l'énergie éternelle par laquelle les objectifs du Créateur sont mis à exécution ; et ces quelques forces, l'homme n'est à même de les diriger et de les utiliser qu'à l'aide de machines et d'adaptations physiques. Mais la terre sera un jour « renouvelée et recevra sa gloire paradisiaque » ; alors la terre, l'eau, l'air et les forces qui agissent sur eux répondront directement aux ordres de l'homme glorifié, comme ils obéissent maintenant à la parole du Créateur [9].
 
LES DÉMONS CALMÉS [10]
 
Jésus et les disciples qui l'accompagnaient abordèrent sur le côté oriental, péréen, du lac, dans une région que l'on appelait le pays des Gadaréniens ou des Géraséniens. L'endroit exact n'a pas été identifié, mais c'était de toute évidence une région rurale éloignée des villes [11]. Comme le groupe quittait le bateau, deux fous, qui étaient cruellement tourmentés par des esprits mauvais, s'approchèrent. Matthieu dit qu'il y en avait deux ; les autres écrivains ne parlent que d'un seul ; il se peut que l'un des deux hommes affligés se trouvait dans un état tellement plus grave que son compagnon, que c'est à lui que l'on fait attention dans le récit ; il se peut encore que l'un d'eux se soit enfui tandis que l'autre est resté. Le démoniaque se trouvait dans une situation pitoyable. Sa frénésie était devenue si violente et la force physique que lui donnait sa folie était si grande que toutes les tentatives que l'on avait faites de le maintenir captif avaient échoué. On l'avait lié par des chaînes et des entraves, mais il avait brisé celles-ci grâce à sa force démoniaque, et il s'était enfui dans les montagnes, dans les cavernes qui servaient de tombes, et c'était là qu'il vivait, plus comme une bête sauvage que comme un homme. Nuit et jour on entendait ses hurlements étranges et terrifiants, et, de peur de le rencontrer, les gens prenaient d'autres chemins plutôt que de passer près de son repaire. Il se promenait tout nu, et dans sa folie se blessait la chair de pierres pointues.
 
Voyant Jésus, la pauvre créature courut à lui et, poussée par le pouvoir des démons qui la contrôlaient, se prosterna devant le Christ tout en criant d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? » Lorsque Jésus commanda aux esprits mauvais de partir, l'un d'eux ou plusieurs d'entre eux le supplièrent, par la voix de l'homme, de les laisser tranquilles et s'exclamèrent avec une présomption blasphématoire : « Je t'en conjure (au nom) de Dieu, ne me tourmente pas. » Matthieu rapporte une autre question qui fut posée à Jésus : « Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » Les démons, par lesquels l'homme était possédé et contrôlé, reconnaissaient le Maître, auquel ils savaient devoir obéir ; mais ils supplièrent qu'il les laissât tranquilles jusqu'à ce que vint le moment décrété pour leur châtiment final [12].
 
Jésus demanda : « Quel est ton nom ? » Et les démons qui se trouvaient à l'intérieur de l'homme répondirent : « Légion est mon nom, car nous sommes plusieurs. » On voit bien ici que l'homme était doté d'un conscient double ou d'une personnalité multiple. Il était à ce point possédé par des esprits mauvais qu'il ne pouvait plus distinguer entre sa personnalité à lui et la leur. Les démons implorèrent Jésus de ne pas les bannir de ce pays ; ou comme le rapporte Luc en des termes impressionnants : de ne pas leur ordonner « d'aller dans l'abîme ». Dans leur situation misérable et leur impatience diabolique de trouver une demeure dans des corps de chair même si ce n'était que des animaux, ils supplièrent d'avoir la permission, étant obligés de quitter l'homme, d'entrer dans un troupeau de pourceaux qui paissaient tout près. Cette permission, Jésus la donna ; les démons impurs entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau tout entier, se composant d'environ deux mille têtes, fut saisi de folie, prit la fuite, terrifié, se précipita au bas d'une pente abrupte dans la mer et se noya. Les gardiens des pourceaux furent effrayés, et, se hâtant vers la ville, racontèrent ce qui était arrivé aux pourceaux.
 
Les gens vinrent en foule pour voir eux-mêmes ; et ils furent tous étonnés de voir l'homme autrefois fou dont ils avaient tous eu peur, maintenant vêtu et rendu à un état d'esprit normal, silencieusement et respectueusement assis aux pieds de Jésus. Ils craignaient celui qui pouvait accomplir de pareils miracles, et, conscients de leur indignité pécheresse, le supplièrent de quitter leur pays [13].
 
L'homme qui avait été débarrassé des démons ne craignait pas ; dans son cœur, l'amour et la gratitude remplaçaient tous les autres sentiments ; et lorsque Jésus retourna au bateau il demanda à le suivre aussi. Mais Jésus le lui interdit, disant : « Va dans ta maison, vers les tiens, et raconte-leur tout ce que le Seigneur t'a fait et comment il a eu pitié de toi. » L'homme devint missionnaire, non seulement dans sa ville natale mais dans toute la Décapole, la région des dix villes ; partout où il allait il racontait le changement merveilleux que Jésus avait opéré sur lui.
 
Le témoignage rendu par des esprits mauvais et impurs de la divinité du Christ, Fils de Dieu, ne se limite pas à ce cas-ci. Nous avons déjà étudié le cas du démoniaque à la synagogue de Capernaüm [14] ; un autre cas se présenta lorsque Jésus, se retirant des villes de Galilée, se rendit au bord de la mer et fut suivi d'une grande multitude composée de Galiléens, de Judéens et de gens de Jérusalem, d'Idumée et d'au-delà du Jourdain (c'est-à-dire de la Pérée), et des habitants de Tyr et de Sidon, parmi lesquels il en avait guéri beaucoup de maladies diverses ; et ceux qui étaient asservis à des esprits impurs étaient tombés à genoux et l'adoraient, tandis que les démons s'écriaient : « Tu es le Fils de Dieu » [15].
 
Au cours du bref voyage étudié dans ce chapitre, la puissance de Jésus, Maître de la terre, des hommes et des démons se manifesta en des œuvres miraculeuses du genre le plus impressionnant. On ne peut classifier les miracles du Seigneur ni comme petits et grands, ni comme faciles ou difficiles à accomplir ; ce que l'un peut considérer comme un détail peut revêtir l'importance la plus grande pour un autre. La parole du Seigneur suffisait dans chaque cas. Il n'avait qu'à parler au vent et aux vagues, et à l'esprit affligé par les démons de l'homme possédé pour être obéi. « Silence, tais-toi. »
 
LA RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRUS [16]
 
Jésus et ceux qui l'accompagnaient retraversèrent le lac, quittant le pays de Gadara pour aborder aux environs de Capernaüm, où une multitude de gens le reçurent avec acclamations, « car tous l'attendaient ». Tout de suite après son débarquement, Jésus vit s'approcher de lui Jaïrus, l'un des dirigeants de la synagogue locale, qui « le supplia instamment en disant : Ma fillette est à toute extrémité ; viens, impose-lui les mains, afin qu'elle soit sauvée et qu'elle vive ».
 
Le fait que cet homme soit venu trouver Jésus dans un esprit de foi et de supplication est une preuve de l'impression profonde que le ministère du Christ avait faite jusque dans les cercles sacerdotaux et ecclésiastiques. Beaucoup d'entre les Juifs, gouverneurs et fonctionnaires aussi bien que le commun du peuple, croyaient en Jésus [17], bien que peu de ceux qui appartenaient aux classes supérieures fussent disposés à sacrifier prestige et popularité en se reconnaissant ses disciples. Le fait que Jaïrus, l'un des gouverneurs de la synagogue, ne vint que lorsqu'il y fut poussé par la douleur causée par la mort imminente de sa fille unique, une petite fille de douze ans, ne prouve pas qu'il ne soit pas devenu croyant avant ce moment-là ; il est certain qu'en ce moment sa foi était réelle et sa confiance sincère, comme le prouvent les détails du récit. Il s'approcha de Jésus avec le respect dû à quelqu'un qu'il considérait capable d'accorder ce qu'il demandait et tomba aux pieds du Seigneur, ou comme Matthieu le dit, l'adora. Lorsque l'homme avait quitté sa maison pour demander à Jésus son aide, la petite fille était sur le point de mourir ; il craignait qu'elle ne fût morte entre-temps. Dans le récit très bref que nous donne le premier évangile, on lui fait dire à Jésus : « Ma fille est morte il y a un instant, mais viens, impose-lui les mains, et elle vivra » [18]. Jésus accompagna le père implorant, et beaucoup les suivirent.
 
Sur le chemin de la maison, un incident se produisit qui les arrêta. Une femme cruellement affligée fut guérie, dans des circonstances particulièrement intéressantes ; c'est cet événement que nous allons examiner maintenant. Rien n'indique que Jaïrus ait montré de l'impatience ou du déplaisir à cause de ce retard. Il avait mis sa confiance dans le Maître et attendait son bon plaisir ; et tandis que le Christ s'occupait de la femme affligée, des messagers vinrent de la maison du haut fonctionnaire avec la triste nouvelle que la petite fille était morte. Nous pouvons conclure que même cette nouvelle terrible qui lui apportait la certitude ne put détruire la foi de cet homme ; il semble avoir continué à attendre l'aide du Seigneur, et ceux qui apportaient le message demandèrent : « Pourquoi importuner encore le maître ? » Jésus entendit ce que l'on disait et encouragea la foi cruellement mise à l'épreuve de l'homme par cet ordre encourageant : « Sois sans crainte, crois seulement. » Jésus ne permit à aucun de ceux qui le suivaient, excepté à trois d'entre les apôtres, d'entrer dans la maison avec lui et au père éploré mais confiant. Pierre et les deux frères Jacques et Jean furent admis.
 
La maison n'était pas le lieu où régnait le silence respectueux ou le calme forcé que nous considérons maintenant être de mise au moment et au lieu où la mort a frappé ; au contraire, c'était une scène de tumulte, mais cette situation était coutumière dans l'observance orthodoxe du deuil à l'époque [19]. Des pleureuses professionnelles, des chanteurs de lamentations étranges et des ménestrels qui faisaient beaucoup de bruit avec des flûtes et d'autres instruments avaient déjà été invités dans la maison. Jésus dit à tous ces gens en entrant : « Pourquoi ce tumulte, et ces pleurs ? L'enfant n'est pas morte, mais elle dort. » C'était de fait une répétition du commandement qu'il avait prononcé lors d'une occasion récente : Silence, tais-toi. Ces paroles provoquèrent le mépris et les railleries de ceux qui étaient payés pour le bruit qu'ils faisaient, et qui, si ce qu'il disait se vérifiait, perdraient cette occasion d'exercer leur profession. En outre, ils savaient que la petite fille était morte ; les préparatifs des funérailles, qui, selon la coutume, devaient