Point de vue de l’Église sur Mahomet



James A. Toronto


Professeur d’études islamiques et de religion comparée

à l’Université Brigham Young




Introduction

Relations avec les personnes de religions différentes

Intérêt de l’Église pour Mahomet

Vie de Mahomet

Enseignements de Mahomet

Point de vue des saints des derniers jours

Notes






Introduction


Il y a quelques années, j’ai reçu un appel téléphonique de deux membres de l’Église des États-Unis qui avaient fait la connaissance d’un voisin musulman qui venait du Pakistan. Lorsqu’ils lui ont raconté l’histoire de la première vision de Joseph Smith, sa réaction les a surpris. Après leur avoir précisé que les Musulmans ne reconnaissent aucun prophète après Mahomet, il a dit que l’histoire de Joseph Smith présentait des similitudes avec celle de Mahomet. Il a déclaré : « Nous croyons que Mahomet a vu un messager de Dieu qui l’a informé de son nouvel appel de prophète. Il a reçu la révélation de nouvelles Écritures contenant la parole de Dieu pour l’humanité et il a fondé une communauté de croyants qui s’est développée jusqu’à devenir l’une des grandes religions du monde. » Ne connaissant pas grand chose sur les musulmans, sur l’islam ou sur Mahomet, ces membres de l'Église ne savaient pas trop comment répondre.


Les questions qui ont été soulevées lors de cette expérience nous amènent à une réflexion plus large, qui est pertinente pour tous les saints des derniers jours, étant donné que l’Église est présente dans le monde entier et que les sociétés dans lesquelles nous vivons tous sont de plus en plus diversifiées : Quelle doit être l’attitude d’un saint des derniers jours vis-à-vis des autres religions qui affirment avoir des prophètes, des Écritures, des visions ou des miracles inspirés par Dieu ? Les renseignements suivants peuvent être utiles, ils sont basés sur une compréhension de l’Évangile que j’ai acquise au fil des ans, en étudiant des sociétés musulmanes et en vivant dans des pays musulmans. Si l’on considère le rôle de Mahomet dans l’Histoire religieuse du point de vue de l’Évangile rétabli, cela permet d’avoir une bonne compréhension de l’un des chefs spirituels qui ont eu le plus d’influence dans l’Histoire. Cela nous permet également d’apprécier l’amour de notre Père céleste envers ses enfants de toutes les nations et cela nous donne des principes qui peuvent nous aider à entretenir des relations positives avec des amis ou des voisins d’autres confessions.

 


Les relations avec les personnes de religions différentes


Gordon B. Hinckley incite constamment au dialogue et au respect mutuel dans les relations avec les personnes de religions différentes. Il a exhorté les membres de l’Église à « cultiver un esprit de profonde reconnaissance » envers les personnes qui n’ont pas les mêmes convictions religieuses, politiques ou philosophiques. Il a ajouté que cela ne nous oblige, en aucune façon, à renoncer à notre théologie. Il a fait cette recommandation : « Respectez les opinions et les sentiments des autres. Reconnaissez leurs vertus ; ne cherchez pas leurs défauts. Cherchez les points forts et les vertus, et vous trouverez la force et les vertus qui vous aideront dans votre propre vie. » (cité dans Go Forward with Faith: The Biography of Gordon B. Hinckley, Sheri L. Dew, 1996, p. 536, p. 576)


L’accent que le président Hinckley met sur le développement de la compréhension entre personnes de religions différentes, est basé sur les principes fondamentaux de l’Évangile que Jésus-Christ, les prophètes des temps anciens et les prophètes modernes ont enseignés : l’humilité, la charité, le respect de la vérité éternelle et la conscience que Dieu aime tout le monde. Le Sauveur a affirmé à plusieurs reprises que notre Père céleste se soucie infiniment du bien-être de chacun de ses fils et de chacune de ses filles, comme dans la parabole de la brebis perdue (voir Luc 15). Dans la parabole du bon Samaritain, il a enseigné que l’une des clefs pour être un vrai disciple est de traiter les autres avec gentillesse et compassion, malgré les différences politiques, ethniques ou religieuses (voir Luc 10:25-37). Il a dénoncé l’intolérance et la rivalité entre les groupes religieux et la tendance à se vanter de ses propres vertus et à rabaisser la spiritualité des autres. Dans sa parabole destinée aux « personnes qui se persuadaient d’être justes et qui méprisaient les autres », Jésus a condamné l’orgueil du Pharisien qui priait ainsi : « Ô Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes » et il a loué l’humilité du péager qui implorait : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur » (voir Luc 18:9-14).


Nous apprenons dans le Livre de Mormon que notre Père céleste « se souvient de tous les peuples, dans quelque pays qu’ils soient... et ses entrailles de miséricorde sont sur toute la terre » (Alma 26:37 ; voir aussi 1 Néphi 1:14). Parce qu’il aime tous ses enfants, le Seigneur leur donne une lumière spirituelle pour les guider et enrichir leur vie. Orson F. Whitney (1855-1931), du Collège des douze apôtres, a déclaré que Dieu « n’utilise pas seulement son peuple de l’alliance, mais aussi d’autres peuples, pour accomplir une œuvre prodigieuse, magnifique et en même temps trop ardue pour qu’une petite poignée de saints suffisent pour l’accomplir. » (dans Conference Report, avril 1921, p. 32-33)


B. H. Roberts (1857-1933), des soixante-dix, a également parlé de ce point de doctrine : « L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est établie pour l’instruction des hommes, et c’est l’un des moyens que Dieu utilise pour faire connaître la vérité, mais il ne se limite pas à cette institution pour accomplir ce but, il n’est pas limité en temps ni en lieu. Dieu suscite ici et là, parmi tous les enfants des hommes, des sages et des prophètes qui sont de leur propre langue et de leur propre nationalité et qui parlent aux gens de façon à ce qu’ils comprennent... Tous les grands maîtres sont des serviteurs de Dieu ; dans tous les pays et à toutes les époques. Ce sont des hommes inspirés, choisis pour instruire les enfants de Dieu, selon les conditions dans lesquelles ils vivent. » (Defense of the Faith and the Saints, 1907, volume 1, p. 512-513)


Joseph Smith (1805-1844) a souvent parlé de ce thème de l’amour universel de Dieu et de la nécessité qui en découle de rester ouvert à toutes les sources de la lumière et de la connaissance divine qui nous sont disponibles. Il a déclaré : « L’un des grands principes fondamentaux du mormonisme c’est de recevoir la vérité d’où qu’elle vienne » (Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding Smith, 1976, p. 253). Le prophète a exhorté les membres de l’Église à « rassembler tous les principes bons et vrais qui existent dans le monde et à les chérir. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 256)


Les dirigeants de l’Église incitent continuellement les membres à entretenir des relations positives avec les personnes de religions différentes en reconnaissant la vérité spirituelle que les autres possèdent et en mettant l’accent sur les similarités entre les croyances et les modes de vie. Les dirigeants de l’Église nous enseignent à exprimer notre désaccord aimablement. Bruce R. McConkie (1915-1985), du Collège des douze apôtres, a parlé de ce sujet aux saints des derniers jours et aux membres d’autres Églises lors d’une conférence interrégionale à Tahiti : « Gardez toute la vérité et tout le bien que vous avez déjà. N’abandonnez aucun principe bon ou juste. Ne tournez le dos à aucune norme du passé qui soit bonne, juste et vraie. Nous croyons en toute vérité qui existe dans toute Église dans le monde. Mais nous disons aussi aux hommes : Venez et acceptez la lumière supplémentaire et la vérité que Dieu a rétablie de nos jours. Plus grande est la vérité que nous avons, plus grande sera notre joie dès maintenant ; plus nous recevons de vérité, plus grande est notre récompense dans l’éternité. » (L’Étoile, juillet 1994, p. 75)


Lors de la conférence générale d’octobre 1991, Howard W. Hunter, alors président du Collège des douze apôtres, a déclaré : « Nous, membres de l’Église de Jésus-Christ, nous cherchons à rassembler toute vérité. Nous cherchons à élargir le cercle de l’amour et de la compréhension parmi tous les peuples de la terre. Ainsi, nous nous efforçons d’établir la paix et le bonheur, non seulement dans la chrétienté mais aussi parmi tous les hommes. » (L’Étoile, janvier 1992, p. 19)


De même, Russell M. Nelson, du Collège des douze apôtres, a cité une déclaration publique faite par la Première Présidence et le Collège des douze apôtres, en octobre 1992, invitant « tous les habitants de la terre à renouveler leur engagement par rapport aux idéaux traditionnels de la tolérance et du respect réciproque ». Elle ajoutait : « Nous croyons sincèrement que si nous nous traitons mutuellement avec considération et compassion, nous nous apercevrons que nous pouvons tous coexister dans la paix, malgré nos différences les plus grandes. » Puis il a ajouté : « Cette déclaration est la réaffirmation contemporaine de l’invitation à la tolérance lancée par le prophète Joseph au siècle dernier. Si nous sommes unis nous pourrons agir. Ensemble, nous pourrons résister, intolérants envers les transgressions mais tolérants envers notre prochain en ce qui concerne les différences qu’il tient pour sacrées. Nos frères et sœurs bien-aimés dans le monde entier sont tous des enfants de Dieu. » (L’Étoile, juillet 1994, p. 76)

 


Intérêt de l’Église pour Mahomet


L’un des exemples notables de l’effort de l’Église pour chérir les principes vrais est l’admiration que les dirigeants de l’Église ont exprimée au fil des ans envers les contributions spirituelles de Mahomet.


Dès 1855, à une époque où la littérature chrétienne tournait généralement en dérision Mahomet, George A. Smith (1817-1875) et Parley P. Pratt (1807-1857), du Collège des douze apôtres, ont fait un long sermon qui manifestait une compréhension exacte et mesurée de l’histoire de l’islam et disait beaucoup de bien des qualités de dirigeants de Mahomet. Frère Smith a fait observer que Mahomet était « descendant d’Abraham et que Dieu l’avait sans aucun doute suscité dans le but » de prêcher contre l’idolâtrie. Il compatissait avec le sort des musulmans, à propos de qui on avait du mal à écrire « un récit correct », comme pour les saints des derniers jours. Frère Pratt a ensuite pris la parole et a exprimé son admiration pour les enseignements de Mahomet, affirmant que « dans l’ensemble… [les musulmans] ont plus de moralité et de meilleures institutions que beaucoup de pays chrétiens. » (Deseret News, 10 octobre 1855, p. 242, 245)


L’appréciation de l’Église pour le rôle de Mahomet dans l’Histoire peut se lire dans la déclaration de 1978 de la Première Présidence sur l’amour de Dieu envers toute l’humanité. Cette déclaration compte Mahomet parmi les « grands chefs religieux du monde » qui ont reçu « une portion de la lumière divine » et elle affirme que « des vérités morales… ont été données par Dieu [à ces dirigeants] pour instruire des nations entières et pour apporter un degré supérieur de compréhension à chaque être humain. » (L’Étoile, avril 1988, p. 32)


Lors des dernières années, le respect du patrimoine spirituel de Mahomet et des valeurs religieuses de la communauté musulmane a conduit les saints des derniers jours et les musulmans du monde entier à avoir de plus en plus de contacts et à coopérer davantage. Cette coopération est due, en partie, à la présence d’assemblées de saints des derniers jours dans des régions telles que le littoral Est de la Méditerranée, l’Afrique du Nord, le golf Persique et l’Asie du Sud-Est. L’Église respecte les lois et les traditions musulmanes qui interdisent la conversion des musulmans à d’autres religions. Elle a donc adopté une politique de non-prosélytisme dans les pays musulmans du Moyen-Orient.


Cependant, les exemples de dialogue et de coopération sont nombreux, comme les visites de dignitaires musulmans au siège de l’Église à Salt Lake City ; l’utilisation des conserveries de l’Église par des musulmans, pour produire des aliments halal (purifiés par un rituel) ; l’aide humanitaire et l’aide de première urgence de l’Église destinées à des régions majoritairement musulmanes, notamment la Jordanie, le Kosovo et la Turquie ; les accords universitaires entre l’Université Brigham Young et divers établissements universitaires et gouvernementaux du monde musulman ; l’existence de l’Association des Étudiants Musulmans de l’Université Brigham Young ; et le nombre croissant d’exemples de collaboration entre l’Église et des organisations musulmanes pour la sauvegarde des valeurs familiales traditionnelles dans le monde entier [1]. Récemment lancée, la publication de la Islamic Translation Series (collection d’ouvrages islamiques traduits en anglais), est parrainée par l’université Brigham Young et par l’Église, et a engendré d’importants échanges entre des autorités musulmanes et des dirigeants de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Un ambassadeur musulman aux Nations Unis a prédit que cette collection d’ouvrages traduits « jouera un rôle positif dans l’effort de l’Occident pour acquérir une meilleure compréhension de l’Islam. » (Church News, 3 avril 1999, p. 6)


Ces exemples d’interaction entre saints des derniers jours et musulmans, en plus de l’installation de deux grands centres d’échanges universitaires et culturels au Moyen-Orient, en 1989 (à Jérusalem et à Amman), reflètent le respect traditionnel pour l’Islam dont les dirigeants de l’Église ont fait preuve dès le début de l’Église. Ces actions sont des preuves tangibles de l’effort que l’Église fait pour promouvoir une meilleure compréhension du monde musulman et témoignent du rôle de plus en plus prépondérant de l’Église dans la volonté de combler le fossé qui existe depuis longtemps entre musulmans et chrétiens. Conscient des points communs entre les musulmans et les saints des derniers jours, un membre du Conseil des ministres égyptien a dit à Howard W. Hunter, du Collège des douze apôtres : « Si on arrive un jour à combler le fossé entre le christianisme et l’islam, cela se fera nécessairement par l’Église mormone. » (Ensign, juin 1979, p. 74)

 


Vie de Mahomet


Qui donc était Mahomet et qu’est-ce qui, dans sa vie et dans ses enseignements, a mérité l’intérêt et l’admiration des dirigeants de l’Église ? Quelle force et quelles vertus pouvons-nous retirer de l’expérience musulmane pour notre propre vie spirituelle, comme le suggère le président Hinckley ?


À l’aube du 21ème siècle, l’islam est l’une des plus grandes religions du monde et l’une de celles qui progressent le plus rapidement. On compte actuellement plus d’un milliard de musulmans (presque un cinquième de la population mondiale). Les musulmans vivent pour la plupart en Asie du sud-est, dans le sous-continent indien, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, et ils sont également nombreux en Europe et en Amérique du Nord. Certaines prévisions estiment que l’islam sera la religion qui comptera le plus d’adeptes dans le monde pendant la première moitié de ce nouveau siècle. Les origines de cette religion dynamique et méconnue, pour certains, remontent aux modestes débuts et à l’œuvre fondatrice de Mahomet, il y a quatorze siècles. Les musulmans considèrent que Mahomet est le dernier de la longue succession de prophètes que Dieu a envoyés pour enseigner l’islam au monde.


Mahomet (en Arabe « loué ») est né en 570 à La Mecque, ville prospère qui était un centre de commerce par caravane et de pèlerinage religieux au Nord-Ouest de la péninsule arabique. Devenu orphelin dans sa petite enfance, il a vécu dans la pauvreté pendant sa jeunesse. Il était gardien de troupeau pour sa famille et ses voisins, ce qui lui donnait amplement le temps d’être seul pour méditer sur les grandes questions de la vie. Dans sa communauté, Mahomet a acquis la réputation d’être un arbitre de confiance et un conciliateur, comme le montre le récit suivant :


« À un moment donné, les Quraish [la tribu de Mahomet] ont décidé de reconstruire la Ka`ba [lieu saint] en replaçant les pierres au-dessus des fondations. Ils voulaient placer la pierre noire à l’un des coins mais ils n’arrivaient pas à décider qui aurait l’honneur de le faire. Ils se seraient violemment disputés si le jeune homme [Mahomet], qu’ils admiraient tous et en qui ils avaient confiance, n’était pas passé par là. Ils [lui] ont demandé… de régler le litige. Il leur a dit d’étendre un grand manteau et d’y placer la pierre noire au centre. C’est ce qu’ils ont fait. Puis il a demandé à un homme de chacun des quatre clans qui se disputaient de tenir un coin du manteau. De cette façon, ils ont tous eus l’honneur de porter la pierre. » (Muhammad the Beloved Prophet, Iqbal Ahmad Azami, 1990, p. 14-15) [2]


À l’âge de 25 ans, Muhammad a épousé une veuve, Khadija, qui avait 15 ans de plus que lui et qui avait fait fortune dans le commerce par caravane. Elle connaissait sa réputation d’homme honnête et travailleur et c’est elle qui l’a demandé en mariage. Ce mariage s’est avéré être un mariage heureux. Quatre filles et deux garçons en sont nés. Pendant les quinze années suivantes, Mahomet s’est employé à gérer l’entreprise familiale avec Khadija et à élever leurs enfants. Au cours de cette période, il se retirait souvent dans le désert pour être seul pour prier, méditer et adorer. Il était mécontent de la corruption, de l’idolâtrie et des injustices sociales qui sévissaient à La Mecque. Il était en quête d’une vérité supérieure qui lui apporterait, à lui et à son peuple, la paix, la justice et le bien-être spirituel.


En 610, à l’âge de 40 ans, sa quête et sa préparation spirituelles ont atteint leur apogée. Selon l’histoire de l’islam, alors que Mahomet priait et méditait un soir sur le Mont Hira près de La Mecque, l’ange Gabriel lui est apparu pour lui donner un message de Dieu (en Arabe Allah) [3]. À trois reprises, l’ange a commandé à Mahomet : « Récite : Au nom de ton Seigneur qui a créé, qui a créé l’homme d’un caillot. Récite : Ton Seigneur est le Très Généreux, qui a enseigné par la plume, a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas. » (Le Coran, sourate 96, v.1-5, The Koran Interpreted, A. J. Arberry, traducteur, 1955, p. 344)


Mahomet a déclaré avoir reçu pendant 22 ans, de 610 à son décès en 632, des communications venant d’Allah, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, qu’il a mémorisées et récitées à ses disciples. Les musulmans appellent l’ensemble de ces récitations de la pensée et de la volonté d’Allah : al-Qo`ran (« récitation »). Cependant, les enseignements de Mahomet contre l’idolâtrie, le polythéisme, l’infanticide des filles, et d’autres corruptions religieuses et sociales ont rencontré une violente opposition à La Mecque. On a rejeté son message au début de sa période de prédication à La Mecque, et Mahomet et sa jeune communauté de convertis, essentiellement constituée de quelques membres de sa famille et de quelques amis proches, ont été rejetés, persécutés et même torturés.


Puis un groupe d’homme est venu de la ville de Yathrib pour demander à Mahomet de servir d’arbitre pour régler les disputes qui ruinaient leur ville. Mahomet y a vu l’occasion de soulager les souffrances de ses disciples et il a accepté de quitter La Mecque. Il a d’abord envoyé ses disciples puis il s’est lui-même rendu dans cette ville, qui allait dorénavant s’appeler Madinat an-Nabi (« Ville du prophète ») ou simplement Médine. Cette émigration (en Arabe Hijra [hégire]), de La Mecque à Médine, a eu lieu en 622, année qui marque le début du calendrier de l’hégire musulman. Les musulmans ont vu en l’Hijra une date charnière de la vie du prophète et un tournant dans la nature de la communauté musulmane. De prédicateur rejeté, Mahomet est devenu homme d’État, législateur, juge, éducateur et dirigeant militaire. À Médine, les musulmans étaient libres d’établir leur communauté en sécurité, de développer des institutions de gouvernement et d’éducation, et de devenir une communauté prospère, contrairement à leur situation à La Mecque, où ils étaient une minorité religieuse persécutée.


Quelques années après l’Hijra, Mahomet a pu retourner à La Mecque, où l’on a progressivement adopté ses enseignements. De nos jours, les musulmans considèrent La Mecque comme le grand centre spirituel de l’Islam et la ville la plus sainte, devant Médine et Jérusalem, en troisième position.


En 632, à l’âge de 62 ans, Mahomet est mort de façon inattendue après une courte fièvre. En tous points, Mahomet a eu un succès phénoménal, même si son nom et sa contribution ont été sujets à controverse en occident. Cependant, durant la deuxième moitié du 20ème siècle, les historiens non-musulmans sont devenus plus objectifs et plus élogieux. Ils ont reconnu que l’œuvre de Mahomet dans les domaines politique et religieux lui fait mériter une place parmi les personnages qui ont eu le plus d’influence dans l’Histoire.


Contrairement au stéréotype du monde occidental qui considère que Mahomet est un ennemi des Chrétiens, les sources musulmanes le décrivent comme un homme qui était toujours humble, bienveillant, doté d’humour, généreux et qui avait des goûts simples. Il souriait souvent, mais on dit qu’il riait rarement. Un hadith (recueil des paroles et des actes de Mahomet) bien connu, raconte en effet : « Si vous saviez ce que je sais, vous pleureriez beaucoup et vous ririez peu ». L’histoire suivante illustre bien son humour : « Un jour une dame avancée en âge est venue le voir pour lui demander si les vieilles femmes misérables allaient aussi au Paradis. ‹Non, a-t-il répondu, il n’y a pas de vieilles femmes au Paradis !› Puis, regardant son visage marqué par le chagrin, il a dit en souriant : ‹Elles seront toutes transformées au Paradis, car il n’y a là que la jeunesse pour tous !› »


Il dispensait des conseils sages et pratiques à ses disciples. Lorsqu’un homme lui demanda s’il fallait qu’il attache son chameau, puisqu’il mettait sa confiance en l’aide et la protection de Dieu, Mahomet répondit : « Attache-le d’abord, et ensuite fais confiance à Dieu ». Certains récits indiquent que la famille de Mahomet était pauvre et avait souvent faim. Elle ne pouvait parfois manger que du pain sec. Sa déclaration faqri fakhri : « Ma pauvreté est ma fierté », montre qu’il tirait du plaisir des choses simples. Par la suite, les ascètes musulmans ont fait de cette expression leur devise. Il avait une tendresse particulière pour les enfants et permettait à ses deux petits-fils de monter sur son dos lorsqu’il faisait sa prière. Un homme l’a un jour critiqué d’avoir embrassé son petit-fils, Hasan, lui disant : « J’ai dix garçons et je ne les ai jamais embrassés ». Mahomet a répondu : « Celui qui ne montre pas de miséricorde ne recevra pas de miséricorde. » (And Muhammad Is His Messenger: The Veneration of the Prophet in Islamic Piety, de Annemarie Schimmel, 1985, p. 46-49)


Dans son dernier discours à la mosquée de Médine, le jour de sa mort, Mahomet a fait preuve d’humilité et de magnanimité en faisant ses adieux à sa communauté, après plus de trente ans de sacrifice pour elle : « Si j’ai blessé l’honneur de quelqu’un, je suis prêt à répondre de cela. Si j’ai injustement infligé une souffrance corporelle à quelqu’un, j’accepte de payer le châtiment. Si je dois quelque chose à quelqu’un, voilà mes biens, qu’il se serve… Personne ne devrait dire : ‹J’ai peur de l’inimitié et de la rancœur du messager de Dieu›. Je ne garde rancune à personne. Ces choses sont répugnantes à ma nature et à mon tempérament. Je les abhorre. » (« The Life of the Prophet », Ja`far Qasimi, dans Islamic Spirituality, édité par Seyyed Hossein Nasr, 1991, p. 92)


Avec cette vision de Mahomet à l’esprit, nous pouvons comprendre pourquoi les musulmans bénissent fréquemment son nom, l’évoquent dans leurs conversations et célèbrent le jour de sa naissance. Les musulmans pieux s’efforcent de suivre son exemple dans tous les aspects de la vie : la façon de s’habiller, les soins de toilette, les bonnes manières à table, les rituels religieux et la bienveillance envers autrui.

 


Enseignements de Mahomet


La vie du musulman repose sur cinq principes fondamentaux qui sont présentés en termes généraux dans le Coran et qui sont exposés dans les enseignements et les règles traditionnelles (en Arabe sunna) de Mahomet. Ces cinq piliers sont la profession de foi, la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage à La Mecque. Pour illustrer la façon dont Mahomet enseignait et son rôle capital dans la vie musulmane, voici quelques enseignements qu’il a donnés sur le don charitable et le jeûne.


Le principe de l’aumône est destiné à prendre soin des pauvres et à favoriser la compassion parmi la communauté de croyants. Le Coran indique que ce sont la charité et la compassion, non l’observance machinale des rituels, qui déterminent la dignité aux yeux de Dieu (S. 2, v. 177). Les paroles de Mahomet enseignent clairement la pratique de la charité :


« Aucun d’entre vous ne croit [vraiment] jusqu’à ce qu’il souhaite pour son frère ce qu’il souhaite pour lui-même. »


« Le corps entier de chacun doit pratiquer la charité tous les jours où le soleil se lève : agir équitablement entre deux personnes est un acte de charité ; aider un homme à monter sur sa monture, où hisser ses affaires sur sa monture est un acte de charité ; une bonne parole est un acte de charité ; tous les pas que l’on fait pour aller prier sont des actes de charité ; enlever un objet dangereux de la route est un acte de charité. »


« La charité éteint le péché comme l’eau éteint le feu. »


« Sourire à autrui est un acte de charité. »


« Celui qui dort l’estomac plein en sachant que son voisin a faim [n’est pas croyant]. » (les trois premiers hadiths cités ici sont tirés de al-Arba`in al-Nawawiyya [Nawawi’s Forty Hadith], 1976, p. 56, 88, 98 ; L’auteur a noté les deux derniers hadiths lors de conversations avec des connaissances ou des amis musulmans)


Les musulmans considèrent que le but du jeûne est double : apporter un état d’humilité et livrer son âme à Dieu, et favoriser la compassion envers les pauvres de la communauté et prendre soin d’eux. Ainsi, le jeûne et l’aumône vont de pair : le renoncement à soi ne peut être complet sans le don de soi.


J’ai repensé à ce principe en vigueur parmi les musulmans et à la grande influence de l’exemple de Mahomet dans leur vie, lorsque je vivais au Caire, en Égypte, pendant le mois sacré de jeûne, le mois du Ramadan [4]. Un ami musulman, Nabil, nous a invités, ma famille et moi, à un repas en famille, le soir, à la rupture du jeûne. Lorsque nous sommes entrés dans son modeste appartement, dans l’un des quartiers les plus pauvres du Caire, j’ai remarqué que beaucoup de femmes se trouvaient dans une pièce, avec leurs enfants. Ils étaient tous assis par terre. De la nourriture était disposée devant eux sur une nappe. Ils attendaient calmement l’appel à la prière qui marque, chaque jour, la fin du jeûne. Lorsque j’ai demandé si ces personnes étaient de sa famille, Nabil a répondu : « Non, je ne connais aucun d’entre eux. Nous avons l’habitude d’inviter des inconnus dans la rue qui ne peuvent pas se permettre d’acheter de la bonne nourriture, à manger notre repas du Ramadan avec nous. Nous faisons cela parce que c’était l’une des coutumes de notre prophète, Mahomet. »


La générosité et la compassion de mon ami musulman pour les pauvres m’ont beaucoup touché. Cela m’a beaucoup ému de le voir mettre en pratique un principe que j’avais appris dans la Bible des années auparavant mais dont j’avais rarement été témoin : « Lorsque tu donnes à dîner ou à souper, ne convie pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni des voisins riches… mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. Et tu seras heureux, puisqu’ils n’ont pas de quoi te rétribuer » (Luc 14:12-14).

 


Point de vue des saints des derniers jours


Alors comment les saints des derniers jours peuvent-ils considérer les musulmans ? La meilleure attitude consiste à reconnaître les vérités et les valeurs que nous avons en commun avec nos frères et sœurs musulmans, tout en reconnaissant poliment qu’il existe des différences théologiques. Il est certain que les saints des derniers jours n’acceptent pas les enseignements de l’islam qui rejettent la divinité de Jésus-Christ, la nécessité de prophètes modernes ou le principe de la progression éternelle. Mais en étant humbles et réceptifs à la lumière spirituelle, où que nous la trouvions, nous pouvons retirer beaucoup de la perception des musulmans et soutenir les similarités telles que la croyance en la foi, la prière, le jeûne, le repentir, la compassion, la pudeur et la famille, croyances qui sont les pierres angulaires de la spiritualité individuelle et de la vie en collectivité. [5]


Lors d’une réunion avec des dignitaires musulmans, Neal A. Maxwell, du Collège des douze apôtres, a insisté sur l’héritage spirituel commun des mormons et des musulmans. Après avoir cité un verset du Coran, il a déclaré : « Dieu est la source de la lumière dans le ciel et sur la terre. Nous croyons cela tout comme vous. Nous résistons au monde séculier. Nous croyons, comme vous, que la vie a un sens… Nous révérons l’institution de la famille… Nous saluons votre intérêt pour l’institution de la famille… Le respect mutuel, l’amitié, et l’amour sont précieux dans le monde d’aujourd’hui. Nous éprouvons ces sentiments envers nos frères et nos sœurs musulmans. L’amour n’a jamais besoin de visa. Il traverse toutes les frontières et rapproche les générations et les cultures. » (Church News, 3 avril 1999, p. 6, ainsi que les observations et les notes personnelles de l’auteur)


Dans l’une de ces déclarations les plus éloquentes sur la tolérance et la compassion, Joseph Smith a incité les saints à élargir leur vision de la famille humaine, à voir les personnes qui ont une foi et une culture différentes comme notre Père céleste les voit et non selon les « idées étroites et mesquines des hommes ». Il a enseigné que le Père tiendra compte des conditions personnelles, politiques et sociales au jour dernier et qu’il rendra un jugement final selon sa perspective divine miséricordieuse qui dépasse notre compréhension humaine limitée.


Il a ajouté : « Mais tandis qu’une partie du genre humain juge et condamne impitoyablement l’autre, le Père suprême de l’univers contemple la famille humaine tout entière avec un souci et une considération paternels ; il la considère comme sa postérité et sans aucun de ces sentiments mesquins qui influencent les enfants des hommes, ‹fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes›. Il tient en main les rênes du jugement ; c’est un législateur sage et il jugera tous les hommes, non pas selon les idées étroites et mesquines des hommes, mais ‹selon le bien ou le mal qu’ils auront fait, étant dans leur corps›, que ces œuvres aient été accomplies en Angleterre, en Amérique, en Espagne, en Turquie ou en Inde. Il jugera les hommes ‹non pas selon ce qu’ils n’ont pas, mais selon ce qu’ils ont›, ceux qui ont vécu sans loi seront jugés sans loi et ceux qui ont une loi seront jugés par cette loi. Nous ne devons pas douter de la sagesse et de l’intelligence du grand Jéhovah ; il distribuera les jugements ou la miséricorde à toutes les nations selon leur mérite respectif, leurs moyens d’obtenir de la connaissance, les lois par lesquelles elles sont gouvernées, les facilités qui leur sont données d’obtenir des renseignements corrects et ses desseins impénétrables concernant la famille humaine ; et quand les desseins de Dieu seront manifestés et que le voile de l’avenir sera retiré, nous devrons tous finalement confesser que le Juge de toute la terre a bien agi. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 176)


En réponse aux questions sur les relations de l’Église avec les autres religions, je me réjouis de dire que nous appartenons à une Église qui soutient les vérités enseignées par Mahomet et d’autres grands maîtres, réformateurs ou fondateurs religieux. Nous reconnaissons la bonté qui émane de la vie de personnes qui appartiennent à d’autres communautés religieuses. Nous ne renonçons pas aux vérités éternelles révélées de l’Évangile rétabli, mais nous nous efforçons de ne pas être en position d’adversaires vis-à-vis des autres confessions. En accord avec la recommandation moderne d’un prophète, nous cherchons plutôt à chérir ce qui est vertueux et digne de louange et à cultiver une attitude de « profonde reconnaissance » envers eux. Nous, saints des derniers jours, pouvons respecter la lumière spirituelle que possèdent d’autres religions et en retirer beaucoup, tout en cherchant humblement à apporter la part supplémentaire de vérité éternelle qui nous est donnée par la révélation moderne.



Notes


[1] Les activités qui ont trait à la famille sont coordonnées par le World Family Policy Center (Centre mondial pour une politique en faveur de la famille) à l’Université Brigham Young. Ce centre parraine une coalition internationale entre personnes de religions différentes, le World Congress of Families (Congrès mondial de la famille), qui comprend des représentants de nombreux pays musulmans.

[2] La Ka`ba est le lieu saint de La Mecque qui, selon les musulmans, a été construit par Abraham et son fils Ismaël.

[3] Allah est la contraction de al-ilah, qui signifie « le Dieu ». C’est le mot qui est utilisé par tous les musulmans et les chrétiens arabes pour désigner Dieu. Les saints des derniers jours arabophones utilisent couramment ce mot et il est employé dans les Écritures et l’Église dans les régions de langue arabe.

[4] Pendant le Ramadan, les musulmans jeûnent de l’aube au coucher du soleil pendant 30 jours consécutifs ; ils s’abstiennent de nourriture, de boisson, de tabac et d’autres plaisirs physiques.

[5] Pour plus de renseignements sur le monde musulman ou les similarités et les différences de doctrine, voir Abraham Divided: An LDS Perspective on the Middle East, Daniel C. Peterson, 1995, ou « Islam », James A. Toronto, dans Religions of the World: A Latter-day Saint View, Spencer J. Palmer et Roger R. Keller, 1997, p. 213-241.



Source : Le Liahona, juin 2002, p. 30-42