Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés
 
 
Spencer W. Kimball
 
Membre du collège des Douze de 1943 à 1970
Président suppléant du collège des Douze de 1970 à 1972
Président du collège des Douze de 1972 à 1973
Président de l’Église de 1973 à 1985
 
 
 
      Un message d'enseignement de paroisse nous dit ceci :
 
« On peut dire sans risque de se tromper que rien de ce que Jésus a fait ne lui a apporté plus de joie que de pardonner à ses semblables. Il a donné sa vie même pour que la transgression d'Adam soit pardonnée et que nous nous en voyions épargner les conséquences. Que chacun réfléchisse à son passé et se souvienne du moment où il a pardonné à quelqu'un. Y a-t-il une joie qui ait été plus grande pour lui ? Y a-t-il un sentiment qui ait été plus élevant ? Les sentiments destructeurs de petitesse, de mesquinerie et de haine ou l'aspiration à la vengeance sont chassés par l'attitude de pardon. Le pardon vaut mieux que la vengeance, car il est le signe d'une nature douce, alors que la vengeance est le signe d'une nature sauvage[1]. »
 
      Le grand Abraham Lincoln comprenait ce principe mieux que la plupart des gens. Il avait la réponse à beaucoup de problèmes. Son ministre de la Guerre, Edwin Stanton, était un de ses problèmes. Edwin Stanton écrivit une lettre violente à un général qui l'avait insulté et l'avait accusé de favoritisme. Il lut la lettre à Lincoln qui écouta et s'exclama ensuite : « Excellent, Stanton, vous l'avez touché en plein dans le mille ! »
 
      Comme Stanton remettait la lettre dans son enveloppe, Lincoln demanda vivement : « Eh là, qu'est-ce que vous allez en faire maintenant  ? »
 
      « La lui envoyer. »
 
      « Non, non, cela gâcherait tout, répondit Lincoln. Classez-la. C'est le genre de classement qui la garde fraîche et ne blesse pas l'autre. »
 
 
Paul et Étienne pardonnaient à leurs ennemis
 
      Savoir pardonner est le signe de la vraie grandeur. Voyez la vie de Paul. Bien qu'il n'ait pas été parfait, il fut, après sa conversion, un homme extrêmement juste. Il nous a donné un bel exemple de pardon. Il dit :
 
      « Alexandre, le forgeron, m'a fait beaucoup de mal. Le Seigneur lui rendra selon ses œuvres » (2 Timothée 4:14).
 
      Paul était disposé à laisser le jugement et le châtiment au Seigneur qui serait sage et juste. Malgré tout ce qu'il avait souffert de la part de ses oppresseurs, dont certains étaient des faux frères, il n'était pas consumé de haine ou de rancune. Tout au contraire.
 
      Aux Corinthiens, il recommanda les traits de caractère mêmes qu'il avait si pleinement développés en lui (2 Cor. 11:23-28). Nous voyons ici le noble Paul qui avait beaucoup souffert aux mains de ses contemporains ; Paul qui avait été roué de coups, qui avait subi l'incarcération dans de nombreuses prisons ; Paul qui avait reçu deux cents coups de fouet sur le dos, qui avait été battu de verges, Paul qui avait été lapidé et laissé pour mort et qui à trois reprises avait fait naufrage et avait lutté plusieurs heures dans l'eau ; Paul qui avait souffert des voleurs, avait été caché à ses poursuivants et s'était échappé dans un panier par-dessus le mur ; ce Paul qui avait tellement souffert à cause des autres arriva vers la fin de sa vie disposé à pardonner et dit :
 
      « Dans ma première défense, personne ne m'a assisté, mais tous m'ont abandonné. Que cela ne leur soit point imputé ! » (2 Timothée 4:16).
 
      Étienne fut lui aussi un exemple de la nature divine du pardon. L'un des sept hommes choisis pour l’œuvre temporelle de l'Église, c'était un homme ‘plein de foi et d'esprit saint’. Sa vie était à tel point proche de la perfection, que pour beaucoup « son visage... parut comme celui d'un ange » (Actes 6:15). Après le sermon cinglant qu'il adressa à ses antagonistes, les méchants de l'endroit, il fut victime d'un assassinat expéditif et pervers commis par des hommes qui se précipitèrent sur lui,
 
      « … le traînèrent hors de la ville et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidaient Étienne, qui priait et disait : Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! Puis, s'étant mis à genoux, il s'écria d'une voix forte : Seigneur ne leur impute pas ce péché ! Et, après ces paroles, il s'endormit » (Actes 7:58-60).
 
 
Le grand exemple de Jésus
 
      Nous avons l'exemple suprême de force d'âme, de bonté, de charité et de pardon chez celui qui fut le modèle parfait, notre Sauveur Jésus-Christ, qui nous commande à tous de le suivre. Toute sa vie il avait été victime de la méchanceté. Nouveau-né, on l'avait caché sur l'ordre d'un ange apparu en songe pour lui sauver la vie et il avait été emmené en Égypte. À la fin de sa vie mouvementée, il avait fait preuve d'une dignité silencieuse, pleine de retenue et divine pendant que des hommes méchants lui couvraient le visage d'abominables crachats chargés de germes de maladies. Quelle horreur ! Mais quel calme il manifesta ! Quelle maîtrise de soi !
 
      Ils le poussèrent çà et là, le bousculèrent et le tourmentèrent. Pas un mot de colère n'échappa à ses lèvres. Quel maîtrise de soi ! Ils le giflèrent et le frappèrent. Quelle humiliation ! Comme ce dut être douloureux ! Et cependant il demeura résolu, ne se laissant pas intimider. Il suivit littéralement sa propre exhortation quand il tourna l'autre joue pour qu'on pût la gifler et la frapper, elle aussi.
 
      Ses propres disciples l'avaient abandonné et s'étaient enfuis. C'est dans cette position difficile qu'il affronta la canaille et ses dirigeants. Il resta seul à la merci de ses assaillants et de ses détracteurs brutaux et criminels.
 
      Les mots sont, eux aussi, difficiles à accepter. Les accusations, les récriminations et leurs blasphèmes contre les choses, les personnes, les lieux, les situations qui lui étaient sacrés, durent être difficiles à accepter. Ils traitèrent sa douce et innocente mère de fornicatrice, et cependant il tint bon, ne bronchant jamais. Pas de révolte, pas de protestation, pas de réfutation. Quand de faux témoins mercenaires furent payés pour mentir à son propos, il parut ne pas les condamner.
 
      Ils déformèrent ses paroles et interprétèrent faussement ses intentions, et cependant il demeura calme et impassible. Ne lui avait-il pas été enseigné de prier pour ceux ‘qui vous maltraitent’ ?
 
      Il fut battu, officiellement flagellé. On lui fit porter une couronne d'épines, torture perverse. On se moqua de lui et on le railla. Il subit toutes les indignités de la part de son propre peuple. « Je suis venu chez les miens, et les miens ne m'ont point reçu », dit-il. Il dut porter sa propre croix, fut emmené au calvaire, cloué sur une croix et subit des souffrances atroces. Finalement, alors que les soldats et ses accusateurs étaient au-dessous de lui, il regarda les soldats romains et dit ces paroles immortelles :
 
     « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc 23:34).
 
 
Nous devons pardonner en toutes circonstances
 
      Il aurait été facile à Paul, à Étienne et à Jésus d'être vindicatifs, je veux dire s'ils n'avaient pas assidûment cultivé l'esprit de pardon. La vengeance est une réaction de l'homme charnel et non de l'homme spirituel. Elle entre dans notre vie quand nous le lui permettons par des malentendus et des offenses.
 
      À l'époque moderne, le Seigneur a parlé explicitement de ce sujet et a fait une déclaration qui est surprenante par ce qu'elle implique. On la trouve dans Doctrine et Alliances, section 64. Je n'oublierai jamais cette Écriture, car elle est venue à moi d’une manière qui m'a semblé miraculeuse.
 
      Je me débattais avec un problème communautaire dans une petite paroisse de l'Est où deux hommes importants, des dirigeants, étaient empêtrés dans un long et impitoyable conflit. Un malentendu les avait séparés, et ils se haïssaient. Au fil des jours, des semaines et des mois, la rupture n'avait cessé de s'aggraver. Les familles de chacun des adversaires commencèrent à prendre parti et finalement presque tous les membres de la paroisse furent impliqués. Les rumeurs se répandirent, des différends furent dévoilés et le commérage se déchaîna, au point que la petite communauté était divisée par un gouffre profond. Je fus envoyé régler l'affaire. Après une longue conférence de pieu qui dura presque deux jours, j'arrivai le dimanche vers six heures du soir dans cette communauté frustrée et me réunis immédiatement avec les principaux belligérants.
 
      Comme nous luttâmes ! Comme je suppliai, mis en garde, priai et exhortai ! Rien ne paraissait les émouvoir. Chaque antagoniste était si sûr d'avoir raison et d'être justifié, qu'il était impossible de le faire bouger.
 
      Les heures passaient - il était maintenant bien plus de minuit, et le désespoir semblait envelopper l'endroit ; l'atmosphère était toujours une atmosphère de mauvaise humeur et d'agressivité. La résistance entêtée ne voulait pas céder. C'est alors que l'événement se produisit. J'ouvris de nouveau Doctrine et Alliances au hasard et je tombai sur ce passage. Je l'avais lu bien des fois dans les années précédentes et il n'avait pas eu alors de signification spéciale. Mais ce soir-là, c'était la réponse qu'il me fallait. C'était un appel, une supplication et une menace et elle semblait venir directement du Seigneur. Je lus à partir du verset 7, mais les participants querelleurs ne bougèrent pas d'un pouce jusqu'au moment où j'arrivai au verset 9. Alors je les vis fléchir, surpris, méditatifs. Se pouvait-il que ce fût juste ? Le Seigneur nous disait à nous tous « c'est pourquoi, je vous dis que vous devez vous pardonner les uns aux autres ».
 
      C'était une obligation. Ils l'avaient déjà entendue. Mais ensuite  « ... car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur... »
 
      Dans leur cœur, ils s'étaient peut-être dit : « Eh bien, je pourrais pardonner s'il se repent et demande pardon, mais il doit faire le premier pas. » Alors ils semblèrent touchés par l'impact de la dernière ligne : « car c'est en lui que reste le plus grand péché. »
 
      Comment ? Cela veut-il dire que je doive pardonner, même si mon antagoniste reste froid, indifférent et méchant ? Ceci est clair et net.
 
      On commet souvent l'erreur de penser que l'offenseur doit s'excuser et s'humilier dans la poussière avant que le pardon soit requis. Assurément celui qui fait le mal doit réparer totalement, mais l'offensé, lui, doit pardonner à l'offenseur quelle que soit l'attitude de l'autre. Parfois les hommes trouvent de la satisfaction à voir l'adversaire à genoux, rampant dans la poussière, mais ce n'est pas la façon de faire de l'Évangile.
 
      Secoués, les deux hommes se redressèrent sur leur chaise, écoutèrent, réfléchirent un instant, puis commencèrent à céder. Cette Écriture, s'ajoutant à toutes celles qui avaient été lues, les fit mettre à genoux. À deux heures du matin, les deux adversaires jurés se serraient la main, souriant, pardonnant et demandant pardon. Les deux hommes sétreignaient, geste qui en disait long. En cette heure sainte, les vieux griefs étaient pardonnés et oubliés, et les ennemis redevenaient des amis. Plus jamais il ne fut fait allusion aux différends. Les ombres étaient chassées et chassées pour de bon et la paix était revenue.
 
      À cet égard, on peut appliquer maintenant, comme à l'époque, l'exhortation de Joseph F. Smith, faite en 1902 :
 
      « Nous espérons de tout cœur que vous... vous pardonnerez et que dorénavant... vous ne garderez pas rancune à un de vos semblables. Il est extrêmement préjudiciable à un homme qui détient le don du Saint-Esprit de nourrir un esprit d'envie, de rancune, de représailles ou d'intolérance vis-à-vis de son prochain. Nous devons dire dans notre cœur « Que Dieu juge entre moi et toi, quant à moi je te pardonne. » Je tiens à vous dire que les saints des derniers jours qui nourrissent de la rancune sont plus condamnables que celui qui a péché contre eux. Rentrez chez vous et chassez de votre cœur l'envie et la haine, liquidez le sentiment de rancune et cultivez dans votre âme l'esprit du Christ qui s’est écrié sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Tel est l'esprit que les saints des derniers jours doivent posséder tout au long du jour. »
 
      Oui, pour être dans notre bon droit, nous devons pardonner, et nous devons le faire sans nous occuper de savoir si notre antagoniste se repent ou non, ni si sa transformation est sincère, ni s'il demande ou non notre pardon. Nous devons suivre l'exemple et l'enseignement du Maître, qui disait : « ... vous devriez dire en votre cœur - Que Dieu juge entre moi et toi, et te récompense selon tes actes » (D&A 64:11). Mais les hommes sont souvent peu disposés à laisser les choses au Seigneur, craignant peut-être que le Seigneur ne soit trop miséricordieux, moins sévère qu'il ne le faut dans le cas en question. En ceci, nous devons toujours tirer une leçon du grand David.
 
      Quand il était poursuivi pour être tué par le roi Saül qui était jaloux de lui, et qu'il eut une occasion de le tuer facilement, le jeune et pur David s'abstint de se débarrasser de son ennemi. Il coupa le bord du manteau de Saül pour prouver au roi qu'il avait été à sa merci. Il dit plus tard à Saül :
 
      « Je n'ai point péché contre toi. Et toi, tu me dresses des embûches, pour m'ôter la vie ! L'Éternel sera juge entre moi et toi, et l'Éternel me vengera de toi ; mais je ne porterai point la main sur toi. Des méchants vient la méchanceté » (1 Samuel 24:11-13).
 
      Et Saül, quand il se rendit compte combien il avait été impuissant quand il était à la merci de David, répondit :
 
      « Tu es plus juste que moi ; car tu m'as fait du bien, et moi je t'ai fait du mal » (1 Sam. 24:18).
 
      Une des plus belles montagnes du monde, située dans le parc national de Jasper au Canada a reçu le nom d'Edith CaveIl, une infirmière qui fut exécutée par ses ennemis pour avoir caché, soigné et nourri des soldats blessés. Quand elle se trouva devant le peloton d'exécution, elle prononça ces paroles immortelles, qui sont maintenant préservées dans le bronze et le granit :
 
      « Je sais que le patriotisme ne suffit pas. Je ne dois avoir ni haine ni rancune contre qui que ce soit. »
 
 
Le pardon suprême
 
      Parfois l'esprit de pardon est porté jusqu'aux sommets les plus sublimes : aider l'offenseur. Ne pas se venger, ne pas rechercher ce que la justice outragée pourrait exiger, mais laisser l'offenseur entre les mains de Dieu : cela est admirable. Mais rendre le bien pour le mal, c'est l'expression sublime de l'amour chrétien.
 
      Nous avons à cet égard l'exemple stimulant de George Albert Smith. On lui fit dire que quelqu'un avait volé la bâche de son buggy. Au lieu de se fâcher, il répondit : « Dommage que nous ne savions pas qui c'était, car nous aurions pu aussi lui donner la couverture, car il devait avoir froid, et aussi de la nourriture, car il devait avoir faim. »
 
      Ceci me rappelle l'histoire classique de Jean Valjean dans l’œuvre immortelle de Victor Hugo « Les Misérables ». Henry D. Moyle a résumé ce passage pour nous dans son discours rapporté dans l'lmprovement Era de novembre 1957 :
 
      « La description que Victor Hugo nous fait de Jean Valjean après dix-neuf ans de peine aux galères est inoubliable. Son premier délit avait été de voler un pain pour nourrir la famille affamée de sa mère. À ce moment-là, il n'était qu'un petit garçon. Quand il fut libéré de prison, lorsque tous les autres l'eurent rejeté comme ancien bagnard méprisé, il trouva finalement un ami en l'évêque M. Beauvian. Cet évêque traira Jean Valjean avec beaucoup de bonté et de générosité. Il lui fit confiance et lui donna nourriture et logement. Jean Valjean, incapable de surmonter les impulsions mauvaises entretenues pendant ces années de prison, récompensa l'évêque en lui volant son argenterie qui se composait de beaucoup de reliques de famille sans prix. Il fût peu après appréhendé par les gendarmes et ramené avec, dans son sac, le trésor de l'évêque. L'évêque pardonna à Jean Valjean et, au lieu de l'accuser de ce lâche acte d'ingratitude, lui dit à l'instant : « Vous avez oublié les chandeliers », et, les donnant à Jean Valjean, lui dit qu'ils étaient aussi en argent. Lorsque les policiers furent partis, l'évêque dit à l'ancien bagnard : « Jean Valjean, mon frère, tu n'appartiens plus au mal mais au bien... je la tirerai (son âme) des pensées ténébreuses et de l'esprit de perdition... »
 
      Cet acte de pardon de la part d'un homme dont les biens avaient été volés éveilla les vertus latentes de Jean. Elles étaient restées dix-neuf ans en veilleuse. Même son long séjour aux galères ne pouvait détruire le désir inhérent chez cet homme, de faire du bien. L'un de ses tout premiers actes après le saint geste de l'évêque fut de se faire l'ami d'une petite fille aux cheveux blonds appelée Cosette qui se trouvait dans une grande détresse. La description finale de Jean Valjean par l'auteur montre la profonde transformation qui s'était effectuée dans la personnalité de ce malheureux. Cosette termina la réforme de la vie de cet homme qu’avait commencée l'évêque. Victor Hugo écrit : « L'évêque avait fait paraître l'aube de la vertu sur son horizon, Cosette évoquait l'aube de l'amour. »
 
      Après une vie remplie de charité, de pardon et d'autres bonnes actions, Jean Valjean sacrifia sa vie même pour le bonheur et le bien-être de Cosette et de son mari. Dans la dernière lettre qu'il lui écrivit, il dit :
 
      « J'écris maintenant à Cosette. Elle trouvera ma lettre. Je lui lègue les deux chandeliers qui sont sur le manteau de la cheminée. Ils sont en argent, mais pour moi, ils sont comme de l'or. Ce sont des diamants... je ne sais pas si celui qui me les a donnés est content de moi... j'ai fait ce que je pouvais. »
 
      Un geste de pardon complet avait entièrement changé la vie de cet ancien bagnard. Pendant toute sa vie, il fut pourchassé et connut l'humiliation et la dégradation presque au-delà de ce qu'un homme peut endurer. Les gendarmes recherchaient constamment des raisons mesquines de le remettre en prison. Néanmoins il réussit à respecter le deuxième grand commandement pendant toutes les années qui lui restaient à vivre. Il avait de nouveau reconquis les qualités de vertu, d'amour et de pardon qu'il exerça consciencieusement par la suite envers ceux qui le poursuivaient et le persécutaient.
 
      Nous voyons aussi dans l'histoire de la vie de Jean Valjean à quel point il se repentit vite après avoir été pardonné par l'homme à qui il avait fait du tort. Par la suite il produisit du fruit digne du repentir.
 
 
On peut le faire
 
      Un homme s'aperçut qu’il avait une grosseur suspecte qui présageait des ennuis graves. Quand le médecin eut fait une biopsie et constaté que la grosseur était maligne, l'homme prit les dispositions nécessaires à l'hôpital pour une intervention chirurgicale radicale. Quand il apprit la vérité - c'est-à-dire que sa vie était en jeu - ce brave homme eut d'abord un mouvement de recul, puis se résigna, se détendit et sourit en disant au médecin :
 
      « Avant d'aller à l'hôpital, docteur, il y a quatre choses que je n'ai pas encore terminées. Tout d'abord, je veux vérifier mes polices d'assurance et mes titres ; deuxièmement, je vais régler toutes mes obligations financières ; troisièmement, je vais revérifier mon testament et quatrièmement, je vais aller voir BilI et lui demander pardon pour les choses déplaisantes que j'ai dites à son sujet, lui demander pardon pour la rancune que j'ai longtemps entretenue contre lui. Alors je serai prêt à aller à l'hôpital et au tombeau, si c'est nécessaire. »
 
      Dans le contexte de l'esprit de pardon, un bon frère m'a demandé « Oui c'est cela qu'il faudrait faire, mais comment s'y prendre ? Ne faut-il pas être un surhomme ? »
 
      « Oui, dis-je, mais il nous est commandé d'être des surhommes. Le Seigneur a dit : « Soyez donc parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Matt. 5:48). Nous sommes des dieux en embryon, et le Seigneur exige de nous la perfection. »
 
      « Oui, le Christ a pardonné à ceux qui lui ont fait du mal, mais il était plus qu'humain », répliqua-t-il. Et je répondis : « Mais il y a beaucoup d'humains qui ont réussi à faire cette chose divine. »
 
      Il y en a apparemment beaucoup qui, comme ce brave frère, entretiennent la théorie confortable que l'esprit de pardon, tel qu'il se révèle dans les exemples que j'ai cités, est plus ou moins le monopole de personnages des Écritures ou de roman et qu'on ne peut guère l'attendre de la part de gens réels dans le monde d'aujourd'hui. Tel n'est pas le cas. Que l'esprit de pardon peut être acquis aujourd'hui est démontré par les récits qui suivent, dans lesquels, on le remarquera, la provocation était, dans la plupart des cas, beaucoup plus grande que ce que nous rencontrons pour la plupart d'entre nous.
 
 
On peut surmonter la haine et la rancune
 
      Voici les récits de certains contemporains qui se sont élevés à de grands sommets de maîtrise de soi, par contraste avec les nombreuses personnes qui nourrissent de la rancune pour des torts réels ou imaginaires. Parfois les personnes lésées puisent du courage et de la force auprès d'autres personnes qui ont eu de grandes épreuves et qui, malgré tout, ont enduré. Telle est l'expérience de Mme Ruby Spilsburg Brown, d'EI Paso (Texas) et de son mari George, maintenant décédé, qui perdirent leur fils pendant la Deuxième Guerre mondiale, s'aigrirent à cause de cet événement et tinrent rancune aux Japonais. Dans leur épreuve ils puisèrent beaucoup de courage dans l'histoire de Glenn Kempton qui est racontée plus loin dans ce chapitre, et peut-être beaucoup de lecteurs seront-ils fortifiés en apprenant que d'autres personnes ont de grandes épreuves, et en sortent grandies.
 
      Voici l'histoire de Robert Brown, telle qu'elle est racontée par sa mère :
 
      « Notre fils, Bobby, fut fait prisonnier par les Japonais au moment de la chute de Bataan en avril 1941 et échappa ainsi à l'infâme Marche de la Mort. Il arriva au camp de prisonniers de Cabanatuan avant le reste des troupes et resta près de la clôture pendant qu'ils entraient lentement. Il en manquait beaucoup parmi eux, d'autres étaient gravement blessés et tous étaient pitoyablement affamés et affaiblis. Rien d'étonnant à ce qu'en les voyant, il pleurât toutes les larmes de son corps.
 
     « En octobre 1940 Bobby s'était engagé dans la garde nationale du Nouveau Mexique et fut appelé sous les drapeaux en janvier 1941. Lorsque son unité partit à la fin du mois d'août pour des lieux inconnus, il était devenu sergent-major ; en janvier 1942 il reçut une mission de combat comme premier lieutenant et fut placé à la tête de la section de ravitaillement.
 
     « Pendant dix-neuf mois, le Ministère de la Guerre ne nous fit donner aucune autre nouvelle que le bref ‘Disparu au combat’. Au cours des deux ans et demi pendant lesquels il fût dans les camps de prisonniers, nous ne reçûmes que cinq messages de lui. Ils étaient très brefs, écrits sur des cartes postales, imprimées d'avance comportant des vides que l'expéditeur devait remplir. Elles étaient signées par notre fils, mais fortement censurées. C'était du moins son écriture et comme nous les chérissions ! Le reste de l'histoire nous l'apprîmes par bribes par ses camarades qui vinrent nous voir lorsqu'ils rentrèrent après l'armistice.
 
     « Bobby fut envoyé dans l'île de Mindanao, aux Philippines, où les garçons furent mis au travail dans les champs de riz et les élevages de poules. On nous dit que là nos garçons, pour pouvoir rester en vie, étaient contraints de prendre de la nourriture partout où ils pouvaient en trouver. On tuait une poule malade pour empêcher le reste d'être infecté, et des oeufs remplaçaient l'eau dans leur gourde. Ces ruses fournissaient un peu de nourriture supplémentaire pour leurs corps émaciés. Bobby apprit à les rouler à leur propre jeu et put utiliser sa ruse et ses capacités pour le bien de ses hommes éprouvés.
 
     « Le major Bob Davey, de Sait Lake City, dit qu'il entendit chanter dans la jungle voisine et pouvait à peine en croire ses oreilles, car le cantique était ‘Un ange saint de Dieu’. Sautant au bas de son lit, il se fraya un chemin à travers les sous-bois de la jungle jusqu'à une petite clairière où une poignée de prisonniers de guerre mormons, à moitié morts de faim et en guenilles, étaient rassemblés pour adorer le Seigneur, et notre Bobby dirigeait la musique. Le major Davey nous a raconté beaucoup de choses sur Bobby, notamment qu'il avait appris à comprendre le japonais et pouvait ainsi aider beaucoup de ses copains qui ne pouvaient comprendre les ordres des gardes. Ceci leur épargna beaucoup de coups brutaux.
 
     « En septembre 1944, sept cent cinquante environ de nos garçons furent chargés dans un navire sans identification pour être envoyés au Japon. À peine sorti de l'île, le bateau fût torpillé par notre Navy qui fit un grand trou dans le bateau.
 
     « Les hommes qui étaient dans la cale du bateau se précipitèrent pour se mettre en sécurité, mais les Japonais tournèrent leurs mitrailleuses contre eux. Bobby et le médecin de la compagnie intercédèrent, suppliant les Japonais de leur donner une possibilité de s'échapper sans être massacrés, car ils n'étaient qu'à quelques milles au large de la baie de Zamboaga. La dernière fois que l'on avait vu Bobby vivant, c'était quand lui et le médecin avaient sauté dans l'eau pour aider quelques-uns des garçons qui avaient été gravement blessés. Ils essayaient de rester à flot en s'accrochant à des débris et en tentant d'aider les blessés. Quand Bobby leur cria à tous de plonger pour échapper aux mitrailleuses, tous plongèrent, mais il ne fût pas parmi ceux qui remontèrent.
 
     « Pendant bien des années, George, mon mari maintenant décédé, fut Deputy Marshal des États-Unis et eut à s'occuper de centaines de prisonniers fédéraux. Parmi ceux-ci, il y avait beaucoup de Japonais qui étaient considérés comme espions. Nous avions, lui et moi, laissé la haine grandir dans notre cœur, car nous estimions que tous les Japonais que nous voyions étaient un peu responsables des souffrances et de la mort de Bobby. Sachant cela, notre juge fédéral A. E. Thomason, par déférence pour nos sentiments, fit appel à d'autres policiers pour s'occuper des prisonniers de cette nationalité. Nos sentiments de rancune commencèrent à affecter notre famille et, conscients de cela, nous priâmes pour être aidés à surmonter cette situation. C'est alors que frère Kempton, membre de notre grand conseil de pieu, raconta comment il avait surmonté sa rancune et sa haine pour les hommes qui étaient responsables de la mort de son père. Après avoir entendu son histoire, qui ressemblait beaucoup à notre propre triste histoire, George et moi estimâmes que si Glenn Kempton pouvait se maîtriser et contrôler ses sentiments, nous pouvions le faire, nous aussi. Nous fîmes de plus grands efforts par la prière et le jeûne pour recevoir l'aide de Dieu et nous nous rendîmes compte que le Seigneur peut consoler les cœurs remplis de rancune et de haine.
 
     « C'est alors que vous, frère Kimball, êtes aussi venu à El Paso ; nous avons soigneusement écouté vos conseils et vous nous avez fait comprendre que pour que le Seigneur puisse consoler notre cœur brisé, il fallait tout d'abord que nous en expulsions la haine et la rancune. Par le jeûne, la prière et la volonté, nous pûmes expulser ces sentiments. Le Seigneur vint à notre aide.
 
      « Plus tard les membres de notre famille et quelques amis intimes se réunirent dans le bureau du commandant de Fort Bliss. On y remit à titre posthume les médailles de Bobby, parmi lesquelles il y avait deux cœurs de pourpre et la fameuse Étoile de Bronze, cinq en tout. »
 
      Sœur Brown raconte ensuite comment une certaine consolation lui fut apportée, à elle et à son mari, concernant la mort de Bobby quand ils virent quelques-unes des épaves de corps et d'esprit qui parvinrent à rentrer chez elles, et quand ils reconnurent qu'il y a beaucoup de choses qui sont pires que la mort, surtout quand cette mort survient chez un digne détenteur de la prêtrise qui va dans l'éternité, pur et exempt des péchés du monde.
 
 
L'histoire de Kempton
 
      Mon souvenir me ramène à 1918 et à une autre histoire de pardon qui, à ma connaissance, a rarement trouvé son égale. Elle concerne mon bon ami Glenn Kempton, qui s'éleva à des sommets spirituels que l'homme mortel n'atteint pas souvent.
 
      En février 1918, dans le Sud de l'Arizona, se produisit une des tragédies les plus sensationnelles de l'histoire de cet État. Quatre représentants de la loi s'en allèrent dans les repaires des montagnes pour obliger les garçons Powers à obéir à la loi du service militaire car ils ne s'étaient pas inscrits. Trois des quatre officiers furent tués. Je me souviens bien de l'enterrement, des trois cercueils recouverts du drapeau des États-Unis et des trois jeunes veuves avec leurs dix-neuf enfants orphelins assis aux premiers rangs. Connaissant intimement les familles, la communauté tout entière de la Gila Valley était profondément émue.
 
      Nous vîmes les jeunes veuves traverser péniblement les années dans leur solitude, élevant la presque vingtaine d'enfants qu'elles avaient. Nous vîmes les jeunes devenir adultes et éminents dans la communauté, tandis que Sisson et les garçons Powers passaient de longues années désolées dans le pénitencier de l'État.
 
      Lorsque la tuerie de Kilburn Canyon fut terminée, « Sisson et les garçons Powers s'enfuirent et pendant vingt-six jours esquivèrent un détachement de police de trois mille hommes, comprenant environ deux cents hommes de la cavalerie[2]. »
 
      Les journaux de l'Arizona portaient d'énormes manchettes. L'excitation était à son comble. Le pays tout entier était enfiévré. Les hommes se rendirent le 8 mars 1918 à vingt-deux kilomètres au sud de la frontière du Mexique. Ils furent jugés, reconnus coupables et condamnés à la détention à vie dans le pénitencier d'Arizona.
 
      Quarante-deux années impitoyables et sans fin s'étaient écoulées. Sisson était mort trois ans auparavant. Les garçons Powers, maintenant des hommes âgés, furent libérés en avril 1960 par le gouverneur de l'Arizona et sortirent sur « ... leurs jambes encore arquées dans la parenthèse des cavaliers, leurs cheveux plus rares devenus gris. Chacun avait perdu l’œil gauche dans le combat[3] ».
 
      Notre intérêt pour cette histoire tragique tient maintenant à ce grand homme, Glenn Kempton, l’un des dix-neuf orphelins de 1918 qui eut la grandeur de pardonner. Il grandit privé de père et fut soumis aux préjugés, aux haines et aux rancunes habituels qui entourent naturellement un jeune garçon dans une telle situation. Il a eu la gentillesse de me raconter l'histoire telle qu'il l'a vécue :
 
      « Cela arriva le 10 février 1918, là-haut dans les forteresses des montagnes Galiuro, dans le sud de l'Arizona. C'était une aube froide et grise, le ciel était couvert, et la neige tombait doucement, quand mon père fût abattu par derrière. Deux autres représentants de la loi perdirent aussi la vie dans la rafale qui sortit de la petite forteresse en rondins dans laquelle les réfractaires s'étaient réfugiés.
 
      « Après avoir prudemment attendu dix ou quinze minutes, ils sortirent pour contempler les restes de leur affreux travail. S'étant assurés qu'ils avaient tué tout le monde, ils portèrent leur père, qui avait reçu une blessure mortelle, dans un tunnel proche, le couvrirent d'une vieille couverture et firent savoir à un fermier voisin qu'il devait s'occuper de lui, sellèrent leurs chevaux et se dirigèrent vers le sud. Destination l'ancien Mexique !
 
      « Il s'ensuivit alors une des plus grandes chasses à l'homme de l'histoire du Sud-Ouest. Les réfractaires furent finalement rattrapés et arrêtés près de la frontière du Mexique. Ils furent jugés, reconnus coupables de meurtre et condamnés à la détention a vie.
 
      « J'étais un jeune adolescent à l'époque et il naquit dans mon cœur une rancune et une haine vis-à-vis de celui qui avait confessé avoir assassiné mon père, car Tom Powers avait reconnu avoir tué papa.
 
      « Les années passèrent rapidement ; je grandis, mais ce lourd sentiment demeurait quand même en moi. Je terminai mes études au lycée, et je reçus alors un appel pour partir comme missionnaire dans la mission des Etats de l'Est. Là, ma connaissance et mon témoignage de l'Évangile grandirent rapidement, et je consacrai tout mon temps à l'étudier et à le prêcher. Un jour que je lisais le Nouveau Testament, je tombai sur Matthieu, chapitre 5, versets 43 à 45 où Jésus disait :
 
      « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux... »
 
      « C'était là les paroles du Sauveur disant que nous devons pardonner. Cela s'appliquait à moi. Je relus ces versets maintes et maintes fois, et cela signifiait toujours que je devais pardonner. Peu de temps après, je trouvai à la soixante-quatrième section de Doctrine et Alliances, versets 9 et 10 d'autres paroles du Sauveur :
 
      « C'étaient là les paroles du Sauveur disant que nous devons pardonner aux autres ; car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur, car c'est en lui que reste le plus grand péché. Il ajoutait : « Moi, le Seigneur, je pardonne à qui je veux pardonner, mais de vous il est requis de pardonner à tous les hommes. »
 
      « Et puis, il y a eu ces paroles opportunes de John Taylor : Le pardon est en avance sur la justice en ce qui concerne la repentance.
 
      « Je ne savais pas si Tom Powers s'était repenti ou non, mais je savais maintenant que j'avais un rendez-vous à respecter lorsque je serais rentré chez moi ; je pris la résolution dès avant de quitter le champ de la mission, de le faire.
 
      « Après être rentré chez moi, je rencontrai et épousai une excellente jeune sainte des derniers jours, et le Seigneur bénit notre foyer en nous donnant cinq beaux enfants. Les années passèrent rapidement et le Seigneur avait été bon pour nous ; cependant, je me sentais coupable chaque fois que je pensais au rendez-vous que je n'avais pas respecté.
 
      « Il y a quelques années, juste un peu avant Noël, une période de l'année où l'amour du Christ abonde et où l'esprit du don et du pardon entre en nous, ma femme et moi avions fait un court voyage à Phoenix. Ayant terminé de régler nos affaires au milieu du deuxième après-midi, nous nous mîmes en route pour la maison. Tandis que nous roulions, j'exprimai le désir de faire un détour et de rentrer par Florence, car c'est là que se trouve la prison de l'État. Ma femme accepta immédiatement.
 
      « Nous arrivâmes après les heures de visite, mais j'entrai et demandai à voir le directeur. On me conduisit à son bureau.
 
      « Lorsque je me fus présenté et exprimai le désir de rencontrer Tom Powers et de lui parler, le directeur eut un air étonné, mais après une très légère hésitation, il dit : Je suis sûr qu'on peut arranger cela. Là-dessus il envoya un garde dans le bloc cellulaire et celui-ci revint bientôt avec Tom. On nous présenta et on nous conduisit dans le parloir où nous eûmes une longue conversation. Nous retournâmes à ce froid matin gris de février, trente ans auparavant, reconstituant toute cette horrible tragédie. Nous parlâmes pendant peut-être une heure et demie. Je dis finalement : Tom, vous avez commis une erreur pour laquelle vous devez à la société une dette que j'estime que vous devez continuer à payer, tout comme je dois continuer à payer le prix d'avoir été élevé sans père.
 
      « Puis, je me levai et tendis la main. Il se leva et la prit. Je continuai : De tout cœur, je vous pardonne cette chose terrible qui s'est produite dans notre vie.
 
      « Il inclina la tête et je le laissai là. Je ne sais pas ce qu'il a éprouvé à ce moment-là, et je ne sais pas maintenant ce qu'il ressent, mais je vous rends mon témoignage que c'est quelque chose de merveilleux quand la rancune et la haine sortent de votre cœur et que le pardon y entre.
 
      « Je remerciai le directeur de sa bonté et en passant la porte et en descendant cette longue volée d'escaliers, je sus que le pardon valait mieux que la vengeance, car je l'avais ressenti.
 
      « Tandis que nous roulions vers la maison dans la nuit tombante, un calme doux et paisible m'envahit. Par pure reconnaissance, j'enlaçai ma femme, qui comprit, car je sais que nous avions trouvé maintenant une vie plus pleine et plus abondante. »
 
      Non seulement Glenn Kempton avait trouvé la joie de pardonner, mais l'exemple qu'il donna comme saint des derniers jours fidèle eut une profonde influence sur beaucoup d'autres personnes qui connaissent son histoire et entendirent son témoignage.
 
« Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. »
 
 
Autres exemples modernes
 
      Il y avait cette jeune mère qui avait perdu son mari. La famille était pauvre et la police d'assurance ne s'élevait qu'à deux mille dollars. La société remit promptement un chèque de ce montant, dès que la preuve du décès fut fournie. La jeune veuve décida qu'elle pouvait le garder en vue d'une urgence et le déposa en conséquence à la banque. D'autres étaient au courant de son épargne, et un parent la convainquit de lui prêter les deux mille dollars à un taux d'intérêt élevé.
 
      Les années passèrent et elle n'avait reçu ni principal ni intérêt ; elle remarqua que l'emprunteur l'évitait et faisait des promesses évasives quand elle l'interrogeait au sujet de l'argent. Elle avait maintenant besoin de cet argent et elle ne pouvait l'obtenir.
 
      « Comme je le déteste ! » me dit-elle, et sa voix exprimait la haine et la rancune et ses yeux sombres lançaient des éclairs. Pensez qu'un homme valide dépouille une jeune veuve avec des enfants à charge ! « Comme je le méprise ! ne cessait-elle de répéter. Alors je lui racontai l'histoire de Kempton. Elle écouta intensément. Je vis qu'elle était frappée. À la fin, les larmes aux yeux, elle chuchota : « Merci. Merci sincèrement. Je dois certainement, moi aussi, pardonner à mon ennemi. Je vais maintenant purifier mon cœur de sa rancune. Je ne m'attends pas à jamais recevoir l'argent, mais je laisse mon offenseur entre les mains du Seigneur. »
 
      Des semaines plus tard, elle me revit et confessa que les semaines qui s'étaient écoulées entre-temps avaient été les plus heureuses de sa vie. Une paix nouvelle l'avait remplie et elle fut capable de prier pour l'offenseur et de lui pardonner, même si elle ne récupéra jamais le moindre dollar.
 
      Je vis un jour une femme dont la petite fille avait été violée. « Tant que je vivrai, je ne pardonnerai jamais au coupable », répétait-elle chaque fois que cela lui venait à l'esprit. L'acte était abominable. Tout le monde serait choqué et troublé devant un tel crime, mais ne pas vouloir pardonner n'est pas chrétien. Cet acte atroce avait été commis et ne pouvait pas être défait. Le coupable avait été puni. Dans sa rancune, la femme se rapetissait et se rabougrissait.
 
      Comparez cette femme à la jeune sainte des derniers jours qui fit preuve d'une maîtrise de soi suprême quand elle pardonna à l'homme qui avait défiguré son beau visage. Laissons le journaliste de la United Press, Neal Corbett, raconter son histoire telle qu'elle parut dans les pages des journaux du pays.
 
      « Je pense qu'il doit souffrir, quelqu'un qui est comme cela, nous devons avoir pitié de lui », dit April Aaron à propos de l'homme qui l'avait envoyée pour trois semaines à l'hôpital, après une attaque brutale au couteau à San Francisco. April Aaron est une mormone dévote de vingt-deux ans ... c’est une secrétaire aussi jolie que son nom, mais son visage a un défaut : l'oeil droit lui manque .. April l'a perdu sous les coups de couteau d'un voleur à l'esbroufe près du Golden Gare Park de San Francisco pendant qu'elle se rendait, le 18 avril dernier, à un bal de sa paroisse. En luttant avec son assaillant, elle a subi aussi de profondes entailles au bras gauche et à la jambe droite après avoir trébuché et être tombée dans ses efforts pour l'éviter, à un pâté de maisons seulement de l'église mormone...
 
      « J’ai couru pendant une centaine de mètres avant qu'il ne m'attrape. On ne peut pas courir très vite avec des talons hauts », dit April avec un sourire : Les entailles dans sa jambe étaient si profondes que les médecins ont craint un moment de devoir l'amputer. La lame de l'arme n'a pu endommager ni le caractère vivace ni la compassion d'April. « ... je voudrais que quelqu'un puisse faire quelque chose pour lui, pour l'aider. Il faudrait le traiter. Qui sait ce qui amène quelqu'un à faire une chose comme celle-là ? Si on ne le trouve pas, il risque de recommencer.
 
      « ... April Aaron a conquis le cœur des habitants de la région de la baie de San Francisco par son courage et sa bonne humeur face à la tragédie. Sa chambre de l'hôpital Saint Francis a été remplie de fleurs pendant tout son séjour, et les infirmières ont dit qu'elles ne pouvaient se souvenir de quelqu'un qui ait reçu plus de cartes et de vœux. »
 
      Ce qui suit est tiré d'un journal de Los Angeles, attestant de la force de gens qui se sont élevés au-dessus de la vengeance sordide et de la rancune hideuse qui règnent si souvent dans de telles circonstances :
 
      « ... Les trois hommes appréhendés pour l'enlèvement et le meurtre de Marvin V. Merrill, étaient des noirs. Il y en a qui pourraient transformer cet incident en un déchaînement incontrôlable de haine raciale, mais c'était exactement l'esprit opposé qui régnait au service funèbre la semaine dernière à Matthews Ward. Les facteurs de Wagener Station ont choisi Angelo B. Rollins, un employé des postes noir, pour les représenter en lisant son éloge funèbre. Frère Merrill travaillait à l'administration des postes depuis plus de vingt ans. Un peu partout dans la chapelle et dans la salle adjacente, il y avait des dizaines de facteurs venus directement de leurs tournées, toujours en uniforme. Beaucoup de ces hommes étaient des noirs... Rollins dit : Nul ne peut justifier les actes des criminels qui ont mis fin à sa vie. Ces actes pervers et vils qui nous font pencher la tête de honte montrent d'un doigt accusateur des millions de personnes innocentes comme étant une nation de criminels. Dans ma faiblesse pécheresse, je leur aurais arraché membre après membre, mais le murmure doux et léger du Maître a dit : À moi la vengeance... Ce frère mormon, Norman Merrill, ferme dans la force de sa foi, et ferme dans les enseignement du Christ, aurait probablement dit d'eux, comme notre Sauveur au calvaire : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ». »
 
 
La réconciliation par les voies de l'Église
 
      Quand les membres de l'Église ne peuvent résoudre seuls leurs problèmes mutuels, ils arrivent parfois à un point où l'Église intervient pour les aider. On attira mon attention sur une situation de ce genre, il y a quelques années, dans un cas impliquant deux saints des derniers jours âgés dans l'Est, qui étaient devenus des ennemis jurés au point que chacun portait un revolver pour se protéger de l'autre. La cause de leur inimitié était un achat de propriété ; le contrat avait été mal rédigé et beaucoup de malentendus s'étaient produits. Le vendeur était riche, l'acheteur était pauvre. Chacun était certain de se souvenir exactement de la transaction. Chacun porta des accusations furieuses et les sentiments devinrent de plus en plus rancuniers et intenses.
 
      On demanda aux hommes de se réunir avec leurs présidents de branche, mais ils refusèrent de le faire, craignant de recevoir un mauvais coup de l'autre s'ils se rencontraient. Le cas fut porté devant les tribunaux et on engagea des avocats. Pendant les mois qui suivirent la rancune flamba et l'antagonisme bouillonna.
 
      Au lieu de cette attitude rancunière et vengeresse qu'ils avaient adoptée, qu'aurait-il fallu faire ? Paul dit aux saints de Corinthe :
 
      « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère, car il est écrit : À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire ; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rom. 12:19-21).
 
      Nous nous souvenons aussi du commandement du Seigneur :
 
      « ... je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. Si quelqu'un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu'un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui » (Matt. 5:39-41).
 
      Mais les deux antagonistes étaient maintenant loin de telles pensées. Toutefois les tentatives de médiation continuèrent et par des efforts persévérants de la part de leur sage président de mission, les hommes furent finalement réunis chez un président de branche. Pendant tout ce temps, les épouses des deux hommes n'avaient cessé de prier pour qu'une entente se produisît et qu'il en résultât le pardon.
 
      Quand la question fut pleinement expliquée et que chaque point de vue eut été énoncé, dans l'esprit de l'Évangile, les deux hommes acceptèrent la décision et se donnèrent la main en signe de pardon et de camaraderie. Le vendeur avait aussi un fond serviable, car dans un geste surprenant, il signa volontairement un chèque du montant qui était disputé et le présenta à l'acheteur qui lui avait demandé pardon. C'est ainsi que par l'esprit de compréhension et de pardon, les deux hommes et leurs femmes reconnaissantes rentrèrent chez eux, assurés de la pensée que tout était réglé. La paix fut rétablie ; honteux, les hommes cachèrent les deux revolvers et redevinrent frères. On pouvait maintenant mettre en toute conscience les offrandes sur l'autel :
 
      « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande » (Matt. 5:23-24).
 
 
Litiges entre membres de l'Église
 
      Paul va plus loin dans l'esprit de pardon quand il dit qu'il vaut mieux qu'un membre de l'Église accepte même une injustice d'un autre membre plutôt que de s’adresser au tribunal. Les conflits devraient plutôt être réglés par les voies de l'autorité de l'Église. Aime-t-on son prochain si on le traîne devant les tribunaux ? Paul découvrit ce défaut chez ses convertis corinthiens et leur adressa cette exhortation :
 
      « Quelqu'un de vous, lorsqu'il a un différend avec un autre, ose-t-il plaider devant les injustes, et non devant les saints ? Mais un frère plaide contre un frère, et cela devant des infidèles ! C'est déjà certes un défaut chez vous que d'avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? » (1 Cor. 6:1,6,7).
 
 
Orgueil ou paix
 
      Souvent l'orgueil nous entrave et devient notre pierre d'achoppement. Mais chacun de nous doit se poser la question : ‘Ton orgueil est-il plus important que ta paix ?’
 
      Trop souvent, quelqu'un qui a accompli beaucoup de choses splendides dans la vie et fait d'excellents apports, permet à l'orgueil de lui faire perdre la grande récompense à laquelle il aurait droit. Nous devons toujours porter ‘le sac et la cendre’ d'un cœur miséricordieux et d'un esprit contrit, étant toujours disposés à faire preuve d'une humilité sincère comme le publicain, et à demander au Seigneur de nous aider à pardonner.
 
      En 1906, mon père reçut une lettre de son cher ami Matthias F. Cowley qui avait été considérablement embarrassé du fait de son exclusion du collège des Douze. Sa lettre montrait un grand courage et un esprit plein de bonté et dénué d'amertume : « En ce qui concerne l'épreuve qui m'a été apportée, je dirai que je l'accepte en toute humilité et en toute douceur, sans critique contre mes frères, mais avec le fort désir de continuer à être fidèle et à consacrer ma vie et toute mon énergie au service du Seigneur. »
 
 
Dans l'esprit d'amour
 
      Inspiré par le Seigneur Jésus-Christ, Paul nous a donné la solution aux problèmes de la vie qui exigent la compréhension et le pardon.
 
      « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ » (Éph. 4:32).
 
      Si cet esprit de pardon plein de bonté et de compassion l'un pour l'autre pouvait être porté dans tous les foyers, l'égoïsme, la méfiance et la rancune qui brisent tant de familles disparaîtraient et les hommes vivraient en paix.
 
      Cet esprit de pardon a un aspect quantitatif aussi bien que qualitatif. Le pardon ne peut pas être l'affaire d'une seule fois. Pierre avait certainement été irrité par certains récidivistes qui retournaient à leurs péchés même après avoir été pardonnés. Pour clarifier la question, il demanda au Rédempteur :
 
      « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il péchera contre moi ? Sera-ce jusqu'à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois » (Matt. 18:21,22).
 
      Ceci cadre bien entendu avec l'enseignement et la pratique par le Maître de la loi supérieure de l'Évangile, la loi d'amour :
 
« Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » (Jean 13:34,35).
 
 
Difficile mais possible
 
      Difficile à faire ? Bien entendu. Le Seigneur n'a jamais promis de chemin facile, ni d'Évangile simple, ni de principes ou de normes bas. Le prix est élevé, mais les biens obtenus valent tout ce qu’ils coûtent. Le Seigneur lui-même a tendu l'autre joue, il a permis qu'on le tourmente et qu'on le batte sans protester, il a subi toutes les indignités sans pour autant prononcer un seul mot de condamnation. Et la question qu'il nous pose à tous est :
 
      « C'est pourquoi, quel genre d'hommes devez-vous être ? » et il nous répond : « Tel que je suis moi-même » (3 Néphi 27:27).
 
      Dans son Prince of Peace (Prince de la Paix), William Jennings Bryan écrivait :
 
      « La vertu la plus difficile de toutes à cultiver est l'esprit de pardon. La vengeance semble être naturelle chez l'homme ; c’est humain de vouloir rendre la pareille à l'ennemi. Il a été même populaire de se vanter de son esprit vengeur ; on a inscrit un jour sur le monument d'un homme qu'il avait rendu à ses amis et à ses ennemis plus qu'il n'avait reçu. Tel n'était pas l'esprit du Christ. »
 
      Si on nous a fait du tort ou du mal, pardonner signifie l'effacer complètement de notre esprit. Pardonner ou oublier est une recommandation éternelle. « Être lésé ou volé », disait le philosophe chinois Confucius, « n'est rien tant que vous ne continuez pas à vous en souvenir ».
 
      Les torts infligés par les voisins, les parents ou les conjoints sont généralement d'importance assez mineure, du moins au départ. Nous devons leur pardonner. Et puisque le Seigneur est si miséricordieux, ne devons-nous pas l'être, nous aussi ? « Heureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde » est une autre version de la Règle d'Or. « Tout péché et tout blasphème sera pardonné aux hommes », dit le Seigneur, « mais le blasphème contre l'Esprit ne sera point pardonné ». Si le Seigneur est si généreux et si bon, nous devons l'être aussi.
 
      Parfois les poètes, dans leurs vers expressifs, touchent notre cœur mieux encore que ne pourrait le faire la prose. John Greenleaf Whittier nous a donné ces vers dignes d'être médités :
 
      J'avais le cœur lourd, car sa confiance avait été
      Abusée, sa bonté récompensée par le mal ;
      Me détournant ainsi sombrement de mes semblables,
      Par un sabbat d'été, je me promenais parmi
      Les tertres verts du cimetière du village ;
      Là, voyant comme tout amour et toute haine humaine
      Trouvent un même triste niveau, et comment, tôt ou tard,
      Offensés et offenseurs, chacun le visage adouci,
      Les mains froides jointes sur le cœur immobile,
      Passent le seuil de notre tombe commune,
      Où se dirigent tous les pas, d'où personne ne part,
      Rempli de crainte pour moi-même, et plein de pitié pour ma race,
      Notre douleur commune, comme une vague puissante,
      Balayant tout mon orgueil, et, tremblant, je pardonnai.
 
      Quand des gens tels que la veuve, l'évêque Kempton, les Brown et d'autres personnes profondément lésées peuvent pardonner, quand des hommes comme Étienne et Paul peuvent pardonner les attaques féroces lancées contre eux et donner l'exemple du pardon, alors tous les hommes doivent pouvoir pardonner dans leur recherche de la perfection.
 
      Au-delà des déserts stériles de la haine, de la cupidité et de la rancune, il y a la belle vallée du paradis. Nous lisons constamment dans les journaux et entendons à la télévision que le monde ‘est dans un terrible pétrin’. Ce n'est pas vrai ! Le monde est encore très beau. C'est l'homme qui n'est pas à sa place. Le soleil continue à illuminer le jour et à donner la lumière et la vie à toutes choses, la lune continue à éclairer la nuit, les océans continuent à nourrir le monde et à assurer le transport, les fleuves continuent à drainer la terre et à fournir de l'eau d'irrigation pour nourrir le blé. Même les ravages du temps n'ont pas érodé la majesté des montagnes. Les fleurs s'épanouissent toujours et les oiseaux chantent encore et les enfants continuent à rire et à jouer. Ce qui ne va pas dans le monde, c'est ce qui est fait par l'homme.
 
      On peut y arriver. L'homme peut se dominer. L'homme peut vaincre. L’homme peut pardonner à tous ceux qui l'ont offensé et continuer à recevoir la paix dans cette vie et la vie éternelle dans le monde à venir.
 
 
 
Notes
 
[1] Message de l'instructeur de paroisse, janvier 1944.
[2] El Paso Times, 31 mai 1960.
[3] Idem.
 
 
Source : Spencer W. Kimball, Le Miracle du Pardon (Salt Lake City, 1969, Paris, 1974, ISBN 2-903879-08-7)