Wilford Woodruff (1807-1898)

 

 

Membre du collège des Douze de 1839 à 1889

Président de l'Église de 1889 à 1898

 

 

 

 

Résumé historique

 

Vie et ministère de Wilford Woodruff

 

Anecdotes de la vie de Wilford Woodruff liées à des thèmes évangéliques

 

 

 

Résumé historique

 

La chronologie suivante est un résumé qui permet de situer le contexte historique du ministère de Wilford Woodruff :

 

 

1er mars 1807 : Wilford Woodruff, fils de Beulah Thompson et de Aphek Woodruff, naît à Farmington (comté de Hartford, Connecticut).

 

11 juin 1808 : Sa mère décède à l’âge de 26 ans.

 

9 novembre 1810 : Son père épouse Azubah Hart.

 

1821 : Wilford Woodruff débute dans la vie professionnelle comme meunier.

 

1832 : S’installe, avec son frère Azmon et l’épouse de celui-ci à Richland (comté d’Oswego, New York), où ils achètent une ferme.

 

29 décembre 1833 : Entend pour la première fois l’Évangile rétabli lors d’une réunion organisée par deux missionnaires de l’Église, Zera Pulsipher et Elijah Cheney.

 

31 décembre 1833 : Est baptisé et confirmé par Zera Pulsipher.

 

2 janvier 1834 : Est ordonné instructeur par Zera Pulsipher.

 

Avril 1834 : Se rend à Kirtland (Ohio) où il rencontre Joseph Smith, le prophète.

 

Mai à juin 1834 : Accompagne le camp de Sion au Missouri. Séjourne au comté de Clay (Missouri) pour aider les saints de l’endroit.

 

5 novembre 1834 : Est ordonné prêtre par Simeon Carter dans le comté de Clay (Missouri).

 

13 janvier 1835 : Quitte le Missouri pour sa première mission à plein temps, pour prêcher l’Évangile en Arkansas et au Tennessee.

 

28 juin 1835 : Est ordonné ancien par Warren Parrish près de Memphis (Tennessee).

 

19 avril 1836 : Est appelé au deuxième collège des soixante-dix.

 

31 mai 1836 : Est ordonné soixante-dix par David Patten.

 

3 janvier 1837 : Est appelé au premier collège des soixante-dix.

 

31 mai 1837 : Quitte Kirtland (Ohio) pour faire une mission dans les îles Fox, au large de la côte de l’État du Maine.

 

8 juillet 1838 : Est appelé au collège des douze apôtres par une révélation donnée à Joseph Smith, le prophète (voir D&A 118).

 

26 avril 1839 : Est ordonné apôtre par Brigham Young sur le site du temple de Far West (Missouri).

 

8 août 1839 : Part en mission en Angleterre.

 

1840 à 1841 : Missionnaire en Grande Bretagne. Amène environ 2000 personnes au baptême et à la confirmation. Obtient le copyright pour le Livre de Mormon à Londres.

 

6 octobre 1841 : Revient dans sa famille et auprès des autres saints à Nauvoo.

 

21 novembre 1841 : Assiste aux premiers baptêmes pour les morts accomplis dans le baptistère du temple de Nauvoo.

 

Juillet à novembre 1843 : Fait une mission dans l’est des États-Unis pour trouver des fonds pour permettre de terminer la construction du temple de Nauvoo.

 

Mai à août 1844 : Fait une nouvelle mission dans l’est des États-Unis.

 

9 juillet 1844 : Apprend le martyre de Joseph et de Hyrum Smith, qui s’est produit le 27 juin.

 

6 août 1844 : Rentre à Nauvoo avec d’autres membres du collège des Douze.

 

8 août 1844 : Assiste à une conférence dans laquelle les saints des derniers jours soutiennent Brigham Young et le collège des douze apôtres comme dirigeants de l’Église.

 

12 août 1844 : Accepte l’appel de président de la mission européenne.

 

Avril à mai 1846 : Rentre à Nauvoo ; rejoint plus tard les saints dans leur exode vers l’Ouest.

 

7 avril 1847 : Quitte Winter Quarters avec le premier convoi en route pour la vallée du lac Salé.

 

24 juillet 1847 : Arrive dans la vallée du Grand Lac Salé.

 

1847 à 1850 : S’acquitte de plusieurs tâches pour aider les saints à partir de Winter Quarters et de l’est des États-Unis pour s’installer à Salt Lake City.

 

1856 à 1883 : Est historien adjoint de l’Église.

 

1er janvier 1877 au 26 juin 1884 : Est le premier président du temple de St-George (Utah).

 

29 août 1877 : Apprend de la mort de Brigham Young et quitte St-George pour Salt Lake City.

 

10 octobre 1880 : Est soutenu comme président du collège des douze apôtres à la conférence générale au cours de laquelle John Taylor est soutenu comme président de l’Église.

 

1882 : Le Congrès des États-Unis vote la Loi Edmunds, qui fait du mariage plural un crime et interdit aux polygames de voter, de détenir une fonction publique ou de faire partie d’un jury.

 

1883 à 1889 : Est historien de l’Église.

 

19 février 1887 : Le Congrès des États-Unis adopte la Loi Edmunds-Tucker, autre loi contre la polygamie, qui permet au gouvernement fédéral de confisquer une grande partie des biens immeubles de l’Église. Le décret d’application est pris le 3 mars 1887.

 

25 juillet 1887 : Devient le doyen des apôtres et officier président de l’Église à la mort de John Taylor.

 

17 mai 1888 : Consacre le temple de Manti (Utah).

 

7 avril 1889 : Est soutenu comme président de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

 

24 septembre 1890 : Sur révélation du Seigneur, publie une proclamation selon laquelle les saints des derniers jours doivent cesser de contracter le mariage plural.

 

6 octobre 1890 : Les membres de l’Église présents à la conférence générale soutiennent unanimement la révélation reçue par le président Woodruff concernant le mariage plural.

 

6 avril 1893 : Consacre le temple de Salt Lake City.

 

13 novembre 1894 : Supervise la création de la Société généalogique d’Utah.

 

1er mars 1897 : Assiste à la célébration de son 90e anniversaire.

 

2 septembre 1898 : Décède à San Francisco (Californie) après une brève maladie.

 

 

 

Vie et ministère de Wilford Woodruff

 

Les mentions entre crochets sont des notes de la rédaction.

 

 

      « Dieu possède mille moyens d’exécuter ses plans. Au-dessus des mers il se tient et dompte l’ouragan » (Hymnes, n° 72 ; texte de William Cowper). Ainsi commence le cantique préféré du président Woodruff, « Dieu possède mille moyens ».

 

      « Il aimait ce cantique », a dit Heber J. Grant, qui était apôtre quand Wilford Woodruff était président de l’Église. « Nous l’avons chanté, j’en suis sûr, parfois deux fois par mois lors de nos réunions hebdomadaires dans le temple, et il était très rare qu’un mois se passe sans que frère Woodruff demande que l’on chante ce cantique. Il croyait de tout son coeur et de toute son âme en cette oeuvre et a oeuvré pour son avancement avec tout le pouvoir que Dieu lui avait donné » (Conference Report, avril 1937, p. 11).

 

      Matthias F. Cowley, qui a également oeuvré avec le président Woodruff, a observé : « Il n’y a peut-être aucun homme dans l’Église qui ait jamais ressenti plus profondément que Wilford Woodruff la véracité des paroles : ‘ Dieu possède mille moyens d’exécuter ses plans ’. Il était si intensément spirituel, si totalement dévoué au service de Dieu, que, pendant toute sa vie, les manifestations miraculeuses des desseins de Dieu ont été abondamment données. Il n’avait jamais fondé sa foi sur les miracles, ils n’ont que confirmé ce qu’il croyait de tout son coeur et soutenu ses idées sur les enseignements des Écritures saintes » (Wilford Woodruff : History of His Life and Labors As Recorded in His Daily Journals, 1964, p. 37).

 

      Comme le président Grant et Matthias F. Cowley l’ont fait remarquer, le cantique préféré du président Woodruff était un thème qui convenait bien à sa vie. Il décrit aussi les progrès dont il a été témoin dans l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Le cantique continue :

 

Ô Saints, fortifiez vos coeurs !

Les nuages tant craints

Répandront sur vous des faveurs,

Chasseront vos chagrins.

 

Il thésaurise à l’infini

D’infaillibles talents,

Et c’est ainsi qu’il accomplit

Ses desseins tout-puissants.

 

Ne jugez pas le Tout-Puissant !

Le Père est juste et bon.

Il donne après le châtiment,

La bénédiction.

(Hymnes, n° 72).

 

      Wilford Woodruff participa de manière décisive à beaucoup d’événements clefs des débuts de l’histoire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et connut des nuées d’adversité qui finirent par apporter des bénédictions pour les fidèles. Il goûta l’amertume de la persécution et de la douleur, mais à travers tout cela, il connut également la douceur d’être conduit par la main de Dieu. Et en voyant le rétablissement de l’Évangile se dérouler, il acquit une compréhension claire de l’oeuvre de Dieu.

 

 

L’enfance et la jeunesse de Wilford Woodruff : des fondements solides posés au foyer

 

      Wilford Woodruff naquit le 1er mars 1807, à Farmington (Connecticut). Ses parents étaient Aphek Woodruff et Beulah Thompson. Quand il eut 15 mois, sa mère mourut d’une fièvre éruptive. Trois ans plus tard environ, Aphek se remaria. Wilford et ses deux frères aînés furent élevés par leur père et par leur belle-mère, Azubah Hart. Aphek et Azubah eurent six autres enfants, dont quatre moururent dans leur prime enfance ou leur enfance.

 

      Les écrits de Wilford Woodruff montrent qu’il a grandi tout comme les autres garçons de son temps : Il allait à l’école et travaillait à la ferme familiale. Il travailla également à la scierie de son père alors qu’il était très jeune, acquérant ainsi une expérience qui allait l’aider une fois adulte quand il exploita lui-même un moulin. L’un de ses passe-temps préférés était la pêche, et ses frères et lui pêchaient souvent la truite dans le cours d’eau qui passait devant le moulin de leur père.

 

      Il aimait sa famille et avait un respect profond pour ses parents. Avec admiration et gratitude, il décrit son père comme un homme robuste qui abattait toujours « une grande quantité de travail » et qui était « un homme d’une grande charité, d’une grande honnêteté, d’une grande intégrité et d’une grande sincérité » (« History of Wilford Woodruff From His Own Pen », Millennial Star, 18 mars 1865, pp. 167-168). Il raconte aussi comment les enseignements de l’Évangile donnés par sa belle-mère contribuèrent à l’amener à chercher la vraie Église du Seigneur (voir le journal de Wilford Woodruff, préface de 1838, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours).

 

      Même quand il devint plus âgé, beaucoup de ses plus grandes joies dans la vie étaient liées à ses parents et à ses frères et soeurs. Il devint membre de l’Église le même jour que son frère Azmon. Il se réjouit quand il put instruire et baptiser son père, sa belle-mère et ceux de leur maison. Plus tard dans sa vie, il veilla à ce que l’oeuvre de temple soit faite pour sa mère, une bénédiction dont il dit qu’elle suffisait à le payer de tous les labeurs de sa vie (voir Deseret Weekly, 24 février 1894, p. 288).

 

 

« La protection et la miséricorde de Dieu »

 

      En repensant à son enfance et à sa jeunesse, Wilford Woodruff a reconnu la main du Seigneur qui lui a sauvé la vie bien des fois. Dans un article intitulé « Un chapitre d’accidents », il décrit certains des accidents qu’il a subis, tout en s’émerveillant de ce qu’il était encore là pour en parler. Il raconte, par exemple, quelque chose qui lui arriva à la ferme familiale : « À l’âge de six ans, j’ai failli être tué par un taureau hargneux. Mon père et moi, nous donnions des citrouilles au bétail et un taureau hargneux a chassé ma vache de celle qu’elle mangeait. J’ai pris la citrouille qu’il avait laissée, sur quoi il a foncé sur moi. Mon père m’a dit de lâcher la citrouille et de courir. J’ai dévalé une colline dont la pente était forte, en emportant la citrouille, bien décidé à donner à la vache ce à quoi elle avait droit. Le taureau m’a poursuivi. Il était sur le point de me rattraper quand j’ai marché dans un trou de poteau et je suis tombé ; le taureau a sauté au-dessus de moi, après la citrouille et l’a déchiquetée avec ses cornes et m’aurait réservé le même sort, si je n’étais pas tombé » (« History of Wilford Woodruff From His Own Pen : Chapter of Accidents », Millennial Star, 10 juin 1865, pp. 359-360 ; tiré d’un document que Wilford Woodruff écrivit en 1858).

 

      Il raconte aussi un accident qu’il eut à l’âge de 17 ans : « Je montais un cheval ayant très mauvais caractère que je ne connaissais pas et pendant que nous descendions une colline rocailleuse très raide, le cheval, profitant du terrain, a soudainement sauté hors du chemin et a dévalé à toute vitesse la pente, au milieu des rochers, et s’est mis à ruer et à essayer de me projeter par-dessus de sa tête sur les rochers ; mais j’ai atterri sur sa tête, je lui ai saisi les oreilles et m’y suis accroché de toutes mes forces, m’attendant à être précipité d’un instant à l’autre sur les rochers. Tandis que j’étais dans cette position, à califourchon sur son cou, sans autres rênes pour le guider que ses oreilles, il a plongé à toute vitesse sur la pente, jusqu’à ce qu’il se cogne contre un rocher et soit jeté à terre. Je suis passé par-dessus sa tête et les rochers sur environ cinq mètres et j’ai atterri sur mes pieds, ce qui m’a sauvé la vie ; car si j’avais atterri sur n’importe quelle autre partie de mon corps, j’aurais été tué sur le coup ; déjà ainsi, mes os se sont écrasés en dessous de moi comme s’ils étaient des fétus de paille. Cela m’a brisé la jambe gauche en deux endroits et a vilainement déboîté mes deux chevilles et le cheval a failli rouler sur moi en essayant de se relever. Mon oncle, Titus Woodruff, m’a vu tomber, est allé chercher de l’aide et m’a transporté chez lui. Je suis resté couché de 14 heures jusqu’à 20 heures, sans aide médicale ; puis mon père est arrivé avec le docteur Swift, de Farmington, qui a réduit mes fractures, m’a plâtré et m’a transporté dans son chariot sur treize kilomètres ce soir-là jusque chez mon père. Je souffrais énormément. J’ai cependant été bien soigné et, au bout de huit semaines, j’étais dehors sur mes béquilles » (« History of Wilford Woodruff From His Own Pen : Chapter of Accidents », Millennial Star, 17 juin 1865, pp. 374-375).

 

      La vie de Wilford Woodruff a continué à être protégée en dépit d’accidents fréquents même à l’âge adulte. À 41 ans, il résuma les mésaventures qu’il avait collectionnées, en disant sa reconnaissance pour la protection du Seigneur : « Je me suis cassé les deux jambes, l’une d’elles en deux endroits, les deux bras, les deux chevilles, le sternum et trois côtes et j’ai eu les deux chevilles disloquées. J’ai été noyé, gelé et ébouillanté et mordu par un chien furieux ; je me suis trouvé dans deux roues à aubes au plus profond de l’eau ; j’ai connu plusieurs attaques de la maladie et rencontré le poison sous ses pires formes ; j’ai atterri sur un tas de ruines de chemin de fer ; les balles m’ont sifflé aux oreilles et je suis passé par une vingtaine d’autres situations dont je n’ai réchappé que d’un cheveu. Je trouve miraculeux, qu’avec toutes les blessures et les os cassés que j’ai eus, je n’aie pas un seul membre invalide, mais que j’aie pu supporter les travaux les plus durs, les intempéries et les voyages – j’ai souvent fait à pied soixante, quatre-vingt et, une fois, cent kilomètres en une journée. La protection et la miséricorde de Dieu ont été sur moi, et ma vie jusqu’ici a été préservée ; bénédictions pour lesquelles je tiens à exprimer ma profonde gratitude à mon Père céleste, en priant de pouvoir consacrer le reste de mes jours à son service et à l’édification de son royaume » (« History of Wilford Woodruff From His Own Pen : Chapter of Accidents », Millennial Star, 24 juin 1865, p. 392).

 

 

Recherche et découverte de la vraie Église du Seigneur

 

      Wilford Woodruff était dans sa jeunesse quand il désira pour la première fois servir le Seigneur et s’instruire sur lui. Il dit : « Très jeune, je me suis intéressé aux sujets religieux » (« History of Wilford Woodruff From His Own Pen : Chapter of Accidents », Millennial Star, 25 mars 1865, p. 182). Il décida cependant de ne pas se joindre à n’importe quelle Église. Il était au contraire décidé à trouver l’Église véritable de Jésus-Christ. Inspiré par les enseignements de ses parents et d’amis et par les chuchotements de l’Esprit, il acquit la conviction « que l’Église du Christ était dans le désert – qu’il y avait eu une apostasie par rapport à la religion pure et sans tache devant Dieu et qu’un grand changement était proche » (Journal de Wilford Woodruff, préface de 1838). Il était particulièrement motivé par les enseignements d’un homme du nom de Robert Mason, qui avait prédit que Wilford goûterait un jour le fruit de l’Évangile rétabli.

 

      Des années plus tard, pour que d’autres saints des derniers jours pourraient tirer bénéfice de ses expériences personnelles (voir Deseret Weekly, 5 septembre 1891, p. 323), Wilford Woodruff a souvent raconté l’histoire de sa recherche de la vérité. Il raconte : « Je ne pouvais trouver aucune confession dont la doctrine, la foi ou les pratiques étaient conformes à l’Évangile de Jésus-Christ ou aux ordonnances et aux dons que les apôtres ont enseignés. Bien que les ecclésiastiques de l’époque aient enseigné que la foi, les dons, les grâces, les miracles et les ordonnances, dont les saints d’autrefois jouissaient, étaient supprimés et que l’on n’en avait plus besoin, je pensais que ce n’était le cas que parce qu’ils avaient été perdus par l’incrédulité des enfants des hommes. Je croyais que les mêmes dons, grâces, miracles et pouvoirs devaient exister à toute époque du monde quand Dieu avait une Église sur la terre, que l’Église de Dieu serait rétablie sur la terre et que je le verrais de mon vivant. Ces principes avaient été ancrés dans mon esprit par la lecture de l’Ancien et du Nouveau Testament, par la prière fervente pour que le Seigneur me montre ce qui était bien et mal et me conduise sur le chemin du salut, sans tenir compte des opinions des hommes ; et les chuchotements de l’Esprit du Seigneur pendant trois ans m’ont appris qu’il était sur le point d’établir son Église et son royaume sur la terre dans les derniers jours » (Millennial Star, 25 mars 1865, p. 182).

 

      « Mon âme en était obsédée. Jeune homme, je priais jour et nuit pour voir un prophète de mon vivant. J’aurais fait mille kilomètres à pied pour voir un prophète ou un homme qui pourrait m’enseigner les choses dont il était question dans la Bible. Je ne pouvais me joindre à aucune Église, parce que je ne pouvais en trouver aucune à ce moment-là qui enseignât ces principes. J’ai passé bien des heures au milieu de la nuit au bord de la rivière, dans les montagnes et dans mon moulin… à demander à Dieu de pouvoir voir de mon vivant un prophète ou un homme qui m’enseignerait les choses du royaume de Dieu telles que je les lisais » (Millennial Star, 21 novembre 1895, p. 741).

 

      La quête de Wilford Woodruff prit fin quand il eut 26 ans. Le 29 décembre 1833, il entendit un sermon de Zera Pulsipher, missionnaire de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Il rapporte dans son journal sa réaction au sermon de Zera Pulsipher : « Il a débuté la réunion par quelques observations préliminaires, puis il a prié. J’ai senti l’Esprit de Dieu témoigner qu’il était le serviteur de Dieu. Il a alors commencé à prêcher et cela aussi avec autorité et, quand il a eu fini son discours, j’ai vraiment senti que c’était le premier sermon d’Évangile que j’aie jamais entendu. J’ai pensé que c’était ce que je recherchais depuis longtemps. J’ai estimé que je ne pouvais quitter le bâtiment sans témoigner de la vérité devant les gens. J’ai ouvert les yeux pour voir, les oreilles pour entendre, le coeur pour comprendre et ma porte pour recevoir celui qui nous avait instruits » (Journal de Wilford Woodruff, introduction).

 

      Wilford Woodruff invita Zera Pulsipher et son collègue, Elijah Cheney, à loger chez lui. Deux jours plus tard, après avoir passé du temps à lire le Livre de Mormon et à avoir des réunions avec les missionnaires, Wilford Woodruff fut baptisé et confirmé membre de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. À partir de ce jour-là, sa vie changea. Ayant trouvé la vérité, il se consacra à l’apporter aux autres.

 

 

Le désir d’aller prêcher l’Évangile

 

      Décidé à respecter les alliances qu’il avait faites au baptême, Wilford Woodruff était un instrument bien disposé dans les mains du Seigneur, toujours prêt à faire sa volonté. Vers la fin de 1834, il eut « le désir d’aller prêcher l’Évangile » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 30 mai 1881, p. 342) et il reçut l’appel à faire une mission dans le sud-est des États-Unis. Il savait que des épreuves l’attendaient et que sa vie pourrait être en danger pendant qu’il voyageait, mais il puisa de la force dans son témoignage et dans sa foi. Il devait dire plus tard : « Je savais que l’Évangile que le Seigneur avait révélé à Joseph Smith était vrai et d’une telle valeur que je voulais le communiquer aux gens qui ne l’avaient pas entendu. Il était si bon et si clair qu’il me semblait que je pouvais inciter les gens à le croire » (Millennial Star, 30 mai 1881, p. 342).

 

      Quand il entreprit sa première mission, Wilford Woodruff venait d’être ordonné prêtre dans la Prêtrise d’Aaron. Son collègue, qui avait été ordonné ancien, resta avec lui pendant les premières épreuves de la mission mais ne tarda pas à se décourager et rentra chez lui à Kirtland. Resté seul en territoire inconnu, Wilford pria pour être aidé et poursuivit sa route à travers les marais et les marécages. Il finit par arriver à Memphis (Tennessee) « las et affamé » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 20 juin 1881, p. 391). Lors de la première expérience de prédication qu’il eut là-bas, il s’adressa à un nombreux auditoire. Il raconte : « Je suis allé à la meilleure auberge de l’endroit, tenue par M. Josiah Jackson. Je lui ai dit que j’étais étranger et que je n’avais pas d’argent. Je lui ai demandé s’il pouvait m’héberger pour la nuit. Il m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que je prêchais l’Évangile. Il a ri et a dit que je ne ressemblais pas beaucoup à un prédicateur. Je ne pouvais pas lui en vouloir, car tous les prédicateurs qu’il avait jamais connus montaient de bons chevaux ou roulaient dans de belles carrioles, étaient bien habillés et bien payés, et n’auraient pas pataugé dans deux cent soixante-dix kilomètres de boue pour sauver les gens.

 

      « Le propriétaire voulant s’amuser un peu, a dit qu’il me garderait si je prêchais. Il voulait voir si je savais prêcher. Je dois admettre qu’entre-temps j’étais devenu d’humeur un peu malicieuse et je l’ai supplié de ne pas me forcer à prêcher. Plus je le suppliais de me laisser tranquille, plus M. Jackson était décidé à me faire prêcher…

 

      « Je me suis assis dans une grande salle pour dîner. Je n’avais pas encore fini que la salle commençait à se remplir de gens riches et chic de Memphis, bien habillés de drap fin et de soie, alors que ma tenue était ce que vous pouvez imaginer, après le voyage que j’avais fait dans la boue. Quand j’ai eu fini de manger, on a transporté la table hors de la salle au-dessus de la tête des gens. On m’a mis dans un coin de la salle où il y avait un pupitre avec une Bible, un livre de cantiques surmonté d’une bougie, cerné par une douzaine d’hommes, avec le propriétaire au milieu. Quelque cinq cents personnes étaient présentes, qui s’étaient réunies, non pour entendre un sermon sur l’Évangile mais pour s’amuser… Qu’est-ce que vous diriez d’être dans une telle situation ? Pendant votre première mission, sans collègue ni ami, et d’être invité à prêcher à une telle assemblée ? Pour moi cela a été l’une des heures les plus agréables de ma vie, bien que j’eusse été heureux d’avoir de la compagnie.

 

      « J’ai lu un cantique et je leur ai demandé de chanter. Il ne s’en est pas trouvé un seul qui veuille chanter. Je leur ai dit que je n’avais pas le don du chant mais qu’avec l’aide du Seigneur, j’allais prier et prêcher. Je me suis mis à genoux pour prier et les hommes autour de moi se sont mis à genoux. J’ai prié le Seigneur de me donner son Esprit et de me montrer le coeur des gens. Je lui ai promis dans ma prière de dire à cette assemblée ce qu’il me donnerait. Je me suis levé et j’ai parlé pendant une heure et demie et ç’a été l’un des meilleurs sermons de ma vie.

 

      « La vie des gens assemblés a été ouverte à la vision de mon esprit et je leur ai parlé de leurs mauvaises actions et des conséquences qu’elles entraîneraient. Les hommes qui m’entouraient ont baissé la tête. Trois minutes après la fin de mon discours, j’étais la seule personne dans la pièce.

 

      « On m’a rapidement conduit à un lit dans une chambre contiguë à une grande pièce dans laquelle étaient réunis plusieurs des hommes à qui j’avais prêché. Je pouvais entendre leur conversation. Un homme disait qu’il voudrait savoir comment ce jeune mormon était au courant de leur passé. Au bout d’un moment, ils se sont mis à se disputer sur un point de doctrine. Quelqu’un a proposé que l’on m’appelle pour trancher la question. Le propriétaire a dit : « Non, ça suffit pour cette fois-ci. »

 

      « Le lendemain matin, j’ai pris un bon petit déjeuner. Le propriétaire m’a dit de revenir chez lui s’il m’arrivait de repasser par là et que je pourrais rester aussi longtemps que je voulais » (Millennial Star, 20 juin 1881, p. 391).

 

      En novembre 1836, Wilford Woodruff finit sa mission dans le sud-est des États-Unis. Il écrit dans son journal qu’en 1835 et 1836 il avait parcouru près de 16000 kilomètres, tenu 323 réunions, organisé quatre branches de l’Église, baptisé 70 personnes et confirmé 62, accompli onze ordinations dans la prêtrise et guéri quatre personnes par l’imposition des mains et qu’il avait été délivré des mains de six attroupements hostiles (voir le journal de Wilford Woodruff, sommaires de 1835 et de 1836). Il fut ordonné ancien en juin 1835 et soixante-dix en mai 1836.

 

      Quand il revint à Kirtland, Wilford Woodruff constata que beaucoup de membres de l’Église étaient tombés dans l’apostasie et disaient du mal de Joseph Smith, le prophète. « Pendant la période de l’apostasie à Kirtland, dit-il plus tard, Joseph Smith ne savait pas, quand il rencontrait un homme, s’il était ami ou ennemi, à moins que l’Esprit de Dieu ne le lui révèle. La plupart des dirigeants le combattaient » (Deseret Weekly, 7 novembre 1896, p. 643).

 

      Même « au milieu de ces ténèbres » (Deseret Weekly, 7 novembre 1896, p. 643), Wilford Woodruff resta fidèle au prophète et à sa décision personnelle de prêcher l’Évangile. Il fut appelé au premier collège des soixante-dix et, en cette qualité, continua à témoigner de la vérité en se rendant aux conférences dans la région. Après avoir passé moins d’un an à Kirtland, il suivit une inspiration de faire une mission à plein temps aux îles Fox, juste au large de la côte de l’État du Maine. Il raconta plus tard :

 

      « L’Esprit de Dieu m’a dit : « Choisis un collègue et va directement aux îles Fox ». Je ne savais pas plus ce qu’il y avait aux îles Fox que ce qu’il y avait sur Kolob. Mais le Seigneur m’avait dit d’y aller et j’y suis allé. J’ai choisi Jonathan H. Hale et il m’a accompagné. Nous y avons chassé quelques démons, nous avons prêché l’Évangile et avons fait quelques miracles…. Je suis allé aux îles Fox et j’y ai fait du bon travail » (Deseret Weekly, 7 novembre 1896, p. 643). Quand Wilford Woodruff arriva aux îles Fox, il y trouva « des gens qui souhaitaient l’ordre antique des choses ». Il raconta plus tard : « Sans m’étendre là-dessus, je dirai que j’ai baptisé plus de cent personnes pendant que j’étais là-bas » (Conference Report, octobre 1897, p. 46).

 

 

Missionnaire permanent comme apôtre du Seigneur Jésus-Christ

 

      Tandis qu’il faisait sa mission aux îles Fox en 1838, Wilford Woodruff reçut un appel qui prolongea son service missionnaire pour le reste de sa vie. « Le 9 août, j’ai reçu une lettre de Thomas B. Marsh, qui était alors président des douze apôtres, m’informant que Joseph Smith, le prophète, avait reçu une révélation qui, pour remplacer ceux qui avaient apostasié, nommait les personnes suivantes : John E. Page, John Taylor, Wilford Woodruff et Willard Richards.

 

      « Le président Marsh ajoutait, dans sa lettre : ‘ Sachez donc, frère Woodruff, par la présente, que vous êtes désigné pour remplir le poste d’un des douze apôtres, et qu’il est conforme à la parole du Seigneur, donnée tout dernièrement, que vous veniez rapidement à Far West, et que, le 26 avril prochain, vous preniez congé des saints d’ici et partiez pour d’autres cieux de l’autre côté de l’océan ‘ ».

 

      Le président Woodruff devait faire plus tard cette réflexion : « La teneur de cette lettre m’avait été révélée plusieurs semaines plus tôt, mais je n’en avais parlé à personne » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 26 septembre 1881, p. 621).

 

      L’ordre de partir pour « d’autres cieux de l’autre côté de l’océan » avait trait au commandement du Seigneur que les Douze aillent en mission en Grande-Bretagne. Peu après avoir été ordonné apôtre le 26 avril 1839, Wilford Woodruff partit pour la Grande-Bretagne en tant que l’un des « témoins spéciaux du nom du Christ dans le monde entier » (D&A 107:23).

 

      Wilford Woodruff allait faire plus tard d’autres missions aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Il est connu comme l’un des plus grands missionnaires de l’histoire de l’Église.

 

Aider les saints à se rassembler

 

      Aujourd’hui, il est demandé aux saints des derniers jours d’édifier le royaume de Dieu là où ils vivent, fortifiant ainsi l’Église dans le monde entier. Au début de l’Église, les missionnaires invitaient les nouveaux convertis à émigrer vers le siège de l’Église, que ce fût à Kirtland, au comté de Jackson (Missouri), à Nauvoo ou à Salt Lake City.

 

      Environ deux ans après le martyre de Joseph et de Hyrum Smith, les saints furent forcés de quitter leurs foyers de Nauvoo, pour s’installer provisoirement à Winter Quarters, au Nebraska. Wilford Woodruff, qui était en mission en Angleterre, rejoignit le gros de l’Église. Partant de Winter Quarters, il aida à conduire les saints lors de leur émigration la mieux connue : la traversée des plaines et des montagnes des États-Unis vers leur terre promise dans la vallée du lac Salé. Membre du premier convoi de pionniers, il transporta Brigham Young, qui était malade, pendant la dernière partie du voyage. Il était là lorsque le président Young se leva de son lit dans son chariot, examina la vallée qui s’étendait devant eux et proclama : « Enfin, nous y sommes. Allons-y » (Deseret News, 27 juillet 1880, p. 2).

 

      Wilford Woodruff continua à aider les saints à se rassembler dans leur terre promise. Lors de l’une de ses missions, sa famille et lui passèrent deux ans et demi au Canada et dans le nord-est des États-Unis à aider les membres de l’Église à se rendre dans la vallée du lac Salé. Il était avec le dernier groupe de ces saints quand il eut l’expérience suivante, qui montre à quel point il était sensible aux chuchotements de l’Esprit :

 

      « J’ai vu un vapeur qui se préparait à partir. Je suis allé trouver le capitaine et lui ai demandé combien de passagers il avait. ‘ Trois cent cinquante ’. ‘ Pourriez-vous en prendre encore cent ? ’ ‘ Oui ’. J’étais sur le point de lui dire que nous voulions monter à bord quand l’Esprit m’a dit : ‘ Ne monte pas à bord de ce vapeur, ni toi ni ton convoi ’. D’accord, ai-je dit. J’avais appris à écouter le murmure doux et léger. Je ne suis pas monté à bord de ce vapeur, mais j’ai attendu jusqu’au lendemain matin. Trente minutes après son départ, le vapeur a pris feu. Il était équipé de cordes au lieu de chaînes de guidage et il n’a pas pu rejoindre la rive. C’était une nuit noire et pas une âme n’a été sauvée. Si je n’avais pas obéi à l’influence de ce guide au-dedans de moi, j’aurais été à l’intérieur moi-même avec le reste du convoi » (Conference Report, avril 1898, p. 30).

 

 

Service dans la vallée du lac Salé

 

      Une fois les saints installés dans la vallée du lac Salé, les fonctions de Wilford Woodruff changèrent. On ne l’envoya plus à l’étranger pour des missions à plein temps. Ses activités consistèrent à aider plus de saints dans leur migration vers le siège de l’Église, à rencontrer les gens qui visitaient la région, à remplir les fonctions de législateur, à travailler à irriguer et à cultiver la terre et à élaborer des cultures et des procédés d’agriculture. Il visitait fréquemment les colonies des saints des derniers jours en Utah, en Arizona et en Idaho, leur prêchait l’Évangile et encourageait les saints dans leurs devoirs.

 

      Wilford Woodruff fut historien adjoint de l’Église de 1856 à 1883 et historien de l’Église de 1883 à 1889, période qui couvre la plus grande partie de son service au collège des douze apôtres. Bien que cette responsabilité lui prît beaucoup de temps, il la considérait comme une bénédiction, et avait la conviction que « l’histoire de l’Église demeurera pour le temps et pour l’éternité » (Journal de Wilford Woodruff, 6 septembre 1856). Son mandat d’historien était le prolongement d’une oeuvre qu’il accomplissait depuis 1835, quand il commença à tenir un journal personnel, un compte rendu personnel de sa vie et de l’histoire de l’Église.

 

      En oeuvrant constamment pour fortifier l’Église, servir la collectivité et pourvoir aux besoins de sa famille, Wilford Woodruff suivit le principe du travail qu’il avait appris de son père. Franklin D. Richards, du collège des douze apôtres, dit que Wilford Woodruff « était connu pour son activité, son industrie et sa résistance physique. Bien que n’ayant pas une forte carrure, il était capable d’effectuer des travaux qui auraient fait s’effondrer des hommes ayant un physique ordinaire » (« Wilford Woodruff », Improvement Era, octobre 1898, p. 865).

 

      Le journal de Wilford Woodruff est rempli de notes rapportant de longues journées de dur labeur. Il raconte qu’un jour, à l’âge de 67 ans, il était monté sur une échelle de 4 mètres avec son fils Asahel pour cueillir des pêches. Asahel commença à perdre l’équilibre. En se précipitant à la rescousse d’Asahel, Wilford Woodruff lui-même tomba. Il écrit : « J’ai fait une chute de près de quatre mètres jusqu’en bas de l’échelle et je me suis reçu sur l’épaule et la hanche droites et me suis blessé sévèrement. Asahel s’en est tiré sans trop de mal. J’ai été très endolori et raide toute la nuit » (Journal de Wilford Woodruff, 7 septembre 1874). Le lendemain, il écrivait : « J’ai été très endolori et très raide aujourd’hui, pourtant je suis allé aux champs et je suis rentré chez moi le soir » (Journal de Wilford Woodruff, 8 septembre 1874). À propos de cet événement, Matthias Cowley dit : « On se demande naturellement ce qu’un homme de son âge faisait en haut d’un arbre. Tout d’abord, pour frère Woodruff, ce n’était jamais une question d’âge quand il voyait quelque chose qu’il pensait qu’il fallait faire à condition qu’il lui soit possible de le faire. Il était partout… Il était prêt à tout moment pour n’importe quelle urgence. S’il voyait en haut d’un pommier une branche qui devait être coupée, à peine la pensée lui avait-elle traversé l’esprit qu’il était déjà en haut de l’arbre, et il lui était toujours difficile de demander à quelqu’un d’autre de faire quelque chose qu’il pouvait faire lui-même » (Wilford Woodruff : History of His Life and Labors, p. 484).

 

 

Construction de temples et oeuvre du temple

 

      Chaque fois qu’ils restaient pendant une période prolongée dans un endroit central, les saints construisaient un temple. C’est ce qu’ils firent à Kirtland, à Nauvoo et finalement à Salt Lake City. En cela, ils étaient fidèles à une révélation du Seigneur donnée par l’intermédiaire de Joseph Smith, le prophète – révélation que Wilford Woodruff nota dans son journal :

 

« Quel a été le but du rassemblement des Juifs ou du peuple de Dieu à toute époque du monde ? Le but principal était d’édifier au Seigneur une maison par laquelle il révélerait à son peuple les ordonnances de sa maison et les gloires de son royaume et enseignerait au peuple le chemin du salut ; car il y a des ordonnances et des principes qui, quand on les enseigne et les pratique, doivent l’être dans un endroit ou une maison que l’on a construite dans ce but. C’était prévu dans l’esprit de Dieu avant que le monde soit et c’est dans ce but que Dieu a souvent voulu rassembler les Juifs, mais ils ne l’ont pas voulu. C’est dans le même but que Dieu rassemble les gens dans les derniers jours – pour la construction pour le Seigneur d’une maison afin de les préparer aux ordonnances et aux dotations, aux ablutions et aux onctions, etc. » (cité par Wilford Woodruff dans son journal, à la date du 11 juin 1843).

 

      Wilford Woodruff a fréquemment exhorté les saints à profiter des bénédictions accessibles dans le temple. Il a dit : « Je considère que la construction de temples est l’une des choses importantes exigées par le Seigneur de la part des saints des derniers jours dans la dispensation de la plénitude des temps, que nous entrions dans ces temples et que non seulement nous rachetions les vivants mais que nous rachetions nos morts » (Deseret News, 2 mai 1876, p. 4). Avec sa diligence caractéristique, il donna l’exemple de l’œuvre du temple en travaillant personnellement pour des milliers de ses ancêtres.

 

      Comme beaucoup d’autres prophètes de son temps, Wilford Woodruff a prédit que le moment viendrait où il y aurait des temples partout dans le monde (voir Deseret News, 26 mars 1878, p. 1). Il s’est réjoui d’avoir vécu assez longtemps pour voir que la prophétie commençait à s’accomplir avec la construction et la consécration de quatre temples dans le territoire d’Utah pendant les 46 premières années qui suivirent l’arrivée des saints dans la vallée du lac Salé – à St-George, Logan, Manti et Salt Lake City.

 

      C’est le président Woodruff qui fit les prières de consécration des temples de Manti et de Salt Lake City. Dans un message adressé à tous les membres de l’Église, lui et ses conseillers dans la Première Présidence témoignent des bénédictions que reçoivent les membres qui assistent aux consécrations de temples dans un esprit de culte sincère : « Les doux chuchotements du Saint-Esprit leur seront donnés et les trésors du ciel, la communion des anges, s’y ajouteront de temps en temps, parce que la promesse du Seigneur a été faite et elle ne peut pas faillir » (« Address from the First Presidency », Millennial Star, 10 avril 1893, p. 246). Il rapporta par écrit une expérience de ce genre qu’il eu lors de la consécration du temple de Logan :

 

      « Tandis que j’assistais à la consécration de ce temple, j’ai repensé aux nombreuses heures que j’avais passées dans la prière, lorsque j’étais jeune homme, à invoquer Dieu pour qu’il me permette de vivre suffisamment sur la terre pour voir l’Église du Christ établie et un peuple suscité qui recevrait l’Évangile d’autrefois et lutterait pour la foi jadis donnée aux saints. Le Seigneur m’a promis que je trouverais le peuple de Dieu de mon vivant et que j’aurais un nom et un endroit… dans sa maison, un nom meilleur que celui de fils ou de filles, un nom qui ne serait pas retranché. Et aujourd’hui je me réjouis d’avoir un nom avec son peuple et d’aider à la consécration d’un temple de plus à son très saint nom. Louanges soient données à Dieu et à l’Agneau pour toujours » (Journal de Wilford Woodruff, 17 mai 1884).

 

 

Wilford Woodruff à la présidence de l’Église

 

      Quand John Taylor décéda le 25 juillet 1887, le collège des douze apôtres devint l’instance dirigeante de l’Église avec le président Woodruff comme officier président. En sentant le fardeau que cela représentait de diriger l’Église entière, le président Woodruff écrivit les pensées suivantes dans son journal : « Ceci me met dans une situation très particulière, un poste que je n’ai jamais recherché de toute ma vie. Mais selon la providence de Dieu, il m’est confié et je prie Dieu, mon Père céleste, de me donner une grâce à la hauteur de ma responsabilité. C’est un poste élevé et lourd de responsabilité pour n’importe quel homme, un poste qui réclame une grande sagesse. Je ne m’attendais absolument pas à survivre au président Taylor… Mais c’est ainsi… Je peux seulement dire : merveilleuses sont tes voies, ô Seigneur Dieu Tout-Puissant, car tu as certainement choisi les choses faibles de ce monde pour accomplir ton oeuvre sur la terre. Puisse ton serviteur Wilford être prêt pour ce qui l’attend sur terre et avoir le pouvoir d’accomplir tout ce qui sera exigé de lui par le Dieu du ciel. Je demande cette bénédiction de mon Père céleste au nom de Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant » (Journal de Wilford Woodruff, 25 juillet 1887). Le président Woodruff fut soutenu comme président de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours le 7 avril 1889. Il était le quatrième président de l’Église dans cette dispensation.

 

Témoignages sur l’oeuvre du Seigneur dans les derniers jours

 

      Dans ses messages aux membres de l’Église, le président Woodruff a à plusieurs reprises témoigné du rétablissement de l’Évangile, tout comme il l’avait fait pendant tout son ministère. Cependant, il a rendu témoignage avec une urgence accrue pendant ces neuf dernières années de sa vie. Il était le dernier homme vivant à avoir été apôtre du temps de Joseph Smith, et il ressentait la nécessité pressante de laisser un témoignage clair et durable du prophète du Rétablissement. Une année environ avant sa mort, il déclara :

 

      « Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, et l’une d’elles c’est pourquoi je suis ici à mon âge. Je ne comprends pas pourquoi j’ai été préservé autant que je l’ai été alors que tant d’apôtres et de prophètes ont été rappelés à Dieu… Je suis le seul homme vivant dans la chair à avoir reçu la dotation des mains de Joseph Smith, le prophète. Je suis le seul homme dans la chair à avoir été avec les douze apôtres quand il leur a remis le royaume de Dieu et leur a donné le commandement d’emporter ce royaume. Il est resté trois heures environ dans une salle à nous faire son dernier discours. La salle était remplie comme d’un feu dévorant. Son visage était aussi clair que l’ambre, ses paroles étaient pour nous comme la foudre fulgurante. Elles ont pénétré chaque partie de notre corps du sommet de la tête à la plante des pieds. Il a dit : ‘ Frères, le Seigneur Tout-Puissant a scellé sur ma tête chaque prêtrise, chaque clef, chaque pouvoir, chaque principe qui appartient à la dernière dispensation de la plénitude des temps et à l’édification du royaume de Dieu. J’ai scellé sur votre tête tous ces principes, toute cette prêtrise, tout cet apostolat et toutes ces clefs du royaume de Dieu et maintenant vous devez arrondir les épaules et emporter ce royaume ou bien vous serez damnés ’. Je n’oublie pas ces paroles – Je ne les oublierai jamais tant que je vivrai. C’est le dernier discours qu’il fit dans la chair. Peu après, il subissait le martyre et était rappelé à Dieu dans la gloire » (Deseret Weekly, 4 septembre 1897, p. 356).

 

      En tant que président de l’Église, le président Woodruff exhorta les saints à rechercher et à suivre les directives du Saint-Esprit, à être fidèles à leurs alliances, à prêcher l’Évangile aux États-Unis et à l’étranger, à être honnêtes dans leurs responsabilités temporelles et diligents dans l’oeuvre généalogique et l’œuvre du temple. Sa recommandation fait écho à une déclaration qu’il avait faite quand il était membre du collège des Douze : « Aussi bons que nous soyons, nous devons viser continuellement à progresser et à nous améliorer. Nous avons obéi à une loi et à un Évangile différents de ce à quoi les autres ont obéi et nous avons un royaume différent en vue, et notre but doit être en conséquence plus élevé devant le Seigneur, notre Dieu, et nous devons nous conduire et nous maîtriser en conséquence, et je prie Dieu, mon Père céleste, que son Esprit repose sur nous et nous permette de le faire » (Deseret News, 28 décembre 1875, p. 1).

 

Publication du Manifeste

 

      Fortifié et guidé par le Seigneur, le président Woodruff dirigea les saints des derniers jours au cours de l’une des périodes les plus turbulentes de cette dispensation. Vers la fin des années 1880, l’Église continuait à pratiquer le mariage plural par obéissance au commandement donné par le Seigneur à Joseph Smith, le prophète. Cependant, le gouvernement des États-Unis avait récemment voté des lois contre cette pratique, avec de lourdes sanctions en cas de violation de ces lois, notamment la confiscation des biens de l’Église et la privation, pour les membres de l’Église, des droits civiques fondamentaux tels que le droit de vote. Ces faits nouveaux permettaient aussi la mise en oeuvre de moyens légaux pour poursuivre les saints des derniers jours qui pratiquaient le mariage plural. L’Église fit appel devant les tribunaux, mais en vain.

 

      Cette situation pesait lourdement sur le président Woodruff. Il chercha à connaître la volonté du Seigneur à ce sujet et finit par recevoir la révélation que les saints des derniers jours devaient cesser la pratique de contracter le mariage plural. Pour obéir au commandement Seigneur, il publia ce qui prit le nom de Manifeste – une déclaration inspirée qui demeure la base de la position de l’Église au sujet du mariage plural. Dans cette déclaration publique, datée du 24 septembre 1890, il affirmait son intention de se soumettre aux lois du pays. Il témoigna aussi que l’Église avait cessé d’enseigner la pratique du mariage plural (voir Doctrine et Alliances, Déclaration officielle n° 1). Le 6 octobre 1890, au cours d’une session de conférence générale, les saints des derniers jours soutinrent la déclaration de leur prophète en soutenant unanimement une déclaration selon laquelle il « était pleinement autorisé, en vertu de sa fonction, à publier le Manifeste » (Lorenzo Snow, texte accompagnant la Déclaration officielle n° 1, dans Doctrine et Alliances).

 

Réaffirmation de la nature éternelle de la famille

 

      Environ trois mois avant son martyre, Joseph Smith, le prophète, prononça un discours devant une grande assemblée de saints. Wilford Woodruff, qui fit la synthèse du discours, dit que le prophète avait parlé de « l’un des sujets les plus importants et les plus intéressants jamais exposés aux saints » (Journal de Wilford Woodruff, 10 mars 1844). Au cours de ce sermon, Joseph Smith témoigna de la nature éternelle de la famille. Il parla de la nécessité d’être scellé à nos parents et de continuer à pratiquer cette ordonnance de scellement pendant toutes nos générations :

 

      « C’est là l’esprit d’Élie, que nous rachetions nos morts et nous reliions à nos pères qui sont au ciel et scellions nos morts pour qu’ils se lèvent dans la première résurrection ; et c’est ici que nous voulons que le pouvoir d’Élie scelle ceux qui demeurent sur la terre à ceux qui demeurent au ciel… allez sceller à vous sur la terre vos fils et vos filles, et scellez-vous vous-mêmes à vos pères dans la gloire éternelle » (cité par Wilford Woodruff dans son journal, à la date du 10 mars 1844).

 

      Pendant les quelques décennies qui suivirent, les saints des derniers jours surent qu’il devait y avoir « un chaînon d’une sorte ou d’une autre qui rattache les pères et les enfants » (D&A 128:18). Cependant, leur façon de procéder n’était pas complètement ce qu’elle devait être ; comme le fit observer le président Woodruff, le prophète Joseph n’avait pas vécu assez longtemps pour « approfondir davantage le sujet » (« Discourse by President Wilford Woodruff », Millennial Star, 28 mai 1894, p. 338). En agissant selon « toute la lumière et la connaissance » dont ils disposaient (Millennial Star, 28 mai 1894, p. 337), ils se faisaient souvent sceller ou « adopter » à Joseph Smith, à Brigham Young ou à d’autres dirigeants de l’Église de leur temps au lieu de l’être à leurs propres père et mère. Devenu président de l’Église, Wilford Woodruff fit allusion à cette pratique en disant : « Nous n’avons pas entièrement appliqué ces principes pour l’accomplissement des révélations que Dieu nous a données, qui étaient de sceller le coeur des pères aux enfants et des enfants aux pères. Je ne me suis pas senti satisfait et le président Taylor non plus, ni aucun de ceux qui, depuis le temps du prophète Joseph, ont vaqué à l’ordonnance de l’adoption dans les temples de notre Dieu. Nous avons senti qu’il y avait plus à révéler sur ce sujet que ce que nous avions reçu » (Millennial Star, 28 mai 1894, p. 337).

 

      Cette révélation supplémentaire fut donnée au président Woodruff le 5 avril 1894 (voir le journal de Wilford Woodruff, 5 avril 1894). Trois jours plus tard, dans un discours de conférence générale, il raconta la révélation : « Quand je suis allé devant le Seigneur pour savoir par qui je devrais être adopté…, l’Esprit de Dieu m’a dit : ‘ N’as-tu pas un père qui t’a engendré ? ’ ‘ Oui ’. ‘ Alors, pourquoi ne pas l’honorer ? Pourquoi ne pas être scellé à lui ? ’ ‘ Oui, ai-je dit, c’est juste ’. J’ai été scellé à mon père et j’aurais dû faire sceller mon père à son père, et ainsi de suite en remontant les générations ; et le devoir que je veux voir quiconque préside un temple accomplir dorénavant et à jamais, à moins que le Seigneur ne le commande autrement, est : que chacun soit scellé à son père… Telle est la volonté de Dieu pour ce peuple. Je veux que tous les hommes qui président ces temples dans ces montagnes d’Israël gardent cela à l’esprit. De quel droit irais-je enlever les droits du lignage à qui que ce soit ? Quel droit un homme a-t-il de faire cela ? Non ; je le dis : Que chacun soit scellé à son père et alors vous ferez exactement ce que Dieu a dit quand il a déclaré qu’il enverrait Élie, le prophète, dans les derniers jours [voir Malachie 4:5-6]…

 

      « Nous voulons que dorénavant les saints des derniers jours remontent leur généalogie aussi loin que possible et soient scellés à leurs pères et mères. Faites sceller les enfants à leurs parents et prolongez cette chaîne aussi loin que vous le pouvez…

 

      « Mes frères et soeurs, prenez ces choses à coeur. Allons de l’avant avec nos registres, remplissons-les en justice devant le Seigneur et appliquons ce principe, et les bénédictions de Dieu seront sur nous et ceux qui sont rachetés nous béniront dans les jours à venir. Je prie Dieu que notre peuple ait les yeux ouverts pour voir, les oreilles pour entendre et le coeur pour comprendre l’oeuvre grandiose qui repose sur nos épaules et que le Dieu du ciel exige de nous » (Millennial Star, 28 mai 1894, pp. 338, 339, 341).

 

 

« Nous prions toujours pour toi »

 

      Le 1er mars 1897, les saints des derniers jours remplirent le Tabernacle de Salt Lake City pour fêter le quatre-vingt-dixième anniversaire du président Woodruff. Ils y entendirent un nouveau cantique : « Nous prions toujours pour toi. » Evan Stephens avait adapté la musique d’un cantique existant et avait écrit de nouvelles paroles pour rendre hommage au prophète bien-aimé de l’Église :

 

Nous prions toujours pour toi, notre cher prophète,

Que Dieu te donne consolation et réconfort ;

Alors que les années creusent ton front,

Que la lumière intérieure garde son éclat d’aujourd’hui,

Que la lumière intérieure garde son éclat d’aujourd’hui.

 

Nous prions toujours pour toi de tout notre coeur,

Que la force te soit donnée de faire ta part,

Pour nous guider et nous conseiller de jour en jour,

Pour jeter une lumière sainte autour de notre chemin,

Pour jeter une lumière sainte autour de notre chemin.

 

Nous prions toujours pour toi d’un amour ardent ;

Et comme la prière des enfants est entendue là-haut,

Tu seras à jamais béni et Dieu donnera

Tout ce qui est bon et bien tant que tu vivras,

Tout ce qui est bon et bien tant que tu vivras.

(Hymnes, n° 72).

 

      Dix-huit mois plus tard, le 2 septembre 1898, le président Woodruff décédait, rejoignant enfin les saints qui l’avaient précédé dans la mort. À ses obsèques, qui eurent lieu au Tabernacle de Salt Lake City, un « esprit de paix… planait qui imprégna l’assemblée et demeura pour apaiser les sentiments de tous ». L’intérieur du Tabernacle avait été « artistiquement drapé de blanc » avec des décorations florales « abondantes et magnifiques » et des gerbes de blé et d’avoine. « De chaque côté des orgues il y avait le nombre 1847 et de grands bouquets de sauge et de tournesols et des cimes de sapins » rappelant l’entrée des pionniers dans la vallée du lac Salé en juillet 1847. Au-dessus d’un grand portrait du président Woodruff était illuminée la déclaration : « Quoique mort, il parle » en hommage à un prophète de Dieu dont les enseignements et l’exemple continueraient à inspirer les saints des derniers jours dans leur œuvre d’édification du royaume de Dieu (voir « In Memoriam : President Wilford Woodruff », Woman’s Exponent, 15 septembre 1898, pp. 44-45).

 

 

 

 

Anecdotes de la vie de Wilford Woodruff liées à des thèmes évangéliques

 

Les mentions entre crochets sont des notes de la rédaction

 

 

Confiance en Dieu

 

      « La seule chose qui m’ait émerveillé toute ma vie, a dit le président Woodruff, a été que le Seigneur m’ait jamais choisi pour quelque chose et en particulier pour être apôtre et président. Mais ce sont ses affaires, pas les miennes » (Millennial Star, 21 novembre 1895, p. 739).

 

      Bien qu’il ait été étonné de ses appels dans l’Église, le président Woodruff savait pourquoi le Seigneur l’avait appelé. Il fit la réflexion : « Pourquoi le Seigneur a-t-il choisi un homme faible tel que Wilford Woodruff pour présider son Église ? Pourquoi a-t-il choisi Joseph Smith, un illettré, comme on le disait de lui ? Pourquoi a-t-il choisi ce type d’hommes ? Parce qu’il pouvait les mener. Il a choisi des hommes qui reconnaîtraient la main de Dieu » (Millennial Star, 21 novembre 1895, p. 739).

 

      Le président Woodruff reconnaissait toujours la main de Dieu, dans les succès personnels et dans l’avancement de l’Église. Dans un discours prononcé au Tabernacle de Salt Lake City, il a dit : « Je remercie le Seigneur de ma vie. Je le remercie de ses bénédictions et de ses miséricordes à mon égard. J’ai des raisons de m’en réjouir et je suis obligé d’attribuer à Dieu la gloire de tout ce que j’ai jamais reçu. Si j’ai jamais fait du bien, si j’ai pu prêcher l’Évangile et agir d’une manière qui a édifié mes semblables, au pays ou à l’étranger, cela a été par le pouvoir de Dieu… Ce pouvoir a été avec nous. C’est pour cela que nous sommes ici aujourd’hui. C’est pour cela que ce Tabernacle se trouve ici aujourd’hui en accomplissement des prédictions des prophètes de Dieu dans les temps anciens. C’est pour cela que la Sion de Dieu est implantée ici dans ces vallées des montagnes [voir Ésaïe 2:2,3]. Tout cela s’est fait par le pouvoir de Dieu et non de l’homme » (Deseret Semi-Weekly News, 21 décembre 1897, p. 1).

 

 

Dispensation de la plénitude des temps

 

      À différentes époques de l’histoire du monde, le Seigneur a établi des dispensations de l’Évangile. Dans chaque dispensation, il a révélé son Évangile par un ou plusieurs serviteurs autorisés. Joseph Smith, le prophète, a été l’instrument par lequel le Seigneur a ouvert la dispensation actuelle, qui est désignée dans les Écritures sous le nom de « dispensation de la plénitude des temps » (Éphésiens 1:10, traduction littérale de la Bible du roi Jacques ; D&A 128:20).

 

      Au printemps de 1834, Wilford Woodruff assista à une réunion de la prêtrise à Kirtland. C’est au cours de cette réunion qu’il commença à comprendre le destin de l’Église dans cette dispensation. Il devait raconter plus tard :

 

      « Le Prophète a demandé à tous les détenteurs de la prêtrise de se rassembler dans la petite école en rondins qui se trouvait là. C’était un petit bâtiment d’environ quatre mètres carrés. Mais toute la prêtrise de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui se trouvait alors à Kirtland y était réunie… C’était la première fois que je voyais Oliver Cowdery et que je l’entendais parler ; la première fois que je voyais Brigham Young et Heber C. Kimball, et les deux Pratt, Orson Hyde et bien d’autres. Il n’y avait pas d’apôtres dans l’Église à ce moment-là, à part Joseph Smith et Oliver Cowdery. Lorsque nous fûmes réunis, le Prophète appela les anciens d’Israël à rendre témoignage avec lui de cette oeuvre. Ceux que j’ai cités prirent la parole et beaucoup d’autres que je n’ai pas mentionnés rendirent témoignage. Quand ils eurent fini, le Prophète dit : ‘ Mes frères, j’ai été très édifié et j’ai beaucoup appris de vos témoignages de ce soir. Cependant, je tiens à vous dire devant le Seigneur que vous n’en savez pas plus sur la destinée de l’Église et du Royaume qu’un nourrisson dans le giron de sa mère. Vous ne les comprenez pas ’. J’étais assez surpris. Il ajouta : ‘ Ce soir, vous ne voyez qu’une petite poignée de détenteurs de la prêtrise, mais cette Église remplira l’Amérique du Nord et du Sud – elle remplira la terre » (Conference Report, avril 1898,

p. 57).

 

      Wilford Woodruff a consacré sa vie à édifier le royaume de Dieu et il continua à recevoir les enseignements de Joseph Smith, même après la mort du prophète. Il raconte une vision qu’il eut, dans laquelle il parla avec Joseph Smith : « Je l’ai vu à la porte du temple dans le ciel. Il est venu à moi et m’a parlé. Il a dit qu’il ne pouvait pas s’arrêter pour parler avec moi parce qu’il était pressé. L’homme que j’ai rencontré ensuite était frère Smith, père ; il ne pouvait pas parler avec moi parce qu’il était pressé. J’ai rencontré une demi-douzaine de frères qui avaient détenu des postes-clefs sur la terre et aucun d’entre eux ne pouvait s’arrêter pour me parler parce qu’ils étaient pressés. J’étais très étonné. J’ai revu plus tard le prophète et l’occasion m’a été donnée de lui poser une question.

 

      « ‘ Je voudrais, ai-je dit, savoir pourquoi vous êtes pressés. J’ai été pressé toute ma vie, mais j’espérais que ce serait fini quand j’arriverais dans le royaume des cieux, si jamais j’y arrivais ’.

 

      « Joseph a dit : ‘Je vais vous dire, frère Woodruff. Toutes les dispensations qui ont eu la prêtrise sur la terre et qui sont passées dans le royaume céleste ont eu une certaine quantité de travail à faire pour se préparer à aller sur la terre avec le Sauveur quand il ira y régner. Chaque dispensation a eu largement le temps d’accomplir cette oeuvre. Nous pas. Nous sommes dans la dernière dispensation, et il y a tant de travail à faire que nous devons nous dépêcher pour l’accomplir ’ » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, pp. 288-289).

 

 

Écritures

 

      Le 1er mars 1845, Wilford Woodruff, qui était alors l’autorité présidente de l’Église dans les îles Britanniques, reçut une lettre d’un ami aux États-Unis. À cette correspondance était jointe une copie d’une autre lettre, dans laquelle un homme exposait un plan pour imprimer Doctrine et Alliances en Angleterre et pour y obtenir le copyright pour lui-même. L’action de cet homme aurait empêché l’Église d’imprimer le livre en Angleterre. Wilford Woodruff note dans son journal : « C’est certainement un geste audacieux de la part d’un apostat ou d’apostats d’entreprendre d’imprimer les ouvrages de l’Église et de l’en dépouiller. Je considère que ce n’est rien d’autre que la miséricorde de Dieu qui m’a mis au courant de ce projet. J’ai passé la journée à examiner la loi pour voir ce que je pouvais apprendre au sujet de l’obtention du copyright » (Journal de Wilford Woodruff, 1er mars 1845, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Il loua les services d’un imprimeur pour composer et imprimer 3000 exemplaires du livre (voir le journal de Wilford Woodruff, 7 juin 1845). Ensuite, après s’être familiarisé avec les lois britanniques sur le copyright, il acquit les droits en son nom propre le 7 juin 1845, « quarante-huit heures après avoir reçu les dernières feuilles des imprimeurs » (History of the Church, 7:426 ; voir également le journal de Wilford Woodruff, 7 juin 1845). Il préservait ainsi le droit légal de l’Église d’imprimer le livre en Angleterre.

 

      Ce n’était pas la première fois que Wilford Woodruff agissait pour mettre les Écritures entre les mains des saints des derniers jours. Avant même que Doctrine et Alliances soit imprimé, il avait copié plusieurs des révélations à la main et les avait emportées dans ses voyages missionnaires. Pendant sa première mission en Angleterre, de janvier 1840 à avril 1841, il travailla, avec Brigham Young et d’autres, à la publication de la première édition du Livre de Mormon en dehors des États-Unis. Il aida plus tard Joseph Smith, le prophète, à Nauvoo, en faisant la composition du périodique de l’Église intitulé Times and Seasons. Entre le 1er mars 1842 et le 16 janvier 1843, les documents suivants parurent dans le Times and Seasons, bien des années avant qu’ils ne soient publiés dans la Perle de Grand Prix : le Livre d’Abraham, Joseph Smith–Histoire, la Lettre à Wentworth, qui contenait les Articles de Foi, et une partie du Livre de Moïse.

 

      Après avoir aidé les saints à disposer des Écritures, le président Woodruff leur recommanda instamment de les amasser dans leur cœur (voir Millennial Star, 21 novembre 1887, p. 742). Il dit : « Nous devons vivre notre religion. Nous devons pratiquer nous-mêmes ce que nous prêchons. Nous devons amasser les paroles de la vie. Nous devons sonder les annales de la vérité divine. Nous devons chercher à comprendre l’époque à laquelle nous vivons. C’est comme cela que je considère notre situation aujourd’hui. Je ne considère pas les révélations qui se trouvent dans ces livres, concernant la dispensation de la plénitude des temps, comme quelque chose qui disparaîtra sans s’accomplir » (Deseret News, 6 juillet 1880, p. 1).

 

 

Enseigner et apprendre par l’Esprit

 

      Tandis qu’il se préparait pour une conférence en octobre 1855, Wilford Woodruff pria pour être guidé, et demanda ce que lui et ses frères du Collège des Douze devaient enseigner. En réponse à sa prière, il reçut la révélation suivante : « Que mes serviteurs obtiennent le Saint-Esprit et gardent mon Esprit avec eux, et il leur apprendra ce qu’ils doivent enseigner continuellement au peuple ; et apprenez au peuple à garder mon Esprit avec eux, et il sera en mesure de comprendre la parole du Seigneur quand on la lui enseignera » (Journal de Wilford Woodruff, 19 octobre 1855, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours).

 

      Avec un témoignage durable de ce principe, le président Woodruff commençait fréquemment ses discours de conférence en exprimant le désir d’enseigner par le pouvoir du Saint-Esprit. En outre, il rappelait souvent aux saints leur devoir d’écouter et d’apprendre par ce même pouvoir. Il a dit un jour : « Nous dépendons tous de l’Esprit du Seigneur, de la révélation, de l’inspiration, du Saint-Esprit, pour être qualifiés pour instruire les personnes devant lesquelles nous sommes appelés à parler, et si le Seigneur ne me donne pas l’Esprit Saint cet après-midi, je vous promets à tous que vous ne tirerez pas grand chose de frère Woodruff (Deseret News, 11 septembre 1883, p. 1).

 

 

Épreuves et opposition

 

      Wilford Woodruff a enseigné : « Nous sommes en sécurité tant que nous faisons notre devoir. Quelles que soient les épreuves ou les tribulations que nous sommes appelés à traverser, la main de Dieu sera avec nous et nous soutiendra » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham 1946, p.212). En enseignant ce principe, le président Woodruff parlait par expérience. Il subit la persécution religieuse et politique, la violence de la populace, l’opposition à l’oeuvre missionnaire, la maladie, la mort de membres de sa famille et d’amis, et les épreuves quotidiennes de la vie. Mais il réagit à cette adversité avec foi et non avec désespoir, fit confiance aux promesses du Seigneur et puisa de la force dans son témoignage de l’Évangile.

 

      En novembre 1835, lorsque Wilford Woodruff était en mission dans le Sud des États-Unis, ses compagnons de voyage et lui furent guidés par le Seigneur dans un moment d’épreuve. Il écrit : « Pendant que nous voyagions dans la nuit… une terrible tempête de vent et de pluie s’est abattue sur nous. Nous sommes arrivés à un ruisseau qui avait été tellement enflé par la pluie que nous ne pouvions pas le traverser sans faire nager nos chevaux… Nous nous sommes dirigés vers le cours d’eau pour le traverser à gué ; mais lors de cette tentative, dans l’obscurité et au milieu de la rage du vent et de la pluie, nous nous sommes perdus dans les bois épais, au milieu de la pluie, du vent, des petits cours d’eau et des cimes d’arbres tombées au sol. Nous avons traversé des ruisseaux presque vingt fois… Mais, au milieu de nos difficultés, le Seigneur a été miséricordieux envers nous, car, pendant que nous avancions à tâtons, en courant le risque de tuer aussi bien nos animaux que nous-même, en tombant de falaises abruptes, une lumière vive nous a soudain éclairés et nous a révélé notre situation périlleuse au moment même où nous étions au bord d’un gouffre profond. Cette lumière nous a accompagnés jusqu’à ce que nous ayons trouvé une maison, et appris où se trouvait la bonne route » (« History of Wilford Woodruff from His Own Pen », Millennial Star, 15 avril 1865, p. 231).

 

      À propos de cette expérience, le président Woodruff a dit : « Nous avons ensuite poursuivi notre chemin en nous réjouissant, bien que l’obscurité soit revenue et que la pluie ait continué » (« My First Mission Continued », Juvenile Instructor, 15 juin 1867, p. 91). Cette affirmation montre son attitude envers les difficultés de la vie. Il continuait toujours son chemin, quand bien même certaines épreuves persistaient, et se réjouissait des bénédictions du Seigneur.

 

 

Expiation de Jésus-Christ

 

      Quand Wilford Woodruff commença son ministère comme apôtre, ses frères des Douze et lui oeuvrèrent aux États-Unis et en Angleterre parmi des gens qui vénéraient Jésus-Christ comme Fils de Dieu et Rédempteur de l’humanité. Sachant que leurs auditeurs avaient déjà fondamentalement une croyance en l’expiation de Jésus-Christ, ils concentraient leur enseignement sur des sujets tels que l’appel de Joseph Smith, la parution du Livre de Mormon et le rétablissement de la prêtrise (voir Dallin H. Oaks, dans Conference Report, octobre 1990, p. 38 ; ou L’Étoile, janvier 1991, p. 30). Cependant, quand les gens contestaient la doctrine de l’Expiation, Wilford Woodruff réfutait leurs arguments avec puissance et clarté. Il témoignait que « l’objet de la mission du Christ sur la terre était de s’offrir en sacrifice pour racheter l’humanité de la mort éternelle » (« Rationality of the Atonement », Millennial Star, 1er octobre 1845, p. 118).

 

      En 1845, un membre de l’Église des îles Britanniques édita une brochure où il essayait de montrer qu’il n’était pas nécessaire que Jésus-Christ souffre et meure pour la rédemption de l’humanité. Wilford Woodruff, qui était alors l’autorité présidente de l’Église dans les îles Britanniques, réfuta publiquement cette affirmation dans un article intitulé « Caractère rationnel de l’Expiation ». En publiant l’article, il espérait s’assurer « que les vues de l’Église sur le sujet seraient bien comprises de tous et que les saints de Dieu seraient prêts à résister aux assauts du grand ennemi du salut de l’homme, aussi bien que régler définitivement le problème dans l’esprit des gens qui croient aux révélations de Dieu » (Millennial Star, 1er octobre 1845, p. 113). Ses paroles, tant en ce qui concerne la condamnation des enseignements faux qu’en ce qui concerne l’éloge du Sauveur, sont révélatrices de son amour durable pour le Seigneur et de sa gratitude profonde pour le plan de la rédemption.

 

      Il dit de l’homme qui avait écrit la brochure : « Il vaudrait bien mieux être totalement dénué de tout talent que de s’en servir pour essayer de prouver l’inefficacité de l’expiation du Christ et de s’attaquer au principe fondamental du salut » (Millennial Star, 1er octobre 1845, p. 113).

 

      Wilford Woodruff consacra la majeure partie de son article à des citations des Écritures pour montrer une « abondance de témoignages » de la part des prophètes anciens et du Seigneur lui-même (op. cit., p. 118). Il dit que la doctrine de l’Expiation était « non seulement un thème sur lequel les prophètes anciens et les serviteurs de Dieu prenaient plaisir à s’étendre, mais la source principale de toutes leurs espérances et celle d’où ils tiraient la force et le soutien » (op. cit., pp. 113-119).

 

 

Foi

 

      En novembre 1834, Wilford Woodruff fut ordonné prêtre dans la Prêtrise d’Aaron et reçut son premier appel de missionnaire à plein temps. Il vivait alors dans le comté de Clay (Missouri), puisqu’il y était resté après avoir fait partie du camp de Sion. Avant de commencer sa mission, il parla avec son évêque, qui lui avait donné cette responsabilité. Il demanda par quel chemin il devait se rendre à son champ de mission. Il demanda également si son compagnon et lui devaient voyager sans bourse ni sac, comme le Seigneur l’avait commandé aux missionnaires de son époque (voir D&A 24:18 ; 84:78, 86). Voyager sans bourse ni sac signifie aller sans argent et dépendre de la bonté des membres de l’Église ou d’autres personnes pour être nourri et logé. Le président Woodruff rapporta plus tard sa conversation avec son évêque :

 

      « Il était alors dangereux pour un frère de traverser le comté de Jackson [Missouri]. Il voulait que j’aille en Arkansas et la route passait en plein dans le comté de Jackson. Je lui demandai si nous devions traverser cet État (j’avais un compagnon avec moi, un ancien).

 

      « Il dit : ‘ Si vous avez assez de foi pour le faire, vous pouvez ; moi, je n’en ai pas suffisamment ’.

 

      « Je trouvai que c’était une remarque étrange de la part d’un évêque.

 

      « Je dis : ‘ Le Seigneur dit que nous devons voyager sans bourse ni sac. Devons-nous le faire ? ’

 

      « Il répondit : ‘ C’est la loi de Dieu. Si vous avez assez de foi pour le faire, vous pouvez le faire ’ » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, pp. 299-300).

 

      Peu après cette discussion, Wilford Woodruff et son compagnon partirent en mission, en traversant le comté de Jackson, sans bourse ni sac. Le président Woodruff raconta plus tard : « Nous mîmes quelques Livres de Mormon et quelques vêtements dans nos valises, nous les attachâmes sur notre dos et commençâmes notre voyage à pied. Nous prîmes le bac pour arriver dans le comté de Jackson et nous le traversâmes. À plusieurs moments, le Seigneur nous protégea des émeutiers comme par miracle » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 30 mai 1881, p. 343).

 

      En plus de protéger les deux missionnaires contre les émeutiers du comté de Jackson, le Seigneur les protégea contre d’autres dangers qui se présentèrent en chemin. Le président Woodruff a raconté l’un de ces incidents : Alors que son compagnon et lui s’approchaient d’un bosquet, un grand ours noir en sortit et se dirigea vers eux. « Nous n’eûmes pas peur de lui, raconte-t-il, car nous nous occupions des affaires du Seigneur et nous ne nous étions pas moqués du prophète de Dieu, contrairement aux quarante-deux enfants méchants qui dirent à Élisée : ‘ Monte, chauve ! ’ et qui furent pour cela déchirés par des ours [voir 2 Rois 2:23-24]… Quand l’ours arriva à quarante mètres de nous, il s’assit, nous regarda un instant puis s’enfuit en courant. Nous continuâmes notre chemin en nous réjouissant » (« More of My First Mission », Juvenile

Instructor, 1er mai 1867, p. 69).

 

      Le président Woodruff parlait souvent de sa première mission et se souvenait des bénédictions qu’il avait reçues en servant le Seigneur avec foi : « Jamais de ma vie, en tant qu’apôtre, soixante-dix ou ancien, je ne reçus plus de protection de la part du Seigneur que lorsque je détenais l’office de prêtre. Le Seigneur me révéla par des visions, par des révélations et par le Saint-Esprit, de nombreuses choses qui m’attendaient » (The Discourses of Wilford Woodruff, p. 300).

 

 

Joseph Smith

 

      Dès ses premiers jours comme nouveau membre de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, Wilford Woodruff a eu un témoignage de Joseph Smith, le prophète. Il a dit : « J’étais absolument certain que Joseph était un prophète avant même de l’avoir vu. Je n’avais aucun préjugé à son égard dans mon esprit » (Deseret News, 20 janvier 1858, p. 363). En avril 1834, environ quatre mois après son baptême, Wilford Woodruff se rendit à Kirtland (Ohio) où il rencontra le prophète Joseph pour la première fois. Il devait raconter plus tard :

 

      « Ma première rencontre avec lui a été assez singulière. Je l’ai vu dans les champs avec son frère Hyrum ; il portait un très vieux chapeau et était occupé à tirer sur une cible. Je lui ai été présenté et il m’a invité à l’accompagner chez lui.

 

      « J’ai accepté l’invitation et je l’ai observé d’assez près pour voir ce que je pouvais apprendre. Il a fait la réflexion, en arrivant chez lui, que c’était la première heure qu’il consacrait à se délasser depuis bien longtemps.

 

      « Peu après notre arrivée chez lui, il est allé dans une pièce adjacente, a sorti une peau de loup et m’a dit : ‘ Frère Woodruff, je voudrais que vous m’aidiez à tanner ceci ’. J’ai donc retiré mon manteau, je me suis mis au travail et je l’ai aidé, et je me suis senti honoré de le faire… Il voulait cette peau de loup pour la mettre sur le siège de son chariot…

 

      « Telle a été ma première rencontre avec Joseph Smith, le prophète, le grand Voyant de cette dernière dispensation » (Deseret News, 20 janvier 1858, p. 363).

 

      À propos de cette expérience, le président Woodruff dit que certains auraient été offensés de voir un dirigeant ecclésiastique se livrer à de telles activités. Mais ce qu’il put lui-même observer de Joseph Smith, en public et en privé, ne fit que fortifier son témoignage de la mission du prophète. À partir de ces premiers jours à Kirtland jusqu’au martyre du prophète dix ans plus tard, Wilford Woodruff oeuvra fidèlement avec lui, même lorsque des amis et des associés dans l’Église apostasiaient. Il dit :

 

      « Malgré toutes les apostasies que nous avons eues et malgré toutes les difficultés et toutes les afflictions que nous avons été appelés à endurer… je n’ai jamais été tenté de douter de cette oeuvre ou de douter que Joseph Smith était un prophète de Dieu » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, p. 29-289).

 

 

      Le 19 mars 1897, le président Woodruff, âgé de 90 ans, enregistra verbalement son témoignage. Il fut le premier président de l’Église à le faire. Dans son bref message, il passa une grande partie du temps à témoigner de la mission de Joseph, le prophète, en montrant qu’il avait été, sa vie durant, attaché à son ami et dirigeant :

 

      « Je rends mon témoignage que Joseph Smith était un vrai prophète de Dieu, ordonné de Dieu pour poser les fondements de son Église et de son royaume dans la dernière dispensation et la plénitude des temps… Le prophète Joseph a donné sa vie pour la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ, et il sera couronné comme martyr en présence de Dieu et de l’Agneau. Dans tous les témoignages qu’il nous a donnés, la puissance de Dieu était manifeste chez le prophète Joseph » (Témoignages des présidents de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (vidéocassette, 1986, article numéro 53242).

 

 

Libre arbitre

 

      Wilford Woodruff témoigna que le salut est donné « par le sang de Jésus-Christ » ; il souligna aussi que la plénitude du salut s’obtient par l’obéissance à l’Évangile » (Deseret News: Semi-Weekly, 13 juin 1882, p. 1).Il enseigna que « nous avons tous notre libre arbitre pour choisir le bien et refuser le mal ou pour choisir le mal et refuser le bien » (« Sayings and Writings of President Woodruff », Contributor, juillet 1894, p. 538) et que Dieu « nous tiendra pour responsables de la manière dont nous l’avons exercé » (Deseret Weekly, 26 octobre 1889, p. 561). Il exhorta les saints à prendre des décisions justes, en leur rappelant la différence entre « quelques brèves années de plaisir terrestre » et « la longue éternité de lumière, de vérité, de bénédictions, et de connaissance que le Seigneur accordera à chaque homme qui observe sa loi » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, pp. 278-279).

 

      Comme tout un chacun, président Woodruff eut d’innombrables occasions d’exercer le don du libre arbitre. L’occasion suivante s’est présentée dans le Herefordshire (Angleterre), chez John Benbow. Le président Woodruff a raconté : « John Benbow était comme un noble ». « Il était comme un lord anglais ; je suppose qu’il était l’homme le plus riche qui s’est jamais joint à l’Église. Un mois à peine après son baptême, je crois, il est entré dans un petit salon avec sa femme, et il a dû passer trois quarts d’heure à me raconter qu’il avait lu dans le Nouveau Testament qu’à l’époque des apôtres, les gens vendaient tous leurs biens et déposaient le prix de ce qu’ils avaient vendu aux pieds des apôtres [voir Actes 4:31-37], et il a dit qu’il ressentait que c’était son devoir d’accomplir cette loi et qu’il voulait le faire. Je l’ai écouté patiemment, et lorsqu’il a eu terminé, j’ai passé une demi-heure à lui expliquer la différence entre notre position de nos jours et celle des apôtres à cette époque-là. Je lui ai fait comprendre que Dieu ne m’avait pas envoyé en Angleterre pour m’occuper de son or, de ses chevaux, de ses vaches et de sa propriété ; Il m’y avait envoyé pour proclamer l’Évangile. Cependant, je lui ai dit que le Seigneur accepterait son sacrifice, et qu’il devait faire tout le bien qu’il pouvait ; il devait aider les pauvres, contribuer à la publication du Livre de Mormon, etc. »

 

      À propos de cette expérience, le président Woodruff a parlé de l’influence très importante de sa décision de refuser poliment l’offre de John Benbow :

 

      « Quel aurait été le résultat si j’avais pris l’autre voie et dit : ‘ Oui, donnez-moi votre propriété et je m’en occuperai ’ ? Il aurait probablement apostasié. Et non seulement cela, mais il y aurait eu un apôtre stupide qui aurait été un bon candidat à l’apostasie, lui aussi. Mais était-ce une tentation pour moi ? Non. Et cela n’en aurait pas été une non plus pour tout ancien qui avait une portion suffisante de l’Esprit de Dieu pour connaître la différence entre cent mille livres d’argent et le fait d’avoir part à la première résurrection, avec le pouvoir de passer devant les anges et les dieux vers l’exaltation et la gloire, et de demeurer pour toujours et à jamais dans la présence de Dieu et de l’Agneau » (Millennial Star, 28 novembre 1895, pp. 754-755).

 

 

Mariage et famille

 

      Wilford Woodruff et Phoebe Whittemore Carter se marièrent le 13 avril 1837 à Kirtland (Ohio). Tout au long de leur vie commune, ils subirent beaucoup d’épreuves, et leur dévouement mutuel, à leurs enfants et au royaume de Dieu s'accrût. L’une de ces épreuves survint pendant l’hiver 1838, environ cinq mois avant l’appel de Wilford Woodruff à l’apostolat. Wilford Woodruff guidait un groupe de saints qui allaient rejoindre d’autres membres de l’Église, lorsque sa femme tomba gravement malade. Plus tard, il raconta :

 

      « Le 23 novembre, ma femme, Phoebe, a eu très mal à la tête, ce qui a évolué en une fièvre cérébrale. Pendant notre voyage, elle devenait chaque jour de plus en plus affligée. Voyager en chariot sur des routes rudimentaires était une terrible épreuve pour une femme dans son état. Notre fille était gravement malade, elle aussi ».

 

      Dans les jours qui suivirent, l’état de Phoebe Woodruff s’aggrava, bien qu’ils se soient arrêtés en route et aient trouvé des endroits pour se reposer. Wilford Woodruff écrivit : « Le 3 décembre, ma femme se sentait très mal. J’ai passé la journée à m’occuper d’elle et, le lendemain, je suis retourné à Eaton [une ville proche] pour faire des courses pour elle. Son était s’aggravait peu à peu, et, le soir, son esprit avait apparemment quitté son corps et elle était morte.

 

      « Les soeurs, éplorées, se sont rassemblées autour de son corps, pendant que je me tenais là, à la regarder avec chagrin. L’Esprit et le pouvoir de Dieu ont commencé à se poser sur moi, jusqu’à ce que, pour la première fois au cours de sa maladie, la foi remplisse mon âme, bien qu’elle soit allongée devant moi, paraissant morte ».

 

      Fortifié dans sa foi, Wilford Woodruff donna une bénédiction de la prêtrise à sa femme. Il raconte : « J’ai posé mes mains sur elle, et, au nom de Jésus-Christ, j’ai réprimandé le pouvoir de la mort et le destructeur, et leur ai ordonné de la quitter, et j’ai ordonné à l’esprit de la vie d’entrer dans son corps.

 

      « Son esprit est revenu dans son corps, et, à partir de cette heure-là, elle a été guérie ; et nous avons loué le nom de Dieu, nous avons placé notre confiance en lui et avons observé ses commandements.

 

      « Pendant que je faisais tout cela (comme ma femme me l’a raconté plus tard), son esprit avait quitté son corps, et elle le voyait allongé sur le lit, et les soeurs qui pleuraient. Elle les a regardées, ainsi que moi et son bébé, et, pendant qu’elle fixait cette scène, deux personnages sont entrés dans la pièce… L’un de ces messagers l’a informée qu’elle pouvait choisir : elle pouvait aller se reposer dans le monde des esprits, ou, à une condition, elle pouvait retourner dans son corps et continuer ses travaux sur la terre. Cette condition était, si elle s’en sentait la force, de soutenir son mari, et, avec lui, subir tous les soucis, toutes les épreuves, tribulations et afflictions de la vie par lesquels il serait appelé à passer à cause de l’Évangile jusqu’à la fin. Lorsqu’elle a vu la situation de son mari et de son enfant, elle a dit : ‘ Oui, c’est ce que je ferai ! ’

 

      « Au moment où elle a pris cette décision, le pouvoir de la foi s’est posé sur moi, et lorsque je l’ai bénie, son esprit est entré dans son corps…

 

      « Le 6 décembre, au matin, l’Esprit m’a dit : ‘ Lève-toi, et continue ton voyage ! ’ Et, par la miséricorde de Dieu, ma femme a pu se lever et s’habiller et marcher jusqu’au chariot, et nous avons continué notre chemin en nous réjouissant » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 3 octobre 1881, pp. 638-639).

 

      Fidèle à sa promesse, Phoebe Woodruff a soutenu son mari, même lorsque ses devoirs d’apôtre exigeaient de lui de longues absences de son foyer. Le 4 mai 1840, lorsque Wilford Woodruff était en mission en Angleterre, elle lui envoya une lettre qui disait : « Je sais que c’est la volonté de Dieu que tu travailles dans sa vigne ; c’est pourquoi, je me plie à sa volonté dans ces choses. Depuis ton départ, je n’ai pas murmuré, ni ne me suis plainte, mais j’attends avec joie le jour où tu reviendras encore une fois chez toi, au sein de ta famille, ayant accompli ta mission dans l’amour et la crainte de Dieu. Tu es toujours auprès de moi lorsque je m’approche du trône de grâce et, quand je demande la protection et les bénédictions pour moi et pour les enfants, je demande la même chose pour mon cher époux qui est parti loin de moi, dans un pays étranger, pour prêcher la plénitude de l’Évangile de Jésus-Christ » (Millennial Star, août 1840, p. 90).

 

      Dans ces moments de séparation, Wilford Woodruff exprimait aussi la nostalgie de sa famille, conjuguée à la résolution de faire la volonté du Seigneur. Le 3 avril 1847, il s’est préparé à partir avec le premier convoi de pionniers pour la vallée du Lac Salé. Il écrivit dans son journal : « En quittant ma famille pour partir en mission, je n’ai jamais senti un poids plus lourd sur mon esprit que maintenant. Je prie Dieu de me donner ainsi qu’à ma famille la force de nous rencontrer de nouveau ici-bas, comme il l’a fait lors des nombreuses missions que j’ai acceptées ici-bas dans la vigne du Seigneur » (Journal de Wilford Woodruff, 3 avril 1847, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Quatre jours plus tard, sa famille assistait à son départ du campement des saints à Winter Quarters (Nebraska). S’étant arrêté sur une crête, non loin du camp, il prit ses jumelles pour voir sa famille une dernière fois avant longtemps (voir le journal de Wilford Woodruff, 7 avril 1847).

 

      Wilford Woodruff se réjouissait de savoir que sa famille pouvait être éternelle. Cette vérité lui donna la force de supporter les difficultés de la vie. Il a dit : « J’ai souvent pensé que, si je travaillais jusqu’à un âge aussi avancé que Metuschélah et si, par ce moyen, je pouvais faire que ma famille demeure avec moi dans la gloire dans les mondes éternels, cela me récompenserait de toute la douleur et de toutes les souffrances que j’aurais à supporter dans ce monde » (Deseret Weekly, 17 août 1889, p. 226). La promesse d’une famille éternelle influençait ses actions envers les membres de sa famille. Dans une lettre à sa fille Blanche, il a écrit : « Nous nous attendons tous à vivre ensemble éternellement après la mort. Je pense que nous, parents et enfants, devrions faire tous les efforts possibles pour nous rendre mutuellement heureux pendant cette vie afin de n’avoir aucun regret » (lettre de Wilford Woodruff datée du 16 septembre 1894, citée dans Encyclopedia of Mormonism, 1992, 4:1582).

 

 

Mort et résurrection

 

      Au début août 1839, Wilford Woodruff quitta son foyer de Montrose (Iowa), obéissant ainsi à l’appel du Seigneur de faire une mission dans les îles Britanniques. Il fit ses adieux à sa femme, Phoebe, et à son seul enfant, Sarah Emma, âgée de un an. À l’époque, Phoebe était enceinte de Wilford, fils, qui naquit le 22 mars 1840.

 

      Quelques mois après avoir quitté Montrose, Wilford Woodruff était dans l’Est des États-Unis, où il prêchait l’Évangile et se préparait au voyage en Grande-Bretagne. Pendant ce séjour il parla dans son journal de trois rêves distincts dans lesquels il vit sa femme. Après le premier rêve, il nota : « J’ai vu en rêve Mme Woodruff dans une affliction profonde à Montrose. Je n’ai pas vu Sarah Emma » (Journal de Wilford Woodruff, 8 novembre 1839, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Son compte rendu du deuxième rêve est également court : « J’ai fait un rêve pendant la nuit et j’ai eu un entretien avec Mme Woodruff, mais je n’ai pas vu Sarah Emma » (Journal de Wilford Woodruff, 11 novembre 1839). Le troisième rêve est plus détaillé : « Nous nous sommes beaucoup réjouis de pouvoir avoir un entretien ensemble, pourtant nos effusions étaient mêlées de douleur, car après avoir conversé un moment au sujet de ses soucis domestiques, j’ai demandé où Sarah Emma était… Elle a dit, en pleurant… ‘ Elle est morte ’. Nous avons pleuré un moment et je me suis réveillé… Ce rêve est-il vrai ? Je le saurai plus tard » (Journal de Wilford Woodruff, 28 novembre 1839).

 

      Le 14 juillet 1840, Wilford Woodruff, maintenant en Grande-Bretagne, mit une note dans son journal pour commémorer un jour important pour sa famille : « Sarah Emma a deux ans aujourd’hui. Puisse le Seigneur protéger ma femme et mes enfants de la maladie et de la mort jusqu’à mon retour ». Toujours prompt à accepter la volonté de Seigneur, il ajoute : « Ô Seigneur, je les remets entre tes mains ; nourris-les, habille-les et console-les et que la gloire t’appartienne » (Journal de Wilford Woodruff, 14 juillet 1840). Trois jours plus tard, la petite Sarah Emma mourait.

 

      Wilford Woodruff n’apprit la mort de sa fille que le 22 octobre 1840, par une lettre envoyée à l’un de ses frères du collège des Douze (voir le journal de Wilford Woodruff, 22 octobre 1840). Quatre jours plus tard, il reçut finalement des nouvelles de Phoebe, dans une lettre datée du 18 juillet. Il en copia une partie dans son journal :

 

      « Mon cher Wilford, quels seront tes sentiments quand je dirai qu’hier j’ai été appelée à être témoin du départ de notre petite Sarah Emma hors de ce monde ? Oui, elle s’en est allée. La main implacable de la mort l’a arrachée à mon étreinte… En la regardant, j’ai souvent pensé à l’effet que cela me ferait de me séparer d’elle. Je me suis dit que je ne pourrais pas vivre sans elle, particulièrement en l’absence de mon mari. Mais elle s’en est allée. Le Seigneur l’a reprise auprès de lui dans quelque but sage.

 

      « C’est une épreuve pour moi, mais le Seigneur m’a soutenue d’une façon merveilleuse. Je peux voir et sentir qu’il l’a reprise auprès de lui et qu’il prendra mieux soin d’elle que je le pourrais, le temps que j’aille la retrouver. Oui, Wilford, nous avons un petit ange au ciel et je pense que son esprit t’a probablement déjà rendu visite.

 

      « C’est dur de vivre sans elle… Elle m’a laissé un baiser pour son papa juste avant de mourir… Les anciens lui ont fait l’imposition des mains et l’ont ointe plusieurs fois, mais le lendemain son esprit a pris, sans un gémissement, son envol de ce monde-ci vers un autre.

 

      « Aujourd’hui Wilford [fils] et moi, avec tout un tas d’amis pour nous accompagner, nous sommes allés à Commerce [Illinois] pour rendre les derniers honneurs à notre petite chérie en veillant à ce qu’elle ait un enterrement décent. Elle n’a eu d’autres parents pour la suivre jusqu’à la tombe ou pour verser une larme pour elle que sa maman et le petit Wilford… Je viens de faire une promenade agréable et mélancolique jusqu’à la tombe de Sarah. Elle repose seule et en paix. Je peux dire que le Seigneur a donné et que le Seigneur a ôté, que le nom du Seigneur soit béni [voir Job 1:21] » (Journal de Wilford Woodruff, 26 octobre 1840).

 

      À part copier la lettre de Phoebe, Wilford Woodruff écrivit très peu de choses au sujet du décès de sa fille. Il dit simplement que Sarah Emma avait été « enlevée de cette vie » et qu’elle avait « quitté cette vie pour de bon » (Journal de Wilford Woodruff, sommaire de l’année 1840).

 

      Au cours des 91 années qu’il vécut, Wilford Woodruff connut le décès de beaucoup de proches, dont un certain nombre de membres de sa famille et tous les apôtres avec lesquels il avait oeuvré sous la direction de Joseph Smith, le prophète. En ces moments graves, il trouvait le réconfort dans son témoignage de l’Évangile rétabli et en la « réalité éternelle » de la résurrection (Deseret Weekly, 4 avril 1891, p. 462). Il enseignait souvent que la mort d’un saint des derniers jours juste est un moment d’épreuve et un moment de réjouissance. En fait, vers la fin de sa vie, il écrivit les instructions suivantes au sujet de ses propres obsèques : « Je ne souhaite pas que ma famille ou mes amis portent un quelconque signe du deuil pour moi à mes obsèques ou après, parce que si je suis loyal et fidèle jusqu’à la mort, il n’y aura aucune nécessité que quelqu’un pleure pour moi » (« President Wilford Woodruff », Millennial Star, 22 septembre 1898, p. 604).

 

 

Oeuvre missionnaire

 

      Peu de temps après avoir été baptisé et confirmé membre de l’Église, Wilford Woodruff eut « le grand désir de prêcher l’Évangile ». Il dit : « Un dimanche soir, je me suis retiré, seul, dans les bois et j’ai invoqué le Seigneur dans une prière fervente, pour qu’il m’ouvre la voie pour que je puisse aller prêcher l’Évangile aux habitants de la terre. L’Esprit du Seigneur m’a rendu témoignage que ma prière avait été entendue et serait exaucée. Je me suis relevé, heureux, et j’ai fait deux cents mètres à pied et j’ai rencontré Elias Higbee, un grand prêtre chez qui j’avais logé pendant quelques mois. Comme je m’approchais de lui, il m’a dit : ‘ Frère Wilford, l’Esprit du Seigneur me révèle que vous devez être ordonné et partir en mission ’. J’ai répondu : ‘ Je suis prêt ’ » (« History of Wilford Woodruff from His Own Pen », Millennial Star, 25 mars 1865, p. 183).

 

      Sous la direction de son évêque, Wilford Woodruff fut ordonné prêtre le 5 novembre 1834 et appelé pour faire une mission dans le sud des États-Unis. Il la fit avec foi et diligence, commençant ainsi une vie de service missionnaire dans laquelle il allait aider des milliers de personnes à embrasser l’Évangile rétabli. Heber J. Grant a dit à son sujet : « Je ne crois pas qu’aucun autre homme ici-bas ait été un plus grand convertisseur d’âmes à l’Évangile de Jésus-Christ » (Gospel Standards, compilation de G. Homer Durham, 1941, p. 20).

 

      En janvier 1840, peu après avoir été ordonné apôtre, Wilford Woodruff arrivait en Angleterre pour oeuvrer comme missionnaire. Il commença son service dans le comté de Staffordshire où il connut un succès considérable. « Quarante personnes ont été ajoutées à l’Église par le baptême, écrivit-il, et beaucoup de nouvelles portes s’ouvrent ; et au milieu de la prospérité de l’oeuvre, comme je me levais pour parler devant une grande assemblée à Hanly, le premier jour de mars, le Seigneur m’a manifesté que ce serait la dernière fois que j’avertissais les gens pour longtemps et lorsque je me suis levé et ai informé les gens que c’était la dernière fois qu’ils entendaient ma voix pour longtemps, ils se sont étonnés, car ils s’attendaient tout comme moi, quand je suis entré dans la maison, à ce que je passe des mois parmi eux ; mais les voies et les pensées de Dieu ne sont pas comme nos voies et nos pensées à tous points de vue.

 

      Le lendemain, Wilford Woodruff invoqua le Seigneur dans la prière, et demanda où il devait aller. Il raconte : « Pensant que c’était mon droit et mon devoir de connaître la volonté du Seigneur sur le sujet, j’ai donc demandé à mon Père céleste, au nom de Jésus-Christ, de m’enseigner sa volonté à ce propos et, pendant que je demandais, le Seigneur m’a donné et m’a montré que c’était sa volonté que j’aille immédiatement dans le sud de l’Angleterre. J’en ai parlé à frère William Benbow, qui avait habité dans le Herefordshire et y avait encore des amis et il a vivement souhaité que je me rende dans cette région du pays et il a généreusement proposé de m’accompagner chez son frère et de payer ma place, ce que j’ai volontiers accepté » (« Elder Woodruff ’s Letter », Times and Seasons, 1er mars 1841, p. 327).

 

      Le 4 mars 1840, Wilford Woodruff et William Benbow arrivaient chez John, frère de William Benbow. « Dans l’heure qui a suivi mon arrivée chez lui, dit le président Woodruff, j’ai appris pourquoi le Seigneur m’avait envoyé là… J’y ai trouvé un groupe d’hommes et de femmes, environ six cents, qui s’étaient associés sous le nom de Frères unis et recherchaient l’ordre antique des choses. Ils voulaient l’Évangile enseigné par les prophètes et les apôtres, comme moi dans ma jeunesse » (Millennial Star, 28 novembre 1895, p. 754).

 

      La famille Benbow accepta rapidement le message du Rétablissement et William retourna au Staffordshire « après avoir eu la joyeuse bénédiction de voir son frère John Benbow et toute sa maison baptisés dans la nouvelle alliance éternelle » (Times and Seasons, 1er mars 1841, p. 328). Wilford Woodruff resta environ huit mois dans la région. Il devait dire plus tard : « Pendant les trente premiers jours après mon arrivée dans le Herefordshire, j’ai baptisé quarante-cinq prédicateurs et plusieurs centaines de fidèles… Nous avons amené deux mille personnes en huit mois de travail environ » (Millennial Star, 28 novembre 1895, p. 754).

 

      À propos de cette expérience, le président Woodruff écrivit : « Toute l’histoire de cette mission au Herefordshire montre l’importance d’écouter le murmure doux et léger de Dieu et les révélations du Saint-Esprit. Le Seigneur avait là un peuple prêt pour l’Évangile. Il priait pour avoir la lumière et la vérité et le Seigneur m’a envoyé auprès de lui » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 28 novembre 1881, p. 767).

 

      Environ deux ans avant que Wilford Woodruff ne fasse sa mission en Angleterre, l’Esprit l’amena à prêcher l’Évangile à un plus petit groupe de gens – sa propre famille. Dans sa bénédiction patriarcale, donnée par Joseph Smith, père, il lui avait été promis qu’il « ferait entrer la maison de son père dans le royaume de Dieu » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 19 septembre 1881, p. 606). En 1838, alors qu’il faisait une mission dans une région proche de sa ville natale, il eut le sentiment que le moment était venu pour que cette prophétie s’accomplisse. Il écrit :

 

      « J’ai passé… dix-huit jours à Farmington et à Avon à visiter la famille de mon père, mes oncles, tantes, cousins, voisins et amis, à leur prêcher l’Évangile de Jésus-Christ et à m’efforçer de les faire entrer dans le royaume de Dieu… Avec l’aide de Dieu, j’ai prêché fidèlement l’Évangile à la maison de mon père et à tous ceux qui étaient avec lui, ainsi qu’à mes autres parents ».

 

      Le 1er juillet 1838, Wilford Woodruff baptisait six personnes, dont tous ceux qui vivaient chez son père, exactement comme cela lui avait été promis dans sa bénédiction patriarcale. « C’était vraiment un jour de joie pour mon âme, dit-il. Mon père, ma belle-mère et ma soeur étaient parmi les baptisés. Par la suite, j’y ai ajouté un certain nombre de parents. J’ai trouvé que l’œuvre de ce jour, à elle seule, m’avait largement récompensé de tous mes efforts dans le ministère.

 

      « Qui peut comprendre la joie, la gloire, le bonheur et la consolation qu’un ancien d’Israël ressent d’être un instrument entre les mains de Dieu pour aider son père, sa mère, sa soeur, son frère ou n’importe qui de la postérité d’Adam à franchir la porte qui mène à la vie et au salut ? Seul le peut celui qui l’a vécu et possède le témoignage de Jésus-Christ et l’inspiration du Dieu Tout-Puissant » (Millennial Star, 19 septembre 1881,

pp. 606-7).

 

 

Patrimoine spirituel

 

      Lorsqu’il enseignait les membres de l’Église, Wilford Woodruff faisait souvent le récit d’événements qui montraient la foi et le courage des premiers saints des derniers jours. Il exhortait les personnes de sa génération à persévérer dans la foi et la génération montante à suivre l’exemple de ses aïeux : à « garder à l’esprit les labeurs, le soin et les difficultés que vos pères ont endurés pour poser les fondations de la Sion de notre Dieu » (« A Pioneer Address », Millenial Star, 3 septembre 1888, p. 563). Il a déclaré : « C’est par la miséricorde de Dieu que nous avons été guidés jusqu’à présent. Les bénédictions de Dieu ont été multipliées sur notre tête année après année. Nous avons reçu plus que ce que nous méritons et les recommandations et les instructions qui nous ont été données ont été bénéfiques. J’espère que nous aurons de la sagesse et que nous ne permettrons pas que ces choses disparaissent comme de vaines légendes mais que nous leur donnerons suite et que nous serons disponibles pour tout ce qui est requis de nous » (Journal of Discourses, 9:223).

 

 

Prêtrise

 

            Dans sa jeunesse, Wilford Woodruff aspirait à trouver une Église ayant l’autorité véritable de la prêtrise – ayant du « pouvoir devant les cieux et sur la terre » (Deseret Weekly, 6 avril 1889, p. 450). Dans un discours daté de 1889, il raconte :

 

      « Dans mon enfance, j’allais à l’école du sabbat… À cette école du sabbat, je lisais le Nouveau Testament. J’ai appris verset après verset et chapitre après chapitre. Qu’est-ce que le Testament m’a enseigné ? Il m’a enseigné l’Évangile de vie et de salut ; il m’a enseigné un Évangile de pouvoir devant les cieux et sur la terre. Il m’a enseigné que l’organisation de l’Église était composée de prophètes, d’apôtres, de pasteurs et de docteurs, avec des aides et des gouvernements. Pour quoi faire ? ‘ Pour le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ ’ » [Voir 1 Corinthiens 12:28 ; Éphésiens 4:11-13].

 

      « Ce sont les choses que j’ai apprises, et elles ont fait une impression sur moi. J’y croyais ; pourtant je ne les avais jamais entendu enseigner par un ecclésiastique quelconque sur la terre. Devenu adulte, j’ai assisté aux réunions de presque toutes les confessions existantes. Une fois, j’ai assisté à l’une de ces grandes réunions que l’on tenait parfois dans le Connecticut, où se rassemblaient quarante ou cinquante ecclésiastiques de diverses confessions. Ils priaient pour qu’il y ait une période de Pentecôte et pour pas mal d’autres choses. À cette réunion, tout le monde avait la permission de prendre la parole. J’étais très jeune alors. Je me suis levé, je me suis avancé dans le couloir et j’ai dit à ce groupe d’ecclésiastiques : ‘ Mes amis, me direz-vous pourquoi vous ne prônez pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes ? Me direz-vous pourquoi vous ne prônez pas cet Évangile que Jésus-Christ a enseigné et que ses apôtres ont enseigné ? Pourquoi ne prônez-vous pas cette religion qui vous donne du pouvoir devant Dieu, le pouvoir de guérir les malades, de donner la vue aux aveugles, de faire marcher les boiteux et qui vous donne le Saint-Esprit et ces dons et grâces qui ont été manifestés depuis la création du monde ? Pourquoi n’enseignez-vous pas aux gens les principes que les patriarches et les prophètes d’autrefois ont enseignés tandis qu’ils étaient revêtus des révélations de Dieu ? Ils avaient le ministère d’anges ; ils avaient des songes et des visions, et la révélation constante pour les guider et les diriger sur le chemin qu’ils devaient suivre ’.

 

      « L’officier président a dit : ‘ Mon garçon, vous seriez quelqu’un de très intelligent et de très utile sur la terre, si vous ne croyiez pas toutes ces choses idiotes. Elles ont été données aux enfants des hommes dans les temps enténébrés du monde, et elles ont été données dans le but même d’éclairer les enfants des hommes à cette époque-là afin qu’ils croient en Jésus-Christ. Aujourd’hui nous vivons dans l’éclat de la lumière glorieuse de l’Évangile et nous n’avons pas besoin de ces choses ’. J’ai dit : ‘ Alors, je préfère l’âge des ténèbres du monde ; je préfère l’époque où les hommes recevaient ces principes ’ » (Deseret Weekly, 6 avril 1889, p. 450).

 

      Le 29 décembre 1833, Wilford Woodruff entendit finalement l’Évangile de la bouche de serviteurs autorisés de Dieu. Il raconte : « Pour la première fois de ma vie, je voyais un ancien de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. C’était Zera Pulsipher. Il m’a dit qu’il avait été inspiré du Seigneur. Il battait le grain dans sa grange quand la voix du Seigneur s’était adressée à lui et lui avait dit de se lever et d’aller au nord, que le Seigneur avait besoin de lui là-bas. Il est allé trouver frère Elijah Cheney, son voisin et membre de l’Église. Ils ont fait cent kilomètres à pied… dans la neige profonde, et le premier endroit où ils se sont sentis poussés à s’adresser était la maison de mon frère et de moi-même. Ils sont entrés dans la maison et ont parlé avec la femme de mon frère, et ils lui ont dit qui ils étaient et pourquoi ils étaient là. Ils lui ont dit qu’ils s’étaient sentis poussés à aller au nord et qu’ils ne s’étaient jamais sentis poussés à s’arrêter avant d’atteindre cette maison. Quand ils lui ont expliqué leurs principes, elle a dit que son mari et son beau-frère étaient tous les deux des hommes qui croyaient en ces principes et qu’il y avait des années qu’ils priaient pour les trouver. Ils ont convoqué une réunion dans l’école sur notre exploitation agricole.

 

      « Je suis rentré le soir et ma belle-soeur m’a parlé de cette réunion. J’avais été occupé à tirer des troncs depuis le rivage du lac Ontario (je faisais le commerce de bois de charpente), et j’ai dételé mes chevaux, je n’ai pas pris le temps de manger et je suis allé à la réunion. J’ai trouvé la maison et le jardin de devant remplis de gens. J’ai entendu pour la première fois de ma vie un sermon sur l’Évangile enseigné par les anciens de l’Église. C’était ce que je recherchais depuis ma prime jeunesse. J’ai invité les hommes à la maison. J’ai emprunté le Livre de Mormon et je suis resté toute la nuit à le lire. Le lendemain matin, j’ai dit à frère Pulsipher que je voulais être baptisé. J’avais le témoignage personnel que ces principes étaient vrais. Mon frère et moi… nous nous sommes fait baptiser, les deux premiers à l’être dans ce comté (Deseret Evening News, 1er mars 1897, p. 1).

 

      Zera Pulsipher baptisa Wilford Woodruff dans un ruisseau le 31 décembre 1833, et le confirma le même jour. Trois jours plus tard, Wilford Woodruff recevait la Prêtrise d’Aaron et était ordonné à l’office d’instructeur. C’était le commencement de toute une vie au service du Seigneur. En y repensant, il dit : « Ma mission a immédiatement commencé » (« The Rights of the Priesthood », Deseret Weekly, 17 mars 1894, p. 381).

 

 

Prière

 

      En mars 1835, pendant qu’il faisait sa première mission, Wilford Woodruff dut traverser des cours d’eau et des marais dans le sud-est des États-Unis. Pour traverser les marais, son collègue et lui abattirent un arbre et en firent un canoë. Ils ramèrent sans difficulté environ 230 kilomètres avant d’abandonner le canoë et de continuer à pied. Le président Woodruff raconta plus tard qu’ils prirent une route qui « traversait des marais et était couverte, la plupart du temps, d’eau et de boue sur 250 kilomètres. » Il a ajouté : « Nous avons fait quarante milles [environ 72 km] à pied en une journée avec de la boue et de l’eau jusqu’aux genoux. Le 24 mars, après avoir fait une quinzaine de kilomètres dans la boue, j’ai été paralysé par une douleur aiguë dans le genou. Je me suis assis sur un tronc ».

 

      À ce moment du voyage, son compagnon, qui en avait assez de l’oeuvre et avait décidé de rentrer chez lui, le laissa là, assis sur son tronc dans un marais à alligators. Sans se laisser décourager, Wilford Woodruff s’adressa au Seigneur. Il dit : « Je me suis mis à genoux dans la boue et j’ai prié ; le Seigneur m’a guéri et j’ai poursuivi mon chemin en me réjouissant » (voir « Leaves from My Journal », Millennial Star, 20 juin 1881, pp. 390-391).

 

      Des années plus tard, le président Woodruff montra sa foi pendant qu’avec sa femme et plusieurs autres personnes il se rendait en bateau en mission en Angleterre. « Nous voyagions depuis trois jours et trois nuits au milieu de violentes rafales et nous étions repoussés par le vent. Finalement, j’ai demandé à mes compagnons de me rejoindre dans la cabine et je leur ai dit de prier le Seigneur de modifier la direction du vent. Je ne craignais pas d’être perdu, mais je n’aimais pas l’idée d’être ramené à New York, car je voulais poursuivre mon voyage. Nous avons tous fait la même prière, hommes et femmes, et quand nous avons eu terminé, nous sommes remontés sur le pont et, en moins d’une minute, c’était comme si un homme avait pris un sabre et avait coupé la rafale ; on aurait pu jeter un mouchoir en mousseline, le vent ne l’aurait pas emporté » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, p. 288).

 

 

Prophètes vivants

 

      Une après-midi, Wilford Woodruff était chez lui lorsqu’on lui dit que Brigham Young voulait le voir au bureau de l’historien de l’Église. Dès qu’il entendit cette demande du président de l’Église, Wilford Woodruff « se rendit tout de suite à son bureau » (Journal of Wilford Woodruff, 26 août 1857, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours), où il travaillait alors comme historien adjoint de l’Église. Plus tard, il écrivit dans son journal :

 

      « Lorsque je suis entré, le président Young m’a dit : ‘ Avez-vous une paire de chevaux ? Je lui ai dit que j’avais une paire de petits poneys. Il m’a demandé si je pouvais m’en passer. J’ai hésité un instant avant de dire : ‘ Oui, je peux faire tout ce qui est nécessaire ’. Il m’a dit alors : ‘ J’ai une bonne paire de chevaux que je veux vous donner, comme vous travaillez ici ’. J’étais très surpris. Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai accepté les chevaux avec reconnaissance, bien que je ne l’aie peut-être pas dit à ce moment-là » (Journal of Wilford Woodruff, 26 août 1857).

 

      Lorsque Wilford Woodruff accepta de renoncer à ses poneys, il choisit simplement d’obéir aux instructions du président Young ; il ne s’attendait pas à une récompense. Cependant, il savait qu’en suivant le prophète vivant, on reçoit des bénédictions. Quelques mois auparavant, il avait déclaré : « Le Seigneur ouvrira l’esprit de frère Brigham et le guidera vers de nombreux principes relatifs au salut de ce peuple, et nous ne pouvons pas fermer notre esprit et dire que nous n’irons que jusqu’à une certaine limite et pas au-delà ; nous ne pouvons pas le faire sans compromettre notre position devant Dieu » (Deseret News, 27 mai 1857, p. 91 ; tiré d’un discours donné le 9 avril 1857).

 

      Cette déclaration était conforme à sa loyauté à toute épreuve envers les présidents de l’Église tandis qu’il était membre du collège des douze apôtres. Lorsqu’il devint président de l’Église, il témoigna de son appel divin et assura les saints qu’ils seraient toujours dirigés par un prophète vivant. Il a dit :

 

      « Lorsque le Seigneur donna les clés du royaume de Dieu, les clés de la Prêtrise de Melchisédek, de l’apostolat, et les scella sur la tête de Joseph Smith, il les scella sur sa tête pour qu’elles restent ici-bas jusqu’à la venue du Fils de l’Homme. C’est à juste titre que Brigham Young a dit : ‘ Les clés du royaume de Dieu sont ici ’. Il les a détenues jusqu’à sa mort. Puis elles ont reposé sur la tête d’un autre homme : John Taylor. Il a détenu ces clés jusqu’à l’heure de sa mort. Puis, à mon tour, ou par la providence de Dieu, c’est moi, Wilford Woodruff, qui les aie reçues.

 

      « Je dis aux saints des derniers jours que les clés du royaume de Dieu sont ici et elles y resteront jusqu’à la venue du Fils de l’Homme. Que tout Israël comprenne cela. Il se peut qu’elles ne reposent sur ma tête que peu de temps, mais elles reposeront alors sur la tête d’un autre apôtre, puis d’un autre après lui et cela continuera jusqu’à la venue du Seigneur Jésus-Christ, dans les nuées des cieux » (Millennial Star, 2 septembre 1889, p. 547).

 

 

Rétablissement de l’Évangile

 

      Quand Wilford Woodruff était enfant, sa famille et lui se lièrent d’amitié avec Robert Mason, homme qui était connu pour ses croyances religieuses très personnelles. Le président Woodruff explique :

 

« Il croyait qu’il était nécessaire d’avoir des prophètes, des apôtres, des songes, des visions et des révélations dans l’Église du Christ, comme ceux qui vivaient dans les temps anciens ; et il croyait que le Seigneur susciterait, dans les derniers jours, un peuple et une Église avec des prophètes, des apôtres et tous les dons, pouvoirs et bénédictions qu’elle avait connus à toutes les époques du monde… Il venait fréquemment chez mon père quand j’étais enfant et nous enseignait ces principes, à mes frères et à moi ; et je le croyais.

 

      « Il priait beaucoup, et il avait des songes et des visions, et le Seigneur lui montrait en vision beaucoup de choses qui devaient se produire dans les derniers jours.

 

      « Je vais rapporter ici une vision qu’il m’a racontée. La dernière fois je l’ai vu, il m’a dit : ‘ Je travaillais aux champs à midi lorsque j’ai été enveloppé dans une vision. J’ai été placé au milieu d’une vaste forêt d’arbres fruitiers : j’avais très faim et j’ai marché longtemps dans le verger, à la recherche de fruits à manger ; mais je n’arrivais pas à en trouver dans tout le verger, et je pleurais parce que je ne trouvais pas de fruits. Tandis que j’étais là à contempler le verger et à me demander pourquoi il n’y avait pas de fruits, les arbres ont commencé à tomber par terre de tous les côtés, jusqu’à ce qu’il n’en reste pas un debout dans tout le verger ; et tandis que je m’étonnais de ce que je voyais, j’ai vu de jeunes pousses sortir des racines des arbres qui étaient tombés et elles se sont épanouies pour devenir de jeunes arbres qui poussaient vigoureusement sous mes yeux. Ils ont bourgeonné, fleuri et ont porté des fruits jusqu’à ce que les arbres soient chargés des plus beaux fruits que j’aie jamais vus, et je me suis réjoui de voir tant de beaux fruits. Je me suis approché d’un arbre et je me suis rempli les mains de fruits et me suis émerveillé de leur beauté, et comme j’étais sur le point d’en goûter, la vision s’est refermée et je me suis retrouvé dans le champ à l’endroit même où j’étais au commencement de la vision.

 

      « ‘ Je me suis alors mis à genoux par terre, et j’ai prié le Seigneur et je lui ai demandé, au nom de Jésus-Christ, de me montrer la signification de la vision. Le Seigneur m’a dit : « Voici l’interprétation de la vision ; les grands arbres de la forêt représentent la génération d’hommes dans laquelle tu vis. Il n’y a pas d’Église du Christ, ni de royaume de Dieu sur la terre dans ta génération. Il n’y a pas de fruits de l’Église du Christ sur la terre. Il n’y a actuellement aucun homme ordonné de Dieu pour administrer les ordonnances de l’Évangile du salut sur la terre dans cette génération. Mais à la prochaine génération, moi, le Seigneur, j’établirai mon royaume et mon Église sur la terre, et les fruits du royaume et de l’Église du Christ, comme ceux qui ont accompagné les prophètes, les apôtres et les saints dans chaque dispensation se trouveront de nouveau dans toute leur plénitude sur la terre. Tu vivras assez longtemps pour voir ce jour et toucher les fruits, mais tu n’en prendras jamais dans la chair ’ ».

 

      Le président Woodruff poursuit : « Quand il a eu fini de relater la vision et son interprétation, il m’a dit : … ‘ Je ne mangerai jamais de ce fruit dans la chair, mais toi oui, et tu deviendras un acteur en vue dans ce royaume ’. Il s’est alors détourné et m’a quitté. Ce sont les dernières paroles qu’il m’ait adressées sur terre…

 

      « Il a eu cette vision vers l’an 1800 et il me l’a rapportée en 1830 – le printemps même où l’Église a été organisée.

 

      « Cette vision, avec les autres enseignements qu’il m’avait donnés, a fait une grande impression sur mon esprit, et j’ai beaucoup prié le Seigneur de me diriger par son Esprit et de me préparer pour son Église quand elle serait là ».

 

      Quand il devint membre de l’Église, Wilford Woodruff écrivit une lettre à son ami Robert Mason. « Je lui ai dit que j’avais trouvé l’Église du Christ dont il m’avait parlé. Je lui ai parlé de son organisation et de la parution du Livre de Mormon ; que l’Église contenait des prophètes, des apôtres et tous les dons et bénédictions et que les vrais fruits du royaume et de l’Église du Christ étaient manifestes parmi les saints, comme le Seigneur le lui avait montré dans sa vision. Il a reçu ma lettre et l’a relue de nombreuses fois, et l’a tenue en mains comme il avait tenu en mains les fruits dans la vision ; mais il était très âgé et est mort peu après. Il n’a pas eu la possibilité de voir un ancien lui administrer les ordonnances de l’Évangile.

 

« À la première occasion que j’ai eue, après que la doctrine du baptême pour les morts a été révélée, je me suis fait baptiser pour lui » (« Leaves from My Journal », Millennial Star, 23 mai 1881, p. 334-335).

 

 

Saint-Esprit et révélation personnelle

 

      En octobre 1880, le président Woodruff dit aux saints qu’il avait récemment reçu la visite de Brigham Young, qui était mort en 1877, et de Heber C. Kimball, qui était mort en 1868. « Quand nous sommes arrivés à notre destination, raconta-t-il, j’ai demandé au président Young s’il allait nous prêcher. Il a dit : ‘ Non, j’ai fini mon témoignage dans la chair. Je ne parlerai plus à ce peuple. Mais, a-t-il dit, je suis venu pour vous voir ; je suis venu pour veiller sur vous et pour voir ce que le peuple fait ’. Puis, dit-il, ‘ Je veux que vous enseigniez au peuple – et je veux que vous suiviez cette recommandation vous-même – qu’il doit oeuvrer et vivre de manière à obtenir l’Esprit Saint, parce que sans cela vous ne pouvez pas édifier le royaume ; sans l’Esprit de Dieu, vous courez le risque de marcher dans les ténèbres et de ne pas vous acquitter de votre appel d’apôtres et d’anciens de l’Église et du royaume de Dieu ’ » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, p. 290).

 

      Cette recommandation n’était pas nouvelle pour le président Woodruff. Les frères de la Première Présidence et du Collège des Douze le connaissaient pour être un « homme sensible aux impressions de l’Esprit du Seigneur, un homme guidé par l’inspiration dans l’exécution de son devoir, bien plus que par un quelconque don de sagesse ou de jugement qu’il aurait lui-même possédé » (Joseph F. Smith, Gospel Doctrine, 5e édition, 1939, p. 171). Il a souvent rapporté une expérience de l’inspiration de l’Esprit qu’il a eue. Elle s’est produite pendant que sa famille et lui voyageaient dans l’Est des États-Unis, où il avait été était appelé pour faire une mission. Il a dit :

 

      « Un soir, j’ai conduit mon chariot dans la cour de frère Williams [un membre local de l’Église]. Orson Hyde [du Collège des Douze] a amené un chariot à côté du mien. J’avais mon épouse et mes enfants dans le chariot. Après avoir mis mes chevaux à la pâture et avoir mangé, je me suis mis au lit dans le chariot. Je n’y étais que depuis quelques minutes que l’Esprit me disait : ‘ Lève-toi et déplace ce chariot ’. J’ai dit à mon épouse que je devais me lever et déplacer le chariot. Elle a dit : ‘ Pour quoi faire ? ’ J’ai dit : ‘ Je ne sais pas ’. Elle ne me demandait rien de plus en de telles occasions ; quand je lui disais que je ne savais pas, cela suffisait. Je me suis levé et j’ai déplacé mon chariot… J’ai alors regardé autour de moi et je me suis mis au lit. Le même Esprit m’a dit : ‘ Éloigne tes animaux de ce chêne ’… Je suis allé déplacer mes chevaux et je les ai mis dans un petit bosquet de noyers blancs. Je me suis de nouveau mis au lit.

 

      « Au bout de trente minutes, une tempête s’est élevée et a cassé le chêne à moins de soixante centimètres du sol. Il est passé au-dessus de trois ou quatre clôtures et est tombé en plein dans cette cour près du chariot d’Orson Hyde et à l’endroit où le mien s’était trouvé. Quelles auraient été les conséquences si je n’avais pas écouté l’Esprit ? Eh bien, ma femme et moi, et les enfants, nous aurions sans aucun doute été tués. C’était le murmure doux et léger qui m’avait parlé – pas un tremblement de terre, pas le tonnerre, pas la foudre, mais le murmure doux et léger de l’Esprit de Dieu [voir 1 Rois 19:11,12]. Il m’a sauvé ma vie. C’était l’esprit de révélation qui s’était adressé à moi » (Deseret Weekly, 5 septembre 1891, p. 323).

 

      Le président Woodruff a insisté sur le fait que tous les membres de l’Église devaient être guidés par le Saint-Esprit – rechercher la révélation personnelle. Il a affirmé : « L’Église de Dieu ne pourrait pas vivre vingt-quatre heures sans révélation » (The Discourses of Wilford Woodruff, p. 61).

 

 

Seconde venue de Jésus-Christ

 

      Dans un discours de la conférence générale d’avril 1950, Richard L. Evans, du collège des douze apôtres, a dit : « Je me souviens d’une déclaration attribuée, si ma mémoire est exacte, à Wilford Woodruff. On a dit que certains des frères de son époque étaient allés le voir… et lui avaient demandé quand, selon lui, viendrait la fin ; quand serait la venue du Maître. Il répondit en substance : ‘ Je vis comme si c’était demain, mais je continue de planter des cerisiers ! ’ » (Conference Report, avril 1950, p. 105).

 

      Même si ce ne sont pas les termes exacts de la réponse du président Woodruff, ils reflètent bien ses sentiments au sujet de la seconde venue de Jésus-Christ. Il a dit à ce propos : « Je ne pense pas que quelqu’un puisse dire l’heure de la venue du Fils de l’Homme… Nous n’avons pas besoin de chercher à ce que le moment de cet événement soit connu » (Deseret Weekly, 11 octobre 1890, p. 517). Cependant, il avait hâte que le Sauveur revienne régner sur la terre. Ayant le témoignage que l’Église avait été établie dans les derniers jours, il exhortait les saints, avec une grande insistance, à se préparer pour la seconde venue du Sauveur. Il disait : « Dans les cieux comme sur terre, les signes indiquent tous la venue du Seigneur Jésus-Christ. Lorsque, sous l’influence de l’Esprit de Dieu, mon intelligence est ouverte pour que je comprenne ces choses, je m’étonne souvent que non seulement le monde mais aussi nous, ne soyons pas plus disposés et diligents à nous préparer, notre famille et nous, aux événements qui sont maintenant à notre porte. Car, même si les cieux et la terre passent, pas un seul iota ni un seul trait de lettre de la parole du Seigneur ne passera inaccompli » (Deseret News, 4 février 1873, p. 2).

 

 

Temple

 

      Le 27 mars 1836, lors de la consécration du temple de Kirtland, Wilford Woodruff faisait une mission à plein temps au Sud des États-Unis. Trois semaines plus tard, il entendit parler de la consécration et écrivit dans son journal que cette nouvelle était « merveilleuse au plus haut degré » (Journal of Wilford Woodruff, 19 avril 1836, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Après avoir terminé sa mission, il revint à Kirtland où il arriva « à pied dans une forte tempête de neige ». Il a écrit : « Nous sommes arrivés en vue du temple du Seigneur avant d’atteindre le village, et je me réjouissais vraiment en le voyant, car c’était la première fois que mes yeux contemplaient la maison du Seigneur construite par commandement et par révélation » (Journal of Wilford Woodruff, 25 novembre 1836).

 

      L’amour de Wilford Woodruff pour l’oeuvre du temple ne faiblit jamais. Il participa à toutes les phases de cette oeuvre, de la construction à la consécration et des recherches généalogiques aux ordonnances pour les morts. Il se réjouit aussi des ordonnances du temple que les membres de sa famille et lui reçurent.

 

      Le président Woodruff parlait souvent du jour où il reçut sa dotation. Joseph Smith, le prophète, qui sentait que son ministère terrestre allait bientôt prendre fin, administra la dotation au collège des douze apôtres à Nauvoo, avant même que le temple ne soit terminé. Le président Woodruff a témoigné : « Joseph Smith m’a fait connaître les ordonnances mêmes que nous donnons aux saints des derniers jours dans notre dotation. J’ai reçu ma dotation sous sa direction » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham, 1946, p. 148).

 

      En tant que membre du collège des douze apôtres et plus tard président de l’Église, Wilford Woodruff prit part à l’œuvre de construction des temples. Il aida à la construction du temple de Nauvoo (Illinois), et des temples de quatre villes d’Utah : Logan, St. George, Manti et Salt Lake City. Il prononça la prière de consécration des temples de Manti et de Salt Lake City. Le temple de Salt Lake City, terminé au bout de quarante ans de travail dévoué des saints, avait une signification particulière pour le président Woodruff. Il avait vu le temple pour la première fois dans une vision détaillée avant l’arrivée des saints dans la vallée du Lac Salé (voir The Discourses of Wilford Woodruff, p. 162). Quatre jours après l’arrivée dans la vallée, il était présent lorsque Brigham Young, président de l’Église, fut inspiré de choisir l’emplacement du temple (voir le Journal of Wilford Woodruff, 28 juillet 1847). Des années avant l’achèvement du temple, il avait fait un rêve dans lequel il recevait la clé du temple et le président Young lui disait de « laisser entrer dans le temple tous ceux qui cherchent le salut » (Journal of Wilford Woodruff, 12 mars 1887). Il était un avocat infatigable de l’achèvement du temple, même aux temps d‘épreuves et de persécutions. Et, lorsqu’en avril 1893, la construction fut enfin terminée, il suivit les instructions reçues en rêve du président Young et organisa trois semaines de services de consécration pour s’assurer que tous les saints auraient l’occasion d’y participer.

 

      Après la consécration du temple de Salt Lake, le président Woodruff souligna l’importance de la famille dans l’oeuvre du temple. Il dit : « Nous voulons qu’à partir de maintenant, les saints des derniers jours fassent leur généalogie aussi loin que possible, et qu’ils soient scellés à leurs ancêtres. Faites sceller les enfants à leurs parents, et continuez cette chaîne aussi loin que vous pouvez » (The Discourses of Wilford Woodruff, p. 157).

 

      En 1894, le président Woodruff supervisa la fondation de la Société Généalogique d’Utah, qui mena à l’actuelle œuvre mondiale de l’Église pour aider les gens à trouver leurs ancêtres. Cent ans plus tard, Russell M. Nelson du Collège des douze apôtres, remarquait : « Les événements de cette année historique ont établi les recherches généalogiques et le service au temple comme une seule oeuvre dans l’Église » (Conference Report, octobre 1994, p. 114 ; voir aussi L’Étoile, janvier 1995, p. 85). Ces événements faisaient partie de l’accomplissement en cours de la prophétie selon laquelle « le coeur des enfants se tournera vers leurs pères » (D&A 2:2 ; voir aussi Malachie 4:5-6).

 

      En octobre 1841, peu de temps après son retour à Nauvoo d’une mission en Angleterre, Wilford Woodruff assista à une réunion où Joseph Smith, le prophète, enseigna la doctrine de la rédemption des morts. C’était la première fois que Wilford Woodruff entendait dire que des membres vivants de l’Église pouvaient recevoir des ordonnances de salut pour leurs ancêtres qui était décédés. Il dit : « Ce fut comme un rayon de lumière venant du trône de Dieu qui pénétrait dans notre coeur. Il a ouvert à notre esprit une perspective aussi large que l’éternité » (Deseret Weekly, 25 décembre 1897, p. 34). Il dit aussi : « Il m’a semblé que ce Dieu qui a révélé ce principe aux hommes était sage, juste et vrai et qu’il possédait les meilleurs attributs ainsi que le bon sens et la connaissance. Je sentais qu’il était en accord aussi bien avec l’amour, la miséricorde, la justice qu’avec le jugement, et cela me faisait aimer le Seigneur plus que jamais dans ma vie… J’avais envie de m’exclamer alléluia lorsque la révélation concernant le baptême des morts a été donnée. Je sentais que nous avions le droit de nous réjouir des bénédictions des cieux » (Deseret News, 27 mai 1857, p. 91).

 

      En entendant cette doctrine, Wilford Woodruff pensa à sa mère. Il dit : « La première chose qui m’est venue à l’esprit était que ma mère était dans le monde des esprits. Elle est morte lorsque j’avais quatorze mois. Je n’ai jamais connu ma mère. Je me suis demandé : Ai-je le pouvoir de sceller ma mère à mon père ? La réponse était affirmative » (Deseret Weekly, 25 décembre 1897, p. 34). Il parla plus tard du moment où il eut enfin l’occasion de le faire : « Elle aura part à la première résurrection ; et cela en soi me récompenserait de tous les labeurs de ma vie » (Deseret Weekly, 24 février 1894, p. 288). Il témoigna aussi de la joie qu’il ressentit en faisant les ordonnances du temple pour d’autres membres de sa famille décédés. « J’ai eu la bénédiction et le privilège de racheter dans le temple de notre Dieu quelque quatre mille parents de mon père et de ma mère. J’en parle, car c’est l’une de nos bénédictions, dont nous ne connaîtrons pas la plénitude et la gloire avant l’ouverture du voile » (Deseret Weekly, 24 février 1894, p. 288).

 

      Alors qu’il était président de l’Église, Wilford Woodruff consacra le temple de Salt Lake. À cette occasion il implora le Seigneur d’aider les saints dans leur œuvre de rachat des morts : « Veuille… permettre à de saints messagers de nous visiter dans cette enceinte sacrée et de nous faire connaître ce qui concerne l’oeuvre que nous devons faire pour nos morts. Et, comme tu as porté le coeur de nombreuses personnes qui ne sont pas encore entrées dans ton alliance à rechercher leurs ancêtres, et qu’en le faisant, elles ont constitué l’arbre généalogique de beaucoup de tes saints, nous te prions de faire grandir ce désir en leur sein, pour qu’elles puissent ainsi contribuer à l’accomplissement de ton oeuvre. Nous te prions de les bénir dans leur travail, afin qu’elles ne commettent pas d’erreurs en préparant leur généalogie ; et, de plus, nous te demandons d’ouvrir devant eux des voies nouvelles d’information et de placer entre leurs mains les registres du passé, afin que leur travail soit non seulement correct, mais aussi complet » (The Discourses of Wilford Woodruff, choisis par G. Homer Durham 1946, p.341).

 

 

Tenue d’annales

 

      En 1835, Wilford Woodruff commença son premier journal en croyant, selon ses termes, « qu’il est bénéfique de passer en revue notre vie passée et que nous avons la bénédiction mais aussi le devoir de faire le récit exact de nos actes ». Il écrivit : « C’est dans ce but que je m’efforcerai dorénavant de faire le récit de mes voyages, afin que, lorsqu’on me le demandera, je puisse rendre compte de mon intendance » (Journal of Wilford Woodruff, pas de date, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours). Il tint son journal pendant les soixante-trois ans qui suivirent et y écrivit pour la dernière fois le 31 août 1898, deux jours avant sa mort. Ce qu’il a noté dans son journal constitue un compte-rendu exact et fidèle de sa vie personnelle et montre son amour pour sa famille, son intérêt pour ce qui l’entourait, sa diligence à accomplir ses tâches quotidiennes, sa foi pendant les épreuves et son témoignage et sa compréhension de l’Évangile. Ses notes donnent également un aperçu de la vie d’autres membres de l’Église de l’époque.

 

      En plus d’écrire au sujet de sa vie personnelle et de son ministère, Wilford Woodruff a fait un récit précis de l’histoire de l’Église. Il a expliqué : « J’ai été inspiré et poussé à tenir un journal et à noter les affaires de l’Église dans la mesure de mes possibilités. Je ne comprenais pas pourquoi ce sentiment était si fort au début de l’Église mais je le comprends maintenant. Il était rare que j’entende frère Joseph ou les Douze prêcher ou enseigner un principe sans que je ne me sente aussi mal à l’aise qu’un poisson hors de l’eau jusqu’à ce que je l’aie écrit. Ensuite, je me sentais bien. Je pouvais écrire un sermon de Joseph presque mot pour mot une semaine après qu’il l’avait fait. Une fois qu’il était écrit, le sermon me quittait ; je ne l’avais plus à l’esprit. C’est un don que Dieu m’avait accordé » (Journal of Wilford Woodruff, 17 mars 1857).

 

      Dans sa rédaction de l’histoire de l’Église, le président Woodruff a noté des détails importants des réunions auxquelles il assistait. Lors d’une réunion, il enseigna un principe qui peut être appliqué aux journaux intimes comme aux registres officiels de l’Église : « Lorsque nous marchons dans un cours d’eau rapide, nous ne pouvons pas poser le pied deux fois dans la même eau. Nous ne pouvons pas non plus revivre deux fois le même moment. Lorsque nous franchirons cette porte, le travail de cette réunion nous sera inaccessible à jamais. Nous ne revivrons jamais plus cette soirée. Ne devons-nous donc pas faire le compte-rendu de notre oeuvre, de nos enseignements et des recommandations que nous faisons pendant cette réunion ? Assurément, nous devons le faire » (Journal of Wilford Woodruff, 17 mars 1857).

 

      En tenant son journal, le président Woodruff fit un don durable à ses descendants et à tous les membres de l’Église. Matthias F. Cowley, biographe, a fait la remarque suivante : « La vie de Wilford Woodruff est pleine de merveilles. C’est une vie simple dans laquelle il révèle librement son coeur et ses intentions. Ses expressions franches, son souci des détails et son grand respect de la vérité font probablement de lui le meilleur chroniqueur de toute l’histoire de l’Église » (Wilford Woodruff : History of His Life and Labors As Recorded in His Daily Journals, 1964, v). B. H. Roberts, membre du premier collège des soixante-dix et historien de l’Église reconnu, a écrit : « Le président Woodruff a rendu un très grand service à l’Église. Son journal, qu’il a tenu régulièrement et méthodiquement, qu’il a conservé avec soin et dont il a relié les volumes de façon solide… constitue un document historique original d’une valeur inestimable. L’Église doit à son journal un compte-rendu fiable de discours et de déclarations du prophète de la Nouvelle Dispensation, Joseph Smith, qui, sans lui, auraient été perdus à jamais. C’est également vrai des discours et des déclarations de Brigham Young et d’autres anciens qui dirigeaient l’Église, et du procès-verbal des réunions de conseil, des décisions, des politiques et des jugements importants et de nombreuses actions officielles de nature privée, sans lesquels l’historien ne pourrait peut-être pas avoir un point de vue juste sur de nombreux événements. Pour toutes ces raisons, le journal du président Woodruff est d’une valeur inestimable » (A Comprehensive History of the Church, 6:354-355). 

 

 

Travail temporel et travail spirituel

 

      Au tout début de l’Église, les prophètes et les apôtres exhortaient fréquemment les gens à faire leur part dans l’édification du royaume de Dieu. Cette part relevait du travail spirituel comme du travail temporel. En plus de la prière, de l’étude des Écritures et de la proclamation de l’Évangile, les saints construisaient des maisons et des villes, bâtissaient des écoles publiques, cultivaient et irriguaient la terre et extrayaient du granite des montagnes pour la construction du temple de Salt Lake. En 1857, dix ans après l’arrivée des premiers saints des derniers jours dans la vallée du lac Salé, Wilford Woodruff déclara : « Si nous travaillons et édifions le royaume de Dieu au lieu de nous-mêmes (peu importe la façon dont nous le faisons : cela peut être en construisant un canal, en édifiant un temple, en prêchant l’Évangile, en cultivant la terre ou en faisant toute autre chose), nous nous apercevrons que le Seigneur nous aide et nous soutient, nous revêt de son pouvoir et nous accompagne dans tout ce que nous devons faire » (Deseret News, 4 mars 1857, p. 411).

 

      Les personnes qui connaissaient le président Woodruff savaient qu’il ne se limitait pas à parler de la valeur du travail mais qu’il mettait ce principe en application. En plus de magnifier ses appels dans la prêtrise, il travaillait diligemment sur le plan temporel, même à un âge avancé. Andrew Jenson, historien membre de l’Église, a écrit : « Son zèle au travail faisait tellement partie de lui-même qu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans, lorsqu'il s'aperçut que l’un de ses petits-fils sarclait des légumes un peu mieux que lui dans le potager, il déclara, l’air humilié : ‘ C’est bien la première fois de ma vie que l’un de mes enfants sarcle les légumes mieux que moi ’ » (Latter-day Saint Biographical Encyclopedia, 1901-1936, 1:26).

 

      Un contemporain du président Woodruff a déclaré : « Il aimait le travail, non seulement pour le travail lui-même mais aussi parce qu’il est lié à un commandement divin. Ce n’était pas non plus pour lui seulement un moyen d’avancer dans le monde, d’apporter plus de confort aux siens et à lui-même. Pour lui, c’était une bénédiction, un honneur, une occasion qu’il saisissait chaque fois que son appel le lui permettait… Manger son pain à la sueur de son visage était pour lui un commandement divin tout autant que la prière et sa vie illustrait au plus haut degré la vie chrétienne simple qui assure le bien-être physique, mental et moral de l’homme. Il croyait sincèrement à la suprématie morale du travail manuel. Il aimait travailler » (J. M. Tanner, « Character Sketch », dans Matthias F. Cowley, Wilford Woodruff : History of His Life and Labors as Recorded in His Daily Journals, 1964, pp. 644-645).

 

 

Unité

 

      Wilford Woodruff appréciait particulièrement la compagnie d’autres membres de l’Église. Il exprima de nombreuses fois dans son journal sa reconnaissance pour « l’esprit d’union et d’amour » présent dans des réunions de l’Église (Journal of Wilford Woodruff, 21 juin 1840, Archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ; voir aussi Journal of Wilford Woodruff, 2 avril 1841 ; 5 avril 1841 ; 16 février 1845 ; 20 juillet 1845 ; 31 août 1845 ; 26 mars 1847). Après l’une de ces réunions, il nota que deux des orateurs devaient partir pour d’autres obligations. Ils eurent du mal à aller à leur rendez-vous. En effet, « ils pouvaient difficilement sortir du bâtiment tant il y avait de personnes qui souhaitaient leur serrer la main ». Il écrivit au sujet de cette même réunion : « L’Esprit du Seigneur était avec nous. L’amour et l’union régnaient dans l’assemblée. Je me réjouis de voir tant de saints unis dans la nouvelle alliance éternelle » (Journal of Wilford Woodruff, 16 février 1845).

 

      Le président Woodruff espérait voir cet esprit d’unité continuer après les réunions de l’Église et être présent dans tous les aspects de la vie. À travers ses sermons publics et son exemple quotidien, il incitait les saints à être unis au foyer, dans leurs responsabilités de l’Église et dans leurs travaux temporels. Matthias F. Cowley a écrit : « Dans son esprit, il n’y avait pas de place dans l’Église pour les querelles, les doutes et l’opposition. L’oeuvre était de Dieu, c’est tout. Les autorités correctement désignées étaient en place. Les responsabilités du royaume reposaient sur eux. Il ne se souciait donc pas de ce que d’autres considéraient comme un manque de sagesse de leur part. Il n’était pas cupide ; dans son esprit, les revers financiers ne pouvaient contrecarrer les desseins de Dieu et il ne s’inquiétait pas de la quantité des biens de ce monde qui entraient en sa possession. Un message glorieux avait été donné à la terre et il voulait que tout le monde connaisse sa valeur pour la famille humaine et comprenne les bénédictions du salut pour ceux qui acceptaient d’obéir.

 

      « Wilford Woodruff ne se sentait jamais à l’aise au milieu des querelles. Il les fuyait et n’appréciait pas la compagnie des personnes qui avaient tendance à trouver des choses à redire, à critiquer et à se plaindre. Il ne voyait jamais la nécessité de le faire. Ce n’était jamais difficile pour lui de se mettre d’accord avec ses frères. Il n’avait jamais d’exigences déraisonnables, ne cherchait jamais son intérêt personnel et n’hésitait jamais lorsqu’il y avait quelque chose d’important à faire. Il était loyal au prophète, fidèle à ses frères » (Wilford Woodruff : History of His Life and Labors As Recorded in His Daily Journals, 1964, p. 70). 

 

 

 

Source : Enseignements des Présidents de l’Église : Wilford Woodruff (Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 2004)