Albert Roustit

 

 

LA PROPHÉTIE MUSICALE

DANS L'HISTOIRE DE L'HUMANITÉ

 

 

Éditions Horvath, 1970

 

 

 


Épilogue

 

 

Comme les grandes prophéties bibliques, la prophétie musicale converge vers un point final, un terme à toute une histoire qui doit s'achever par un anéantissement des choses terrestres, en attendant de repartir sur de nouvelles bases dans un monde complètement restauré.


Nous avons vu au cours de cet ouvrage que l'histoire de l'humanité peut se diviser en trois ères principales, la dernière étant l'ère chrétienne, rigoureusement régie, selon les Saintes Écritures, par l'action spirituelle du Christ depuis son ascension au Ciel jusqu'à son retour glorieux sur la Terre : « Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Matthieu 28:20).

 

S'il est indéniable que nous vivons actuellement dans les derniers temps de l'Histoire, il serait vain cependant de chercher la date exacte de la « fin du monde » (qui doit être interprétée par « consommation de l’âge terrestre) puisque, selon le volonté de Dieu, celle-ci ne peut être connue des hommes. Le cycle de six mille ans que nous avons cité correspond à une interprétation des textes bibliques d'après une chronologie des Massorètes 1. Or, une autre chronologie, établie par les Septante 2 mérite d'être, à son tour, prise en considération, d'autant plus qu'elle présente davantage de concordances avec les réalités historiques.

 

Le problème est de savoir où placer la Création et, surtout, le Déluge, par rapport à la naissance d'Abraham, puisqu'à partir du Père des croyants, les événements se déroulent dans un ordre précis. La Bible rapporte une chronologie dans les chapitres 5 et 11 de la Genèse. C'est justement là que les versions des Massorètes et des Septante diffèrent par les chiffres qu'elles citent. La première donne deux cent quatre-vingt-douze années pour le temps qui sépare le Déluge de la naissance d'Abraham, fixant ainsi la date du Déluge en l'an 2450 avant Jésus-Christ, alors que cette date est reportée par la deuxième version à 3240 environ, ce qui, du reste, se trouve mieux confirmé par les recherches archéologiques.


Quel intérêt y a-t-il de préférer la chronologie des Septante à celle des Massorètes ?


« Tout s'arrange d'après le Nombre », a dit Nicomaque. Nous connaissons la valeur immense des Nombres non seulement dans la musique mais aussi dans toutes les manifestations de la Nature. Pourquoi la science des Nombres ne s'appliquerait-elle pas également au plus grand problème qui concerne l'Humanité, à savoir la durée de son cycle terrestre ?


En tenant compte de la chronologie des Massorètes qui étend ce cycle à six mille ans, un rapport s'établit avec la symbolique du nombre six (et par là du nombre sept) sur lequel nous avons déjà insisté. Or, la chronologie des Septante fait intervenir une relation numérique encore plus subtile : il s'agit du Nombre d'or, bien connu des esthéticiens. On sait que la Section d'or (rapport 618/1000) dont les multiples applications touchent à la Création entière sous ses divers aspects, préside à toutes les grandes proportions de l'Univers dans l'espace et le temps (voir A. Dénéréaz : Rythmes humains, rythmes cosmiques, Vanier-Burnier, Lausanne).


Dans sa tragique histoire, le sort de l'humanité est, par la miséricorde divine, lié à deux paroles du Christ : « Tout est accompli » (Jean 19:30) et « Je reviendrai » (Jean 14:3). Les deux venues du Messie, qui encadrent l'ère chrétienne, sont donc deux dates capitales dans notre humanité, précisons-le bien, celle qui est issue des descendants de Noé, « ce sont là les trois fils de Noé et c'est leur postérité qui peupla toute la terre » (Genèse 9:19).

Considérons, dès lors, ces trois points importants :


commencement de notre humanité (Déluge),

orientation de l'humanité vers l'événement final (naissance du Christ),

accomplissement de l'événement final (retour du Christ).


Le Nombre d'or présiderait-il au déroulement de ces trois dates ? À l'exemple de l'accord parfait majeur et de la gamme diatonique majeure 3, modèles que la nature nous donne, essayons de former, en nous appuyant sur la chronologie des Septante, une section d'or en prenant pour grand segment le temps qui sépare le Déluge de la naissance du Christ soit 3.240 années. Le petit segment sera donc 3.240 × 0,618 = 2.002,32


 


Cette date de 2002 après Jésus-Christ ne doit, bien entendu, pas être prise pour une certitude puisque la durée du grand segment est elle-même approximative. Rappelons une fois de plus qu'il s'agit là d'une interprétation de la chronologie biblique d'après la version des Septante qui ne contredit pas celle des Massorètes ; elle est seulement différente en présentant toutefois plus de vraisemblance historique ; mais le point de convergence est commun aux deux versions.


Ce point de convergence se situe donc globalement autour de l'an 2000 ; il se présente comme l'aboutissement de la grande section d'or qui couvre la durée totale de notre humanité.


Cependant, nous pouvons entrer dans des détails plus précis encore si nous considérons attentivement le petit segment de cette section d'or, soit l'ère chrétienne, c'est-à-dire l'accomplissement de la prophétie musicale. Malgré une approximation qui peut être très variable, nous prendrons toutefois l'an 2000 comme point de repère dans la fin des temps. Peu importe si l'évènement ultime de l'Histoire précédera ou dépassera cette date, puisque nous savons que nous sommes d'ores et déjà bien près de la Parousie du Christ. L'an 2000 est ici choisi, en chiffre rond, parce qu'il répond assez logiquement dans deux interprétations différentes, à la chronologie des Massorètes comme à celle des Septante.


Faisons alors le chemin inverse en appliquant la section d'or à rebours et, partant de l'an 2000, essayons de découvrir des proportions intéressantes sur la durée de l'ère chrétienne, dans la mesure où ces proportions s'accordent avec les changements importants dans l'histoire de la musique, ceux-ci n'étant que les reflets exacts des changements dans l'histoire des hommes.


La période décisive dont nous devons tenir compte en premier lieu est, bien entendu, les Temps Modernes, dernière phase du cycle, celle qui termine l'ère chrétienne. Les Temps Modernes vont de la Renaissance à nos jours et, dans l'évolution du langage musical, représentant l'âge de l'harmonie, depuis son éclosion jusqu'à son épuisement total. Or, cette phase de près de cinq siècles contient le tournant le plus important de l'histoire ainsi qu'en témoignent deux dates précises. C'est d'une part, l'année 1798 qui se situe à l'apogée des Temps Modernes et annonce déjà une tendance vers le déclin, ce qui, en musique, se trouve confirmé par l'œuvre de Beethoven (1770-1827) ; et d'autre part, l'année 1844 qui amorce la décadence finale des derniers temps ainsi que l'atteste l'œuvre de Berlioz (1803-1869).


Si nous formons une section d'or à rebours en prenant pour petit segment le temps qui sépare l'an 2000 de ces deux dates (soit 2000 – 1798 = 202 ans dans le premier cas, et 2000 – 1844 = 156 ans dans le deuxième), nous obtenons pour grand segment :

202 × 1,618 = 326 ans et 156 × 1,618 = 252 ans


ce qui nous donne les dates suivantes :


1798 – 326 = 1472 et 1844 – 252 = 1592


Avant de se demander ce que représentent ces deux dates, il est nécessaire d'insister sur la signification des deux autres auxquelles elles se trouvent si étroitement liées par la section d'or. Le temps qui sépare 1798 de 1844 est une période d'émancipation psychologique et sociale qui avait déjà pris naissance en France depuis la Révolution de 1789 et qui allait rapidement gagner l'Europe et plus tard le monde entier. En affranchissant les esprits d'une étroitesse de vues ayant prédominé jusqu'alors, la Révolution eut cette heureuse conséquence de permettre, entre autres, des recherches sur les vérités bibliques. C'est en effet vers le début du XIXe siècle que l'on assiste à une propagation intense de la Bible ce qui apparaît comme un signe prophétique annonçant le commencement des derniers temps.


Les Temps Modernes, avons-nous dit, sont l'âge de l'harmonie, soit le troisième et dernier élément de la musique, et aussi le plus complexe, celui, par conséquent, après lequel il n'y aura plus rien lorsqu'il sera parvenu au terme de son exploitation. Mais si cette époque prend historiquement son ascension au XVIe siècle, elle plonge déjà ses racines dans la fin du Moyen Age 4. La deuxième partie du XVe siècle s'impose comme l'aboutissement de la polyphonie médiévale pendant que s'élabore l'aspect vertical de la musique dont les maîtres de la Renaissance sauront tirer parti.


Revenons à présent aux dates 1472 et 1592. Nous constatons que la première se situe dans la vie de Josquin des Près (1449-1521) et la deuxième dans celle de Palestrina (1526-1594). Reste à établir la relation entre Josquin des Près et Beethoven, puis entre Palestrina et Berlioz. 5


Josquin des Près termine le Moyen Age et établit la transition avec la Renaissance. Son œuvre est une synthèse de toutes les recherches médiévales dans l'art du contrepoint, et annonce déjà l'avènement de l'harmonie. De même, Beethoven termine le classicisme et établit la transition avec le romantisme. Son œuvre réalise la synthèse des formes en même temps que la perfection du plan tonal, mais commence à enfreindre les lois de l'harmonie classique. En cela, il annonce la décadence de l'art musical des XIXe et XXe siècles.


Palestrina illustre pleinement la Renaissance musicale en réalisant l'équilibre de l'harmonie dont l'avènement avait été annoncé par son prédécesseur. De même Berlioz s'impose comme le plus grand représentant du romantisme, et, continuant sur la voie de Beethoven, ébranle fortement l'édifice harmonique en détruisant le plan tonal. La vieille tonalité devient de plus en plus étrangère au langage de la musique qui désormais suivra une pente rapide vers sa fin prochaine.


Cette double section d'or sur la durée des Temps Modernes peut se schématiser de la façon suivante :


 


Nous constatons que Josquin des Près et Beethoven se placent à des périodes de transition qui préparent un changement décisif. Leur position, autour des années 1472 et 1798 est donc une prise de conscience sur les événements futurs déjà en gestation dans leur art.


Il est bien évident que cette prise de conscience devait se manifester alors que ces musiciens étaient encore jeunes, n'ayant pas, jusque là, produit les œuvres marquantes qui allaient modifier l'histoire de la musique. Et ce n'est pas un hasard, si ces deux dates se situent dans une étape de leur vie où ils n'avaient même pas atteint la trentaine.


Par contre, Palestrina et Berlioz se placent à des périodes d'accomplissement de ce qui a été annoncé avant eux. C'est pourquoi, par une sorte de concordance prophétique, les années 1592 et 1844 correspondent merveilleusement à leur pleine maturité, celle-ci faisant alors éclore les œuvres maîtresses qui vont sceller le destin de la musique.


Mais ce destin de la musique, n'est-il pas intimement lié à celui de l'Humanité ? Cette double section d'or si déterminante dans la dernière phase de l'Histoire ne pouvait, par conséquent, pas être étrangère à un événement important survenu dans l'autorité spirituelle qui dirige tout homme et toute nation. C'est donc au sein de la religion que se produisit ce changement grandiose, cette conversion dans les idées et la doctrine, en coïncidence exacte avec l'Humanisme de la Renaissance : la Réforme de l'Église, entreprise par Martin Luther.


Là encore, il faut bien reconnaître l'Intelligence Supérieure qui conduit les hommes sur les chemins de l'Histoire. Dans l'Antiquité comme à l'ère chrétienne, ces chemins ont souvent dévié de la bonne direction sous l'instigation de l'Adversaire sachant si bien profiter de la faiblesse humaine. Mais chaque fois, Dieu dut ramener son peuple à Ses préceptes par divers moyens, parfois sévères.


« Lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils né d'une femme, né sous la loi » (Galates 4:4). L'avènement du Messie est la révélation de la Vérité parmi les hommes. Le second avènement du Messie, à la fin des temps, sera, de ce fait, le triomphe de la Vérité par le retour en gloire du Sauveur et l'anéantissement du Mal sur la terre. Entre ces deux événements, l'ère dite chrétienne a cultivé les principes du Christianisme sans échapper, toutefois, aux dangers permanents de l'égarement. C'est ainsi que la phase du Moyen Age, bien qu'ayant connu un point culminant, décline dans un terrible chaos en s'éloignant toujours davantage de la Vérité originelle.


Mais les desseins de Dieu sont toujours précis et la Réforme arriva au temps marqué, à l'aube des Temps Modernes. La nouvelle Église réformée eut pour mission de réagir violemment contre la conception erronée de l'Évangile et de remettre à jour une Vérité toute pure en la puisant directement aux principes de l'Église primitive. Cependant un changement aussi grand ne se réalisa pas complètement en une seule fois, car, selon des conjonctures historiques pré-établies, cette deuxième révélation de la Vérité ne devait se manifester qu'en fonction de la deuxième venue du Christ, c'est-à-dire lorsque furent amorcés les temps de la fin précédant la Parousie. Or, l'accomplissement des temps de lafin est déterminé par les dates de 1798 et 1844, elles-mêmes annoncées dans la phase des Temps Modernes par 1472 et 1592.


Et, une fois encore, référons-nous au caractère prophétique de la musique qui confirme de manière frappante les événements humains. C'est effectivement entre 1472 et 1592 que se place la vie de Luther (1483-1546). Le célèbre Réformateur marqua le début du XVIe siècle par une violente métamorphose dans l'Église traditionnelle en voulant revenir à la pure doctrine inspirée des Écritures. Malheureusement, le temps que Luther passa sur la terre fut trop court pour remanier de fond en comble ce qui avait fait l'objet de profondes erreurs accumulées depuis tant de siècles et fortement maintenues par la tradition ; le mouvement de Réformation ne s'effectua que partiellement en cette aurore de la Renaissance.


Mais l'histoire suivait son cours, impérativement, et la Réforme luthérienne, quoique incomplète, allait préparer une Réforme, cette fois totale, pleinement accomplie, qui se dévoilera à l'heure où elle devra s'imposer pour éclairer les hommes sur la Vérité intégrale, non seulement dans la doctrine, mais encore en révélant les dernières prophéties concernant les temps de la fin. Ceux-ci étant annoncés dès 1798, selon la prédiction biblique, le miracle se produisit presque simultanément, et nombreuses furent les âmes curieuses qui, en cette période d'émancipation et de connaissance abondance, découvrirent dans les Écritures, alors propagées à grande échelle, le véritable sens de la Parole de Dieu, et d'autre part le solennel avertissement mettant l'humanité en garde contre la fin très proche de l'âge terrestre. Les années qui séparent 1798 et 1844 constituent un temps d'élaboration qui permit à la nouvelle Église complètement réformée de s'épanouir dans la deuxième moitié du XIXe siècle et dans le siècle présent. Son importance tient surtout à deux critères fondamentaux :


la doctrine, par une observation intégrale des préceptes chrétiens, sans déformation théologique,

l'action dans le monde, par la prédication intense sur le retour du Christ, ce qui la fait apparaître, sans nul doute, comme l'Église des derniers temps.


Nous pouvons, dès lors, tracer le schéma suivant qui nous montre la place exacte de cette Église dans les Temps Modernes, en fonction des fluctuations du langage musical déterminées par la double section d'or.


 


Mais ces Temps Modernes, ne sont-ils pas, dans l'ère chrétienne, comme la résultante du Moyen Age qui les a si longuement préparés ? C'est dire que la section d'or s'appliquerait aussi sur la durée de ces deux phases, apportant encore une preuve indéniable que le déroulement chronologique de l'Histoire obéit à des proportions régies par une Volonté supérieure.


Dans les lignes précédentes, nous avons établi que la date 1472 marquait la préparation des Temps Modernes, Josquin des Près se situant à la transition entre le XVe siècle et la Renaissance ; il peut donc être considéré comme le dernier musicien du Moyen Age. C'est pourquoi nous nous servirons de cette date-pivot pour former une nouvelle section d'or en nous demandant si, à son tour, elle serait susceptible de faire apparaître des concordances intéressantes avec l'histoire de la musique.


Bien entendu, procédons toujours par un calcul à rebours puisque nous remontons encore dans le temps ; le petit segment couvrant la période de 1472 à l'an 2000, soit 528 années, le grand segment sera alors : 528 × 1,618 = 854 années ce qui nous mène à l'an 618.

 

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618             Moyen Age                    1492       Temps        2000

                                                                         modernes   


Cette date se situe dans le début du Moyen Age lorsque la musique d'Église commençait à s'organiser dans l'Occident chrétien, sous l'impulsion du pape Saint Grégoire, mort quelques années auparavant. Le chant grégorien, lui-même issu de la musique antique, est le point de départ 6 d'une nouvelle tradition musicale sur la terre d'Europe. Se présentant sous la forme monodique, il contient en germe les éléments de la polyphonie et de l'harmonie, c'est-à-dire, toute la structure de la musique telle qu'elle se réalisera à l'ère chrétienne.

 

Poussons plus loin nos recherches en considérant seulement la phase du Moyen Age, qui connut, comme les autres phases de l'histoire, ses périodes d'ascension, d'apogée et de décadence. L'an 1472 nous servira à présent de point d'aboutissement ou extrémité du petit segment, qui représente la période de décadence. Le point culminant de la civilisation médiévale étant à la jonction entre les deux segments, il se place naturellement à la grande époque gothique de la fin du XIIe siècle et début du XIIIe, magnifiquement illustrée dans la musique par l'École Notre-Dame.


Il est difficile d'avancer une date précise pour indiquer l'apogée du Moyen Age, car celle-ci s'étend sur plusieurs décades en empiétant à la fois sur les XIIe et XIIIe siècles. C'est pourquoi, nous prendrons, très approximativement, l'an 1200, soit le juste milieu de cette époque. Effectuons à présent un calcul selon la section d'or :


petit segment : 1472 – 1200 = 272 années

grand segment : 272 × 1,618 = 440 années


Une nouvelle date vient d'être mise à jour : 1200 – 440 = 760. L'an 760 nous transporte dans la période d'épanouissement du chant grégorien, qui couvre la presque totalité des VIle et VIlle siècles. Mais, en cette deuxième moitié du VIlle siècle, cette pure expression de la foi chrétienne, cellule initiale de toute notre musique, semble arriver au terme de son exploitation à l'état de monodie, et il ne s'écoulera pas un temps bien long avant qu'elle ne donne naissance à la polyphonie. C'est déjà le pressentiment lointain de l'âge de l'harmonie, qui commencera à se manifester dès la fin du Moyen Age. À son tour, il connaîtra dans les Temps Modernes les mêmes périodes d'ascension, apogée et décadence que la section d'or vient attester dans ces deux grandes phases de l'ère chrétienne.


 


Ces diverses considérations sur l'application de la section d'or dans les âges de l'humanité, nous montrent à quel point cette proportion (la « Divine Proportion » comme l'appelait Kepler) est déterminante. N'accusons pas trop vite de spéculation gratuite ces recherches sur les rapports de durée dans les périodes historiques selon la succession chronologique : grand segment, petit segment. Car cette succession proportionnelle est elle- même donnée par la nature, en particulier dans le domaine qui nous touche de plus près, celui de la musique.


En effet, dans son déroulement dans le temps, la gamme diatonique majeure se présente comme une suite de sept notes différentes, la huitième n'étant que la répétition, à l'octave, de la première pour clore la série. Cette série obéit à une structure précise en vertu des lois cosmiques qui régissent la musique ; c'est ainsi que la gamme diatonique se compose de deux tétracordes identiques séparés par un ton. L'analyse d'une telle perfection de structure dévoile qu'elle est fortement unie à la Divine Proportion, image de la Vérité créatrice, et la section d'or se dessine admirablement sur l'étendue de ces sept notes, selon le rapport : quinte juste - tierce majeure.


 

 

Cependant, un détail retiendra notre attention : c'est le fait que le grand segment empiète sur le second tétracorde. Partant de la tonique, il aboutit à la dominante, point de départ de l'autre succession mélodique, exactement identique à la précédente. Ce second tétracorde étant annoncé et amorcé par le grand segment, le petit segment se trouve « ipso facto » appelé psychologiquement vers sa réalisation.


 


Il en est de même dans le déroulement de la musique dans l'espace. L'accord parfait majeur présente une section d'or dans sa structure selon le même rapport.


 


Là encore, le petit segment s'impose comme la résultante du grand segment, car la tierce majeure se déduit par résonance de la quinte à vide dont elle est une émanation naturelle, prenant immédiatement sa suite dans l'ordre chronologique des harmoniques. N'oublions pas qu'un accord parfait majeur n'est pas formé de la superposition de deux tierces (majeure et mineure), mais d'une quinte juste dans laquelle s'interpose ensuite une tierce majeure, en vertu du déroulement historique de l'acquisition des consonances naturelles que le langage musical a adoptées.


 


L'accord parfait majeur étant établi, on remarque, en analysant sa structure « interne », que la tierce majeure devient à son tour le grand segment d'une section d'or couvrant l'intervalle de quinte juste. Alors le petit segment (tierce mineure) s'ensuivra sans difficulté, car la tierce majeure porte en elle-même une valeur tonale et modale 7 ; elle suffit, par sa consonance, à exprimer l'accord parfait tout entier. Et les harmonistes savent bien, lorsqu'ils écrivent une cadence parfaite, qu'ils peuvent aisément se passer de la quinte, celle-ci étant sous entendue dans l'accord de tonique.

 

 


De ces constatations sur les modèles parfaits de la musique, nous retiendrons que la section d'or, lorsqu'elle domine un tout, procède en deux phases essentielles - la préparation et la réalisation - suivant un ordre chronologique lié à son pouvoir organisateur : grand segment, petit segment. Et s'il est vrai, selon A. Dénéréaz, qu'elle serait constitutive de l'harmonie universelle, résumons, pour conclure, toute l'histoire de l'humanité à travers l'aspect prophétique de la musique, en nous aidant des schémas précédents. Ainsi se confirmera l'idée que « les destins des hommes sont gouvernés par une souveraine providence » (Newton), ce que l'apôtre Paul soutint dans son discours aux Athéniens : « Il (Dieu) a fait que tous les hommes, sortis d'un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre, ayant déterminé la durée des temps et les bornes de leur demeure » (Actes 17:26). Dès le commencement de son existence sur la terre, l'homme, par son péché, se sépare de Dieu et sa descendance ne présente, sauf cas exceptionnels, aucune union avec le Créateur, ce qui entraîna la destruction de cette première humanité. L'ère antédiluvienne se classe donc en dehors de notre Histoire.

 

Après le Déluge, la famille de Noé repeuple la terre, et à partir d'Abraham, une alliance s'établit entre Dieu et son peuple. Par ses rites et sa doctrine, cette alliance annonce longtemps à l'avance ce que sera l'union complète entre Dieu et tous les hommes par le sacrifice du Sauveur. L'ère antique prépare l'avènement du Messie dont l'action rédemptrice se réalisera à l'ère chrétienne.


Parallèlement, la musique suit la marche de l'Histoire. Dans l'Antiquité (grand segment de la section d'or), elle en est au stade de la mélodie ; c'est l'exploitation du son fondamental de la résonance. À l'ère chrétienne (petit segment), elle s'engage sur la voie de la polyphonie, puis celle de l'harmonie ; elle fait la découverte progressive des harmoniques émanant de ce son fondamental. La jonction a lieu autour du passage de Jésus-Christ sur la terre, en cette période de transition où les deux ères empiètent l'une sur l'autre. C'est le temps pendant lequel la mélodie passe à l'état de diaphonie à l'intervalle d'octave, laissant ainsi pressentir les conquêtes de l'avenir.

 

 


Restons à présent dans l'ère chrétienne où la musique prend une réelle ascension en Europe occidentale dès le début du Moyen Age. Héritant de la monodie antique, la polyphonie se développe à l'époque médiévale et prépare l'avènement de l'harmonie à la fin du XVe siècle ; les Temps Modernes sont en gestation et vont se réaliser jusqu'à nos jours en exploitant toutes les ressources de l'harmonie. La section d'or couvre l'étendue de ces deux phases selon la proportion conforme aux temps de préparation et de réalisation dans les transformations du langage musical à travers les siècles chrétiens.

 

Mais le temps de préparation forme à lui seul un tout complet dont la division obéit également à la même proportion : la classicisme médiéval est une apogée où l'élaboration de l'écriture polyphonique oriente les esprits vers une conception nouvelle de la pensée musicale.


À son tour, le temps de réalisation, qui constitue l'âge de l'harmonie, est soumis à l'application de la section d'or. Le grand segment couvre la durée des progrès de l'harmonie vers une perfection atteinte dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Le système du Tempérament égal permet désormais la liberté des modulations tonales ; toutes les possibilités futures étant préparées, elles vont se réaliser dans la période du petit segment jusqu'à leur épuisement à l'époque contemporaine.


Conformément à la loi naturelle de l'accélération, nous constatons un rétrécissement continu dans les différentes sections d'or envisagées sur toute l'étendue de l'histoire : du Déluge à la fin des temps, la durée des sections d'or s'écourte sans discontinuité, la plus significative étant la deuxième des Temps Modernes, qui fait partir son petit segment en 1844, s'imposant ainsi comme l'aboutissement ultime de l'Histoire.


Bien que ne pouvant pas connaître la date exacte de cet aboutissement, nous avions toutefois convenu que l'an 2000 serait approximativement proche de cette date, et tous les calculs des sections d'or, effectués en fonction de ce point final supposé, se sont avérés en concordance exacte avec les changements importants de l'histoire de la musique. Or, celle-ci a toujours reflété les événements humains qu'elle a subis par contrecoup.


C'est pourquoi nous terminerons en considérant deux grands événements historiques qui ont été déterminants pour les derniers temps que nous vivons. Dans la phase des Temps Modernes, nous avons vu que l'an 1798 marquait le tournant décisif annonçant le commencement de la fin, c'est-à-dire un début d'émancipation ayant pris naissance quelques années avant, à la Révolution française de 1789. Ce fut là l'événement capital dont on ne mesura l'ampleur que tardivement, mais qui allait changer la face du monde. L'autre événement non moins important devait donc se passer un peu avant 1472 puisque cette date correspond à une transition dans la musique. Et, sans aucun doute, c'est bien en l'an 1453, où eut lieu la prise de Constantinople par les Turcs, que les historiens fixent le terme du Moyen Age et la période d'éclosion d'une autre civilisation tournée vers de nouvelles perspectives, celles des Temps Modernes.


Ces deux dates historiquement précises seraient-elles susceptibles d'en engendrer une troisième, une résultante, en quelque sorte, qui se déduirait de leur rôle primordial ?C'est ce que va nous apprendre la section d'or : prenons pour grand segment le temps qui sépare 1789 de 1453, soit 336 années ; nous obtenons pour petit segment : 336 × 0,618 = 207 années. En ajoutant 207 à 1789, on aboutit à l'an 1996.


Cette date marquerait-elle à son tour un événement capital devant précéder un changement total sur la face de notre planète ? Nous constatons combien elle est proche de cet an 2000 qui nous a servi de point de repère, et par lequel ont pu être édifiées les différentes phases de l'histoire de la musique en coïncidence rigoureuse avec celles de l'histoire des hommes. Y aurait-il une convergence réelle et non pas hypothétique en cette fin du XXe siècle ? L'avenir nous le dira.


Reste à dresser le tableau définitif où se trouvent groupées toutes les sections d'or relatives aux phases de l'ère chrétienne :


 


De ces divers calculs plus ou moins fondés, nous retiendrons cependant qu'ils correspondent, avec une certaine marge qu'on ne peut évaluer, à l'aboutissement des prophéties bibliques et de la prophétie musicale. Signalons, en outre, que la fin des temps terrestres et le commencement d'un âge nouveau ont fait également l'objet de prédictions qui ont connu, à leur manière, leur part d'interprétation (La grande pyramide de Kéops, Nostradamus, etc.). Quoi qu'il en soit, le destin de l'humanité n'en sera nullement changé, car le même point de convergence semble se retrouver, sous divers aspects, dans l'époque chaotique que nous vivons actuellement. Qu'on l'admette ou non, le monde va à son suicide, entraîné follement et aveuglement par la « danse avec le diable », selon l'expression de Günther Schwab.


Il n'est pas encore trop tard pour prendre conscience de la réalité et se rendre compte de ce « qui doit arriver bientôt..., car le temps est proche » où « toutes les tribus de la terre se lamenteront, et elles verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et une grande gloire. » (Matthieu 24:30). Alors la grande espérance de l'humanité souffrante éclatera à la lumière de Celui en qui elle a tant demandé au cours des siècles : « Que ton règne vienne ».


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NOTES

 

1 Docteurs juifs qui facilitèrent la lecture de la Bible à partir du VIe siècle après J.-C.

 

2 Interprètes juifs, au nombre de septante-deux exactement, qui donnèrent une version grecque de l'Ancien Testament au Ille siècle avant J.-C.

 

3 Rapport : quinte juste, tierce majeure ; intervalles juxtaposés dans la gamme, superposés dans l'accord. Ce rapport est justifié, du point de vue acoustique, par la relation entre les nombres trois et cinq dans la division des longueurs de cordes vibrantes : 3/5, division aliquote (nombres de la série de Fibonacci) ; 3,09 / 5, division selon le système tempéré (3,09 / 5 = 6,18 / 10).

 

 

4 En architecture, notamment en Italie, la Renaissance se place dès la seconde moitié du XVe siècle. La musique, par contre, devra attendre près d'un siècle pour se voir attribuer réellement cet épithète. Néanmoins, Josquin des Près, bien que mettant le point final à la longue époque médiévale, appartient déjà à la Renaissance dont il est le premier représentant.

 

5 Signalons que le fait de mentionner ces quatre musiciens n'implique pas un choix arbitraire ayant pour but de faire ressortir des coïncidences pré-établies. Leur préférence sur les autres compositeurs qui leur sont respectivement contemporains tient surtout à ce que l'importance prophétique dont ils font preuve est beaucoup plus accentuée que chez d'autres qui ont profité de leurs innovations. Les musiciens cités dans cet ouvrage constituent autant de « chaînons » dans la longue chaîne de l'histoire du langage musical. C'est seulement ensuite que des coïncidences apparaissent en fonction de données beaucoup plus larges dépassant le cadre de la musique.

 

6 Remarquons que la grande ascension de la musique chrétienne prend son élan à l'époque grégorienne et non dès l'avènement du christianisme qui appartient encore à l'Antiquité classique, période intermédiaire entre les deux ères. C'est pourquoi l'an 618 n'est pas une date de jonction ; elle exclut, de ce fait, l'an zéro de notre ère de toute considération d'ordre musical. En effet, l'an zéro ne correspond à aucun changement important dans l'histoire de la musique, ce qui est d'ailleurs justifié par le rapport de section d'or, lequel, si on l'appliquait ici, mettrait exactement à découvert l'an 1000, célèbre par les fausses craintes dont il a fait l'objet. Mais la terreur qu'il a suscitée, à la suite d'erreurs d'exégèse, ne trouve pas d'écho dans l'art musical de son temps ; c'est bien la preuve que le rôle prophétique de la musique ne peut, en aucun cas, être interprété de plusieurs manières, mais s'impose toujours en étroite relation avec les faits historiques.


7 Dans le cas de l'accord parfait mineur, de structure artificielle où la section d'or est inversée, la tierce mineure, représentée par le petit segment, ne peut avoir la même force persuasive. Pour une oreille musicienne, cette tierce mineure apparaîtra comme la résultante d'une tierce majeure se plaçant avant :

 

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la b             do       mi b             sol


preuve formelle de la supériorité de l'accord parfait majeur, à cause de son émanation naturelle.

 

 

Source : Albert Roustit, La prophétie musicale dans l'histoire de l'humanité, Épilogue, Éditions Horvath, achevé d'imprimer le 7 avril 1970