Comment faire passer les mormons pour des gens racistes ?



La Rédaction




Avertissement : L'emploi de tout vocabulaire exprimant des différences raciales nous répugne. Cependant nous y sommes contraints le temps d'un article face aux attaques d'arrière garde et épisodiques contre un soi-disant racisme mormon.



 

      Comment faire passer les mormons pour des gens racistes ? Rien de plus simple ! D’autant plus que d’autres avant vous ont passé leur vie à consulter les archives de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, profitant qu’elles sont ouvertes au public, pour relever dans les magazines et les discours des dirigeants de l’Église les propos qui, à notre époque, ne sont plus politiquement corrects. Il vous suffit ensuite de les sortir de leur contexte historique, de les présenter dans un certain ordre, et le but sera atteint : vous aurez suscité l'indignation du public et propagé l’idée que les saints des derniers jours sont des gens racistes.

 

 

Textes anciens

 

      Pour commencer, prenez les textes sacrés : le Livre de Mormon, la Perle de grand prix et les Doctrine et Alliances qui, avec la Bible, constituent le canon mormon. Omettez de mentionner que, pour les saints des derniers jours, le Livre de Mormon et la Perle de grand prix sont des écrits anciens, des textes antiques, au même titre que la Bible ; que le premier constitue les annales de peuples de l’Amérique précolombienne ayant vécu entre 600 avant et 400 après Jésus-Christ, et que le second est composé d’écrits de Moïse et d’Abraham révélés à Joseph Smith ou traduits par lui.

 

      Citez ensuite les quelques passages qui montrent que dans l'Antiquité la blancheur était synonyme de beauté et la noirceur synonyme de souillure et de malédiction (voir 1 Néphi 12:22-23 ; 13:15 ; 2 Néphi 5:21-24 ; 30:6 ; Alma 3:6-8,14 ; Mormon 5:15 ; Moïse 7:8,12 ; Abraham 1:21-22, 25-27). Agrémentez vos citations de commentaires acerbes et empreints de mépris total pour les coupables, et le tour est joué : vous aurez gagné la sympathie de vos lecteurs.

 

      Pendant ce temps, vous aurez caché à votre public l’époque de la rédaction de ces textes. Vous aurez évité de préciser qu'ils ne constituent que quelques phrases parmi les 653 pages du Livre de Mormon et les 50 pages des écrits de Moïse et d’Abraham, dont le message principal est tout autre. Vous aurez surtout évité tout rapprochement avec la Bible qui comprend les mêmes caractéristiques que celles que vous reprochez aux écrits mormons (voir Discriminations dans les saintes Écritures). Et vous aurez scrupuleusement omis de mentionner les passages suivants du Livre de Mormon qui condamnent l’attitude raciste de l’homme envers son prochain et qui enseignent l'égalité des races :

 

      « Car aucune de ces iniquités ne vient du Seigneur : car il fait ce qui est bon parmi les enfants des hommes, et il ne fait rien qui ne soit clair pour les enfants des hommes, et il les invite tous à venir à lui et à prendre part à sa bonté, et il ne repousse aucun de ceux qui viennent à lui, noirs et blancs, esclaves et libres, hommes et femmes ; et il se souvient des païens ; et tous sont pareils pour Dieu, tant le Juif que le Gentil » (voir 2 Néphi 26:33)

 

      « Ne pensez-vous pas que de telles choses sont abominables pour celui qui a créé toute chair ? Un être est aussi précieux à ses yeux que l'autre. Et toute chair vient de la poussière ; et c'est dans un but identique qu'il les a créés, pour qu'ils gardent ses commandements et le glorifient à jamais » (Jacob 2:21)

 

      « Voici, les Lamanites, vos frères, que vous haïssez à cause de leur souillure et de la malédiction qui est tombée sur leur peau, sont plus justes que vous, car ils n'ont pas oublié le commandement du Seigneur qui fut donné à notre père, qu'ils ne devaient avoir qu'une seule épouse, et que de concubines ils ne devaient en avoir aucune, et qu'il ne devait pas se commettre de fornication parmi eux. Ô mes frères, je crains que, si vous ne vous repentez pas de vos péchés, leur peau ne soit plus blanche que la vôtre lorsque vous serez amenés avec eux devant le trône de Dieu.

 

      « C'est pourquoi, je vous donne le commandement, qui est la parole de Dieu, de ne plus les insulter à cause de la couleur sombre de leur peau ; et vous ne les insulterez plus non plus à cause de leur souillure, mais vous vous souviendrez de votre propre souillure, et vous vous souviendrez que leur souillure vient de leurs pères » (Jacob 3:5, 8-9).

 

      Avant toute chose, vos explications ne doivent pas laisser la possibilité à vos lecteurs d'entrevoir que, dans les textes incriminés, la notion de châtiment divin est distincte de celle de racisme humain. Ils ne doivent pas percevoir que Dieu ait pu à la fois prononcer ponctuellement une malédiction à l'encontre de certains peuples et commander aux autres de traiter ces peuples en égaux. Vous devez dénoncer le concept selon lequel la « marque » mise par Dieu sur Caïn, après que celui-ci ait tué son frère Abel (voir Genèse 4:8-15), est la peau noire et selon lequel ses descendants portent la même marque. Dénoncez ce concept en évitant absolument de mentionner que cette conception était commune à l'ensemble du monde chrétien du 19e siècle (voir Curse and mark of Cain, sur en.wikipedia.org).

 

      Il ne vous reste plus qu’à ajouter à ce qui précède une démonstration de falsification du texte du Livre de Mormon par les coupables, et vous aurez gagné à coup sûr la totale confiance de votre public. Pour ce faire, relevez, entre l’édition française de 1998 et la précédente, le remplacement du terme « blanc » par « pur » dans 2 Néphi 30:6. Mais ne précisez pas que c’est Joseph Smith (1805-1844) lui-même qui a apporté ce changement dans l'édition de 1840 du Livre de Mormon (la Bible utilise les deux termes comme synonymes ; voir Daniel 7:9 et Apocalypse 15:6), que cette correction n’a pas été reportée dans les éditions anglophones ultérieures qui, elles, s’inspiraient de la première édition européenne en anglais et de l'édition américaine de 1837, et que cette correction n’a finalement été rétablie que dans l'édition anglophone de 1981 (qui s’inspire du manuscrit corrigé de Joseph Smith) et dans la version française suivante, celle de 1998 (voir Étude des changements dans le texte des éditions du Livre de Mormon).

 

 

Propos de dirigeants de l’Église

 

      Passez ensuite aux propos des dirigeants de l’Église.

 

      Omettez de mentionner qu’un noir, Black Pete, fut parmi les premiers convertis en Ohio en 1831 et que l’année suivante, un autre noir, Elijah Abel, fut baptisé dans le Maryland (Armand L. Mauss et Lester Bush, Neither White Nor Black, p. 54). Omettez également de mentionner qu’en 1833, les mormons qui commençaient à migrer au Missouri durent s’accommoder de la politique pro-esclavagiste de cet État. Ces omissions ayant été faites, citez les propos tenus en 1835, 1836 et 1838 par Joseph Smith dans lesquels, pour éviter des troubles à l’ordre public, il ne soutient pas l’abolitionnisme (Doctrine et Alliances 134:12 ; Messenger and Advocate, vol. 2, p. 295-296 ; History of the Church, vol. 3, p. 29).

 

      Passez ensuite sous silence le départ des mormons du Missouri pour l’Illinois où ils ne furent plus tenus de composer avec un environnement esclavagiste, et omettez les propos tenus en 1842 et 1844 par Joseph Smith, à propos des noirs :

 

      « Cela fait bouillir mon sang que de penser à l'injustice, la cruauté et l'oppression exercées par les dirigeants de ce peuple. Quand donc ces choses cesseront et que la Constitution et les lois prévaudront enfin ? » (History of the Church, vol. 4, 1842, p. 544).

 

      « Frère Hyde demanda : ‘ Quelle est la situation du noir ? ‘ Je répondis qu’ils venaient au monde mentalement et physiquement esclaves. Remplacez leur situation par celle des blancs et ils seraient comme eux. Ils ont une âme et sont susceptibles d’être sauvés. Allez à Cincinnati et trouvez un noir instruit, qui roule dans sa voiture, il s’est élevé par le pouvoir de son esprit à son état élevé de respectabilité. Les esclaves à Washington sont plus raffinés que les présidents, les garçons surpassent beaucoup de ceux qu’ils brossent et servent » (Enseignements du prophète Joseph Smith, section 5, 1842, Situation du noir).

 

      « La déclaration d'indépendance ‘tient ces vérités comme allant de soi que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; que parmi ceux-ci il y a la vie, la liberté et la recherche du bonheur’, mais en même temps quelque trois millions de personnes sont détenues comme esclaves pour la vie, parce que l'esprit qui est en eux est recouvert d'une peau plus sombre que la nôtre... La Constitution des États-Unis d'Amérique voulait dire exactement ce qu'elle disait, sans mention de couleur ni de condition, à l'infini ! » (Messages of the First Presidency, 1:191-192, en 1842)

 

      « J'ai conseillé aux détenteurs d’esclaves d’emmener leurs esclaves dans un pays libre et de les libérer, de les éduquer et de leur donner l'égalité des droits » (Compilation on the Negro in Mormonism, 1842, p. 40).

 

      « Brisez les entraves du pauvre noir et engagez-le pour qu'il travaille comme d'autres êtres humains » (History of the Church, vol. 5, 1844, p. 209).

 

      Puis passez sous silence que lorsqu’en 1844 Joseph Smith posa sa candidature à l’élection présidentielle des États-Unis, il se proposa de mettre fin graduellement à l’esclavage en faisant racheter les esclaves à leurs propriétaires par le gouvernement fédéral, le tout financé par la vente de terrains publics (voir l'édition originale du programme de Joseph Smith ici).

 

      Passez ensuite à Orson Pratt (1811-1881), l'un des premiers apôtres de l’Église, qui, en 1852, parlait de la condition des noirs comme ayant une origine prémortelle (Journal of Discourse, vol.1, 1852, p. 63). Passez sous silence que pour l'Église cette théorie relève de l’opinion personnelle, même si elle fut partagée plus tard par quelques dirigeants jusqu'au début des années 1960 : En 1884 par Brigham H. Roberts (1857-1933), membre du premier collège des soixante-dix, qui introduisit son opinion personnelle par « Je crois que » (Contributor, vol. 6, 1885, p. 297) ; en 1922 par Melvin J. Ballard (1873–1939), membre du Collège des Douze, qui introduisit son opinion personnelle par « Je suis convaincu que » (L'Étoile, août 1938, p. 190, 192 ; voir aussi Crusader for Righteousness, page 218) ; en 1958 par Bruce R. McConkie (1915-1985), à l’époque membre du premier collège des soixante-dix (Mormon Doctrine, 1958, p. 114 de l'édition de 1966) et en 1961 par Alvin R. Dyer (1903-1977), à l’époque assistant des Douze. À ce propos, Joseph Fielding Smith (1876-1972) a déclaré : « C'est celui qui écrit qui a la responsabilité de ce qu'il écrit et non l'Église. » (Doctrine du salut, vol. 3, 1956, p. 183)


Passez sous silence que cette opinion était en contradiction avec les déclarations des premiers présidents de l'Église, Joseph Smith et Brigham Young. En effet, le 25 décembre 1869, lors d'une réunion tenue à Salt Lake City, Brigham Young, répondant à une question que lui avait posée Lorenzo D. Young, dit que Joseph Smith avait déclaré que les noirs ne furent pas neutres (ou moins vaillants) dans le ciel, car tous les esprits embrassèrent une cause. Brigham Young ajouta que les esprits qui prennent un corps sont purs, c’est-à-dire innocents, comme l'enseigne le canon mormon (voir Doctrine et Alliances 93:38).

 

      Passez ensuite à Brigham Young (1801-1877), deuxième président de l’Église.

 

      Citez ses propos de 1852, 1854 et 1859 où il énonce la restriction imposée aux noirs quant à la prêtrise et où il rattache les noirs à Caïn (Brigham Young's adresses, Church Historical Dept., 5 février 1852 ; Journal of Discourses, vol. 2, 1854, p. 143 ; vol. 7, 1859, p. 290-291). Ce faisant, ne mentionnez surtout pas qu'à l'époque concernée, non seulement ce genre de discours n’était pas considéré comme politiquement incorrect, mais la conception énoncée par Brigham Young sur l’origine de la peau noire était commune à tout le monde chrétien.

 

      Passez sous silence la distinction faite par Brigham Young entre les décrets divins et l’obligation morale des hommes de se traiter en égaux :

 

      « Les noirs doivent être traités comme des êtres humains et pas d'une manière pire que les animaux. Pour les mauvais traitements infligés à cette race, les blancs seront maudits, à moins qu'il ne se repentent » (Journal of Discourses, 1860, vol. 10, p. 111).

 

      Ensuite, prenez la déclaration de Brigham Young où il dit que « si l’homme blanc qui appartient à la race élue mélange son sang avec la postérité de Caïn, la punition selon la loi de Dieu sera la mort sur le champ » (Journal of Discourses, vol. 10, 1863, p. 110). Mais cachez à vos lecteurs que par ces propos Brigham Young paraphrase l’Ancien Testament où l’Éternel dit à son peuple élu, au sujet de peuples étrangers (dont les Cananéens, voir Deutéronome 7:1) :

 

      « Tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples, tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils ; car ils détournaient de moi tes fils, qui serviraient d'autres dieux, et la colère de l'Éternel s'enflammerait contre vous : il te détruirait promptement » (Deutéronome 7:3-4 ; voir aussi Genèse 24:3,37 ; 28:1-2, 6-9).

 

      Votre public ne doit pas savoir que Brigham Young cite la Bible, y compris lorsqu'il emploie l’expression « race élue » empruntée à l’apôtre Pierre (1 Pierre 2:9). Détournez plutôt ses propos en suggérant que parce que 3 ans plus tard, en 1866, un noir a été assassiné en Utah, c'est en conséquence des propos incriminés. Vos lecteurs auront oublié que Brigham Young comme l’Ancien Testament parle du châtiment réservé à la personne qui fait partie du peuple « élu », pas à l’autre. Ils auront oublié également que l'auteur du châtiment est l'Éternel lui-même, pas l'homme. De plus, ne faites aucune référence au nombre de noirs assassinés la même année dans les autres États des États-Unis.

 

      Encore une fois, ne croyez pas un instant que Brigham Young ait pu faire une distinction entre les décrets divins et la manière dont les hommes doivent se traiter entre eux. C’est pourquoi, ne citez pas cette autre déclaration qu’il fit en 1863 :

 

      « Les hommes seront appelés en jugement pour la façon dont ils ont traité les noirs » (Journal of Discourses, 1863, vol. 10, p. 250).

 

      Ou bien, si vous citez cette déclaration, mettez-la aussitôt en opposition avec une des déclarations antérieures de Brigham Young, sans mentionner la distinction qui vient d’être rappelée.

 

      Ensuite, prenez une déclaration de Brigham Young (Journal of Discourses, vol. 12, 1868, p. 184) où il cite l’Ancien Testament qui prophétise l’esclavage du peuple de Canaan, mais ne faites aucune référence à la Bible qui cite Noé :  

 

      « Et il dit : Maudit soit Canaan ! qu'il soit l'esclave des esclaves de ses frères ! Il dit encore : Béni soit l'Éternel, Dieu de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! Que Dieu étende les possessions de Japhet, qu'il habite dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur esclave ! » (Genèse 9:25-27)

 

      De nouveau, vos lecteurs doivent ignorer que Brigham Young se réfère à la Bible.

 

      Notez que, contrairement à ce que nous faisons ici, vous aurez avantage à ne pas dater les déclarations, à ne pas suivre l’ordre chronologique de leur énonciation et à les présenter hors de leur contexte littéraire et historique.

 

      Citez ensuite John Taylor (1808-1887), troisième président de l’Église, qui était prédicateur méthodiste lorsqu’il se convertit au mormonisme et qui a dit en 1881 que la race noire avait traversé le déluge « parce qu'il était nécessaire que le diable ait une représentation sur la terre tout comme Dieu » (Journal of Discourses, vol. 22, 1881, p. 304). D'abord, ne dites pas qu'à la même époque des propos similaires étaient tenus dans les différentes Églises chrétiennes. Ensuite, ne faites aucune distinction entre « une représentation » et son objet, de sorte que vos lecteurs pensent que John Taylor aurait envoyé tous les noirs en enfer et tous les blancs au paradis. Enfin, ne donnez pas la date de cette déclaration et présentez-la de telle sorte que vos lecteurs croient qu'elle a été prononcée à notre époque. Ne connaissant pas John Taylor, ils ne verront pas la supercherie.


Ne dites surtout pas que Journal of Discourses, source principale des citations de Orson Pratt, Brigham Young et John Taylor que vous avez dénoncées, n'est pas considéré comme une publication officielle de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (voir ici). Si vous le précisiez, ce serait au détriment de votre démonstration.

 

      Dénoncez ensuite les propos de James E. Talmage (1862-1933), membre du Collège des Douze, qui, en 1915, qualifiait de « nomade, sauvage et dégénérée » la vie des Lamanites, un peuple du Livre de Mormon, et de « déchu » l’état dans lequel furent trouvés les Améridiens par ceux qui découvrirent les Amériques (Jésus le Christ, 1915, p. 53, 60-61). Cela n’ajoutera pas grand-chose à votre démonstration, mais c’est tout ce que l’on a trouvé dans les 850 pages de l'ouvrage cité.

 

      À présent, un point très important : vous devez absolument éviter de parler de l’antagonisme entre le mormonisme et le Ku Klux Klan. En effet, le Ku Klux Klan n'a jamais eu de succès en Utah, pour cause d'opposition de l'Église (Larry R. Gerlach, Blazing Crosses in Zion). En 1923 déjà, lors de sa Klanvocation impériale (congrès du Ku Klux Klan) tenue à Atlanta, en Géorgie, le « grand dragon » du Wyoming adressa les paroles suivantes aux officiers rassemblés du Klan :

 

      « Dans la région de l'Utah et un peu partout dans l'Ouest en général, nous avons un autre ennemi, qui est plus subtil et beaucoup plus rusé dans les efforts qu'il fait contre notre organisation... : La religion des saints des derniers jours ! » (Papers Read at the Meeting of Grand Dragons, Knights of the Ku Klux Klan, 1923, p. 112-113).

 

      Ensuite, vous pourriez citer ce qu’a écrit en 1931 Joseph Fielding Smith (1876-1972), alors membre du Collège des Douze, quand il a repris l’idée de la filiation des noirs avec Caïn (The Way to Perfection, 1931, p. 94 et 97 de l’édition française) et qualifié les descendants de Caïn de race inférieure (op. cit., p. 94). Ce faisant, évitez de dater la déclaration, ce qui la rendra intemporelle, puis évitez absolument de citer la fin du paragraphe en question, lorsque l’auteur écrit :

 

      « Nous devons à la justice de dire que, parmi la postérité de Caïn, il y en a eu beaucoup qui ont été honorables et ont vécu selon la lumière qu’ils avaient dans ce second état. Prions que le Seigneur leur donne certains des privilèges de l’exaltation et aussi de la plénitude, à cause de leur intégrité ici-bas » (op. cit., p. 94-95).

 

      Une autre citation à omettre est cet extrait de l’éloge funèbre prononcée en 1951 par David O. McKay (1873-1970), président de l’Église, sur la tombe d’un savant afro-américain célèbre :

 

      « George Washington Carver fut une des âmes les plus nobles qui soient jamais venues sur la terre. Il a conservé des liens étroits avec son Père céleste et a rendu à ses semblables des services comme peu en ont jamais rendus. Pour toutes les entreprises religieuses, pour toutes les impulsions nobles, pour toutes les bonnes actions accomplies dans sa vie utile, George Washington Carver sera récompensé comme le sera tout autre homme, qu'il soit rouge, blanc, noir ou jaune, car Dieu ne fait pas acception de personnes » (Home Memories of David O. McKay, p. 231).

 

      Ensuite, vous aurez du succès avec les propos tenus en 1954 par Mark E. Petersen (1900-1984), membre du Collège des Douze, dans lesquels il reprend l’idée d’une cause préterrestre aux différences de couleur de peau et se prononce contre les mariages interraciaux et pour la discrimination raciale (Race Problems - As They Affect The Church, Convention of Teachers of Religion on the College Level, Brigham Young University, 27 Août 1954). Évitez bien sûr de replacer ses propos dans leur contexte historique, c’est-à-dire en pleine politique de discrimination menée par les États-Unis envers les noirs. Ne précisez pas qu’à l’époque la législation de l’Utah interdisait les mariages interraciaux et qu’il faudra attendre neuf ans après les propos de Mark E. Petersen, c’est-à-dire l’année 1963, pour que l'Utah abolisse cette législation (Coleman, History of Blacks in Utah, p. 197-98). Ne dites pas non plus que c’est encore plus tard, en 1964, que sera signée la loi américaine sur les droits civiques des noirs aux États-Unis, loi qui permettra la levée des dernières mesures discriminatoires.

 

      Puis critiquez violemment l’idée exprimée par Mark E. Petersen dans ce même discours, selon laquelle il existe une discrimination divine. Rejetez absolument l’idée que si les hommes sont tenus de ne pas faire de discrimination, Dieu le puisse s’il le juge opportun. Passez sous silence que c’est ce qu’il a fait en choisissant Israël parmi toutes les nations pour être le peuple élu (voir Exode 19:5-6 ; Deutéronome 7:6 ; 14:2), en lui interdisant de contracter des mariages avec d’autres peuples (voir Exode 34:10-17 ; Deutéronome 7:1-5) et en choisissant une des tribus israélites, les Lévites, pour être ses sacrificateurs, ce qui excluait du sacerdoce toutes les autres tribus, y compris celle de Juda d'où Jésus est issu.

 

      Évitez ensuite de dire que David O. McKay, le président de l’Église, ne donnait pas valeur de doctrine à l’exclusion des noirs quant à la prêtrise, quand il déclara, en 1954 :

 

      « Nous croyons avoir une raison scripturaire pour refuser la prêtrise aux noirs. C'est une pratique, pas une doctrine, et la pratique changera un jour » (Greg Prince et William Robert Wright, David O. McKay and the Rise of Modern Mormonism).

 

      Il ne vous apportera rien de préciser que David O. McKay accorda des dérogations individuelles pour permettre à des personnes ayant une fraction de sang « noir » d'être ordonnées à la prêtrise ou d'accéder au temple.

 

      Évitez de mentionner que depuis le début de l'histoire de l'Église les habitants des îles du Pacifique reçoivent la prêtrise sans considération de couleur de peau (S. George Ellsworth et Kathleen C. Perrin, Chronique de la foi et du courage, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours en Polynésie française, cent cinquante ans d'histoire, 1843-1993, publié en 1994 par Yves R. Perrin, Sandy, Utah, USA). À ce propos, David O. McKay a expliqué que les Polynésiens ne sont pas issus du lignage africain mais sont descendants des Lamanites.

 

      Citez ensuite les propos tenus en 1958 par Bruce R. McConkie (1915-1985), alors membre du premier collège des soixante-dix, dans son ouvrage intitulé Mormon Doctrine, qui reprenait les enseignements de Brigham Young sur la malédiction de Caïn et de sa descendance et l’interdiction des mariages interraciaux (Mormon Doctrine, 1958, p. 109 et 114 de l’édition de 1966) ainsi que sur l’interdiction des noirs d’accéder à la prêtrise (op. cit., édition de 1958, p. 477).

 

      Ensuite, faites apparaître cette déclaration comme contradictoire avec la suivante du même auteur :

 

      « Il est certain que les noirs, étant enfants de Dieu, ont droit à l’égalité devant la loi, le droit d’être traités avec tous le respect qui est dû à un membre quelconque du genre humain. Beaucoup parmi eux vivent à coup sûr avec plus de décence et de droiture dans cette vie que certains de leurs frères d'autres races, situation qui fera que, le jour du jugement, le Seigneur fera ‘ de la droiture une règle, et de la justice un niveau ‘ (Ésaïe 28:17) » (op. cit., p. 528 de l’édition de 1966).

 

      Pour mettre en valeur le caractère contradictoire des déclarations qui précèdent, vous devez exclure et taire la dissociation des deux concepts suivants : la discrimination d’origine divine d’une part, l’égalité des hommes devant Dieu d’autre part. C’est-à-dire l’idée que d’une part Dieu ait béni et maudit des nations et des lignages selon leur obéissance ou leur désobéissance à ses lois et selon la façon dont ces peuples ont suivi ou ignoré ses prophètes, et que d’autre part ces bénédictions et ces malédictions n’autorisent aucun racisme des peuples entre eux, sauf à considérer le commandement d’aimer son prochain comme soi-même comme un commandement restrictif, ce qu’il n’est pas. Arrangez-vous pour travestir en racisme humain la notion de discrimination divine, discrimination dont nous verrons plus loin qu’elle fut temporaire. N’abordez même pas l’éventualité de faire une distinction entre les deux notions, ce qui gênerait votre cause.

 

      Ensuite, prenez ce qu’écrit le même auteur, Bruce R. McConkie, dans l'ouvrage cité, à propos des Lamanites (Mormon Doctrine, 1958, p. 428-429 de l’édition de 1966), où il cite les versets suivants du Livre de Mormon : 1 Néphi 12:23 ; 2 Néphi 5:21 ; 3 Néphi 2:15-16 ; 2 Néphi 30:6 ; et Jacob 3:5-9. Mais ne mettez pas les citations du Livre de Mormon entre guillemets et n’en donnez pas les références, de sorte que vos lecteurs croient que ces propos sont ceux de l’auteur.


Puis mentionnez les propos tenus en 1960 par Spencer W. Kimball (1895-1985), alors membre du Collège des Douze, qui disait que les descendants des Lamanites convertis au mormonisme devenaient « blancs et agréables » (Improvement Era, décembre 1960, p. 922-923). Faites précéder ces propos d'un avertissement du style : « Nous avertissons les âmes sensibles qu'ils vont lire des propos répugnants », et vous aurez préparé vos lecteurs à l’indignation.


Passez sous silence que 1958 marque la dernière trace publiée de l'idée – jamais officialisée par l'Église – selon laquelle les différentes races trouvent leur justification dans la vie préterrestre (Bruce R. McConkie, Mormon Doctrine, voir p. 114 de l'édition de 1966). La dernière expression de cette idée par une Autorité de l'Église (Alvin R. Dyer, à l’époque assistant des Douze) date de 1961 mais n'a été publiée ni par l'auteur ni par l'Église.

 

      Omettez ensuite l'épisode suivant : En 1960, lorsque Glen G. Fisher termina sa mission comme président de la mission d’Afrique du Sud, la Première Présidence de l’Église lui demanda de prendre des renseignements sur des groupes religieux du Nigeria qui avaient pris le nom de l’Église. Glen G. Fisher les trouva dévoués à l’Église et recommanda qu’on leur envoie des missionnaires. Pendant les six années qui suivirent, les dirigeants de l’Église essayèrent, en vain, d’obtenir la permission de faire du prosélytisme au Nigeria et ces efforts furent abandonnés en 1966, devant l’impossibilité d’obtenir des visas de la part du gouvernement nigérien (voir Le mormonisme en Afrique noire).

 

      En revanche, vous ferez grand effet en comparant les propos tenus en 1931 par Joseph Fielding Smith, lorsqu’il parlait des descendants de Caïn comme d’une race inférieure, avec ceux tenus trente ans plus tard par le même auteur, devenu président du Collège des Douze :

 

      « Les saints des derniers jours, communément appelés mormons, n’ont aucune animosité à l’égard des noirs. Ils ne les ont pas non plus décrits comme appartenant à une race inférieure » (Deseret News, 14 juin 1962, p. 3).

 

      « L'Église mormone ne croit pas et n'enseigne pas que le noir est un être inférieur. Le noir est capable, mentalement et physiquement, d'accomplir de grandes choses, aussi grandes ou dans certains cas plus grandes que le potentiel de la race blanche » (Magazine Look du 22 octobre 1963, p. 79).

 

      Votre stratégie doit consister à ne pas dater les propos de cet auteur et à les rapprocher sans que le lecteur puisse situer les premiers dans leur contexte historique ni voir que plus de trente ans les séparent des seconds. N’expliquez pas non plus que contrairement aux propos de 1931, ceux des années 1960 sont faits au nom de l’Église, comme en témoignent les expressions « Les saints des derniers jours, communément appelés mormons » et « L’Église mormone ».

 

      La stratégie de rapprocher artificiellement des déclarations pour les faire apparaître contradictoires est une technique très ancienne et efficace que nous vous recommandons sans réserve (voir Qui définit la doctrine mormone ?)

 

 

Époque charnière de l'histoire des États-Unis et de l'Utah

 

      Nous arrivons à présent à un moment charnière de l’histoire de l’Utah et des États-Unis :

 

      1963 : Abolition de la législation de l’Utah contre les mariages interraciaux (Coleman, History of Blacks in Utah, 197-98).

 

      Août 1963 : Martin Luther King, qui lutte contre la discrimination raciale, pour l’intégration sociale des noirs et pour l’égalité des races, mène une marche de protestation sur Washington. Devant 200.000 marcheurs, il prononce un discours en commençant par « I have a dream » et dans lequel il rêve que « les enfants des anciens esclaves et les enfants des anciens maîtres s’asseyent un jour ensemble à la table de la fraternité » (Notre siècle en images, Solar, 1999, p. 245).

 

      Juillet 1964 : Aux États-Unis, des troubles raciaux interviennent. Le président américain Lyndon B. Johnson signe la loi sur les droits civiques des noirs aux États-Unis, loi qui lève les dernières mesures discriminatoires (op. cit.)

 

      Ces événements sont essentiels car désormais tout propos ou comportement raciste ne sera plus soutenu par un contexte politico-juridique favorable à la discrimination et pourra être dénoncé avec d’autant plus de force. En attendant, votre stratégie consistera à passer ces événements sous silence pour mieux incriminer les propos dénoncés jusqu’à présent. En revanche, si vous trouvez que des propos à connotation raciste ont été tenus après ces événements, votre dénonciation aura une résonance et une portée bien supérieures que précédemment. Cependant, autant que vous le sachiez tout de suite : vous n’en trouverez pas. Tout ce que vous trouverez, c'est la réédition d'ouvrages qui contiennent certaines déclarations déjà mentionnées. Bien sûr, nous vous incitons à dénoncer ces rééditions et à le faire en rejetant l'idée que ces ouvrages ont été réédités pour la totalité de leur contenu et non pour les quelques phrases incriminées. À l'inverse, lorsqu'un auteur actualisera ses propos à l'occasion d'une réimpression de l'ouvrage qui les contient, comme le fera Bruce R. McConkie en 1979 dans son Mormon Doctrine (voir p. 479, 526-528), ce sera l'occasion pour vous de dénoncer cela comme une falsification du texte d'origine. 

 

      Notre recommandation de ne pas mentionner les événements de l'histoire des États-Unis que nous venons de rappeler est valable notamment à propos de la demi-douzaine de cas isolés de comportements racistes relevés parmi la population de l’Utah entre les années 1940 et les années 1960. Ils sont déjà trop peu nombreux, si l’on considère la période concernée, pour soutenir efficacement votre démonstration ; si, de surcroît, vous les situez dans leur cadre historique, votre démonstration perdra toute portée. Évitez aussi de vous aventurer à comparer leur nombre avec celui des comportements racistes relevés dans les autres États américains au cours de la même période. Cela ruinerait votre démonstration.

 

      Ne mentionnez pas la déclaration suivante faite à la presse en 1969 par Hugh B. Brown (1883-1975), premier conseiller de David O. McKay, à propos de la restriction imposée aux noirs quant au droit à la prêtrise :

 

      « Personnellement, je doute que nous puissions nous maintenir dans cette position que nous avons apparemment adoptée mais qui ne repose sur aucune justification scripturaire pour autant que je le sache. Je pense que nous allons devoir changer notre décision à ce sujet. Le président dit que cela ne peut venir que par révélation. Si c'est ainsi, alors cela viendra. Je pense que c'est un des problèmes les plus graves auxquels nous sommes confrontés parce que cela affecte bien entendu des millions de personnes de couleur » (Hugh B. Brown, New York Times, 13 novembre 1969, p. 35).

 

      Prenez plutôt les propos tenus en 1960 par Spencer W. Kimball dans lesquels il disait que les descendants des Lamanites convertis au mormonisme devenaient blancs et agréables, et opposez-les à ceux tenus en 1972 par le même auteur, devenu président du Collège des Douze :

 

      « Les préjugés raciaux sont du diable. Les préjugés raciaux viennent de l'ignorance. Il n'y a pas de place pour eux dans l'Évangile de Jésus-Christ » (Teachings of Spencer W. Kimball, 1972, p. 237).

 

      Mentionnez la menace de procès faite à l’Église en 1974 par la National Association for the Advancement of Colored People, en raison de sa politique discriminatoire vis-à-vis des noirs quant au droit à la prêtrise et mettez cette politique en contradiction avec la déclaration suivante faite en 1978 par la Première Présidence de l'Église :

 

      « Notre message… est un message d'amour et d'intérêt pour le bien-être éternel de tous les hommes et de toutes les femmes, quelles que soient leurs convictions religieuses, leur race et leur nationalité, sachant que nous sommes véritablement frères et soeurs parce que nous sommes fils et filles du même Père éternel » (Déclaration de la Première Présidence, 15 février 1978 ; voir Le Liahona, janvier 2002, p. 42).

 

      Il est important que vous ignoriez volontairement la distinction faite par les dirigeants de l’Église entre une discrimination d’origine divine vis-à-vis d’un peuple et une discrimination de l’homme vis-à-vis de ce peuple. Notez que si vous n’êtes pas convaincant dans votre démonstration, mieux vaut éviter la dernière déclaration. Pourquoi ? Parce que, cette fois-ci, elle n’émane pas d’un individu mais d’un collège, qui plus est, du collège de la Première Présidence, ce qui lui donne d’emblée un statut officiel.

 

 

Période charnière de l'histoire de l'Église

     

      Nous arrivons à présent à une période charnière de l’histoire de l’Église :

 

      1978 : Révélation sur la prêtrise qui étend ce droit à tous les hommes sans considération de race ou de couleur.

           

      Votre stratégie consistera à mettre en doute le caractère révélé de cette mesure en tentant de l’attribuer à des pressions venues à la fois de l’extérieur et de l’intérieur de l’Église, plutôt qu’au souci de ses dirigeants de voir leurs frères et sœurs de couleur bénéficier de toutes les bénédictions de l’Évangile grâce à la levée par Dieu d’une discrimination dont il est l’auteur.  

 

      Auparavant, citez l’annonce de cette révélation telle qu’elle fut faite le 8 juin 1978 par la Première Présidence, Spencer W. Kimball étant devenu président de l’Église :

 

      « Nous avons supplié longuement et avec ferveur en faveur de ces frères fidèles qui sont les nôtres, passant de nombreuses heures dans la salle haute du temple à implorer le Seigneur pour être guidés par lui. Il a entendu nos prières et a confirmé par révélation que le jour promis depuis si longtemps est venu où tous les hommes fidèles et dignes de l'Église pourront recevoir la sainte prêtrise, avec le pouvoir d'exercer son autorité divine et de jouir avec leur famille de toutes les bénédictions qui en découlent, notamment les bénédictions du temple. Par conséquent, tous les membres masculins de l'Église qui en sont dignes peuvent être ordonnés à la prêtrise sans considération de race ou de couleur » (D&A, Déclaration n°2).

 

      Servez-vous de cette déclaration pour suggérer un manque de spontanéité des dirigeants de l’Église dans leur changement de politique vis-à-vis des noirs. Dans le même temps, relevez la contradiction de cette nouvelle politique avec les déclarations de Brigham Young et de Bruce R. McConkie selon lesquelles les descendants de Caïn n’auraient accès à la prêtrise qu’après cette vie.

 

      Mais ne citez pas la réponse à cet argument que fera en 1989 Bruce R. McConkie, devenu membre du Collège des Douze :

 

      « Notre littérature contient des déclarations de nos premiers dirigeants que nous avons interprétées comme signifiant que les noirs ne recevraient pas la prêtrise dans la mortalité. J'ai dit cela moi-même, et les gens m'écrivent pour me demander : ‘Vous avez écrit ceci, comment se fait-il qu’il en soit autrement aujourd’hui ?’ Tout ce que je puis dire est que le temps est venu pour les incroyants de se repentir et de croire au prophète vivant. Oubliez tout qui a été dit par moi-même, par le président Brigham Young, par le président George Q. Cannon ou par qui que ce soit d’autre, qui est contraire à la révélation actuelle. Nous avons parlé selon notre compréhension limitée, sans la lumière et la connaissance qui sont maintenant parvenues au monde. La vérité nous parvient ‘ligne sur ligne et précepte sur précepte’ (2 Néphi 28:30 ; Ésaïe 28:9-10 ; D&A 98:11-12 ; 128:21). Une mesure supplémentaire de lumière et d'intelligence nous est parvenue sur ce sujet particulier, qui remplace toute l’obscurité, tous les points de vue et toutes les conceptions du passé et les rend caduques » (Sermons and Writings of Bruce R. McConkie, Part II - The mission of the Holy Ghost, 1989, Chapter 9, Revelation on the Priesthood).

 

      Dénoncez plutôt la mise à jour par Bruce R. McConkie de son ouvrage Mormon Doctrine, où en 1979, il changea, à propos des noirs, les paragraphes devenus caduques (voir p. 479, 526-528).

 

      Mentionnez ensuite les pressions exercées sur l’Église et ses membres avant le changement survenu en 1978 (on en dénombre une dizaine, dont la menace de la National Association for the Advancement of Colored People en 1974 ; voir Stephen R. Gibson, Was the "Revelation" Received in Response to Pressure?) et proposez ces pressions comme explication raisonnable de ce changement. Niez fermement le concept de révélation divine et refusez tout aussi fermement l’idée que l’Église aurait continué à subir ces pressions aussi longtemps que la révélation n’aurait pas mis un terme aux mesures appliquées jusqu’alors.

 

      Passez sous silence le succès de l’Église en Afrique de l’Ouest lorsque la première mission y fut ouverte en 1978 et que seulement un an plus tard on y comptait 1700 membres et 35 branches.

 

 

Années 1980 à nos jours

 

      Une autre déclaration collégiale à taire absolument est celle prononcée en 1986 par le Collège des Douze :

 

      « Nous rejetons toute tentative de refuser à quelqu'un sa dignité et ses droits inaliénables en vertu de la théorie répugnante et tragique de la supériorité d'une race par rapport à une autre » (LDS Global Media Guide, 1986).

 

      À taire aussi l’appel de noirs au poste d'Autorité générale de l’Église (l'équivalent des cardinaux dans l'Église catholique) : Helvécio Martins (1930-2006), du Brésil, membre du deuxième collège des soixante-dix de 1990 à 1995, Joseph W. Sitati, du Kenya, membre du premier collège des soixante-dix depuis 2009 et Edward Dube, du Zimbabwe, membre du premier collège des soixante-dix depuis 2013.

 

      Parmi les autres déclarations à taire, notons les suivantes prononcées en 1995 :

 

      James E. Faust (1920-2007), membre de la Première Présidence : « Selon mon expérience, aucune race ou classe ne paraît supérieure à aucune autre en spiritualité et en fidélité. Ceux qui portent le moins d'attention à la vie spirituelle sont ceux, quelle que soit leur race, leur culture ou leur nationalité, dont parle le Seigneur dans la parabole du semeur qui sont étouffés « par les soucis, les richesses et les plaisirs de la vie, et ils ne portent point de fruit qui vienne à maturité » (Luc 8:14)… La paix spirituelle ne se trouve pas dans la race, la culture ou la nationalité, mais plutôt dans notre engagement envers Dieu et envers les alliances et les ordonnances de l'Évangile » (L'Étoile, juillet 1995, p. 72-73, 75).

 

      Gordon B. Hinckley (1910-2008), président de l’Église : « Nous ne devons soutenir aucune doctrine de supériorité ethnique » (L'Étoile, juillet 1995, p. 84).

 

      Une autre information à omettre absolument parce ce qu’elle ruinerait définitivement votre tentative de faire passer la communauté mormone pour des gens racistes est l’étude réalisée par deux universitaires américains, Newell G. Bringhurst (docteur Ph.D. de l’université de Californie, professeur d'histoire et de science politique au College of the Sequoias, en Californie) et Darron T. Smith (doctorant en éducation, culture et société, à l’université d’Utah) qui se sont penchés sur les données collectées de 1972 à 1996 par le General Social Survey (GSS) sur la population américaine et ses opinions vis-à-vis des droits civiques des noirs. En compilant ces données sur plusieurs années, les auteurs ont montré que les mormons acceptent plus facilement que la moyenne de la population américaine l'idée que les noirs bénéficient de droits civiques égaux. Les auteurs attribuent par ailleurs cette tendance au degré d'éducation des mormons qui est plus élevé que la moyenne américaine.

 

      Passez sous silence qu’en 1998 la National Association for the Advancement of Colored People (l'équivalent américain de SOS Racisme) pour saluer les mesures prises par l'Église, invita Gordon B. Hinckley, alors président de l’Église, à faire partie des orateurs de la conférence de cette organisation qui, 24 ans plus tôt, en 1974, avait menacé l'Église de procès en raison de sa politique d’exclusion des noirs quant au droit à la prêtrise. Si vous faisiez l'imprudence de mentionner cet événement, il prouverait à lui-seul que votre tentative d’alarmer les mouvements anti racisme arrive définitivement trop tard.

 

      De nouveau, passez sous silence le succès de l’Église en Afrique Noire où, fin 2007, on comptait 146.000 membres et deux temples, l'un au Ghana, l'autre au Nigeria. Ou alors, utilisez ces informations pour accuser l'Église de faire des conversions dans cette région du monde pour se dédouaner de son passé. Les accusations gratuites portent toujours davantage que celles qui sont argumentées. Nous vous recommandons cette méthode dont l'expérience a depuis longtemps démontré l'efficacité.  

 

      Passez également sous silence la participation de l'Église à plusieurs projets d'aide humanitaire en Afrique, conjointement avec d'autres organisations telles que l'UNICEF et la Croix-Rouge américaine. Passez bien sûr sous silence qu’en 2005, la Croix-Rouge a récompensé l'Église pour sa contribution à l’éradication de la rougeole en Afrique en lui décernant l'American Red Cross Circle of Humanitarians.

 

      Passez de même sous silence la participation de l'Église à d'autres projets humanitaires en Afrique noire, comme l'envoi de nourriture, le forage de puits d'eau potable, la fourniture de fauteuils roulants, la distribution de brochures appelant à l'abstinence et à la fidélité pour lutter contre le SIDA, la formation du personnel infirmier afin de pratiquer la réanimation néonatale, l'aide à la recherche d'emploi, etc. (voir Œuvre humanitaire de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours)

 

      Ou alors, utilisez ces informations pour, de nouveau, accuser l'Église de chercher à se racheter de son passé.

 

      Taisez que les natifs des pays où est implantée l’Église constituent la grande majorité de ses officiers locaux et qu’aujourd’hui on estime à plus d’un demi million le nombre de noirs qui sont membres de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.

 

      Taisez aussi la déclaration faite en 2006 par Gordon B. Hinckley, président de l’Église :

 

      « Je vous rappelle qu’un homme qui fait des remarques désobligeantes sur des gens d’une autre race ne peut pas se considérer comme un vrai disciple du Christ. Il ne peut pas non plus considérer qu’il est en accord avec les enseignements de l'Église du Christ… Reconnaissons que chacun de nous est un fils ou une fille de notre Père céleste qui aime tous ses enfants » (Le Liahona, mai 2006, p. 58).

 

      Taisez enfin qu'il est ordinaire de trouver aujourd'hui, dans l'hémisphère nord, des paroisses mormones dirigées par un évêque noir (voir l'un d'eux en vidéo ici) et de trouver couramment des noirs dans d'autres postes de direction au sein de l'Église, postes où ils président sur des blancs, ce qui, sur le terrain, relègue le « racisme mormon » au rang de légende. Ou alors, utilisez cette information pour, de nouveau, suggérer que l'Église veut faire oublier son passé.

 

 

Résumé

 

      Pour résumer, votre stratégie consistera à :

 

1. falsifier les déclarations en ne les datant pas et en les déconnectant de leur contexte historique

2. les rapprocher pour en faire émerger artificiellement des contradictions

3. vous insurger violemment contre leurs auteurs

4. ignorer leur foi

5. taire tout événement ou propos qui contredit votre démonstration ou bien le retourner habilement contre ceux dont vous cherchez à altérer l'image

 

      Arrêtons-nous un instant sur la méthode que nous venons de vous recommander. Elle consiste à ignorer la globalité d'un argument, à en isoler un aspect bien choisi et à le retourner contre son auteur. Cela permet de détourner une question. Cette méthode, très efficace, vous permettra de l'emporter, au moins temporairement, en toute circonstance.

 

      Il est également recommandé d'utiliser un langage aussi vindicatif que possible, en usant de points d'exclamation, de mots en lettres capitales et autres artifices typographiques qui vous donneront beaucoup d'autorité. Notez cependant que si vous écrivez pour une revue spécialisée, vous devrez ne pas vous emporter mais user au contraire d'un langage posé, mesuré, pondéré et citer à la fois les éléments en faveur de votre démonstration et ceux en sa défaveur. Vous accumulerez alors autant que possible les premiers, les détaillerez au maximum et les magnifierez pour noyer les seconds.

 

      Pour rappel, voici les éléments que nous vous recommandons de passer sous silence :

 

      • Le caractère antique du Livre de Mormon et de la Perle de grand prix 

      • La présence, dans la Bible, des mêmes éléments que vous dénoncez dans les ouvrages qui viennent d'être mentionnés

      • La condamnation du racisme dans le Livre de Mormon

      • La distinction que font les mormons entre une discrimination divine et une discrimination humaine

      • Les dates et le contexte historique des déclarations dénoncées

     • Le caractère non officiel de la source à laquelle vous avez puisé les citations de Orson Pratt, Brigham Young et John Taylor, à savoir Journal of Discourses

      • La conversion de noirs au mormonisme dès le début de son histoire et depuis

      • Les propos tenus dans les autres Églises chrétiennes aux mêmes époques que ceux que vous dénoncez

      • L'incompatibilité et l'antagonisme historique entre le mormonisme et le Ku Klux Klan

      • Le souci qu'ont eu les dirigeants mormons de voir les noirs bénéficier de toutes les bénédictions de l'Évangile, lorsque ce n'était pas encore le cas

      • La charnière historique que constituent l'abolition de la législation de l’Utah contre les mariages interraciaux (1963) et la loi sur les droits civiques des noirs aux États-Unis, loi levant les dernières mesures discriminatoires (1964)

      • La croyance au caractère révélé de la levée, en 1978, des restrictions imposées aux noirs quant à la prêtrise 

      • L’appel de noirs à tous les niveaux de la hiérarchie de l'Église, y compris au poste d’Autorité générale (l'équivalent des cardinaux dans l'Église catholique)

      • L’étude réalisée par deux universitaires sur des données datant de 1972 à 1996 et montrant que les mormons acceptent plus facilement que la moyenne de la population américaine l'idée que les noirs bénéficient de droits civiques égaux

      • La reconnaissance exprimée en 1998 par la National Association for the Advancement of Colored People pour saluer les mesures prises par l'Église

      • Le succès de l’Église en Afrique Noire où, fin 2007, elle comptait 146.000 membres et deux temples

      • La participation de l'Église à plusieurs projets d'aide humanitaire en Afrique, dont quelques-uns conjointement avec d'autres organisations telles que l'UNICEF et la Croix-Rouge américaine

      • Le nombre de noirs membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, à savoir, un demi-million fin 2007, population en augmentation ininterrompue depuis.

      • L'absence de discrimination dans l'Église où, depuis 1978, il est ordinaire de voir un noir présider sur une population à majorité blanche

 

      Diffusez ensuite votre construction par tous les moyens existants, de sorte que le monde entier y ait accès. Beaucoup de gens vous croiront grâce au talent que vous aurez acquis pour présenter les choses de façon déformée, dénaturée et grossie, bref, de façon défavorable à ceux que vous visez. Vous serez ainsi parvenu à susciter contre eux l'indignation du public, sinon à ternir leur image, au moins à amener le public à s'interroger. 

 

      Dernier point : À aucun moment votre public ne doit se demander pourquoi vous êtes si virulent avec une communauté religieuse qui par ailleurs a bonne réputation. Vous devez faire comme s’il était naturel de critiquer, de dénigrer, de mépriser la religion d’autrui, notamment le mormonisme, quand bien même il s'agit de la quatrième Église chrétienne d’Amérique du Nord, après l’Église catholique romaine, l'Église baptiste du Sud et l’Église méthodiste unifiée (Yearbook of American and Canadian Churches, 2005). De plus, vous devez présenter vos accusations de sorte que votre public ne voie pas l’utilité de les vérifier et encore moins d’entendre l’accusé.

 

      Sachez néanmoins que si vous atteignez votre objectif, votre satisfaction ne sera que temporaire. En effet, tous ceux qui avant vous se sont livrés à cet exercice ont ensuite assisté, impuissants, à la progression du mormonisme, comme si leur action, plutôt que de le gêner, l’avait stimulé (voir L’opposition à l’œuvre de Dieu). C’est pourquoi, après vous avoir expliqué comment faire passer les mormons pour des gens racistes, nous vous laissons juge pour décider si cette cause est juste et si elle n’aura pas un effet contraire à celui que vous recherchez. Et si, d'aventure, vous jugiez que le sujet ne mérite pas qu'on s'y attarde, ne vous gênez surtout pas d'en faire part à ceux qui ne l'auraient pas encore remarqué.

 

 

Voir aussi :

 

Le restriction de la prêtrise (Joseph Bitanga)

Qui définit la doctrine mormone ? (La Rédaction)

Opposition à l’œuvre de Dieu : Citations

 

 

Mis en ligne le 10/09/2008

Mis à jour le 09/05/2015