La restriction de la prêtrise

  

 

Joseph Bitanga

  


 

Introduction

Le rôle des noirs dans l'Église

      À propos de racisme

      Brève histoire des noirs dans l'Église

      Quelques figures remarquables

La restriction de la prêtrise

      Historique

      Analyse des faits historiques

      Analyse des arguments

Le défi spirituel

      Réactions observées

      Acquérir une nouvelle dimension spirituelle

Conclusion

Annexes

      Histoire des noirs américains

      Déclarations des dirigeants de l’Église sur le racisme

      L'Église face au Ku Klux Klan

 

 

 

Introduction
 
      Les noirs qui sont membres ou futurs membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours se trouvent tôt ou tard face à un dilemme. Leur quête de la vérité se heurte à une particularité de l'histoire de l'Église, à savoir la restriction de la prêtrise, règle qui, jusqu’en 1978, ne permettait pas à certains membres de l’Église de détenir la prêtrise.
 
      L'ignorance donne souvent naissance à des maladresses ou à des malentendus. Ces petites choses, amplifiées par l'orgueil des uns et des autres, peuvent conduire à des frustrations, de la rancœur, des disputes et des querelles en tout genre et mettre en danger le salut des âmes.
 
      L'histoire de la prêtrise rétablie par l'intermédiaire du prophète Joseph Smith n'échappe pas à cette règle. Nous avons pu constater les dégâts causés par l'orgueil de certains qui pensent être meilleurs que les autres parce qu'ils sont nés dans un pays économiquement avancé. Nous avons vu aussi le gâchis causé par l'orgueil des autres qui n'acceptent pas d'être ce qu'ils sont. Nous avons surtout noté une grande ignorance sur un fait important de l'histoire de l'Église.
 
      La pauvreté en connaissance de ceux qui ne cherchent pas la vérité sous l'inspiration du Saint-Esprit, tout comme l'orgueil de ceux qui croient tout savoir et ne veulent pas apprendre, ont été à l’origine de fables, de mythes et d’interprétations fausses : le terreau parfait de l'apostasie personnelle, et parfois même collective.
 
      Ce texte n'est pas un document officiel de l'Église. Il ne prétend pas répondre à toutes les questions que tout membre ou ami de l’Église peut se poser à propos de la place des noirs dans l'Église. Le but de cette compilation est :
 
      • D'encourager le lecteur à rechercher la vérité sous la direction de l'Esprit ;
 
      • De partager sans prétention des réflexions et des études personnelles, fruits de longs mois de recherche laborieuse ;
 
      • D'aider les uns et les autres à mieux comprendre cet aspect particulier de l'histoire de la prêtrise ;
 
      • D'aider le lecteur à éviter les mythes et les rumeurs qui entourent la restriction de la prêtrise ; de témoigner que l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est l'œuvre de Dieu.
 
 
Le rôle des noirs dans l’Église
 
À propos du racisme
 
      Il y a certainement des gens racistes parmi les membres de l'Église, mais nous pouvons affirmer avec certitude que l'écrasante majorité des membres pratiquants ne sont absolument pas racistes.
 
      Jusque dans les années 1960, l'Amérique avait des difficultés d'ordre racial. Beaucoup de blancs ne haïssaient pas les noirs mais se croyaient supérieurs à eux, tout simplement parce qu'on le leur avait appris à l'école. C'était un racisme modéré par opposition aux radicaux du Ku Klux Klan qui eux détestaient les noirs et cherchaient à les terroriser. Par exemple, Abraham Lincoln considérait que le noir était un être faible qu'il fallait protéger. Une telle pensée serait à notre époque qualifiée d'idée à caractère raciste.
 
      Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que les membres de l'Église aient eu tendance à reproduire une attitude qui, considérée aujourd'hui comme de la discrimination positive, était en réalité révolutionnaire au point d'attirer sur eux la colère des esclavagistes et du K.K.K., comme nous le montrent divers documents de l'époque (voir annexe 2 et 3). Analyser une situation hors de son contexte historique, géographique ou social peut conduire à des interprétations erronées.
 
      Aujourd'hui on peut observer un regain de racisme dans toute l'Europe. Le marasme économique y serait pour beaucoup. Ce racisme peut être très violent et spectaculaire (profanation de tombes, incendies volontaires, agressions...) : autant de conséquences d'une vision politique extrémiste. En général on assiste plutôt à de petits actes qui empoisonnent au quotidien la vie de l'étranger. Ceci est dû à de vieux préjugés. Certains Français n'ont jamais côtoyé un noir de près et d'autres n'ont jamais quitté leur terroir : ils n'ont comme connaissance qu'une image orientée transmise par les médias, en particulier la télévision. En France comme partout dans le monde, l'Église est composée d'êtres humains avec toute leur grandeur... et leurs faiblesses. Tous les cas que nous avons observés personnellement dans l’Église dans notre région peuvent être classés dans l'une des catégories suivantes :
 
      • L'orgueil de ceux qui croient tout savoir sur la doctrine et veulent le montrer à tout prix. Leurs méfaits couvrent souvent d'autres sujets ;
 
      • L'ignorance spirituelle ou intellectuelle, parfois les deux réunies ;
 
      • La faiblesse émotionnelle qui, face à des difficultés personnelles, peut pousser à rechercher des boucs émissaires : l'étranger en est alors un parmi tant d'autres.
 
      Le racisme est une théorie selon laquelle un groupe humain est inférieur aux autres et n'aurait que peu ou pas du tout de droits. Aucune doctrine de l'Église n'enseigne ni ne soutient cette idée ; aucune pratique de l'Église n'est fondée sur une telle théorie. L'Église se répand dans le monde entier, y compris dans certaines cultures qui prônent ou ont prôné le racisme (Afrique du Sud, par exemple). Dans ces pays l'Église a de tout temps fermement exhorté ses membres à abandonner de telles idées ; quelqu’un qui promouvrait ces théories dans l'Église s’exposerait à une mesure disciplinaire officielle. 
 
      Voici quelques-unes des déclarations des dirigeants de l’Église concernant le racisme. D’autres se trouvent en annexe 2 de ce document :
 
      • Joseph Smith en 1842 : « Les noirs viennent au monde mentalement et physiquement esclaves. Remplacez leur situation par celle des blancs et ils seront comme nous. Ils ont une âme et sont susceptibles d'être sauvés. » (History of the Church, volume 5, p. 217)
 
      • Joseph Fielding Smith : « Le noir est capable mentalement et physiquement d'accomplir de grandes choses, aussi grandes ou dans certains cas bien plus grandes que la plupart des gens de race blanche ». (Magazine Look, 22 octobre 1963, p. 79)
 
      • Bruce R. McConkie : « Beaucoup de noirs vivent à coup sûr avec plus de décence et de droiture que certains de leurs frères d'autres races ». (Mormon Doctrine, 1966, p. 528)
 
      • Spencer W. Kimball en 1972 : « Les préjugés raciaux sont du diable... Il n'y a pas de place pour eux dans l'Évangile de Jésus-Christ ». (Teachings of Spencer W. Kimball, p. 237)
 
 
Brève histoire des noirs dans l’Église (voir LDS Black History sur fairlds.org)
 
      L'histoire des noirs dans l'Église est riche d'enseignements. L'annexe 1 donne un aperçu plus large de l'histoire des noirs dans l'Église et aux USA de 1830 à 1978.
 
1830 : Organisation de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.
 
1832 : Baptême de Elijah Abel, un noir, par Ezekiel Roberts.
 
1836 : En mars, Elijah Abel est ordonné à l’office d’ancien par Joseph Smith ; en décembre, il est ordonné à l'office de soixante-dix par Zebedee Coltrin puis appelé comme missionnaire dans l'Ohio (voir Minutes of the Seventies Journal, 20 décembre 1836)
 
1841 : Arrestation de Joseph Smith. Elijah Abel fait partie d'une expédition de sept personnes qui partent de Nauvoo pour tenter de délivrer le prophète (voir History of the Church, vol. 4, p. 365).
 
1844 : Baptême de Green Flake (15 ans) et de Samuel Chambers (13 ans), deux esclaves noirs. Walker Lewis, un noir est ordonné à l'office d'ancien.
 
1846 : William McCary, un noir, est baptisé et ordonné à la prêtrise.
 
1847 : Les premiers noirs pénètrent dans la vallée du Lac Salé, notamment Elijah Abel, John Brown et Green Flake, ce dernier en compagnie de Brigham Young dont il conduit le chariot.
 
1853 : Brigham Young applique aux noirs la restriction de la prêtrise.
 
1854 : Brigham Young affranchit Green Flake.
 
1870 : Samuel Chambers arrive dans la vallée du Lac Salé. II achète une portion de terrain qu'il cultive et devient en quelques années très prospère.
 
1900 : Le 27 novembre Enoch Abel, fils de Elijah est ordonné à l'office d'ancien.
 
1902 : Jane Manning James, une noire, est scellée à la famille Joseph Smith.
 
1934 : Elijah Abel, fils d'Enoch et petit fils d'Elijah, est ordonné prêtre le 5 juillet. Le 29 septembre 1935 il est ordonné ancien.
 
1962 : Le Dr. A. F. Mensah, leader religieux ghanéen, lit l'histoire de Joseph Smith dans un magazine. Il prend alors contact avec le siège de l'Église pour obtenir des brochures avec lesquelles il convainc beaucoup de personnes dans son entourage et organise une branche de l'Église.
 
1964 : J.W.B. Johnson, au Ghana, reçoit du Dr. Mensah un Livre de Mormon. II le lit et passe dès lors tout son temps à proclamer l'Évangile rétabli et fonde plusieurs communautés qu'il nomme « Les saints des derniers jours ». Ni lui ni le Dr. Mensah ne détiennent la prêtrise, et il n'y a pas de baptêmes dans ces congrégations.
 
1963-66: Plusieurs communautés, organisées sans autorité ni autorisation, voient le jour au Nigeria comme au Ghana. Elles ont pour nom « L'Église mormone », « Les saints des derniers jours » ou d'autres noms de ce genre et se réclament de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.
 
1978 : Le président de l’Église reçoit la révélation rendant la prêtrise accessible à tout homme digne : il n'y a plus de restriction de la prêtrise.
 
1990 : Helvecio Martins devient membre du deuxième collège des soixante-dix. Il est le premier noir à devenir Autorité générale de l’Église.
 
1997 : Christopher Chukwurah, du Nigeria, est soutenu soixante-dix autorité interrégionale.
 
2003 : Florence Chukwurah, épouse de  Christopher Chukwurah, devient membre du Bureau général de la Société de secours.
 
2004 : En janvier, à Accra, au Ghana, consécration du premier temple en Afrique noire.
 
      On constate que depuis le Rétablissement et malgré la restriction de la prêtrise, des noirs ont toujours détenu la prêtrise. En outre, l'engagement de certains pour implanter l'Église dans leur pays d'Afrique est remarquable.
 
 
Quelques figures remarquables
 
      Chaque membre pratiquant de l'Église joue un rôle appréciable dans sa communauté, et notre but n'est pas de développer ici un culte de la personnalité. Cependant l'histoire de certains noirs membres de l’Église peut être un exemple particulier.
 
Elijah Abel : Premier noir à détenir la prêtrise (mars 1836). Il est ordonné soixante-dix en décembre 1836. Il participe à la construction des temples de Nauvoo, de Kirkland et de Salt Lake City. Il accomplit trois missions à plein temps. 
 
Samuel D. Chambers : Esclave né en Alabama, il se fait baptiser en cachette à l'âge de 13 ans. Après la guerre de Sécession il travaille comme cordonnier, puis rejoint les saints dans la vallée du Lac Salé en 1870. Il acquiert un lopin de terre qu'il exploite en cultivant des arbres fruitiers. Grâce à une excellente gestion, il devient le fournisseur officiel de fruits de nombreuses personnalités et l'homme le plus prospère de sa paroisse. Membre très pratiquant tout au long de sa vie, il multiplie les bonnes actions en faveur des œuvres caritatives.
 
Renée Olson : Anti-mormone, spécialiste dans l'étude du mormonisme, elle mène une lutte active contre l'Église pendant seize ans. Elle se rend compte de la grande tolérance, de la force spirituelle et de l'amour de ceux qu'elle combat. Elle décide alors de véritablement réfléchir sur le Livre de Mormon et finit par se convertir. Aujourd'hui elle anime des veillées et des sites Internet pour fortifier les membres de l’Église, en particulier les noirs.
 
Joseph W.B. Johnson, au Ghana : Après avoir reçu un Livre de Mormon du Dr. Mensah en 1964, il se convertit suite à un rêve. Il fonde plusieurs communautés qu'il nomme « Les saints des derniers jours » : des centaines de personnes dont la plupart ne seront baptisés qu'après 1978 quand la prêtrise sera accessible à tous les hommes dignes de l'Église. Le Dr. Mensah et sœur Sampson-Davis ont indépendamment des expériences similaires.
 
John Brown : Accompagnant Brigham Young en 1847, il est l'un des premiers mormons à pénétrer dans la vallée du Lac Salé. En 1848, il retourne chez lui dans le Mississipi où il organise l'exode d'une centaine de membres de l’Église (57 blancs et 37 noirs) qu'il conduira lui-même jusqu'à la vallée du Lac Salé.
 
Priscilla Sampson-Davis (1963) : De passage en Hollande, elle rencontre des missionnaires la veille de son retour en Afrique. Elle accepte le Livre de Mormon qu'ils lui offrent. Après l'avoir lu elle écrit à ces missionnaires pour demander des exemplaires supplémentaires qu'elle distribue à ses amies. Ce sont des centaines d'Africaines qui accepteront ainsi l'Évangile rétabli grâce à son engagement.
 
Joseph Freeman : Il rencontre l'Église en 1970 dans l'armée et se fait baptiser. Quand il découvre l'interdiction de la prêtrise, il est découragé mais n'abandonne pas. Il prie jusqu'à recevoir un sentiment de paix. Aussitôt après la révélation de 1978 il est ordonné. En 2003, lorsque nous prenons de ses nouvelles, il est l’évêque d'une paroisse de Salt Lake City.
 
Helvecio Martins : Né dans un bidonville de Rio de Janeiro (Brésil), il réussit à faire des études grâce à une énorme volonté. Converti en 1972, il est chagriné par l'interdiction de la prêtrise. Il décide de prier pour renforcer son témoignage et est appelé comme instructeur. Après la révélation de 1978, il devient successivement l’évêque d’une paroisse, membre du grand conseil d'un pieu et président de mission. En 1990, il est appelé comme membre du 2e collège des soixante-dix.
 
Marcus Martins : Fils de Helvecio Martins, il s'est préparé dès l'âge de 12 ans comme s'il avait droit à la prêtrise ; il attendra d'avoir 20 ans pour être ordonné. En 2003, lorsque nous prenons de ses nouvelles, il est l’évêque d’une paroisse et professeur et cadre à l'université BYU de Hawaii.
 
LeRoy Eldrige Cleaver : Il milite pour les droits civiques (1960) dans les Black Panthers, un parti radical noir. Communiste, exilé en Algérie puis à Cuba, il abandonne la lutte politique en 1975 et retourne aux USA. Vu sa popularité, on lui propose plusieurs millions de dollars pour créer une Église chrétienne à la télévision, mais il refuse et préfère s'occuper de jeunes délinquants noirs. Il rencontre l'Église en 1982 et se fait baptiser en 1984. Il décède en 1998.
 
Modibo Diarra : Président de l'Union des Enseignants au Mali, il découvre l'Église après avoir étudié plusieurs religions. Il est le premier membre de l’Église dans son pays, situation particulièrement difficile car le Mali est un pays musulman. Son fils a rempli une mission à plein temps aux États-Unis.
 
Jesse Thomas Jr. et Lee Radcliff sont deux exemples parmi les nombreux pasteurs noirs américains qui se sont joints à l'Église après 1978.
 
Joe Jordan et son épouse Peny : Musulmans, ils découvrent l'Église et se convertissent en abandonnant les hautes responsabilités religieuses qu'ils avaient dans leur communauté.
 
Certains noirs membres de l’Église sont particulièrement connus à cause de leur réussite sociale : Gladys Knight, chanteuse de R&B dans les années 70, s'est convertie en 1982 ; Burgess Owens (footballeur américain) ; Thurl Bailey (basketeur en NBA) ; Julia Nompi Mavimbela (politicienne sud africaine) ; Justice Yohannes Chane (cour suprême d'Éthiopie).
 
Emmanuel A. Kissi : Ghanéen installé en Angleterre y rencontre les missionnaires. Il se convertit et abandonne une situation lucrative (il est médecin) pour aller renforcer l'Église dans son pays. Il est à ce jour soixante-dix autorité interrégionale et a participé à la consécration du temple d'Accra aux cotés du président Gordon B. Hinckley
 
Wain Myers : Militaire américain stationné en Allemagne en 1989, il constate rapidement que les deux paroisses de son Église qu'il fréquente alternativement sont en concurrence l'une contre l'autre. Cela le perturbe au point qu'il prie pour savoir ce qu'il doit faire. Il entend alors clairement une voix lui disant d'attendre et lui promettant de lui montrer plus tard l'Église qu'il faut. À son retour aux États-Unis en 1995, il est chauffeur de bus et remarque une passagère qui monte tous les dimanches à la même heure. Un jour il lui pose quelques questions et refuse de croire qu'il y a des mormons noirs. Elle l'invite chez elle et lui présente les missionnaires. Plus tard, il épouse au temple celle qui n’est autre que son ancienne passagère.
 
Sœur Biayandi : Le 3 juillet 1994, suite à une invitation par deux membres de l'Église, elle parcourt à pied 18 km entre son village et la branche de Makélékélé (quartier au sud de Brazzaville, Congo) où a lieu une opération portes ouvertes. Elle se fait baptiser le mois suivant et assiste régulièrement à toutes les réunions malgré l'éloignement. En décembre 1998 elle est appelée à remplir une mission à plein temps au Congo-Kinshasa (RDC) à partir du 10 février 1999. Douze jours après avoir reçu cet appel une guerre civile éclate dans son pays et tout déplacement en véhicule devient impossible. Elle quitte alors son village et parcourt à pied 239 km jusqu'à la frontière qu'elle traverse en pirogue. Accueillie par une famille inconnue, elle se repose puis reprend la route pour les 241 km qui la séparent de Kinshasa où elle commencera sa mission avec seulement 10 jours de retard, suite à des tracasseries administratives.
 
John Lamb: Musicien accompli qui a fait partie de la formation de Duke Ellington comme contrebassiste, il est entré dans l'Église en 1957. Tous ses amis lui répètent sans cesse que les mormons sont racistes, qu'il n'aura jamais la prêtrise, etc. Cependant il tient bon et témoigne que si la prêtrise est un talent que Dieu ne lui a pas donné, il lui en a accordé d'autres. Et que ce n'est pas par une foi aveugle qu'il a accepté l'Église, mais par une connaissance pure inspirée par l'Esprit Saint.
 
Beaucoup d'autres noirs sont des gens ordinaires mais exceptionnels dans leur zèle au service du Seigneur.
 
 
La restriction de la prêtrise
 
Historique
 
      L'histoire de la prêtrise dans l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours remonte jusqu'à l'époque d'Adam et Ève. Dans ce paragraphe nous nous contenterons d'un seul aspect de cette prêtrise, le cas du peuple noir.
 
      Caïn, fils aîné d'Adam, avait le droit d'aînesse sur la prêtrise. Ce droit revenait aussi d'office à sa descendance. Il le perd en offrant un sacrifice indigne que le Seigneur refuse, tandis qu'il accepte celui d'Abel son frère. Furieux, Caïn tue alors Abel. Le Seigneur met sur lui une marque pour le protéger. Il le maudit à errer sur la surface de la terre et sa postérité à ne recevoir la prêtrise qu'après Abel.
 
      La corruption s'étant étendue, Dieu décide de détruire la terre entière. Il ordonne à Noé de construire une arche et de s'y réfugier avec toute sa famille. Or Cham, l'un des fils de Noé, avait épousé Egyptus, une descendante de Caïn. C'est ainsi que la descendance de Caïn se perpétuera malgré le déluge. La postérité de Cham et d'Egyptus va se répartir en Afrique (Mizraïm en Égypte, Cush en Nubie et Put en Éthiopie) et au Moyen Orient (Canaan en Palestine). Les descendants de Caïn par l'intermédiaire de Cham et d'Egyptus ne peuvent pas prétendre à la prêtrise, de par leur ascendance.
 
      D'autres interdictions de la prêtrise sont à noter dans la Bible :
 
            • Seul Israël, peuple élu de Dieu, détiendra la prêtrise et de plus, de toutes les tribus d'Israël, seuls les Lévites y auront droit ;
 
            • Les Moabites, descendants de Lot (neveu d'Abraham), seront maudits et exclus du peuple de Dieu pour n'avoir pas aidé les Israélites à leur sortie d'Égypte.
 
       Jésus-Christ choisit des apôtres pour proclamer l'Évangile. Après leur mort commence la grande apostasie.
 
      1830 : L'Église de Jésus-Christ est rétablie par l'intermédiaire de Joseph Smith le prophète. II parle de l'interdiction de la prêtrise aux noirs, mais ordonne Elijah Abel, un noir, aux offices d'ancien puis de soixante-dix.
 
      1853 : Brigham Young applique la restriction de la prêtrise. Elijah Abel n'est plus autorisé à pénétrer dans le temple pour les ordonnances supérieures bien qu'il se soit déjà rendu au temple de Kirtland où il a reçu les ordonnances préliminaires.
 
      1879 : Le 4 juin John Taylor, président de l'Église, ratifie l'interdiction en s'appuyant sur les témoignages d'Abraham Smoot et de Zebedee Coltrin.
 
      1883 : Elijah Abel est envoyé en mission pour la troisième fois. Il décède en décembre 1884, deux semaines après son retour.
 
      1902 : Jane Manning James, une noire, reçoit sa dotation et est scellée à la famille de Joseph Smith qui l'avait pratiquement adoptée.
 
      1912 : Pour la deuxième fois (la première fois par Brigham Young en 1869) la Première Présidence rejette la théorie selon laquelle les noirs n'étaient pas assez vaillants dans la préexistence.
 
      1934 : Elijah Abel, petit fils d'Elijah Abel est ordonné prêtre le 5 juillet et ancien le 29 septembre de l'année suivante.
 
      1955 : Les Mélanésiens peuvent recevoir la prêtrise, puis les Fujiens et les Philippins trois ans plus tard. En fait ils y avaient droit depuis toujours mais on ignorait leur lignage.
 
      1971 : Le 19 octobre, sous la direction du président Joseph Fielding Smith, les apôtres Gordon B. Hinckley, Thomas S. Monson et Boyd K. Packer organisent le « Genesis Group ». Cette structure promeut un soutien particulier aux noirs membres de l’Église.
 
      1978 : La prêtrise est étendue à tout membre masculin de l'Église qui en est digne.
 
 
Analyse des faits historiques
 
Pendant l'interdiction
 
      Le prophète Joseph Smith a évoqué devant témoins l'interdiction de la prêtrise aux noirs, mais cela ne l'a pas empêché d'ordonner Elijah Abel à l'office d'Ancien puis à celui de soixante-dix. Puis d'autres noirs ont été ordonnés sous sa présidence. Pourquoi ? On peut avancer plusieurs raisons logiques :
 
      • Peut-être cela lui a été inspiré. En effet dans la Bible on trouve des exceptions à des règles que le Seigneur a pourtant lui-même imposées au peuple d'Israël. Par exemple Ruth la Moabite intègre la maison d'Israël alors que les Moabites sont frappés d'une malédiction qui le leur interdit. Jésus lui-même est un descendant de Ruth ;
 
      • Ces ordinations ont peut-être eu lieu pendant ou après la traduction de la Perle de grand prix, mais bien avant que le prophète n'ait eu une révélation lui imposant d'appliquer l'interdiction de la prêtrise. Nul ne le sait avec certitude.
 
      • Elijah Abbel - et les autres - avait peut-être une foi tellement grande que le Seigneur leur a accordé exceptionnellement la prêtrise. Personne ne peut le savoir.
 
      Brigham Young a clairement affirmé l'origine divine de cette pratique en 1852 : « Le Seigneur tout-puissant a décrété, nul n'y peut rien. Les hommes, les anges, toutes les puissances de la terre et de l'enfer ne peuvent l'ôter (la restriction de la prêtrise), ainsi parle l'Éternel, je fais ce que bon me semble. Le temps viendra où ils (les noirs) auront tout ce que nous avons le privilège d’avoir et plus encore. » (Joint Session of Utah Legislature, le 5 février 1852).
 
      En 1954, le président David O. McKay, face à l'extension internationale de l'Église, réunit le Collège des Douze, car il pense que tous les peuples devront un jour détenir la prêtrise. Il interroge alors le Seigneur dans le temple et à sa grande déception la réponse est négative. Cet évènement est très intéressant si l'on examine de près sa démarche :
 
En tant que président il ressent le besoin de lever l'interdiction, mais ne prend aucune décision personnelle, chose pourtant facile pour un président ;
 
      • Il réunit le Collège des Douze, c'est-à-dire qu'il les soutient comme prophètes, voyants et révélateurs. Quel exemple d'humilité avons-nous là !
 
      • Enfin il interroge le Seigneur et se soumet à sa volonté qui est à l'opposé de ses désirs humains. Un grand exemple d'obéissance !
 
      À son tour, en 1973, Harold B. Lee, devenu président e l’Église, prie et jeûne pendant 3 jours d'affilée. La réponse qu'il reçoit dan le temple est sans équivoque : « Il n'est pas encore temps ».
 
La révélation de 1978
 
      Il est important de se plonger dans le contexte en examinant les circonstances et le témoignage de quelques frères parmi ceux qui étaient dans le temple avec le prophète à ce moment précis.
 
      Le contexte 
     
      En ce 1er juin 1978, comme chaque semaine, les membres de la Première Présidence et du Collège des Douze se retrouvent dans la salle haute du temple. Ils observent ce jour là un jeûne. Il y a deux absents, un pour raisons médicales et l'autre en déplacement. Après avoir renouvelé leurs alliances en prenant la Sainte-Cène, ils tiennent un conseil où chacun exprime ses sentiments. Il règne dans cette salle sacrée une atmosphère de parfaite unité fraternelle. Puis ils interrogent le Seigneur sur la restriction de la prêtrise comme ils le font depuis plusieurs mois. C'est le président Kimball qui fait lui-même la prière (voir Bruce R. McConkie, Revelation and Priesthood, Deseret Book, Salt Lake City)
 
      Les témoignages
 
      Bruce R. McConkie : « Quand le Président Kimball a fini de prier, le Seigneur a donné une révélation par le pouvoir du Saint-Esprit. Le Seigneur a déversé le Saint-Esprit d'une façon miraculeuse et merveilleuse... La révélation a été donnée au président de l'Église ; elle a été donnée aussi à chaque personne présente. Il y avait dix membres du Collège des Douze et trois de la Première Présidence ». Frère McConkie dira aussi : « Le Saint-Esprit est descendu sur nous… Le message était que le temps d'offrir toutes les bénédictions de l'Évangile éternel à tout homme digne était arrivé… Nous avons tous entendu la même voix, reçu le même message ; nous sommes témoins que cette parole était la volonté et la voix du Seigneur. » (Bruce R. McConkie, Revelation and Priesthood, Deseret Book, Salt Lake City, p. 126-137)
 
      David B. Haight : « J'étais dans le temple quand le président Spencer W. Kimball a reçu la révélation... J'étais le plus jeune membre du Collège des Douze. J'étais là lors du déversement de l'Esprit dans la salle que nous occupions, un déversement si puissant qu'aucun de nous ne pouvait prononcer un mot. Nous nous sommes quittés dans le calme et avons regagné nos bureaux. Personne ne pouvait dire quoique ce soit à cause de la puissance du déversement de l'Esprit lors de cette expérience spirituelle céleste. » (Conference Report, avril 1996 ; Ensign, mai 1996, p. 23)
 
      Quelques remarques s'imposent à ce stade de notre étude :
 
      • Cette révélation si importante n'a pas été donnée au prophète qui en a ensuite informé ses conseillers et le Collège des Douze. Elle a été donnée au prophète et simultanément à 12 autres personnes qui détiennent l'autorité de témoigner ;
 
      • Avant cette expérience particulière, ces hommes ont rendu des dizaines d'autres témoignages tout au long de leur vie, avec énergie, enthousiasme et sincérité, à propos du Christ et de l'Évangile rétabli. Ils sont donc crédibles dans leurs déclarations ;
 
      • Deux autres prophètes, David O. McKay et Harold B. Lee avaient auparavant souhaité changer les choses mais malgré les droits et les pouvoirs qu'ils détenaient ils ont d'abord recherché la volonté du Seigneur.
 
      La Déclaration officielle :
 
« À qui de droit :
 
« Le 30 septembre 1978, à la cent quarante-huitième conférence générale d'octobre de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, le président N. Eldon Tanner, premier conseiller dans la Première Présidence de l'Église, a présenté ce qui suit :
 
« Au début de juin de cette année, la Première Présidence a annoncé que le président Spencer W. Kimball avait reçu une révélation étendant les bénédictions de la prêtrise et du temple à tous les membres masculins de l'Église qui en sont dignes. Le président Kimball m'a demandé d'informer la conférence de ce qu'après avoir reçu cette révélation, qui lui fut donnée à la suite d'une méditation et de prières prolongées dans les salles sacrées du saint temple, il la présenta à ses conseillers, qui l'acceptèrent et l'approuvèrent. Elle fut alors présentée au Collège des douze apôtres, qui l'approuva à l'unanimité, et elle fut ultérieurement présentée à toutes les autres Autorités générales, qui l'approuvèrent de même à l'unanimité.

« Le président Kimball m'a demandé de lire maintenant cette lettre :
 
« 8 juin 1978
 
« À tous les officiers généraux et locaux de la prêtrise de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours du monde entier :
 
« Chers frères,
 
« Témoins de l'expansion de l'œuvre du Seigneur sur la terre, nous avons été heureux de constater que dans beaucoup de pays des gens ont répondu au message de l'Évangile rétabli et se sont joints à l'Église en nombre sans cesse croissant. Cela a suscité en nous le désir d'étendre à tous les membres dignes de l'Église tous les droits sacrés et toutes les bénédictions qu'offre l'Évangile.
 
« Conscients des promesses faites par les prophètes et présidents de l'Église qui nous ont précédés qu'à un moment donné du plan éternel de Dieu tous nos frères qui sont dignes pourront recevoir la prêtrise, et constatant la fidélité de ceux à qui la prêtrise a été refusée, nous avons supplié longuement et avec ferveur en faveur de ces frères fidèles qui sont les nôtres, passant de nombreuses heures dans la salle haute du temple à implorer le Seigneur pour être guidés par lui.
 
« Il a entendu nos prières et a confirmé par révélation que le jour promis depuis si longtemps est venu où tous les hommes fidèles et dignes de l'Église pourront recevoir la Sainte Prêtrise, avec le pouvoir d'exercer son autorité divine et de jouir avec leur famille de toutes les bénédictions qui en découlent, notamment les bénédictions du temple. Par conséquent, tous les membres masculins de l'Église qui en sont dignes peuvent être ordonnés à la prêtrise sans considération de race ou de couleur. Les dirigeants de la prêtrise sont priés de respecter la procédure consistant à avoir un entretien approfondi avec tous ceux qui sont candidats à l'ordination à la Prêtrise d'Aaron ou à la Prêtrise de Melchisédek pour s'assurer qu'ils répondent aux conditions de dignité requises.
 
« Nous déclarons solennellement que le Seigneur a maintenant révélé sa volonté pour la bénédiction de tous ses enfants, partout sur la terre, qui écoutent la voix de ses serviteurs autorisés et se préparent à recevoir toutes les bénédictions de l'Évangile.

« Fraternellement,

 
SPENCER W. KIMBALL
N. ELDON TANNER
MARION G. ROMNEY

La Première Présidence
 
« Reconnaissant Spencer W. Kimball comme étant le prophète, le voyant et le révélateur et le président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, il est proposé qu'en tant qu'assemblée constituante nous acceptions cette révélation comme étant la parole et la volonté du Seigneur. Que tous ceux qui sont d'accord le manifestent en levant la main droite. Que ceux qui sont opposés le manifestent par le même signe.
 
« Le vote de soutien de la motion ci-dessus a été unanime.

« Salt Lake City (Utah), le 30 septembre 1978 »
 
 
Analyse des arguments
 
      De nombreux arguments ont été avancés pour tenter de défendre ou d'attaquer l'Église à ce sujet. Nous exposons ici tous les arguments que nous avons pu rencontrer en examinant leur fondement et leurs limites, ainsi que les remarques et les réflexions qu'ils nous ont inspirées.
 
Arguments d'ordre doctrinal :
 
      La malédiction de Caïn
 
      Au premier chapitre du Livre d'Abraham, livre de la Perle de Grand Prix, il est écrit que le pharaon, roi d'Égypte, était un « homme juste », mais qu'il ne pouvait pas détenir la prêtrise parce qu'il était descendant de Cham et que le lignage chamitique avait reçu les « bénédictions de la sagesse », mais qu'il avait été « maudit relativement à la prêtrise » (Abraham 1:26). Dans un autre livre de la Perle de Grand Prix, le Livre de Moïse, il est dit que les Caïnites, descendants de Caïn, fils d'Adam, étaient « noirs » (Moïse 7:22). Ces versets ont été interprétés comme voulant dire que les noirs sont de lignage caïnite ou chamitique et qu'il ne leur serait pas permis de détenir la prêtrise.
 
      Avec l'expansion de l'Église au Brésil, les Autorités générales se sont aperçues qu'il y avait des blancs qui étaient du lignage de Cham. Malgré leur grande foi, leur fidélité et leurs sacrifices ils ne pouvaient pas être autorisés à pénétrer dans le temple de Sao Paulo alors en construction, pour les ordonnances supérieures. À l'inverse, les noirs de Mélanésie, de Fuji ou des Philippines pouvaient détenir la prêtrise (voir Armand Mauss, Neither White nor Black, p. 152)
 
      Il apparaît logiquement et objectivement que la restriction de la prêtrise n'était pas liée à la couleur de la peau, mais uniquement au lignage.
 
      Cet argument peut être considéré comme la position officielle de l'Église. En effet :
 
      • Il est basé sur des Écritures canoniques de l'Église ;
 
      • Aucun prophète ne l'a réfuté officiellement ni avant, ni après 1978. La Première Présidence l'a soutenu en 1947 : « Depuis le temps du prophète Joseph Smith jusqu'à nos jours, c'est la doctrine de l'Église, jamais remise en question par les dirigeants : les noirs n'ont pas droit à la prêtrise » (Statement of The First Presidency on the Negro Question, 17 juillet 1947, dans Mormonism and the Negro, p.46-47).
 
      La théorie des « esprits neutres » et des « esprits peu vaillants »
 
      Nous savons que pendant l’existence prémortelle, une guerre a eu lieu dans les cieux. Certains esprits (la majorité) ont suivi Jéhovah et d'autres ont préféré Lucifer et ont été bannis avec lui. D'après la théorie des « esprits neutres », certains sont restés neutres ou étaient moins vaillants, et comme punition ils naissent noirs. Cette thèse est apparue en 1847 suite à un discours de Orson Hyde, alors membre du Collège des Douze.
 
      Dans un article paru en 1854 dans le journal The Seer, Orson Pratt membre du Collège des Douze à l'époque, a soutenu cette idée en déclarant « c'est probable que certains esprits aient été moins vaillants pendant cette guerre dans les cieux ».
 
      Bien que certaines personnes l'utilisent encore de nos jours, cette théorie n'a aucune validité doctrinale pour les raisons suivantes :
 
      • Elle a été rejetée deux fois par des présidents de l'Église. D'abord par Brigham Young en 1869 : « Non, il n'y avait pas d'esprits neutres dans les cieux lors de la rébellion ; chacun a pris parti… » (Journal History, 25 décembre 1869), puis par Joseph F. Smith en 1912 : « Il n'y a aucune révélation ancienne ou moderne, ni aucune déclaration officielle d'aucune autorité de l'Église qui puisse soutenir cette idée. » (Lester Bush in Neither White nor Black, p. 86)
 
      2) The Seer n'est pas une publication officielle de l'Église ; tout article qui y est publié n'engage en aucun cas l'Église. D'ailleurs cet article a été condamné vivement par Brigham Young quand certains dirigeants l'ont qualifié « de thèse raisonnable ».
 
      3) Orson Hyde et Orson Pratt, bien que membres du Collège des Douze n’ont fait que des suppositions en parlant de choses « probables ». Une supposition reste une supposition, et même si elle est raisonnable elle n'en devient pas pour autant une vérité. D'autre part ce n'étaient que des déclarations personnelles, pas une déclaration officielle de l'Église.
 
      Cet argument est particulièrement prisé par les critiques. Ils s'en servent en disant : « Voyez vous-mêmes : les dirigeants de cette Église se trompent, donc cette Église est fausse, elle est du diable ! »
 
      En effet, Orson Hyde et Orson Pratt se sont trompés. Mais ce qu'il faut souligner c'est qu'ils ont exprimé une opinion personnelle, et non une position officielle de l'Église. Tout homme a le droit d'exprimer son opinion.
 
      De plus, cette théorie a été repoussée deux fois par des présidents de l'Église. Ce ne sont pas des dirigeants dans leurs fonctions qui se sont trompés, mais des êtres humains agissant à titre personnel même s'ils avaient de hautes responsabilités à cette date.
 
      Renée Olson, aujourd'hui membre de l’Église, dénonce cette technique qu'elle a elle-même utilisée quand elle militait activement contre l'Église : prendre une déclaration personnelle et privée d'une autorité et la présenter comme une doctrine officielle de l'Église. Lors de ses conférences intitulées Dispelling the Black Myth (Dissiper le mythe sur les noirs), elle recense plusieurs déclarations de ce genre et nous rappelle le vrai sens de la révélation. Elle nous met en garde contre ces rumeurs qui déforment la vérité et entravent notre compréhension (voir blacklds.org).
 
      L'argument de la préordination
 
      Nous pouvons lire dans la Perle de Grand Prix la vision d'Abraham. Le Seigneur lui a montré les esprits et il a vu que certains étaient « nobles et grands » (Abraham 3:22-23). Certaines personnes l'ont interprété de manière très fantaisiste : les esprits nobles étaient ceux des blancs. D'autre vont plus loin dans cette erreur et disent que les nobles sont les blancs nés dans l'Église. Cet argument ne tient pas pour au moins trois raisons :
 
      1) Cette écriture ne parle pas de la couleur de la peau, elle ne parle même pas du droit ou du non droit à la prêtrise ; elle n'indique aucune appartenance à une religion quelconque ;
 
      2) La préordination, comme la vie prémortelle, ne conditionne pas le cadre de notre vie ici bas. Si c'était le cas, comment expliquer qu’Abraham soit né de parents idolâtres et injustes, ou l'enfance difficile d'une personne qui sera un grand dirigeant plus tard ? Avec un tel postulat, il n'y aurait pas de blancs dans la misère, ou des noirs dans l'opulence.
 
      3) Nous savons très peu de choses sur la vie prémortelle à cause du voile d’oubli ; toute connaissance de ce qu'il y a ou de ce qu'il y a eu de l’autre côté du voile ne peut nous parvenir que par la révélation. Pour le moment, peu de choses concernant la vie en dehors de la vie terrestre nous ont été révélées.
 
      Être préordonné veut dire être choisi pour accomplir une mission particulière. Cette investiture ne nous donne aucun avantage sur les autres, mais plutôt des responsabilités supplémentaires. Les épreuves, la maladie ou les conditions de naissance n'en dépendent absolument pas. Le Christ a lui-même expliqué cela à ses disciples. Ayant vu un malade, ils voulurent savoir qui de son père ou de cet homme avait péché pour attirer une telle punition. Jésus répondit : « Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (Jean 9:1-5).
 
      L'argument de la préparation
 
      Certaines personnes ont déclaré que c'est parce que les noirs n'étaient pas spirituellement prêts à recevoir la prêtrise qu'il y a eu cette restriction. D'autres, moins nombreux, ont avancé que c'était à cause des blancs qui n'étaient pas encore prêts à voir des noirs ordonnés. Nous rejetons catégoriquement ces idées qui ne sont que spéculation. En effet :
 
      1) Aucune Écriture ancienne ou moderne ne dit cela ;
 
      2) Quel moyen possédons-nous pour juger de l'état de préparation d'un individu et à fortiori de celui de tout un peuple ? Les entretiens préalables faits par les évêques donnent en priorité des indications sur l'état de dignité de la personne, très peu sur son état de préparation ;
 
      3) Si l’on observe l'histoire des noirs dans l'Église, on peut facilement trouver des situations montrant une grande foi en Afrique, au Brésil, aux États-Unis et ailleurs, des expériences qui serviront d'exemples pendant des générations. Peut-on affirmer sérieusement qu'un peuple qui a organisé de lui-même des congrégations se réclamant de l'Église - sans aucune autorité ni autorisation, sans aucun baptême, uniquement en lisant le Livre de Mormon - n'était pas préparé ? Peut-on dire qu'ils n'étaient pas prêts quand ils se convertissaient alors même qu’ils savaient qu’ils ne recevraient pas toutes les bénédictions qui sont à la portée des membres de l’Église ? Que dire de ces noirs que l'on suppose non préparés mais parmi lesquels l'Église progresse de manière extraordinaire pendant que sur le continent européen tel peuple n'a qu'une progression lente et difficile ?
 
      4) Le Seigneur ne nous envoie pas d’épreuve qui soit au-dessus de nos forces. Cela implique-t-il que seuls les noirs étaient capables de supporter celle-là, et que par conséquent ils étaient davantage prêts que les blancs ? Une fois de plus nous ne savons pas, et ne pouvons rien savoir sur l'état de préparation d'un peuple quel qu'il soit.
 
Arguments d'ordre social
 
      Examinons à présent les arguments fondés sur la situation sociale ou politique des noirs. Ces arguments sont souvent utilisés par des groupes opposés à l'Église, ou par tous ceux qui n'ont pas étudié la question mais relayent par ignorance des rumeurs glanées ici et là.
 
      L'argument du racisme
 
      Nombreux sont ceux qui pensent que la restriction de la prêtrise était une manifestation de racisme. Ils avancent toutes sortes de preuves, notamment en citant des déclarations tronquées des dirigeants de l'Église. Certains vont jusqu'à suggérer que les Écritures modernes seraient racistes. Répondre en détail à tous ces arguments serait fastidieux. Nous proposons ici des principes ou des faits qui peuvent nous aider à ne pas nous méprendre :
 
      1) Le racisme est une théorie selon laquelle une classe d'êtres humains est inférieure aux autres et par conséquent n'a que peu de droits. Nous le redisons haut et fort : Aucune doctrine de l'Église n'enseigne une idée pareille et aucun dirigeant ne l'a jamais fait. Toute affirmation contraire est fantaisiste, mensongère et n’a d’autre objectif que de nuire à l'Église.
 
      2) Il n'y a aucun passage raciste dans les Écritures anciennes ou modernes. Il s’y trouve cependant des situations de « discrimination ». Discriminer veut dire distinguer, choisir. Toute notre vie est faite de discriminations : nous choisissons chaque jour nos vêtements, nos repas, notre journal ou nos loisirs, et nous espérons que vous avez choisi votre conjoint. En mathématiques par exemple, le calcul du discriminant permet de choisir les solutions appropriées d'une équation du second degré. Pourquoi Dieu n'aurait-il pas le droit de choisir ses serviteurs, ses lois, son peuple, son temps pour accomplir ceci ou cela ? Dieu fait de la discrimination dans le sens où il choisit. Mais à aucun moment cette discrimination n'est raciale. D'autre part être « choisi » par Dieu ne nous met pas à l'abri de sa colère : l'histoire du peuple d'Israël le montre. À l'inverse, être « maudit » n'exclut pas sa miséricorde : la ville de Ninive, condamnée à la destruction a été graciée suite à un repentir sincère.
 
      3) L'interdiction de la prêtrise dépendait du lignage et non de la couleur de peau. Certains blancs au Brésil ne pouvaient prétendre à la prêtrise alors que certains noirs (en Mélanésie, aux Philippines et à Fiji) y ont toujours eu droit.
 
      4) Les mormons ont été persécutés parce qu'ils étaient abolitionnistes. En 1833, suite à un éditorial de W.W. Phelps, Free People of Color  (Libérer les gens de couleur, voir History of the Church, vol. 1, p.377-79), les habitants du Missouri réagissent par The Manifesto of the Mob (Le manifeste de la foule, voir History of the Church, vol. 1, p. 374-376) qui réclame la chasse aux mormons. On peut y lire : « Ils ont l’intention de nous infliger une blessure qu'ils savent nous être entièrement insupportable ». Ainsi, ceux qui hier accusaient l'Église de soutenir les noirs l'accusent aujourd'hui d'être ou d'avoir été raciste ! Cette tactique est commune aux extrémistes de tout bord : Désinformer la population sur un sujet sensible. C’est ainsi que L'Église a été accusée d'être abolitionniste dès son organisation, raciste dans les années 1960, antiféministe dans les années 1970, de promouvoir les abus sexuels dans les années 1980, d’être sexiste dans les années 1990, et enfin homophobe dans les années 2000. Quel sera le prochain angle d’attaque ?
 
      5) Certains anti-mormons utilisent les déclarations de dirigeants de l'Église de façon perverse. Une citation n'est valable que si elle est complète et placée dans son contexte. Devant une citation quelconque, nous devrions nous demander : La citation est-elle complète ? Qui en est l’auteur ? Quand a-t-il dit ou écrit cela ? Dans quel contexte ? Quels sont les termes exacts employés ? Parlait-il au nom de l'Église ou à titre personnel ?
 
      L'argument de l'erreur des dirigeants de l'Église
 
      Il y a des gens qui pensent que la restriction de la prêtrise était une erreur des dirigeants, en particulier de Brigham Young et de ses successeurs qui auraient mal interprété les paroles de Joseph Smith. Ils se basent sur le fait que Joseph Smith lui-même a ordonné un noir et en a laissé ordonner au moins deux autres. D’autres prétendent que Joseph Smith ne voulait interdire la prêtrise qu'aux esclaves mais pas aux autres noirs. Cet argument parait difficile à rejeter parce que Joseph Smith n'a laissé aucun écrit sur ce sujet. Cependant, des éléments doivent être pris en compte :
 
      1) Joseph Smith a traduit le Livre de Moïse et le Livre d'Abraham. Il a donc été le premier informé de cette restriction. Nous savons qu’il l’a suggérée, car sept témoins directs l'ont affirmé, mais il est mort avant d'en recevoir la révélation de manière officielle. Rappelons comment travaillait le prophète Joseph : Chaque fois qu'il s’interrogeait sur un point de doctrine il l'étudiait dans un esprit de prière. Si besoin, il interrogeait directement le Seigneur. Cette démarche est en accord avec les Écritures modernes où le Seigneur dit : « Tu as pensé que je te le donnerais... mais voici, je te dis que tu dois l'étudier dans ton esprit ; alors tu dois me demander si c'est juste » (D&A 9:7-8). D'autre part le Seigneur enseigne les hommes peu à peu, en révélant « ligne sur ligne, précepte sur précepte, un peu ici, un peu là » (2 Néphi 28:30 ; D&A 98:12 ; 128:21).
 
      2) Il est très probable que ce soit Brigham Young qui ait eu la révélation de l'interdiction, ce qui expliquerait pourquoi il l'a appliquée. En effet, il a déclaré en 1852 que cette interdiction venait de Dieu, qu'aucun homme n'y pouvait rien et qu'un jour viendra où elle sera levée. De cette citation nous pouvons en conclure que :
 
      • L'origine de la restriction de la prêtrise est une révélation pressentie par Joseph Smith mais probablement reçue par Brigham Young, même si on ne la retrouve pas de manière explicite dans les ouvrages canoniques de l'Église ;
 
      • Dès lors que c'était un décret du Seigneur, lui seul pouvait l’abroger ;
 
      • Dès le commencement, le Seigneur a promis que le temps viendrait où tous les hommes dignes pourront recevoir la prêtrise.
 
      L'argument de l'influence de l'esclavage
 
      Certaines personnes ont avancé l'idée que l'interdiction de la prêtrise aux noirs était une façon pour l'Église de se conformer à l’opinion publique à propos de l'esclavage en vigueur à l'époque. Quelques personnes vont jusqu'à affirmer que ce sont ceux qui parmi les mormons étaient esclavagistes, comme Abraham Smoot, qui ont fortement influencé les dirigeants de l’Église. D'autres affirment que si un esclave avait détenu la prêtrise, il n'aurait pas pu la magnifier librement à cause de sa dépendance envers son maître. Cet argument subtil est facilement réfutable lorsque l’on se penche sur l'histoire du peuple noir américain :
 
      • De nombreux discours, déclarations et publications de tout genre montrent sans équivoque que l'Église était contre l'esclavagisme. Joseph Smith a proposé entre autre un plan social qui consistait à vendre des terres pour libérer des esclaves avec l'argent ainsi récolté. Un jour il a fait vendre son cheval personnel pour libérer un esclave noir (voir Young Womens Journal, p. 538).
 
      • L'historien Larry R. Gerlach déclare dans son livre, Blazing Crosses : « Le grand obstacle au développement du Ku Klux Klan en Utah était l'Église mormone » (p. 24-36). Cela est confirmé par de nombreux articles des journaux d'Utah qui livrent à l'époque une guerre sans merci à cette organisation. On peut y lire des expressions comme « sortir et détruire ces combinaisons secrètes » (Millennial Star, vol. 31, p. 344-348), « une insulte et une menace pour l'ordre public », « la peste du KKK, un virus qui attriste la liberté » (Deseret News). Le KKK répliquera en déclarant : « En Utah nous avons un ennemi subtil et rusé, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours » (Knights of the KKK, 1923, p.112-113) et en commettant 6 assassinats de missionnaires et de membres de l'Église ;
 
      • Il y avait peu d'esclavagistes dans l'Église, et ils possédaient peu d'esclaves (Abraham Smoot en avait deux). Un recensement effectué en 1860 (voir freepages.genealogy.rootsweb.com) montre qu'il y avait 29 esclaves noirs à l'époque en Utah tandis qu'à la même époque, dans le reste des États-Unis, 3 950 546 esclaves noirs appartenaient à 393 975 blancs (25 000 méthodistes détenaient 208 000 esclaves). La présence d'esclaves noirs ne pouvait donc pas être un facteur déterminant dans les décisions de l'Église ;
 
      • Dans sa façon de traiter les esclaves, la communauté mormone se situait au-dessus de la moyenne. C'est ainsi que quand l'esclavage sera légalisé en Utah, le niveau des dispositions prévues quant à l’éducation et au traitement des esclaves ne se retrouvera dans aucun autre État. D’autre part, l'unité de l'Église ne sera jamais remise en cause par les problèmes posés par l'esclavage, alors que les Églises méthodiste (en 1843 et 1844), baptiste (en 1838 et 1848) et presbytérienne (en 1861) connaîtront des schismes causés par des querelles sur la ségrégation raciale et l'esclavagisme au sein même de leurs congrégations (voir Black LDS Hislory, sur fairlds.org).
 
      • Ce n’est pas parce que le poids social et économique des esclaves en Utah a été trop négligeable pour motiver une restriction de la prêtrise que les dirigeants de l’Église, Brigham Young en particulier, n’ont pas pensé aux dimensions de l’esclavage hors d’Utah. Mais même dans ce cas, il est important de noter la démarche qu'ils ont adoptée : ont-ils pris une décision personnelle ou ont-ils consulté le Seigneur ? La réalité historique vérifiable nous amène à admettre qu'ils ont constamment recherché l'inspiration divine et se sont soumis à la volonté du Père éternel.
 
      L'argument de la pression sociale extérieure
 
      Un autre argument avancé est celui qui prétend que les dirigeants de l'Église ont donné la prêtrise aux noirs à cause de la pression sociopolitique, en particulier la lutte pour les droits civiques des noirs aux États-Unis. Mais une petite étude de l'histoire des États-Unis montre rapidement que cet argument ne tient pas :
 
      • Le 1e décembre 1955, Rosa Parks, une noire de 43 ans refuse de céder sa place dans le bus à un blanc. Son arrestation par la police va déclencher une grève qui va s'amplifier. On voit alors apparaître un jeune pasteur noir inconnu de 26 ans, Martin Luther King, qui prend la tête d'un mouvement pacifique qui devient national. Ce mouvement réclame des droits civiques pour les noirs. On voit aussi apparaître des mouvements violents comme les Black Panthers. En 1964 le Civil Rights Act est adopté, puis ratifié par le congrès en 1965 : La ségrégation est officiellement abolie.
 
      • C'est à cette époque que l'Église subit une extrême pression de l’extérieur : Articles hostiles dans les journaux, manifestations devant le siège de l'Église, boycott des équipes sportives de BYU (la Brigham Young University, patronnée par l'Église). Les dirigeants répondent systématiquement de la même manière : a) L'Église est et a toujours été contre le racisme ; b) La prêtrise n'est pas une affaire de droits civiques mais de Dieu ; c) Le temps viendra où cette restriction sera levée, mais cela ne dépend pas des humains. On voit bien que les autorités de l'Église sont toujours restées fidèles aux principes qu'ils défendent et n'ont jamais cédé.
 
      • Quand la révélation est donnée en 1978, soit 15 ans plus tard, le débat sur les droits civiques est déjà clos et les attaques menées par les anti-mormons se sont depuis un certain temps déplacées sur d'autres sujets, en particulier le non-féminisme. Nous pouvons remarquer que les accusations de racisme réapparaissent aujourd'hui, notamment en Europe, au moment où le continent africain s'ouvre au mormonisme de manière spectaculaire. Nous sommes alors tentés de nous demander à qui profite une telle diffamation, surtout quand on connaît l'importance de la diaspora africaine en France.
 
      Cette liste d'arguments avancés pour tenter de défendre ou d'attaquer l'Église n'est pas exhaustive, cependant elle rassemble les thèses les plus souvent rencontrées.
 
      En résumé, les idées qui se dégagent peuvent être regroupées en 3 catégories :
 
Ce qui est sûr et certain
 
      • Dieu a fait et continue de faire des choix selon sa sagesse pour le bien de l'humanité ; depuis le commencement, il a choisi des hommes (Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, etc.), un peuple (Israël) et une tribu (les Lévites) pour détenir sa sainte prêtrise. Il enseigne l'homme ligne sur ligne, précepte sur précepte.
 
      • De même qu'il bénit, il peut « maudire » des gens ou des peuples selon des règles et des conditions que lui seul détermine.
 
      • L'interdiction de la prêtrise à notre époque n'était pas liée à la couleur de la peau, mais au lignage.
 
      • Cette interdiction venait d'une révélation. Brigham Young l'a affirmé clairement tout en combattant des théories non fondées qui tentaient de la justifier.
 
      • La fin de l'interdiction de la prêtrise n'est pas due à cause humaine : les autorités de l'Église ont vécu une expérience hautement spirituelle.
 
      Ce qui est moins sûr
 
      • L'origine exacte de la restriction de la prêtrise à notre époque reste difficile à déterminer. Joseph Smith l'aurait suggérée mais ne l'a pas appliquée. Les raisons pour lesquelles Joseph Smith a ordonné ou permis d'ordonner des noirs ne sont pas connues. Certaines déclarations du prophète affirment sans équivoque que la vie de ces noirs présentait une droiture et une foi au-dessus de la moyenne. Si John Taylor a ratifié la restriction officiellement en 1879, elle était déjà pratiquée par Brigham Young. C'est donc probablement ce dernier qui en a eu la révélation, ou tout au moins la confirmation de ce que Joseph Smith aurait entrevu.
 
      Ce que nous ignorons totalement
 
      • Nous savons qu'il y a eu une préexistence, mais nous ne savons pas du tout quels en sont les impacts dans cette vie terrestre. Nous ne pouvons pas mesurer non plus le degré de préparation d'une personne pour accomplir sa mission sur terre, ni celui de tout un peuple.
 
      • Le Seigneur ne justifie jamais ses choix, mais exige l'obéissance. Ainsi, quand il établit une alliance il en fixe lui-même les conditions mais ne dit pas pourquoi ces conditions et pas d’autres.
 
      • Bien que la restriction ait été commandée par le Seigneur, il n’en a pas révélé les raisons.
 
 
Le défi spirituel
 
Réactions observées
 
      Les réactions face à la restriction de la prêtrise sont diverses. Nous avons constaté que cette réaction dépendait du niveau de connaissance et de compréhension des uns et des autres. La plupart du temps les connaissances, quand elles existent, sont superficielles, ce qui nuit à la compréhension.
 
      Certains membres de l’Église pensent que « c'est du passé » et qu'il faut « oublier cela ». Cette attitude n'aide pas les futurs membres sincères ou les nouveaux membres de l’Église, ni ceux qui entretiennent de telles pensées. Est-il bien raisonnable de répondre : « Ne vous souciez pas de cela. Assistez aux réunions, renforcez votre témoignage et vous serez bénis ». Si tel est le cas, ce sont les sites Internet anti-mormons qui se chargeront de donner des réponses à leurs questions.
 
      Souvent les missionnaires sont pris au dépourvu. La plupart sont très jeunes et n'ont pas étudié ces événements. Depuis la révélation de 1978, la restriction de la prêtrise n'est plus d’actualité. En général, face aux personnes qui les critiquent à ce sujet, les missionnaires s'appuient sur leur témoignage et l'aide de l'Esprit.
 
      D’autre part, des membres de l’Église craignent d'être considérés comme racistes. Ils n'osent pas répondre aux questions sur la restriction, ou bien ne répondent rien de fondé. Les conséquences de cela sont désastreuses lorsqu’un noir nouvellement baptisé ou futur membre s’éloigne de l’Église, non à cause de l’ancienne restriction, mais parce qu'il sent qu’on lui cache quelque chose.
 
      D’autres personnes pensent que la restriction a été une erreur des dirigeants de l’Église et que les dirigeants actuels devraient présenter des excuses au peuple noir. Ils peuvent avoir un sentiment de culpabilité ou d'injustice. Les anti-mormons se chargent avec zèle de véhiculer ces sentiments. Mais une opinion même très répandue n'est pas nécessairement la vérité. La vérité ne dépend pas de sa popularité, seulement de sa nature propre.
 
      Le cas le plus dramatique, heureusement exceptionnel, est celui du membre de l’Église qui utilise cette ancienne restriction pour vexer des noirs. Ce genre d’individu a généralement des difficultés personnelles : complexes divers, jalousie, problèmes de dignité, etc. Il choisit un noir, un récent converti, comme bouc émissaire et lui déclare sans ménagement quelque chose du style : « Les noirs sont des gens inférieurs, la preuve : même l'Église ne leur a donné la prêtrise qu'en 1978 ». Ou : « C'est à cause de vos iniquités que vous êtes noirs et que vous n'avez pas eu droit à la prêtrise pendant longtemps ». À ce genre de personne, nous voulons rappeler ce que Brigham Young a déclaré : « Les noirs doivent être traités comme des humains... Pour avoir maltraité des noirs, les blancs seront maudits à moins qu'ils ne se repentent » (Journal of Discourses, vol. 10, p. 111). Il a également déclaré : « Les hommes seront jugés sur la manière dont ils auront traité les noirs. » (Journal of Discourses, vol. 10, p. 250)
 
      La grande majorité des membres de l’Église accepte la doctrine de l'Église. Ils acceptent que Caïn a été maudit et qu’il en a résulté l’interdiction de la prêtrise aux noirs, même si les détails sont flous dans leur esprit. Pour eux, cette restriction vient de Dieu. Par conséquent, ils acceptent la Déclaration n° 2 qui fait suite à la révélation de 1978 et ne se posent pas de questions. Ils constituent la très grande majorité des membres de l’Église. Ils sont fidèles et entretiennent de bonnes relations avec les noirs.
 
      Certains membres de l’Église, parmi cette grande majorité qui accepte la doctrine de l’Église, pensent que la restriction faite aux noirs devrait être mieux comprise. Pour eux, cependant, la foi et l'obéissance doivent dominer leur soif de compréhension, et leur connaissance doit être acquise sous l'influence du Saint-Esprit. Utilisée humblement, cette connaissance peut alors les aider à progresser. Ces personnes s'informent et possèdent souvent une documentation sur le sujet. Ils n'hésitent pas à venir en aide à tous ceux qui doivent faire front à cette question.
 
 
Acquérir une nouvelle dimension spirituelle
 
Rôle de la révélation dans l'Église
 
      L'une des particularités de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est la révélation continue. Pour toutes les autres Églises chrétiennes, Dieu a parlé et toute sa parole est contenue la Bible. Selon l'Évangile rétabli, Dieu parle encore aux hommes. « Nous croyons tout ce que Dieu a révélé, tout ce qu'il révèle maintenant, et nous croyons qu'il révélera encore beaucoup de choses grandes et importantes. » (9ème article de foi)
 
      La révélation est la communication de Dieu avec ses enfants. Elle est donnée par la lumière du Christ et par le Saint-Esprit. Toute personne qui le désire avec foi peut recevoir la révélation personnelle. La révélation peut aussi avoir une portée collective. Ainsi la Première Présidence et le Collège des Douze reçoivent des révélations pour l'Église et pour le monde. Seul le président de l'Église détient toutes les clés de la prêtrise et peut parler au nom de l’Église. Précisons que :
 
      • N’est considéré comme position officielle de l'Église que ce qui est annoncé comme tel par le président de l'Église ou une autorité agissant sous sa direction ;
 
      • Chaque membre de l’Église doit rechercher l'inspiration du Saint-Esprit pour acquérir la meilleure compréhension possible des textes approuvés par les autorités ; 
 
Une épreuve pour progresser
 
      Plutôt que d'essayer de comprendre le pourquoi de la restriction de la prêtrise, cherchons quelles leçons chacun peut en tirer et comment il peut les appliquer à sa vie. L'essentiel des leçons que nous pouvons tirer de ces événements est la nécessité d'apprendre l'humilité.
 
      L'orgueil des blancs a poussé certains de leurs frères noirs à s’éloigner de l'Église. C’est pourquoi nous voulons rappeler quelques mises en garde faites par les prophètes anciens et modernes :
 
      Le président Kimball en 1972 : « L'intolérance exercée par certains membres de l'Église est ignoble. Il y a un problème particulier envers les noirs. Des membres de l'Église justifient leur conduite anti-chrétienne envers les noirs par l'interdiction de la prêtrise. Cette règle vient de Dieu, elle n'a pas été faite pour que nous ajoutions des fardeaux sur les épaules de nos frères noirs. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, Deseret Book, 1982)
 
      Dans le Livre de Mormon :
 
      « Les Lamanites, vos frères que vous haïssez à cause... de la malédiction qui est tombée sur leur peau, sont plus justes que vous... et leur peau sera plus blanche que la vôtre... devant le trône de Dieu. » (Jacob 3:5-8)
 
      « En récompense de leur orgueil et de leur folie, ils récolteront la destruction ; car ils cèdent au diable. » (2 Néphi 26:10)
 
      « …qui se moque de son frère ? Malheur à un tel homme... et le moment est proche où il doit se repentir. » (Alma 5:30-31)
 
      Voir également Hélaman 11:37 ; Moroni 8:27 ; Alma 5:28.
 
      D’un autre côté, l'orgueil des noirs qui n'ont pas supporté certaines paroles les a privés de nombreuses bénédictions. Nous comprenons parfaitement leur peine. Souvenons-nous des paroles du Seigneur au prophète Joseph Smith alors emprisonné injustement :
 
      « Si tu es en péril parmi de faux frères... si tu es victime de toutes sortes d'accusations... sache mon fils que toutes ces choses te donneront de l'expérience… Le Fils de l'Homme est descendu plus bas que tout cela. Es-tu plus grand que lui ? Maintiens-toi donc sur ta route et la prêtrise restera avec toi… » (D&A 122:5-9)
 
      Les Écritures enseignent également :
 
      « Avez-vous été suffisamment humbles ? ...Êtes-vous dépouillés de l'orgueil ? Si vous ne l'êtes pas vous n'êtes pas préparés à rencontrer Dieu. » (Alma 5:27-28)
 
      « Nous espérons tout, nous avons supporté beaucoup et nous espérons être capables de supporter tout. Nous recherchons tout ce qui est vertueux ou aimable… » (13ème article de foi)
 
      « Un homme violent excite des querelles, mais celui qui est lent à la colère apaise les disputes. » (Proverbes 15:18)
 
      Voir également D&A 121:41 ; 1 Pierre 3:4 ; Galates 5:22-23
 
      Et voici les paroles du Maître : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. » (Matthieu 5:39)
 
Mieux rechercher l'Esprit
 
      La compréhension des choses spirituelles n'est possible que si l'on recherche réellement l'Esprit et non une simple accumulation de connaissances. La restriction de la prêtrise a été et sera encore un certain temps un véritable défi spirituel. L'étude que nous avons menée nous a permis de nous rendre compte que notre compréhension de ce sujet dépend beaucoup de notre don de discernement. Ce don vient de l'Esprit : Nous ne pouvons l'acquérir que par l'Esprit, ce qui demande du travail sur soi et beaucoup d'humilité.
 
      La communication avec notre Père céleste est un exercice qui n'est pas si simple. Nous avons un langage terrestre limité et imparfait. Notre Père a un langage céleste éternel et parfait. Toutes nos pensées s'appuient sur des supports matériels ; les concepts du Père sont purement spirituels. Pour illustrer cela, voici un petit exemple. Dans la Genèse (1:29-30) on peut lire : « Je vous donne toute herbe... et tout arbre fruitier : ce sera votre nourriture. À tout animal, à tout oiseau... je donne toute herbe verte pour nourriture » (italiques ajoutés). Selon ce passage de l’Écriture, toute herbe est donnée à la fois aux humains et aux animaux pour nourriture. Pourtant, nous ne mangeons pas toute herbe (pas de gazon, par exemple) et certains animaux non plus (comme par exemple le tigre et le lion).
 
Questions soulevées
 
      La richesse des Écritures saintes est telle que chaque fois que nous accédons à une connaissance, de nouvelles questions sont soulevées. Ce sont ces nouvelles questions qui entretiennent notre curiosité spirituelle et nous permettent de progresser. Cette étude nous a permis de nous poser des questions. En voici quelques-unes suivies non pas de leur réponse mais de pistes de réflexion.
 
      Malédictions et bénédictions
 
      L'une des questions de fond est la notion de malédiction et de bénédiction. Qu'est-ce, au juste, qu'une malédiction ? Et qu'est ce qu'une bénédiction ? La réponse n'est pas simple. Référons-nous aux Écritures : Après la chute d'Adam on constate une pluie de « malédictions » (Genèse 3) :
 
      • La grossesse et l'accouchement dans la douleur seraient une malédiction. Pourtant, c'est une bénédiction de transmettre la vie, et toutes les femmes y aspirent ;
 
      • Les désirs d'une femme la porteront vers son mari mais il dominera sur elle. Est-ce un malheur ? Désirer un mari conduit souvent au bonheur ;
 
      • Le sol est maudit, mais nous sommes appelés à le posséder et le dominer ;
 
      • Le travail est-il une malédiction ? Pouvoir manger à la sueur de son front est une bénédiction.
 
      Dans les Écritures, il est courant que l'Éternel maudisse tel ou tel peuple, mais la plupart du temps nous ne nous demandons pas pour quelle raison, dans quelles circonstances et, plus important encore, dans quelles conditions cette malédiction sera levée.
 
      « Nous croyons que les hommes seront punis pour leurs propres péchés » (2ème article de foi). Dès lors, pourquoi une malédiction ou une bénédiction serait-elle héréditaire ? Et dans quelles conditions ? La dignité personnelle est à prendre en compte. Par exemple Ruth, issue d'un peuple maudit, deviendra l’une des ancêtres du Christ. Pharaon, maudit quant à la prêtrise, sera un homme juste et recevra les bénédictions de la terre et de la sagesse (Abraham 1:26).
 
      La véritable malédiction, c'est d'être privé de l'Esprit et de la lumière. Cette privation conduit à une certaine solitude. Ainsi Satan et ses anges ont été précipités des cieux, Adam et Ève ont été chassés du jardin d'Éden, et Caïn a été condamné à errer. Plus tard le peuple d'Israël devra pendant 40 ans tourner en rond dans le désert. Certains de nos actes peuvent nous conduire à un isolement spirituel ; nous sommes alors prisonniers de ce que les Écritures appellent un abîme sombre (voir Mosiah 27:29).
 
      Vie pré-mortelle et préordination
 
      Nous savons très peu de choses sur notre vie précédente en tant qu'esprits. Tout ce qui s'y est passé a une dimension spirituelle qui nous est inaccessible. Par conséquent toutes les notions qui y sont rattachées, comme la préordination, la préparation, etc. ne peuvent pas être comprises par une simple extrapolation de notre condition mortelle. Ce sont des notions parfaites et éternelles que nous traitons avec un langage imparfait et mortel.
 
      Imaginer un seul instant que nos conditions de naissance sont une récompense ou une punition de notre vie prémortelle revient à transcrire en notion matérielle et limitée des concepts hautement spirituels et éternels.
 
      La seule conclusion acceptable est que les cieux sont une maison d'ordre. Et cet ordre a existé dans la vie prémortelle. Pour apprendre par expérience nous devons essayer de rétablir cet ordre sur terre par notre obéissance aux commandements. La diversité des êtres humains est un élément qui fait partie de cet ordre. Elle constitue la richesse culturelle et émotionnelle de ce monde. Le Seigneur nous a commandé d'être de bons intendants de tout ce qu'il a placé sur la terre : la diversité de l'homme est un bien à sauvegarder.
 
      Les mentions de la peau noire dans les Écritures
 
      À cause de notre sensibilité humaine, la question de la peau noire est un sujet de crainte. Le racisme étant une chose odieuse nous avons peur d'en être victimes ou auteurs. Lorsque nous rejetons cette notion qui vient du diable, cela prouve que la lumière du Christ brille dans notre cœur. L'examen des Écritures soulève des interrogations qui peuvent, grâce à l'Esprit, nous permettre de progresser dans l'acceptation de notre prochain.
 
      La peau noire est elle un signe d'iniquité ? Quelle est sa véritable signification ? L'analyse de l'utilisation des allusions à la peau noire dans les Écritures conduit à des constatations surprenantes. Que ce soit dans la Bible ou dans le Livre de Mormon, les expressions liées à la peau noire sont plus métaphoriques que physiques :
 
      • On lit dans Daniel 12:10 : « Beaucoup seront purifiés, blanchis et épurés ». Peut-on en conclure que les juifs étaient noirs et allaient devenir blancs ? Jérémie se lamente en ces termes : « La faute de la fille de mon peuple est grande... ses princes étaient plus purs que la neige, plus blancs que le lait. Leur aspect est devenu plus sombre que le noir » (Lamentations 4:7-8). Les Juifs sont-ils pour autant devenus des noirs ?
 
      • Plus étonnant encore ce passage : « Cessez de faire le mal... apprenez à faire le bien... si vos péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige » (Ésaïe 1:16-18). On n'imagine pas un péché blanc et un autre noir, mais la forme métaphorique prend ici toute sa dimension spirituelle.
 
      • Dans le Livre de Mormon le terme Lamanites semble lié à la peau noire, et Néphites à la peau blanche. Mais ils sont utilisés principalement pour une distinction politique (Mormon 1:8-9), militaire (Alma 43:4), religieuse (4 Néphi 1:38-41) et culturelle (Alma 3:10-11). On retrouve souvent des Lamanites qui deviennent Néphites et des Néphites qui deviennent Lamanites. Est-ce à dire que leur peau change de couleur au rythme des fluctuations politiques ou militaires ?
 
      • Les Écritures montrent un mélange racial parfois complexe, comme dans Alma, chapitre 35. Une partie des Zoramites en colère se joint aux Lamanites, et une autre aux Néphites. Ces Néphites auxquels ils se joignent sont plus précisément des Ammonites devenus Néphites. Or les Ammonites étaient eux-mêmes des Lamanites convertis par Ammon dans le pays d'Ismaël. Autre exemple dans Hélaman 6:1-14. On voit ici les deux peuples se mélanger intimement au point qu'on a des « Lamanites justes » et des « Néphites méchants » ; les deux peuples prospèrent ensemble pendant quelques années ;
 
      • Un examen plus poussé du Livre de Mormon montre que l'expression « peau blanche » est associée à « peuple agréable » et « séduisant » tandis que l’expression « peau noire » est souvent accompagnée des termes « repoussant », « indolent », « malfaisant ». Quand Mormon prie pour « qu'ils soient un peuple agréable », devons-nous en déduire que le peuple à ce moment-là a la peau noire ? Là est la richesse des Écritures : Elles contiennent un sens caché qu'il nous appartient de rechercher.
 
      • Dans Alma, au chapitre 3, les Néphites qui suivent les Lamanites sont assimilés à ces derniers, tandis que les Lamanites qui se convertissent deviennent Néphites (versets 4-12). Les Amlicites se distinguent des Néphites, non par leur peau noire mais par une tache rouge qu'ils se font eux-mêmes sur le front. En faisant cela ils réalisent la malédiction prononcée précédemment par Dieu - une marque – contre ceux qui n'obéiraient pas à ses commandements se mêlant aux rebelles (versets 13-19). Il est évident que leur peau ne change pas de couleur, bien que la prophétie se réalise. Ce sont les individus qui se marquent eux-mêmes. Ce passage semble enseigner que ce n'est pas Dieu qui nous marque, mais notre propre iniquité.
 
      À la lumière des Écritures, la couleur de la peau doit souvent être considérée comme une métaphore, et non être prise à la lettre, à quelques exceptions près. Elle représente alors un état d'esprit, un art de vivre et surtout un état spirituel.
 
 
Conclusion
 
      L'analyse de la restriction de la prêtrise nous a permis de constater à quel point nos limitations terrestres peuvent polluer notre compréhension des choses spirituelles. Notre compréhension peut s'améliorer si l'on se souvient des principes fondamentaux de l'Évangile et si l'on recherche l'Esprit, sans jamais regarder au-delà du point marqué. Quelques principes élémentaires doivent nous guider :
 
      • Nous sommes tous des enfants de notre Père céleste. Il nous aime tous sans distinction de race, de culture ou de religion. La diversité des êtres humains n'est pas le résultat d'une vie antérieure. C'est une volonté de notre Père, un élément parmi tant d'autres pour embellir la terre, une occasion pour nous d'apprendre l'amour pur du Christ en essayant d'aimer ceux qui sont différents de nous.
 
      • L'Éternel fait des choix selon sa sagesse infinie. Il a accordé la prêtrise à tous les hommes dignes de manière progressive. D'abord à quelques patriarches, puis à une partie de son peuple Israël, ensuite progressivement aux Gentils. Pour cela il a manifesté sa volonté de tout temps aux hommes par l'intermédiaire de prophètes anciens et modernes.
 
      • Depuis le Rétablissement nous avons eu en continu des prophètes vivants sur la terre. Ils ont toujours recherché et proclamé la volonté de Dieu. Nous croyons fermement que la restriction de la prêtrise a été établie et abrogée par décret divin révélé aux prophètes anciens et modernes.
 
      • Notre intelligence et notre langage sont imparfaits et limités. Nous devons rechercher l'inspiration du Saint-Esprit pour mieux comprendre des concepts parfaits et éternels. La connaissance acquise doit servir et non asservir.
 
      Pourquoi les noirs devraient-ils se joindre à l'Église de Jésus-Christ des saints des deniers jours ? Pourquoi ceux qui en sont membres devraient rester fidèles malgré ce qui peut leur sembler comme une injustice ? Pourquoi devraient-ils rester fidèles malgré les imperfections des membres de l’Église ?
 
      La première raison est que quelles que soient ses origines culturelles, sociales ou nationales, tout homme qui recherche la vérité la trouve dans l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Il peut l'acquérir par le témoignage du Saint-Esprit s'il demande à Dieu. « Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il demande à Dieu qui donne à tous libéralement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu'il demande avec foi sans douter » (Jacques 1:5-6). S'il le fait, il saura par lui-même qu’il s’agit de la véritable Église de notre Seigneur Jésus-Christ.
 
      La seconde raison vient de tout ce que cette Église offre à chaque être humain. Tout en nous aidant à nous préparer une place dans le royaume céleste après notre vie, elle nous donne les moyens de mener une vie terrestre pleine de vrai bonheur. En particulier elle permet aux familles d'être unies dans ce monde et pour l'éternité. Chaque membre de l’Église a la possibilité d'exploiter le potentiel divin qu'il possède de par sa nature : « Dieu créa l'homme à son image, homme et femme il les créa » (Genèse 1:27). Plus qu'une simple religion, le mormonisme est un art de vivre des principes élevés et éternels qui élèvent l'homme.
 
      L'Église de Jésus-Christ a été rétablie sur terre dans le but de rassembler les élus. « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre » (Matthieu 24:31). Et qui sont ces élus ? Le Seigneur précise dans la révélation moderne : « Je rassemblerai mes élus des quatre coins de la terre oui, tous ceux qui croiront en moi et écouteront ma voix » (D&A 33:6).
 
      Les élus sont ceux qui écoutent les paroles du Seigneur en suivant les recommandations des prophètes et persévèrent jusqu'à la fin.
 
 
Annexes
 
ANNEXE 1 : RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE DES NOIRS AMÉRICAINS
 
 
Dans l'Église
Dans le reste des États-Unis
   
  1816 : L'African Methodist Episcopal Church (A.M.E) est fondée
1820 : La Première Vision  
  1821 : Suite à l'activisme de l'A.M.E, des esclaves noirs sont renvoyés en Afrique ; ils y fondent l'État du Libéria. Thomas Jennings invente le nettoyage à sec
1830 : Le 6 avril, organisation de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours  
  1831 : Révolte de Nat Turner (esclave noir et pasteur). II lève une bande de 60 esclaves et massacre des blancs. Il est capturé et pendu. Une loi interdisant aux noirs de prêcher dans une église est votée.
1832 : Baptême de Elijah Abel par Ezekiel Roberts  
1833 : W.W Phelps publie son article « Free People of Color ». Les habitants du Missouri réagissent en publiant « The Manifesto » et en chassant les saints de leurs terres  
1836 : Elijah Abel est ordonné ancien par Joseph Smith en mars, puis soixante-dix par Zebedee Coltrin en décembre  
  1839 : Mutinerie à bord du bateau négrier l'Amistead, menée par Singbe-Pi (Cinque). Le pape Grégoire XVI condamne l'esclavagisme
  1841 : L'Église baptiste affirme que l'esclavage se justifie bibliquement (The Encyclopia of American Reliqions, vol. 2, p. 5)
1842 : Joseph Smith écrit que les esclaves des mormons devraient être libérés, et que l'esclavagisme fait bouillir son sang  
1843 : Joseph Smith enseigne que les noirs ont une âme 1843 : Des membres de la Methodist Episcopal Church quittent leur Église pour former la Wesleyan Methodist Church in America, à cause de désaccords internes sur les esclaves
1844 : Baptême de Green Flake et de Samuel Chambers, deux esclaves noirs. Walter Lewis est ordonné ancien. Joseph Smith, candidat aux élections présidentielles mène une campagne contre l'esclavage. 1844 : Division de l'Église Méthodiste en deux branches, la Northen Methodist Church et la Southem Methodist Church, à cause de disputes sur les esclaves (http://www.umc.orq/interior.asp?mid=1213)
1846 : William McCary est baptisé puis ordonné à la prêtrise  
1847 : Plusieurs noirs arrivent en Utah : Elijah Abel, en homme libre ; Green Flake, esclave de John Flake, avec Brigham Young dont il conduit le chariot.  
  1848 : L'American Baptist Missionary Union se divise sur la question des esclaves. Les séparatistes fondent la Southem Baptist Convention.
  1851 : J.F. Brennan publie un livre de Josiah Priest, Bible Defence of Slavery (La justification biblique de l'esclavage)
1852 : L'esclavage est légalisé en Utah mais avec pour les maîtres des obligations de traitement et d'éducation (Bush and Mauss, Neither White nor Black, Signature Books 1984, pp.68-69)  
1853 : Brigham Young applique la restriction de la prêtrise : Elijah Abel ne peut plus se rendre au temple bien qu'il ait déjà reçu les ordonnances préliminaires dans le temple de Kirtland  
1854 : Brigham Young rend sa liberté à G. Flake  
1860 : Le recensement fédéral en Utah indique qu'il y a 59 noirs dont 29 esclaves 1860 : Aux États-Unis, on compte 27 167 529 personnes et 3 950 546 esclaves noirs détenus par 393 975 maîtres ; 1 blanc sur 70 possède un esclave.
  1861 : Début de la guerre de Sécession. The Prebisterian Church in the Confederate States est créée par un schisme dans l'Église Presbytérienne d'Amérique.
  1865 : Fin de la guerre de Sécession. Le 13ème amendement de la Constitution américaine met fin à l'esclavage
  1866 : L'Église catholique réagit au 13ème amendement en déclarant que l'esclavage n'est pas contraire aux lois divines et naturelles
(www.religioustolerance.orq/slavery. htm)
1869 : Brigham Young rejette la théorie des « esprits neutres »  
1870 : Samuel Chambers arrive dans la vallée du Lac Salé. Il devient en quelques années l'un des hommes les plus prospères de la région. 1870 : The Colored Methodist Episcopal Church est fondée par des noirs libres
  1871 : Elijah McCoy invente la lubrification automatique des machines
  1873 : le pape Pie IX prie pour que Dieu retire la malédiction de Cham
1883 : Dernière mission de Elijah Abel  
  1886 : Augustus Tolton devient le premier prêtre catholique noir (www.aareqistry.com). R.F. Fleming invente la guitare, Alexander Miles l'ascenseur électrique et l'ouverture automatique des portes.
1900 : Enoch Abel est ordonné ancien  
1902 : Jane Manning James est scellée à Joseph Smith comme fille adoptive  
1912 : la Première Présidence rejette pour la 2ème fois la théorie des « esprits neutres »  
  1917 : Des soldats noirs combattent lors de la Première Guerre mondiale
  1919 : Le lynchage des noirs continue et le KKK tient plus de 200 réunions
1934 : Elijah Abel, le petit fils, est ordonné à la Prêtrise d'Aaron  
1935 : Elijah Abel est ordonné ancien  
  1936 : Jesse Owens remporte 4 médailles d'or aux Jeux olympiques de Berlin
  1941 : Des soldats noirs combattent lors de la Deuxième Guerre mondiale
1947 : L'Église crée un comité qui détermine les lignages à cause du métissage  
1949 : Déclaration de la Première Présidence sur la prêtrise et les noirs  
1955 : Les noirs mélanésiens peuvent recevoir la prêtrise (ne sont pas du lignage de Cham) 1955 : Boycott des bus à Mongomery suite à l'arrestation de Rosa Parks
1958 : Les noirs de Fuji et des Philippines peuvent recevoir la prêtrise (ne sont pas du lignage de Cham). Joseph Fielding Smith clarifie la position de l'Église sur les droits des noirs  
1962 : Des missionnaires sont envoyés au Nigeria. Le Dr A.F. Mensah, au Ghana, reçoit une brochure de l'Église, devient croyant et convertit plusieurs personnes dans son entourage  
1963 : Discours de Hugh B. Brown sur les droits civiques des noirs lors de la conférence générale 1963 : Martin Luther King prononce son fameux discours I have a dream
1964 : J.W.B. Johnson, au Ghana, reçoit un Livre de Mormon du Dr Mensah. Il le lit, y croit et suite à des songes, il fonde de nombreuses communautés de saints des derniers jours. 1964 : Le Civil Rights Act (loi sur les droits civiques) est voté
 
  1968 : Martin Luther King est assassiné
1971 : Le Genesis Group est créé pour soutenir les noirs membres de l'Église  
1977 : Thayne Tagge, un missionnaire, enseigne des Ghanéens en Suisse. De retour chez eux, ils propagent l'Évangile rétabli puis invitent plus tard des missionnaires pour baptiser des dizaines de personnes. 1977 : Adaptation à la télévision de Roots (Racines), un livre de Alex Haley sur l'histoire de sa famille étalée sur sept générations et deux continents, l'Afrique et l’Amérique du Nord
1978 : Révélation accordant la prêtrise à tous les hommes dignes sans exception 1978 : Création du Congress of National Black Churches
  1983 : Réunification des deux branches de l'Église presbytérienne divisée en 1861 sur la question de l'esclavage
1990 : Helvetico Martins, converti avant 1978, devient membre du deuxième collège des soixante-dix. C'est le premier noir de l’histoire de l’Église à devenir Autorité générale.  
2002 : Robert Foster est le premier noir à être élu président des étudiants de l’université Brigham Young  
2004 : Le président Gordon B. Hinckley consacre le premier temple de l’Église en Afrique noire, à Accra au Ghana.    
2009 : Joseph W. Sitati, du Kenya, devient membre du premier collège des soixante-dix. Il est le deuxième noir à devenir Autorité générale de l’Église  
 
 
 
ANNEXE 2 : DÉCLARATIONS DE DIRIGEANTS DE L’ÉGLISE SUR LE RACISME
 
      Voici quelques déclarations de membres de la Première Présidence, du Collège des Douze et d’autres Autorités générales de l’Église à propos de racisme :
 
Joseph Smith (premier président de l'Église)
 
1842 : « J'ai conseillé (aux détenteurs d'esclaves) d'emmener leurs esclaves dans un pays libre et de les libérer, de les éduquer et de leur donner l'égalité des droits. » (Compilation on the Negro in Mormonism, p. 40)
 
      « Ils [les noirs] viennent au monde mentalement et physiquement esclaves. Remplacez leur situation par celle des blancs et ils seraient comme nous. Ils ont une âme et sont susceptibles d'être sauvés. Allez à Cincinnati et trouvez un noir instruit, qui roule dans sa voiture, il s'est élevé par le pouvoir de son esprit à son état élevé de respectabilité. » (History of the Church, vol. 5, p. 217)
 
      « La Déclaration d'indépendance ‘tient ces vérités comme allant de soi que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; que parmi ceux-ci il y a la vie, la liberté et la recherche du bonheur’, mais en même temps quelque trois millions de personnes sont détenues comme esclaves pour la vie, parce que l'esprit qui est en eux est recouvert d'une peau plus sombre que la nôtre... La Constitution des États-Unis d'Amérique voulait dire exactement ce qu'elle disait, sans mention de couleur ni de condition, à l'infini ! » (Messages of the First Presidency, vol. 1, p. 191-192).
 
1844 : « Brisez les entraves du pauvre noir et engagez-le pour qu'il travaille comme d'autres êtres humains » (History of the Church, vol. 5, p. 209)
 
Parley P. Pratt (membre du Collège des douze apôtres)
 
1855 : « J'aime les hommes sans m'occuper de leur pays, ni de l'endroit où ils ont été élevés, sans tenir compte de la couleur ni de la nation. J'aime les hommes qui aiment la vérité. » (Journal of Discourses, vol. 3, p. 182)
 
Brigham Young (2e président de l'Église)
 
1860 : « Les noirs doivent être traités comme des êtres humains et pas d'une manière pire que les animaux. Pour les mauvais traitements infligés à cette race, les blancs seront maudits, à moins qu'ils ne se repentent (Journal of Discourses, vol. 10, p. 111).
 
1863 : « Les hommes seront jugés pour la façon dont ils ont traité les noirs. » (Journal of Discourses, vol. 10, p. 250)
 
David O. McKay (9e président de l'Église)
 
1935 : « Comme ce monde serait différent si les hommes accumulaient la richesse, par exemple, non  comme une fin en soi, mais comme le moyen de faire du bien aux êtres humains et d'améliorer les rapports humains. Une conception chrétienne du droit et de la valeur de l'âme humaine, même si sa peau est sombre, aurait empêché le massacre qui a lieu en ce moment en Éthiopie [lorsque les troupes italiennes fascistes de Mussolini ont envahi ce pays]. » (Conference Report, oct. 1935, p. 101)
 
1944 : « L'Amérique a une occasion sans pareille de libérer le monde des intrigues politiques, de la démagogie, de l'égoïsme national, de l'usurpation du pouvoir et de l'accroissement impie. Elle doit démontrer aux habitants du monde qu'elle ne recherche pas des objectifs égoïstes, qu'elle n'a pas de désir de conquête ni de supériorité nationale ou raciale. Quand ces idéaux auront été atteints, l'Amérique pourra montrer le chemin et conduire le monde à la paix. » (Teachings of David O. McKay, p. 281-282)
 
1951 : « George Washington Carver [un savant noir américain célèbre] fut une des âmes les plus nobles qui soient jamais venues sur la terre. Il a conservé des liens étroits avec son Père céleste et a rendu à ses semblables des services comme peu en ont jamais rendus. Pour toutes les entreprises pieuses, pour toutes les impulsions nobles, pour toutes les bonnes actions accomplies dans sa vie utile, George Washington Carver sera récompensé comme le sera tout autre homme, qu'il soit rouge, blanc, noir ou jaune, car Dieu ne fait pas acception de personnes » (Home Memories of David O. McKay, p. 231)
 
John A. Widtsoe (membre du Collège des Douze)
 
1946 : « Les prétentions d’appartenir à une race supérieure sont de la sottise pure utilisée par des hommes sans moralité pour promouvoir leurs intérêts personnels. Aucun pays n'a jamais eu le monopole de la supériorité sur le reste de l’humanité. Affirmer une telle chose, c'est tout simplement donner libre cours à un nationalisme débridé... La doctrine de la supériorité de la race pendant la dernière guerre était une fumisterie horrible conçue par les puissances du mal dont le prince est Satan, le diable. » (Evidences and Reconciliations, p.3-4)
 
Joseph Fielding Smith (10e président de l'Église)
 
1962 : « Les saints des derniers jours, communément appelés mormons, n'ont aucune animosité à l'égard des noirs. Ils ne les ont pas non plus décrits comme appartenant à une race inférieure. » (Deseret News, 14 juin 1962, p. 3)
 
1963 : « L'Église mormone ne croit pas et n'enseigne pas que le noir est un être inférieur. Le noir est capable, mentalement et physiquement, d'accomplir de grandes choses, aussi grandes ou dans certains cas plus grandes que le potentiel de la race blanche. » (Magazine Look, 22 octobre 1963, p. 79)
 
Bruce R. McConkie (devenu membre du Collège des Douze en 1972)
 
1966 : Il est certain que les noirs, étant enfants de Dieu, ont droit à l'égalité devant la loi, le droit d'être traités avec toute la dignité et tout le respect qui sont dus à un membre quelconque du genre humain. Beaucoup parmi eux vivent à coup sûr avec plus de décence et de droiture dans cette vie que certains de leurs frères d'autres races, situation qui fera que, le jour du jugement, le Seigneur fera ‘de la droiture une règle, et de la justice un niveau’ (Ésaïe 28:17). » (Mormon Doctrine, édition de 1966, p. 528)
 
Spencer W. Kimball (12e président de l'Église)
 
1972 : « Les préjugés raciaux sont du diable. Les préjugés raciaux viennent de l'ignorance. Il n'y a pas de place pour eux dans l'Évangile de Jésus-Christ. » (Teachings of Spencer W. Kimball, p. 237)
 
      « L'intolérance de certains membres de l'Église est ignoble. Il y a un souci particulier avec les noirs parce qu'ils ne sont pas actuellement [1972] autorisés à recevoir la prêtrise. Certains membres de l'Église justifient leur discrimination envers les noirs, ce qui est un comportement non chrétien, en utilisant cette règle de la prêtrise. Mais cette restriction a été imposée par le Seigneur, elle n'a pas été faite pour que nous ajoutions des fardeaux sur les épaules de nos frères noirs. Eux qui ont reçu dans la foi le Christ par le baptême autorisé sont héritiers dans le royaume céleste aux cotés d'hommes de toutes les autres races. Et ceux qui auront persévéré dans la foi jusqu'à la fin peuvent s'attendre à ce que Dieu leur accorde toutes les bénédictions qu'ils auront méritées par leur droiture. Cela est entre les mains du Seigneur. Nous devons étendre notre amour à tous. » (Teachings of Spencer W. Kimbal).
 
Le Collège des douze apôtres
 
1986 : « Nous rejetons toute tentative de refuser à quelqu'un sa dignité et ses droits inaliénables en vertu de la théorie répugnante et tragique de la supériorité d'une race par rapport à une autre. » (LDS Global Media Guide)
 
John K. Carmack (membre du premier collège des soixante-dix)
 
1993 : « Nous ne croyons pas qu'il y ait, aux yeux de Dieu, une nation, une race ou une culture qui soit une espèce moindre ou inférieure. Ceux qui croient en une telle doctrine ou l’enseignent n'ont aucune autorité, que ce soit du Seigneur ou de ses serviteurs autorisés. » (Tolerance, p. 3)
 
Alexander Morrison (membre du premier collège des soixante-dix)
 
1993 : « Il n'y a pas de place pour le racisme dans l'Église. Nous en avons horreur. » (Salt Lake Tribune, 6 juin 1998)
 
 
 
ANNEXE 3 : L'ÉGLISE FACE AU KLU KLUX KLAN
 
Le Ku Klux Klan (KKK)
 
      Société prônant la suprématie de la race blanche et du christianisme, le KKK est créé le 24 décembre 1865 au lendemain de la guerre de Sécession par six ex-officiers sudistes du Tennessee. Son nom vient du grec kuklos (cercle) et de l'écossais klan (clan). Chargé d'administrer l'Empire Invisible (les États du Sud), le Klan lutte contre les noirs que le 13ème amendement vient d'émanciper. Il est l'expression de désespoir de vaincus qui n'acceptent pas l'abolition de l'esclavage. Ses moyens d'action consistent en l'emploi immodéré de la violence et de la terreur : déguisements (cagoules blanches), croix enflammées, lynchages, meurtres en tout genre, etc. C'est un ordre secret et clandestin. Il est officiellement dissous en 1869 et disparaît en 1873.
 
      Le 24 décembre 1915 il renaît de ses cendres par l'intermédiaire d'un pasteur méthodiste, William J. Simmons. Son succès est alors fulgurant sauf en Utah et en Idaho, deux états à forte population mormone. Il dénombre environ 5 millions d'adeptes en 1920. Il s'attaque aux immigrés européens, aux catholiques, aux leaders syndicaux. Le FBI lui mène une guerre sans succès. En 1944, un énorme redressement fiscal va l'obliger à s'auto-dissoudre. Mais il réapparaît en 1954 et s'oppose avec violence à la lutte des noirs pour les droits civiques, ce qui se traduit par des attentats à l'explosif contre les églises et les écoles réservées aux noirs. Pratiquement invisible aujourd'hui aux États-Unis, il n'est pourtant pas inexistant. Il s'est infiltré dans divers partis d'extrême droite et est indirectement impliqué dans environ 200 actes criminels chaque année. À ce jour, il tente de réapparaître en Australie.
 
Extraits de Blazing Crosses
 
      L'historien Larry R. Gerlach, dans son livre Blazing Crosses in Zion [Croix enflammées en Sion], écrit que le KKK n'a pas eu de succès en Utah à cause de l'opposition de l'Église mormone. Il écrit : « Devant la perspective de voir le Klan devenir une réalité et pas seulement un mythe, le Deseret News lança une attaque dévastatrice contre l'ordre secret. Il était autant prévisible que significatif que ce soit le News qui soit le premier à lancer l'opposition à l'installation du Klan. Le Deseret News, organe profane de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, transmit aux fidèles, par ses éditoriaux, l'opinion de la hiérarchie de l'Église mormone sur les questions publiques. Étant donné que les mormons constituaient approximativement 70 % des habitants de l'Utah, la prise de position des dirigeants de l'Église mormone allait de toute évidence avoir un effet important sur l'avenir du Klan dans l'État. Vu l'opposition de longue durée de l'Église mormone au Ku Klux Klan, tant pour des raisons profanes que pour des raisons religieuses, il n'est pas étonnant que le Deseret News ait vu l'arrivée du Klan en Utah avec ‘désapprobation et mépris’. » (Blazing Crosses, p. 24).
 
      « Le plus grand obstacle, et de loin, au développement du Klan dans le Beehive State (l'Utah) a été l'Église mormone. » (Blazing Crosses, p. 36).
 
La position de l'Église face au KKK
 
      Les dirigeants de l'Église, en particulier les apôtres, vont ainsi informer l'opinion publique de leur position en écrivant des éditoriaux dans principalement deux journaux : le Deseret News et le Milllenial Star.
 
      En 1868, quelques années seulement après que le Klan eut montré sa tête hideuse, l'Église publia dans le Millenial Star cet éditorial contre le Klan et les autres organisations racistes, dites « patriotiques », opposées aux noirs :
 
      « Le Ku Klux Klan, la Royal League, la Grand Army of the Republic, tous ordres secrets, liés par serment, répandent la peur et la consternation dans le Nord comme dans le Sud... Les ordres secrets ne sont rien de neuf sous le soleil, même si on leur donne de nouveaux noms. Ils ont existé par intervalles depuis les temps les plus reculés et ont pour origine celui qui a incité Ève à pécher... Si ce pays veut se lever et se débarrasser de sa méchanceté, et se tourner vers le Seigneur, comme la Ninive d'autrefois, il détournera sa colère du peuple et lui donnera le pouvoir de démasquer et de détruire cette combinaison secrète, dont les complots et les actes infernaux, comme une armée de fourmis blanches, rongent les racines de l'arbre national. (Millennial Star, 31:344, 348)
 
      Années 1870-1890 : Pendant cette période, le KKK fut le fer de lance des réunions et des attaques antimormones dans le Sud des États-Unis. Une demi-douzaine de missionnaires mormons et de membres de l’Église furent tués au cours de cette période par des membres du Klan et beaucoup d'autres furent battus, enduits de goudron et de plumes, agressés, expulsés de leur ville ou menacés de mort (voir Blazing Crosses, p. 11 et suivantes)
 
      1908 : La version pour le théâtre du roman à succès de Thomas Dixon, The Clansman, qui décrivait les noirs comme des brutes ignorantes et voraces et portait aux nues le KKK, des héros blancs, avait fait la tournée de tous les États-Unis et arriva à Salt Lake City. Le journal non mormon The Salt Lake Tribune fit l'éloge de la pièce et de son message. Le journal mormon Deseret News dit que si la pièce en elle-même était « une excellente production », le Klan n'était pas une organisation héroïque, comme le décrivait la pièce, mais « parcourait le pays la nuit, tuant ou torturant des noirs et leurs sympathisants », installant un « règne de la terreur » et « était devenu une bande d'individus oisifs, corrompus et pervers qui s'étaient lancés dans une carrière de brutalité et de violence qui horrifient le pays » (édition du 2 novembre 1908). Le Salt Lake Tribune, qui insultait constamment les mormons et publiait des articles antimormons, écrivit plus tard à propos de la version à l'écran de la pièce qui avait pris le titre de Birth of a Nation (Naissance d'une nation) et qui allait encore plus loin que la pièce dans sa description négative des noirs : « Le film décrit les émeutes et le banditisme [des noirs], suivis par les efforts spectaculaires des hommes du Ku Klux Klan, qui s'organisèrent secrètement pour contrôler les noirs grâce à la crainte superstitieuse de ceux-ci. Les hommes du Klan étaient des cavaliers nocturnes hardis et ils portaient des linceuls blancs. Des actes de vengeance [par les noirs] furent commis sous le couvert de l'obscurité et le film montre clairement pourquoi des mesures aussi extrêmes étaient nécessaires pour assurer le respect de la loi. » (édition du 2 avril 1916).
 
      1920 : Le Deseret News parle du KKK comme étant « une insulte et une menace pour un État de droit » et qui conduisait « aux émeutes et à l'effusion de sang » (édition du 23 décembre).
 
      1921 : « D'après ce que l'on sait de son fonctionnement, de sa recherche du secret, de ses déguisements, de son terrorisme et de son banditisme, il [le KKK] est condamné comme étant un ennemi de la paix, de l'ordre et de la dignité de la République. Nos collectivités, dans nos montagnes, n'ont absolument aucune place pour cela dans leur vision sociale des choses. Ils doivent être maîtrisés et il convient de faire comprendre clairement à quiconque se présente comme autorisé ou qualifié pour fonder des ranches, des domaines, des camps ou des clans que ses efforts locaux seront plus qu'inutiles, que ses objectifs sont détestés et que son absence est préférable à sa compagnie. Les habitants de l'Utah n'ont ni goût ni patience pour ces sottises criminelles et il convient de le faire savoir en toute clarté. » (édition du 23 juillet).
 
      1946 : Le Deseret News qualifie le KKK de « troupes d'assaut américaines » d'après les troupes d'assaut (SA) allemandes qui amenèrent Hitler au pouvoir et décrit le KKK comme « un triste événement pour l'Amérique » (édition du 17 juillet).
 
      1948 : Le Deseret News affirme : « Le fléau du Ku Klux Klan contient le virus qui afflige la liberté de tous les Américains. » (édition du 29 juillet)
 
      Années 1960 : Le Deseret News qualifie les membres du KKK de « brutes en draps de lit » et déclare : « Il est temps que les États-Unis d'Amérique éliminent cette conspiration et ce banditisme organisés. » (édition du 1er janvier 1966)
 
      Lors de la Klanvocation impériale (congrès national annuel du KKK) de 1923, tenue à Atlanta (Géorgie), le grand dragon (officier) du Wyoming déclara aux officiers du Klan assemblés : « Dans la région de l'Utah et un peu partout dans l'Ouest en général, nous avons un autre ennemi, qui est plus subtil et beaucoup plus rusé dans les efforts qu'il fait contre notre organisation : La religion des saints des derniers jours. » (Papers Read at the Meeting of Grand Dragons, Knights of the Ku Klux Klan, 1923, p. 112-113).

 

 

Première édition : 2005

Mis en ligne le 18/08/2011

Mis à jour le 29/09/2019

 

 

Voir aussi :

 

Comment faire passer les saints des derniers jours pour des gens racistes ? (La Rédaction)

Qui définit la doctrine de l'Église ? (La Rédaction)