La révélation

 

 

James E. Talmage (1862-1933)

 

Président de l'université d'Utah de 1894 à 1897

Membre du collège des Douze de 1911 à 1933

 

 

 

 

     

La révélation et l'inspiration

 

      Dans le sens théologique, le terme révélation signifie l'acte qui consiste à faire connaître la vérité divine par une communication venant des cieux. Le mot grec apokalupsis dont la signification est très proche de celle de notre mot révélation, exprime le fait de découvrir ou de divulguer ce qui était caché, soit entièrement soit partiellement - l'écartement d'un voile. La forme francisée du terme grec Apocalypse est employée pour désigner la révélation particulière donnée à Jean sur l'île de Patmos dont le récit forme le dernier livre du Nouveau Testament. La révélation divine, telle qu'elle est illustrée par de nombreux exemples dans les Écritures, peut consister en divulgations ou déclarations concernant les attributs de la Divinité ou en l'expression de la volonté de Dieu concernant les affaires des hommes.

      Le mot
inspiration est parfois revêtu d'une signification presque identique à celle du mot révélation, bien que, de par son origine et son usage premier, il possède un sens distinct. Inspirer, c'est littéralement animer de l'esprit ; un homme est inspiré lorsqu'il est sous l'influence d'un pouvoir autre que le sien. L'inspiration divine peut être considérée comme une opération inférieure ou moins directement intense, de l'influence spirituelle sur l'homme que celle qui se produit dans la révélation. C'est pourquoi la différence est plutôt une différence de degré que d'espèce. Le Seigneur, en employant l'un ou l'autre de ces procédés de direction, ne prive cependant pas le sujet humain de son libre-arbitre ni de son individualité, comme le prouvent les particularités, bien marquées, de style et de méthode qui caractérisent les divers livres des Écritures. Et pourtant, quand la révélation est donnée, une influence plus directe opère sur le sujet humain que dans l'effet moindre de l'inspiration qui n'en est cependant pas moins divine.

      La méthode directe et simple par laquelle Dieu peut communiquer avec l'homme dépend des conditions de réceptivité de la personne. Une personne peut être susceptible d'inspiration dans ses aspects les plus inférieurs seulement ; une autre peut être tellement réceptive à l'influence de ce pouvoir qu'elle sera capable de recevoir des révélations directes. Et cette influence supérieure peut se manifester à divers degrés, la personnalité divine étant tantôt plus, tantôt moins voilée. Considérez les paroles du Seigneur à Aaron et à Marie, qui avaient manqué de respect envers Moïse, le révélateur : « L'Éternel descendit dans la colonne de nuée, et il se tint à l'entrée de la tente. Il appela Aaron et Marie, qui s'avancèrent tous les deux. Et il dit : Écoutez bien mes paroles ! Lorsqu'il y aura parmi
vous un prophète, c'est dans une vision que moi, l'Éternel, je me révélerai à lui, c'est dans un songe que je lui parlerai. Il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse. Il est fidèle dans toute ma maison. Je lui parle bouche à bouche, je me révèle à lui sans énigmes, et il voit une représentation de l'Éternel » (Nombres 12:5-8 - La « Revised Version » anglaise dit : « la forme de l'Éternel », ndt).

      Nous avons vu que, parmi les preuves les plus concluantes de l'existence d'un Être suprême il y a celle qui provient de la révélation directe de sa part (voir
Dieu et la Sainte Trinité) ; et qu'une certaine connaissance des attributs de la personne divine est essentielle à l'exercice rationnel de la foi en Dieu (voir La foi). Ce n'est qu'imparfaitement que nous pouvons respecter une autorité dont l'existence même est en doute. C'est pourquoi, si nous voulons faire implicitement confiance en notre Créateur et le révérer sincèrement, nous devons connaître quelque chose de lui. Bien que le voile de la mortalité avec son obscurité épaisse puisse oblitérer la lumière de la présence divine dans le cœur du pécheur, ce rideau de séparation peut être tiré et la lumière céleste peut briller dans l'âme du juste. L'oreille attentive, réglée sur le diapason de la musique céleste, a entendu la voix de Dieu déclarer sa personnalité et sa volonté ; la main du Seigneur a été rendue visible à l’œil dégagé de la poutre et de la paille du péché, sincère dans sa recherche de la vérité ; la volonté de Dieu a été révélée dans l'âme bien purifiée par le dévouement et l'humilité.



Communication de Dieu à l'homme

 

      Nous n'avons pas connaissance qu'il y ait jamais eu un temps au cours duquel un serviteur autorisé du Christ se trouvait sur la terre, où le Seigneur n'ait fait connaître à ce serviteur la volonté divine au sujet de la mission dont il était chargé. Aucun homme ne peut s'attribuer l'honneur et la dignité du ministère. Pour devenir ministre autorisé de l'Évangile, « un homme doit être appelé de Dieu par prophétie et par l'imposition des mains, par ceux qui détiennent l'autorité » (Joseph Smith, Article de foi n°5), et ceux qui détiennent l'autorité doivent avoir été appelés de la même façon. Lorsqu'il est ainsi revêtu de l'autorité, il parle de par un pouvoir qui est plus grand que le sien, quand il prêche l'Évangile et en administre les ordonnances ; il peut, en vérité, devenir prophète du peuple. Tout naturellement, le Seigneur a reconnu et honoré ses serviteurs ainsi appelés. Il a glorifié leur office en proportion de leur dignité, faisant d'eux les oracles vivants de la volonté divine. Et cela est vrai de toute dispensation de l’œuvre de Dieu (ndlr : une dispensation de l'Évangile est une époque au cours de laquelle le Seigneur a au moins un serviteur autorisé sur la terre qui détient les clefs de la Sainte Prêtrise).

      La Sainte Prêtrise a le privilège de communier avec les cieux et d'apprendre la volonté immédiate du Seigneur. Cette communion se réalise au moyen de songes et de visions, par l'Urim et le Thummim, par la visitation d'anges, ou par le privilège suprême de communiquer face à face avec le Seigneur. Les paroles inspirées de ceux qui parlent par le pouvoir du Saint-Esprit sont Écritures pour le peuple (voir D&A 68:4). En termes clairs et nets, la promesse fut faite autrefois que le Seigneur reconnaîtrait la prophétie comme le moyen de révéler sa volonté et ses buts à l'homme : « Car le Seigneur, l'Éternel, ne fait rien sans avoir révélé son secret à ses serviteurs, les prophètes » (Amos 3:7 ; voir aussi 1 Néphi 22:2). Ce ne sont pas tous les hommes qui peuvent obtenir cet honneur de révélateur spécial : « L'amitié de l'Éternel est pour ceux qui le craignent, et son alliance leur donne instruction » (Psaumes 25:14). De tels hommes sont des oracles de vérité, des conseillers privilégiés, des amis de Dieu (voir Jean 15:14,15).



La révélation dans les temps anciens

 

      Dieu révéla sa volonté et donna ses commandements (voir Genèse 2:15-20 ; Moïse 3:16 dans la Perle de grand prix) à Adam, le patriarche du genre humain, à qui furent confiées les clefs de la première dispensation. Lorsqu'il vivait dans un état d'innocence avant la chute, Adam communiquait directement avec le Seigneur. Ensuite, à cause de sa transgression, l'homme fut chassé d'Éden mais il emporta avec lui quelques souvenirs de son premier état béni, y compris la connaissance personnelle de l'existence et des attributs de son Créateur. Peinant à la sueur de son front, sous le châtiment prédit et décrété, cultivant le sol dans sa lutte pour trouver sa nourriture, il continuait à invoquer le Seigneur.

      Alors qu'Adam et sa femme, Ève, priaient en travaillant, « ils entendirent la voix du Seigneur, venant de la direction du Jardin d'Éden, leur parlant et ils ne le virent point ; car ils étaient exclus de sa présence. Et il leur donna des commandements » (Moïse 5:4,5).

      Les patriarches qui succédèrent à Adam furent bénis du don de la révélation, qu'ils reçurent à divers degrés. Énoch, le septième de la lignée, fut particulièrement doué. La Genèse nous apprend qu'Énoch « marcha avec Dieu », et que, lorsqu'il eut atteint l'âge de trois cent soixante-cinq ans, « il ne fut plus parce que Dieu le prit » (Genèse 5:18-24). Dans le Nouveau Testament nous apprenons quelque chose de plus concernant son ministère (voir Jude 14) ; et les Écrits de Moïse nous donnent un récit encore plus complet des rapports du Seigneur avec ce voyant richement doué (Moïse, chapitres 6 et 7). Le plan de rédemption et l'histoire future du genre humain jusqu'au méridien des temps et de là jusqu'au Millénium et au jugement final, lui furent révélés. Le Seigneur révéla à Noé ses intentions au sujet du déluge imminent ; par cette voix prophétique le peuple fut averti et exhorté au repentir. Ayant méprisé et rejeté le message, ils furent détruits dans leur iniquité. Dieu établit son alliance avec Abraham et lui révéla le cours des événements de la création (voir Genèse, chapitres 17 et 18 ; Abraham, surtout les chapitres 3, 4 et 5, dans la Perle de Grand Prix) et cette alliance fut confirmée à Isaac et à Jacob.

      C'est par la révélation que Dieu chargea Moïse de faire sortir Israël de l'esclavage. Du milieu du buisson ardent sur l'Horeb, le Seigneur déclara à l'homme ainsi choisi : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3:2-6). Dans toutes les scènes tumultueuses entre Moïse et Pharaon, le Seigneur continua à communiquer avec son serviteur, qui apparut, dans toute la gloire de ce don divin, comme un véritable dieu au roi Païen (voir Exode 7:1, et aussi 4 - 16). Et pendant le pénible voyage de quarante ans dans le désert, le Seigneur ne cessa pas d'honorer son prophète. Ainsi nous pouvons suivre la lignée des révélateurs - de ces hommes qui ont été, chacun en son temps, intermédiaires entre Dieu et le peuple, recevant des instructions des cieux et les transmettant à la masse - de Moïse à Josué, et via les Juges, à David et Salomon et de là jusqu'à Jean, précurseur immédiat du Messie.

 

Le Christ fut lui-même un révélateur

 

      En dépit de son autorité personnelle, quoiqu'il eût été et qu'il fût Dieu, aussi longtemps que Jésus-Christ vécut homme parmi les hommes, il déclara que son oeuvre était celle d'un Être plus grand que lui-même, par lequel il avait été envoyé et duquel il recevait des instructions. Notez ses paroles : « Car je n'ai point parlé de moi-même ; mais le Père, qui m'a envoyé, m'a prescrit lui-même ce que je dois dire et annoncer. Et je sais que son commandement est la vie éternelle. C'est pourquoi les choses que je dis, je les dis comme le Père me les a dites » (Jean 12:49,50). Et aussi : « Je ne puis rien faire de moi-même : selon que j'entends, je juge ; et mon jugement est juste, parce que je ne cherche pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jean 5:30). Et encore : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; et le Père qui demeure en moi, c'est lui qui fait les oeuvres... j'agis selon l'ordre que le Père m'a donné » (Jean 14:10,31).

      Les apôtres également, chargés du fardeau de l'Église après le départ du Maître, recherchèrent l'aide du ciel, espérèrent et reçurent la parole de la révélation pour les diriger dans leur ministère exalté. Paul, écrivant aux Corinthiens, dit ceci : « Dieu nous les a révélées [les vérités divines] par l'Esprit. Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l'homme si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu. Or nous, nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce » (1 Corinthiens 2:10-12).

      Jean affirme que le livre qui porte le nom particulier d'
Apocalypse, ne fut pas écrit de par sa propre sagesse, mais que c'est la « Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a donnée pour montrer à ses serviteurs les choses qui doivent arriver bientôt, et qu'il a fait connaître, par l'envoi de son ange, à son serviteur Jean » (Apocalypse 1:1).

 

La révélation courante est nécessaire

 

      Les Écritures prouvent, de façon concluante, que d'Adam à Jean le Révélateur, Dieu dirigea les affaires de son peuple par des communications personnelles par l'intermédiaire de serviteurs choisis. Croissant avec le temps, la parole écrite - le rapport écrit des révélations reçues antérieurement - fit force de loi auprès du peuple, mais à aucune période, cela ne fut considéré comme suffisant. Bien que les révélations du passé soient indispensables, en tant que guides pour le peuple, étant donné qu'elles montrent le plan et le dessein des relations de Dieu avec l'homme dans des circonstances particulières, elles ne peuvent pas être universellement et directement applicables aux circonstances des époques ultérieures. Beaucoup des lois révélées sont d'application générale à tous les hommes et à toutes les époques, par exemple, les commandements - Tu ne tueras point ; Tu ne déroberas point ; Tu ne porteras point de faux témoignage - et les autres injonctions concernant les devoirs de l'homme envers son prochain dont la plupart sont si clairement justes que la conscience humaine les approuve même sans l'aide de la parole directe des commandements divins. D'autres lois peuvent être également générales dans leur application, cependant elles tirent leur validité d'ordonnances données par Dieu, du fait qu'elles ont été instituées comme telles par l'autorité divine. Dans cette catégorie, nous pouvons ranger les commandements au sujet de la sainteté du jour du Sabbat, la nécessité du baptême comme moyen d'obtenir la rémission des péchés, les ordonnances de la confirmation, de la Sainte Cène et autres. Nous trouvons encore des révélations d'un autre genre : celles qui ont été données pour répondre aux conditions d'une époque particulière, que l'on peut considérer comme révélations spéciales ou circonstancielles ; par exemple, les instructions données à Noé au sujet de la construction de l'arche et de l'avertissement à donner au peuple ; le commandement donné à Abraham de quitter son pays natal pour séjourner dans un pays étranger ; le commandement donné à Moïse et, par son intermédiaire, à Israël, concernant l'exode d'Égypte ; les révélations données à Léhi lui ordonnant de quitter Jérusalem avec son groupe, de voyager dans le désert et de bâtir un navire pour traverser les grandes eaux vers un autre hémisphère.

      Il est à la fois déraisonnable et directement opposé à notre conception de la justice immuable de Dieu, de croire qu'il bénira l'Église dans une dispensation, de la présence de la révélation vivante de sa volonté et que, dans une autre dispensation, il laissera l'Église, à laquelle il donne son nom, vivre du mieux qu'elle peut selon les lois d'une époque enfuie. Il est vrai qu'à cause de l’apostasie l'autorité de la prêtrise a pu être enlevée de la terre pendant un certain temps, laissant le peuple dans les ténèbres en lui fermant les écluses des cieux. Mais, à de telles époques, Dieu n'a reconnu aucune Église terrestre comme sienne, et aucun prophète n'a déclaré avec autorité : « Ainsi dit le Seigneur ».

      Pour supporter la doctrine que la révélation, spécialement adaptée aux conditions existantes, est caractéristique des rapports de Dieu avec l'homme, nous avons le fait que des lois ont été décrétées et ensuite révoquées lorsqu'un stade plus avancé du plan divin a été atteint. Ainsi, la loi de Moïse (voir Exode, à partir du chapitre 21, Lévitique et Deutéronome) fut strictement obligatoire pour Israël depuis le temps de l'exode jusqu'au ministère du Christ ; mais sa révocation fut proclamée par le Sauveur lui-même (voir Matthieu 5:17-48) et une loi plus haute que celle des commandements charnels qui avaient été donnés à cause de la transgression, fut instituée à sa place.

      D'après les Écritures citées et de nombreuses autres affirmations des écrits sacrés, il est évident que la révélation de Dieu à l'homme a été un trait caractéristique vital de l'Église vivante. Il est clair également que la révélation est essentielle à l'existence de l'Église dans son état organisé sur la terre. Si, pour avoir l'autorité de prêcher l'Évangile et d'en administrer les ordonnances, un homme doit être appelé de Dieu « par prophétie », il est évident qu'en l'absence de révélations directes, l'Église serait laissée sans officiers autorisés et, par conséquent, disparaîtrait. Les prophètes et les patriarches d'autrefois, Ies juges, les prêtres et tous les serviteurs autorisés depuis Adam jusqu'à Malachie, furent appelés par révélation directe manifestée par la parole spéciale de la prophétie. Cela fut aussi vrai pour Jean-Baptiste (voir Luc 1:13-20), les apôtres (voir Jean, chapitre 15 ; Actes 1:12-26) et les officiers inférieurs de l'Église (Actes 20:28 ; 1 Timothée 4:14 ; Tite 1:5), aussi longtemps qu'une organisation reconnue par Dieu demeura sur la terre. Sans le don de la révélation continue il ne peut y avoir de ministère autorisé sur terre ; et sans officiers dûment commissionnés il ne peut y avoir d'Église du Christ.

      La révélation est essentielle à l'Église non seulement pour l'appel et l'ordination correctes de ses ministres, mais aussi afin que les officiers ainsi choisis puissent être guidés dans leur administration - pour enseigner avec autorité les doctrines du salut, pour exhorter, encourager et, si c'est nécessaire, réprimander le peuple et lui déclarer, par la prophétie, les buts et la volonté de Dieu concernant l’Église, pour le présent et pour l'avenir. La promesse du salut n'est limitée ni dans le temps, ni dans le lieu, ni dans les personnes. C'est ce que Pierre enseigna le jour de Pentecôte, lorsqu'il assura à la multitude qu'elle avait droit aux bénédictions : « Car la promesse est pour vous, dit-il, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera » (Actes 2:39). Le salut, avec tous les dons de Dieu, fut, depuis le début, pour le Juif et le Grec également (voir Romains 10:12 ; Galates 3:28 ; Colossiens 3:11) ; car tous ont le même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l'invoquent, sans aucune distinction (voir Romains 3:22 ; voir aussi D&A 20:35).



Prétendues objections dans les Écritures

 

      Les adversaires de la doctrine de la révélation continue citent, en pervertissant de façon flagrante leur signification, certains passages scripturaux pour soutenir leur hérésie, passages parmi lesquels nous trouvons ceux qui suivent. Voici ce que dit Jean vers la fin de son livre : « Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre » (Apocalypse 22:18,19). Appliquer cette déclaration à la Bible telle qu'elle fut compilée par la suite est totalement injustifié car Jean n'écrivit pas son livre comme conclusion d'une compilation des Écritures comme celle que nous possédons maintenant dans notre Bible. Jean parlait simplement de ses propres prophéties qui, lui ayant été données par révélation, étaient sacrées ; et les altérer, par omission ou addition serait modifier la parole de Dieu. Ce serait un tout aussi grand péché d'altérer toute autre partie de la parole révélée. De plus, dans ce passage fréquemment cité, il n'est pas sous-entendu que le Seigneur ne peut pas ajouter à la parole qui y est révélée ou en retrancher ; il y est tout simplement déclaré qu'aucun homme ne peut changer le texte et échapper au châtiment. Moïse, plus de quinze siècles avant la date à laquelle Jean écrivit son livre (voir Deutéronome 4:2 ; 12:32), donna une injonction semblable interdisant d'altérer le message du commandement divin et ayant une application limitée similairement.

      Une autre prétendue objection à la révélation moderne se trouverait dans les paroles de Paul à Timothée, au sujet des Écritures « qui peuvent te rendre sage à salut » (2 Timothée 3:15) et qui sont « utiles pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne oeuvre » (2 Timothée 3:16,17). Les remarques de l'apôtre aux anciens d'Éphèse sont citées dans la même intention : « Vous savez... que je n'ai rien caché de ce qui vous était utile, et que je n'ai pas craint de vous prêcher et de vous enseigner publiquement et dans les maisons... car je vous ai annoncé tout le conseil de Dieu sans en rien cacher » (Actes 20:18-27). On soutient que si les Écritures connues de Timothée étaient parfaitement suffisantes pour le rendre « sage à salut » et pour faire de lui l'homme de Dieu « accompli et propre à toute bonne oeuvre », ces mêmes Écritures sont suffisantes pour tous les hommes jusqu'à la fin des temps ; et que si les doctrines prêchées aux anciens d'Éphèse représentaient « tout le conseil de Dieu », nous ne devons pas nous attendre à d'autre conseil. Pour répliquer à cela, il suffit peut-être de dire que si les adversaires de la révélation continue qui défendent leur position antiscripturale par l'interprétation forcée de tels passages, étaient logiques avec eux-mêmes, ils seraient obligés de rejeter toutes les révélations données par l'intermédiaire des apôtres après la date à laquelle Paul prononça ces paroles, ce qui exclurait même l'Apocalypse de Jean.

      Tout aussi intenable est l'affirmation que l'exclamation du Christ mourant : « Tout est consommé » signifiait que la révélation était terminée ; car nous trouvons ce même Jésus se révélant dans la suite, comme Seigneur, promettant aux apôtres d'autres révélations (voir Luc 24:49) et les assurant qu'il serait avec eux jusqu'à la fin (voir Matthieu 28:20 ; voir aussi Marc 16:20). De plus, si les paroles du Crucifié comportaient une telle signification, les apôtres qui enseignèrent selon qu'ils étaient directement et expressément guidés par la révélation aussi longtemps qu'ils vécurent, doivent être rangés parmi les imposteurs.

      Pour justifier l'anathème avec lequel les adversaires de la révélation moderne cherchent à persécuter ceux qui croient au flot continuel de la parole de Dieu à son Église, la prophétie suivante de Zacharie est citée : « En ce jour-là, dit l'Éternel des armées, j'exterminerai du pays les noms des idoles, afin qu'on ne s'en souvienne plus ; j'ôterai aussi du pays les prophètes et l'esprit d'impureté. Si quelqu'un prophétise encore, son père et sa mère qui l'ont engendré, lui diront : Tu ne vivras pas, car tu dis des mensonges au nom de l'Éternel ! Et son père et sa mère qui l'on engendré, le transperceront quand il prophétisera. En ce jour-là, les prophètes rougiront de leurs visions quand ils prophétiseront » (Zacharie 13:2-4). Le jour dont il est question semble encore être futur, car les idoles et les esprits impurs ont encore de l'influence ; et, de plus, Zacharie montre que les prophètes susmentionnés sont de faux prophètes en les associant aux idoles et esprits impurs.

      Les tentatives de réfuter la doctrine de la révélation continue comme celles qu'on a faites en invoquant l'autorité des Écritures, que nous venons de citer, sont misérablement futiles, car elles comportent leur propre réfutation et laissent intacte la vérité que la croyance en la révélation courante est tout à fait raisonnable et strictement scripturale.

 

La révélation des derniers jours

 

      À la lumière de nos connaissances que la continuité de la révélation est une caractéristique essentielle de l'Église, il est aussi raisonnable d'attendre de nouvelles révélations de nos jours que de croire à l'existence de ce don dans les temps anciens. « Quand il n'y a pas de révélation, le peuple est sans frein » (Proverbes 29:18) fut-il dit autrefois ; et il convient d'ajouter à la révélation la vision également, puisque ce don se manifeste souvent par des songes et des visions. Néanmoins, en dépit des témoignages nombreux et très clairs des Écritures, les confessions soi-disant chrétiennes de notre époque s'unissent pratiquement toutes pour affirmer que la révélation directe cessa avec les apôtres ou même avant leur époque ; que d'autres communications des cieux sont inutiles, et qu'en attendre n'est pas scriptural. En assumant cette position, les confessions opposées de notre époque ne font que suivre les sentiers déjà battus par les incroyants dans les temps anciens. Les Juifs apostats rejetèrent le Sauveur parce qu'il venait à eux avec une nouvelle révélation. N'avaient-ils pas Moïse et les prophètes pour les guider ? De quoi d'autre avaient-ils besoin ? Ils se vantèrent ouvertement : « Nous, nous sommes disciples de Moïse » et ajoutèrent : « Nous savons que Dieu a parlé à Moïse mais celui-ci nous ne savons d'où il est » (Jean 9:28,29).

      Les Écritures, loin d'affirmer la cessation de la révélation dans les derniers temps, proclament expressément le rétablissement et l'opération de ce don dans les derniers jours. Jean eut la vision du rétablissement de l'Évangile dans les derniers jours par le ministère d'anges ; et, ayant eu la vision de ce qui était alors futur, il prononça sa prophétie au temps passé, comme si elle s'était déjà accomplie : « Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l'annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue et à tout peuple » (Apocalypse 14:6). Il savait, en outre, que la voix de Dieu se ferait entendre dans les derniers jours pour rappeler son peuple de Babylone et le conduire en lieu sûr : « Et j'entendis du ciel une autre voix qui disait : Sortez du milieu d'elle, mon peuple, afin que vous ne participiez point à ses péchés, et que vous n'ayez point de part à ses fléaux » (Apocalypse 18:4).

      Le Livre de Mormon n'est pas moins clair lorsqu'il déclare que la révélation directe sera une bénédiction permanente pour l'Église dans les derniers jours. Notez la prophétie d'Éther le Jarédite ; le contexte montre que l'époque dont il est parlé est celle de la dernière dispensation : « Et en ce jour où ils [les Gentils] prouveront leur foi en moi, dit le Seigneur, comme le fit le frère de Jared, afin de devenir sanctifiés en moi, alors je leur manifesterai les choses que le frère de Jared a vues, leur dévoilant même toutes mes révélations, dit Jésus-Christ, le Fils de Dieu, le Père des cieux et de la terre et de toutes les choses qui s'y trouvent... celui qui croit ces choses que j'ai dites, je le visiterai par les manifestations de mon Esprit, et il saura et rendra témoignage » (Éther 4:7,11).

      Léhi, instruisant ses fils, cita une prophétie de Joseph, le fils de Jacob, qui n'est pas rapportée dans la Bible ; elle se rapporte spécialement à l’œuvre de Joseph, le prophète moderne : « Oui, Joseph a dit en vérité : Ainsi me dit le Seigneur : Je susciterai un voyant de choix du fruit de tes reins, et il sera en grand honneur parmi le fruit de tes reins. Je lui donnerai le commandement de faire une oeuvre pour le fruit de tes reins, ses frères, qui aura une grande valeur pour eux, car elle les amènera à connaître les alliances que j'ai faites avec tes pères » (2 Néphi 3:7).

      Néphi, fils de Léhi, parla, par prophétie, des derniers jours, lorsque les Gentils recevraient le témoignage du Christ, accompagné de nombreux signes et de manifestations merveilleuses : « par la puissance du Saint-Esprit, il se manifeste à tous
ceux qui croient en lui ; oui, à toutes les nations, familles, langues et peuples, faisant, selon leur foi, des miracles, des signes, et des prodiges puissants parmi les enfants des hommes. Mais voici, je prophétise devant vous concernant les derniers jours ; concernant les jours où le Seigneur Dieu manifestera ces choses aux enfants des hommes » (2 Néphi 26:13,14).

      Le même prophète, adressant ses avertissements aux incroyants des derniers jours, prédit l'apparition d'Écritures supplémentaires : « Et il arrivera que le Seigneur Dieu vous fera parvenir les paroles d'un livre ; et ce seront les paroles de ceux qui se sont assoupis. Et voici, le livre sera scellé ; et, dans ce livre, il y aura une révélation de Dieu, depuis le commencement du monde jusqu'à la fin » (2 Néphi 27:6,7).

      Le Sauveur, s'adressant aux Néphites, répéta la prédiction de Malachie concernant la révélation qui serait donnée par l'intermédiaire d'Élie, avant le jour de la seconde venue du Seigneur : « Voici, je vous enverrai Élie le prophète, avant que le jour grand et redoutable de l'Éternel arrive. Il tournera le cœur des pères vers les enfants, et le sœur des enfants vers leurs pères ; de peur que je ne vienne frapper la terre de malédiction » (3 Néphi 25:5,6 ; voir aussi Malachie 4:5,6 ; et, pour l'accomplissement, D&A 110:13-16).

      Par la révélation moderne, le Seigneur a confirmé et tenu ses promesses antérieures, et a expressément réprimandé ceux qui veulent lui fermer la bouche et détourner son peuple de lui. Sa voix se fait entendre aujourd'hui « prouvant au monde que les Saintes Écritures sont vraies, et que Dieu inspire les hommes et les appelle à son oeuvre sacrée à notre époque et dans notre génération, aussi bien que dans les générations d'autrefois ; montrant par là qu'il est le même Dieu, hier, aujourd'hui et à jamais » (D&A 20:11,12 ; voir aussi D&A 1:11 ; 11:25 ; 20:26-28 ; 35:8 ; 42:61 ; 50:35 ; 59:4 ; 70:3 ; et le volume entier, comme preuve de la continuation de la révélation dans l'Église de nos jours).

 

La révélation encore future

 

      Étant donné le fait démontré que la révélation de Dieu à l'homme a toujours été et est toujours une caractéristique de l'Église de Jésus-Christ, il est raisonnable d'attendre, avec un espoir confiant, la venue d'autres messages des cieux, même jusqu'à la fin de l'épreuve terrestre de l'homme. L'Église est et continuera à être aussi solidement fondée sur le roc de la révélation qu'elle l'était au jour de la bénédiction prophétique donnée par Jésus-Christ à Pierre, qui grâce à ce don de Dieu, fut à même de témoigner de la divinité de son Seigneur (voir Matthieu 16:16-19 ; Marc 8:27-29 ; Luc 9:18-20 ; Jean 6:69). La révélation courante prédit aussi clairement que celle des jours passés les manifestations encore futures de Dieu par cette voie choisie (Voir D&A 20:35 ; 35:8 ; et les références de D&A citées en dernier lieu). Le canon des Écritures est encore ouvert ; de nombreuses lignes, de nombreux préceptes doivent encore être ajoutés ; des révélations surpassant en importance et en plénitude glorieuse tout ce qui a été rapporté doivent encore être données à l'Église et proclamées au monde.

      Quelle justification, quel semblant de logique l'homme peut-il invoquer pour nier le pouvoir et les desseins de Dieu de se révéler, lui et sa volonté, en ces jours-ci, comme il l'a fait autrefois ? Dans tous les domaines des connaissances et des activités humaines, dans tout ce dont l'homme revendique la gloire, il est fier des possibilités de se développer et de faire des progrès. Cependant, dans la science divine de la théologie, il prétend que le progrès est impossible et l'avancement interdit. Contre une telle hérésie, contre une négation aussi blasphématoire des prérogatives et des pouvoirs divins, Dieu a proclamé son édit en paroles qui vont droit au but : « Malheur à celui qui dira : Nous avons reçu la parole de Dieu, et nous n'avons plus besoin de recevoir davantage de la parole de Dieu, car nous en avons assez ! » (2 Néphi 28:29 ; voir aussi verset 30 ; et 29:6-12). « Ne nie
pas l'esprit de révélation, ni l'esprit de prophétie, car malheur à celui qui nie ces choses » (D&A 11:25).

  

Source : James E. Talmage, Articles of Faith, Salt Lake City, 1890