Comment se fait-il que ceux qui ont vu Dieu sont restés vivants ?

 

 

Marc-Olivier R.

 

 

 

 

      Au printemps de 1820, Joseph Smith, 14 ans, bouleversé par le regain religieux et prosélyte de certaines Églises de sa région (sans doute entre 1818 et 1820) – ce qui l'amène à chercher laquelle des confessions a raison et à quelle Église il doit se joindre -, se rend dans un bois, non loin de chez lui, pour demander à Dieu de la sagesse en la matière. Il n’a pas terminé de prier qu’une colonne de lumière, plus brillante que le soleil, descend peu à peu jusqu’à tomber sur lui, et il voit deux Personnages dont l’éclat et la gloire défient toute description se tenir au-dessus de lui dans les airs. L’un d’eux l’appelle par son nom et dit, en lui montrant l’autre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le ! Dès que Joseph est assez maître de lui pour pouvoir parler, il demande aux Personnages qui se tiennent au-dessus de lui, dans la lumière, laquelle de toutes les confessions a raison et à laquelle il doit se joindre. Il lui est répondu de ne se joindre à aucune, car elles sont toutes dans l’erreur.

 

      Cet événement est aussitôt la cause d’une grande persécution qui va croissant, à l’encontre de Joseph, de la part de tous les partis religieux du voisinage. Quelque 24 ans plus tard, Joseph scelle son témoignage de son sang en mourant en martyre, lynché par une foule hostile. Alors et depuis, il s’est trouvé des gens pour prétendre que Joseph Smith était un imposteur ou était trompé par le diable, parce que la Bible dit que nul homme n'a jamais vu Dieu, que l’homme ne peut le voir sans en perdre la vie. 

 

      Nous allons nous pencher sur cet argument.

 

 

Dieu non visible

 

      Pour commencer, voyons quelques Écritures en faveur de ceux qui affirment qu'il était impossible à Joseph Smith de voir Dieu tout en conversant avec lui :

 

      Moïse dit : Fais-moi voir ta gloire ! […]

 

      L'Éternel dit : Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. (Exode 33:18,20)

 

      Personne n'a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l'a fait connaître. (Jean 1:18)

 

      Ce n'est pas que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu ; celui-là a vu le Père. (Jean 6:46. Ce même verset peut, en fait, être utilisé pour démontrer exactement le contraire : que Dieu est visible... Voir la suite de l’article).

 

      Et le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix, vous n'avez point vu sa face. (Jean 5:37)

 

      Personne n'a jamais vu Dieu ; si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. (1 Jean 4:12)

 

      Pris au premier degré et sans autre approfondissement de la question, ces versets nous mènent vers les deux conclusions suivantes :

 

      a) Aucun homme n'a jamais, en aucun temps, vu Dieu.

 

      b) Aucun homme ne peut voir Dieu et rester vivant.

 

 

Et pourtant…

 

      Pourtant, d'autres versets bibliques gênent ce raisonnement apparemment sans faille :

 

      Les yeux de l'un et de l'autre [Adam et Ève] s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et, ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures. Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. (Genèse 3:7-8) 


      Nous voyons qu'Adam et Ève, peu après avoir pris du fruit défendu, allaient recevoir la visite de Dieu. Notons que cette apparition devait être directe, sans ambiguïté - sinon, pourquoi Adam et Ève auraient-ils le besoin urgent de se cacher, s'ils ne s'attendaient pas à une visite visible de Dieu ? De plus, remarquez ici que la voix de « l'Éternel Dieu » est entendue, contrairement à l'affirmation de Jean 5:37 précédemment citée…  


      L'Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle avec son ami. (Exode 33:11)


      Moïse aurait vu Dieu ?.. C'est ce que semble suggérer le terme « face à face ».  


      Certains pourraient cependant argumenter en disant : « Moïse n'a pas vraiment vu Dieu ; du moins il n'a pas vraiment vu la face de Dieu… » Cette affirmation est contraire à un autre verset qui concerne la révélation de Dieu à Moïse :  


      Et il [l'Éternel] dit : Écoutez bien mes paroles ! Lorsqu'il y aura parmi vous un prophète, c'est dans une vision que moi, l'Éternel, je me révélerai à lui, c'est dans un songe que je lui parlerai. Il n'en est pas ainsi de mon serviteur Moïse. Il est fidèle dans toute ma maison. Je lui parle bouche à bouche, je me révèle à lui sans énigme, et il voit une représentation de l'Éternel. [...]  (Nombres 12:6-8) 


      La Bible de Jérusalem et la TOB sont encore plus précises ; elles disent au verset 8 :  


      Je lui parle face à face dans l'évidence, sans énigmes, et il voit la forme de Yahvé. […]  


      Je lui parle de vive voix – en me faisant voir – et non en langage caché ; il voit la forme du Seigneur. […]  


      Est-il compatible d'affirmer que Dieu s'est montré à Moïse pour parler « face à face dans l'évidence, sans énigme » et d'imaginer que ce dernier ne pouvait le contempler ? L'affirmation, selon laquelle Moïse a vu la face et la représentation (ou la forme) de Dieu, est-elle compatible avec celle qui dit qu'il n'a pu voir que son dos (voir Exode 33:23) ?  


      Pour éclairer ces questions, continuons notre étude sur le sujet en voyant d'autres cas similaires :  

      Jacob appela ce lieu du nom de Péniel ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée. (Genèse 32:31) 


      Ce verset nous intéresse tout particulièrement, car il nous donne une idée de la crainte qu'avait Jacob de voir la face de Dieu, et donc de mourir… Il y a cependant survécu, et c'est la raison même pour laquelle il a donné le nom de « Péniel » (ou « Penuel ») au lieu même de la rencontre, ce qui signifie, traduit en français, « Face de Dieu ». Cet élément ajoute de la force à l'affirmation que Jacob a littéralement conversé avec Dieu, face à face, comme Moïse le fit plus tard.  


      Certains objecteront que « mon âme a été sauvée » peut être une référence au Salut Éternel, et non au fait que Jacob craignait pour sa vie. Cette affirmation tiendrait si nous n'avions pas les précisions des bibles suivantes :  


      Louis Segond, version révisée de 1978 :  


      Jacob donna à cet endroit le nom de Péniel ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été préservée. (« et mon âme a été préservée » est suivi d’une note de bas de page : « Ou : j'ai eu la vie sauve ») 


      Bible de Jérusalem : 


      Jacob donna à cet endroit le nom de Penuel, « car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve ».  


      Ces deux précisions ne laissent plus beaucoup de place à de nombreuses interprétations de « mon âme a été sauvée » ; et l'affirmation que Dieu s'est bel et bien montré à Jacob à Péniel est renforcée par la signification même du nom donné au lieu (« Face de Dieu »).  


      Nous passerons en revue d'autres versets significatifs qui démontrent que des hommes ont vu Dieu ; nous pouvons, cependant, à partir de ces trois références, opter pour le résumé provisoire suivant : nul homme ne peut voir Dieu, si ce n'est en des circonstances particulières, selon la volonté de Dieu.  


      Nous renforcerons à présent cette affirmation par ce qui suit : 


      Moïse monta avec Aaron, Nadab et Abihu, et soixante-dix anciens d'Israël. Ils virent le Dieu d'Israël ; sous ses pieds, c'était comme un ouvrage de saphir transparent, comme le ciel lui-même dans sa pureté. Il n'étendit point sa main sur l'élite des enfants d'Israël. Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent. (Exode 24:9-11) 


      Remarquez en outre la précision de la Bible de Jérusalem (la TOB s'exprimant en des termes similaires) sur la deuxième partie des versets :  


      Il [Yahvé] ne porta pas la mains sur les notables des Israélites. Ils contemplèrent Dieu, puis ils mangèrent et burent. 


      Ce verset non seulement confirme l'expérience de Jacob (la possibilité de voir Dieu en étant dans la chair), mais en plus il met en valeur la possibilité de perdre la vie dans l'expérience. En effet, on note dans le verset 11 que le Seigneur « ne porta pas la main sur les notables » d'Israël ; ceci vient renforcer l'idée que certaines circonstances voulues du Seigneur peuvent apporter une dérogation à la règle qui précise que nul homme ne peut voir la face de Dieu et vivre.  


      Le cas d'Ésaïe, à présent :  


      L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple. (Ésaïe 6:1)  


      Pour une meilleure compréhension de ce verset, nous nous tournons vers la Bible de Jérusalem :


       L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : « Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la Terre. » Les montants des portes vibrèrent au bruit de ces cris, et le Temple était plein de fumée. Alors je dis : « Malheur à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au sein d'un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. » L'un des Séraphins vola vers moi, tenant dans sa main une braise qu'il avait prise avec des pinces sur l'autel. Il m'en toucha la bouche et dit : « Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné. » (Ésaïe 6:1-7) 


      Nous avons là un autre exemple d'un prophète du Seigneur à qui il est donné de contempler Dieu et qui s'attend à mourir, sachant la chose impossible. La suite des événements est hautement intéressante, mais je m’abstiens de tout commentaire à l'heure actuelle sur ce passage et y reviendrai plus tard ; qu'il suffise à ce stade de remarquer que tant Jacob qu'Ésaïe étaient persuadés qu'on ne pouvait voir Dieu et vivre, et pourtant l'un et l'autre ont fait l'expérience que cette règle peut avoir une dérogation.  


 

Le cas d'Étienne  


      Voyons à présent brièvement un passage tiré du Nouveau Testament ; nous le confronterons à Jean 5:37 qui affirme, par la bouche de Jésus, que l'homme n'a « jamais entendu [la] voix [du Père], [qu'il n'a] point vu sa face ».  


      Mais Étienne, rempli du Saint-Esprit, et fixant les regards vers le ciel, vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu, et il dit : Voici, je vois les cieux ouverts, et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. (Actes 7:55-56)

 

      Étienne a vu Dieu le Père, et à sa droite, Jésus-Christ. Je laisse cependant le droit à certains de contester cette affirmation ; leur argument sera certainement le suivant : il est dit qu'Étienne « vit la gloire de Dieu ». Qu'il affirme voir Jésus à la droite de Dieu ne signifie nullement qu'il ait vu Dieu le Père ; à l'intérieur de cette gloire, se trouve le Père, et Étienne n'a vu que la gloire de Dieu, et non Dieu lui-même.  


      C'est un argument qui tient presque debout. Le lecteur attentif remarquera qu'Étienne voit « la gloire de Dieu », puis, il voit « Jésus debout à la droite de Dieu ». Cette séparation claire annonce une toute autre compréhension de ce verset : aussi bien Dieu le Père que Jésus-Christ « baignaient » dans cette gloire. Étienne voit d’abord la gloire de Dieu, puis il voit Dieu et Jésus-Christ. Ce serait une erreur de faire un amalgame entre la gloire de Dieu et Dieu lui-même. Et même si nous devions faire un tel amalgame, le problème ne serait nullement résolu ; revoyons la réponse du Seigneur à Moïse, qui lui avait demandé de manifester sa gloire (voir Exode 33:18) :

 

      Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu'à ce que j'aie passé. (Exode 33:22)

 

      Nous avons vu que le fait de voir la face de Dieu pouvait provoquer la mort ; ce verset nous informe que même lorsque la gloire de Dieu se manifeste, il est nécessaire d'être « couvert de la main du Seigneur », car la gloire de Dieu ne peut être contemplée… Je pose donc la question à ceux qui affirment qu'Étienne n'a vu « que » la gloire de Dieu : comment se fait-il que Moïse n'ait pu la contempler (du moins à ce moment précis), mais Étienne oui ? A bien y penser, contempler la face de Dieu ou contempler la gloire de Dieu a la même conséquence : en temps « normal », la mort du corps physique.

 

      Le lecteur remarquera en outre que, dans le cas de Moïse qui demande à voir la gloire de Dieu, le Seigneur lui rétorque qu'il ne peut voir sa face, créant ainsi un lien étroit entre sa face et sa gloire. Pourquoi donc, si Étienne a pu contempler la gloire de Dieu, n'aurait-il pas aussi pu voir sa personne – et donc sa face ? En vérité, Étienne a vu les deux : la gloire de Dieu, et Dieu le Père, avec le Fils à sa droite (cette affirmation lui vaudra la lapidation pour blasphème. Voir Actes 7:57-58)

 

 

Jean 6:46 et Jean 5:37

 

      Ce n'est pas que personne ait vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu ; celui-là a vu le Père. (Jean 6:46)

 

      Qui est « celui qui vient de Dieu » ? La réponse à cette énigme nous aidera à répondre à la question plus générale : comment se fait-il que la Bible rapporte le cas d'hommes ayant vu Dieu, alors que cette même Bible affirme que nul ne l'a vu ?

 

      Première interprétation possible : « celui qui vient de Dieu » est Jésus-Christ, Fils de Dieu. C'est une interprétation de premier degré, simple et logique, mais qui ne résout pas la contradiction.

 

      Une deuxième interprétation – davantage de second degré – peut également être étudiée : « celui qui vient de Dieu » est un envoyé du Seigneur, ou un homme qu'il agrée. Exemple, le cas de Moïse :

 

      Dieu dit à Moïse : Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle « Je suis » m'a envoyé vers vous. (Exode 3:14)

 

      L'Éternel envoya un prophète aux enfants d'Israël […]  (Juges 6:8)

 

      Les exemples sont légions. Ainsi, un « envoyé de Dieu », n'est-il pas un homme qui « vient de Dieu » ? C'est en tous cas une interprétation possible. Elle est moins évidente que la lecture selon laquelle Jean 6:46 fait référence au Christ, mais elle est une explication possible à la contradiction soulevée.

 

      Examinons encore le cas le Jean 5:37 :

 

      Et le Père qui m'a envoyé a rendu lui-même témoignage de moi. Vous n'avez jamais entendu sa voix, vous n'avez point vu sa face.

 

      Le problème posé par ce verset réside dans l'affirmation que nul n'aurait vu la face de Dieu, et de plus, nul n'a entendu sa voix (dans la mesure, bien sûr, où nous avons une lecture littérale de ces passages). Il y a dans un premier temps une contradiction évidente entre ce verset et ceux qui rendent compte du baptême de Jésus où le Père a fait entendre sa voix du haut des Cieux :

 

      Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. (Matthieu 3:16-17)

 

      Des hommes ont donc entendu la voix Dieu. Mais le fait de l'entendre est-il lié à des conditions similaires au fait de le voir ? Nous serions en droit de le penser à la lumière de ce verset :

 

      Lorsque vous eûtes entendu la voix du milieu des ténèbres, et tandis que la montagne était toute en feu, vos chefs de tribus et vos anciens s'approchèrent tous de moi, et vous dîtes : Voici l'Éternel notre Dieu, nous a montré sa gloire et sa grandeur, et nous avons entendu sa voix du milieu du feu ; aujourd'hui, nous avons vu que Dieu a parlé à des hommes et qu'ils sont demeurés vivants. Et maintenant pourquoi mourrions-nous ? Car ce grand feu nous dévorera ; si nous continuons à entendre la voix de l'Éternel, notre Dieu, nous mourrons. Quel est l'homme, en effet, qui ait jamais entendu, comme nous, la voix du Dieu vivant parlant du milieu du feu, et qui soit demeuré vivant ?  (Deutéronome 5:23-26)

 

      Dans la Bible de Jérusalem, la deuxième partie du verset 24 rend la chose encore plus claire :

 

      […] Nous avons vu aujourd'hui que Dieu peut parler à des hommes, et l'homme rester en vie.

 

      Remarquez que dans cette traduction il est entendu que non seulement Dieu a parlé à des hommes de par le passé, mais qu'en plus il peut le faire en tout temps, sans pour autant que cela porte nécessairement atteinte à leur vie.

 

      Les Israélites savaient qu'un homme ne pouvait voir Dieu et vivre – sauf exception, peut-être – et ils avaient la même conviction concernant la voix même de Dieu : un homme ne peut entendre Dieu et vivre. Et pourtant, des Israélites ont entendu sa voix et ont vécu, tout comme des hommes ont contemplé sa face et ont vécu. Jean 5:35 semble donc en contradiction avec les expériences, les cas concrets que nous venons d'examiner.

 

      En attendant de résoudre cette contradiction, renforçons de la manière suivante notre conclusion provisoire, citée plus haut : nul homme ne peut voir, ni entendre Dieu, si ce n'est en des circonstances particulières, selon la volonté de Dieu.

 

 

Résoudre la contradiction

 

      Reste néanmoins une contradiction de taille à résoudre. Nous avons vu au début que certains versets ont affirmé, sans équivoque, que nul n'a jamais, en tous temps, vu Dieu. (Nous pourrions ajouter : « entendu ».) Nous avons cependant remarqué que bien qu'il n'était pas possible de voir (ni entendre) Dieu et vivre, il y a eu des exceptions : Jacob, Moïse, Ésaïe, Job (voir Job 42:5), etc. Il y a manifestement un paradoxe entre l'affirmation « nul n'a jamais vu Dieu » et « il y a des cas exceptionnels ».

 

      Les opposant à cette dernière idée poseront les deux contre-arguments suivants :

 

      a) les prophètes n'ont pas vraiment vu Dieu ; ils ont contemplé quelque chose le représentant : feu, lumière, etc.

 

      b) Jéhovah, dans l'Ancien Testament est Dieu le Fils (Jésus-Christ), et non Dieu le Père.

 

      Le point a) est d'ores et déjà mis de côté par la clarté des descriptions que nous avons lues dans les versets indiqués plus haut. Jacob a appelé le lieu de sa rencontre « face à face » avec Dieu « Péniel » (qui signifie "Face de Dieu"), Moïse a parlé « face à face » avec Dieu – ce dernier affirmant en outre qu'il s'est présenté à lui sans ambiguïté -, Ésaïe a eu une vision du Seigneur (et l'a donc contemplé), avec beaucoup de symbolisme (voir Ésaïe 6:1-4), etc.

 

      Le point b) est par contre très intéressant. Je me souviens que c'était un Adventiste du 7e Jour qui m'avait rétorqué cela pour la première fois – ce avec quoi les saints des derniers jours seront entièrement d'accord : Jéhovah est bel et bien Jésus-Christ. Sa conclusion était très simple : Jéhovah, le Fils, pouvait être vu, mais ce n'était pas le cas du Père. Malheureusement, cette conclusion ne tient pas compte des points suivants :

 

      a) Il a été dit à Moïse qu'il ne pouvait voir la face de Dieu et vivre (voir Exode 33:20) ; qui a parlé à ce moment-là ? Nul autre que Jéhovah (Yahvé), donc Jésus-Christ, et non le Père.

 

      b) Ésaïe a vu Jéhovah, et craignait pour sa vie (Ésaïe 6:5 :« Alors je dis : Malheur à moi, je suis perdu ! Car […] mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. »).

 

      c) Étienne a vu Dieu le Père et Jésus-Christ, l'un à côté de l'autre.

 

      En fin de compte, il importe peu que les prophètes aient vu le Père ou le Fils, les conditions pour voir l'un étant les mêmes que pour voir l'autre. Il est autant risqué pour sa vie de voir Jéhovah (Jésus déifié et glorifié) qu'Élohim (nom attribué au Père, parfois aussi au Fils dans l'Ancien Testament tel qu'il est transcrit aujourd'hui) ; une telle rencontre peut entraîner la mort dans un cas comme dans l'autre.

 

    Nous voilà donc pas plus avancés qu'avant : il y a toujours une contradiction apparente.

 

 

Erreur de copiste ?

 

      Il n'y a que peu de doutes que des erreurs de copistes se soient insérées dans nos Bibles. Nous rappelons au lecteur que jusqu'à l'amélioration de l'imprimerie par Gutenberg (vraisemblablement en 1438, la première « Bible à 42 lignes » ayant été imprimée en 1455), les textes anciens se recopiaient à la main ; tantôt en grands exemplaires, tantôt en petits exemplaires comme c'était le cas des premiers textes dont l'usage était strictement réservé et limité. C'était aussi le cas, des écrits antiques. Par exemple, pour ce qui est du cas de l'Ancien Testament, la plupart des Bibles se basent sur le texte massorétique établi par les Juifs entre le VIIIe et le IXe siècle après Jésus-Christ. Les traducteurs s'appuient en outre sur d'autres versions (en grec, en syriaque, en hébreux ou en latin) parfois plus claires de l'Ancien Testament pour améliorer la compréhension de certains points obscurs. De plus, la découverte des rouleaux de la mer Morte a mis à jour bien des différences de sens entre ces écrits et les Bibles actuelles (voir la préface de la Bible de Louis Segond, édition de 1978, page VII).

 

      Pour plus d'informations, nous vous invitons à lire simplement les pages d'introduction de beaucoup de Bibles qui démontrent la difficulté liée aux traductions, et leurs origines.

 

      Pour revenir au sujet qui nous concerne, nous ne pouvons exclure la possibilité que la contradiction « Dieu visible – Dieu invisible » ait pu surgir d'une erreur de copiste. L'âge des écrits, les nombreuses mains entre lesquelles ils sont passés pour être copiés, recopiés, traduits et révisés ont pu être la cause d'imprécisions, voire de manipulations plus ou moins volontaires. Il n'y a que peu de doutes qu'une erreur ait pu s'immiscer ici ou là dans le texte, ou même que des fragments aient été volontairement retirés ou modifiés, ceci dans un souci de « clarté » ou, pire, dans le but d'appuyer une doctrine pré-établie.

 

      En tous les cas, les saints des derniers jours sont acquis à l'idée que des éléments parfois importants manquent dans les Bibles d'aujourd'hui. Fort de cette conviction, Joseph Smith a recherché par l'inspiration à corriger quelques-uns de ces écrits faisant défaut, ceci dans le but de clarifier le véritable sens des versets.

 

      En ce qui nous concerne, il serait intéressant de nous tourner vers les traductions inspirées (ou « interprétations inspirées ») suivantes :

 

      Il dit à Moïse : Tu ne peux pas voir ma face en ce moment, de peur que ma colère ne s'allume aussi contre toi, et que je ne te fasse périr, toi et ton peuple ; car aucun homme parmi eux ne peut me voir en ce moment, et vivre, car ils sont extrêmement pécheurs. Et il n’y a jamais eu de pécheur, et il n' y aura jamais à aucun moment de pécheur qui verra ma face et qui vivra. (Exode 33:20, dans Guide des Écritures, Traduction de Joseph Smith)

 

      Puis je retirerai ma main, et tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra être vue, comme à d'autres moments ; car je suis en colère contre mon peuple d'Israël. (Exode 33:23, dans Guide des Écritures, Traduction de Joseph Smith)

 

      Personne n'a jamais vu Dieu sans rendre témoignage du Fils ; car si ce n'est par son intermédiaire, nul ne peut être sauvé. (Jean 1:19, dans Guide des Écritures, Traduction de Joseph Smith. Correspond à Jean 1:18 dans les Bibles courantes)

 

      Personne n'a jamais vu Dieu, si ce n'est ceux qui croient. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous. (1 Jean 4:12, dans Guide des Écritures, Traduction de Joseph Smith)

 

      Ces interprétations inspirées sont intéressantes, car elles ont la qualité de nous ouvrir à une nouvelle façon de comprendre ces versets et de modifier notre conclusion provisoire initiale afin de la rendre plus précise : nul homme ne peut voir Dieu et vivre, si ce n'est en se libérant du péché et en rendant témoignage du Fils de Dieu.

 

      À titre de comparaison, il temps de revenir sur le passage d’Ésaïe précédemment cité ; je prie le lecteur d'être attentif au fait qu'Ésaïe craignait pour sa vie lorsqu'il vit le Seigneur en vision ; pas seulement parce qu'il voyait Dieu – événement déjà extraordinaire en soit – mais surtout parce qu'il le voyait alors qu’il se considérait lui-même dans un état pécheur :

 

      L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône grandiose et surélevé. Sa traîne emplissait le sanctuaire. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui, ayant chacun six ailes, deux pour se couvrir la face, deux pour se couvrir les pieds, deux pour voler. Ils se criaient l'un à l'autre ces paroles : « Saint, saint, saint est Yahvé Sabaot, sa gloire emplit toute la Terre. » Les montants ses portes vibrèrent au bruit de ces cris, et le Temple était plein de fumée. Alors je dis : « Malheur à moi, je suis perdu ! Car je suis un homme aux lèvres impures, j'habite au sein d'un peuple aux lèvres impures, et mes yeux ont vu le Roi, Yahvé Sabaot. » L'un des Séraphins vola vers moi, tenant dans sa main une braise qu'il avait prise avec des pinces sur l'autel. Il m'en toucha la bouche et dit : « Voici, ceci a touché tes lèvres, ta faute est effacée, ton péché est pardonné. » (Ésaïe 6:1-7 ; Bible de Jérusalem)

 

      Difficile de ne pas tirer de parallèle avec la traduction de Joseph Smith d'Exode 33:20, déjà citée :

 

      Il dit à Moïse : Tu ne peux pas voir ma face en ce moment, de peur que ma colère ne s'allume aussi contre toi, et que je ne te fasse périr, toi et ton peuple ; car aucun homme parmi eux ne peut me voir en ce moment, et vivre, car ils sont extrêmement pécheurs. Et il n’y a jamais eu de pécheur, et il n' y aura jamais à aucun moment de pécheur qui verra ma face et qui vivra.

 

      Manifestement, la nature du péché d'Ésaïe était moindre en comparaison avec celle du peuple d'Israël. Les deux versets se rejoignent sur l'idée qu’être exempt de péché est une condition sine qua non pour voir Dieu.

 

 

Vivifié par l'Esprit

 

      À présent, étudions une dernière condition nécessaire pour voir Dieu. Ce n'est pas la moindre, et c'est certainement la clé principale qui nous permettra de résoudre la contradiction. C'est ce que nous appelons dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Dernier Jours « être vivifié par l'Esprit », ou encore être « transfiguré ». Toute personne ayant lu le Nouveau Testament connaît certainement l'épisode de Jésus-Christ transfiguré sur la montagne :

 

      Il fut transfiguré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. (Matthieu 17:2 ; voir les versets 1 à 8)

 

      De même, Moïse, descendant de la montagne, avait le visage illuminé de sa rencontre avec Dieu :

 

      Moïse descendit de la montagne de Sinaï, ayant les deux tables du témoignage dans sa main, en descendant de la montagne ; et il ne savait pas que la peau de son visage rayonnait, parce qu'il avait parlé avec l'Éternel. [...] Lorsque Moïse eut achevé de leur parler, il mit un voile sur son visage. Quand Moïse entrait devant l'Éternel pour lui parler, il ôtait le voile jusqu'à ce qu'il sortît; et quand il sortait, il disait aux enfants d'Israël ce qui lui avait été ordonné. Les enfants d'Israël regardaient le visage de Moïse, et voyaient que la peau de son visage rayonnait; et Moïse remettait le voile sur son visage jusqu'à ce qu'il entrât pour parler avec l'Éternel. (Exode 34: 29, 33-35)

 

      Il est relativement aisé de tirer un parallèle entre ce verset-ci et l'expérience de la transfiguration du Christ, les effets extérieurs étant les mêmes. La Perle de Grand Prix nous apporte quelques précisions supplémentaires et confirme toutes les suppositions à ce sujet :

 

      Et il arriva que de nombreuses heures s'écoulèrent avant que Moïse ne retrouvât sa force naturelle d'homme ; et il se dit : à cause de cela, je sais que l'homme n'est rien, ce que je n'avais jamais supposé. Mais mes propres yeux ont vu Dieu ; mais pas mes yeux naturels, mais mes yeux spirituels, car mes yeux naturels n'auraient pu voir, car je me serais desséché et serais mort en sa présence ; mais sa gloire était sur moi, et j'ai vu sa face, car j'étais transfiguré devant lui. (Moïse 1:10-11)

 

      Le pouvoir de Dieu doit donc reposer sur la personne à qui le Seigneur se dévoile, dans le but de la protéger de sa grandeur, de sa gloire immense et insupportable pour l'homme charnel et naturel. Lorsque les Écritures disent que nul homme n'a jamais vu Dieu, elles disent vrai car l'homme dans son état naturel, sans être couvert de la main du Seigneur, sans être « transfiguré », ne saurait contempler la face de Dieu et vivre. Seul un état de transfiguration permet de voir, avec des yeux spirituels, ce que les yeux naturels ne peuvent supporter - ce qui n'amoindrit en rien la qualité et la réalité de l'apparition, bien au contraire.

 

      À mon sens, c'est à ce niveau-là que se situe principalement la contradiction entre l'idée d'un Dieu visible et celle d'un Dieu invisible, tous deux présentes dans nos Bibles. Car il est vrai que nul homme n'a jamais pu, en aucun temps, ni ne pourra jamais contempler la face de Dieu, dans son état charnel, naturel et pécheur. Une purification et une transfiguration sont nécessaires pour pouvoir contempler, avec des « yeux spirituels », le Seigneur dans sa gloire.

 

 

Conclusion : savoir par le Saint-Esprit

 

      Jusqu'à présent, une grande quantité de savants et d'exégètes se sont évertués à prendre le problème dans un certains sens : Dieu est invisible, et toute Écriture qui dit le contraire doit être interprétée de telle façon à ce qu'elle corresponde à ce dogme. Mais nous avons vu qu'il y avait d'autres moyens de résoudre cette contradiction – tout simplement en abordant ce thème sous un angle différent et en ajoutant à sa problématique certains détails qui aident à sa compréhension.

 

      Je propose la conclusion définitive suivante :

 

      Nul homme ne peut voir Dieu et vivre, si ce n'est dans un état transfiguré, libéré du péché, selon le bon vouloir de Dieu, après avoir acquis et rendu témoignage du Fils de Dieu.

 

      J'invite toute personne sincère à écouter le message du Christ ; non seulement celui qu'il a révélé dans les temps anciens par ses prophètes et ses apôtres, mais également celui qu'il a révélé par ses prophètes et ses apôtres à notre époque, à commencer par le témoignage même du prophète Joseph Smith. Si vous doutez de la véracité de la Première Vision de Joseph Smith – à savoir celle où Dieu le Père et Jésus-Christ lui sont apparus – je vous recommande de vous agenouiller devant notre Créateur et de lui demander, au nom du Christ, en toute sincérité et avec foi, si Dieu s'est bien révélé à lui, sans ambiguïté, comme il l'a fait avec Moïse et avec d'autres. Si vous le faites d'un cœur sincère et avec une intention réelle, je vous témoigne que le Seigneur se manifestera à vous par l'intermédiaire du Saint-Esprit – ou par tout autre moyen qu'il jugera utile – et vous confirmera que le Dieu du ciel et de la terre s'est manifesté en ces derniers jours et a montré son visage à nouveau à un prophète de Dieu : Joseph Smith.

 

      Je témoigne que Dieu vit, que son Fils Jésus-Christ est notre Sauveur et Rédempteur, qu'ils répondent aux prières sincères, qu’ils nous aiment et veulent que nous connaissions la vérité et retournions à eux.

 

 

Note : Sauf indication, les citations bibliques sont tirées de la traduction de Louis Segond, version 1910


 

Première parution : 09/10/2002

Mise à jour : 29/07/ 2008

 

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