Destin ou tragédie ?

 

 

Spencer W. Kimball (1895-1985)

 

Membre du collège des Douze de 1943 à 1970

Président suppléant du collège des Douze de 1970 à 1972

Président du collège des Douze de 1972 à 1973

Président de l’Église de 1973 à 1985

 

 

  

       Il y a eu récemment de nombreuses tragédies et puisque tant de gens semblent rendre le Seigneur responsable de toutes ces tragédies et sont contrariés devant ce qui semble être une calamité, qu'il me soit permis de vous présenter quelques pensées qui, je l'espère, pourront soulager les tensions, vous pousser à réfléchir sainement et peut-être répondre au moins partiellement à quelques-unes des questions que l'on pose si souvent et auxquelles on répond si rarement ? 

 

       Le Seigneur aurai-t-il pu empêcher ces tragédies ? La réponse est OUI. Le Seigneur est tout-puissant et a tout pouvoir pour dominer notre vie, nous épargner la souffrance, empêcher tous les accidents, conduire tous les avions et toutes les autos, nous nourrir, nous protéger, nous épargner le travail, l'effort, la maladie et même la mort. Mais est-ce là ce que nous voulons ? Voulons-nous protéger nos enfants de l'effort, des déceptions, des tentations, des chagrins, des souffrances ?

 

      La loi fondamentale de l'Évangile est le libre arbitre. Nous obliger à être prudents ou justes ce serait annuler cette loi fondamentale et la progression serait impossible.

 

       Devons-nous toujours être protégés des vicissitudes, de la souffrance, de la douleur, des sacrifices ou du travail ? Le Seigneur doit-il protéger les justes ? Doit-il immédiatement punir les méchants ? Si la progression découle de l'amusement ou de la facilité et d'une vie vide de toutes responsabilités, alors pourquoi nous donner la peine de travailler ou apprendre à vaincre ? Si le succès se mesure aux années que nous vivons, alors la mort prématurée est un échec et une tragédie. Si la vie terrestre est la fin de tout, comment pouvons-nous jamais justifier la mort, même dans la vieillesse ? Si nous considérons la mortalité comme une existence complète, alors la souffrance, la douleur, l'échec et une vie brève pourraient être une calamité. Mais si nous considérons toute la vie comme une chose éternelle s'étendant bien loin dans le passé prémortel et jusque dans l'avenir éternel après la mort, alors tout se situe dans sa perspective propre et prend la place qui lui revient.

 

       N'y a-t-il pas de la sagesse dans le fait qu'il nous donne des épreuves afin que nous les surmontions, des responsabilités afin que nous nous réalisions, du travail pour durcir nos muscles, la douleur pour mettre notre âme à l'épreuve ? Ne nous est-il pas permis d'avoir des tentations pour mettre à l'épreuve notre force ? La maladie pour que nous apprenions la patience ? La mort pour que nous soyons immortalisés et glorifiés ?  

 

      La vie continue et le libre arbitre reste. La mort, qui paraît une calamité, pourrait être une bénédiction déguisée.

 

      Si nous disons que la mort prématurée est une calamité, un désastre ou une tragédie, cela ne voudrait-il pas dire que la mortalité est préférable à une entrée plus précoce dans le monde des esprits et finalement dans le salut et l'exaltation ? Si la mortalité est l'état parfait, alors la mort est une frustration, mais l'Évangile nous enseigne qu'il n'y a pas de tragédie dans la mort mais seulement dans le péché.

 

      Or nous voyons que beaucoup de gens sont prêts à critiquer quand quelqu'un de juste est tué, quand un jeune père ou une jeune mère sont enlevés à leurs enfants ou quand une mort violente se produit. Certains perdent la foi et s'aigrissent lorsque l'imposition des mains par de saints hommes semble être vaine et qu'aucune guérison ne semble résulter de cercles de prière répétés. Mais si tous les malades étaient guéris, si tous les justes étaient protégés et les méchants détruits, le programme tout entier du Père serait annulé et le principe fondamental de l'Évangile, le libre arbitre, prendrait fin.

 

       Si la souffrance, la douleur et le châtiment total suivaient immédiatement toute mauvaise action, pas une âme ne répéterait un méfait. Si la joie, la paix et les récompenses étaient instantanément données à celui qui fait le bien, il n'y aurait pas de mal - tous feraient le bien et non pas parce que c'est juste de faire le bien. Il n'y aurait pas d'épreuve de la force, pas de développement du caractère, pas de progression des pouvoirs, pas de libre arbitre, rien qu'une domination satanique.

 

       Si toutes les prières étaient immédiatement exaucées selon nos désirs égoïstes et notre intelligence limitée, il n'y aurait pour ainsi dire pas de souffrances, de douleur, de déceptions, même de mort, et si celles-là n'étaient pas, il y aurait aussi une absence de joie, de succès, de résurrection, de vie éternelle et de divinisation.

 

      « Il doit nécessairement y avoir une opposition en toutes choses » (2 Néphi 2:11).

 

      Dieu sait ce qu'il fait. Il voit la fin depuis le commencement. Il sait ce qui va nous édifier ou nous  détruire,  ce qui va contrarier la progression et ce qui va nous donner le triomphe final.

 

       Le Seigneur ne guérit pas toujours les malades ni ne sauve ceux qui se trouvent dans des zones dangereuses. Il ne soulage pas toujours la souffrance et la détresse, car même ces situations apparemment indésirables peuvent faire partie d'un plan bien précis.

 

       Étant humains nous expulserions de notre vie la douleur, la détresse, la souffrance physique et l'angoisse mentale et nous nous assurerions une aisance et un confort continuels, mais si nous fermions les portes à ces éléments-là, nous risquerions d'éliminer nos plus grands amis et nos plus grands bienfaiteurs. La souffrance peut transformer les gens en saints quand ils apprennent la patience, la longanimité et la maîtrise de soi. Les souffrances de notre Sauveur ont fait partie de son éducation.

 

       « (Jésus) a appris, bien qu'il fût Fils, l'obéissance par les choses qu'il a souffertes, et qui, après avoir été élevé à la perfection, est devenu pour tous ceux qui lui obéissent l'auteur d'un salut éternel » (Hébreux 5:8-9).

 

    Je suis certain qu'il y a un moment pour mourir. Je ne suis pas fataliste. Je crois que beaucoup de gens meurent avant 'leur temps' parce qu'ils sont insouciants, brutalisent leur corps, prennent des risques inutiles ou s'exposent à des dangers, à des accidents et à la maladie.

 

       « Il y a un temps pour tout, un temps pour toutes choses sous les cieux : un temps pour naître, et un temps pour mourir ; un temps pour planter et un temps pour arracher ce qui a été planté » (Ecclésiaste 3:1-2).

 

       Dieu contrôle notre vie, nous guide et nous bénit, mais nous donne notre libre arbitre. Nous pouvons organiser notre vie en accord avec le plan qu'il a prévu pour nous ou nous pouvons le raccourcir ou y mettre stupidement fin.

 

       Je suis absolument sûr que le Seigneur a planifié notre destinée. Nous pouvons raccourcir notre vie, mais je crois que nous ne pouvons pas l'allonger de beaucoup. Un jour nous comprendrons pleinement et lorsque, avec le recul du futur, nous regarderons en arrière nous serons satisfaits des événements de cette vie qui nous paraissaient si difficiles à comprendre.

 

       Nous savions avant de naître que nous venions sur la terre pour recevoir un corps et de l’expérience et que nous aurions des joies et du chagrin, des souffrances et de la consolation, la santé et la maladie, le succès et la déception. Nous savions aussi que nous mourrions. Nous avons accepté toutes ces éventualités d'un cœur joyeux. Nous étions disposés à venir accepter la vie telle qu'elle se présenterait et telle que nous pourrions l'organiser et la gérer et ce, sans nous plaindre et sans exigence déraisonnable. Nous pensons parfois que nous aimerions savoir ce qui nous attend, mais le bon sens nous ramène à accepter la vie jour après jour et à honorer et à glorifier ce jour.

 

 

Source : Spencer W. Kimball, Tragedy or Destiny ; BYU Extension Publication, An Apostle Speaks to Youth, Series 1, 1955