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Histoire des temples

 

 

James E. Talmage (1862-1933)

 

Président de l'université d'Utah de 1894 à 1897

Membre du collège des Douze de 1911 à 1933

 

 

 

      Le terme « temple » a un sens restreint et précis quand il est utilisé littéralement, tant par dérivation que dans l'usage courant. L'idée essentielle exprimée par le mot « temple » est et a toujours été celle d’un lieu réservé spécialement à un service considéré comme sacré, et d'une sainteté réelle ou supposée. Dans un sens plus restreint, un temple est un bâtiment exclusivement consacré à des cérémonies et des rites sacrés.

 

      Le latin Templum était l'équivalent de I’hébreu Beth Elohim, et signifiait la demeure de la Divinité ; dès lors, étant associé au culte de la Divinité, il signifiait littéralement la Maison du Seigneur. Il est intéressant et instructif à cet égard de considérer l'importance du nom Béthel, contraction de Beth Elohim, donnée par Jacob au lieu où le Seigneur se manifesta à lui. Il dit : « Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! Il eut peur et dit : Que ce lieu est redoutable ! Et Jacob se leva de bon matin ; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. Il donna à ce lieu le nom de Béthel » (Genèse 28:16-19 ; lire de 10 à 22).

 

      Des édifices considérés dans leur intégralité comme des sanctuaires, ou comprenant des locaux ainsi désignés, on été construits à de nombreuses époques différentes. Les auteurs en étaient aussi bien des idolâtres que des disciples du Dieu vrai et vivant. Les temples païens de l’antiquité étaient considérés comme la demeure des dieux et des déesses de la mythologie dont ils portaient le nom, et au service desquels ils étaient dédiés. Tandis que les cours extérieures de ces temples servaient de lieu de rassemblement général pour les cérémonies publiques, il y avait toujours des enceintes intérieures où seuls les prêtres consacrés étaient autorisé à pénétrer et où, affirmait-on, se manifestait la présence de la Divinité. Les temples antiques, même d’origine païenne, étaient très fermés : nous en voyons une preuve dans le fait que I’autel pour le culte païen ne se trouvait pas à l’intérieur du temple proprement dit, mais en face de l'entrée. Les temples n’ont jamais été considérés comme des lieux ordinaires de réunions publiques, mais comme des enceintes sacrées, réservées aux cérémonies les plus solennelles du culte - divin ou idolâtre - dont le temple constituait le symbole visible et la matérialisation.

 

      Dans les temps anciens, le peuple d’Israël avait la réputation parmi les nations, d'être un constructeur de sanctuaires au nom du Dieu vivant. Ce service lui était expressément demandé par Jéhovah, qu'il professait servir. L'histoire de la nation d'Israël date de l'Exode. Au cours des deux siècles de leur esclavage en Égypte, les enfants de Jacob étaient devenus un peuple nombreux et puissant ; néanmoins, ils étaient en esclavage. En temps voulu, leurs larmes et leurs supplications montèrent jusqu'au Seigneur et il les emmena par la puissance de son bras étendu. À peine avaient-ils échappé au milieu idolâtre des Égyptiens, qu'il leur fut demandé de préparer un sanctuaire où Jéhovah manifesterait sa présence et ferait connaître sa volonté en sa qualité de Seigneur et Roi reconnu d'eux.

 

      Le tabernacle, qu’Israël révéra comme le sanctuaire de Jéhovah depuis le moment où il fut construit dans le désert pendant toute la période de ses pérégrinations et pendant de nombreux siècles encore, avait été construit selon un plan et des instructions obtenus par révélation. De dimensions réduites, il pouvait être transporté comme l'exigeaient les nécessités d'une vie nomade. Bien que le tabernacle ne fut qu'une tente, il était fait des matériaux les plus prisés et les plus coûteux que ces gens possédaient. L'excellence de la réalisation constituait l'offrande de la nation au Seigneur. La construction en fut déterminée jusque dans le moindre détail, tant pour la conception que pour les matériaux ; c'était à tous égards ce que le peuple pouvait donner de meilleur, et Jéhovah sanctifia l'offrande qu'on lui présentait par son acceptation divine. Rappelons à ce propos, que si un homme ou une nation offre ce qu'ils ont de meilleur, le don, aussi modeste qu'il paraisse par rapport à d'autres, est toujours excellent aux veux de Dieu s'il est fait de bon gré et dans une intention pure.

 

      Lorsqu'on fit appel au peuple pour fournir les matériaux destinés à la construction du tabernacle, l'élan fut si sincère et si généreux que les besoins furent largement couverts : « Les objets préparés suffisaient, et au-delà, pour tous les ouvrages à faire » (Exode 36:7). En conséquence, une proclamation fut faite, empêchant le peuple d'en apporter davantage. Les artisans et les ouvriers engagés pour la construction du tabernacle furent désignés par révélation directe, ou bien choisis par ceux que Dieu avait investis de son autorité, en tenant compte particulièrement de leur habileté et de leur piété. Le tabernacle terminé, si l'on tient compte des circonstances de sa création et de la situation géographique, était une construction imposante. Les planches en étaient de bois rares, les draperies intérieures de toile fine, ornées de broderies compliquées avec des motifs imposés de couleur bleue, pourpre ou écarlate ; les rideaux intermédiaires et extérieurs étaient faits de peaux de grande qualité ; les parties métalliques étaient d'airain, d'argent et d'or.

 

      À l'extérieur du tabernacle, mais à l'intérieur du parvis, se trouvaient l'autel des holocaustes et la cuve d'ablutions. La première pièce du tabernacle proprement dit était une pièce extérieure appelée le « lieu saint » ; au-delà, dérobé aux regards par le second voile, se trouvait le sanctuaire intérieur, l'endroit le plus saint, désigné expressément sous le nom de « lieu très saint ». Selon les directives reçues, seuls les prêtres étaient autorisés à pénétrer dans la pièce extérieure ; tandis que dans la pièce intérieure, « la plus sainte de toutes », seul le grand prêtre avait le droit de pénétrer, et ce une fois l'an seulement, et encore, devait-il d'abord subir un long rituel de purification et de sanctification (voir Hébreux 9:1-7 ; Lévitique, chapitre 16).


      Parmi les dépendances les plus sacrées du tabernacle figurait l'arche de l'alliance. C'était un coffret - ou un coffre - fait du meilleur bois qu'on pût se procurer, doublé et recouvert d'or pur, et équipé de quatre anneaux d'or pour recevoir les barres servant à transporter l'arche au cours du voyage. L'arche renfermait certains objets sacrés importants, tel un vase en or contenant de la manne que l'on conservait en souvenir ; on y ajouta plus tard le bâton d'Aaron qui avait fleuri, ainsi que les tablettes de pierre gravées par la main du Seigneur. Quand le tabernacle était dressé dans le camp d'Israël, l'arche était déposée derrière le voile intérieur, dans le lieu très saint. Posé sur l'arche se trouvait le propitiatoire, surmonté de deux chérubins en or battu. C'est de ce siège que le Seigneur manifestait sa présence, ainsi qu'il l'avait promis avant que l'arche et le tabernacle fussent construits. « C'est là que je me rencontrerai avec toi ; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël » (Exode 25:22).

 

      Nous n'avons pas l’intention de donner ici une description détaillée du tabernacle, de ses dépendances ni de son mobilier ; il nous suffit de savoir pour l'instant que le camp d'Israël possédait un tel sanctuaire ; qu’il avait été construit selon un plan révélé ; qu’il représentait ce que le peuple pouvait donner de meilleur, tant en matériaux qu'en main d'œuvre ; que c'était l'offrande d'un peuple à son Dieu, et qu’il avait été dûment accepté par celui-ci (Exode 40:34-38). Enfin, et nous le démontrerons plus tard, le tabernacle était un prototype du temple, plus stable et plus beau, par lequel il fut remplacé par la suite.

 

      Après qu'Israël se fut établi dans la Terre Promise, lorsque, après quarante années de pérégrinations dans le désert, le peuple de l'alliance eut enfin pris possession de Canaan, le tabernacle et son contenu sacré trouvèrent le repos à Silo ; et c'est en ce lieu que les tribus venaient apprendre la volonté et la parole de Dieu (voir Josué 18:1; 19:51 ; 21:2 ; Juges 18:31 ; 1 Samuel 1:3, 24 ; 4:3-4). Plus tard, il fut transféré à Gabaon (voir 1 Chroniques 21:29 ; 2 Chroniques 1:3), et enfin à la cité de David, Sion (voir 2 Samuel 6:12 ; 2 Chroniques 5:2).

 

      David, deuxième roi d'Israël, désirait construire une maison au Seigneur et il en conçut le projet, car, déclarait-il, il était inconvenant que lui, le roi, habitât un palais en cèdre alors que le sanctuaire de Dieu n'était qu'une tente (voir 2 Samuel 7:2). Mais le Seigneur parla par la bouche du prophète Nathan, déclinant l'offrande proposée et établissant nettement le fait que, pour être acceptable à ses yeux, il ne suffisait pas que le don fut approprié, il fallait aussi que le donateur fût digne. David, roi d'Israël, bien qu'il fût à beaucoup d'égards un homme selon le cœur de Dieu, avait péché ; et son péché ne lui avait pas encore été pardonné. Ainsi parla le roi : « J'avais l'intention de bâtir une maison de repos pour l'arche de l'Éternel et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais à bâtir. Mais Dieu m’a dit : Tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme de guerre et tu as versé du sang » (1 Chroniques 28:2-3 ; voir aussi 2 Samuel 7:1-13). Néanmoins, David fut autorisé à rassembler les matériaux pour la maison du Seigneur. Quant à l'édifice, ce n'est pas lui, mais son fils, Salomon, qui devait le construire.

 

      Peu après son accession au trône, Salomon se mit à la grande œuvre qui lui était échue en même temps que sa couronne, comme un héritage et un honneur. Il en posa les fondations, dans la quatrième année de son règne, et le bâtiment fut terminé en moins de sept ans et demi. Grâce aux grandes richesses accumulées par son père, et spécialement affectées à la construction du temple, Salomon put mettre à contribution tout le monde connu et associer les autres nations à sa grandiose entreprise. Les ouvriers du temple se comptaient par dizaines de milliers et chaque secteur de l'entreprise se trouvait placé sous la responsabilité d'un maître artisan. Être employé sur ce chantier à quelque titre que ce fût était un honneur ; et le travail en retira une dignité qu'on ne lui avait jamais reconnue auparavant. La maçonnerie devint une profession et la hiérarchie qui s'y établit a survécu jusqu'à nos jours. La construction du temple de Salomon fit époque, non seulement dans l'histoire d'Israël, mais dans celle du monde.

 

      Selon la chronologie généralement admise, le temple fut achevé vers l'an 1005 avant J.-C. Pour son architecture et sa construction, sa décoration et son prix de revient, il est considéré comme l'un des bâtiments les plus remarquables de l'histoire. Les rites de la consécration durèrent sept jours - une semaine de réjouissances sacrées pour Israël. Par un cérémonial approprié, la tente d'assignation et l'arche sacrée de l'alliance furent introduites dans le temple ; l'arche fut déposée dans le sanctuaire intérieur, le lieu très saint. Le Seigneur accepta gracieusement cette offrande et le manifesta par une nuée qui emplit les lieux sacrés au moment où les prêtres se retiraient : « Les sacrificateurs ne purent y rester pour faire le service, à cause de la nuée ; car la gloire de l'Éternel remplissait la maison de Dieu » (2 Chroniques 5:14 ; voir aussi 2 Chroniques 7:1-2 ; Exode 40:35). C'est ainsi que le temple remplaça, tout en l'incluant, ce tabernacle dont il était, en fait, le fastueux successeur.

 

      Si nous comparons le plan du temple avec celui de l'ancien tabernacle, nous voyons qu'ils étaient pratiquement identiques dans tous les traits essentiels de la disposition et dans les proportions. Il est vrai que le tabernacle n'avait qu'une seule enceinte, alors que le temple était entouré de cours, mais le bâtiment intérieur, le temple proprement dit, se conformait étroitement au plan primitif. Les dimensions du lieu très saint, du lieu saint et du portique, étaient, dans le temple, exactement le double des parties correspondantes du tabernacle.

 

      La gloire et la prééminence de cette magnifique construction furent de courte durée. Son déclin commença trente-quatre ans après sa consécration, cinq ans seulement après la mort de Salomon ; et ce déclin se transforma bientôt en une spoliation générale qui devint finalement une véritable profanation. Salomon, ce roi, cet homme sage, ce maître constructeur, s'était laissé égarer par les artifices de femmes idolâtres, et ses manières dépravées avaient suscité l'iniquité d'Israël. La nation n'était plus unie ; il s'y trouvait des factions et des sectes, des partis et des croyances particulières ; certains adoraient au sommet des collines et d'autres sous les arbres verts, chaque groupe proclamant l'excellence de son sanctuaire particulier. Le temple perdit bientôt son caractère de sainteté. Le don fut déprécié par la perfidie du donateur, et Jéhovah retira sa présence tutélaire de ce lieu profané.

 

      Les Égyptiens qui avaient tenu le peuple en esclavage jusqu'à ce qu'il fût délivré par Dieu, furent de nouveau autorisés à opprimer Israël. Schischak, roi d'Égypte, s'empara de Jérusalem - cité de David et siège du temple - « et il prit les trésors de la maison de l'Éternel » (1 Rois 14:25-26). Une partie du mobilier jadis sacré, que les Égyptiens avaient laissé, fut pris par d'autres et affecté à des idoles (2 Chroniques 24:7). L'œuvre de profanation se poursuivit pendant des siècles. Deux cent seize ans après la spoliation des Égyptiens, Achaz, roi de Juda, vola au temple les quelques trésors qui y restaient et envoya une partie de cet or et de cet argent en présent à un roi païen dont il cherchait à gagner la faveur. En outre, il enleva l'autel et la cuve et ne laissa qu'une maison là où jadis un temple s'était élevé (2 Rois 16:7-9,17-18 ; voir aussi 2 Chroniques 28:24-25). Plus tard, Nabucadnetsar, roi de Babylone, consomma le dépouillement du temple et emporta les maigres trésors restants. Il détruisit ensuite le bâtiment par le feu (2 Chroniques 36:7 -9 ; voir aussi 2 Rois 24:13 ; 25:9).

 

      Ainsi donc, six cents ans avant l'avènement sur terre de notre Seigneur, Israël se retrouvait dépourvu de temple. Le peuple s'était divisé ; il y avait deux royaumes - Israël et Juda - ennemis l'un de l'autre. Ils étaient devenus idolâtres et pervertis ; le Seigneur les avait rejetés, eux et leur sanctuaire. Le royaume d'Israël, qui comprenait à peu près dix des douze tribus, avait été asservi par l'Assyrie vers 721 avant J.-C. , et un siècle plus tard, le royaume de Juda fut soumis par les Babyloniens. Pendant soixante-dix ans, le peuple de Juda - qu'on appela désormais « les Juifs » - fut maintenu en captivité, ainsi qu'il avait été prédit (voir Jérémie 25:11-12 ; 29:10). Puis sous la tutelle amicale de Cyrus (voir Esdras 1 et 2) et de Darius (voir Esdras 6), ils reçurent l'autorisation de retourner à Jérusalem et d'y édifier une fois de plus un temple en accord avec leur foi. En souvenir de celui qui dirigea les travaux, le temple restauré est connu sous le nom de temple de Zorobabel. Les fondations en furent jetées lors d'une cérémonie solennelle ; à cette occasion, les vétérans encore en vie qui se rappelaient le temple ancien, versèrent des larmes de joie (voir Esdras 3:12-13). En dépit des tracasseries juridiques (voir Esdras 4:4-24) et d’autres obstacles, le travail se poursuivit et, moins de vingt ans après leur retour, les Juifs eurent un temple prêt à être consacré. Le temple de Zorobabel fut terminé en 515 avant J.-C., exactement le troisième jour du mois d’Adar, la sixième année du règne du roi Darius. La cérémonie de consécration suivit immédiatement (voir Esdras 6:15-22). Bien que ce temple fût de loin inférieur au splendide temple de Salomon sous le rapport de la richesse de la présentation et du mobilier, il était néanmoins tout ce que le peuple pouvait construire de mieux, et le Seigneur l'accepta comme une offrande concrétisant l'amour et la dévotion des enfants de l'alliance. Voyez, pour preuve de son acceptation divine, comment des prophètes tels que Zacharie, Aggée et Malachie exercèrent leur ministère dans ses murs.

 

      Environ seize ans avant la naissance du Christ, Hérode 1er, roi de Judée, entreprit la reconstruction du temple de Zorobabel qui, à cette époque, était délabré au point de tomber en ruines. Cet édifice avait tenu bon pendant cinq siècles ; sa ruine était sans aucun doute principalement l'effet du temps. De nombreux événements de la vie terrestre du Sauveur sont associés au temple d'Hérode. Il ressort avec évidence des Écritures que tout en s'opposant aux usages corrompus et commerciaux auxquels le temple avait été ravalé, le Christ reconnaissait le caractère sacré des locaux du temple. Le temple d'Hérode était un édifice sacré ; quel que fût le nom sous lequel on le connaissait, c'était bien à ses yeux la maison du Seigneur. Puis lorsque le rideau de ténèbres descendit sur la grande tragédie du Calvaire, lorsque enfin le cri d'agonie « Tout est accompli » s'éleva de la croix, le voile du temple se déchira, et ce qui avait été jadis le lieu très saint se trouva mis à nu. La destruction totale du temple avait été prédite par notre Seigneur, tandis qu'il vivait encore dans la chair (Matthieu 24:2 ; Marc 13:2 ; Luc 21:6). En l'an soixante-dix après J.-C., le temple fut détruit de fond en comble par le feu lors de la prise de Jérusalem par les Romains de Titus.

 

      Le temple d'Hérode fut le dernier temple édifié dans l'ancien monde dans l'antiquité. Depuis la destruction de ce grand édifice jusqu'à l'époque du rétablissement de l'Église de Jésus-Christ au dix-neuvième siècle, le seul récit que nous possédions de la construction d'un temple, est la mention que nous en trouvons dans les chroniques néphites. Les Écritures du Livre de Mormon affirment que des temples furent érigés par les colons néphites sur ce que l'on appelle maintenant le continent américain ; mais nous ne possédons que peu de détails sur la construction et moins encore de faits concernant l'administration des ordonnances effectuées dans ces temples occidentaux. Le peuple construisit vers 570 avant J.-C., un temple conçu sur le modèle du temple de Salomon, bien que très inférieur à cet édifice somptueux sous le rapport de la grandeur et de la richesse (voir 2 Néphi 5:6). Il est intéressant de lire que quand le Seigneur ressuscité se manifesta aux Néphites sur le continent occidental, il les trouva assemblés aux abords du temple (voir 3 Néphi 11:1). Toutefois, le Livre de Mormon ne fait plus mention de temples, même à l'époque de la destruction de Jérusalem ; en outre la nation néphite s'éteignit dans les quatre siècles après Jésus-Christ. Il est donc évident que dans les deux mondes, les temples cessèrent d’exister au début de la période d'apostasie, et que le concept même de temple dans cette acceptation particulière disparut de parmi les hommes.

 

      Pendant de nombreux siècles on ne fit plus au Seigneur l’offrande d’un sanctuaire ; le fait est, semble t-il, qu'on n'en ressentait pas le besoin. L'Église apostate déclara que les communications directes venant de Dieu avaient cessé ; en remplacement de cette direction divine, un gouvernement se constitua de son propre chef et s'arrogea le pouvoir suprême. Il est bien évident qu'en ce qui concerne l'Église, la voix du Seigneur avait été étouffée ; que les hommes n'étaient plus disposés à écouter la voix de la révélation et que le gouvernement de l'Église avait été abrogé par des agents humains (voir James E. Talmage, La Grande Apostasie, 1909, chapitre 9).

 

      Lorsque, sous le règne de Constantin, un christianisme perverti fut devenu religion d’État, le besoin d’un lieu où Dieu pourrait se révéler n'était absolument pas encore perçu, ou bien était ignoré. Il est vrai que l'on érigeait nombre d'édifices, dont la plupart étaient coûteux et grandioses. Parmi ceux-ci, certains furent dédiés à Pierre et à Paul, à Jacques et à Jean ; d'autres à Marie-Madeleine et à la Vierge ; mais pas un ne fut élevé nommément par l'autorité en l'honneur de Jésus, le Christ. Parmi cette multitude de chapelles et de sanctuaires, d'églises et de cathédrales, le Fils de l'Homme ne possède pas un lieu qu'il puisse appeler le sien. Il fut déclaré que le Pape, qui siégeait à Rome, était le vicaire du Christ et qu'il avait le pouvoir, sans révélation, de proclamer la volonté de Dieu (voir La Grande Apostasie, chapitre 10).

 

      Ce n'est que lorsque l'Évangile eut été rétabli au dix-neuvième siècle, accompagné de ses anciens pouvoirs et droits, que la sainte prêtrise se manifesta de nouveau parmi les hommes. Il ne faut pas oublier que l'autorité de parler et d'agir au nom de Dieu est essentielle au fonctionnement d’un temple et qu’un temple est vide sans l'autorité sacrée de la Sainte Prêtrise. En l'an 1820 de notre Seigneur, Joseph Smith, le prophète de la dernière dispensation (ndlr : une dispensation de l'Évangile est une époque au cours de laquelle le Seigneur a au moins un serviteur autorisé sur la terre qui détient les clefs de la Sainte Prêtrise), qui était alors un jeune homme dans sa quinzième année, reçut une manifestation divine, dans laquelle le Père éternel et son Fils, Jésus-Christ, lui apparurent et lui donnèrent des instructions (voir James E. Talmage, Les Articles de Foi, 1890, chapitre 1). C'est par l'intermédiaire de Joseph Smith que l'Évangile de jadis fut rétabli sur terre et que I’ancienne loi fut remise en vigueur. En temps voulu, et toujours par le ministère du prophète, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours fut organisée et sa fondation fut marquée par des manifestations de la puissance divine.

 

      Il est un fait significatif : c'est que cette Église, fidèle à la distinction qu'elle proclame - celle d'être l'Église du Dieu vivant, comme son nom l'indique - commença, dès les premiers jours de son histoire, à prendre des dispositions pour l'érection d'un temple (voir D&A 36:8 ; 42:36 ; 133:2). L'Église fut organisée sous la forme d'une association conforme à la loi le 6 avril 1830 ; l'année suivante, en juillet, elle recevait une révélation désignant le site où serait construit un temple près d'Independence, au Missouri.

 

      Le premier jour du mois de juin 1833, dans une révélation faite à Joseph Smith, le prophète, le Seigneur enjoignit de construire immédiatement une maison sainte dans laquelle, promit-il, il doterait ses serviteurs élus de pouvoirs et d'autorité (voir D&A 95). Le peuple répondit à cet appel dans un grand élan de dévotion. Malgré leur pauvreté insigne et les persécutions incessantes que les saints enduraient, l'œuvre fut menée à bien et, en mars 1836, le premier temple des temps modernes fut consacré à Kirtland, en Ohio (voir D&A 109). La cérémonie de consécration fut marquée de manifestations divines comparables à celles qui accompagnèrent l'offrande du premier temple de jadis ; par la suite, à différentes occasions, des êtres célestes apparurent dans ce lieu sacré, porteurs de révélations de la volonté divine aux hommes. C'est en ce lieu que l'on a revu et entendu Jésus (voir D&A 110:1-10). Moins de deux ans après sa consécration, le temple de Kirtland fut abandonné par le peuple qui l'avait construit ; les saints furent contraints de fuir à cause des persécutions, et, du fait de leur départ, le temple sacré devint un bâtiment ordinaire, renié par le Seigneur au nom de qui il avait été édifié. Ce bâtiment est toujours debout.

 

      Les saints des derniers jours allèrent s'installer dans l'Ouest ; ils s'établirent tout d'abord dans le Missouri, puis dans l'Illinois, Nauvoo étant le siège central de l'Église. À peine s'étaient-ils installés à cet endroit que la voix de la révélation se fit entendre, demandant au peuple de construire de nouveau une maison sacrée au nom du Seigneur.

 

      Les pierres angulaires du temple de Nauvoo furent posées le 6 avril 1841, la pierre de touche fut mise en place le 24 mai 1845 ; chacun de ces événements fut célébré par une réunion solennelle et un service sacré. Bien qu'il fût évident pour tous qu'ils seraient forcés de fuir de nouveau et bien qu'ils sussent que le temple devrait être abandonné peu de temps après son achèvement, ils apportèrent toute leur énergie et toute leur diligence à terminer ce bâtiment et à le meubler convenablement. Il fut consacré le 30 avril 1846. Toutefois certaines parties, telles que le baptistère, avaient été consacrées antérieurement et utilisées pour I'œuvre des ordonnances. Nombre de saints reçurent leurs bénédictions et leur dotation sainte dans le temple de Nauvoo, bien que l'exode du peuple eût recommencé avant même le complet achèvement de l'édifice. Le temple fut abandonné par ceux qui l'avaient édifié dans la pauvreté au prix de sacrifices. En novembre 1848, il devint la proie d'un incendie, et en mai 1850, une tornade détruisit ce qui restait des murs noircis.

 

      Le 24 juillet 1847, les pionniers mormons pénétrèrent dans la vallée de l'Utah alors que cette région était encore territoire mexicain, et y fondèrent une colonie là où se dresse maintenant Salt Lake City. Quelques jours plus tard, Brigham Young, prophète et chef, indiqua un emplacement dans le désert couvert de sauges, et, en frappant de son bâton le sol aride, proclama : « C'est ici que sera le temple de notre Dieu. » Cet emplacement, c'est maintenant le magnifique Temple Square, autour duquel la ville s'est développée. En février 1853, le lieu fut consacré au cours d'un service religieux, et le 6 avril suivant, les pierres angulaires du bâtiment furent posées à l'occasion d'une cérémonie solennelle et imposante. La construction du temple de Salt Lake City dura quarante ans ; la pierre de touche en fut posée le 6 avril 1892, et le temple, complètement achevé, fut consacré un an plus tard.

 

      Nous n'avons pas l'intention, dans le présent document, d'étudier en détail un temple en particulier, ancien ou moderne, mais de faire ressortir les traits essentiels et caractéristiques des temples, et d'établir nettement le fait que, aussi bien dans l'Antiquité que dans les temps modernes, le peuple de l'alliance a toujours considéré la construction des temples comme une œuvre spécifiquement exigée de lui. De ce qui précède, il ressort bien qu'un temple est plus qu'une chapelle ou une église, plus qu'une synagogue ou une cathédrale ; c'est un bâtiment édifié en vue d'être la maison du Seigneur, consacrée à la communion la plus intime entre le Seigneur et la Sainte Prêtrise, et réservé aux ordonnances les plus élevées et les plus sacrées de l'époque, ou dispensation, à laquelle ce temple appartient. En outre, pour être vraiment un temple saint – accepté par Dieu et reconnu par lui comme sa maison – l'offrande doit avoir été demandée, et le don aussi bien que le donateur doivent être dignes.

 

      L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours proclame qu’elle détient la Sainte Prêtrise à nouveau rétablie sur terre, et qu'elle est investie de la mission divine d'édifier et d'entretenir des temples consacrés au nom et au service du véritable Dieu vivant, ainsi que d'administrer, dans ces édifices sacrés, les ordonnances de la prêtrise, qui auront effet sur la terre ainsi qu'au-delà du tombeau.

 

 

Les sanctuaires des dispensations antérieures

 

Tel que nous le comprenons et l'utilisons ici, le terme temple a le sens restreint de « bâtiment réel, édifié par l'homme, sanctifié et consacré au service particulier de la Divinité, ce service comprenant l'administration, par l'autorité voulue, des ordonnances qui sont du ressort de la Sainte Prêtrise » et non pas le sens large d'endroit, quelque sacré qu'il ait pu devenir. Si les lieux sacrés devaient être classés avec les bâtiments sacrés dans la catégorie des temples, celle-ci renfermerait pas mal de Bethel sacrés que l'on considère rarement comme des temples. Au sens le plus large du terme, c'est le jardin d'Éden qui fut le premier sanctuaire de la terre, car c'est là que le Seigneur parla à l'homme pour la première fois et lui fit connaître la loi divine. De même, le Sinaï devint un sanctuaire, car cette montagne fut consacrée afin de devenir la résidence spéciale du Seigneur pendant qu'il communiquait avec le prophète et qu'il promulguait ses décrets. La sainteté de ces lieux est encore comparable à celle du mont Horeb, où Dieu s'adressa à Moïse du milieu d'une flamme, et où l'homme qui s'approchait fut arrêté par cet ordre : « N'approche pas d'ici ; ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte » (Exode 3:5). Mais un temple se caractérise non pas seulement comme le lieu où Dieu se révèle à l'homme, mais aussi comme la maison où les ordonnances obligatoires de la prêtrise sont administrées solennellement.

 

 

Le « témoignage »

 

Antérieurement à la construction du tabernacle dans le désert, c'est-à-dire, en fait, au cours des premières étapes de sa mémorable sortie d'Égypte, le peuple d'Israël possédait pour ses objets sacrés un lieu de dépôt appelé le témoignage. Une mention nette en est faite à l'occasion de l'incident que voici : Selon les instructions divines, un vase rempli de manne devait être conservé, de peur que le peuple n'oubliât la puissance et la bonté de Dieu, par lesquelles il avait été nourri :

 

« Moïse dit : Voici ce que l'Éternel a ordonné : Qu'un orner rempli de manne soit conservé pour vos descendants, afin qu'ils voient le pain que je vous ai fait manger dans le désert, après vous avoir fait sortir du pays d'Égypte. Et Moïse dit à Aaron : Prends un vase, mets-y de la manne plein un orner, et dépose-le devant l'Éternel, afin qu'il soit conservé pour vos descendants. Suivant l'ordre donné par l'Éternel à Moïse, Aaron le déposa devant le témoignage, afin qu'il fût conservé » (Exode 16:32-34).

 

Il semble peu douteux que le témoignage en question fût une construction matérielle et que le nom en suggérât un témoignage divin quant à son caractère sacré. Du fait que le récit de l'Exode ne mentionne pas la réalisation d'une construction de cette sorte et, en outre, puisque l'existence et l'usage en étaient formellement connus avant que le peuple eût eu le temps ou la possibilité de le confectionner dans le désert, il semble bien que ce témoignage sacré a dû venir avec eux d'Égypte. Cet incident est plein d'intérêt et d'importance en ce qu'il démontre l'existence d'un sanctuaire sacré pendant qu'Israël se développait pour former une nation et alors que ce peuple était assujetti à des maîtres idolâtres. Cette application du terme témoignage ne doit pas être confondue avec cette autre qu'on en fit plus tard, en désignant ainsi les tables de pierre portant le Décalogue inscrit par Dieu (Exode 31:18 ; 25:16 ; 32:15 ; 34:28-29). Il est à noter encore que le tabernacle qui abritait l'arche de l'alliance contenant les tables de pierre sacrées, est nettement dénommé tabernacle du témoignage. Les différents usages de ce terme n'entraînent aucune ambiguïté si l'on considère soigneusement le contexte dans chaque cas.

 

 

Le tabernacle provisoire

 

Tandis que Moïse était en communion avec le Seigneur sur le Sinaï, le peuple, laissé un moment à lui-même, érigea un veau d'or à l'imitation du bœuf Apis, une idole égyptienne ; en conséquence de leurs orgies idolâtres, la colère du Seigneur s'alluma contre eux. Durant la période d'éloignement qui s'ensuivit, et avant qu'une réconciliation fût intervenue entre Jéhovah et son peuple, les manifestations divines cessèrent, et c'est seulement à l'écart du camp que l'on pouvait trouver le Seigneur. Nous lisons, relativement à cet état de choses, qu'un lieu temporaire de réunion fut établi, peut-être la tente de Moïse, qui fut sanctifiée par la présence divine. En voici le récit :

 

  « Moïse prit la tente et la dressa hors du camp, à quelque distance ; il l'appela tente d'assignation ; et tous ceux qui consultaient l'Éternel allaient vers la tente d'assignation, qui était hors du camp. Lorsque Moïse se rendait à la tente, tout le peuple se levait, chacun se tenait à l'entrée de sa tente, et suivait des yeux Moïse, jusqu'à ce qu'il fût entré dans la tente. Et lorsque Moïse était entré dans la tente, la colonne de nuée descendait et s'arrêtait à l'entrée de la tente, et l'Éternel parlait avec Moïse. Tout le peuple voyait la colonne de nuée qui s'arrêtait à l'entrée de la tente, tout le peuple se levait et se prosternait à l'entrée de sa tente. L'Éternel parlait avec Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. Puis Moïse retournait au camp ; mais son jeune serviteur, Josué, fils de Nun, ne sortait pas du milieu de la tente. » (Exode 33:7-11)

 

  La tente appelée ici tente (tabernacle) d'assignation, n'est pas la construction compliquée et coûteuse réalisée spécialement selon les directives du Seigneur ; cela ressort avec évidence du fait que ce tabernacle plus grandiose et plus résistant n'avait pas, encore été construit au moment dont il est question dans l'Écriture que nous venons de citer. Contrairement au tabernacle ultérieur, qui fut dressé au centre du camp tandis que les tribus se massaient tout autour dans un ordre imposé, le tabernacle provisoire fut planté en dehors du camp, à l'écart, peut-être en signe de l'éloignement du Seigneur consécutif à la trahison idolâtre d'Israël. Mais ce tabernacle provisoire fut néanmoins un sanctuaire sacré, ainsi qu'en témoignent les rapports personnels qu'y entretinrent Jéhovah et son serviteur Moïse.

 

 

La tente d’assignation

 

C'est au milieu des nuées, dans un grand accompagnement de tonnerre et d'éclairs, que le Seigneur, sur le Sinaï, confia à Moïse la loi et le témoignage. Moïse ne fut pas le seul à converser là avec le Seigneur en personne : par ordre divin, Aaron et ses fils Nadab et Abihu, ainsi que soixante-dix anciens d'Israël, firent l'ascension de la montagne et virent effectivement le Dieu d'Israël. Au-dessus du Sinaï, la gloire du Seigneur demeura pendant de longs jours : « Moïse entra au milieu de la nuée, et il monta sur la montagne. Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits » (Exode 24:9,10,18 ; lire le chapitre entier).

 

Lorsqu'il redescendit, Moïse avait reçu mission de faire appel aux enfants d'Israël afin qu'ils apportent en contribution et en offrande une partie de leurs biens et de tous leurs objets précieux, tout ce qui pourrait servir à la construction d'un sanctuaire pouvant être utilisé dans le désert.

 

  « L'Éternel parla à Moïse, et dit : Parle aux enfants d'Israël. Qu'ils m'apportent une offrande ; vous la recevrez pour moi de tout homme qui la fera de bon cœur. Voici ce que vous recevrez d'eux en offrande : de l'or, de l'argent et de l'airain ; des étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre ; des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins ; du bois d'acacia ; de l'huile pour le chandelier, des aromates pour l'huile d'onction et pour le parfum odoriférant ; des pierres d'onyx et d'autres pierres pour la garniture de l'éphod et du pectoral. Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. Vous ferez le tabernacle et tous ses ustensiles d'après le modèle que je vais te montrer. » (Exode 25:1-9. Pour les détails de la construction et de la décoration du tabernacle, voyez Exode chapitres 25 à 31, et plus particulièrement le chapitre 25, dont le texte est en partie répété en 36:8-38)

 

Le peuple répondit si libéralement et si promptement à cet appel qu'on eut bientôt réuni plus que les matériaux nécessaires.

 

  « Et ils vinrent dire à Moïse : Le peuple apporte beaucoup plus qu'il ne faut pour exécuter les ouvrages que l'Éternel a ordonné de faire. Moïse fit publier dans le camp que personne, homme ou femme, ne s'occupât plus d'offrandes pour le sanctuaire. On empêcha ainsi le peuple d'en apporter. Les objets préparés suffisaient, et au-delà, pour tous les ouvrages à faire. » (Exode 36:5-7)

 

La direction divine se manifesta dans la désignation des hommes qui devaient être chargés du travail. Betsaléel, fils d'Uri et Oholiab, fils d'Ahisamac, furent désignés par révélation comme devant être des maîtres-artisans sous la direction de qui les autres ouvriers devaient travailler, jusqu'à ce que tout fût achevé conformément au modèle et au plan révélés. Et lorsque ce fut ainsi mené à bien, cela représentait ce qu'il y avait de mieux sous le rapport des matériaux et de la main-d'œuvre.

 

Le tabernacle se dressait dans une enceinte extérieure, ou parvis, masqué par des écrans de toile, avec aux entrées des rideaux finement brodés. Les tentures qui formaient les murs du parvis étaient suspendues à des colonnes qui se dressaient à intervalles tout au long de l'enceinte de forme oblongue. Les murs les plus longs étaient orientés est-ouest, et l'entrée principale de l'enceinte se trouvait du côté est. Des deux carrés délimités par les tentures, celui de l'est était réservé aux assemblées du peuple, tandis que celui de l'ouest constituait le terrain sacré réservé au tabernacle lui-même.

 

   L'espace total ainsi enclos mesurait cent coudées de long sur cinquante de large, soit approximativement quarante-cinq mètres sur vingt-deux mètres cinquante (la coudée est une ancienne mesure de longueur, dont la valeur différait selon les pays et les époques. Tel qu'il apparaît dans la Bible, ce terme désigne des longueurs variables. En accord avec les encyclopédies modernes, dictionnaires bibliques, etc., nous avons adopté ici la longueur de quarante-cinq centimètres (voyez l'Encyclopedia Britannica, Smith's Bible Dictionary, etc). Dans la partie est, et par conséquent à l'écart du tabernacle, se trouvait l'autel des holocaustes. Entre l'autel et le tabernacle se trouvait la cuve ; c'était un grand bassin d'airain, monté sur un piédestal et contenant l'eau destinée aux ablutions rituelles, à la purification des mains et des pieds des prêtres. Il est intéressant de noter que la cuve et son piédestal ont été fabriqués par une contribution spéciale des femmes, qui donnèrent dans ce but leurs miroirs d'airain. Le tabernacle avait son grand axe orienté est-ouest et son entrée du côté est. Cette construction n'avait que trente coudées de long sur dix de large, soit treize mètres cinquante sur quatre mètres cinquante ; ce sont là les dimensions fournies par Josèphe et elles sont pratiquement en accord avec la description qu'en donne l'Exode, selon laquelle les murs étaient faits de vingt planches d'un côté, chaque planche ayant une coudée et demie de large ; du côté ouest, il y avait six planches, chacune d'une coudée et demie, soit neuf coudées en tout, si l'on ajoute à ceci les poteaux d'angle, cela nous donne une largeur totale égale à celle mentionnée par Josèphe, dix coudées. Les planches des murs étaient assemblées par des tenons ayant des bases d'argent, deux pour chaque planche ; les planches elles-mêmes étaient recouvertes d'or et pourvues d'anneaux de même métal pour recevoir les barres qui étaient aussi recouvertes d'or.

 

On remarquera que le tabernacle n'était qu'une construction modeste, ne se prêtant absolument pas à recevoir de grandes assemblées, mais il faut se rappeler qu'il n'avait jamais été conçu dans ce but. À l'intérieur du tabernacle, il n'y avait que les détenteurs attitrés de la prêtrise qui officiaient ; et parmi eux, seuls ceux qui participaient effectivement au service de la journée pouvaient être admis.

 

Le tabernacle était divisé, par un rideau appelé le voile, en deux compartiments : le compartiment extérieur s'appelait le saint, et le compartiment intérieur était le très saint lieu, ou saint des saints. Josèphe et quelques autres affirment que le tabernacle se composait de trois parties ; mais la troisième subdivision se trouvait en réalité en dehors de la tente principale et se présentait comme un portique à l'extrémité orientale, profond de cinq coudées et s'étendant sur toute la largeur de la façade. Le voile, qui séparait le saint du saint des saints était un fin travail « de fil bleu, pourpre et cramoisi, et de fin lin retors, artistement travaillé » ; on y avait brodé des chérubins. Il était suspendu à quatre colonnes de bois recouvertes d'or ; les crochets étaient d'or et les bases d'argent.

 

  Le bois utilisé pour ces colonnes, ainsi d'ailleurs que dans d'autres parties de la construction, était ce bois rare, précieux et résistant, le shittim ou acacia, que l'on appelle parfois bois d'épine. Au-delà du voile, l'enceinte était des plus sacrées et c'est là que fut placée l'arche d'alliance avec son propitiatoire supportant les chérubins sacrés, dont une description nous est donnée en ces termes :

 

  « Betsalaleel fit l'arche de bois d'acacia ; sa longueur était de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie. Il la couvrit d'or pur en dedans et en dehors, et il y fit une bordure d'or tout autour. Il fondit pour elle quatre anneaux d'or, qu'il mit à ses quatre coins, deux anneaux d'un côté et deux anneaux de l'autre côté. Il fit des barres de bois d'acacia et les couvrit d'or. Il passa les barres dans les anneaux sur les côtés de l'arche, pour porter l'arche. Il fit un propitiatoire d'or pur ; sa longueur était de deux coudées et demie, et sa largeur d'une coudée et demie. Il fit deux chérubins d'or ; il les fit d'or battu, aux deux extrémités du propitiatoire. Un chérubin à l'une des extrémités, et un chérubin à l'autre extrémité ; il fit les deux chérubins sortant du propitiatoire à ses deux extrémités. Les chérubins étendaient les ailes par-dessus, couvrant de leurs ailes le propitiatoire, et se regardant l'un l'autre ; les chérubins avaient la face tournée vers le propitiatoire. » (Exode 37:1-9; 25:10-22).

 

  À l'extérieur du voile, mais toujours à l'intérieur du tabernacle, se trouvait le saint ; c'est ici qu'étaient placés la table des pains de proposition, l'autel des parfums et le chandelier d'or à sept branches (Exode 37:10-29,25:23-40).

 

    Les riches tissus de travail délicat qui formaient les murs et le toit du tabernacle étaient protégés par des tentures plus grossières en poil de chèvre ; celles-ci, à leur tour, étaient recouvertes de peaux. L'édifice tout entier porte dans les Écritures tantôt le nom de tente d'assignation et tantôt celui de tabernacle d'assignation ; la première expression apparaît treize fois, la seconde, cent trente-trois fois ; pourtant, nonobstant cette différence, l'original en était dans chaque cas OheI Moed, dont la traduction la plus sûre est tente de réunion. Il ne faut pas supposer cependant que ceci doit être pris au sens courant de lieu de réunion, car la réunion dont il est question ici n'est pas un rassemblement d'adorateurs, mais le lieu de communion entre Dieu et sa prêtrise. La tente de réunion, ou tabernacle d'assignation, chez Israël, était la tente du Seigneur, celle où il rencontrait les représentants accrédités de son peuple.

 

Le premier jour de la seconde année qui suivit la sortie d'Israël d'Égypte, le tabernacle fut monté pour la première fois, et tout le mobilier sacré fut disposé selon les ordres exprès du Seigneur. Le voile fut suspendu, et ce lieu consacré comme un lieu très saint, ineffablement sacré, comme étant la résidence de Jéhovah. À ce moment, tout comme sur le Sinaï une nuée avait enveloppé le séjour provisoire de Dieu, il en fut de même pour le tabernacle :

 

      « Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire de l'Éternel remplit le tabernacle. Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente d'assignation, parce que la nuée restait dessus, et que la gloire de l'Éternel remplissait le tabernacle. Aussi longtemps que durèrent leurs marches, les enfants d'Israël partaient quand la nuée s'élevait de dessus le tabernacle. Et quand la nuée ne s'élevait pas, ils ne partaient pas, jusqu'à ce qu'elle s'élevât. La nuée de l'Éternel était de jour sur le tabernacle ; et de nuit, il y avait un feu, aux yeux de toute la maison d'Israël, pendant toutes leurs marches. » (Exode 40:34-38)

 

  L'idée directrice, la pensée sous-jacente dans l'édification de ce sanctuaire transportable, était qu'il fallait exprimer l'étroite association entre Jéhovah et son peuple. Le peuple devait se considérer comme essentiellement le peuple de Dieu, et c'est parmi eux qu'il devait établir sa demeure, surpassant ainsi de façon transcendante la présence des dieux de bois et de pierre qu'abritaient les nations idolâtres avec lesquelles Israël devait se mesurer. Cette pensée fut exprimée dans le tout premier commandement ayant trait à la construction du tabernacle : « Ils me feront un sanctuaire et j'habiterai au milieu d'eux » (Exode 25:8).

 

  Il y avait un autre élément, plus indispensable en vérité que le tabernacle ou le temple pour l'entretien de relations étroites avec la Divinité : c'était la prêtrise. Il fallait donc s'attendre, puisqu'un sanctuaire sacré avait été établi, à ce que l'on procédât à des désignations et des ordinations afin de mettre des hommes vraiment à part en vue des offices sacrés de la prêtrise. Moïse était le premier grand-prêtre d'Israël ; il était à l'origine d'une dispensation distincte de l'autorité et de la puissance divines ; mais il y avait beaucoup d'autres fonctions de la prêtrise, d'un ordre moins élevé, et c'est en vue de pourvoir à celles-ci que furent mis à part Aaron et ses quatre fils, Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar. De même que le tabernacle avait été construit selon des directives expresses portant jusque sur le moindre détail, les fonctions de la prêtrise furent arrêtées et l'ordre du culte établi de manière à ce que le peuple se souvînt que parmi eux habitait Jéhovah et qu'ils ne devaient lui préférer aucun autre dieu (Exode, chapitre 28).

 

  Le tabernacle avait été préparé essentiellement en vue d'un service itinérant ; aussi les parties constituantes furent-elles achevées séparément et conçues de manière à permettre un montage et un démontage aisés. Lorsqu'il se dressait au milieu de son parvis, le tabernacle occupait la place d'honneur au centre du camp.



  À l'est, et par conséquent immédiatement devant l'entrée du parvis, se trouvaient les tentes des prêtres, tandis que les Lévites campaient le long des trois autres côtés. Se trouvant ainsi les serviteurs les plus proches, on les a comparés aux gardes-du-corps du Grand Roi (Smith's Dictionary of the Bible, édit. Barnum, article « Tabernacle ») dont le trône se trouvait à l'intérieur du sanctuaire ; au-delà de leurs tentes, les autres tribus étaient installées selon l'ordre de préséance établi. Quand il était démonté et en cours de transport, lorsque le peuple était en marche, le tabernacle occupait toujours la place centrale ; ses porteurs étaient les Lévites, et toute l'armée d'Israël était sa garde.

 

  Jusqu'à ce qu'Israël se fût établi de façon permanente dans la terre promise, le tabernacle d'assignation n'eut que des sièges temporaires. Tant que le peuple se déplaça, le sanctuaire fut transporté, jusqu'à ce qu'il trouvât un siège un peu plus permanent à Silo. C'est en ce lieu, à la porte du tabernacle, que la répartition définitive de Canaan entre les tribus fut effectuée (Josué 18:1-3 ; 19:51 ; aussi 21:2 ; Juges 18:31 ; 1 Samuel 1:3,24 ; 4:3-4). C'est là que le tabernacle demeura durant la période des Juges et jusqu'après le moment où Dieu permit que l'arche d'alliance passât de la garde d'Israël à celle des Philistins, parce qu'Israël avait péché (1 Samuel 4:10-18). La gloire du sanctuaire y perdit beaucoup et bien que le tabernacle continuât d'exister, le service sacré se mit à décliner. C'est avec tristesse qu'on proclama la vérité : « La gloire est bannie d'Israël, car l'arche de Dieu est prise » (1 Samuel 4:22). On possède la preuve que pendant une brève période sous le règne de Saül, le tabernacle fut établi à Nob, car c'est là que nous trouvons le prêtre Achimélec continuant le service des pains de proposition (1 Samuel 21:1-6), mais l'arche d'alliance n'était certainement pas là (1 Samuel 7:1-2). Nous apprenons ensuite que le tabernacle a été dressé à Gabaon, quoique la situation qui motiva son transport en cet endroit ne nous apparaisse pas très clairement (1 Chroniques 21:28-30 ; 2 Chroniques 1:3-6). L'arche fut mise à l'abri dans une autre tente, et finalement toutes deux furent transférées dans le splendide temple de Salomon qui supplanta tous les sanctuaires antérieurs.

 

 

Le troisième tabernacle

 

  Une autre tente-sanctuaire fut encore montée et utilisée par Israël antérieurement à la construction du grand temple. Celle-ci, pour plus de facilité, nous l'appellerons le troisième tabernacle ; il fut édifié par le roi David, dans sa propre ville, pour servir d'abri à l'arche d'alliance. Comme nous l'avons déjà mentionné, le récit de l'Écriture parle de la capture de l'arche par les Philistins et de son retour en Israël. Cet incident se produisit durant la fin du règne des Juges, avant qu'Israël se fût incliné devant un roi en Canaan (1 Samuel 4:10-22 ; aussi chapitres 5 et 6 ; ainsi que 7:1-2).

 

  Durant tout le règne de Saül, l'arche demeura sous le toit d'une demeure privée ; en ce lieu, toutefois, il y avait un prêtre chargé de l'entretien et du service. L'un des premiers actes de David après son accession au trône fut d'étudier le transfert de l'arche en un lieu plus convenable. Au cours de ce transfert, Uzza fut frappé, parce que sans en avoir l'autorité, il essayait de retenir le meuble sacré ; et cette manifestation du mécontentement divin affecta si fort David qu'il remit à plus tard son projet d'amener l'arche dans sa propre ville, et il la plaça dans une autre maison particulière, celle d'Obed-Édom, de Gath (2 Samuel 6:1-12 ; aussi 1 Chroniques, chapitre 13). Tant que l'arche demeura sous ce toit, la famille fut bénie et prospéra. Au bout d'un certain temps, le plan originel fut mis à exécution et l'arche fut déposée dans une tente spécialement préparée à cet effet dans la cité de David : « Après qu'on eut amené l'arche de l'Éternel, on la mit à sa place au milieu de la tente que David avait dressée pour elle ; et David offrit devant l'Éternel des holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces » (2 Samuel 6:17 ; aussi 1 Chroniques 15:1, et 16:1).

 

  Ainsi, durant le règne de David, il y eut deux endroits considérés comme sanctuaires ; et le culte du peuple en fut divisé. Il semble que Salomon reconnut la sainteté des deux endroits : le lieu où reposait l'arche à Jérusalem, et l'emplacement du tabernacle d'assignation à Gabaon (1 Rois 3:15 et 2 Chroniques 1:3-4). C'est par ses soins que les deux sanctuaires furent réunis (1 Rois 8:1-4).

 

 

Le temple de Salomon

 

     À peine l'arche d'alliance avait-elle été déposée dans la capitale du royaume - la cité de David - que le roi conçut le désir d'édifier à son intention un abri plus durable que la tente dans laquelle on l'avait installée en grande pompe. Il semble que la conscience du roi fut troublée par la pensée qu'il était mieux logé que le sanctuaire du Seigneur : « Lorsque David fut établi dans sa maison, il dit à Nathan le prophète : Voici, j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de l'alliance de l'Éternel est sous une tente » (1 Chroniques 17:1; aussi 2 Samuel 7:1-2). Le désir de David était de construire pour le Seigneur une maison convenable et, tout d'abord, le prophète Nathan encouragea l'entreprise. Mais le Seigneur parla à Nathan et le chargea de décliner l'offre que lui faisait le roi. Bien que Jéhovah eût été dépourvu d'un sanctuaire que le peuple aurait reconnu comme sien, bien que, comme il le fit remarquer, il ne fût pas demeuré dans une maison en Israël, mais fût passé d'une tente dans une autre et d'un tabernacle dans un autre (1 Chroniques 17:4-5) bien que, ainsi que le texte le laisse entendre, le Seigneur eût été négligé au cours du long délai qui précéda l'érection d'une maison à son nom, David, néanmoins, ne pouvait pas avoir l'honneur d'être chargé, ni même d'être autorisé à construire une telle maison, car on le tenait pour un homme de sang (1 Chroniques 22:8 ; comparez avec 28:3, et 1 Rois 5:3). Nous n'avons pas à juger ici de l'importance de l'offense de David, ce serait usurper une prérogative divine ; qu'il nous suffise de savoir que même un don royal peut être refusé s'il y a quoi que ce soit qui nécessite une réconciliation entre le mortel et son Dieu. David fut toutefois autorisé à fournir les moyens et à rassembler les matériaux qui seraient utilisés plus tard pour l'érection du temple (1 Chroniques 22:1-5) ; en outre, c'est par son entremise que fut choisi et sanctifié le site sur lequel le grandiose édifice devait s'élever dans la suite. Une grande peste s'était abattue sur Israël et l'ange du Seigneur, envoyé avec un mandat de destruction, fut aperçu par David alors qu'il se tenait, le glaive à la main, sur le mont Morija, sur l'aire d'Aravna le Jébusien (2 Samuel 24:15-25 ; aussi 1 Chroniques 21:15-17; et 2 Chroniques 3:1). Ce lieu, sanctifié par la présence d'un messager céleste, même si ce messager était l'ange de la mort, fut marqué par l'érection d'un autel, ainsi que le Seigneur l'ordonna par l'intermédiaire du prophète Gad (1 Chroniques 21:18-20-30 ; comparez avec 2 Samuel 24:18-25).

 

  Lorsque David se rendit compte que ses années étaient comptées, il reporta sur Salomon, son fils et successeur désigné, la mission solennelle de construire cette maison qu'il lui avait été interdit de construire. Le roi s'appesantit pathétiquement sur sa propre disgrâce, puis répéta la promesse qu'avait faite le Seigneur d'accepter cette offrande de la main de Salomon. Voici ce que dit le récit biblique :

 

  « Et David fit beaucoup de préparatifs avant sa mort. David appela Salomon, son fils, et lui ordonna de bâtir une maison à l'Éternel, le Dieu d'Israël. David dit à Salomon : Mon fils, j'avais l'intention de bâtir une maison au nom de l'Eternel, mon Dieu. Mais la parole de l'Éternel m'a été ainsi adressée : Tu as versé beaucoup de sang, et tu as fait de grandes guerres ; tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu as versé devant moi beaucoup de sang sur la terre. Voici, il te naîtra un fils, qui sera un homme de repos, et à qui je donnerai du repos en le délivrant de tous ses ennemis d'alentour ; car Salomon sera son nom, et je ferai venir sur Israël la paix et la tranquillité pendant sa vie. Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom. Il sera pour moi un fils, et je serai pour lui un père ; et j'affermirai pour toujours le trône de son royaume en Israël.


« Maintenant, mon fils, que l'Éternel soit avec toi, afin que tu prospères et que tu bâtisses la maison de l'Éternel, ton Dieu, comme il l'a déclaré à ton égard ! Veuille seulement l'Éternel t'accorder de la sagesse et de l'intelligence, et te faire régner sur Israël dans l'observation de la loi de l'Éternel, ton Dieu ! Alors tu prospéreras, si tu as soin de mettre en pratique les lois et les ordonnances que l'Éternel a prescrites à Moïse pour Israël. Fortifie-toi et prends courage, ne crains point et ne t'effraie point. Voici, par mes efforts, j'ai préparé pour la maison de l'Éternel cent mille talents d'or, un million de talents d'argent, et une quantité d'airain et de fer qu'il n'est pas possible de peser, car il y en a en abondance ; j'ai aussi préparé du bois et des pierres, et tu en ajouteras encore. Tu as auprès de toi un grand nombre d'ouvriers, des tailleurs de pierre, et des charpentiers, et des hommes habiles dans toute espèce d'ouvrages. L'or, l'argent, l'airain et le fer, sont sans nombre. Lève-toi et agis, et que l'Éternel soit avec toi !


« David ordonna à tous les chefs d'Israël de venir en aide à Salomon, son fils. L’Éternel, votre Dieu, n'est-il pas avec vous, et ne vous a-t-il pas donné du repos de tous côtés ? Car il a livré entre mes mains les habitants du pays, et le pays est assujetti devant l'Éternel et devant son peuple. Appliquez maintenant votre cœur et votre âme à chercher l'Éternel, votre Dieu ; levez-vous et bâtissez le sanctuaire de l'Éternel Dieu, afin d'amener l'arche de l'alliance de l'Éternel et les ustensiles consacrés à Dieu dans la maison qui sera bâtie au nom de l'Éternel. » (1 Chroniques 22:5-19 ; voyez aussi 28:1-8 ; 29:1-7)

 

  David donna à Salomon des instructions détaillées concernant la disposition et les mesures de la maison et de ses dépendances, le plan du portique ainsi que celui du bâtiment principal et des constructions annexes et c'est par l'Esprit qu'il avait le modèle de tout cela. En outre, il lui donna des directives concernant le ministère des différents ordres de prêtres et de Lévites, et « tout ce qui concernait le service de la maison de l'Éternel, et tous les ustensiles pour le service de la maison de l'Éternel » (1 Chroniques 28:11-13).

 

  Le travail de construction proprement dit commença pendant la quatrième année du règne de Salomon, et le temple fut prêt pour la dédicace pendant la douzième, c'est-à-dire, vers 1005 avant J.-C. Dès le début de l'ouvrage, Salomon conclut avec Hiram, un roi voisin, un accord aux termes duquel les ressources de Tyr et de Sidon étaient réservées pour cette grande entreprise. Par cette alliance, il fut possible de profiter des splendides forêts du Liban ; des cèdres, des sapins et d'autres arbres furent abattus par milliers et acheminés par eau jusqu'au point le mieux situé pour achever par la route le transport jusqu'à Jérusalem. Il avait été préalablement expliqué à Hiram que les besoins seraient grands, car, selon les paroles mêmes de Salomon : « La maison que je vais bâtir doit être grande, car notre Dieu est plus grand que tous les dieux » (2 Chroniques 2:5; voyez le chapitre entier). On mit au travail des bûcherons sidoniens, qui étaient les travailleurs de bois les plus habiles que l'on connût alors ; et le bois du Liban fut fourni en abondance. On peut juger de l'importance des besoins d'après la somme énorme promise et effectivement payée par Salomon (1 Rois 5:11; et 2 Chroniques 2:10, 15).

 

  Des ouvriers israélites furent employés en grand nombre, tant en collaboration avec les Sidoniens qu'en Israël. Nous lisons :

 

     « Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée ; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya au Liban, dix mille par mois alternativement ; ils étaient un mois au Liban, et deux mois chez eux. Adoniram était préposé sur les hommes de corvée. Salomon avait encore soixante-dix mille hommes qui portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres dans la montagne. Sans compter les chefs, au nombre de trois mille trois cents, préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers. Le roi ordonna d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour les fondements de la maison. Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram, et les Guibliens, les taillèrent, et ils préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison. » (1 Rois 5:13-18)

 

  Pour employer avec succès de si grands nombres d'ouvriers, il était nécessaire d'avoir une organisation efficace. Nous ne sommes donc pas surpris de lire qu'il y avait trois mille trois cents surveillants en service. L'efficacité du système est prouvée par le succès qui couronna cette gigantesque entreprise. Les Israélites et les hommes de Tyr et de Sidon travaillaient de concert, et une grande partie des matériaux de construction étaient façonnés et mis aux dimensions voulues dans la forêt ou la carrière ; en conséquence « lorsqu'on bâtit la maison, on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun instrument de fer, ne furent entendus dans la maison pendant qu'on la construisait » (1 Rois 6:7; comparez avec le Deutéronome 27:5-6).

 

      Notre source première d'information concernant l'érection du grand temple est le récit scriptural contenu dans 1 Rois, chapitres 6 et 7 ; un récit ultérieur se trouve dans 2 Chroniques, chapitres 3 et 4, mais ce récit, ainsi que la description fournie par Josèphe (Josèphe, Antiquités juives, Livre VIII, chapitres 2, 3, 4) remontent, semble-t-il, au premier texte cité.

 

  Dans l'ensemble, le plan du temple de Salomon était celui du tabernacle d'assignation quoique les dimensions du temple fussent le double de celles du tabernacle. On se souvient que le portique du tabernacle avait cinq coudées de profondeur ; celui du temple mesurait dix coudées en profondeur ; dans les deux cas, ce portique s'étendait sur toute la largeur de la maison. Le saint, c'est-à-dire la première pièce enclose de murailles, avait vingt coudées de long, dix coudées de large et dix de haut dans le tabernacle ; celui du temple mesurait quarante coudées sur vingt, et vingt coudées de haut. Le sanctuaire intérieur, l'oracle, ou saint des saints, était cubique dans le tabernacle et mesurait dix coudées dans chaque sens ; dans le temple, cette salle sacrée était un cube de vingt coudées. Ainsi donc, le tabernacle couvrait en surface trente-cinq coudées sur vingt, et le temple, soixante-dix coudées sur quarante. Ces mesures ne tiennent pas compte des pièces latérales qui, dans le tabernacle, mesuraient cinq coudées de large ; celles qui flanquaient le temple mesuraient dix coudées dans leur plus grande largeur ; si nous les ajoutons au reste, la surface totale du tabernacle était de quarante coudées sur vingt, et celle du temple, quatre-vingts sur quarante, soit, dix-huit mètres sur neuf pour le tabernacle et trente-six mètres sur dix-huit pour le temple, selon l'équivalence métrique généralement acceptée pour la coudée. En hauteur, la même proportion se vérifiait : le tabernacle s'élevait de quinze coudées et le temple de trente coudées. Il semble que le portique du temple dominait en hauteur le bâtiment principal (2 Chroniques 3:4).

 

Dans le portique, semblant monter la garde au seuil du temple, se dressaient deux colonnes d'airain, d'un dessin compliqué et sans doute de signification symbolique. Elles étaient considérées comme si importantes qu'elles méritèrent une description détaillée et que le nom de leur réalisateur fut inscrit dans les archives du temple. Elles furent travaillées par Hiram de Tyr - non pas le roi du même nom, mais un maître-artisan, habile à travailler l'airain. Hiram confectionna les colonnes ; elles avaient chacune douze coudées de circonférence et dix-huit coudées de hauteur, sans compter les chapiteaux massifs qui étaient ornés d'un motif de grenades et de lis. La colonne à droite de l'entrée fut appelée Jakin, ce qui signifie « Elle tiendra » et celle de gauche fut appelée Boaz, ce qui veut dire « Elle est solide » (1 Rois 7:13-22). Peut-être une signification plus profonde s'attachait-elle à ces colonnes massives ; quoi qu'il en soit, leur symbolisme suggestif de force et de solidité apparaît avec évidence. Quant à savoir si elles supportaient vraiment le toit du portique, ou si elles étaient libres et ne servaient que d'ornement et de symboles, le texte de l'Écriture ne le précise pas.

 

  Les murs du grand temple étaient de pierre de taille ; toutefois, aucune pierre n'était visible de l'intérieur, car les murs étaient lambrissés du haut en bas de cèdre richement décoré de sculptures de fleurs, d'arbres et autres dessins, et le parquet était en sapin (1 Rois 6: 15-18, 29). En outre, l'intérieur était richement ornementé de motifs plaqués d'or pur. La séparation qui distinguait l'oracle ou saint des saints, et qui correspondait au voile du tabernacle, était recouverte de semblable manière et était suspendue par des chaînes d'or (versets 19-22). Les chérubins qui se dressaient comme des gardiens symboliques de l'oracle, étaient de bois d'olivier recouvert d'or, le précieux métal ayant été ajusté sur le bois sculpté (verset 35).

 

  Le vestibule ou portique se trouvait à l'extrémité est ; il constituait le seul accès au temple proprement dit. Le long des trois autres faces, donc entourant le saint et l'oracle, il y avait de nombreuses petites pièces réparties en trois étages. La largeur de ces pièces était de cinq coudées à l'étage inférieur, de six coudées à l'étage intermédiaire, et de sept coudées à l'étage supérieur ; cette particularité que constituait l'augmentation de la largeur proportionnellement à l'élévation, était due à une diminution de l'épaisseur des murs. Grâce à cet amincissement des murs, les pièces de cèdre étaient bien soutenues, tout en ne faisant pas partie du bâtiment principal ; il était conçu de telle manière que « les poutres ne fussent pas fixées dans les murs de la maison » (versets 5-6). Ces petites pièces étaient donc « des retraites tout autour, contre les murs de la maison » et pourtant, de construction indépendante. Par la mention qu'en fait Ézéchiel (Éz. 41:6-7), on suppose que ces pièces étaient au nombre de trente, bien qu'aucune précision ne soit apportée. Elles étaient probablement utilisées pour le service que devaient remplir les prêtres à côté des cérémonies constituant le rituel général. L'accès à ces pièces se trouvait du côté droit du bâtiment ; un escalier tournant menait aux pièces supérieures. Au-dessus du niveau des pièces supérieures, il y avait des fenêtres par lesquelles le saint recevait la lumière du jour ; quant au saint des saints, il ne connaissait pas la lumière naturelle.

 

      Le mobilier du temple ne comprenait qu'un petit nombre d'objets ; cependant, chaque pièce était de conception particulière et destinée à un usage exclusif. Dans le saint se trouvait une table, ou plutôt une série de tables destinées à porter les pains de proposition sacrés. On y mentionne aussi un autel d'or et dix chandeliers d'or pur, disposés en face de l'entrée de l'oracle, cinq de chaque côté ; en outre il y avait des pincettes en or, des vases, des éteignoirs, des bassins et des cuillères. L'oracle était préparé pour recevoir l'arche d'alliance, et pour abriter ce meuble sacré, on avait préparé les deux grands chérubins, hauts chacun de dix coudées ; ils étaient de bois d'olivier recouvert d'or.

 

      Le temple se dressait dans des enceintes de murailles que l'on appelle généralement cour extérieure et cour intérieure. Selon la description qui nous en est faite, le mur de la cour intérieure se composait de trois assises de pierre de taille et d'une rangée de poutres de cèdre. Ceci correspondait au parvis unique de l'ancien tabernacle. Du fait que toutes les dimensions attestées nous montrent que le temple était le double du tabernacle, il est possible que ce parvis ait été de proportions correspondantes ; c'est pourquoi on croit généralement qu'il s'étendait sur cent coudées du nord au sud et sur deux cents coudées d'est en ouest (pour plus de détails concernant les parvis, voir 1 Rois 6:36 ; comparez avec 7:12 ; voyez aussi 2 Rois 23:12 ; 2 Chroniques 4:9 ; 33:5).

 

  À l'intérieur du parvis « devant le portique du Seigneur » se trouvait l'autel des sacrifices. C'était une masse carrée d'airain, de vingt coudées de côté et de dix coudées de haut. Appartenant au service de cet autel il y avait de nombreux ustensiles, tels que bassins, pots et pelles, fabriqués spécialement sous la direction du maître-artisan Hiram de Tyr. Autre objet remarquable dans ce parvis : la mer de fonte, dite aussi la mer d'airain (1 Rois 7:23-26 ; 2 Chroniques 4:2 ; voyez aussi 2 Rois 25:13 ; Jérémie 52:17). Cette grande cuve mesurait trente coudées de circonférence et cinq coudées de hauteur ; elle était richement ornée. Les parois avaient une palme d'épaisseur et le bord en était embelli de motifs floraux. Elle était posée sur douze bœufs d'airain, disposés par groupes de trois, les groupes faisant face aux quatre points cardinaux. Cette grande cuve se trouvait entre l'autel et le portique, « du côté droit de la maison, au sud-est » (1 Rois 7:39). Du même ordre que la mer de fonte, il y avait dix bassins, montés sur des bases de construction spéciale et pourvues de roues pour en faciliter le transport (1 Rois 7:27-39 ; 2 Chroniques 4:6). Les bassins étaient utilisés en rapport avec le service de l'autel, pour le lavage des offrandes, mais la cuve principale, la mer de fonte était réservée aux ablutions rituelles des prêtres.

 

  Lorsque la maison du Seigneur fut achevée, on fit des préparatifs compliqués en vue de sa dédicace. Tout d'abord vint l'installation de l'arche d'alliance et de ses dépendances, le tabernacle d'assignation et les vases sacrés. C'est en grande pompe et avec accompagnement d'une cérémonie de sacrifice que l'arche fut apportée par les prêtres et déposée dans le saint des saints sous les ailes des chérubins. À cette époque, l'arche ne contenait que les deux tables de pierre « que Moïse y avait mises ». Les barres par lesquelles on portait l'arche furent tirées de manière à être visibles du saint, et alors « au moment où les sacrificateurs sortirent du lieu saint, la nuée remplit la maison de l'Éternel. Les sacrificateurs ne purent pas y rester pour faire le service, à cause de la nuée ; car la gloire de l'Éternel remplissait la maison de l'Éternel» (1 Rois 8:10-11).

 

  Puis Salomon s'adressa à la multitude assemblée pour lui rappeler les circonstances dans lesquelles la construction du temple avait été conçue par David, son père, et exécutée par lui-même, et pour proclamer la miséricorde et la bonté du Dieu d'Israël. Debout devant l'autel du Seigneur dans le parvis du temple, le roi éleva les mains vers le ciel et offrit la prière de dédicace. Puis, le roi bénit le peuple en ces termes : « Béni soit l'Éternel, qui a donné du repos à son peuple d'Israël, selon toutes ses promesses ! De toutes les bonnes paroles qu'il avait prononcées par Moïse son serviteur, aucune n'est restée sans effet. Que l'Éternel, notre Dieu, soit avec nous, comme il a été avec nos pères ; qu'il ne nous abandonne point et ne nous délaisse point » (1 Rois 8:56-57 ; pour la description complète de la cérémonie de dédicace, voyez le chapitre entier).

 

Les services principaux ainsi que les festivités s'y rapportant durèrent sept jours, et « le huitième jour, il renvoya le peuple. Et ils bénirent le roi, et s'en allèrent dans leurs tentes, joyeux et le cœur content pour tout le bien que l'Éternel avait fait à David, son serviteur, et à Israël, son peuple » (verset 66).

 

La suprématie et la gloire de ce splendide édifice ne durèrent qu'un tiers de siècle. Dans les dernières années de son règne, Salomon s'était mal conduit aux yeux de Dieu et le peuple n'avait pas tardé à suivre son roi dans la voie du mal. Israël avait laissé s'affaiblir son obéissance envers Jéhovah et avait suivi des dieux étrangers. Après la mort de Salomon, la nation fut disloquée. Au cours de la cinquième année du règne de Roboam, Schischak, roi d'Égypte, assiégea la cité de David et alla jusqu'à dépouiller le temple d'une partie de ses trésors sacrés. Ensuite, Joas, qui régnait sur une des moitiés de la nation divisée emporta de la maison du Seigneur l'or, l'argent, et les vases sacrés et les emmena en Samarie (2 Rois 14:13-14). Il apparaît donc que la violation du temple ne fut pas entièrement le fait des ennemis d'Israël ; le peuple même pour qui cette maison avait été jadis consacrée, contribua à sa profanation. Achaz, ce mauvais roi de Juda, enleva de sa place l'autel des sacrifices et le remplaça par un autre qui avait été façonné sur son ordre sur le modèle des autels païens ; en outre, il déposa la mer de fonte et démonta les bassins (2 Rois 16:10-18 ; aussi 2 Chroniques 28:24). Manassé, autre méchant roi de Juda, se fit le disciple de Baal et éleva des autels aux idoles à l'intérieur même du temple (2 Rois 21:1-7 ; aussi 2 Chroniques 33:1-7). Les objets précieux de la maison du Seigneur servirent de monnaie d'échange entre rois. C'est ainsi qu'Asa, roi de Juda, acheta le soutien de Ben-Hadad pour lutter contre Israël (1 Rois 15:18) ; de la même manière, Joas acheta la paix à Hazaël, roi de Syrie (2 Rois 12:18) ; et c'est ainsi encore qu'Ézéchias dépouilla la maison du Seigneur afin de pouvoir payer tribut aux Assyriens (2 Rois 18:15-16).

 

  Des tentatives furent faites pour réparer les ravages les plus graves, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du temple (2 Rois 12:2-14 ; comparez avec 2 Chroniques 24:7-14 ; aussi 2 Rois 22:3-7 ; comparez avec 2 Chroniques 34:8-13) mais il semblait que la maison eût été abandonnée à son triste sort. En l'an 586 avant J.-C., Nebucadnetsar, roi de Babylone, consomma la destruction du temple lorsqu'il conquit le royaume de Juda. Ce qui pouvait encore y présenter quelque valeur fut emporté, et le bâtiment fut détruit par le feu (2 Rois 24:13 ; 25:9-17 ; 2 Chroniques 36:7,19 ; comparez avec Ésaïe 64:11 ; Jérémie 27:16, 19-22 ; 28:3 ; 52:13 ; 17:23 ; Lamentations 2:7 ; 4:1 ; et Esdras 1:7).

 

  Il est encore fait mention une fois dans la suite de certains des vases qui avaient été fabriqués en vue du service de Jéhovah - c'est quand on les sortit pour couronner le triomphe de Balthazar au cours de son festin païen. Alors se manifesta le mécontentement du Seigneur, et le roi, tremblant, apprit son destin des lèvres de Daniel – car il n'avait pas pris garde au sort qui avait été celui de son père, et il s'était élevé contre le Seigneur du Ciel ; et il avait enlevé les vases sacrés de la maison de Dieu afin que lui-même, ses seigneurs, ses épouses et ses concubines pussent y boire leur vin ; et il avait fait l'éloge des dieux d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point ni n'entendent, et qui ne savent pas ; mais le Dieu dans la main de qui était sa vie, et à qui appartenaient toutes ses actions, il ne l'avait pas glorifié. Il avait été pesé dans les balances et il n'avait pas fait le poids ; et son royaume lui fut enlevé. Cette nuit-là, le roi Balthazar fut tué (Daniel, chapitre 5).

 

 

Le temple de la vision d’Ézéchiel

 

Au cours de la vingt-cinquième année de la captivité de Babylone, alors que le peuple d'Israël se trouvait encore en exil dans un pays étranger, la parole du Seigneur fut adressée au prophète Ézéchiel ; la puissance de Dieu reposa sur lui, et il eut la vision d'un temple dont il décrivit minutieusement le plan (Ézéchiel, chapitres 40 à 43). Le prophète ne s'est pas prononcé sur la question de savoir si le projet qui lui avait été montré devait être réalisé dans la suite ou si ce n'était qu'un idéal grandiose, mais inaccessible. Ce qui est certain, c'est que ce temple, dont il eut la vision, n'a pas encore été construit.

 

Dans la plupart de ses traits essentiels, l'idéal d'Ézéchiel suivait de près le plan du temple de Salomon ; si étroite, en effet, est cette ressemblance, que nombre de détails spécifiés par Ézéchiel ont été retenus comme étant ceux du splendide édifice détruit par Nebucadnetsar. La caractéristique prédominante du temple décrit par Ézéchiel, c'était l'ampleur de ses proportions et la symétrie, tant de la maison sainte que de ses dépendances. L'enceinte devait être un carré de cinq cents coudées, entouré de murailles et pourvu d'une porte et d'arcades sur trois côtés ; du côté ouest le mur n'était rompu par aucune porte. À chacune des portes, il y avait de petites pièces considérées comme des loges et pourvues d'un portique. Dans le parvis extérieur il y avait d'autres pièces. Toute cette enceinte devait être surélevée et une volée de marches menait à chaque porte. Dans le parvis intérieur, on voyait le grand autel, dressé devant la maison et occupant le centre d'un carré de cent coudées (Ézéchiel 40:47). On avait pourvu amplement à toutes les variétés de sacrifices et d'offrandes, ainsi qu'au logement des prêtres, des chanteurs, et de tous ceux qui participaient au rituel sacré (versets 44-46). Le bâtiment principal comprenait un portique, un saint et un sanctuaire intérieur ou très saint lieu, ce dernier, surélevé par rapport au reste et accessible par des marches. Ce plan prévoyait une spécialisation plus grande encore que celle qui caractérisait le complexe sacré du temple de Salomon. Le service du temple était fixé dans le détail ; les ordonnances de l'autel, les devoirs des prêtres, le ministère des Lévites, le règlement régissant les oblations et les fêtes, tout était exposé (Ézéchiel, chapitres 44-48).

 

Le but immédiat de cette révélation faite par le moyen de la vision du prophète semble avoir été d'éveiller le peuple d'Israël à la conscience de sa déchéance et à une conception de sa gloire disparue. Le prophète reçut l'ordre que voici :

 

  « Toi, fils de l'homme, montre ce temple à la maison d'Israël ; qu'ils en mesurent le plan, et qu'ils rougissent de leurs iniquités. S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et ses ordonnances, tous ses dessins et toutes ses lois ; mets-en la description sous leurs yeux, afin qu'ils gardent tous ses dessins et toutes ses ordonnances, et qu'ils s'y conforment dans l'exécution. Telle est la loi de la maison. Sur le sommet de la montagne, tout l'espace qu'elle doit occuper est très saint. Voilà donc la loi de la maison. » (Ézéchiel 43:10-12)

 

 

Le temple de Zorobabel

 

  Pendant soixante-dix longues années, les Juifs avaient pleuré et gémi sous le joug babylonien. La plus grande partie de ce royaume de Juda jadis si fier avait été emmenée en captivité, et ceux qui étaient restés au pays de leurs ancêtres avaient perdu leur statut de nation et s'étaient largement mêlés aux Gentils. Avec quelle terrible exactitude s'était accomplie la cruelle prédiction de Jérémie. Par son intermédiaire, le Seigneur avait dit :

 

  « C'est pourquoi ainsi parle l'Éternel des armées : parce que vous n'avez point écouté mes paroles, j'enverrai chercher tous les peuples du septentrion, dit l'Éternel, et j'enverrai auprès de Nebucadnetsar, roi de Babylone, mon serviteur ; je le ferai venir contre ce pays et contre ses habitants, et contre toutes ces nations à l'entour, afin de les dévouer par interdit, et d'en faire un objet de désolation et de moquerie, des ruines éternelles. Je ferai cesser parmi eux les cris de réjouissance et les cris d'allégresse, les chants du fiancé et les chants de la fiancée, le bruit de la meule et la lumière de la lampe. Tout ce pays deviendra une ruine, un désert, et ces nations seront asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans. » (Jérémie 25:8-11 ; aussi 29:10)

 

   Cependant, les ténèbres de cette affligeante prophétie avaient été éclairées d'un rayon d'espoir, d'une promesse : l'assurance que quand les soixante-dix années du châtiment du Seigneur seraient accomplies, le peuple retournerait au pays de son héritage et serait de nouveau reconnu comme étant le peuple du Seigneur (voir Jérémie 25:12-14 ; voyez aussi du même auteur, Les Articles de Foi, chapitre 17, « La Dispersion d'Israël »).

 

  C'est encouragé par cet espoir que le peuple avait vécu ; inspirés par lui, les prophètes, bien que captifs, avaient recherché le Seigneur et avaient fait connaître au peuple sa volonté ; c'est à cette lumière qu'Ézéchiel, le voyant, avait eu la vision du rétablissement de son peuple et la possibilité d'un temple plus vaste et plus grandiose que le premier. En temps voulu, le Dieu d'Israël tint sa parole et affirma à nouveau sa puissance de Roi des rois ; il gouverna et dirigea les passions des nations et des dirigeants terrestres et ramena une fois encore son peuple de son pays d'esclavage. La Perse était devenue une puissance prédominante parmi les nations et c'est par un décret du roi de Perse que Juda fut émancipé. Voyez comment la puissance de Dieu s'impose à ceux qui gouvernent les mortels :

 

  « La première année de Cyrus, roi de Perse, afin que s'accomplît la parole de l'Éternel prononcée par la bouche de Jérémie, l'Éternel réveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, qui fit faire de vive voix et par écrit cette publication dans tout son royaume : Ainsi parle Cyrus, roi des Perses : L'Éternel, le Dieu des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem en Juda. Qui d'entre vous est de son peuple ? Que son Dieu soit avec lui, et qu'il monte à Jérusalem en Juda et bâtisse la maison de l'Éternel, le Dieu d'Israël ! C'est le Dieu qui est à Jérusalem. Dans tout lieu où séjournent des restes du peuple de l'Éternel, les gens du lieu leur donneront de l'argent, de l'or, des effets, et du bétail, avec des offrandes volontaires pour la maison du Dieu qui est à Jérusalem. » (Esdras 1:1-4)

 

C'est avec cette gracieuse permission que le peuple retourna au pays de ses pères et se mit en mesure de reconstruire une maison au Seigneur. Cyrus avait passé son décret à l'effet que la construction fût digne du grand nom auquel elle devait être consacrée : elle devait avoir de solides fondements ; la hauteur devait être de soixante coudées, ainsi que la largeur ; on devait poser trois rangées de pierre de taille et une rangée de bois neuf : en outre, les frais devaient être couverts par le trésor royal (Esdras 6:3-4). Le roi restitua au peuple tous les vases qui avaient été emportés par Nebucadnetsar du premier temple ; il y en avait plusieurs milliers et ils furent remis officiellement par le trésorier du roi (Esdras 1:7-11).

 

Si grand était l'enthousiasme du peuple, si fort son désir de prendre part personnellement à la sainte entreprise que beaucoup de gens qui avaient été négligents de leur héritage réclamaient à présent la qualité de prêtre ; mais, comme leur généalogie n'avait pas été conservée, la prêtrise leur fut refusée, bien qu'ils fussent autorisés à retourner avec les autres. Les prérogatives du sacerdoce leur furent refusées jusqu'à ce qu'un prêtre se levât avec puissance pour rétablir leur généalogie au moyen de l'urim et du thummin (Esdras 2:61-63).

 

  Zorobabel et Josué avaient la charge de l'œuvre, et sans délai ils reconstruisirent l'autel du Dieu d'Israël et réinstaurèrent le rituel du sacrifice et l'observance des fêtes sacrées (Esdras 3:1-6). Des maçons et des charpentiers, des ouvriers et des artisans de toute espèce et de tout rang furent engagés ; Tyr et Sidon furent de nouveau soumises à un tribut amical et une fois de plus la richesse des forêts du Liban fut amenée à Jérusalem. Les prêtres et les Lévites furent réorganisés comme jadis et le bruit des trompettes et des cymbales se mêlait à la voix des chanteurs. Y a-t-il lieu de s'étonner qu'au moment où on posa les fondations, des vieillards qui se souvenaient de la première maison et de sa gloire priaient et versaient des larmes de joie ? (Esdras 3:8-13)

 

Mais il s'éleva des adversaires qui suscitèrent des obstacles aux constructeurs. Le peuple de Canaan - des Israélites qui avaient oublié leur allégeance pour Dieu et s'étaient mêlés à des idolâtres, prirent ombrage de l'activité des Juifs revenus. Tout d'abord, ils s'offrirent à les aider dans leur œuvre, mais voyant qu'on refusait de les reconnaître à cause de leurs relations avec les idolâtres, ils se mirent à faire de l'obstruction, « ils découragèrent le peuple de Juda ; ils l'intimidèrent pour l'empêcher de bâtir, et ils gagnèrent à prix d'argent des conseillers pour faire échouer son entreprise. Il en fut ainsi pendant toute la vie de Cyrus, roi de Perse, et jusqu'au règne de Darius, roi de Perse » (Esdras 4:1-6, 7-24 ; et le chapitre 5). On protesta en disant que depuis toujours le peuple de Juda avait causé des ennuis aux autres nations, et que leur temple une fois restauré, ils redeviendraient séditieux. Finalement, les protestations et les accusations arrivèrent aux oreilles de Darius, le monarque régnant ; mais lorsqu'il eut fait une enquête sur toute cette affaire, il passa un décret au terme duquel, non seulement les Juifs ne devaient pas être interrompus dans la construction de leur temple, mais encore une partie du tribut du roi, c'est-à-dire les impôts officiels du pays, serait consacrée à cette œuvre ; et, selon les paroles du roi :

 

« Et voici l'ordre que je donne touchant quiconque transgressera cette parole : on arrachera de sa maison une pièce de bois, on la dressera pour qu'il y soit attaché, et l'on fera de sa maison un tas d'immondices. Que le Dieu qui fait résider en ce lieu son nom renverse tout roi et tout peuple qui étendraient la main pour transgresser ma parole, pour détruire cette maison de Dieu à Jérusalem ! Moi, Darius, j'ai donné cet ordre. Qu'il soit ponctuellement exécuté. » (Esdras 6:11-12 ; aussi les versets 7-10)

 

Ainsi soutenu, le peuple acheva rapidement la construction. Quoique presque vingt ans se fussent écoulés entre la pose des fondations et l'achèvement, la majeure partie du travail fut effectuée au cours des quatre dernières années. Les cérémonies de dédicace furent solennelles et édifiantes. Pendant sept jours on observa la fête des pains sans levain ; la Pâque fut mangée par ceux qui étaient revenus de captivité et par tous ceux « qui s'étaient éloignés de l'impureté des nations du pays et qui se joignirent à eux pour chercher l'Éternel, le Dieu d'Israël » (Esdras 6:21).

 

Ce second temple fut terminé en l'an 515 avant J.-C. ; il est connu des historiens sous le nom de temple de Zorobabel. Dans ses grandes lignes, il suivait le modèle du temple de Salomon, bien qu'en plusieurs de ses dimensions, il excédât son prototype. Le parvis était divisé en deux sections : une réservée aux prêtres et une autre pour le public ; selon Josèphe, cette division était matérialisée par une clôture en bois (Josèphe, Antiquités juives, XIII, 13:5). Un autel de pierre brute fut érigé au lieu du grand autel d'airain de jadis (Exode 20:25 ; Deut. 27:5 ; Josué 8:31). Le saint ne fut orné que d'un seul chandelier au lieu de dix ; et d'une seule table pour les pains de proposition au lieu des dix tables recouvertes d'or qui se dressaient dans le premier temple. On nous parle aussi d'un autel d'or pour l'encens et de quelques meubles de moindre importance. Le saint des saints était vide, car on ne savait pas ce que l'arche d'alliance était devenue lorsque le peuple était parti en captivité.

 

  À de nombreux égards, le temple de Zorobabel avait l'air pauvre en comparaison de son splendide prédécesseur et, dans certains détails, il apparaissait effectivement inférieur à l'ancien tabernacle d'assignation - le sanctuaire des tribus nomades. Des critiques savants précisent que les caractéristiques suivantes du temple de Salomon manquaient au temple de Zorobabel : 1) l'arche d'alliance ; 2) le feu sacré ; 3) le Shekinah ou gloire du Seigneur, qui se manifestait jadis par la présence divine ; 4) l'urim et le thummin, par lesquels Jéhovah expliquait sa volonté aux prêtres de l'ordre d'Aaron ; 5) le génie ou esprit de prophétie, marquant la communion intime existant entre les mortels et leur Dieu. Nonobstant ces différences, le temple de Zorobabel fut reconnu par Dieu et fut sans aucun doute le lieu ou siège de la révélation divine aux prophètes dûment institués.

 

  Cette infériorité du second temple comparé au premier est généralement reconnue ; cependant, cette différence était plutôt une question de splendeur que de dimensions (Aggée 2:1-4 ; comparez avec Zacharie 4:10). Mais même cette moindre splendeur, il ne la conserva pas longtemps. De nouveau le peuple se détourna de son Dieu et n'écouta plus la voix des prophètes. De nouveau Jéhovah permit aux païens d'opprimer Juda. Quant au reste de l'histoire de ce temple, le récit biblique ne nous en donne que peu de détails ; mais d'autres sources nous parlent de ses vicissitudes. La maison du Seigneur fut profanée au moment de la persécution des Macchabées. Un roi syrien, Antiochus Épiphane, s'empara de Jérusalem (168 à 165 avant J.-C.) et blasphéma outrageusement la religion du peuple. Il pilla le temple et en emporta le chandelier d'or, l'autel d'or pour l'encens, la table des pains de proposition et il alla jusqu'à arracher les voiles sacrés, qui étaient faits de fine toile et d'écarlate. Il poussa la malignité jusqu'à profaner sciemment l'autel du sacrifice en y offrant du porc et à ériger un autel païen dans l'enceinte sacrée. Non content de violer le temple, ce méchant monarque fit ériger des autels dans les villes et ordonna d'y offrir des animaux impurs. Le rite de la circoncision fut interdit sous peine de mort et le culte de Jéhovah fut considéré comme un crime (Josèphe, Antiquités juives, XII, 5:3-5). Suite à cette persécution, de nombreux Juifs apostasièrent et déclarèrent qu'ils étaient Mèdes ou Perses - nations dont ils avaient secoué le joug par la puissance de Dieu.

 

   Parmi ceux qui restèrent fidèles à la religion de leurs pères se trouvait Mattathias, qui était prêtre et personnage en vue. On lui demanda d'offrir un sacrifice païen ; non seulement il refusa, mais dans sa juste indignation, il tua ceux qui essayaient de commettre ce sacrilège. Cet acte entraîna d'autres émeutes et pendant trois ans, la lutte se poursuivit. Judas, fils de Mattathias, se distingua, et on l'appelle maintenant Judas Macchabée - le premier des Macchabées. Sous sa direction, le peuple retourna à Jérusalem et trouva le temple désert, tel qu'il avait été laissé par l'armée d'Antiochus. Les portes en avaient été arrachées et brûlées, et les mauvaises herbes poussaient à l'intérieur des murailles. Judas tenta de purifier et de réhabiliter la maison ; il y apporta de nouveaux vases et remplaça le chandelier, l'autel pour l'encens, la table des pains de proposition, et les voiles et il construisit un nouvel autel pour les holocaustes. Puis, en l'an 163 avant J.-C., la maison fut dédiée à nouveau ; cet événement fut commémoré dans la suite par une festivité annuelle appelée la Fête de la Dédicace (Josèphe, Antiquités juives, XII, chapitres 6 et 7 ; et 2 Macchabées 2:19 ; 10:1-8 ; aussi Jean 10:22).

 

Pour des raisons de sécurité personnelle, les Juifs conclurent une alliance avec les Romains qui devinrent plus tard leurs maîtres. Durant le règne des Macchabées, le temple tomba en décadence, et lorsque le dernier représentant de cette dynastie fut suivi par Hérode le Grand, la maison n'était guère plus qu'une ruine. Néanmoins, l'ordre sacerdotal avait été préservé, et un semblant de cérémonial cultuel avait continué. L'histoire du temple de Zorobabel rejoint celle du temple d'Hérode.

 

 

Le temple d’Hérode

 

  En l'an 37 avant J.-C., Hérode 1er, connu en histoire sous le nom d'Hérode le Grand, fut installé sur le trône des rois de Juda. Il avait déjà servi successivement en qualité de procurateur et de tétrarque et, au fond, avait été roi de nom pendant quelque temps avant de monter sur le trône, et durant cette période, il avait été en lutte avec le peuple dont un décret du Sénat romain l'avait fait gouverneur. Lorsqu'il monta sur le trône, il était connu pour son arrogance et sa cruauté ; et son règne fut un règne tyrannique, au cours duquel même les liens de famille et les liens les plus étroits du sang s'avérèrent insuffisants à protéger les victimes de son déplaisir. Au début de son règne, il mit à mort presque tous les membres du Sanhédrin, le Grand Conseil juif, et il ne cessa de régner avec une sévérité croissante. Néanmoins, il réussit à maintenir la paix avec d'autres gouvernements, et ses maîtres romains le considéraient comme un gouverneur compétent. Parmi ses actes de cruauté, on compte le massacre des nouveau-nés de Bethléhem, meurtre qui fut conçu et exécuté dans l'espoir d'inclure l'Enfant Jésus parmi les victimes (Matthieu 2:1-10, 16-18 ; « Le crime était grand, mais le nombre des victimes, dans une petite bourgade comme Bethléem, était trop réduit pour que Josèphe ou d'autres historiens en fissent une mention spéciale parmi les autres actes de cruauté d'Hérode, car il était dépourvu d'intérêt politique », Smith's Comprehensive Dictionary of the Bible, article « Jesus Christ », page 466).

 

Tel est le caractère de l'homme qui se proposa de remplacer le temple de Zorobabel, miné par l'âge, par une construction nouvelle et plus magnifique. Peut-on imaginer que l'offrande d'un tel donateur puisse être acceptable aux yeux du Seigneur ? Jadis, David avait offert de construire une maison au Seigneur, mais il en avait été dissuadé, parce que c'était un homme de sang. Le but que poursuivait Hérode en entreprenant cette grande œuvre était de se grandir lui-même et de grandir la nation, plutôt que de rendre hommage à Jéhovah. Sa proposition de reconstruire ou de restaurer le temple sur une échelle plus grande et plus magnifique fut considérée comme suspecte et accueillie avec méfiance par les Juifs : quand l'ancien édifice serait démoli, ce monarque arbitraire était bien capable d'abandonner son projet et de laisser le peuple dépourvu de temple. Pour dissiper ces craintes, le roi se mit en devoir de reconstruire et de restaurer le vieil édifice, partie par partie, en dirigeant le travail de telle manière qu'à aucun moment le service du temple ne fût sérieusement perturbé.

 

On ne conserva cependant que si peu de l'ancienne construction, que le temple d'Hérode doit être regardé comme une création nouvelle. L'œuvre fut entreprise environ seize ans avant la naissance du Christ; et, alors que la maison sainte proprement dite était pratiquement achevée en un an et demi - cette partie de l'ouvrage ayant été exécutée par un millier de prêtres spécialement entraînés dans ce but - l'emplacement du temple fut témoin de travaux ininterrompus de construction jusqu'en 63 après J.-C. Nous apprenons qu'à l'époque du ministère du Christ, le temple était en reconstruction depuis quarante-six ans (Jean 2:20) ; et à ce moment il n'était pas encore achevé.

 

Le texte biblique ne nous donne guère de renseignements concernant ce dernier temple, le plus grand de l'antiquité ; ce que nous en savons, nous le devons principalement à Josèphe, avec à l'appui quelques témoignages trouvés dans le Talmud.

 

Dans tous ses traits essentiels, la maison sainte, ou temple proprement dit, était semblable aux deux maisons ou sanctuaires antérieurs, quoiqu'il fût, extérieurement, bien plus compliqué et plus imposant qu'eux ; le temple d'Hérode, en effet, les surclassait de loin sur le chapitre des cours d'enceinte et des bâtiments annexes. Si l'on s'avançait du mur extérieur vers l'enceinte intérieure occupée par la maison sainte, on traversait des cours successives, chacune située à un niveau plus élevé que la précédente, disposition que favorisaient les pentes du mont Morijah. Ces cours s'étendaient sous la forme d'énormes plates-formes en terrasse, soutenues par des fondations de maçonnerie massive, qui s'élevaient à la verticale et atteignaient en certains endroits deux cents mètres à partir du pied de la colline.

 

Le mur extérieur qui enfermait tout le complexe du temple et qui présentait approximativement la forme d'un carré, mesurait quatre cents coudées, ou un stade (environ cent quatre-vingts mètres) de côté. La muraille est, qui constituait la principale défense de la cité de ce côté, n'était percée d'aucune porte ; chacun des trois autres côtés était pourvu d'un ou plusieurs portails magnifiques permettant de franchir ce mur digne d'une forteresse. Les quatre côtés de cette grande enceinte, immédiatement à l'intérieur du mur extérieur, étaient occupés par une série de portiques magnifiques, à la grecque, formant une colonnade couverte, dont chaque pilier était un monolithe massif de marbre blanc. Cette colonnade était interrompue à l'angle nord-ouest par la tour d'Antonia, véritable château fortifié, d'où un passage souterrain conduisait jusqu'à l'enceinte intérieure où se dressait la maison sainte. La colonnade ou rangée de portiques qui longeait le côté sud, était particulièrement travaillée et portait le nom de portique Royal. Il y avait ici quatre rangs de colonnes énormes, et par conséquent trois corridors dont celui de l'intérieur mesurait quinze mètres de large et trente mètres de haut, tandis que les deux corridors latéraux mesuraient chacun neuf mètres de large et dix-huit mètres de haut. Josèphe s'étend longuement sur cet effet imposant produit par le portique Royal, disant que la beauté en était incroyable pour ceux qui ne l'avaient pas vu, et stupéfiante pour ceux qui le contemplaient.

 

 La colonnade est portait le nom de portique de Salomon (Jean 10:23 ; Actes 3:11 ; 5:12) par allusion à une tradition selon laquelle le portique recouvrait et englobait une partie du mur original élevé par le constructeur du premier temple. À l'intérieur de ce portique, il y avait un espace assez vaste dont l'accès était autorisé au public : c'était la cour des Gentils. C'est dans cette cour que les changeurs et les marchands d'animaux utilisés pour les sacrifices avaient établi leurs échoppes à l'époque du ministère de notre Seigneur, et d'où ils furent chassés par sa juste colère, lorsqu'il déclara : « Il est écrit : Ma maison sera appelée une maison de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs » (Matthieu 21:12-13 ; voyez aussi Marc 11:15 ; Luc 19:45 ; Jean 2:14).

 

Entre la cour des Gentils et les cours intérieures se dressait un mur haut de vingt-cinq coudées ; ceci marquait la limite des lieux plus sacrés dans lesquels on ne pouvait légalement admettre aucun Gentil. À intervalles le long du mur, il y avait des tablettes, prévenant tous ceux qui n'étaient pas d'Israël qu'il était défendu d'entrer sous peine de mort. La traduction littérale de ces avis est : Qu'aucun étranger ne pénètre à l'intérieur de la balustrade et du parvis entourant le sanctuaire. Quiconque y est pris est lui-même responsable de sa mise à mort qui s’ensuivra.

 

Les cours intérieures étaient accessibles de la cour des Gentils par neuf portes, dont une était à l'est, quatre au nord et quatre au sud ; tout comme dans les temples antérieurs, le mur ouest était dépourvu de porte. De ces portails, le principal était celui de l'est ; c'était une construction compliquée en précieux airain corinthien, et portant le nom de porte corinthienne, ou parfois celui de son donateur, Nicanor ; beaucoup d'autorités estiment en outre que c'est là la Belle porte devant laquelle était assis le paralytique qui fut guéri par le ministère de Pierre et de Jean (Actes 3:2,10).

 

     Une partie de l'espace compris dans les parvis intérieurs était accessible aux Israélites des deux sexes, et portait le nom de cour des Femmes. C'était une enceinte pourvue d'une colonnade, où se tenaient les assemblées générales selon le rituel prescrit pour le culte public. Des pièces utilisées pour certaines cérémonies occupaient les quatre coins de cette cour ; et, entre celles-ci et les loges qui flanquaient les portes, il y avait d'autres constructions, dont une série constituait le Trésor ; on y plaçait des réceptacles en forme de trompette pour recevoir les dons (Marc 12:41-44).

 

Au-delà de la cour des Femmes, dont elle était la suite, se trouvait une section que son nom seul suffit à décrire : la cour des Hommes ; ces deux cours sont parfois désignées conjointement du nom de cour d'Israël. Dans cette cour, il y avait de nombreux bâtiments destinés au rangement d'objets sacrés ou à des assemblées spéciales. Au milieu de la cour d'Israël et la dominant, se trouvait la cour des Prêtres où se dressait le grand autel des sacrifices et où l'on n'admettait que les prêtres dûment ordonnés et les laïques qui venaient offrir des sacrifices. L'autel était une grande construction carrée de pierres brutes, mesurant quatorze mètres de côté à la base et allant en diminuant vers le foyer qui en avait onze. Un plan incliné y donnait accès du côté sud (Exode 20:26). Une cuve, réservée aux ablutions prescrites aux prêtres officiants, se trouvait à proximité du côté ouest.

 

 À l'intérieur de la cour des Prêtres, surélevée de douze marches, se dressait la maison sainte, le temple lui-même. En comparaison avec ses nombreuses et massives dépendances, ce n'était qu'un édifice modeste, mais sur le plan de l'architecture, on en avait fait le plus impressionnant, sinon le plus imposant de l'ensemble. On l'a décrit fort justement comme « une masse étincelante de marbre blanc et d'or » (Encyclopedia Britannica, 11éme édition, article « Temple »). Comme les temples antérieurs, celui-ci comprenait un portique, le saint et le saint des saints. Le portique mesurait cent coudées, tant en largeur qu'en hauteur. Le saint mesurait quarante coudées sur vingt, comme dans le temple de Zorobabel, mais la hauteur en avait été portée à quarante coudées.

 

 En ajoutant des pièces latérales avec un passage les séparant du bâtiment principal, Hérode rendit ce temple plus grandiose, plus majestueux qu'aucun de ses prédécesseurs. Le saint des saints conservait sa forme et ses dimensions originales qui en faisaient un cube de vingt coudées dans tous les sens. Entre celui-ci et le saint, était suspendu un double voile d'un tissu très fin, orné d'une broderie compliquée. Le voile extérieur s'ouvrait du côté nord, le voile intérieur s'ouvrait du côté sud, de sorte que le grand-prêtre qui y pénétrait une fois l'an pouvait passer entre les voiles sans exposer le saint des saints. Le local sacré était vide à l'exception d'une grande pierre que le grand-prêtre aspergeait du sang du sacrifice le jour de l'expiation ; cette pierre occupait la place de l'arche et de son propitiatoire. À l'extérieur du voile, dans le saint, se trouvaient l'autel de l'encens, le chandelier à sept branches et la table des pains de proposition.

 

Le temple d'Hérode était de loin le bâtiment le plus grandiose que l'on eût jamais construit pour être un temple ; c'est ce qu'on admet généralement ; et pourtant, sa beauté, sa grandeur, résidaient plutôt dans sa perfection architecturale que dans la sainteté du culte ou dans la manifestation de la présence divine à l'intérieur de ses murs. Le rituel, les cérémonies étaient surtout d'inspiration humaine, car, tandis que l'on se targuait d'observer la lettre de la loi de Moïse, cette loi avait été complétée et sur de nombreux points remplacée par la tradition et les prescriptions sacerdotales. Les Juifs affectaient de le considérer comme saint, et ce sont eux qui le proclamaient « maison du Seigneur ». Quoiqu'il fût dépourvu des manifestations divines qui avaient accompagné les autres sanctuaires acceptés par Dieu, et quoiqu'il fût souillé par l'arrogance des prêtres usurpateurs aussi bien que par des intérêts mercenaires égoïstes, il fut cependant reconnu, même par notre Seigneur Jésus-Christ, comme la maison de son Père (Matthieu 21:12 ; comparez avec Marc 11:15 et Luc 19:45). C'est là que Jésus enfant fut présenté comme l'exigeait la loi (Luc 2:22-38) ; c'est là qu'il vint avec ses parents à l'époque de la Pâque (Luc 2:42-50 ; aussi Jean 2:13-23 ; 5:1 ; 12:12-20) ; c'est dans cette enceinte qu'il se proclama, ainsi que le Père qui l'envoyait (Luc 19:47 ; Jean 10:22-39). Quand, finalement, rejeté par les siens et cloué par eux sur la croix, il accomplit le sacrifice qui rendait possible le salut de l'homme, le voile du temple fut déchiré par une puissance invisible et le dernier vestige de la sainteté suprême quitta ce lieu (Matthieu 27:51 ; Marc 15:38 ; Luc 23:45).

 

Aussi longtemps qu'il fut debout, cependant, ce temple fut tenu par les Juifs en grande vénération. Une déclaration du Sauveur, que les esprits obtus interprétèrent comme une menace contre le temple, fut utilisée contre lui comme un des principaux chefs d'accusation pour lesquels on exigeait sa condamnation à mort. Quand les Juifs réclamaient une preuve de son autorité, il prédit sa propre mort et sa résurrection par ces mots : « Détruisez ce temple et, en trois jours, je le relèverai » (Jean 2:19- 22 ; voyez aussi Matthieu 26:61 ; 27:40 ; Marc 14:58 ; 15:29). Dans leur aveuglement, ils considérèrent cette remarque comme une allusion irrespectueuse à leur temple, un bâtiment construit de main d'homme, et ils se refusèrent à l'oublier ou à la pardonner. Cette vénération se poursuivit après la crucifixion de notre Seigneur ; cela ressort avec évidence des accusations portées contre Étienne, et plus tard contre Paul. Dans leur rage meurtrière, ces gens accusèrent Étienne de manque de respect pour le temple et produisirent de faux témoins qui se parjurèrent en déclarant : « Cet homme ne cesse de proférer des paroles contre le lieu saint et contre la loi » (Actes 6:13). Là-dessus, Étienne fut rangé au nombre des martyrs. Quand on proclama que Paul avait introduit avec lui un Gentil dans les locaux du temple, toute la ville fut ameutée et une population furieuse arracha Paul de ce lieu et chercha à le tuer (Actes 21:26-40).

 

Pendant encore trente ans ou davantage après la mort du Christ, les Juifs continuèrent d'aménager et d'embellir les bâtiments du temple. Le plan complexe conçu et projeté par Hérode avait été pratiquement mené à bien ; le temple était pour ainsi dire achevé et, comme il apparut bientôt après, il était prêt pour la destruction. Son destin avait été nettement prédit par le Sauveur lui-même. Commentant une remarque d'un des disciples concernant les grandes pierres et les bâtiments splendides de la colline du temple, Jésus avait dit : « Vois-tu ces grandes constructions ? Il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée » (Marc 13:1-2 ; aussi Matthieu 24:1-2 ; Luc 21:5-6).

 

 Cette amère prédiction fut bientôt littéralement accomplie. Dans le grand conflit qui les opposa aux légions romaines sous Titus, beaucoup de Juifs avaient cherché un refuge dans les cours du temple, apparemment dans l'espoir que le Seigneur mènerait à nouveau la lutte pour son peuple et lui donnerait la victoire. Mais la présence protectrice de Jéhovah s'en était éloignée depuis longtemps et Israël fut abandonné en proie à ses ennemis. Quoique Titus eût voulu épargner le temple, ses légionnaires, ivres de carnage, déclenchèrent l'incendie et tout ce qui pouvait brûler fut brûlé. Le massacre des Juifs fut épouvantable ; des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants furent égorgés sans merci à l'intérieur des murs, et les cours du temple furent littéralement inondées de sang humain. Cet événement se passa en l'an 70 après J.-C., et, selon Josèphe, le même mois et le même jour du mois où le jadis glorieux temple de Salomon était devenu la proie des flammes allumées par le roi de Babylone (Josèphe, Guerres des Juifs, livre VI, 4:5-8 ; on trouve une description détaillée de la destruction du temple dans les chapitres 4 et 5).

 

Le chandelier d'or et la table des pains de proposition qui faisaient partie du mobilier du temple, furent enlevés du saint et rapportés à Rome par Titus en guise de trophées de guerre ; on peut les voir représentés sur l'arc de triomphe élevé au nom de ce général victorieux.

 

Depuis la destruction du splendide temple d'Hérode, aucune construction de cette espèce, aucun temple, aucune maison du Seigneur - puisque ces termes ont un sens distinct - n'a plus été consacré dans l'hémisphère occidental. À un moment quelconque entre 361 et 363 après J.-C., l'empereur romain Julien, surnommé, du fait de sa reconversion du christianisme au paganisme, Julien l'Apostat, tenta de reconstruire le temple de Jérusalem. Son but n'était pas de faire preuve de dévotion ou d'amour pour Dieu, mais bien de contredire la prophétie et d'établir ainsi la fausseté de la foi chrétienne. « Il commença effectivement à creuser les fondations, mais ses ouvriers s'enfuirent en proie à une panique causée par des explosions et des jets de flammes terrifiants. Les chrétiens considérèrent cette manifestation comme miraculeuse ; et il est certain que Julien lui-même en fut si frappé qu'il renonça à l'entreprise » (P. V. N. Meyers, General History, page 334). Ainsi se termine la série des temples consacrés au nom du Dieu vivant avant la dispensation de la plénitude des temps (notre époque, ndlr).



 

Source : James E. Talmage, The House of the Lord, Salt Lake City, 1912