La franc-maçonnerie à Nauvoo



Kenneth W. Godfrey


Article tiré de l'Encyclopédie du mormonisme , Macmillan Publishing Company, 1992 ;
Traduction : Marcel Kahne
; Source : www.idumea.org, avec autorisation



L'introduction de la franc-maçonnerie à Nauvoo eut des implications politiques et religieuses. Quand il se rendit à Nauvoo le 15 mars 1842 pour y installer la loge maçonnique, Abraham Jonas, Grand Maître de l’Illinois inaugura une période de difficultés avec les autres francs-maçons de l'Illinois et présenta à Nauvoo un rituel antique ayant une certaine ressemblance avec les ordonnances du temple.

La procédure maçonnique habituelle exige qu’une loge existante patronne chaque nouvelle loge proposée. Au début de l’été de 1841, plusieurs saints des derniers jours qui étaient francs-maçons, notamment Lucius N. Scovil, personnage-clef dans la franc-maçonnerie de Nauvoo, demandèrent à la loge Bodley n° 1, à Quincy (Illinois), de proposer que la Grande Loge d'Illinois nomme certaines personnes comme officiers d'une loge à Nauvoo. Faisant remarquer que les personnes mentionnées étaient inconnues à Quincy comme francs-maçons, la loge renvoya la lettre avec des instructions sur ce qu’il convenait de faire.

Moins qu'un an plus tard, Nauvoo avait une loge sans le patronage normal. Apparemment le Grand Maître Jonas avait écarté la règle et accordé à Nauvoo « une dispense spéciale » pour s’organiser. Il fit aussi Joseph Smith et son conseiller, Sidney Rigdon, « francs-maçons à vue ». Certains croient que Jonas était disposé à agir ainsi parce qu'il voyait le vote mormon croissant soutenir ses propres ambitions politiques. Si ce geste lui valut la faveur de certains saints des derniers jours, il lui mit à dos d'autres francs-maçons. Joseph Smith avait des raisons d’espérer que les saints pourraient tirer bénéfice du réseau d'amitié et de soutien qui est normalement le fait de cette organisation fraternelle, mais au lieu de cela, la loge de Nauvoo ne fit que causer des frictions.

Jonas publia dans son journal, Columbia Advocate, le récit de l'installation, le 15 mars, de la loge de Nauvoo. « Jamais de ma vie je n’ai vu une assemblée mieux habillée ou plus ordonnée et plus polie », écrivit-il (HC 4:565-66). Pendant la cérémonie d'installation, tenue dans le bosquet près de l'emplacement du temple, Joseph Smith officia comme Grand Aumônier. Ce soir-là, les francs-maçons étant rassemblés dans son bureau, le prophète reçut le premier degré de la franc-maçonnerie. Les francs-maçons de Nauvoo commencèrent alors les réunions matinales hebdomadaires.

En août 1842, la loge Bodley n° 1 protesta contre l'octroi d'une dispense à la loge de Nauvoo, ce qui eut pour résultat la suspension provisoire des activités. Une enquête fit apparaître que quelque trois cents saints des derniers jours étaient devenus francs-maçons pendant la brève existence de la loge, mais ne découvrit aucune irrégularité justifiant sa dissolution. La Grande Loge non seulement autorisa le rétablissement de la loge de Nauvoo mais accorda plus tard des dispenses pour d'autres loges voisines composées principalement de saints des derniers jours. Finalement près de 1.500 saints devinrent associés à la franc-maçonnerie d'Illinois, notamment beaucoup de membres des conseils dirigeants de la prêtrise de l'Église – et cela à une époque où le nombre total de francs-maçons non mormons des loges d'Illinois atteignait à peine 150.

Rivaux de longue date de Nauvoo pour l'ascendant politique et économique, les francs-maçons voisins craignaient la domination mormone de la franc-maçonnerie et y résistèrent. Accusant la Loge de Nauvoo de voter pour plus d'un candidat à la fois, de recevoir les candidats dans la fraternité sur la base qu'ils se corrigeraient à l'avenir et de faire Joseph Smith Maître Maçon à vue, les ennemis imposèrent une enquête en octobre 1843.

La Grande Loge convoqua les officiels de Nauvoo à Jacksonville (Illinois). Armés des livres et des papiers pertinents, Lucius Scovil et Henry G. Sherwood répondirent aux allégations. Tout en faisant rapport que tout semblait être en règle, le comité examinateur exprima la crainte qu'il pourrait y avoir quelque chose de pas correct et recommanda une suspension d'un an.

À ce moment-là, le Grand Maître Jonas, dans un discours passionné, déclara que les livres de la Loge de Nauvoo étaient les mieux tenus qu’il eût jamais vus et exprima sa conviction que s’il n’y avait pas le fait que la Loge de Nauvoo était composée de mormons, elle serait la plus haute loge de l'état. Un comité fut nommé pour faire une enquête approfondie à Nauvoo. Le comité ne signala aucun méfait ; néanmoins la Loge de Nauvoo fut de nouveau suspendue. L'injonction fut retirée plus tard, mais la Loge de Nauvoo continua à être privée du soutien des autres francs-maçons.


En avril 1844, la Loge de Nauvoo dédia une nouvelle salle maçonnique. Entre-temps, la loge avait été scindée de la Grande Loge et un franc-maçon d'Illinois avait été expulsé de sa loge pour avoir assisté à la dédicace. La Loge de Nauvoo continua ses activités dans le bâtiment nouvellement construit jusqu'au 10 avril 1845, quand Brigham Young recommanda à Lucius Scovil de suspendre le travail des francs-maçons à Nauvoo. Il n’y eut que quelques réunions supplémentaires avant le départ des saints des derniers jours en 1846 pour le Grand Bassin.

Joseph Smith n’eut qu’une participation minime à la franc-maçonnerie et, autant que l’on sache, n’assista que trois fois aux réunions de la loge maçonnique de Nauvoo. Néanmoins, les francs-maçons mormons affirmèrent qu’il maîtrisait ses ordres, sa doctrine et ses principes et qu’il comprenait le symbolisme allégorique de ses instructions.

La plupart des spécialistes qui ont examiné soigneusement la loge maçonnique de Nauvoo conviennent qu’elle fut plutôt victime que coupable. Tous conviennent que ce furent les sentiments anti-mormons généralisés et la haine intense des saints des derniers jours que leur vouaient leurs rivaux locaux, et non les irrégularités ou la mauvaise conduite qui causèrent la polémique concernant la loge maçonnique de Nauvoo.


Bibliographie

Hogan, Mervin B. "Mormonism and Freemasonry : The Illinois Episode". Dans Little Masonic Library, dir. de publ. Silas H. Shepherd, Lionel Vibert et Roscoe Pound, Vol. 2, p. 267-326. Richmond, Va., 1977.

Ivins, Anthony W. The Relationship of "Mormonism" and Freemasonry. Salt Lake City, 1934.

McGavin, E. Cecil. Mormonism and Masonry. Salt Lake City, 1954.