Brève histoire de l'Église
01. Appel prophétique de Joseph Smith
02. Événements fondateurs (1820-1831)
03. Édification du royaume en Ohio (1831-1838)
04. Installation de Sion au Missouri (1831-1839)
05. Sacrifices et bénédictions en Illinois (1839-1846)
06. Exode vers l'Ouest (1846-1847)
07. Une bannière pour les nations (1847-1880)
08. Période de mise à l'épreuve (1878-1900)
09. Essor de l'Église (1900-1970)
10. L'Église devient universelle (1970-1985)
11. Histoire récente (1985-1996)
1. Appel prophétique de Joseph Smith
Extraits de l'autobiographie de Joseph Smith, le prophète (History of the Church, volume 1, chapitres 1 à 5)
1 Étant donné les nombreuses rumeurs qui ont été mises en circulation par des personnes mal intentionnées et intrigantes à propos de la naissance et des progrès de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, rumeurs qui ont toutes été conçues par leurs auteurs pour militer contre la réputation de l'Église et ses progrès dans le monde, j'ai été amené à écrire cette histoire pour désabuser l'opinion publique et pour que tous ceux qui cherchent la vérité soient mis en possession des faits tels qu'ils se sont passés, soit en ce qui me concerne, soit en ce qui concerne l'Église, dans la mesure où j'ai ces faits en ma possession.
2 Dans cette histoire, je présenterai, en toute vérité et en toute justice, les divers événements relatifs à l'Église tels qu'ils ont eu lieu ou tels qu'ils existent actuellement [1838] en cette huitième année depuis l'organisation de ladite Église.
3 Je suis né en l'an de grâce mil huit cent cinq, le vingt-troisième jour de décembre, dans l'arrondissement de Sharon, comté de Windsor, État de Vermont... Mon père, Joseph Smith, père, quitta l'État de Vermont lorsque j'étais à peu près dans ma dixième année et alla s'installer à Palmyra, comté d'Ontario (maintenant Wayne), dans l'État de New York. Quelque quatre ans après son arrivée à Palmyra, mon père alla s'installer avec sa famille à Manchester, dans ce même comté d'Ontario.
4 Sa famille se composait de onze personnes : mon père, Joseph Smith, ma mère, Lucy Smith (dont le nom, antérieurement à son mariage, était Mack, fille de Solomon Mack), mes frères, Alvin (qui mourut le 19 novembre 1823, dans sa vingt-sixième année), Hyrum, moi-même, Samuel Harrison, William et Don Carlos, et mes sœurs, Sophronia, Catherine et Lucy.
5 À un moment donné, au cours de la deuxième année qui suivit notre installation à Manchester, il y eut, dans l'endroit où nous vivions, une agitation peu commune à propos de la religion. Elle commença chez les méthodistes, mais devint bientôt générale chez toutes les confessions de cette région du pays. En effet, toute la contrée paraissait en être affectée, et de grandes multitudes s'unirent aux différents partis religieux, ce qui ne causa pas peu de remue-ménage et de divisions parmi le peuple, les uns criant : « Par ici ! », les autres : « Par là ! » Les uns tenaient pour les méthodistes, les autres pour les presbytériens, d'autres pour les baptistes.
6 Car, en dépit du grand amour que les convertis de ces diverses confessions exprimaient au moment de leur conversion et du grand zèle manifesté par leurs clergés respectifs qui s'employaient activement à animer et à favoriser ce tableau extraordinaire de sentiment religieux, dans le but de voir tout le monde converti, ainsi qu'ils se plaisaient à appeler cela, quelle que fût la confession à laquelle ils se joignaient, cependant, quand les convertis commencèrent à se disperser, les uns vers un parti, les autres vers un autre, on s'aperçut que les bons sentiments apparents des prêtres et des convertis étaient plus prétendus que réels, car il s'ensuivit une grande confusion et de mauvais sentiments, prêtre luttant contre prêtre et converti contre converti ; de telle sorte que tous les bons sentiments qu'ils avaient les uns pour les autres, s'ils avaient jamais existé, se perdirent tout à fait dans une querelle de mots et un combat d'opinions.
7 J'étais alors dans ma quinzième année. Les membres de la famille de mon père se laissèrent convertir à la foi presbytérienne, et quatre d'entre eux se firent membres de cette Église : ma mère, Lucy, mes frères Hyrum et Samuel Harrison, et ma sœur Sophronia.
8 Pendant cette période de grande agitation, mon esprit fut poussé à réfléchir sérieusement et à éprouver un grand malaise ; mais quoique mes sentiments fussent profonds et souvent poignants, je me tins cependant à l'écart de tous ces partis tout en suivant leurs diverses assemblées aussi souvent que j'en avais l'occasion. Avec le temps, mon esprit se sentit quelque inclination pour la confession méthodiste, et j'éprouvai un certain désir de me joindre à elle ; mais la confusion et la lutte entre les diverses confessions étaient si grandes, qu'il était impossible à quelqu'un d'aussi jeune et d'aussi peu au courant des hommes et des choses que moi de décider d'une manière sûre qui avait raison et qui avait tort.
9 Il y avait des moments où mon esprit était fortement agité, tant les cris et le tumulte étaient grands et incessants. Les presbytériens étaient absolument contre les baptistes et les méthodistes et utilisaient toutes les ressources aussi bien du raisonnement que de la sophistique pour prouver leurs erreurs ou du moins pour faire croire aux gens qu'ils étaient dans l'erreur. D'autre part, les baptistes et les méthodistes, eux aussi, montraient autant de zèle à tenter d'imposer leur doctrine et à réfuter toutes les autres.
10 Au milieu de cette guerre de paroles et de ce tumulte d'opinions, je me disais souvent : Que faut-il faire ? Lequel de tous ces partis a raison ? Ou ont-ils tous tort, autant qu'ils sont ? Si l'un d'eux a raison, lequel est-ce, et comment le saurai-je ?
11 Tandis que j'étais travaillé par les difficultés extrêmes causées par les disputes de ces partis de zélateurs religieux, je lus, un jour, l'épître de Jacques, chapitre 1, verset 5, qui dit : Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée.
12 Jamais aucun passage de l'Écriture ne toucha le cœur de l'homme avec plus de puissance que celui-ci ne toucha alors le mien. Il me sembla qu'il pénétrait avec une grande force dans toutes les fibres de mon cœur. J'y pensais constamment, sachant que si quelqu'un avait besoin que Dieu lui donne la sagesse, c'était bien moi ; car je ne savais que faire, et à moins de recevoir plus de sagesse que je n'en avais alors, je ne le saurais jamais, car les professeurs de religion des diverses confessions comprenaient si différemment les mêmes passages de l'Écriture que cela faisait perdre toute confiance de régler la question par un appel à la Bible.
13 Enfin, j'en vins à la conclusion que je devais, ou bien rester dans les ténèbres et la confusion, ou bien suivre le conseil de Jacques, c'est-à-dire demander à Dieu. Je me décidai finalement à « demander à Dieu », concluant que s'il donnait la sagesse à ceux qui en manquaient, et la donnait libéralement et sans faire de reproche, je pouvais bien essayer.
14 Ainsi donc, mettant à exécution ma détermination de demander à Dieu, je me retirai dans les bois pour tenter l'expérience. C'était le matin d'une belle et claire journée du début du printemps de mil huit cent vingt. C'était la première fois de ma vie que je tentais une chose pareille, car au milieu de toutes mes anxiétés, je n'avais encore jamais essayé de prier à haute voix.
15 Après m'être retiré à l'endroit où je m'étais proposé, au préalable, de me rendre, ayant regardé autour de moi et me voyant seul, je m'agenouillai et me mis à exprimer à Dieu les désirs de mon cœur. À peine avais-je commencé que je fus saisi par une puissance qui me domina entièrement et qui eut sur moi une influence si étonnante que ma langue fut liée, de sorte que je ne pouvais pas parler. Des ténèbres épaisses m'environnèrent, et il me sembla un moment que j'étais condamné à une destruction soudaine.
16 Mais comme je luttais de toutes mes forces pour implorer Dieu de me délivrer de la puissance de cet ennemi qui m'avait saisi et au moment même où j'étais prêt à sombrer dans le désespoir et à m'abandonner à la destruction — non à un anéantissement imaginaire, mais à la puissance d'un être réel du monde invisible qui possédait une puissance étonnante comme je n'en avais encore senti de pareille en aucun être — juste à cet instant de grande alarme, je vis, exactement au-dessus de ma tête, une colonne de lumière, plus brillante que le soleil, descendre peu à peu jusqu'à tomber sur moi.
17 À peine était-elle apparue que je me sentis délivré de l'ennemi qui m'enserrait. Quand la lumière se posa sur moi, je vis deux Personnages dont l'éclat et la gloire défient toute description, et qui se tenaient au-dessus de moi dans les airs. L'un d'eux me parla, m'appelant par mon nom, et dit, en me montrant l'autre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le !
18 Mon but, en allant interroger le Seigneur, était de savoir laquelle des confessions avait raison, afin de savoir à laquelle je devais me joindre. C'est pourquoi, dès que je fus assez maître de moi pour pouvoir parler, je demandai aux Personnages qui se tenaient au-dessus de moi, dans la lumière, laquelle de toutes les confessions avait raison (car à l'époque, il ne m'était jamais venu à l'idée qu'elles étaient toutes dans l'erreur), et à laquelle je devais me joindre.
19 Il me fut répondu de ne me joindre à aucune, car elles étaient toutes dans l'erreur ; et le Personnage qui me parlait dit que tous leurs credo étaient une abomination à ses yeux ; que ces docteurs étaient tous corrompus ; que : « ils s'approchent de moi des lèvres, mais leur cœur est éloigné de moi ; ils enseignent pour doctrine des commandements d'hommes, ayant une forme de piété, mais il en nient la puissance. »
20 Il me défendit de nouveau de me joindre à aucune d'elles et me dit encore beaucoup d'autres choses que je ne puis écrire maintenant. Quand je revins à moi, j'étais couché sur le dos, regardant au ciel. Lorsque la lumière eut disparu, je demeurai sans forces ; mais je ne tardai pas à récupérer dans une certaine mesure et rentrai chez moi. Comme je m'appuyais au manteau de la cheminée, ma mère me demanda ce qui se passait. Je lui répondis : « Ce n'est rien, tout va bien, je ne me sens pas mal. » Je dis ensuite à ma mère : « J'ai appris personnellement que le presbytérianisme n'est pas vrai. » On aurait dit que l'adversaire était, dès les premiers temps de ma vie, conscient du fait que j'étais destiné à me révéler être un trouble-fête et un gêneur pour son royaume ; sinon pourquoi les puissances des ténèbres se seraient-elles unies contre moi ? Pourquoi l'opposition et les persécutions qui se dressèrent contre moi, presque dans ma prime enfance ?
21 Quelques jours après avoir eu cette vision, il m'arriva de me trouver en compagnie d'un des prédicateurs méthodistes, qui était très actif dans l'agitation religieuse mentionnée précédemment ; et comme je parlais de religion avec lui, je saisis l'occasion pour lui faire le récit de la vision que j'avais eue. Je fus fort surpris de son attitude ; il traita mon récit non seulement avec légèreté, mais aussi avec un profond mépris, disant que tout cela était du diable, que les visions ou les révélations, cela n'existait plus de nos jours, que toutes les choses de ce genre avaient cessé avec les apôtres et qu'il n'y en aurait jamais plus.
22 Cependant je m'aperçus bientôt que le fait de raconter mon histoire m'avait beaucoup nui auprès des adeptes des autres confessions et était la cause d'une grande persécution, qui allait croissant ; et quoique je fusse un garçon obscur de quatorze à quinze ans à peine, et que ma situation dans la vie fût de nature à faire de moi un garçon sans importance dans le monde, pourtant des hommes haut placés me remarquèrent suffisamment pour exciter l'opinion publique contre moi et provoquer une violente persécution ; et ce fut une chose commune chez toutes les confessions : toutes s'unirent pour me persécuter.
23 Je me fis sérieusement la réflexion alors, et je l'ai souvent faite depuis, qu'il était bien étrange qu'un garçon obscur, d'un peu plus de quatorze ans, qui, de surcroît, était condamné à la nécessité de gagner maigrement sa vie par son travail journalier, fût jugé assez important pour attirer l'attention des grands des confessions les plus populaires du jour, et ce, au point de susciter chez eux l'esprit de persécution et d'insulte le plus violent. Mais aussi étrange que cela fût, il en était ainsi, et ce fut souvent une cause de grand chagrin pour moi.
24 Cependant, il n'en restait pas moins un fait que j'avais eu une vision. J'ai pensé depuis que je devais ressentir plus ou moins la même chose que Paul quand il se défendit devant le roi Agrippa et qu'il raconta la vision qu'il avait eue, lorsqu'il avait aperçu une lumière et entendu une voix ; et cependant, il y en eut peu qui le crurent ; les uns dirent qu'il était malhonnête, d'autres dirent qu'il était fou ; et il fut ridiculisé et insulté. Mais tout cela ne détruisait pas la réalité de sa vision. Il avait eu une vision, il le savait, et toutes les persécutions sous le ciel ne pouvaient faire qu'il en fût autrement. Et quand bien même on le persécuterait à mort, il savait néanmoins, et saurait jusqu'à son dernier soupir, qu'il avait vu une lumière et entendu une voix qui lui parlait ; et rien au monde n'aurait pu le faire penser ou croire autrement.
25 Il en était de même pour moi. J'avais réellement vu une lumière, et au milieu de cette lumière, je vis deux Personnages, et ils me parlèrent réellement ; et quoique je fusse haï et persécuté pour avoir dit que j'avais eu cette vision, cependant c'était la vérité ; et tandis qu'on me persécutait, qu'on m'insultait et qu'on disait faussement toute sorte de mal contre moi pour l'avoir racontée, je fus amené à me dire en mon cœur : Pourquoi me persécuter parce que j'ai dit la vérité ? J'ai réellement eu une vision, et qui suis-je pour résister à Dieu ? Et pourquoi le monde pense-t-il me faire renier ce que j'ai vraiment vu ? Car j'avais eu une vision, je le savais, et je savais que Dieu le savait, et je ne pouvais le nier ni ne l'osais ; du moins je savais qu'en le faisant j'offenserais Dieu et tomberais sous la condamnation.
26 Je savais donc à quoi m'en tenir en ce qui concernait le monde des confessions : il n'était pas de mon devoir de me joindre à l'une d'elles, mais de rester comme j'étais, jusqu'à ce que je reçusse d'autres directives. J'avais découvert que le témoignage de Jacques était vrai : que quelqu'un qui manquait de sagesse pouvait la demander à Dieu et l'obtenir sans qu'il lui fût fait de reproche.
27 Je continuai à vaquer à mes occupations ordinaires dans la vie jusqu'au vingt et un septembre 1823, subissant constamment de dures persécutions de la part de toutes sortes de gens, religieux et irréligieux, parce que je continuais à affirmer que j'avais eu une vision.
28 Pendant la période qui s'écoula entre le moment où j'eus la vision et l'année mil huit cent vingt-trois — alors qu'il m'avait été défendu de me joindre à aucune des confessions religieuses de l'époque et que j'étais très jeune et persécuté par ceux qui auraient dû être mes amis et me traiter avec bonté et qui, s'ils pensaient que je m'abusais, auraient dû essayer de me ramener d'une manière convenable et affectueuse — je fus abandonné à toutes sortes de tentations ; et, fréquentant toutes sortes de milieux, je tombai fréquemment dans beaucoup d'erreurs insensées et manifestai les faiblesses de la jeunesse et les imperfections de la nature humaine ; ce qui, j'ai le regret de le dire, m'entraîna dans diverses tentations offensantes aux yeux de Dieu. Bien que je fasse cette confession, il ne faut pas penser que je me rendis coupable d'avoir péché gravement ou par méchanceté. Il n'a jamais été de ma nature d'être enclin à commettre de tels péchés. Mais je fus coupable de légèreté et tins parfois joyeuse compagnie, etc., ce qui ne convenait pas à la réputation que devait entretenir quelqu'un qui avait été appelé de Dieu comme je l'avais été. Mais cela ne paraîtra pas étrange à quiconque se rappelle ma jeunesse et connaît mon tempérament naturellement jovial.
29 À la suite de ces choses, je me sentis souvent condamné à cause de ma faiblesse et de mes imperfections, mais le soir du vingt et un septembre précité, après m'être mis au lit pour la nuit, je commençai à prier et à supplier le Dieu Tout-Puissant de me pardonner tous mes péchés et toutes mes sottises et aussi de m'accorder une manifestation pour que je connusse mon état et ma situation vis-à-vis de lui ; car j'avais la pleine assurance d'obtenir une manifestation divine comme j'en avais eu une précédemment.
30 Tandis que j'étais ainsi occupé à invoquer Dieu, je m'aperçus qu'une lumière apparaissait dans ma chambre ; elle s'accrut jusqu'à ce que la chambre fût plus claire qu'à l'heure de midi, et, tout à coup, un personnage parut à mon chevet ; il se tenait dans les airs, car ses pieds ne touchaient pas le sol.
31 Il était vêtu d'une tunique ample de la plus exquise blancheur, d'une blancheur qui surpassait tout ce que j'avais jamais vu de terrestre, et je ne crois pas que quelque chose de terrestre puisse être rendu aussi extraordinairement blanc et brillant. Il avait les mains nues, les bras aussi, un peu au-dessus des poignets ; il avait également les pieds nus et les jambes aussi, un peu au-dessus des chevilles. La tête et le cou étaient nus également. Je pus découvrir qu'il n'avait d'autre vêtement que cette tunique, celle-ci étant ouverte, de sorte que je pouvais voir sa poitrine.
32 Non seulement sa tunique était extrêmement blanche, mais toute sa personne était glorieuse au-delà de toute description, et son visage était véritablement comme l'éclair. La chambre était extraordinairement claire, mais pas aussi brillante que dans le voisinage immédiat de sa personne. D'abord je fus effrayé de le voir, mais la crainte me quitta bientôt.
33 Il m'appela par mon nom et me dit qu'il était un messager envoyé de la présence de Dieu vers moi et que son nom était Moroni ; que Dieu avait une œuvre à me faire accomplir, et que mon nom serait connu en bien et en mal parmi toutes les nations, familles et langues, ou qu'on en dirait du bien et du mal parmi tous les peuples.
34 Il dit qu'il existait, déposé en lieu sûr, un livre écrit sur des plaques d'or, donnant l'histoire des anciens habitants de ce continent et la source dont ils étaient issus. Il dit aussi qu'il contenait la plénitude de l'Évangile éternel, telle qu'elle avait été donnée par le Sauveur à ces anciens habitants.
35 En outre, que deux pierres contenues dans des arcs d'argent — et ces pierres, fixées à un pectoral, constituaient ce qu'on appelle l'urim et le thummim — étaient déposées avec les plaques ; que la possession et l'utilisation de ces pierres étaient ce qui faisait les « voyants » dans les temps anciens ou passés ; et que Dieu les avait préparées en vue de la traduction du livre.
36 Après m'avoir dit ces choses, il commença à citer les prophéties de l'Ancien Testament. Il cita tout d'abord une partie du troisième chapitre de Malachie et il cita aussi le quatrième ou dernier chapitre de cette même prophétie, avec, toutefois, une légère variante de ce qui se trouve dans nos Bibles. Au lieu de citer le premier verset tel qu'il apparaît dans nos livres, il le cita de cette façon :
37 Car voici, le jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les hautains et tous les méchants seront comme du chaume ; car ceux qui viennent les brûleront, dit l'Éternel des armées, et ils ne leur laisseront ni racine, ni rameau.
38 Il cita, en outre, le cinquième verset comme suit : Voici, je vous révélerai la Prêtrise par la main d'Élie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel arrive, ce jour grand et redoutable.
39 Il cita aussi le verset suivant d'une manière différente : Et il implantera dans le cœur des enfants les promesses faites aux pères, et le cœur des enfants se tournera vers leurs pères ; s'il n'en était pas ainsi, la terre serait entièrement dévastée à sa venue.
40 En plus de ceux-ci, il cita le onzième chapitre d'Ésaïe, disant qu'il était sur le point de s'accomplir. Il cita aussi le troisième chapitre des Actes, les vingt-deuxième et vingt-troisième versets, tels qu'ils se trouvent dans notre Nouveau Testament. Il dit que ce prophète était le Christ, mais que le jour n'était pas encore venu où « ceux qui ne voudraient pas entendre sa voix seraient retranchés de parmi le peuple », mais qu'il viendrait bientôt.
41 Il cita aussi le troisième chapitre de Joël, du premier verset au cinquième. Il dit aussi que cela n'était pas encore accompli, mais le serait bientôt. Il déclara, en outre, que la totalité des païens allait bientôt entrer. Il cita beaucoup d'autres passages d'Écriture et donna beaucoup d'explications qui ne peuvent être mentionnées ici.
42 Il me dit encore que lorsque j'aurais reçu les plaques dont il avait parlé — car le temps où je les obtiendrais n'était pas encore accompli — je ne devrais les montrer à personne, pas plus que le pectoral avec l'urim et le thummim, sauf à ceux à qui il me serait commandé de les montrer ; si je désobéissais, je serais détruit. Tandis qu'il conversait avec moi au sujet des plaques, une vision s'ouvrit à mon esprit, de sorte que je pus voir le lieu où les plaques étaient déposées, et cela si clairement et si distinctement, que je le reconnus quand je m'y rendis.
43 Après cette communication, je vis la lumière qui remplissait la chambre commencer à se rassembler immédiatement autour de la personne de celui qui m'avait parlé et elle continua à se rapprocher de lui jusqu'à ce que la chambre fût de nouveau laissée dans l'obscurité, sauf juste autour de lui, et tout à coup je vis comme un passage ouvert directement vers le ciel ; il y monta jusqu'à disparaître entièrement, et la chambre fut de nouveau comme elle était avant que cette lumière céleste eût fait son apparition.
44 Je méditais dans mon lit sur la singularité de cette scène, très étonné de ce que m'avait dit cet extraordinaire messager, quand, au milieu de ma méditation, je m'aperçus soudain que ma chambre recommençait à s'éclairer et, en un instant, pour ainsi dire, le même messager céleste fut de nouveau à mon chevet.
45 Il se mit à me raconter exactement les mêmes choses que lors de sa première visite, sans la moindre variation ; cela fait, il m'annonça que de grands jugements venaient sur la terre, avec de grandes désolations par la famine, l'épée et la peste ; et que ces jugements pénibles s'abattraient sur la terre dans cette génération. Après avoir dit ces choses, il remonta comme auparavant.
46 J'avais maintenant l'esprit si profondément impressionné que le sommeil avait fui mes yeux et que je restai couché, accablé d'étonnement de ce que j'avais vu et entendu tout à la fois. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand je vis de nouveau le même messager à mon chevet et l'entendis de nouveau me répéter et me redire les mêmes choses qu'avant ; et il ajouta un avertissement à mon intention, disant que Satan essayerait de me tenter (à cause de l'indigence de la famille de mon père) d'aller chercher les plaques dans le but de m'enrichir. Il me le défendit, me disant que je ne devais avoir d'autre objet en vue, en recevant ces plaques, que de glorifier Dieu, et ne devais me laisser influencer par aucun autre motif que celui d'édifier son royaume, sinon je ne pourrais les recevoir.
47 Après cette troisième visite, il remonta au ciel comme avant, me laissant de nouveau réfléchir sur l'étrangeté de ce qui venait de m'arriver ; à ce moment, presque aussitôt après que le messager céleste fut remonté pour la troisième fois, le coq chanta, et je vis que le jour était proche, de sorte que nos entretiens avaient dû remplir toute cette nuit-là.
48 Peu après, je me levai de mon lit et me rendis comme d'habitude aux travaux nécessaires du jour ; mais en tentant de travailler comme les autres fois, je m'aperçus que mes forces étaient si épuisées que j'étais incapable de rien faire. Mon père, qui travaillait avec moi, vit que je n'étais pas bien et me dit de rentrer. Je me mis en route dans l'intention de me diriger vers la maison, mais comme j'essayais de passer la clôture du champ où nous étions, les forces me manquèrent tout à fait ; je tombai impuissant sur le sol et perdis un moment complètement conscience.
49 La première chose dont je me souviens, c'est d'une voix qui me parlait et m'appelait par mon nom. Je levai les yeux et vis le même messager, debout au-dessus de ma tête, entouré de lumière comme précédemment. Il me répéta alors tout ce qu'il m'avait dit la nuit d'avant et me commanda d'aller trouver mon père et de lui parler de la vision que j'avais eue et des commandements que j'avais reçus.
50 J'obéis ; je retournai vers mon père dans le champ et lui répétai tout. Il me répondit que cela venait de Dieu et me dit d'aller faire ce que le messager me commandait. Je quittai le champ pour me rendre au lieu où le messager m'avait dit que les plaques étaient déposées ; et grâce à la netteté de la vision que j'avais eue à son sujet, je reconnus le lieu dès que j'y arrivai.
51 Tout près du village de Manchester, dans le comté d'Ontario (New York), se trouve une colline de dimensions considérables, la plus élevée de toutes celles du voisinage. Sur le côté ouest de cette colline, non loin du sommet, sous une pierre de grande dimension, se trouvaient les plaques, déposées dans une boîte de pierre. Cette pierre était épaisse et arrondie au milieu de la face supérieure et plus mince vers les bords, de sorte que la partie du milieu en était visible au-dessus du sol, tandis que les bords tout autour étaient recouverts de terre.
52 Ayant enlevé la terre, je me procurai un levier que je glissai sous le bord de la pierre et, d'un petit effort, je la soulevai. Je regardai à l'intérieur et j'y vis, en effet, les plaques, l'urim et le thummim, et le pectoral, comme le messager l'avait déclaré. On avait formé la boîte qui les renfermait en assemblant des pierres dans une sorte de ciment. Au fond de la boîte, deux pierres étaient posées perpendiculairement aux côtés de la boîte, et sur ces pierres étaient les plaques et les autres objets.
53 Je fis une tentative pour les sortir, mais le messager me le défendit et m'informa de nouveau que le moment de les faire paraître n'était pas encore arrivé ni ne le serait avant quatre années à partir de ce jour-là ; mais il me dit de revenir à cet endroit dans un an exactement, en comptant à partir de ce jour, qu'il m'y rencontrerait, et de continuer ainsi jusqu'à ce que fût venu le moment d'obtenir les plaques.
54 En conséquence, comme cela m'avait été commandé, j'y allai à la fin de chaque année, j'y trouvai chaque fois le même messager et je reçus, à chacun de nos entretiens, des instructions et des informations sur ce que le Seigneur allait faire et sur la manière dont son royaume devait être dirigé dans les derniers jours.
55 Comme les moyens de mon père étaient très limités, nous étions obligés de travailler de nos mains, nous louant à la journée ou autrement, comme nous en trouvions l'occasion. Tantôt nous étions à la maison, tantôt au loin, et, par un travail continuel, nous parvenions à mener une existence confortable.
56 En 1823, la famille de mon père connut une grande affliction à cause de la mort de mon frère aîné, Alvin. Au mois d'octobre 1825, je m'engageai chez un vieux monsieur du nom de Josiah Stoal, qui demeurait dans le comté de Chenango, État de New York. Il avait entendu dire qu'une mine d'argent avait été ouverte par les Espagnols, à Harmony, comté de Susquehanna, État de Pennsylvanie, et, avant de m'engager, il avait fait des fouilles pour tenter de découvrir la mine. Lorsque je fus allé vivre chez lui, il m'emmena, avec le reste de ses ouvriers, faire des fouilles pour trouver la mine d'argent, ouvrage auquel je travaillai pendant presque un mois sans que notre entreprise ne rencontrât de succès, et finalement je persuadai le vieux monsieur de cesser ses recherches. C'est de là que vient l'histoire fort répandue qui dit que j'ai été un chercheur d'or.
57 Pendant que j'étais ainsi occupé, je pris pension chez un certain M. Isaac Hale, de l'endroit ; c'est là que je vis pour la première fois ma femme (sa fille), Emma Hale. Le 18 janvier 1827, nous nous mariâmes, alors que j'étais encore employé au service de M. Stoal.
58 Comme je continuais à affirmer que j'avais eu une vision, les persécutions me poursuivaient toujours, et la famille du père de ma femme s'opposa fortement à notre mariage. C'est pourquoi, je me trouvai dans la nécessité de l'emmener ailleurs ; c'est ainsi que nous allâmes nous marier chez M. Tarbill, à South Bainbridge, comté de Chenango (New York). Immédiatement après mon mariage, je quittai M. Stoal et allai chez mon père travailler avec lui à la ferme pour la saison.
59 Enfin, le moment de recevoir les plaques, l'urim et le thummim et le pectoral, arriva. Le 22 septembre 1827, je me rendis, comme d'habitude, à la fin d'une nouvelle année, au lieu où ils étaient déposés, et le même messager céleste me les remit avec cette consigne : que j'en serais responsable ; que si je les perdais par insouciance ou négligence de ma part, je serais retranché ; mais que si j'employais tous mes efforts à les conserver jusqu'à ce que lui, le messager, vînt les réclamer, ils seraient protégés.
60 Je découvris bientôt la raison pour laquelle j'avais reçu la consigne si stricte de les garder en sûreté et pourquoi le messager avait dit que, quand j'aurais fait ce qui était exigé de moi, il les réclamerait. En effet, aussitôt que l'on sut que je les avais, les efforts les plus acharnés furent déployés pour me les enlever. On eut recours, dans ce but, à tous les stratagèmes qu'on pouvait imaginer. La persécution devint plus violente et plus acharnée qu'avant, et des multitudes étaient continuellement aux aguets pour me les enlever, si possible. Mais par la sagesse de Dieu, ils restèrent en sécurité entre mes mains jusqu'à ce que j'eusse accompli par eux ce qui était requis de moi. Lorsque, selon ce qui avait été convenu, le messager les réclama, je les lui remis ; et c'est lui qui en a la garde jusqu'à ce jour, deux mai mil huit cent trente-huit.
61 Cependant l'agitation continuait toujours, et la rumeur aux mille langues s'employait tout le temps à propager des mensonges sur la famille de mon père et sur moi. Si je devais en raconter la millième partie, cela remplirait des volumes. Cependant, la persécution devint si intolérable que je me vis dans la nécessité de quitter Manchester et de me rendre avec ma femme dans le comté de Susquehanna, dans l'État de Pennsylvanie. Tandis que nous nous préparions à partir — alors que nous étions très pauvres, et que la persécution était si intense contre nous qu'il était improbable qu'il en fût jamais autrement — nous trouvâmes, au milieu de nos afflictions, un ami en la personne d'un monsieur du nom de Martin Harris, qui vint nous trouver et me donna cinquante dollars pour nous aider dans notre voyage. M. Harris habitait la commune de Palmyra, comté de Wayne, dans l'État de New York, et y était un fermier d'une grande honorabilité.
62 Grâce à cette aide opportune, je pus me rendre à destination en Pennsylvanie ; et immédiatement après mon arrivée, je commençai à copier les caractères qui étaient sur les plaques. J'en copiai un nombre considérable et j'en traduisis quelques-uns au moyen de l'urim et du thummim, ce que je fis entre le moment où j'arrivai chez le père de ma femme, au mois de décembre, et le mois de février suivant.
63 Un jour de ce mois de février, le monsieur Martin Harris précité vint chez nous, prit les caractères que j'avais tracés d'après les plaques et se mit en route avec eux pour New York. Pour la description de ce qui leur arriva, à lui et aux caractères, je me reporte à son propre récit des événements, qu'il me fit après son retour, et qui est le suivant :
64 « Je me rendis à New York et présentai les caractères qui avaient été traduits, avec leur traduction, au professeur Charles Anthon, homme célèbre pour ses connaissances littéraires. Le professeur Anthon déclara que la traduction était correcte, plus qu'aucune des traductions de l'égyptien qu'il avait vues auparavant. Puis je lui montrai les caractères qui n'étaient pas encore traduits, et il dit qu'ils étaient égyptiens, chaldéens, assyriens et arabes ; et il dit que c'étaient des caractères authentiques. Il me donna un certificat attestant aux gens de Palmyra que les caractères étaient authentiques et que la traduction de ceux d'entre eux qui avaient été traduits était également correcte. Je pris le certificat, le mis dans ma poche et j'étais sur le point de quitter la maison, quand M. Anthon me rappela et me demanda comment le jeune homme avait découvert qu'il y avait des plaques d'or à l'endroit où il les avait trouvées. Je répondis qu'un ange de Dieu le lui avait révélé.
65 « Il me dit alors : ‹ Faites-moi voir ce certificat. › Je le sortis de ma poche et le lui donnai. Alors il le prit et le mit en pièces, disant que le ministère d'anges, cela n'existait plus maintenant et que, si je lui apportais les plaques, il les traduirait. Je l'informai de ce qu'une partie des plaques était scellée et qu'il m'était interdit de les lui apporter. Il répliqua : ‹ Je ne puis lire un livre scellé. › Je le quittai et me rendis chez le Dr Mitchell, qui confirma ce que le professeur Anthon avait dit des caractères et de la traduction. »
* * * *
66 Le 5 avril 1829, Oliver Cowdery vint chez moi. Je ne l'avais jamais vu auparavant. Il me déclara que comme il enseignait à l'école du quartier où mon père résidait, et comme mon père était un de ceux qui envoyaient leurs enfants à cette école, il avait pris quelque temps pension chez lui. Pendant qu'il y était, la famille lui raconta les circonstances dans lesquelles j'avais reçu les plaques, à la suite de quoi, il était venu me trouver pour me poser des questions à ce sujet.
67 Deux jours après l'arrivée de M. Cowdery (le 7 avril), je commençai la traduction du Livre de Mormon et il se mit à écrire pour moi.
* * * *
68 Nous poursuivions encore le travail de traduction lorsque, le mois suivant (mai 1829), nous nous rendîmes un certain jour dans les bois pour prier et interroger le Seigneur au sujet du baptême pour la rémission des péchés que nous trouvions mentionné dans la traduction des plaques. Tandis que nous étions ainsi occupés à prier et à invoquer le Seigneur, un messager céleste descendit dans une nuée de lumière et, ayant posé les mains sur nous, il nous ordonna, disant :
69 À vous, mes compagnons de service, au nom du Messie, je confère la Prêtrise d'Aaron, qui détient les clefs du ministère d'anges, de l'Évangile de repentir et du baptême par immersion pour la rémission des péchés ; et cela ne sera plus jamais enlevé de la terre, jusqu'à ce que les fils de Lévi fassent de nouveau une offrande au Seigneur selon la justice.
70 Il dit que cette Prêtrise d'Aaron n'avait pas le pouvoir d'imposer les mains pour le don du Saint-Esprit, mais que cela nous serait conféré plus tard ; et il nous commanda d'aller nous baptiser, nous prescrivant, à moi de baptiser Oliver Cowdery et à lui de me baptiser ensuite.
71 En conséquence, nous allâmes nous baptiser. Je le baptisai d'abord et il me baptisa ensuite ; puis je posai les mains sur sa tête et l'ordonnai à la Prêtrise d'Aaron, après quoi, il posa les mains sur ma tête et m'ordonna à la même Prêtrise, car c'était ce qui nous avait été commandé.*
72 Le messager qui nous rendit visite à cette occasion et qui nous conféra cette Prêtrise dit qu'il se nommait Jean, celui-là même qui est appelé Jean-Baptiste dans le Nouveau Testament, qu'il agissait sous la direction de Pierre, Jacques et Jean, lesquels détenaient les clefs de la Prêtrise de Melchisédek, Prêtrise qui, dit-il, nous serait conférée en temps voulu, et que je serais appelé le premier ancien de l'Église, et lui (Oliver Cowdery) le second. C'est le 15 mai 1829 que nous fûmes ordonnés sous la main de ce messager et baptisés.
73 Aussitôt que nous fûmes sortis de l'eau, après notre baptême, nous reçûmes de grandes et glorieuses bénédictions de notre Père céleste. À peine avais-je baptisé Oliver Cowdery que le Saint-Esprit descendit sur lui, et il se leva et prophétisa beaucoup de choses qui allaient se passer sous peu. Et, de même, dès que j'eus été baptisé par lui, j'eus également l'esprit de prophétie et, m'étant levé, je prophétisai sur la naissance de l'Église, ainsi que beaucoup d'autres choses relatives à l'Église et à notre génération des enfants des hommes. Nous étions remplis du Saint-Esprit et nous nous réjouissions du Dieu de notre salut.
74 Notre esprit étant maintenant éclairé, nous commençâmes à voir les Écritures se dévoiler à notre entendement, et la véritable signification et le sens des passages les plus mystérieux se révéler à nous d'une manière à laquelle nous n'avions jamais pu parvenir précédemment, à laquelle nous n'avions même jamais pensé auparavant. Entre-temps, nous fûmes forcés de garder secret l'événement de la réception de la Prêtrise et de notre baptême, à cause de l'esprit de persécution qui s'était déjà manifesté dans le voisinage.
75 Nous avions de temps en temps été menacés d'être malmenés par la foule, et cela par des gens qui professaient une religion ! Et leurs intentions de nous maltraiter n'étaient contrecarrées que par l'influence de la famille du père de ma femme (grâce à la divine Providence), qui était devenue très amicale à mon égard, s'opposait aux émeutiers, et était disposée à me laisser continuer le travail de traduction sans être interrompu, et nous offrit et nous promit, pour cette raison, de nous protéger de tout son pouvoir contre toute mesure illégale.
* Oliver Cowdery décrit ces événements comme suit : « Ce furent là des jours inoubliables ! Cela éveillait en mon sein la gratitude la plus profonde que de pouvoir être là à écouter le son d'une voix parlant sous l'inspiration du ciel. Jour après jour, je continuai, sans interruption, à écrire l'histoire, ou annales, appelée ‹ Livre de Mormon ›, telle qu'elle tombait de ses lèvres, tandis qu'il traduisait à l'aide de l'urim et du thummim, ou, comme les Néphites les auraient appelés, les ‹ Interprètes ›.
« Mentionner, ne serait-ce qu'en quelques mots, le récit intéressant fait par Mormon et son fils fidèle, Moroni, de la vie d'un peuple jadis aimé et favorisé du ciel, serait desservir mon but présent ; je remettrai donc cela à une époque future, et, comme je l'ai dit dans l'introduction, je passerai plus directement à quelques incidents étroitement liés à la naissance de l'Église, incidents qui pourront plaire aux quelques milliers qui, au milieu des regards réprobateurs des gens aux idées étroites et des calomnies des hypocrites, se sont avancés pour embrasser l'Évangile du Christ.
« Aucun homme jouissant de son bon sens ne pourrait traduire et écrire les directives données par la bouche du Sauveur aux Néphites sur la façon précise dont les hommes doivent édifier son Église, sans désirer, surtout lorsque la corruption a répandu l'incertitude sur toutes les formes et tous les systèmes en vigueur parmi les hommes, l'occasion de montrer la bonne volonté de son cœur en étant enseveli dans la tombe liquide, pour engager ‹ une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ ›.
« Après avoir écrit le récit du ministère du Sauveur sur ce continent, auprès du reste de la postérité de Jacob, il était facile de voir que, comme le prophète l'avait prédit, les ténèbres couvraient la terre, et des ténèbres épaisses l'esprit des hommes. En réfléchissant davantage, il était facile de voir qu'au milieu de la grande discorde et du grand bruit soulevé par la religion, personne n'avait l'autorité de Dieu pour administrer les ordonnances de l'Évangile. Car on pouvait poser la question : ces hommes qui nient les révélations ont-ils l'autorité d'administrer au nom du Christ, alors que le témoignage du Christ n'est rien moins que l'esprit de la prophétie, et que sa religion a été fondée, édifiée et soutenue par des révélations directes à toutes les époques du monde où il a eu un peuple sur la terre ? Si ces faits avaient été enterrés et soigneusement dissimulés par des hommes dont la profession aurait été en danger une fois qu'il leur aurait été permis de briller aux yeux des hommes, ils ne l'étaient plus pour nous ; et nous attendions seulement de recevoir le commandement : ‹ Levez-vous et soyez baptisés. ›
« Il ne fallut pas longtemps pour que ce désir fût réalisé. Le Seigneur, qui est riche en miséricorde, et toujours prêt à répondre à la prière persévérante des humbles, condescendit, après que nous l'eûmes invoqué avec ferveur, à l'écart des demeures des hommes, à nous manifester sa volonté. Tout à coup, comme si elle venait du sein de l'éternité, la voix du Rédempteur apaisa notre esprit. Le voile fut soulevé, et l'ange de Dieu descendit, revêtu de gloire, et remit le message tant attendu et les clefs de l'Évangile de repentir. Quelle joie ! Quel étonnement ! Quel émerveillement ! Tandis que le monde était tourmenté et désorienté, tandis que des millions tâtonnaient comme les aveugles qui cherchent le mur, et tandis que la grande masse des hommes était plongée dans l'incertitude, nos yeux voyaient, nos oreilles entendaient, comme dans ‹ l'éclat du jour › ; oui, plus encore, au-delà du soleil resplendissant de mai, qui répandait alors ses rayons éclatants sur toute la nature ! Alors sa voix, bien que douce, nous transperça jusqu'au fond de nous-mêmes, et ses paroles : ‹ Je suis votre compagnon de service ›, dissipèrent toute crainte. Nous écoutâmes, nous vîmes, nous admirâmes ! C'était la voix d'un ange de gloire, c'était un message du Très-Haut ! En l'entendant, nous fûmes dans l'allégresse, tandis que son amour enflammait notre âme et que nous étions enveloppés de la vision du Tout-Puissant ! Où y avait-il place pour le doute ? Nulle part : l'incertitude avait fui, le doute avait sombré pour ne plus reparaître, et l'imaginaire et la tromperie avaient fui à jamais !
« Mais, cher frère, pense, réfléchis un moment à la joie qui emplit notre cœur et à la surprise avec laquelle nous nous agenouillâmes (car qui n'aurait pas plié le genou pour une telle bénédiction ?) lorsque nous reçûmes de ses mains la sainte Prêtrise, tandis qu'il prononçait ces paroles : ‹ À vous, mes compagnons de service, au nom du Messie, je confère cette Prêtrise et cette autorité, qui restera sur la terre, afin que les fils de Lévi puissent faire de nouveau un sacrifice au Seigneur selon la justice ! ›
« Je n'essayerai pas de vous dépeindre les sentiments de mon cœur, ni la beauté et la gloire majestueuses dont nous fûmes entourés à cette occasion ; mais vous me croirez lorsque je vous dirai que ni la terre, ni les hommes, avec l'éloquence du siècle, ne peuvent commencer à orner le langage d'une manière aussi intéressante et sublime que ce saint personnage. Non ! Et cette terre n'a pas non plus le pouvoir de donner la joie, d'accorder la paix ou de comprendre la sagesse contenue dans chaque phrase prononcée par le pouvoir du Saint-Esprit ! L'homme peut tromper ses semblables, les tromperies peuvent succéder aux tromperies, et les enfants du Malin peuvent avoir le pouvoir de séduire les insensés et les ignorants, jusqu'à ce que la foule ne soit plus nourrie que d'imaginaire et que le fruit du mensonge emporte, dans son sillage, les dupes jusqu'à la tombe. Il suffit d'un seul attouchement du doigt de son amour, oui, d'un seul rayon de gloire du monde d'en haut, ou d'une seule parole de la bouche du Sauveur, venant du sein de l'éternité, pour rendre tout cela insignifiant et l'effacer à jamais de l'esprit. L'assurance que nous étions en la présence d'un ange, la certitude que nous avions entendu la voix de Jésus et la vérité sans tache découlant de ce personnage pur, dictée par la volonté de Dieu, défie, pour moi, toute description, et je considérerai toujours cette expression de la bonté du Seigneur avec émerveillement et reconnaissance aussi longtemps qu'il me sera permis de rester sur cette terre ; et dans ces demeures où réside la perfection et où le péché n'entre jamais, j'espère adorer en ce jour-là qui ne finira jamais. » — Messenger and Advocate, volume 1 (octobre 1834), pp. 14–16.
2. Événements
fondateurs (1820-1831)
Après
la mort des apôtres de Jésus, la prêtrise et
beaucoup de vérités de l'Évangile furent
enlevées de la terre, ce qui marqua le début d'une
longue période de ténèbres spirituelles, appelée
la grande apostasie. Amos, le prophète, avait prédit
cette perte et déclaré que le moment viendrait où
il y aurait « une famine dans le pays, non pas la disette
du pain et la soif de l'eau, mais la faim et la soif d'entendre les
paroles de l'Éternel » (Amos 8:11). Pendant les
longs siècles d'apostasie, beaucoup d'hommes et de femmes
honnêtes recherchèrent la plénitude de la vérité
évangélique mais ne purent la trouver. Les
ecclésiastiques des nombreuses confessions religieuses
prêchaient des messages divergents et invitaient les hommes et
les femmes à se joindre à eux. Bien que la plupart
d'entre eux eussent des intentions honnêtes, aucun n'avait la
plénitude de la vérité ou de l'autorité
de Dieu.
Toutefois, le
Seigneur, dans sa miséricorde, avait promis que son Évangile
et sa prêtrise seraient rendus un jour à la terre pour
ne plus jamais lui être enlevés. À l'aube du 19e
siècle, sa promesse était sur le point de s'accomplir,
et la longue nuit de l'apostasie allait bientôt prendre
fin.
Personnalité
de Joseph
Smith
Au début des années 1800, la famille de Joseph et Lucy
Mack Smith habitait à Lebanon
(New Hampshire, États-Unis). C'étaient des personnes de
condition humble et inconnues qui gagnaient maigrement leur vie en
travaillant dur. Joseph, fils, leur cinquième enfant, avait
sept ans quand il survécut à une épidémie
de typhus qui provoqua plus de trois mille décès en
Nouvelle-Angleterre. Pendant sa convalescence, une infection grave se
déclara dans la moelle de l'os de sa jambe gauche, et la
souffrance, presque insupportable, dura pendant plus de trois
semaines.
Le chirurgien local
décida d'amputer la jambe, mais sur l'insistance de la mère
de Joseph, on fit appeler un autre médecin. Nathan Smith,
médecin au Dartmouth College voisin, dit qu'il allait essayer
de sauver la jambe en utilisant une technique relativement nouvelle
et extrêmement douloureuse, consistant à enlever une
partie de l'os. Le médecin apporta des cordes pour lier le
garçon, mais celui-ci s'y opposa, disant qu'il supporterait
l'opération sans cela. Il refusa aussi de prendre de
l'eau-de-vie, seule forme d'anesthésique disponible et demanda
seulement que son père le tienne dans ses bras pendant
l'opération.
Il la
supporta avec beaucoup de courage, et le docteur Smith, l'un des
médecins les plus qualifiés du pays, put lui sauver la
jambe. Joseph souffrit longtemps avant que sa jambe ne guérisse
et qu'il ne puisse marcher sans douleur. Après son opération,
la famille alla s'installer à Norwich (Vermont), où
elle connut trois années successives de mauvaises récoltes,
avant de s'installer à Palmyra (New York).
La
Première Vision
Joseph Smith passa sa jeunesse à aider sa famille à
défricher, à déplacer des pierres et à
effectuer une foule d'autres travaux. Lucy, sa mère, rapporta
que le jeune Joseph était un garçon qui réfléchissait
beaucoup et pensait souvent au bien-être de son âme
immortelle. Il se souciait particulièrement de savoir laquelle
des Églises qui faisaient du prosélytisme dans la
région de Palmyra était la bonne. Dans sa
brève
autobiographie,
il raconte les circonstances qui le menèrent, un matin du
printemps 1820, à sa première vision, une manifestation
céleste dans laquelle Dieu le Père et son Fils
Jésus-Christ lui apparurent et lui parlèrent.
Joseph Smith avait été loin de s'imaginer que ce
jour-là il y aurait de nouveau un prophète sur la
terre. Lui, garçon inconnu vivant dans l'est de l'État
de New York, avait été choisi par Dieu pour accomplir
l'œuvre merveilleuse et le prodige de rétablir
l'Évangile et l'Église de Jésus-Christ sur la
terre. Il avait vu deux personnages divins et pouvait dès lors
témoigner de manière tout à fait unique de la
véritable nature de Dieu le Père et de son Fils
Jésus-Christ. Ce matin-là était véritablement
l'aube d'un jour plus lumineux. La lumière avait envahi un
bosquet, et Dieu le Père et Jésus-Christ avaient appelé
un garçon de quatorze ans à être leur
porte-parole.
Le soir du 21 septembre 1823, trois ans après avoir eu la Première Vision, Joseph Smith pria le Seigneur de lui pardonner les sottises de sa jeunesse et lui demanda de le guider. Le Seigneur répondit en lui envoyant un messager céleste pour l'instruire. Joseph écrit :
« Il m'appela par mon nom et me dit qu'il était un messager envoyé d'auprès de Dieu vers moi et que son nom était Moroni ; que Dieu avait une oeuvre à me faire accomplir, et que mon nom serait connu en bien et en mal parmi toutes les nations, familles et langues, ou qu'on en dirait du bien et du mal parmi tous les peuples.
« Il dit qu'il existait un livre caché, écrit sur des plaques d'or, donnant l'histoire des anciens habitants de ce continent et la source dont ils étaient issus. Il dit aussi que la plénitude de l'Évangile éternel y était contenue, telle qu'elle avait été donnée par le Sauveur à ces anciens habitants » (Joseph Smith, Histoire, 33-34).
Moroni avait été le dernier prophète à écrire dans ces anciennes annales et, sur les directives du Seigneur, il les avait enterrées dans la colline Cumorah. Il avait également enterré l’urim et le thummim que les prophètes d'autrefois utilisaient et dont Joseph allait se servir pour traduire les annales.
L'ange commanda à Joseph de se rendre à la colline toute proche et lui dit beaucoup de choses importantes concernant l’œuvre du Seigneur dans les derniers jours. II dit à Joseph que quand il recevrait les plaques, il ne devrait les montrer à personne sauf si le Seigneur le lui commandait. Moroni apparut deux fois de plus à Joseph cette nuit-là et encore une fois le lendemain. Chaque fois il répéta son important message et fournit des informations supplémentaires.
Dans la journée qui suivit les visites de l'ange, Joseph se rendit à la colline Cumorah comme cela lui avait été commandé. Il dit à ce propos :
« Sur le côté ouest de cette colline, non loin du sommet, sous une pierre de grande dimension, se trouvaient les plaques dans une boîte de pierre. Cette pierre était épaisse et arrondie au milieu de la face supérieure et plus mince vers les bords, de sorte que la partie du milieu en était visible au-dessus du sol, tandis que les bords tout autour étaient recouverts de terre.
« Ayant enlevé la terre, je me procurai un levier que je glissai sur le rebord de la pierre et, d'un petit effort, je la soulevai. Je regardai à l'intérieur et j'y vis, en effet, les plaques, l’urim et le thummim, et le pectoral comme le messager l'avait déclaré » (op. cit., 51-52).
L'ange Moroni apparut et dit à Joseph de le rencontrer à la colline l’année suivante à la même date et de poursuivre ses rencontres annuelles jusqu'à ce que vienne le moment où le jeune homme recevrait les plaques. Lors de chaque visite, Moroni lui donnait d'autres instructions sur ce que le Seigneur allait faire et sur la façon dont son royaume devait être dirigé (op. cit., 27-54).
Le 22 septembre 1827, après quatre ans de préparation, Moroni remit au prophète Joseph les plaques d'or et lui dit d'en commencer la traduction. Emma Hale, que Joseph avait épousée cette année-là, l'accompagna à cette occasion et l'attendait au pied de la colline Cumorah lorsque son mari revint avec les plaques. Elle devint une aide importante pour le prophète et fut, pendant une brève période, l'une des personnes qui notèrent la traduction du Livre de Mormon.
Suite aux tentatives acharnées et répétées d'émeutiers locaux pour voler les plaques d'or, Joseph et Emma furent obligés de quitter leur maison de Manchester (New York). Ils se réfugièrent chez Isaac Hale, père d'Emma, à Harmony (Pennsylvanie) à environ deux cents kilomètres au sud-est de Manchester. Joseph y commença la traduction des plaques.
Son ami, Martin Harris, fermier aisé, se joignit bientôt à lui et devint son secrétaire. Martin demanda à Joseph de pouvoir emporter chez lui 116 pages de texte traduit pour les montrer aux membres de sa famille afin de leur prouver la validité de l’œuvre qu'ils accomplissaient. Joseph demanda la permission au Seigneur, mais le Seigneur répondit non. Martin supplia Joseph de demander de nouveau, ce que Joseph fit à contrecœur à deux autres reprises, et il reçut finalement la permission demandée. Martin fit alliance de ne montrer le manuscrit qu'à certaines personnes, mais il ne tint pas sa promesse, et les pages du manuscrit furent volées. Cette perte rendit Joseph inconsolable, parce qu'il pensait que tous ses efforts pour servir le Seigneur étaient perdus. Il s'écria : « Que vais-je faire ? J'ai péché. C'est moi qui ai tenté la colère de Dieu. J'aurais dû me contenter de la première réponse que j'ai reçue du Seigneur » (Lucy Mack Smith, History of Joseph Smith, 1958, p. 128).
Joseph se repentit sincèrement, et peu de temps après lui avoir retiré les plaques et l’urim et le thummim, le Seigneur lui pardonna et Joseph recommença à traduire. Le Seigneur lui dit de ne pas retraduire le texte perdu, qui contenait une histoire profane. Au lieu de cela, il devait traduire d'autres plaques préparées par le prophète Néphi, plaques qui couvraient la même période mais contenaient de plus grandes prophéties du Christ et d'autres écrits sacrés. Le Seigneur avait prévu la perte des 116 pages et inspiré à Néphi de préparer cette deuxième histoire (voir 1 Néphi 9 ; D&A 10:38-45 ; voir aussi D&A, sections 3 et 10 que Joseph reçut au cours de cette période).
À ce moment-là, Joseph eut la bénédiction de recevoir l'aide d'Oliver Cowdery, jeune instituteur que le Seigneur avait conduit chez le prophète. Oliver se mit à écrire le 7 avril 1829. À propos de cette période capitale, il dit : « Ce furent là des jours inoubliables ! Être assis, écoutant le son d'une voix dirigée par l'inspiration des cieux, éveilla, dans ma poitrine, la gratitude la plus profonde ! » (JSH, 71, note).
Oliver déclara en outre : « Ce livre est vrai... Je l'ai écrit moi-même tel qu'il est sorti des lèvres du prophète. Il contient l'Évangile éternel et constitue l'accomplissement des révélations de Jean où il est dit qu'il vit un ange venir avec l'Évangile éternel pour le prêcher à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. Il contient les principes du salut. Et si vous suivez sa lumière et obéissez à ses préceptes, vous serez sauvés dans le royaume éternel de Dieu » (Reuben Miller Journals, 1848-49, 21 octobre 1848, Archives de l'Église).
Au cours de leur travail, Joseph et Oliver s'aperçurent que leur dévouement à la traduction des annales les avait laissés démunis de nourriture et d'argent ; il leur manquait même le matériel nécessaire pour écrire. Informé de leur situation difficile, Joseph Knight, père, ancien employeur et ami du prophète, décida de les aider. Il décrit comme suit la nature de cette aide très opportune :
« J'apportai un tonneau de maquereaux et du papier ligné pour écrire... J'achetai neuf ou dix boisseaux de blé et cinq ou six boisseaux de pommes de terre ». Il rendit ensuite visite aux deux hommes à Harmony et raconte : « Joseph et Oliver étaient partis chercher du travail pour pouvoir acheter des provisions mais n'en trouvèrent pas. Ils rentrèrent chez eux et me trouvèrent là avec les provisions, et ils en furent heureux, car ils en étaient démunis... Alors ils se mirent au travail, ayant suffisamment de provisions pour tenir jusqu'à la fin de la traduction » (Dean Jessee, éditeur, « Joseph Knight's Recollection of Early Mormon History », BYU Studies, automne 1976, p. 36).
Il ne faut pas s'étonner que le prophète Joseph ait dit à propos de ce juste : « Il sera dit de lui, par les fils de Sion, tant qu'il en restera encore un, que cet homme fut un homme fidèle en Israël ; c'est pourquoi son nom ne sera jamais oublié » (History of the Church, 5:124-25).
Comme les persécutions allaient croissant, Joseph et Oliver quittèrent Harmony et terminèrent la traduction à la ferme de Peter Whitmer à Fayette (New York) au cours du mois de juin 1829. Le fait que l’œuvre ait pu être menée à bien dans des circonstances aussi éprouvantes est un véritable miracle moderne. Joseph Smith, un homme qui avait été très peu à l'école, dicta la traduction en un peu plus de deux mois de travail réel et y apporta très peu de corrections. Le livre est aujourd'hui essentiellement tel qu'il l'a traduit et a été la source du témoignage de millions de personnes de par le monde. Joseph Smith a été un instrument puissant dans les mains du Seigneur dans la parution des paroles des prophètes d'autrefois pour le bien des saints dans les derniers jours.
Pendant que Joseph Smith était à Fayette, le Seigneur révéla qu'Oliver Cowdery, David Whitmer et Martin Harris devaient être les trois témoins spéciaux qui seraient autorisés à voir les plaques d'or (voir 2 Néphi 27:12 ; Éther 5:2-4 ; D&A 17). Avec Joseph, ils pourraient témoigner de l'origine et de la véracité de ces annales anciennes.
David Whitmer explique : « Nous nous en allâmes dans les bois proches, nous assîmes sur un tronc et parlâmes un certain temps. Nous nous mîmes ensuite à genoux et priâmes. Joseph pria. Nous nous levâmes alors et nous assîmes sur le tronc, et nous parlions lorsque tout à coup une lumière descendit d'au-dessus de nous et nous enveloppa sur une assez grande distance ; et l'ange se tint devant nous ». L'ange était Moroni. David raconta : « Il était habillé de blanc, et il parla et m'appela par mon nom et dit : ‘ Bienheureux celui qui garde ses commandements ’. Une table fut placée devant nous et les annales furent mises dessus : les annales des Néphites, à partir desquelles le Livre de Mormon avait été traduit, les plaques d'airain, la boule ou directeur, l'épée de Laban et les autres plaques » (The Saints' Herald, 1er mars 1882, p. 68). Tandis que les hommes contemplaient ces objets, ils entendirent une voix qui disait : « Ces plaques ont été révélées par la puissance de Dieu et elles ont été traduites par la puissance de Dieu. La traduction que vous en avez vue est correcte, et je vous commande de témoigner de ce que vous voyez et entendez en ce moment » (History of the Church, 1:55).
Peu après cet événement, Joseph Smith montra les plaques à huit autres témoins, qui les manipulèrent alors qu’ils se trouvaient dans un endroit retiré proche de la maison familiale des Smith à Manchester (New York). Le témoignage des deux groupes de témoins figure au début du Livre de Mormon.
Une fois la traduction terminée, le prophète prit des dispositions avec Egbert B. Grandin, de Palmyra, pour imprimer le Livre de Mormon. Martin Harris contracta une hypothèque en faveur de M. Grandin pour garantir le paiement des 3000 dollars requis pour imprimer 5000 exemplaires du livre.
Les premiers exemplaires du Livre de Mormon furent mis à la disposition du public à la librairie B. Grandin le 26 mars 1830. Un des tout premiers missionnaires à utiliser le nouvel ouvrage fut Samuel Smith. En avril 1830, il entra à l'auberge de Tomlinson, dans la commune de Mendon (New York). Il y vendit un exemplaire du livre à un jeune homme du nom de Phinehas Young, frère de Brigham Young.
En juin, il revint sur ses pas et déposa cette fois un exemplaire du Livre de Mormon chez John P. Greene, à Bloomfield (New York). John avait épousé Rhoda Young, sœur de Brigham Young. John Young, père de Brigham, fut la personne suivante à entrer en contact avec le livre ; il l'emporta chez lui et le lut d'un bout à l'autre. Il dit que « c'était l'ouvrage le plus remarquable et le plus exempt d'erreurs de tout ce qu'il eût jamais vu, y compris la Bible » (« History of Brigham Young », Millennial Star, 6 juin 1863, p. 361).
Bien qu'informé du contenu du livre depuis le printemps 1830, tant par les membres de sa famille que par les missionnaires, Brigham Young eut besoin de temps pour l'étudier à fond. Il dit : « J'étudiai soigneusement la question pendant deux ans avant de prendre la décision d'accepter ce livre. Je savais qu'il était vrai, autant que je savais que je pouvais voir de mes deux yeux, ou sentir par le toucher des doigts ou percevoir par n’importe quel sens. Si cela n'avait pas été le cas, je ne l'aurais pas encore adopté aujourd'hui... Il me fallait suffisamment de temps pour me prouver tout à moi-même » (Brigham Young, dans Journal of Discourses, 3:91)
Brigham Young se fit baptiser le 14 avril 1832. Il dit qu'après son baptême et sa confirmation, il ressentit, selon les paroles du Sauveur, qu'un esprit humble, pur comme un enfant, témoignait que ses péchés lui étaient pardonnés (« History of Brigham Young », Millennial Star, 11 juillet 1863, p. 438). Il allait devenir plus tard apôtre et finalement deuxième président de l'Église.
Rétablissement des Prêtrises d'Aaron et de Melchisédek
Lorsque l'ange Moroni avait rencontré Joseph Smith pour la première fois en septembre 1823 sur la colline Cumorah, il lui avait donné des instructions importantes concernant le rétablissement de l'autorité de la prêtrise sur la terre, et avait dit entre autres choses : « Lorsque les plaques d'or auront été interprétées, le Seigneur donnera la Sainte Prêtrise à certains, et ils commenceront à proclamer l'Evangile et à baptiser d'eau, et après cela ils auront le pouvoir de donner le Saint-Esprit par l'imposition des mains (« Letter from Oliver Cowdery to W. W. Phelps », Latter-day Saints' Messenger and Advocate, octobre 1835, p. 199).
Au printemps 1829, Joseph prit part à l'accomplissement partiel des paroles de l'ange. Tandis qu'il traduisait le Livre de Mormon en compagnie d'Oliver Cowdery, ils trouvèrent des passages mentionnant le baptême pour la rémission des péchés. Le 15 mai, ils invoquèrent le Seigneur pour obtenir davantage de connaissance à ce sujet. Tandis qu'ils s'adressaient à lui sur la rive du fleuve Susquehanna, les deux hommes reçurent la visite d'un messager céleste. Celui-ci dit être Jean-Baptiste, qui avait vécu à l'époque du Nouveau Testament. Après avoir posé les mains sur la tête de Joseph et d'Oliver, il dit : « A vous mes compagnons de service, au nom du Messie, je confère la Prêtrise d'Aaron qui détient les clefs du ministère d'anges, de l'Évangile de repentance et du baptême par immersion pour la rémission des péchés » (D&A 13:1).
Après cette ordination, Joseph et Oliver se baptisèrent mutuellement, comme le leur avait commandé Jean-baptiste et s'ordonnèrent mutuellement à la Prêtrise d'Aaron. Jean leur dit que cette Prêtrise d'Aaron n'avait pas le pouvoir d'imposer les mains pour le don du Saint-Esprit, mais que ce pouvoir leur serait conféré plus tard. Il dit aussi qu'il agissait sous la direction de Pierre, Jacques et Jean, lesquels détenaient les clefs de la Prêtrise de Melchisédek, prêtrise qui, dit-il, leur serait conférée en temps voulu (voir JSH, vv. 68-72).
Le prophète fait ce commentaire : « Sitôt que nous fûmes sortis de l'eau, après notre baptême, nous reçûmes de grandes et glorieuses bénédictions de notre Père céleste. À peine avais-je baptisé Oliver Cowdery que le Saint-Esprit descendit sur lui, et il se leva et se mit à prophétiser beaucoup de choses qui devaient se passer bientôt. Et, de même, aussitôt que j'eus été baptisé par lui, je reçus également l'esprit de prophétie et, m'étant levé, je prophétisai sur la naissance de cette Église, ainsi que beaucoup d'autres choses relatives à l'Église, et à cette génération des enfants des hommes. Nous étions remplis du Saint-Esprit et nous réjouissions du Dieu de notre salut » (JSH, 73).
Plus tard, Pierre, Jacques et Jean apparurent à Joseph et à Oliver et leur conférèrent la Prêtrise de Melchisédek. Ils leur conférèrent aussi les clefs du royaume de Dieu (voir D&A 27:12-13 ; 128:20). La Prêtrise de Melchisédek est la plus haute autorité donnée aux hommes sur la terre.
Investi de cette autorité, Joseph Smith put organiser l'Église de Jésus-Christ dans la dispensation actuelle et commencer à créer les divers collèges de la prêtrise qui existent aujourd'hui dans l'Église.
Le Seigneur révéla à Joseph Smith que le 6 avril 1830 était le jour où l'Église de Jésus-Christ de la dispensation actuelle devait être organisée (voir D&A 20:1). Des avis furent envoyés aux croyants et aux amis, et 56 hommes et femmes se rassemblèrent dans la maison de rondins de Peter Whitmer, père, à Fayette (New York). Le prophète choisit six hommes pour aider à l'organisation « conformément aux lois de notre pays par la volonté et les commandements de Dieu » (D&A 20:1).
Le prophète écrit : « Après avoir ouvert la réunion par une prière solennelle à notre Père céleste, nous nous mîmes en devoir, conformément aux commandements qui nous avaient été précédemment donnés, d'interroger nos frères pour savoir s'ils nous acceptaient comme instructeurs des choses du royaume de Dieu et s'ils étaient d'accord pour que nous procédions à l'organisation de l'Église, conformément au dit commandement que nous avions reçu. Ils consentirent à ces diverses propositions par vote unanime » (History of the Church, 1:78).
Avec le consentement des personnes présentes, Joseph ordonna Oliver ancien de l'Église, et Oliver ordonna le prophète ancien, comme le Seigneur le leur avait commandé. La Sainte-Cène fut bénie et distribuée aux membres présents. Ceux qui avaient été baptisés furent confirmés et reçurent le don du Saint-Esprit. Le prophète dit : « Le Saint-Esprit se déversa sur nous avec une très grande force : certains prophétisaient, tandis que nous louions tous le Seigneur et nous réjouissions extrêmement » (History of the Church, 1:78). Au cours de cette réunion, Joseph reçut une révélation dans laquelle le Seigneur commandait à l'Église de prêter attention aux paroles du prophète comme si elles venaient du Seigneur lui-même (voir D&A 21:4-6).
Les traits caractéristiques de cette réunion de 1830 se retrouvent encore aujourd'hui dans l'Église : exercice de la loi du consentement commun, chants, prières, distribution de la Sainte-Cène, témoignages personnels, don du Saint-Esprit conféré par l'imposition des mains, ordinations, révélation personnelle et révélation par l'intermédiaire des officiers de la prêtrise.
Lucy Mack Smith, mère du prophète, rapporte une scène pleine de tendresse qui se produisit le jour où Joseph Smith, père, père du prophète, fut baptisé : « Quand M. Smith sortit de l'eau, Joseph monta sur la berge et, prenant la main de son père, s'exclama, avec des larmes de joie : « Mon Dieu soit loué ! Qu'il m'ait été donné de voir mon propre père baptisé dans la vraie Église de Jésus-Christ ! » (Lucy Mack Smith, History of Joseph Smith, p. 168). Joseph Knight, père, dit à ce propos : « Le prophète était grandement rempli par l'Esprit... Sa joie semblait complète. Je crois qu'il voyait la grande œuvre qu'il avait commencée et était désireux de l'exécuter » (Dean Jessee, éditeur, « Joseph Knight's Recollection of Early Mormon History », p. 37).
Il y avait un puissant lien d'affection entre le père et le fils. Plus tard, dans un éloge de son père, le prophète dit : « J'aime mon père et sa mémoire ; et la mémoire de ses nombreux actes reste vivace dans mon esprit, et beaucoup des paroles pleines de gentillesse qu'il m'a adressées en tant que père sont écrites sur les tablettes de mon cœur » (History of the Church, 5:126).
L'amour qui existait entre le prophète et son père, Joseph Smith, père, le manifestait aussi envers son propre père, Asael Smith. En août 1830, Joseph Smith, père, se rendit avec des exemplaires du Livre de Mormon au comté de St. Lawrence (New York) pour les donner à son père et à sa mère ainsi qu'à ses frères et à ses sœurs. Asael Smith lut le livre presque d'un bout à l'autre avant de mourir en octobre 1830 et déclara que son petit-fils, Joseph Smith, fils, « était le prophète même dont il savait depuis longtemps qu'il viendrait dans sa famille » (History of the Church, 2:443). Trois autres fils d'Asael, Silas, John et Asael, fils, devinrent plus tard membres de l'Église. Le prophète eut la bénédiction de voir toute sa famille proche immergée dans les eaux du baptême, ainsi que beaucoup de membres de la famille de son père.
Sidney Rigdon, qui devint plus tard membre de la Première Présidence, dit à propos des humbles débuts de l'Église et de la grande vision de l'avenir que les organisateurs avaient déjà alors : « Je rencontrai l'Église du Christ tout entière dans une vieille petite maison de rondins d'environ 1,80 mètre carré près de Waterloo (New York), et nous commençâmes à parler du royaume de Dieu comme si nous avions le monde à nos pieds ; nous parlions avec beaucoup d'assurance... bien que nous ne fussions pas nombreux... Nous eûmes la vision de l'Église de Dieu mille fois plus grande... le monde étant alors totalement ignorant du témoignage du prophète et dépourvu de la connaissance de ce que Dieu était sur le point de faire » (« Conference Minutes », Times and Seasons, 1er mai 1844, pp. 522-23).
Les événements qui se produisirent le 6 avril 1830 dans l'ouest de l'État de New York ont changé la vie de millions de personnes. Après avoir commencé avec une poignée de convertis dans une maisonnette de rondins, l'Évangile s'est répandu dans le monde entier. L’Église est à présent installée dans beaucoup de pays, souvent dans une situation aussi humble que celle dans laquelle se trouvait l'organisation originale à Fayette. Les saints de par le monde mettent leur joie et trouvent de la consolation dans la promesse du Sauveur : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom... voici, je serai là au milieu d'eux » (D&A 6:32).
Le mois même où l'Église fut organisée, Joseph Smith, le prophète, partit en mission pour instruire des amis : la famille de Joseph Knight, père, qui résidait à Colesville (New York). Le 28 juin, beaucoup de membres et d'amis de la famille Knight étaient prêts à contracter l'alliance du baptême.
Une forte opposition se manifesta à la prédication de l'Évangile à Colesville, et des émeutiers essayèrent d'empêcher les baptêmes en détruisant le barrage que les frères avaient construit pour retenir l'eau. Le barrage fut cependant réparé rapidement. Joseph Knight, fils, décrit comme suit les mesures auxquelles les ennemis de la foi eurent recours : « Pendant que nous revenions des baptêmes, beaucoup de nos voisins s'approchèrent de nous pour nous montrer du doigt et demander si nous étions occupés à laver les moutons... Cette nuit-là, nos chariots furent retournés et l'on empila du bois dessus ; d'autres furent jetés dans l'eau, on entassa des piquets contre nos portes, les harnais furent jetés dans le ruisseau et il y eut beaucoup de déprédations » (Joseph Knight Autobiographical Sketch, 1862, Archives de l'Église).
Au même moment, des opposants tentèrent de faire obstruction au prophète en le faisant arrêter et juger pour trouble de l'ordre public. Mais Joseph Knight, père, engagea des avocats qui ne tardèrent pas à le faire acquitter.
Les saints de Colesville firent corps et devinrent une branche forte et unie de l'Église.
En septembre et en octobre 1830, quatre jeunes gens furent appelés par révélation à porter l'Évangile et le message du Livre de Mormon aux Indiens américains, qui étaient descendants des peuples du Livre de Mormon. Ces missionnaires étaient Oliver Cowdery, Peter Whitmer fils, Parley P. Pratt et Ziba Peterson (voir D&A 28:8 ; 30:5-6 ; 32). Ils firent des centaines de kilomètres dans des conditions très éprouvantes et purent prêcher aux Indiens Catteraugus près de Buffalo (New York), aux Wyandots d'Ohio et finalement aux Delawares qui se trouvaient à l'ouest de l'État du Missouri. Mais ce fut auprès des colons de Kirtland (Ohio) et du voisinage qu'ils eurent le plus de succès puisqu'ils y convertirent 127 personnes. Après le départ des missionnaires, le nombre des saints d'Ohio s'éleva bientôt à plusieurs centaines grâce au prosélytisme fait par les membres qu'ils avaient laissés derrière eux.
Sidney Rigdon, ancien pasteur et récemment converti de la région de Kirtland, et Edward Partridge, un ami non membre de l'Église, étaient vivement désireux de rencontrer le prophète et d'en apprendre davantage sur les enseignements de l'Église. En décembre 1830, ils firent plus de 400 kilomètres jusqu'à Fayette (New York) pour rendre visite à Joseph Smith. Ils lui demandèrent de consulter le Seigneur pour connaître sa volonté à leur égard et à l'égard des saints de Kirtland. Le Seigneur leur répondit en révélant que les saints de New York devaient se rassembler en Ohio (voir D&A 37:3). À la troisième et dernière conférence de l'Église à New York, qui se tint le 2 janvier 1831, à la ferme Whitmer, le Seigneur répéta sa directive aux membres de l’Église :
« Et pour que vous échappiez au pouvoir de l'ennemi, et soyez rassemblés en moi, comme un peuple juste, sans tache et innocent, pour cette raison, je vous ai donné le commandement d'aller en Ohio ; et je vous y donnerai ma loi ; et vous y serez dotés du pouvoir d'en haut » (D&A 38:31-32). C'était le premier appel invitant les saints de la dispensation actuelle à se rassembler.
Un petit nombre de membres de l’Église préférèrent ne pas vendre leurs biens et ne pas faire le long voyage de New York jusqu'en Ohio, mais la majorité des saints entendirent la voix du berger demandant de rassembler Israël. Newel Knight fut parmi ces disciples typiques qui suivirent les dirigeants de la prêtrise et répondirent à l'appel.
« Rentré chez moi de la conférence, pour obéir au commandement qui avait été donné, je commençai, avec la branche de Colesville, à faire des préparatifs pour aller en Ohio... Comme on pouvait s'y attendre, nous fûmes obligés de sacrifier nos biens. Je passai la plus grande partie de mon temps à rendre visite aux frères, à les aider à arranger leurs affaires pour que nous puissions voyager ensemble en un seul groupe » (Newel Knight, cité dans Larry Porter, « A Study of the Origins of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints in the States of New York and Pennsylvania, 1816-1831 », thèse de doctorat, université Brigham Young, 1971, p. 296).
Joseph Knight, père, fut aussi parmi les personnes disposées à faire des sacrifices en vendant leurs biens pour rejoindre le prophète en Ohio. L'annonce toute simple qu'il fit paraître dans le Broome Republican en dit long sur son engagement vis-à-vis de l'Évangile : « La ferme actuellement occupée par Joseph Knight, située dans la localité de Colesville, près de Colesville Bridge, bordée d'une part par le fleuve Susquehanna et comprenant environ cinquante-six hectares huit ares. Ladite ferme comporte deux résidences, une bonne grange et un beau verger. Les conditions de vente seront intéressantes » (Broome Republican, 5 mai 1831 ; cité dans Larry Porter, op. cit., pp. 298-99). Dès la mi-avril 1831, 68 saints de Colesville étaient en route pour l'Ohio.
Quatre-vingt saints de la branche de Fayette et cinquante de celle de Manchester, qui partirent de chez eux au début de mai 1831, furent tout aussi obéissants au commandement du Seigneur. Lucy Mack Smith, mère du prophète, fut invitée à prendre la tête de l'exode des saints de Fayette. Quand ils arrivèrent à Buffalo (New York), ils constatèrent que le port du lac Erié était bloqué par un champ de glace, et le vapeur qui transportait les saints de Fayette ne pouvait quitter le port. Dans cette situation difficile, elle invita les saints à faire preuve de foi. « Mes frères et sœurs, si vous voulez tous exprimer vos désirs au Ciel pour que la glace se disloque et que nous soyons libérés, aussi sûr que le Seigneur vit, cela se fera ». À ce moment-là, on entendit un bruit « semblable à un coup de tonnerre ». La glace se divisa et un passage étroit se forma à travers lequel le navire put passer. Ils étaient à peine sortis que le chenal se refermait, mais ils étaient en eau libre et pouvaient continuer leur voyage. Après cette délivrance miraculeuse, les saints furent invités à s'assembler pour une réunion de prière pour remercier Dieu de sa miséricorde à leur égard (Lucy Mack Smith, History of Joseph Smith, p. 204).
Dès la mi-mai, toutes les branches de l'Église de New York avaient pu traverser le lac Erié et atteindre Fairport Harbor (Ohio) où ils furent accueillis par les autres saints et emmenés vers diverses destinations dans les communes de Kirtland et de Thompson. Le grand rassemblement de l'Israël moderne avait commencé. Les saints étaient maintenant dans une situation où ils pouvaient être instruits en nombre par les serviteurs choisis par le Seigneur, pour apprendre ses lois et édifier de saints temples.
3. Édification du royaume en Ohio (1831-1838)
Par une journée froide de février 1831, Joseph Smith, le prophète, et sa femme, Emma, qui était alors enceinte de six mois et attendait des jumeaux, arrivèrent à Kirtland après avoir parcouru les quatre cents kilomètres depuis New York. Ils arrivèrent en traîneau au magasin de Gilbert et Whitney. Le récit suivant raconte la rencontre entre Newel K. Whitney et le prophète.
« L'un des hommes qui étaient sur le traîneau, personnage jeune et fort, descendit et, après avoir monté les marches d'un bond, entra dans le magasin et se dirigea vers l'endroit où le plus jeune des associés se tenait.
« Newel K. Whitney ! C'est vous ! » s'exclama-t-il en tendant cordialement la main, comme s'il s'agissait d'une vieille connaissance.
« Vous avez l'avantage sur moi », répliqua celui à qui il s'adressait, en prenant machinalement la main tendue... « Je ne pourrais pas vous appeler par votre nom comme vous l'avez fait pour moi ».
« Je suis Joseph, le prophète, dit l'étranger en souriant. Vous avez prié pour que je vienne, et maintenant, que voulez-vous de moi ? » (Orson F. Whitney, « Newel K. Whitney », Contributor, janvier 1885, p. 125).
Quelque temps auparavant, Newel et Elizabeth, sa femme, avaient prié avec ferveur pour être guidés. En réponse, le Saint-Esprit était descendu sur eux et une nuée avait couvert leur maison. Une voix, provenant de la nuée, avait proclamé : « Préparez-vous à recevoir la parole du Seigneur, car elle arrive » (Elizabeth Arm Whitney, cité dans Edward W. Tullidge, Women of Mormondom, 1877, p. 42). Peu de temps après, les missionnaires qui avaient été appelés à instruire les Indiens arrivaient à Kirtland, et à présent c'était le prophète qui arrivait.
Orson F. Whitney, petit-fils de Newel, raconta plus tard ses sentiments à propos de cet événement : « Par quel pouvoir cet homme remarquable qu'était Joseph Smith avait-il reconnu quelqu'un qu'il n'avait encore jamais vu dans la chair ? Pourquoi Newel K. Whitney ne l'avait-il pas reconnu ? C'est parce que Joseph Smith était un voyant, un voyant de choix ; il avait réellement vu Newel K. Whitney à genoux, à des centaines de kilomètres de là, en train de prier pour qu'il arrive à Kirtland. Merveilleux, mais vrai ! » (Orson F. Whitney, dans Conference Report, avril 1912, p. 50).
L'arrivée du prophète apporta la parole du Seigneur à Kirtland, où des éléments fondamentaux de l'Église virent le jour. L'essentiel du gouvernement de l'Église fut révélé, des missionnaires furent envoyés au dehors, le premier temple fut construit, et beaucoup de révélations importantes furent données. Les saints furent violemment persécutés et mis à l'épreuve pour voir s'ils feraient preuve de foi, de courage et de volonté pour suivre le prophète, l'oint du Seigneur.
Au moment même où ils étaient appelés à se rassembler en Ohio, les saints commençaient à se réjouir du moment où ils pourraient fonder Sion. En juin 1831, Joseph Smith, le prophète, reçut une révélation qui lui commandait, à lui, à Sidney Rigdon et à vingt-huit autres anciens d'aller faire une mission au Missouri et d'y organiser la prochaine conférence de l'Église (voir D&A 52). Le Missouri était sur la frontière occidentale de ce qui était alors les États-Unis d'Amérique, à environ seize cents kilomètres à l'ouest de Kirtland. Le Seigneur révéla à Joseph que dans le comté de Jackson (Missouri), les saints recevraient leur héritage et fonderaient Sion.
Joseph, les autres missionnaires et, peu de temps après, le groupe tout entier des saints venus de Colesville (New York), se rendirent au comté de Jackson pendant l'été 1831 et commencèrent à fonder une colonie. Pendant que le prophète et d'autres dirigeants retournaient à Kirtland, beaucoup de membres de l'Église s'installèrent au Missouri.
Entre 1831 et 1838, l'Église eut deux centres de population. Joseph Smith, des membres du collège des Douze et un grand nombre de saints vivaient dans la région de Kirtland (Ohio), tandis que beaucoup d'autres membres de l'Église vivaient au Missouri sous la présidence des dirigeants de prêtrise qui avaient été désignés. Des événements importants se produisaient simultanément aux deux endroits, et les officiers de l'Église voyageaient d'un endroit à l'autre, selon les besoins. Les événements qui se produisirent à Kirtland au cours de cette période de sept ans seront traités dans ce chapitre. Les événements du Missouri au cours de la même période seront traités dans le chapitre suivant.
Beaucoup de saints qui s'étaient rendus en Ohio avaient fait de grands sacrifices. Certains avaient été reniés par leur famille, d'autres avaient perdu la compagnie de leurs anciens amis. Brigham Young décrit comme suit les sacrifices qu'il fit pour répondre à l'appel du prophète au rassemblement :
« Quand nous arrivâmes à Kirtland [en septembre 1833], s'il y avait quelqu'un parmi ceux qui s'étaient rassemblés avec les saints qui fût plus pauvre que moi, c'est parce qu'il n'avait rien... J'avais deux enfants dont je devais prendre soin, c'était tout. J'étais veuf. ‘ Frère Brigham, aviez-vous des souliers ? ’ Non ; pas un soulier pour mettre à mes pieds si ce n'est une paire de bottes empruntées. Je n'avais pas de vêtements d'hiver à part un manteau fait maison que j'avais depuis trois ou quatre ans. ‘ Des pantalons ? ’ Non. ‘ Qu'est-ce que vous faisiez ? Vous n'en portiez pas ? ’ Non ; j'en empruntai une paire jusqu'à ce que je puisse en obtenir une autre. J'avais voyagé et prêché et dépensé jusqu'au dernier dollar de mes biens. Quand je m'étais mis à prêcher, j'avais quelques biens... J'avais voyagé et prêché jusqu'à ce qu'il ne me reste plus rien à emporter ; mais Joseph dit : ‘ Viens ’, et je suis allé du mieux que je pouvais » (Brigham Young, dans Journal of Discourses, 11:295).
Beaucoup d'autres saints fidèles se rendirent à Kirtland, où les membres déjà présents les accueillirent et partagèrent de bon cœur avec eux leurs maigres biens. Ce sont là les gens solides qui constituèrent les fondements de la croissance et de la progression étonnantes de l'Église.
Tandis qu'il habitait la région de Kirtland, le prophète Joseph reçut de nombreuses révélations ; soixante-cinq d'entre elles se trouvent dans Doctrine et Alliances. Les révélations enseignaient la volonté du Seigneur dans le domaine de l'entraide, de la recherche de signes, de la conduite morale, des règles alimentaires, de la dîme, de l'autorité de la prêtrise, du rôle du prophète, des trois degrés de gloire, de l’œuvre missionnaire, de la Seconde Venue, de la loi de consécration et de beaucoup d'autres sujets.
En juin 1830, Joseph Smith commença l’œuvre dont Dieu l'avait chargé, à savoir d'apporter des corrections inspirées à la version du roi Jacques (version anglaise) de la Bible. Cette oeuvre est appelée traduction de Joseph Smith. Entre juin 1830 et juillet 1833, le prophète apporta de nombreux changements au texte de la Bible, entre autres des corrections au langage biblique, des clarifications de doctrine et la réintroduction de textes historiques et doctrinaux. Au cours de ce travail, Joseph reçut de nombreuses de révélations, souvent pour répondre à des questions qui s'étaient posées à lui pendant qu'il méditait sur les passages de l'Écriture. Une de ces révélations se produisit le 16 février 1832, lorsque Joseph et Sidney Rigdon eurent traduit Jean 5:29. Ils méditèrent sur ce passage, et, comme le rapporte Joseph, « le Seigneur toucha les yeux de notre entendement, et ils furent ouverts, et la gloire du Seigneur resplendit alentour » (D&A 76:19). Ils reçurent une des plus grandes visions de tous les temps, qui constitue aujourd'hui la section 76 de Doctrine et Alliances. Ils virent le Père et le Fils, furent instruits sur la destinée divine des enfants de Dieu et reçurent des vérités éternelles concernant ceux qui occuperont les trois royaumes de gloire.
Lors d'une conférence tenue en novembre 1831 à Hiram (Ohio), les membres de l'Église votèrent la publication du Livre des commandements qui contenait environ 70 révélations données au prophète. Pendant cette conférence, le Seigneur donna à Joseph Smith les révélations qui allaient constituer la préface et l'appendice du Livre des commandements (elles devinrent plus tard les sections 1 et 133 de Doctrine et Alliances).
Le soin d'imprimer le livre fut confié à William W. Phelps, qui avait une imprimerie dans le comté de Jackson (Missouri). De plus amples renseignements sur le Livre des commandements sont donnés au chapitre suivant. Les révélations du Livre des commandements, ainsi que d'autres révélations, furent imprimées plus tard en un seul volume intitulé Doctrine et Alliances, qui fut publié en 1835 à Kirtland. Une deuxième édition du Livre de Mormon, avec des corrections mineures faites par le prophète Joseph, fut également imprimée à Kirtland.
Quelques mois seulement après l'organisation de l'Église, le Seigneur mit l'accent sur la place importante de la musique dans l'Église, en commandant à Emma, femme du prophète, de commencer à faire un choix de cantiques sacrés (voir Doctrine et Alliances 25:11). Le livre de cantiques qu'elle compila fut publié à Kirtland, ce qui allait permettre aux saints de recevoir la bénédiction promise par le Seigneur : « Car mon âme met ses délices dans le chant du cœur ; oui, le chant des justes est une prière pour moi, et il sera exaucé par une bénédiction sur leur tête » (D&A 25:12).
En décembre 1832 et en janvier 1833, le prophète Joseph reçut la révélation qui devint la section 88 de Doctrine et Alliances. Entre autres choses, cette révélation commandait la création d'une « école des prophètes » (D&A 88:127) pour instruire les frères de la doctrine et des principes de l'Évangile, des affaires de l'Église et d'autres sujets.
Au cours de l'hiver 1833, l'école des prophètes se tint fréquemment, et Joseph et Emma Smith commencèrent tous deux à se préoccuper de l'habitude qu'avaient les frères de faire usage de tabac, surtout du nuage de fumée de tabac au cours des réunions et du manque de propreté dû au fait que les frères chiquaient. Joseph Smith consulta le Seigneur à ce sujet et reçut la révélation qui porte le nom de Parole de Sagesse. La révélation donnait les commandements du Seigneur pour le soin du corps et de l'esprit et promettait que ceux qui y obéiraient recevraient les bénédictions spirituelles que sont « la sagesse et de grands trésors de connaissance, oui, des trésors cachés » (D&A 89:19). La Parole de Sagesse contient aussi des informations sur la santé qui n'étaient pas connues du monde médical ou scientifique de l'époque mais se sont avérées depuis lors être d'un grand avantage, comme la recommandation de ne consommer ni tabac, ni alcool.
En 1831, le Seigneur commença à révéler des aspects de la loi de consécration, système spirituel et temporel qui serait une bénédiction pour les saints des derniers jours appauvris s'ils le respectaient en justice. En vertu de cette loi, les membres de l'Église étaient invités à consacrer ou à faire don de tous leurs biens à l'évêque de l'Église. Celui-ci leur remettait un patrimoine ou une intendance. Les familles administraient leur intendance du mieux qu'elles le pouvaient. Si, à la fin de l'année, elles avaient un excédent, celui-ci était remis à l'évêque, qui s'en servait pour pourvoir aux besoins des nécessiteux. Le Seigneur appela Edward Partridge à être le premier évêque de l'Église.
La loi de consécration consiste en des principes et des pratiques qui fortifient spirituellement les membres et produisent une certaine égalité économique, en même temps qu’ils éliminent la cupidité et la pauvreté. Certains saints la vécurent bien, pour leur propre bénédiction et celle des autres, mais d'autres membres ne réussirent pas à dépasser le niveau des désirs égoïstes, ce qui provoqua finalement le retrait de la loi de l'Église. En 1838, le Seigneur révéla la loi de la dîme (voir D&A 119), qui subsiste aujourd'hui comme loi financière de l'Église.
La population de l'Église augmentant, le prophète continua à recevoir des révélations sur les offices de la prêtrise. Sur directive du Seigneur, il organisa la Première Présidence, constituée de lui-même, président, et de Sidney Rigdon et Frederick G. Williams, conseillers. Il organisa aussi le collège des douze apôtres et le premier collège des soixante-dix. Il appela et ordonna des évêques et leurs conseillers, des grands prêtres, des patriarches, des grands conseils, des soixante-dix et des anciens. Il organisa les premiers pieux de l'Église.
Dépourvus d'expérience, les saints nouvellement baptisés étaient souvent écrasés par les appels à servir qu’ils recevaient. Par exemple, Newel K. Whitney fut appelé, en décembre 1831, comme deuxième évêque de l'Église à Kirtland, lorsque Edward Partridge devint l'évêque des saints du Missouri. Newel avait le sentiment de ne pas pouvoir s'acquitter des exigences de l'appel, en dépit du fait que le prophète lui avait dit que le Seigneur l'avait appelé par révélation. Le prophète lui dit donc : « Allez donc interroger le Père vous-même ». Newel alla s'agenouiller et supplia humblement le Seigneur, et il entendit une voix venue du ciel lui dire : « Ta force est en moi » (Orson F. Whitney, « Newel K. Whitney », p. 126). Il accepta l'appel et fut évêque pendant dix-huit ans.
L'Église avait grand besoin de dirigeants de prêtrise qui eussent été mis à l'épreuve, eussent reçu de l'expérience et se fussent montrés fidèles, qui resteraient, en toutes circonstances, fidèles au Seigneur et à son prophète. L'occasion de prouver son obéissance dans des circonstances difficiles et de recevoir une formation personnelle de Joseph Smith fut fournie par la marche du camp de Sion.
Le camp de Sion fut organisé pour aider les saints du Missouri qui étaient violemment persécutés à cause de leurs croyances religieuses. Beaucoup avaient été chassés de chez eux (voir chapitre suivant). Le 24 février 1834, le Seigneur révéla à Joseph Smith qu'il devait organiser un groupe d'hommes pour aller de Kirtland au Missouri, rétablir les saints dans leurs terres (voir D&A 103). Le Seigneur promit que sa présence les accompagnerait et que « toute victoire et gloire » se réaliseraient grâce à leur diligence, à leur fidélité et à « la prière de la foi » (D&A 103:36). La plupart des premiers membres du collège des douze apôtres et du collège des soixante-dix furent préparés par cette expérience à leurs responsabilités futures.
Le camp de Sion fut officiellement organisé le 6 mai 1834 à New Portage (Ohio). Il finit par regrouper 207 hommes, 11 femmes et 11 enfants, que le prophète répartit en compagnies de dix et de cinquante, en donnant à chaque groupe la responsabilité d'élire un capitaine. Joseph Holbrook, une des recrues, écrit que le camp fut organisé « selon l'ordre ancien d'Israël » (Joseph Holbrook, cité dans James L. Bradley, Zion's Camp 1834 : Prelude to the Civil War, 1990, p. 33). Pendant 45 jours, ils marchèrent ensemble vers le comté de Clay (Missouri), soit plus de 1600 kilomètres. Ils voyagèrent le plus rapidement possible, dans des conditions très dures. Il était extrêmement difficile de se procurer suffisamment de nourriture. Les hommes se trouvaient souvent dans la nécessité de se contenter de rations réduites de pain grossier, de beurre rance, de bouillie de maïs, de miel fort, de porc cru, de jambon faisandé et de bacon et de fromage infestés de vers. George A. Smith, qui allait devenir plus tard apôtre, écrivit qu'il avait souvent faim : « J'étais si fatigué et affamé, et j'avais une telle envie de dormir que je rêvais pendant que je marchais sur la route que je voyais un beau cours d'eau passant devant un bel arbre ombrageux et un beau pain et une bouteille de lait posés sur une nappe à côté de la source » (George Albert Smith, « History of George Albert Smith,1834-1871 », p. 17, Archives de l'Eglise).
Le camp insistait beaucoup sur la spiritualité et l'obéissance aux commandements. Le dimanche, on tenait des réunions et on prenait la Sainte-Cène. Le prophète enseignait souvent la doctrine du royaume. Il dit plus tard : « Dieu était avec nous, et ses anges allaient devant nous, et la foi de notre petit groupe était inébranlable. Nous savons que des anges étaient nos compagnons, car nous les vîmes » (History of the Church, 2:73).
Mais les difficultés du camp commencèrent à marquer les participants. Ce processus d'épuration révéla les ronchonneurs, qui n’avaient pas l'esprit d'obéissance et imputaient souvent à Joseph la responsabilité de leurs ennuis. Le 17 mai, le prophète exhorta ceux qui étaient animés d'un esprit rebelle « à s'humilier devant le Seigneur et à devenir unis afin de ne pas être frappés » (History of the Church, 2:68).
Le 18 juin, le camp avait atteint le comté de Clay. Mais Daniel Dunklin, gouverneur du Missouri, ne respecta pas sa promesse d'aider l'armée des saints à remettre sur leurs terres les membres de l'Église qui avaient été chassés de chez eux. Pour certains membres du camp, l'échec de cet objectif militaire fut l'épreuve finale de leur foi. Déçus et en colère, certains se rebellèrent ouvertement. À la suite de cela, le prophète les avertit que le Seigneur enverrait sur eux un fléau dévastateur. Bientôt une épidémie catastrophique de choléra se répandit dans le camp. Avant qu'elle ne prit fin, le tiers des membres du camp étaient atteints, Joseph Smith y compris, et par la suite, 14 membres du camp moururent. Le 2 juillet, Joseph avertit de nouveau le camp qu'il devait s'humilier devant le Seigneur et faire alliance de garder ses commandements et dit que s'il le faisait, le fléau serait jugulé à partir de ce moment-là. L'alliance fut contractée à main levée, et le fléau prit fin.
Au début de juillet, les membres du camp reçurent du prophète leur relève honorable. Le voyage avait révélé qui était du côté du Seigneur et qui était digne de remplir des postes de direction. Le prophète expliqua plus tard le résultat de la marche : « Dieu ne voulait pas que vous combattiez. Il ne pouvait pas organiser son royaume avec douze hommes pour ouvrir la porte de l'Évangile aux nations de la terre et avec soixante-dix hommes sous leur direction pour suivre leurs traces, s'il ne les prenait dans un groupe d'hommes qui avaient offert leur vie et avaient fait un sacrifice aussi grand qu'Abraham » (Joseph Young Sr, History of the Organization of the Seventies, 1878, p. 14).
Wilford Woodruff, membre du camp qui devint plus tard quatrième président de l'Église, dira : « Nous avons acquis une expérience que nous n'aurions jamais pu obtenir autrement. Nous avons eu la bénédiction de contempler le visage du prophète, et nous avons eu la bénédiction de faire seize cents kilomètres avec lui et de voir l'Esprit de Dieu agir sur lui, et les révélations que Jésus-Christ lui donnait et l'accomplissement de ces révélations » (Wilford Woodruff, Deseret News, 22 décembre 1869, p. 543).
En février 1835, cinq mois après la relève du camp, le collège des douze apôtres et le premier collège des soixante-dix furent organisés. Soixante-dix-neuf sur les quatre-vingt-deux postes remplis dans les deux collèges le furent par des hommes qui avaient fait leurs preuves dans la marche du camp de Sion.
À Kirtland, Joseph Smith continua à former les futurs dirigeants. Quatre futurs présidents de l'Église : Brigham Young, John Taylor, Wilford Woodruff et Lorenzo Snow furent baptisés pendant les années à Kirtland et dirigèrent plus tard et successivement l'Église jusqu'en 1901. En outre, les trois présidents suivants : Joseph F. Smith, Heber J. Grant et George Albert Smith, dont les ministères durèrent jusqu'en 1951, étaient des descendants directs des solides pionniers de Kirtland.
Tandis que les saints vivaient à Kirtland, beaucoup de missionnaires furent appelés à prêcher l'Évangile loin de chez eux, la plupart d'entre eux au prix de grands sacrifices personnels. Les missionnaires furent envoyés dans un certain nombre d'États américains, dans certains endroits du Canada et en Angleterre. Grâce à ces travaux missionnaires, beaucoup de personnes reçurent le témoignage de la véracité de l'Évangile. Elles devinrent de vaillants saints des derniers jours qui apportèrent une grande force à la jeune Église.
Un certain nombre de révélations écrites à Kirtland contiennent le commandement donné à des membres de l’Église de prêcher l'Évangile au monde. Le Seigneur y déclare : « Et vous irez, dans le pouvoir de mon Esprit, prêchant mon Évangile, deux par deux, en mon nom, élevant la voix comme avec le son d'une trompette, proclamant ma parole, comme des anges de Dieu » (D&A 42:6). Pendant l'année qui suivit, le Seigneur commanda : « Il convient que quiconque a été averti mette son prochain en garde » (D&A 88:81).
Zera Pulsipher, converti d'Ohio, fut l'un de ceux qui diffusèrent avec enthousiasme le message du rétablissement. Il devint membre de l'Église en janvier 1832 et écrivit que peu de temps après il fut ordonné à l'office d'ancien et alla « prêcher avec un succès considérable au pays et à l'étranger » (« Zera Pulsipher Record Book, 1858-1878 », p. 5, Archives de l'Eglise). Avec Elijah Cheney, autre missionnaire, il se rendit à la petite localité de Richland (New York) où ils se mirent à prêcher dans l'école locale. L'un des premiers convertis baptisé par Zera Pulsipher à Richland fut un jeune fermier appelé Wilford Woodruff, qui allait devenir un jour l'un des meilleurs missionnaires de l'histoire de l'Église et son quatrième président. En un mois, les deux missionnaires avaient baptisé un bon nombre de personnes et organisé une branche de l'Église à Richland.
Des missionnaires venus de tous les horizons se présentèrent pour répondre à l'appel de mettre leur prochain en garde. Beaucoup étaient mariés et avaient des responsabilités familiales. Ils partirent au milieu des moissons comme au cœur de l'hiver, pendant les périodes de prospérité comme au cours de dépressions économiques. Un certain nombre d'anciens étaient presque démunis de tout lorsqu'ils entrèrent dans le champ de la mission. Le prophète lui-même parcourut près de vingt-cinq mille kilomètres pour faire quatorze missions à court terme de 1831 à 1838 dans différents États des États-Unis et au Canada.
Lorsqu'il reçut son appel à partir dans l'est des États-Unis, George A. Smith, cousin du prophète, était si pauvre qu'il n’avait pas les vêtements et les livres dont il avait besoin ni le moyen de les acheter. Par conséquent, le prophète Joseph et son frère Hyrum lui donnèrent du tissu gris, et Eliza Brown lui fit un manteau, un veston et un pantalon. Brigham Young lui donna une paire de chaussures, son père lui donna une Bible de poche, et le prophète lui fournit un exemplaire du Livre de Mormon.
Erastus Snow et John E. Page étaient également pauvres quand ils partirent, au printemps 1836, pour le champ de la mission. Erastus Snow décrit comme suit sa situation à l'époque de son départ en mission dans l'ouest de la Pennsylvanie : « Je quittai Kirtland à pied et seul avec une petite valise contenant quelques ouvrages de l'Église et une paire de chaussettes ; j'avais cinq cents en poche, et c'était là tout ce que j'avais en ce bas monde ». John E. Page dit au prophète qu'il ne pouvait accepter l'appel à prêcher parce qu'il n'avait pas de vêtements. Il n'avait même pas de veston à se mettre. La réaction du prophète fut d'enlever le sien et de le lui donner. Il lui dit d'aller en mission et lui dit que le Seigneur le bénirait abondamment (« History of John E. Page », Deseret News, 16 juin 1858, p. 69). Au cours de sa mission, John E. Page eut la bénédiction de faire connaître l'Évangile à des centaines de personnes, qui devinrent membres de l'Église.
En 1835, les membres du collège des douze apôtres furent appelés en mission dans l'est des États-Unis et au Canada. Ce fut la seule fois dans l'histoire de l'Église que les douze membres du Collège partirent en mission en même temps. Quand ils revinrent, Heber C. Kimball témoigna qu'ils avaient ressenti la puissance de Dieu et qu'ils avaient pu guérir les malades et chasser les démons.
Vers la fin de la période de Kirtland, il se produisit une crise au sein de l'Église. Certains membres, parmi lesquels des dirigeants, apostasièrent parce qu'ils ne pouvaient pas supporter les épreuves et les persécutions et parce qu'ils avaient commencé à critiquer le prophète Joseph et d'autres dirigeants de l'Église. Le Seigneur révéla à Joseph Smith qu'il fallait faire quelque chose de nouveau pour le salut de l'Église. Ce quelque chose était un apport de convertis venus d'Angleterre. Le dimanche 4 juin 1837, le prophète aborda Heber C. Kimball au temple de Kirtland et lui dit : « Frère Heber, l'Esprit du Seigneur m'a chuchoté : ‘ Que mon serviteur Heber aille en Angleterre proclamer mon Évangile et ouvre la porte du salut à ce pays ’ » (Orson F. Whitney, Life of Heber C. Kimball, 3e edition, 1945, p. 104).
Pendant que Heber C. Kimball était mis à part pour sa mission, Orson Hyde entra dans la pièce. Quand il apprit ce qui se passait, il fut poussé à se repentir, car il avait été l'un de ceux qui avaient critiqué le prophète. Il se proposa comme missionnaire et fut également mis à part pour aller en Angleterre.
Heber C. Kimball était tellement désireux de prêcher l'Évangile en terre étrangère que lorsque le bateau approcha du quai à Liverpool, il sauta à terre avant que le bateau ne fût amarré, en proclamant qu'il était le premier à atteindre un pays d'outremer avec le message du rétablissement. Le 23 juillet, les missionnaires prêchaient à des salles combles, et les premiers baptêmes eurent lieu le 30 juillet. Les candidats au baptême coururent jusqu'à la rivière Ribble, à Preston. George D. Watt, arrivé le premier, eut l'honneur d'être le premier à être baptisé en Grande-Bretagne.
En huit mois, des centaines de convertis étaient devenus membres de l'Église et de nombreuses branches avaient été organisées. En réfléchissant à cette grande moisson d'âmes, Heber dira : « Le prophète et ses conseillers posèrent les mains sur moi et... dirent que Dieu me rendrait puissant à lui gagner des âmes dans ce pays ; des anges m'accompagneraient et me soutiendraient afin que mon pied ne glisse pas, que je serais grandement béni et serais une source de salut pour des milliers de personnes » (Orson F. Whitney, Life of Heber C. Kimball, p. 105).
Grâce au fait que beaucoup d'entre les premiers missionnaires acceptèrent docilement un appel en mission en dépit des sacrifices que cela leur coûtait, des milliers de convertis britanniques reçurent les bénédictions de l'Évangile rétabli. Ils se rassemblèrent en Sion et fortifièrent considérablement l'Église pour les périodes cruciales qui les attendaient.
Le 27 décembre 1832, les saints apprirent pour la première fois que le Seigneur leur commandait de construire un temple (voir D&A 88:119). La construction du temple devint la priorité absolue de l'Église de Kirtland entre 1833 et 1836. Ce fut là une source de grandes difficultés pour les saints qui n'avaient ni les ouvriers ni l'argent nécessaires. Eliza R. Snow écrira : « À l'époque... les saints étaient peu nombreux, et la plupart d'entre eux étaient très pauvres ; et sans l'assurance que Dieu avait parlé et avait commandé que l'on construise une maison à son nom, dont il avait révélé non seulement la forme mais précisé aussi les dimensions, toute tentative de construire ce temple dans la situation du moment aurait été considérée par tous les intéressés comme ridicule » (Eliza R. Snow : An Immortal, 1957, p. 54).
Ayant la foi que Dieu apporterait l'aide nécessaire et leur donnerait les moyens de construire cet édifice, Joseph Smith et les saints commencèrent à faire les sacrifices nécessaires. L'un de ceux que le Seigneur prépara à fournir le moyen de construire le temple fut John Taylor. John, converti récent, originaire de Bolton (New York), reçut, en décembre 1834, le sentiment dans un songe ou une vision nocturne, qu'on avait besoin de lui et qu'il devait se rendre immédiatement auprès de l'Église dans l'Ouest.
« À son arrivée à Kirtland, il apprit qu'au moment où il avait éprouvé le sentiment qu'il devait rejoindre immédiatement l'Église, le prophète Joseph et quelques-uns des frères avaient tenu une réunion de prière et demandé au Seigneur de leur envoyer un ou plusieurs frères ayant les moyens de les aider à lever l'hypothèque sur la ferme sur laquelle la construction du temple avait lieu.
« Le lendemain de son arrivée à Kirtland... on lui apprit que la ferme hypothéquée était sur le point d'être saisie. Là-dessus, il prêta au prophète deux mille dollars en échange d'une reconnaissance de dette à intérêts, montant grâce auquel la ferme fut payée » (« Sketch of an Elder's Life », Scraps of Biography, 1883, p. 12).
Les travaux remarquables consentis par les saints de Kirtland sont des exemples de sacrifice et de consécration de temps, de talents et de moyens. Ils travaillèrent trois ans au bâtiment. Les hommes apportèrent leurs compétences et leur énergie dans la construction, et les femmes filèrent et tricotèrent pour vêtir les travailleurs. Plus tard, elles firent les tentures qui divisaient les salles. Les travaux furent rendus plus difficiles par les menaces proférées par les émeutiers de détruire le temple, et ceux qui travaillaient le jour, gardaient le temple la nuit. Mais grâce aux immenses sacrifices des saints en temps et en ressources, le temple fut finalement achevé au printemps 1836.
Le temple achevé, le Seigneur déversa de grandes bénédictions spirituelles sur les saints de Kirtland, entre autres des visions et le ministère d'anges. Joseph Smith dit de cette période : « Ce fut une année de jubilé pour nous et une période de réjouissances » (History of the Church, 2:430). Daniel Tyler témoigna : « Tous avaient le sentiment d'avoir eu un avant-goût du ciel... Nous nous demandâmes si le millénium n'avait pas commencé » (Daniel Tyler, « Incidents of Experience », Scraps of Biography, p. 32).
Le point culminant de ce déversement de l'Esprit fut la consécration du temple. Une foule estimée à mille personnes se rassembla au temple le 27 mars 1836, dans une ambiance de réjouissances. Des cantiques de consécration furent chantés, entre autres « L'Esprit du Dieu saint », écrit pour l'occasion par William W. Phelps. La Sainte-Cène fut bénie et distribuée, et des sermons furent prononcés par Sidney Rigdon, Joseph Smith et d'autres.
Joseph Smith lut la prière de consécration, qui est maintenant la section 109 de Doctrine et Alliances et qui lui fut donnée par révélation. Il y supplia le Seigneur de bénir le peuple comme il l'avait fait le jour de la Pentecôte : « Et que ta maison soit remplie de ta gloire comme d'un vent puissant et impétueux » (D&A 109:37). Beaucoup écrivirent que cette prière fut exaucée ce soir-là quand le prophète se réunit au temple avec les membres des collèges de la prêtrise.
Eliza R. Snow écrivit : « On peut raconter les cérémonies de cette consécration, mais aucune langue mortelle ne peut décrire les manifestations célestes de ce jour mémorable. Des anges apparurent à certains, tandis que toutes les personnes présentes étaient conscientes de la présence divine et que chacun était rempli d'une joie inexprimable et pleine de gloire » (Eliza R. Snow, cité dans Tullidge, Women of Mormondom, p. 95). Après la prière de consécration, l'assemblée tout entière se leva et, les mains levées, cria des hosannas.
Une semaine plus tard, le 3 avril 1836, se produisaient quelques-uns des événements les plus importants de l'histoire moderne. Ce jour-là, le Seigneur lui-même apparut dans le temple à Joseph Smith et à Oliver Cowdery et leur dit : « Voici, j'ai accepté cette maison, et mon nom sera ici ; et je me manifesterai avec miséricorde à mon peuple dans cette maison » (D&A 110:7). D'autres visions grandes et glorieuses se produisirent : l'apparition de Moïse, d'Élias et d'Élie pour rétablir d'autres clefs de la prêtrise. Moïse conféra les clefs du rassemblement d'Israël. Élias remit à Joseph et à Oliver la dispensation de l'Évangile d'Abraham, et Élie rétablit les clefs du scellement (voir D&A 110:11-16). Toutes ces clefs supplémentaires étaient nécessaires pour la progression du royaume du Seigneur dans la dispensation actuelle, la dernière du temps.
Les bénédictions complètes de la prêtrise que l'on donne dans le temple ne furent pas révélées ni données pendant la période de Kirtland. Ces bénédictions furent révélées plusieurs années plus tard à l'Église par l'intermédiaire du prophète Joseph, pendant la construction du temple de Nauvoo.
La construction du temple apporta beaucoup de bénédictions, mais en 1837 et en 1838, les saints fidèles affrontèrent les problèmes causés par l'apostasie et la persécution qui hâtèrent la fin de l'ère de l'Église à Kirtland.
Les États-Unis connaissaient une dépression financière, et l'Église en ressentit les effets. Certains membres de l’Église se laissèrent aller à des spéculations financières et s'endettèrent, et ne survécurent pas spirituellement à une période sombre d'effondrement économique, entre autres l'effondrement de la Kirtland Safety Society. Cette institution bancaire avait été créée par des membres de l'Église à Kirtland, et certains membres imputèrent injustement à Joseph Smith la responsabilité des problèmes qui en découlèrent.
Les habitants de la localité et des membres aigris de l’Église qui avaient été excommuniés ou avaient apostasié organisèrent des persécutions systématiques et des émeutes violentes.
Comme les actes de violence contre les saints augmentaient, ils cessèrent d'être en sécurité à Kirtland. Le prophète, dont la vie courait de graves dangers, s'enfuit en janvier 1838 de Kirtland pour Far West, au Missouri. Au cours de l'année 1838, la plupart des saints fidèles furent également forcés de partir. Ils laissaient derrière eux, dans le temple construit à Dieu, un monument de foi, de dévouement et de sacrifice. Dans l'exemple de leur vie, ils laissaient aussi un patrimoine permanent d'obéissance fidèle aux dirigeants, aux oints du Seigneur et de sacrifices personnels pour l’œuvre du Seigneur.
4. Installation de Sion au Missouri (1831-1839)
Au moment où tous les saints s'efforçaient d'édifier le royaume de Dieu à Kirtland, beaucoup de membres de l'Église connaissaient de grandes épreuves au comté de Jackson.
Quand on les y avait appelés, les saints qui habitaient à Colesville (New York) n'avaient pas hésité à partir de chez eux pour se rassembler à Kirtland (voir chapitre précédent). Arrivés en Ohio à la mi-mai 1831, ils constatèrent que les terres qui leur avaient été réservées n'étaient pas disponibles. Joseph Smith invoqua le Seigneur pour lui exposer leur détresse. Il venait de recevoir une révélation qui lui commandait, à lui, à Sidney Rigdon et à 28 autres anciens d'aller faire une mission au Missouri, et le Seigneur commanda que les saints de Colesville se rendent aussi « vers le pays de Missouri » (D&A 54:8). C'était le premier groupe de saints à s'installer dans le pays qui allait prendre le nom de Sion.
Newel Knight, président de la branche de Colesville, rassembla immédiatement son peuple. Emily Coburn raconte : « Nous étions véritablement un groupe de pèlerins partis à la recherche d'un pays meilleur » (Emily M. Austin, Mormonism, or Life Among the Mormons, 1882, p. 63). À Wellsville (Ohio), ils montèrent à bord d'un bateau à vapeur et, via les fleuves Ohio, Mississippi et Missouri, voyagèrent jusqu'au comté de Jackson (Missouri). Le capitaine du vapeur dit qu'ils furent « les émigrants les plus paisibles et les plus calmes qu'ils eussent jamais transportés dans l'Ouest ; ‘ pas de grossièreté, pas de vilains mots, pas de jeu d'argent, pas de boisson ’ » (Emily M. Austin, Mormonism, p. 64).
Par voie de terre, le prophète et d'autres dirigeants de l'Église précédèrent les saints de Colesville pour prendre les dispositions nécessaires pour les installer dans le comté de Jackson.
Le groupe du prophète arriva le 14 juillet 1831 à Independence. Après avoir contemplé la région et avoir prié pour être dirigé par Dieu, le prophète dit : « Le Seigneur s'est manifesté à moi et nous a désigné, à moi-même et à d'autres, l'endroit même où il voulait commencer l’œuvre du rassemblement et l'édification d'une ville sainte qui serait appelée Sion » (Joseph Smith, Latter Day Saints' Messenger and Advocate, septembre 1835, p. 179).
Cette révélation spécifiait que le Missouri était le lieu voulu par le Seigneur pour le rassemblement des saints et que « l'endroit que l'on appelle maintenant Independence en est le centre ; et un lieu pour le temple se trouve à l'ouest sur une parcelle qui se trouve non loin du tribunal » (D&A 57:3). Les saints devaient acheter toutes les terres situées à l'ouest de la ville jusqu'à la frontière entre l'État du Missouri et le territoire indien (voir D&A 57:1-5).
Joseph Smith et l'évêque Partridge achetèrent des terres pour la branche de Colesville dans la commune de Kaw, à vingt kilomètres à l'ouest d'Independence. Le 2 août 1831, après l'arrivée des membres de la branche, on organisa une cérémonie empreinte de symbolisme. Douze hommes, représentant les douze tribus d'Israël, transportèrent un tronc de chêne fraîchement coupé et le placèrent en travers d'une pierre posée par Oliver Cowdery, posant ainsi les fondements symboliques de l'installation de Sion. À l’occasion de cet humble début, les saints construisirent un bâtiment qui fut utilisé comme église et comme école (Larry C. Porter, « The Colesville Branch in Kaw Township, Jackson County, Missouri, 1831 to 1833 », Regional Studies in Latter-day Saint Church History : Missouri, Arnold K. Garr et Clark V. Johnson, éditeurs, 1994, pp. 286-87).
Le lendemain, un certain nombre de frères se rassemblèrent en un lieu élevé à huit cents mètres du tribunal d'Independence. Joseph Smith posa la pierre angulaire du temple envisagé et le consacra au nom du Seigneur. L'élément central du pays de Sion devait être la maison du Seigneur (History of the Church, 1:199). .
Le prophète retourna à Kirtland, et les saints du comté de Jackson commencèrent à recevoir des lopins de terre de l'évêque Edward Partridge. Ils étaient très pauvres et n'avaient même pas de tentes pour se protéger des éléments pendant qu'ils construisaient leurs cabanes. Ils étaient presque entièrement démunis d'instruments aratoires et il fallut envoyer des attelages jusqu'à Saint-Louis, situé à près de trois cent cinquante kilomètres à l'est, pour se les procurer. Une fois que les saints furent équipés, ils commencèrent à labourer pour semer.
Fortement impressionnée par ce qu'elle voyait, Emily Coburn raconta : « C'était vraiment un étrange spectacle que de voir quatre ou cinq attelages de bœufs retourner la terre fertile. La construction de clôtures et les autres travaux se succédèrent rapidement. Des cabanes furent construites et aménagées pour les familles aussi vite que le temps, l'argent et la main-d’œuvre le permettaient » (Emily M. Austin, Mormonism, p. 67).
En dépit de l'inconfort de la
frontière, les saints de Colesville restaient joyeux et
heureux. Parley P. Pratt, qui s'était installé avec
eux, dit : « Nous connûmes beaucoup de moments
heureux dans nos réunions de prière et autres, et
l'Esprit du Seigneur se déversa sur nous, même sur les
petits enfants, de sorte que beaucoup d'enfants de huit, dix ou douze
ans parlaient, priaient et prophétisaient à nos
réunions et dans notre culte familial. Il y avait un esprit de
paix et d'union, d'amour et de bonne volonté, qui se
manifestait dans cette petite Église du désert, dont le
souvenir sera toujours très cher à mon cœur »
(Autobiography of
Parley P. Pratt,
Parley P. Pratt Jr, éditeur, 1938, p. 72).
En avril 1832, les saints eurent la bénédiction d'avoir une deuxième visite du prophète et de Sidney Rigdon. Ces dirigeants venaient de connaître une expérience très douloureuse à la ferme de John Johnson, à Hiram (Ohio), où ils avaient travaillé à la traduction de la Bible. Les ennemis de l'Église s'étaient rassemblés et avaient traîné Joseph Smith hors de chez lui pendant la nuit. Ils l'avaient étouffé, lui avaient arraché ses vêtements et lui avaient enduit le corps de goudron et de plumes. Sidney Rigdon avait été traîné par les chevilles sur une terre gelée et rugueuse, et il en avait eu la tête gravement lacérée.
À présent, ils étaient en sécurité auprès de leurs amis. Joseph affirma qu'il eut un accueil que ne connaissent que des frères et des sœurs totalement unis par la même foi et par le même baptême et soutenus par le même Seigneur. Il ajouta : « La branche de Colesville, en particulier, se réjouit comme les saints d'autrefois quand ils recevaient Paul. C'est bon de se réjouir avec le peuple de Dieu » (History of the Church, 1:269).
Conformément au commandement du Seigneur, Edward Partridge, l'évêque, acheta des centaines d'hectares de terres dans le comté de Jackson pour les nombreux saints qui émigraient d'Ohio et d'ailleurs.
Les dirigeants créèrent d'abord pour ces membres les branches d'Independence, de Colesville, de Whitmer, de Big Blue et de Prairie. Dix branches au total avaient été créées dès la fin de 1833 (Far West Record, Donald Q. Cannon et Lyndon W. Cook, éditeurs, 1983, p. 65). Il y eut probablement plus de mille saints présents lorsque les branches regroupées se réunirent en avril 1833 à la Big Blue River pour fêter le troisième anniversaire de la fondation de l'Église. Newel Knight dit que ce rassemblement était la première commémoration de ce type en Sion et que les saints se réjouissaient tous. Il fit cependant également cette réflexion : « Quand les saints se réjouissent, le démon est furieux, et ses enfants et ses serviteurs s'imbibent de son esprit » (« Newel Knight's Journal », Scraps of Biography, 1883, p. 75).
Le mois d'avril n’était pas terminé que les persécutions commençaient. Dans un premier temps, les citoyens locaux avertirent les membres de l'Église qu'ils étaient mécontents de l'arrivée de tant de saints des derniers jours qui, craignaient-ils, n’allaient pas tarder à les écraser lors des élections. Les saints étaient essentiellement des États du Nord et, d'une manière générale, opposés à l'esclavage des Noirs, qui était à ce moment-là légal dans l'État du Missouri. Le fait que les saints croyaient au Livre de Mormon, qu'ils affirmaient que le comté de Jackson serait un jour leur Sion et qu'ils étaient dirigés par un prophète dérangeait beaucoup. De plus, l'accusation qu'ils avaient des contacts avec les Indiens provoquait les soupçons des citoyens locaux.
L'opposition fit passer une circulaire, parfois appelée la constitution secrète, pour obtenir la signature de ceux qui étaient disposés à éliminer le « fléau mormon ». Cette animosité atteignit son apogée le 20 juillet 1833, lorsque quatre cents émeutiers se réunirent au tribunal d'Independence pour coordonner leurs actions. Des exigences écrites furent présentées aux dirigeants de l'Église pour le départ des saints du comté de Jackson, pour qu'ils cessent d'imprimer leur journal, The Evening and the Morning Star, et ne permettent plus à aucun membre de l'Église d'entrer dans le comté de Jackson. Quand les émeutiers apprirent que les dirigeants de l'Église ne voulaient pas se soumettre à ces exigences illégales, ils attaquèrent le bureau du journal, qui était aussi la maison du rédacteur en chef, William W. Phelps. Les assaillants volèrent la presse et démolirent le bâtiment.
L'ouvrage le plus important en cours d'impression était le Livre des commandements, première compilation des révélations reçues par Joseph Smith, le prophète. Quand les émeutiers attaquèrent le bâtiment, ils jetèrent les pages non reliées du livre dans la rue. Voyant cela, deux jeunes saintes des derniers jours, Mary Elizabeth Rollins et sa sœur, Caroline, sauvèrent ce qu'elles purent au péril de leur vie. Mary Elizabeth raconte :
« Les émeutiers sortirent avec de grandes feuilles de papier et dirent : ‘ Voilà les commandements mormons ’. Ma sœur Caroline et moi, nous nous trouvions au coin d'une clôture, à les regarder ; quand ils parlèrent des commandements, je résolus d'en récupérer quelques-uns. Ma sœur dit que si j'allais en chercher, elle irait aussi mais ajouta : ‘Ils vont nous tuer ’ ». Pendant que les émeutiers étaient occupés à une extrémité de la maison, les deux fillettes coururent et se remplirent les bras des précieuses feuilles. Les émeutiers les virent et leur ordonnèrent de s'arrêter. Mais, raconte Elizabeth : « Nous courûmes le plus vite possible. Deux d'entre eux se mirent à notre poursuite. Voyant un trou dans une clôture, nous nous glissâmes dans un grand champ de maïs, déposâmes les papiers sur le sol et nous couchâmes dessus pour les cacher. Le maïs avait un mètre cinquante à un mètre quatre-vingt de haut et était très épais : ils nous cherchèrent partout et arrivèrent tout près de nous mais ne nous trouvèrent pas ».
Lorsque les vandales furent partis, les fillettes se glissèrent jusqu'à une vieille grange de rondins. Elles y trouvèrent, comme le raconte Mary Elizabeth, sœur Phelps et les enfants, occupés à apporter des broussailles et à les entasser d'un côté de la grange pour y mettre leurs lits. Elle poursuit : « Elle me demanda ce que j'avais ; je le lui dis. Elle me prit alors les feuilles. On les relia et on en fit de petits livres, et plus tard on m'en offrit un que je conservai avec grand soin » (Mary Elizabeth Rollins Lightner, Utah Genealogical and Historical Magazine, juillet 1926, p. 196).
Les émeutiers s'emparèrent ensuite d'Edward Partridge, l'évêque, et de Charles Allen. On les emmena sur la place publique d'Independence et on leur commanda de renier le Livre de Mormon et de quitter le comté. L'évêque Partridge dit : « Je leur dis que les saints avaient subi des persécutions à toutes les époques du monde, que je n'avais rien fait pour offenser qui que ce fût, que s'ils me maltraitaient, ils maltraiteraient un innocent; que j'étais disposé à souffrir pour l'amour du Christ, mais que pour ce qui était de quitter le pays, je n'étais pas à ce moment-là disposé à y consentir ».
Sur ce refus, les deux hommes furent dépouillés de leurs vêtements extérieurs et on leur recouvrit le corps de goudron et de plumes. Edward Partridge raconte : « Je supportai mes mauvais traitements avec tant de résignation et d'humilité que cela parut stupéfier la multitude, qui me permit, en silence, de me retirer, beaucoup ayant un air très solennel, leur sympathie ayant été, pensais-je, touchée. Quant à moi, j'étais à ce point rempli de l'Esprit et de l'amour de Dieu que je n'avais pas de haine vis-à-vis de mes persécuteurs ni de personne d'autre » (History of the Church, 1:391).
Les émeutiers revinrent le 23 juillet, et les dirigeants de l'Église se proposèrent comme rançon s'ils ne faisaient pas de mal au peuple. Mais les émeutiers menacèrent de s'attaquer à l'Église entière et obligèrent les frères à convenir que tous les saints des derniers jours quitteraient le comté. Étant donné que le comportement des émeutiers était illégal, contraire à la Constitution des États-Unis et à celle de l'État du Missouri, les dirigeants de l'Église demandèrent l'aide de Daniel Dunklin, gouverneur de l'État. Il les informa de leurs droits de citoyens et invita les saints à avoir recours à un avocat. Alexander W. Doniphan et d'autres furent engagés pour représenter les membres de l'Église, mesure qui ne fit que rendre les émeutiers plus furieux.
Les saints des derniers jours essayèrent tout d'abord d'éviter l'affrontement direct ; mais comme ils se faisaient rouer de coups et que l'on détruisait les biens, cela finit par une bataille près de la Big Blue River. Deux émeutiers et un saint des derniers jours, Andrew Barber, furent tués. Philo Dibble fut touché à trois reprises à l'estomac. Newel Knight fut appelé à lui faire l'imposition des mains. Philo Dibble raconte :
« Newel Knight vint me voir et s'assit à mon chevet... Je sentis l'Esprit reposer sur moi au sommet de ma tête avant que sa main ne me touche, et je sus immédiatement que j'allais être guéri... Je me levai immédiatement et vomis trois litres de sang ou davantage avec des morceaux de vêtements qui avaient été introduits dans mon corps par les balles. Ensuite je m'habillai et sortis... À partir de ce moment-là, je ne perdis plus une seule goutte de sang, et dès lors, mes blessures ne me causèrent plus la plus moindre souffrance ni le moindre inconfort, si ce n’est que je me sentais un peu affaibli par la perte de sang » (« Philo Dibble's Narrative », Early Scenes in Church History, 1882, pp. 84-85).
Le gouverneur Dunklin intercéda et commanda au colonel Thomas Pitcher de désarmer les deux partis. Mais la sympathie du colonel Pitcher allait aux émeutiers, et il prit leurs armes aux saints et les livra aux émeutiers. Les saints sans défense furent attaqués et leurs maisons détruites. Les hommes durent chercher refuge dans les bois et certains se firent rouer de coups. Finalement les dirigeants de l'Église invitèrent le peuple à prendre ses affaires et à fuir le comté de Jackson.
À la fin de 1833, la majorité des saints traversèrent le fleuve Missouri et se dirigèrent vers le nord et le comté de Clay, où ils trouvèrent un refuge temporaire décrit comme suit par Parley P. Pratt :
« Le rivage commençait à se couvrir des deux côtés du bac d'hommes, de femmes et d'enfants, d'effets, de chariots, de boîtes, de provisions, etc., et le bac était constamment à l’œuvre ; et quand la nuit se referma de nouveau sur nous, les bords du fleuve, avec leurs peupliers de Virginie, ressemblaient à une assemblée religieuse de plein air. Dans toutes les directions, on voyait des centaines de personnes, certaines dans des tentes, d'autres à l’air libre, autour de leur feu, tandis que la pluie tombait à torrents. Des maris demandaient leurs femmes, des femmes leurs maris, des parents leurs enfants et des enfants leurs parents. Certains avaient eu la bonne fortune de s'échapper avec leurs familles, leurs affaires et leurs provisions ; tandis que d'autres ne connaissaient pas le sort de leurs amis et avaient perdu tous leurs biens. La scène... aurait... attendri le cœur de n'importe qui sur terre, sauf nos oppresseurs aveugles et une collectivité aveugle et ignorante » (Autobiography of Parley P. Pratt, p. 102).
La possibilité d'édifier Sion et un temple à leur Dieu dans le comté de Jackson était ainsi temporairement arrachée aux saints. Quelque 1200 membres de l'Église faisaient maintenant le nécessaire pour survivre à un hiver inhospitalier près du fleuve dans le comté de Clay.
Certains s'abritèrent dans les caisses de chariot, sous des tentes ou des abris creusés au flanc des collines, tandis que d'autres occupaient des cabanes abandonnées. Newel Knight passa l'hiver dans une hutte indienne.
L'un des premiers bâtiments construits par les saints dans le comté de Clay fut une petite église de rondins pour y adorer. Ils « n’oublièrent pas de rendre grâces au Dieu Tout-puissant de les avoir délivrés des mains de leurs ennemis et de demander sa protection pour l'avenir, d'adoucir le cœur des gens auprès de qui ils s'étaient enfuis, afin de trouver parmi eux de quoi subvenir à leurs besoins » (« Newel Knight's Journal », Scraps of Biography, p. 85).
Comme décrit au chapitre précédent, le Seigneur avait commandé à Joseph Smith de rassembler un groupe d'hommes qui devaient aller de Kirtland au Missouri pour aider les saints qui avaient été chassés de leurs terres du comté de Jackson. Quand le camp de Sion arriva, vers la fin juin 1834, dans l'est du comté de Clay, plus de trois cents émeutiers missouriens allèrent à sa rencontre, décidés à le détruire. Sous la direction de Joseph Smith, les frères dressèrent le camp sur le confluent des Little et Big Fishing Rivers.
Les émeutiers lancèrent leur attaque à coups de canon, mais le Seigneur combattait pour les saints. Des nuages se formèrent rapidement dans le ciel. Le prophète écrit : « Il se mit à pleuvoir et à grêler... L'orage fut formidable ; le vent et la pluie, la grêle et le tonnerre s'abattirent sur eux avec une grande fureur, ne tardèrent pas à ramollir leur sinistre courage et contrarièrent tout leur dessein de ‘ tuer Joe Smith et son armée ’... Ils se glissèrent en dessous des chariots, dans des arbres creux, se serrèrent dans une vieille baraque, etc., jusqu'à ce que l'orage fût terminé, et à ce moment-là leurs munitions étaient détrempées ». Après avoir subi toute la nuit le martèlement de l'orage, « la troupe aux espoirs déçus prit le chemin du retour vers Independence, pour rejoindre le gros des émeutiers, bien convaincue... que quand Jéhovah combat, il vaut mieux être ailleurs... On aurait dit que l'ordre de contre-attaquer avait été lancé par le Dieu des armées pour empêcher que ses serviteurs ne fussent détruits par leurs ennemis » (Andrew Jenson, The Historical Record, 1888, 7:586).
Quand il s'avéra qu'une armée d'émeutiers attendait les saints et que le gouverneur Dunklin ne tiendrait pas sa promesse de les aider, le prophète pria le Seigneur pour obtenir ses instructions. Le Seigneur lui dit que le moment n'était pas favorable pour racheter Sion. Les saints avaient beaucoup à faire pour préparer leur vie personnelle pour l'édification de Sion. Beaucoup d'entre eux n'avaient pas encore appris à obéir à ce que le Seigneur exigeait : « Sion ne peut être édifiée que sur les principes de la loi du royaume céleste ; autrement je ne puis la recevoir en moi. Et il faut que mon peuple soit châtié jusqu'à ce qu'il apprenne l'obéissance, s'il le faut, par les choses qu'il endure » (D&A 105:5-6).
Le Seigneur ajouta que le camp de Sion ne devait pas poursuivre son objectif militaire : « En conséquence des transgressions de mon peuple, il m’est opportun que mes anciens attendent encore un peu la rédemption de Sion, afin qu'ils soient eux-mêmes préparés, que mon peuple soit instruit plus parfaitement » (D&A 105:9-10). Les frères du camp de Sion reçurent leur relève honorable, et le prophète retourna à Kirtland.
La plupart des saints du Missouri restèrent dans le comté de Clay jusqu'en 1836 ; à ce moment-là, les citoyens du comté leur rappelèrent qu'ils avaient promis de ne rester que jusqu'à ce qu'ils puissent retourner dans le comté de Jackson. Comme cela semblait maintenant impossible, on leur demandait de partir comme promis. Légalement les saints n'étaient pas obligés d'obéir, mais plutôt que de susciter un conflit, ils déménagèrent de nouveau. Grâce à l’action d'Alexander W. Doniphan, l'ami qu'ils avaient au gouvernement de l'État, deux nouveaux comtés, appelés Caldwell et Daviess, furent créés en décembre 1836 à partir du comté de Ray. Les saints furent autorisés à créer leur propre ville, Far West, à environ cent kilomètres du comté de Clay, pour en faire le siège du comté de Caldwell. Les principaux officiers du comté étaient saints des derniers jours, et beaucoup de personnes espéraient que cela mettrait fin aux persécutions contre les saints.
Après un voyage difficile depuis Kirtland, Joseph Smith arriva à Far West en mars 1838 et y installa le siège de l'Église. En mai, il se rendit au comté de Daviess, situé plus au nord, et, pendant qu'il se trouvait près de la Grand River, il identifia prophétiquement la région comme étant la vallée d'Adam-ondi-Ahman, le « lieu où Adam viendra visiter son peuple » (D&A 116:1 ; voir aussi D&A 107:53-57 ; History of the Church, 3:34-35). Adam-ondi-Ahman devint la principale localité des saints du comté de Daviess. Les pierres angulaires d'un temple furent consacrées le 4 juillet 1838 à Far West, et les saints commencèrent à éprouver le sentiment qu'ils avaient enfin un répit de leurs ennemis.
Mais les persécutions recommencèrent bientôt. Le 6 août 1838, une centaine d'émeutiers, lors des élections de Gallatin (comté de Daviess) interdirent aux saints de voter. Cela donna lieu à une rixe au cours de laquelle plusieurs personnes furent blessées. Les désordres croissants entretenus par les émeutiers des comtés de Caldwell et de Daviess poussèrent Lilburn W. Boggs, gouverneur de l'État, à faire intervenir la milice afin de maintenir l'ordre.
Le capitaine Samuel W. Bogart, un des officiers de la milice, était en réalité étroitement lié aux émeutiers. Il décida de provoquer un conflit en kidnappant trois saints des derniers jours et en les retenant dans son camp sur la Crooked River, dans le nord-ouest du comté de Ray. Une compagnie de la milice des saints des derniers jours fut envoyée pour les délivrer et une violente bataille eut lieu le 25 octobre 1838. Le capitaine David W. Patten, un des douze apôtres, dirigeait la compagnie et fut parmi ceux qui furent mortellement blessés dans l'escarmouche. Phoebe Ann Patten, femme de David, Joseph Smith et son frère Hyrum et Heber C. Kimball vinrent de Far West pour être avec lui avant sa mort.
Heber dit à propos de David Patten : « Les principes de l'Évangile qui étaient pour lui si précieux lui fournirent le soutien et la consolation dont il avait besoin au moment de son départ, ce qui dépouillait la mort de son aiguillon et de son horreur ». Le mourant parla à ceux qui se trouvaient à son chevet de certains saints qui avaient abandonné leur fermeté pour tomber dans l'apostasie et s'exclama : ‘ Oh s'ils pouvaient être dans ma situation ! Car j'ai le sentiment d'avoir gardé la foi ’. « Il s'adressa ensuite à Phoebe Ann, disant : ‘ Quoi que tu fasses d'autre, oh ne renie pas la foi ’. « Juste avant de mourir, il fit une prière : ‘ Père, je te demande, au nom de Jésus-Christ, de libérer mon esprit et de me recevoir auprès de toi ‘. Puis, il supplia ceux qui l'entouraient : ‘ Mes frères, vous m'avez retenu par votre foi, mais abandonnez et laissez-moi partir, je vous en supplie ’ ». Heber poursuivit : « Nous le confiâmes par conséquent à Dieu, et il rendit bientôt le dernier soupir et s'endormit en Jésus sans un gémissement » (Orson F. Whitney, Life of Heber C. Kimball, 3e édition, 1945, pp. 213-14).
La compagnie du capitaine Bogart avait agi plus comme un groupe d'émeutiers que comme une milice d'État. Cela n'empêcha pas le gouverneur Lilburn W. Boggs d'utiliser la mort d'un membre de la milice, lors de la bataille de la Crooked River, ainsi que d'autres rapports, pour donner son « ordre d'extermination ». Ce décret, en date du 27 octobre 1838, disait entre autres : « Les mormons doivent être traités comme des ennemis et doivent, si nécessaire, être exterminés ou chassés de l'État, pour le bien public. Leurs outrages dépassent toute description » (Leland Homer Gentry, « A History of the Latter-day Saints in Northern Missouri from 1836 to 1839 », thèse de doctorat, université Brigham Young, 1965, p. 419). Un officier de la milice fut chargé d'exécuter l'ordre du gouverneur.
Le 30 octobre 1838, trois jours après la publication de l'ordre d'extermination, quelque deux cents hommes lancèrent une attaque surprise contre une petite communauté de saints à Haun's Mill, sur le Shoal Creek, dans le comté de Caldwell. Les assaillants invitèrent par traîtrise ceux qui souhaitaient se sauver à courir se réfugier dans la forge. Ils prirent alors position autour du bâtiment et tirèrent dessus jusqu'au moment où ils pensèrent que tous ceux qui étaient à l'intérieur étaient morts. D'autres furent abattus tandis qu'ils essayaient de fuir. En tout 17 hommes et garçons furent tués et 15 blessés.
Après le massacre, Amanda Smith se rendit à la forge où elle trouva son mari, Warren, et un de ses fils, Sardius, morts. Au milieu de ce carnage, elle trouva à son immense joie un autre de ses fils, le petit Alma, toujours vivant, quoique grièvement blessé. Sa hanche avait été arrachée par un coup de mousquet. Comme la plupart des hommes étaient morts ou blessés, Amanda s'agenouilla et supplia le Seigneur de l'aider.
« Ô mon Père céleste, m'écriai-je, que vais-je faire ? Tu vois mon pauvre garçon blessé et tu connais mon manque d'expérience. Ô Père céleste, montre-moi ce que je dois faire ». Elle dit qu'elle fut « guidée comme par une voix » à faire une bouillie avec les cendres et à nettoyer la blessure. Elle fit ensuite un cataplasme d'écorce d'orme et en remplit la blessure. Le lendemain, elle versa le contenu d'une bouteille de baume dans la blessure.
Elle dit à son fils :
« Alma, mon enfant... crois-tu que le Seigneur a fait ta hanche ?
« Oui, maman.
« Alors le Seigneur peut fabriquer quelque chose là à la place de ta hanche, ne crois-tu pas ?
« Tu penses que le Seigneur peut le faire, maman ? » demanda l'enfant.
« Oui, mon enfant, répondit-elle. Il m'a montré tout cela en vision ».
Elle le posa alors confortablement sur le ventre et dit : « Reste comme cela, et ne bouge pas, et le Seigneur te fera une nouvelle hanche ».
« Alma resta ainsi sur le ventre pendant cinq semaines, jusqu'à ce qu'il fût complètement guéri, un cartilage souple s'étant formé à la place de l'articulation disparue » (Amanda Barnes Smith, citée dans Edward W. Tullidge, Women of Mormondom, 1877, pp. 124, 128).
La tâche horrible de s'occuper de l'enterrement de leurs proches échut à Amanda et à d'autres. II ne restait qu'un petit nombre d'hommes valides, dont Joseph Young, frère de Brigham Young. Comme ils craignaient le retour des émeutiers, ils n'avaient pas le temps de creuser des tombes classiques. On jeta les corps dans un puits asséché transformé en charnier. Joseph Young aida à transporter le corps du petit Sardius mais déclara « qu'il ne pouvait pas jeter ce garçon dans cette horrible tombe ». Il avait joué avec ce « garçon intéressant » pendant le voyage au Missouri, et Joseph était « d’une nature si tendre » qu'il ne pourrait le faire. Amanda enveloppa Sardius dans un drap et le lendemain elle plaça avec Willard, un autre de ses fils, le corps dans le puits. On jeta par-dessus de la terre et de la paille pour couvrir l'atroce tableau (Amanda Barnes Smith, citée dans Tullidge, Women of Mormondom, p. 126).
À Adam-ondi-Ahman, Benjamin F. Johnson, âgé de vingt ans, se vit épargner le même traitement de la part d'un Missourien décidé à l'abattre. Il avait été arrêté et gardé à vue pendant huit jours, par un froid intense, devant un feu de camp. Pendant qu'il était assis sur un tronc, une « brute » s'approcha de lui, fusil en main, et dit : « Renonce immédiatement au mormonisme, sinon je te descends ». Benjamin refusa fermement, et là-dessus le bandit le mit en joue et pressa la détente. Le fusil s'enraya. L’homme lança une bordée d'injures et déclara qu'il « se servait du fusil depuis vingt ans et qu’il n'avait encore jamais eu de raté ». Il examina le chien du fusil, rechargea l'arme, visa et pressa de nouveau la détente... sans résultat.
Il recommença la même manœuvre et essaya une troisième fois, mais avec le même résultat. Un spectateur lui dit de « vérifier un peu son fusil » et qu'alors il pourrait « tuer la petite ordure ». Le candidat assassin se prépara, allant jusqu'à introduire un nouveau chargement. Mais, raconte Benjamin : « Cette fois, le fusil explosa et tua le misérable sur le coup ». On entendit un des Missouriens dire : « Il vaut mieux ne pas essayer de tuer cet homme-là » (E. Dale LeBaron, « Benjamin Franklin Johnson : Colonizer, Public Servant and Church Leader », mémoire de maîtrise, université Brigham Young, 1966, p. 42-43).
Peu après le massacre de Haun's Mill, Joseph Smith, le prophète, et d'autres dirigeants furent faits prisonniers par la milice de l'État. Une cour martiale eut lieu, et le prophète et ses amis furent condamnés à être fusillés, le lendemain matin, par un peloton d'exécution, sur la place publique de Far West. Mais Alexander W. Doniphan, général de la milice, refusa d'exécuter l'ordre, en qualifiant la décision de « meurtre de sang-froid ». Il avertit le général commandant la milice que s'il persistait dans sa volonté de tuer ces hommes, il l'en tiendrai pour responsable, avec l'aide de Dieu, devant un tribunal terrestre » (Leland Homer Gentry, « A History of the Latter-day Saints in Northern Missouri », p. 518).
Le prophète et les autres furent tout d'abord emmenés à Independence, puis envoyés à Richmond (comté de Ray), où ils furent mis en prison en attendant leur jugement. Parley P. Pratt était l'un de ceux qui accompagnaient le prophète. Il dit qu'un soir les gardes provoquaient les prisonniers en racontant leurs exploits de viol, de meurtre et de pillage parmi les saints des derniers jours. Il savait que le prophète était éveillé à côté de lui et écrit que Joseph se mit soudain debout et réprimanda les gardes avec puissance :
« SILENCE, démons du gouffre infernal ! Au nom de Jésus-Christ, je vous réprimande et je vous commande de vous taire. Je ne vivrai pas un instant de plus pour entendre pareil langage. Cessez ce genre de conversation ou bien vous ou moi mourrons À L'INSTANT ! '
« Il cessa de parler. Il se tenait droit avec une majesté terrible. Enchaîné et sans armes, calme, serein et digne comme un ange, il posait les yeux sur les gardes tremblants, qui baissèrent leurs armes ou les laissèrent tomber par terre, et qui, se blottissant dans un coin ou rampant à ses pieds, lui demandèrent pardon et restèrent silencieux jusqu'à la relève de la garde ».
Parley ajoute : « J'ai essayé de concevoir des rois, des cours royales, des trônes et des couronnes, et des empereurs assemblés pour décider du destin de royaumes ; mais la dignité et la majesté, je ne les ai vues qu'une seule fois, tandis qu'elles étaient enchaînées, à minuit, dans un cachot d'un village obscur du Missouri » (Autobiography of Parley P. Pratt, p. 211).
Lorsque l'instruction eut été terminée, Joseph et Hyrum Smith, Sydney Rigdon, Lyman Wight, Caleb Baldwin et Alexander McRae furent envoyés à la prison de Liberty dans le comté de Clay, où ils arrivèrent le 1er décembre 1838. Le prophète décrit ainsi leur situation : « Nous sommes gardés nuit et jour sous la surveillance d'une forte garde dans une prison aux murs et aux portes doubles, sous l'interdiction d'exercer notre liberté de conscience ; notre nourriture est rare... On nous oblige à dormir sur un sol couvert de paille et sans couvertures suffisantes pour nous tenir chaud... Les juges nous ont dit gravement de temps à autre qu'ils savaient que nous étions innocents et devrions être libérés, mais qu'ils n'osaient pas nous appliquer la loi, par peur des émeutiers » (« Copy of a Letter from J. Smith Jr. to Mr. Galland », Times and Seasons, février 1840, p. 52).
Tandis que leur prophète restait emprisonné, plus de huit mille saints traversèrent le Missouri en direction de l'Est pour entrer en Illinois et échapper à l'ordre d'extermination. Ils furent obligés de partir en plein hiver, et bien que Brigham Young, président du collège des Douze, les dirigeât et leur apportât toute l'aide possible, ils souffrirent considérablement. La famille de John Hammer fut une des nombreuses qui cherchèrent refuge. John décrit sa situation pénible :
« Je ne me souviens que trop des souffrances et des cruautés de cette époque. Notre famille avait un seul chariot et un seul cheval aveugle, et c'était tout ce que nous possédions en fait d'attelage, et cet unique cheval aveugle dut transporter nos affaires jusqu'à l'État d'Illinois. Nous échangeâmes notre chariot avec un frère qui avait deux chevaux, contre un chariot léger à un cheval, ce qui faisait l'affaire des uns et des autres. Nous mîmes dans ce petit chariot nos vêtements, notre literie, un peu de farine de maïs et les maigres provisions que nous pouvions rassembler, et nous nous mîmes en route à pied dans le froid et le gel, mangeant et dormant au bord de la route à la belle étoile. Mais les morsures de ces nuits glaciales et les vents perçants étaient moins barbares et moins impitoyables que les démons à visage humain dont nous fuyions la furie... Nos enfants, comme beaucoup d'autres, allaient presque pieds nus, et certains avaient dû s'envelopper les pieds de tissus pour les empêcher de geler et les protéger des aspérités du sol gelé. Le moins qu'on puisse en dire c'est que c'était là une protection insuffisante, et souvent le sang qui coulait de nos pieds tachait la terre gelée. Ma mère et ma sœur étaient les seuls membres de notre famille à avoir des souliers, et ceux-ci étaient usés et presque inutilisables avant que nous n’ayons atteint le rivage alors hospitalier de l'Illinois » (Lyman Omer Littlefield, Reminiscences of Latter-day Saints, 1888, pp. 72-73).
Le prophète dut attendre en prison sans pouvoir rien faire pendant que son peuple était chassé de l'État. On peut mesurer l'anxiété de son âme à la supplication qu'il adressa au Seigneur, qui est rapportée dans Doctrine et Alliances, section 121 :
« Ô Dieu, où es-tu ? Et où est le pavillon qui couvre ta cachette ?
« Combien de temps retiendras-tu ta main ? Combien de temps ton oeil, oui, ton oeil pur contemplera-t-il des cieux éternels les maux de ton peuple et de tes serviteurs, et ton oreille sera-t-elle pénétrée de leurs cris ? » (D&A 121:1-2).
Le Seigneur lui répondit en ces termes :
« Mon fils, que la paix soit en ton âme ! Ton adversité et ton affliction ne seront que pour un peu de temps ;
« Et alors, si tu les supportes bien, Dieu t'exaltera en haut ; tu triompheras de tous tes ennemis.
« Tes amis se tiennent à tes côtés, et ils te salueront de nouveau, le cœur ouvert et les mains tendues » (D&A 121:7-9).
Les paroles du Seigneur s'accomplirent littéralement en avril 1839. Après six mois d'emprisonnement illégal, le renvoi de l'affaire devant d'autres cours provoqua le transfert des prisonniers tout d'abord à Gallatin (comté de Daviess, Missouri), puis en direction de Columbia (comté de Boone). Le shérif, William Morgan, reçut l'ordre « de ne les emmener en aucun cas au comté de Boone ». Une ou plusieurs personnes en haut lieu avaient décidé de laisser les prisonniers s'échapper, peut-être pour éviter l'embarras public de les faire comparaître devant le tribunal, alors qu'il n'y avait pas de preuves pour les condamner. On donna aux prisonniers l'occasion d'acheter deux chevaux et de fausser compagnie à leurs gardes. Hyrum Smith dit : « Nous changeâmes de cap et nous dirigeâmes vers l'État d'Illinois, et en neuf ou dix jours, nous arrivâmes sains et saufs à Quincy (comté d'Adams), où nous retrouvâmes nos familles dans la pauvreté, mais en bonne santé » (History of the Church, 3:423). Ils y furent effectivement accueillis « le cœur ouvert et les mains tendues ».
Wilford Woodruff dit à propos
de ses retrouvailles avec le prophète : « J'avais
une fois de plus le bonheur de donner la main à frère
Joseph... Il nous salua très joyeux... Il était franc,
ouvert et aimable comme d'habitude, et nous nous réjouîmes
grandement. On ne saurait comprendre le sentiment de joie suscité
par une telle réunion si on n'a pas été dans les
épreuves pour l'amour de l'Évangile »
(Matthias F. Cowley, Wilford
Woodruff, 1909, p.
102). Le Seigneur avait miraculeusement préservé son
prophète et l'Église. L'Israël moderne commençait
à se rassembler une fois de plus dans un pays neuf, où
de nouveaux horizons et de nouvelles alliances les attendaient.
5. Sacrifices et bénédictions en Illinois (1839-1846)
Les saints des derniers jours qui étaient parvenus jusqu'en Illinois reçurent un accueil chaleureux des généreux citoyens de la ville de Quincy. Lorsque Joseph Smith fut rentré de son emprisonnement à la prison de Liberty, les saints remontèrent le Mississippi sur environ cinquante kilomètres. Ils asséchèrent les vastes marécages de la région et commencèrent à construire la ville de Nauvoo dans une boucle du fleuve. Comme les saints s'y rassemblaient de tous les coins des États-Unis, du Canada et d'Angleterre, la ville ne tarda pas à être une ruche bourdonnante d'activité et de commerce. En quatre ans, elle était devenue une des plus grandes villes d'Illinois.
Les membres de l'Église connurent une paix relative, se sentant rassurés par le fait qu'un prophète vivait et oeuvrait parmi eux. Des centaines de missionnaires appelés par le prophète quittèrent Nauvoo pour proclamer l'Évangile. On construisit un temple, on reçut la dotation du temple, on créa pour la première fois des paroisses, on fonda des pieux, on organisa la Société de secours, on publia le Livre d'Abraham et l'on reçut d'importantes révélations. Pendant plus de six ans, les saints manifestèrent une unité, une foi et un bonheur remarquables, et leur ville devint un symbole d'industrie et de vérité.
Sacrifices des missionnaires de Nauvoo
Lorsque les saints commencèrent à construire leurs maisons et à faire leurs semailles, beaucoup contractèrent la fièvre paludéenne, maladie infectieuse accompagnée de fièvre et de frissons. La plupart des Douze, et Joseph Smith lui-même, furent malades. Le 22 juillet 1839, la puissance de Dieu reposa sur le prophète et il se leva de son lit de malade. Par la puissance de la prêtrise, il se guérit, lui et les malades de sa maison, puis commanda à ceux qui campaient sous la tente devant sa porte d'être guéris. Beaucoup de gens furent guéris. Le prophète alla d’une tente à l'autre, d’une maison à l'autre, bénissant tout le monde. Ce fut un des plus grands jours de foi et de guérison de l'histoire de l'Église (voir Guérisons sur les rives du Mississipi).
Au cours de cette période, le prophète appela le collège des Douze à aller en mission en Angleterre. Orson Hyde, membre du collège des Douze, fut envoyé à Jérusalem consacrer la Palestine au rassemblement du peuple juif et des autres enfants d'Abraham. Des missionnaires furent envoyés prêcher partout aux États-Unis et dans l’Est du Canada, et Addison Pratt et d'autres reçurent l'appel d'aller dans les îles du Pacifique.
Ces frères firent de grands sacrifices en quittant leur foyer et leur famille pour répondre à leur appel à servir le Seigneur. Beaucoup de membres des Douze furent atteints par la fièvre paludéenne tandis qu'ils se préparaient à partir en Angleterre. Wilford Woodruff, qui était très malade, laissa Phoebe, sa femme, presque sans nourriture et dans un dénuement quasi total. George A. Smith, le plus jeune des apôtres, était si malade qu'il fallut le porter jusqu'au chariot, et un homme qui le vit demanda au conducteur s'ils avaient pillé les tombes. Seul Parley P Pratt, qui emmena sa femme et ses enfants, son frère Orson Pratt et John Taylor n'étaient pas malades lorsqu'ils quittèrent Nauvoo, mais John Taylor tomba plus tard terriblement malade et manqua de mourir sur le chemin de New York.
Brigham Young était si malade qu'il était incapable de marcher sans aide ne serait-ce qu'une courte distance, et son collègue, Heber C. Kimball, ne valait pas mieux. Leurs épouses et leurs enfants étaient également alités. Lorsque les apôtres atteignirent le sommet d’une colline non loin de chez eux, couchés tous les deux dans un chariot, il leur sembla qu'ils ne pourraient jamais supporter de laisser leurs familles dans un état aussi pitoyable. À la suggestion de Heber, ils se levèrent péniblement, agitèrent leurs chapeaux au-dessus de leurs têtes et crièrent trois fois : « Hourra ; hourra pour Israël ». Leurs épouses, Mary Ann et Vilate, réunirent leurs forces pour se lever et, en s'appuyant à l'encadrement de la porte, elles s'écrièrent : « Au revoir, que Dieu vous bénisse ! » Les deux hommes se recouchèrent dans leur chariot, pleins de joie et de satisfaction de voir leurs femmes debout au lieu d'être malades au lit.
Restées sur place, les familles manifestèrent leur foi en faisant des sacrifices pour entretenir ceux qui avaient accepté un appel en mission. Louisa Barnes Pratt explique que quand son mari, Addison, fut appelé à partir en mission dans les îles Sandwich, il fallait éduquer et vêtir ses quatre enfants : « J'allais rester sans argent... Je me sentis d'abord le cœur affaibli, mais je décidai de me fier au Seigneur et d'affronter courageusement les maux de la vie, et me réjouis de ce que mon mari fût considéré comme digne de prêcher l'Evangile ».
Louisa et ses enfants allèrent jusqu'au dock faire leurs adieux à leur mari et père. Louisa écrit qu'une fois qu'ils furent rentrés à la maison, la tristesse s'empara d'eux. « Peu de temps après, de violents coups de tonnerre éclatèrent. Une famille, qui vivait en face de chez nous, avait une maison qui prenait l'eau et qui était fragile et peu sûre. Elle vint bientôt chercher refuge au milieu de l’orage. Nous étions reconnaissants de les voir entrer ; ils ont parlé et nous ont réconfortés, ont chanté des cantiques, et le frère a prié avec nous et est resté jusqu'à la fin de l'orage » (« Journal of Louisa Barnes Pratt », Heart Throbs of the West, compilé par Kate B. Carter, 12 volumes, 1939-51, 8:229).
Peu après le départ d'Addison, sa petite fille contracta la variole. La maladie était si contagieuse que tout détenteur de la prêtrise qui rendrait visite aux Pratt courrait un vrai danger, de sorte que Louisa pria avec foi et « réprimanda la fièvre ». Onze petits boutons apparurent sur le corps de sa fille, mais la maladie ne se déclara jamais. Au bout de quelques jours, la fièvre était partie. Louisa écrit : « Je montrai l'enfant à quelqu'un qui connaissait la maladie, il dit que c'était une attaque et que je l'avais vaincue par la foi » (op. cit., 8:233).
Les missionnaires qui avaient quitté Nauvoo au prix d'aussi grands sacrifices amenèrent des milliers de personnes dans l'Église. Beaucoup de ces convertis firent également preuve d’une foi et d'un courage remarquables. Mary Ann Weston vivait en Angleterre auprès de la famille de William Jenkins pendant qu'elle apprenait le métier de couturière. William Jenkins fut converti à l'Évangile, et Wilford Woodruff se rendit chez lui pour rendre visite à la famille. Il n'y avait que Mary Ann à la maison à ce moment-là. Wilford s'assit au coin du feu et chanta : « Vais-je, par crainte de l'homme, arrêter le cours de l'Esprit en moi ? » Mary Ann le regarda chanter et dit plus tard : « Il avait l’air si paisible et si heureux, que je me dis qu'il devait être un homme de bien et que l'Évangile qu'il prêchait devait être vrai » (« Journal of Mary Ann Weston Maughan », Our Pioneer Heritage, compilé par Kate B. Carter, 9 volumes, 1958-66, 2:353 54).
En fréquentant les membres de l'Église, Mary Ann ne tarda pas à être convertie et à se faire baptiser, seule membre de sa famille à accepter le message de l'Évangile rétabli. Elle épousa un membre de l'Église qui mourut quatre mois plus tard des coups reçus d'émeutiers décidés à perturber une réunion de l'Église. Elle s'embarqua seule sur un bateau rempli d'autres saints des derniers jours en route pour Nauvoo, laissant sa maison, ses amis et ses parents incroyants. Elle ne revit jamais sa famille.
Avec les années, son courage et son engagement s'avérèrent être une bénédiction pour beaucoup de gens. Elle épousa Peter Maughan, un veuf, qui colonisa Cache Valley, dans le nord de l'Utah. Elle y éleva une grande famille. Ses enfants, fidèles, honorèrent l'Église et le nom de leur mère.
Les ouvrages canoniques
Au cours de la période de Nauvoo, on publia des écrits qui devinrent plus tard la Perle de grand prix. Ce livre contient des passages du livre de Moïse, le livre d'Abraham, un extrait du témoignage de Matthieu, des extraits de l'histoire de Joseph Smith et les Articles de foi. Ces documents furent écrits ou traduits par Joseph Smith sous la direction du Seigneur.
Les saints avaient maintenant les Écritures qui allaient devenir les ouvrages canoniques de l'Église : la Bible, le Livre de Mormon, Doctrine et Alliances, et la grand prix, livres qui enseignent les vérités fondamentales de l'Évangile et conduisent le chercheur honnête à la connaissance de Dieu le Père et de son Fils Jésus-Christ.
Le temple de Nauvoo
Quinze mois seulement après avoir fondé Nauvoo, la Première Présidence, obéissant à la révélation, annonça que le moment était maintenant venu « d'ériger une maison de prière, une maison d'ordre, une maison pour le culte de notre Dieu, où l'on peut vaquer aux ordonnances, conformément à sa volonté divine » (History of the Church, 4:186).
Bien que pauvres et travaillant dur pour pourvoir aux besoins de leurs familles, les saints des derniers jours répondirent à l'appel de leurs dirigeants et commencèrent à faire don de temps et de moyens pour la construction d'un temple. Plus de mille hommes firent don d’un jour de travail tous les dix jours. Une petite fille, Louisa Decker, fut impressionnée de voir sa mère vendre ses assiettes de porcelaine et une belle courtepointe comme don pour le temple (Louisa Decker, « Reminiscences of Nauvoo », Woman's Exponent, mars 1909, p. 41). D'autres saints des derniers jours firent don de chevaux, de chariots, de vaches, de porc et de blé pour aider à la construction du temple. Les femmes de Nauvoo furent invitées à donner de leur temps et leurs maigres économies pour le fonds du temple.
Caroline Butler n'avait pas le moindre sou à donner, mais elle avait le grand désir de faire quelque chose. Un jour qu'elle se rendait en ville en chariot, elle vit deux bisons morts. Elle sut tout à coup ce qu'elle pouvait offrir pour le temple. Ses enfants et elle arrachèrent les longs poils de la toison des bisons et les emportèrent chez eux. Ils lavèrent et cardèrent les poils et en firent un fil grossier, puis tricotèrent huit paires de moufles, qui furent données aux tailleurs de pierre travaillant sur le temple dans le froid glacial de l'hiver (« The Mormons and Indians », Heart Throbs of the West, 7:385).
Mary Fielding Smith, femme de Hyrum Smith, écrivit aux sœurs de l'Église en Angleterre, qui en un an récoltèrent cinquante mille pennies, pesant quatre cent trente-quatre livres, qu'elles envoyèrent à Nauvoo. Les fermiers firent don d'attelages et de chariots ; d'autres vendirent une partie de leurs terres et firent don de l'argent au comité de construction. On offrit beaucoup de montres et de fusils. Les saints de Norway (Illinois) envoyèrent cent moutons à Nauvoo au comité du temple.
Brigham Young raconta : « Nous avons travaillé très dur sur le temple de Nauvoo, et pendant ce temps-là, il était très difficile d'obtenir le pain et les autres provisions dont les ouvriers avaient besoin pour se nourrir ». Cela n'empêcha pas le président Young de recommander à ceux qui étaient responsables des fonds du temple de distribuer toute la farine qu'ils avaient, assuré qu'il était que le Seigneur pourvoirait. Au bout de peu de temps, Joseph Toronto, converti récent de Sicile, arriva à Nauvoo, apportant deux mille cinq cents dollars-or, qu'il remit aux frères (B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 2:472). Ces économies de Joseph Toronto furent utilisées pour se réapprovisionner en farine et acheter d'autres fournitures dont on avait grand besoin.
Peu après l'arrivée des saints à Nauvoo, le Seigneur révéla, par l'intermédiaire de Joseph Smith, que le baptême pouvait être accompli pour les ancêtres décédés qui n'avaient pas entendu l'Évangile (voir D&A 124:29-39). Beaucoup de saints trouvèrent un grand réconfort dans la promesse que les morts pouvaient avoir les mêmes bénédictions que ceux qui acceptaient l'Évangile ici-bas.
Le prophète reçut aussi une révélation importante concernant les enseignements, les alliances et les bénédictions que l'on appelle maintenant la dotation du temple. Cette ordonnance sacrée devait permettre aux saints « de s'assurer la plénitude des bénédictions » qui les prépareraient à « venir demeurer en la présence des Elohim dans les mondes éternels » (History of the Church, 5:2). Après avoir reçu la dotation, maris et femmes pouvaient être scellés l'un à l'autre pour l'éternité par l'autorité de la prêtrise. Joseph Smith se rendait compte que son temps sur la terre était compté, aussi pendant la construction du temple commença-t-il à donner la dotation à un nombre choisi de disciples fidèles à l'étage de son magasin de briques rouges.
Même après le meurtre de Joseph Smith, lorsqu'ils se rendirent compte qu'ils devraient sous peu quitter Nauvoo, les saints augmentèrent leurs efforts pour terminer le temple. Le grenier du temple inachevé fut consacré pour être l'endroit de l'édifice où la dotation aurait lieu. Les saints étaient si désireux de recevoir cette ordonnance sacrée que Brigham Young, Heber C. Kimball et d'autres parmi les douze apôtres restèrent nuit et jour dans le temple, ne dormant pas plus de quatre heures par nuit. Mercy Fielding Thompson était responsable de la lessive et du repassage des vêtements du temple et en outre supervisait la cuisine. Elle vivait, elle aussi, dans le temple, travaillant parfois toute la nuit pour que tout soit prêt le lendemain. D'autres membres de l’Église étaient tout aussi dévoués.
Qu’est-ce qui faisait que les saints travaillaient si dur pour terminer un bâtiment qu'ils allaient bientôt abandonner ? Près de six mille saints des derniers jours reçurent leur dotation avant de quitter Nauvoo. En envisageant leur émigration vers l'Ouest, ils étaient renforcés dans leur foi et trouvaient de l'assurance dans la connaissance que leurs familles étaient scellées à toute éternité. Le visage baigné de larmes, prêts à poursuivre leur chemin après avoir enterré un enfant ou un conjoint dans les vastes plaines américaines, ils étaient résolus en grande partie à cause de l'assurance contenue dans les ordonnances qu'ils avaient reçues dans le temple.
La Société de secours
Pendant que le temple de Nauvoo était en construction, Sarah Granger Kimball, femme de Hiram Kimball, l'un des citoyens les plus riches de la ville, engagea une couturière appelée Margaret A. Cooke. Désirant promouvoir l’œuvre du Seigneur, Sarah fit don de tissu pour faire des chemises pour les hommes travaillant sur le chantier du temple, et Margaret accepta de les coudre. Peu de temps après, quelques voisines de Sarah émirent aussi le désir de participer à la confection des chemises. Les sœurs se réunirent dans le salon des Kimball et décidèrent de s'organiser officiellement. On demanda à Eliza R. Snow de rédiger les statuts de la nouvelle société.
Eliza présenta le texte à Joseph Smith, qui déclara que c'étaient les meilleurs statuts qu'il eût jamais vus. Mais il se sentit inspiré à étendre la vision qu'avaient les femmes de ce qu'elles pouvaient accomplir. Il leur demanda d'assister à une autre réunion, où il les organisa en une Société de secours des femmes de Nauvoo. Emma Smith, femme du prophète, devint la première présidente de la société.
Joseph dit aux sœurs qu'elles recevraient leurs « instructions par l'intermédiaire de l'ordre que Dieu a créé par l'entremise de ceux qui sont désignés pour diriger ». Il ajouta : « Je vous remets maintenant la clef au nom de Dieu, et cette société se réjouira, et la connaissance et l'intelligence se déverseront dorénavant ; c'est le commencement de jours meilleurs pour cette société » (Procès-verbaux de la Société de secours des femmes de Nauvoo, 28 avril 1842, p. 40).
Peu après la naissance de la société, un comité rendit visite à tous les pauvres de Nauvoo, évalua leurs besoins et sollicita des dons pour les aider. Les dons en argent et l'argent récolté lors de la vente de nourriture et de literie permirent aux enfants nécessiteux d'aller à l'école. Pour aider les nécessiteux, on fit don de lin, de laine, de fil, de bardeaux, de savon, de bougies, de ferblanterie, de bijoux, de paniers, de couvertures piquées, de couvertures, d'oignons, de pommes, de farine, de pain, de biscuits et de viande.
En plus d'aider les pauvres, les sœurs de la Société de secours adoraient Dieu ensemble. Eliza R. Snow raconte qu'au cours d'une réunion « presque toutes les personnes présentes se levèrent et parlèrent, et l'Esprit du Seigneur, comme un flot purificateur, revigora tous les cœurs » (op. cit., p. 33). Ces sœurs priaient les unes pour les autres, fortifiaient mutuellement leur foi et consacraient leur vie et leurs ressources à promouvoir la cause de Sion.
Le martyre
Si les années passées à Nauvoo apportèrent beaucoup de bons moments aux saints, les persécutions ne tardèrent pas à reprendre, et leur point culminant fut le meurtre de Joseph et de Hyrum Smith. Ce fut une époque sombre et triste que personne n'allait jamais oublier. Louisa Barnes Pratt décrit l’atmosphère ambiante juste après l’annonce du martyre : « C'était une nuit silencieuse, et c'était pleine lune. Une nuit de mort, semblait-il, et tout contribuait à la rendre solennelle ! On entendait les voix des dirigeants réunir les hommes et, de loin, cela tombait sur le cœur comme un glas. Les femmes étaient assemblées en groupes, pleurant et priant, certaines souhaitant qu'un châtiment terrible s'abatte sur les meurtriers, d'autres acceptant la main de Dieu dans cet événement » (« Journal of Louisa Barnes Pratt », 8:231).
Comme Louisa Barnes Pratt, beaucoup de saints des derniers jours se souvinrent des événements du 27 juin 1844 et se les rappelèrent comme une période de larmes et de profond chagrin. Le martyre fut l'événement le plus tragique des débuts de l'histoire de l'Église. Mais il n'était pas inattendu.
À dix-neuf reprises au moins, en commençant dès 1829, Joseph Smith avait dit aux saints qu'il ne quitterait probablement pas cette vie paisiblement (History of the Church, 4:587, 604 ; 6:558). Il sentait bien que ses ennemis lui ôteraient un jour la vie, mais il ne savait pas quand. À la fin du printemps 1844 et au début de l'été, les ennemis dans et en dehors de l'Église travaillèrent à la perte de Joseph. Thomas Sharp, rédacteur en chef d'un journal voisin et dirigeant du parti politique anti-mormon du comté de Hancock, exigea publiquement l'assassinat du prophète. Des groupes de citoyens, des apostats et des édiles conspirèrent pour détruire l'Église en faisant disparaître son prophète. Thomas Ford, gouverneur de l'Illinois, écrivit à Joseph Smith, insistant pour que les membres du conseil municipal comparaissent devant un jury non mormon pour répondre de l'accusation de perturber l'ordre public. Il prétendait que seul un procès de ce genre satisferait le peuple. Il promit aux hommes une protection totale, bien que le prophète ne crût pas qu'il pût tenir son engagement. Quand apparut qu'il n’y avait pas d'autre choix, le prophète, son frère Hyrum, John Taylor et d'autres se laissèrent arrêter, sachant très bien qu'ils n'étaient coupables d'aucun crime. Au moment de quitter Nauvoo pour le siège du comté, qui était à Carthage, à une trentaine de kilomètres de là, le prophète savait qu'il voyait sa famille et ses amis pour la dernière fois. Il prophétisa : « Je vais comme un agneau à l'abattoir, mais je suis calme comme un matin d'été » (History of the Church, 6:555).
Lorsque le prophète se mit en route, B. Rogers, qui travaillait à la ferme de Joseph depuis plus de trois ans, et deux autres garçons traversèrent les champs à pied et allèrent s'asseoir sur la clôture pour attendre le passage de leur ami et dirigeant. Joseph arrêta son cheval à hauteur des garçons et dit aux hommes de la milice qui étaient avec lui : « Messieurs, voici ma ferme et mes garçons. Ils m'aiment et je les aime ». Après avoir serré la main à chaque garçon, il monta sur son cheval et reprit la route pour son rendez-vous avec la mort (Kenneth W. Godfrey, « A Time, a Season, When Murder Was in the Air », Mormon Heritage, juillet/août 1994, pp. 35 36).
Dan Jones, converti gallois, rejoignit le prophète à la prison de Carthage. Le 26 juin 1844, dernière nuit de sa vie, Joseph entendit un coup de feu, sortit du lit et se coucha par terre près de Jones. Le prophète chuchota : « Avez-vous peur de mourir ? » « Engagés dans une telle cause, je ne crois pas que la mort serait bien terrible », répondit Jones. « Vous verrez encore le pays de Galles et vous remplirez la mission qui vous est destinée avant de mourir », prophétisa Joseph (History of the Church, 6:601). Dan Jones fit plus tard une mission honorable et couronnée de succès au pays de Galles. Aujourd’hui, des milliers de saints des derniers jours fidèles ont les bénédictions de l'Église en conséquence directe de la mission de Dan Jones.
Peu après dix-sept heures, l'après-midi du 27 juin 1844, quelque deux cents émeutiers au visage peint prirent d'assaut la prison de Carthage, tuèrent Joseph et son frère Hyrum et blessèrent grièvement John Taylor. Seul Willard Richards en sortit indemne. En entendant crier : « Les mormons arrivent », les émeutiers s'enfuirent, de même que la plupart des habitants de Carthage. Willard Richards prit soin de John Taylor blessé, tous deux pleurant leurs dirigeants tués. Le corps de Hyrum était à l'intérieur de la prison, tandis que Joseph, qui était tombé d’une fenêtre, gisait à côté du puits extérieur.
Un des premiers saints des derniers jours à arriver sur place fut Samuel, frère des martyrs. Lui et d'autres aidèrent Willard Richards à préparer les corps pour le long et triste voyage de retour à Nauvoo.
Entre-temps, à Warsaw (Illinois), la famille de James Cowley, qui était membre de l'Église, se préparait pour le repas du soir. Matthias, quatorze ans, apprit qu'il y avait une excitation inhabituelle en ville et se joignit à la foule qui se formait. Le principal orateur vit le jeune Cowley et lui ordonna de rentrer chez sa mère. Des garçons, qui n'étaient pas membres de l'Église, le poursuivirent, lui lançant une grêle de détritus jusqu'au moment où il s'échappa en traversant le jardin d'un voisin.
Croyant que les choses s'étaient calmées, Matthias se mit en route pour le fleuve pour y chercher un seau d'eau. Des émeutiers le repérèrent et payèrent un tailleur ivre pour le jeter dans le fleuve. Quand Matthias s'arrêta pour puiser l'eau, le tailleur le saisit par la nuque et dit : « Sale petit mormon, je vais te noyer ». Matthias raconta plus tard : « Je lui ai demandé pourquoi il voulait me noyer, et si je lui avais jamais fait de mal ? ‘ Non, dit-il ; Je ne vais pas te noyer... Tu es un brave gosse, tu peux rentrer chez toi ’ ». Cette nuit-là, les émeutiers essayèrent vainement à trois reprises de mettre le feu à la maison des Cowley, mais grâce à sa foi et à ses prières, la famille fut protégée (Matthias Cowley, « Reminiscences », 1856, p. 3, Archives de l'Église). Matthias Cowley resta fidèle à l'Église ; son fils Matthias et son petit-fils Matthew furent plus tard membres du collège des douze apôtres.
Thomas Ford, gouverneur de l'Illinois, écrivit à propos du martyre : « Au lieu de mettre fin aux mormons et de les disperser, comme beaucoup le croyaient, le meurtre des Smith ne fit que les unir plus que jamais, leur donna une plus grande confiance en leur foi » (Thomas Ford, A History of Illinois, Milo Milton Quaife, éditeur, 2 volumes, 1946, 2:217). Ford écrivit aussi : « Quelqu'un de doué comme Paul, quelque splendide orateur qui pourra, par son éloquence, attirer les foules par milliers... pourra réussir à donner une vie nouvelle à la foi mormone, faire résonner haut et fort le nom de Joseph martyrisé et émouvoir l'âme des hommes ». Ford vécut dans la crainte que cela n'arrivât et que son propre nom, comme ceux de Pilate et d'Hérode, fût « déconsidéré auprès de la postérité » (Thomas Ford, A History of Illinois, 2:221-23). Ses craintes se réalisèrent.
John Taylor guérit de ses blessures et écrivit plus tard un éloge des dirigeants assassinés, qui constitue maintenant la section 135 de Doctrine et Alliances. Il dit : « Joseph Smith, le Prophète et Voyant du Seigneur, a fait plus, avec l'exception unique de Jésus, pour le salut des hommes dans ce monde, que n'importe quel autre homme qui y ait jamais vécu... Il fut grand dans sa vie et dans sa mort aux yeux de Dieu et de son peuple. Et comme la plupart des oints du Seigneur dans les temps anciens, il a scellé sa mission et ses oeuvres de son sang, de même que son frère Hyrum. Ils n'étaient pas divisés dans la vie, et ils ne furent pas séparés dans la mort !... Ils ont vécu pour la gloire, ils sont morts pour la gloire, et la gloire est leur récompense éternelle » (D&A 135:3,6).
Succession à la présidence
Lorsque le prophète Joseph et Hyrum Smith furent assassinés à la prison de Carthage, beaucoup de membres du collège des Douze et d'autres dirigeants de l'Église étaient en mission et étaient absents de Nauvoo. Plusieurs jours passèrent avant que ces hommes ne fussent mis au courant des faits. Lorsque Brigham Young apprit la nouvelle, il savait que les clefs de la direction de la prêtrise étaient toujours dans l'Église, car elles avaient été données au collège des Douze. Mais tous les membres de l'Église ne comprenaient pas qui allait remplacer Joseph Smith comme prophète, voyant et révélateur du Seigneur.
Sidney Rigdon, premier conseiller dans la Première Présidence, arriva le 3 août 1844 de Pittsburgh (Pennsylvanie). Au cours de l'année précédente, il avait commencé à agir de manière contraire aux instructions de Joseph Smith et s'était écarté de l'Église. Il refusa de rencontrer les trois membres des Douze déjà à Nauvoo et, au lieu de cela, parla à une vaste assemblée de saints réunis pour leur service du culte du dimanche. Il leur parla d'une vision qu'il avait eue, dans laquelle il avait appris que personne ne pouvait remplacer Joseph Smith. Il dit qu'un tuteur de l'Église devait être nommé et que ce tuteur devait être Sidney Rigdon. Peu de saints le soutinrent.
Brigham Young, président du Collège des douze apôtres, ne revint à Nauvoo que le 6 août 1844. Il déclara qu'il voulait seulement savoir ce que Dieu disait sur le point de savoir qui devait diriger l'Eglise (History of the Church, 7:230). Les Douze convoquèrent une réunion pour le jeudi 8 août 1844. Sidney Rigdon parla pendant plus d'une heure à la session du matin. Il rallia peu de monde à son point de vue.
Brigham Young parla alors brièvement, réconfortant les saints. Tandis qu'il parlait, raconte George Q. Cannon, « c'était la voix de Joseph lui-même et il semblait aux yeux du peuple que c'était la personne même de Joseph qui se tenait devant lui » (History of the Church, 7:236). William C. Staines témoigna que Brigham Young parlait avec la voix du prophète Joseph.
« Je pensais que c'était lui, dit-il, et les milliers de personnes qui l'entendirent le pensèrent aussi » (op. cit.). Wilford Woodruff se rappelait aussi cet événement merveilleux et écrivit : « Si je ne l'avais pas vu de mes propres yeux, personne n'aurait pu me convaincre que ce n'était pas Joseph Smith, et quiconque a connu ces deux hommes peut en témoigner » (op. cit.). Cette manifestation merveilleuse, dont beaucoup furent témoins, montra aux saints que le Seigneur avait choisi Brigham Young pour succéder à Joseph Smith pour diriger l'Église.
Lors de la session de l'après-midi, Brigham Young prit de nouveau la parole, témoignant que le prophète Joseph avait ordonné les apôtres pour qu'ils détiennent les clefs du royaume de Dieu dans le monde entier. Il prophétisa que ceux qui ne suivaient pas les Douze ne prospéreraient pas et que seuls les apôtres vaincraient et édifieraient le royaume de Dieu.
Après son discours, le président Young demanda à Sidney Rigdon de prendre la parole, mais celui-ci préféra se taire. Après un discours de William W. Phelps et un de Parley P Pratt, Brigham Young reprit la parole. Il parla de terminer le temple de Nauvoo, de recevoir la dotation avant de partir dans le désert et de l'importance des Écritures. Il parla de son amour pour Joseph Smith et de son affection pour la famille du prophète. Les saints votèrent alors à l'unanimité en faveur des douze apôtres comme dirigeants de l'Église.
Un petit nombre d'autres prétendirent
au droit à la présidence de l'Église mais, pour
la plupart des saints des derniers jours, la crise de succession
était terminée. Brigham Young, doyen des apôtres
et président du collège des Douze, était l'homme
que Dieu avait choisi pour diriger son peuple, et le peuple s'était
uni pour le soutenir.
6. Exode vers l'Ouest (1846-1847)
Préparatifs pour quitter Nauvoo
Les dirigeants de l'Église parlaient depuis 1834 de déplacer les saints vers les Montagnes Rocheuses où ils pourraient vivre en paix. Avec les années, les dirigeants envisagèrent, avec les explorateurs, des sites précis et étudièrent des cartes pour trouver le bon endroit où s'installer. À la fin de 1845, les dirigeants de l'Église avaient en leur possession les renseignements les plus récents concernant l'Ouest.
Comme les persécutions s'intensifiaient à Nauvoo, il devint évident que les saints devraient partir. Dès novembre 1845, Nauvoo était une ruche bourdonnante de gens occupés à se préparer. On appela des capitaines de cent, de cinquante et de dix pour diriger les saints pendant leur exode. Chaque groupe de cent créa un ou plusieurs ateliers de charronnerie. Charrons, menuisiers et ébénistes travaillaient jusque tard dans la nuit à préparer le bois et à construire les chariots. Des hommes furent envoyés dans l'Est acheter du fer, et les forgerons fabriquaient le matériel nécessaire pour le voyage et les outils agricoles dont on aurait besoin pour coloniser une nouvelle Sion. Les familles rassemblaient la nourriture et les articles ménagers et remplissaient les récipients d'entreposage de fruits séchés, de riz, de farine et de médicaments. Travaillant ensemble pour le bien de tous, les saints en accomplirent plus qu'on ne l'aurait cru possible en aussi peu de temps.
Épreuves d’un exode hivernal
L'évacuation de Nauvoo devait à l'origine avoir lieu en avril 1846. Mais comme la milice de l'État menaçait d'empêcher les saints de partir vers l'Ouest, les douze apôtres et d'autres édiles tinrent en hâte conseil le 2 février 1846. Ils convinrent qu'il était impérieux de partir immédiatement pour l'Ouest, et l'exode commença le 4 février. Sous la direction de Brigham Young, le premier groupe de saints entreprit le voyage avec ardeur. Mais cette ardeur devait affronter l’épreuve de parcourir de nombreux kilomètres avant d’atteindre des camps permanents où ils pourraient finalement trouver du répit après avoir affronté la fin de l'hiver et un printemps exceptionnellement pluvieux.
Pour échapper à leurs persécuteurs, des milliers de saints durent tout d'abord traverser le Mississippi, qui était très large, jusqu'en Iowa. Le voyage commença très tôt à être dangereux, lorsqu'un bœuf lança une ruade qui fit un trou dans une barque transportant un certain nombre de saints, et que la barque coula. Un observateur vit les malheureux passagers s'agripper à des lits de plumes, à des bouts de bois, « à des planches, à tout ce qui leur tombait sous la main, et danser comme des bouchons sur l'eau à la merci des vagues glaciales et incessantes... Certains grimpèrent au sommet du chariot, qui ne coula pas tout à fait et se retrouvèrent dans une position plus confortable, tandis qu'on voyait les vaches et les boeufs qui étaient à bord nager vers la rive d'où ils étaient venus » (On the Mormon Frontier : The Diary of Hosea Stout, Juanita Brooks, éd., 1964, 2 volumes, 1:114). Finalement, tous furent hissés sur des bateaux et conduits de l'autre côté.
Quinze jours après la première traversée, le fleuve gela pendant un certain temps. Bien que la glace fût glissante, elle supporta les chariots et les attelages et facilita la traversée. Mais le froid causa beaucoup de souffrances aux saints qui devaient avancer péniblement à travers la neige. Quand ils campèrent à Sugar Creek, de l'autre côté du fleuve, un vent constant apporta de la neige qui tomba sur une épaisseur de près de vingt centimètres. Ensuite le dégel rendit le sol boueux. Partout, dans le ciel et sur le sol, les éléments s'unissaient pour rendre misérable l’existence des deux mille saints blottis dans des tentes, des chariots et des abris construits en hâte en attendant l'ordre de continuer.
La première partie du voyage, la traversée
de l'Iowa, fut la plus difficile. Hosea Stout écrit :
« Je me préparai pour la nuit en dressant une tente
improvisée à l'aide de draps de lit. À ce
moment-là, ma femme était à peine capable de se
mettre sur son séant et mon petit garçon, malade, avait
une forte fièvre et ne se rendait même pas compte de ce
qui se passait autour de lui » (op. cit., 1:117). Beaucoup
d'autres saints souffrirent aussi considérablement.
« Tout est bien »
La foi, le courage et la détermination de
ces saints leur permit de continuer malgré le froid, la faim
et la mort de leurs proches. William Clayton fut appelé à
être dans un des premiers groupes à quitter Nauvoo et
laissa sa femme, Diantha, chez les parents de celle-ci, à un
mois seulement d'accoucher de son premier enfant. Le fait de devoir
avancer opiniâtrement sur des chemins boueux et de camper sous
des tentes glaciales alors qu'il se faisait du souci pour le
bien-être de Diantha était une rude épreuve pour
ses nerfs. Deux mois plus tard, il ne savait toujours pas si elle
avait accouché sans complication, mais finalement il reçut
la joyeuse nouvelle qu'un « beau gros garçon »
était né. Presque tout de suite après avoir
appris cette nouvelle, William s'assit et écrivit un cantique
qui non seulement avait une signification toute particulière
pour eux, mais deviendrait, pendant des générations, un
cantique d'inspiration et de reconnaissance pour les membres de
l'Église. Les vers célèbres de « Venez,
venez » exprimaient sa foi et la foi des milliers de
saints qui chantèrent au milieu de l'adversité :
« Tout est bien ! Tout
est bien ! » (James B. Allen, Trials of
Discipleship : The Story of William Clayton, a Mormon, 1987, p.
202). Comme ceux qui les suivirent,
ils trouvèrent la joie et la paix qui sont la récompense
du sacrifice et de l'obéissance dans le royaume de Dieu.
Winter Quarters
Il fallut cent trente et un jours aux saints pour parcourir les cinq cents kilomètres de Nauvoo jusqu'aux colonies de l'ouest de l'Iowa où ils passeraient l'hiver de 1846-47 et se prépareraient pour l'émigration vers les Montagnes Rocheuses. Cette expérience leur apprit, sur l’art de voyager, beaucoup de choses qui allaient les aider à traverser plus rapidement les seize cents kilomètres des grandes plaines américaines, ce qui fut fait l'année suivante en cent onze jours environ.
Plusieurs colonies de saints s'étiraient le long des deux rives du Missouri. Winter Quarters, la plus grande, était sur la rive ouest, au Nebraska. Elle devint rapidement la patrie de quelque trois mille cinq cents membres de l'Église, qui vécurent dans des maisons de rondins ou dans des trous creusés à flanc de coteau. Jusqu'à deux mille cinq cents saints vécurent sur l’emplacement que l'on appela Kanesville, du côté Iowa du Missouri. Leur vie dans ces colonies était presque aussi difficile que pendant leur trajet. Au cours de l'été, ils souffrirent de la malaria. Quand vint l'hiver et que l'on ne disposa plus de nourriture fraîche, ils souffrirent d'épidémies de choléra, du scorbut, de maux de dents, d'héméralopie (réduction importante de la vision lorsque la lumière est faible) et de fortes diarrhées. Des centaines de personnes moururent.
Et pourtant la vie continuait. Selon Mary Richards, dont le mari, Samuel, était en mission en Écosse, les femmes passaient leurs journées à nettoyer, repasser, laver, faire des couvertures, écrire des lettres, préparer des repas grâce à leurs maigres provisions et s'occuper de leurs enfants. Elle nota avec bonne humeur les occupations des saints à Winter Quarters, notamment des activités telles que discussions théologiques, bals, réunions de l'Église et fêtes.
Les hommes travaillaient ensemble et se réunissaient souvent pour parler des projets de voyage et du futur lieu d'installation des saints. Ils travaillaient régulièrement en collaboration pour rassembler le bétail qui paissait dans la prairie dans les environs du camp. Ils travaillaient dans les champs, gardaient le périmètre de la colonie, construisaient et exploitaient un moulin à farine et préparaient les chariots pour le voyage, tout en souffrant souvent d'épuisement et de maladie. Leur travail était pour une part désintéressé, puisque les champs qu'ils préparaient et les semailles qu’ils faisaient seraient moissonnées par les saints qui les suivraient.
John, fils de Brigham Young, appela Winter
Quarters « le Valley Forge du mormonisme »,
d’après le haut lieu historique de la guerre
d'indépendance des États-Unis. Il habitait près
du cimetière et voyait « les petits cortèges
funèbres qui passaient si souvent devant la porte ».
Il dit combien pauvre et uniforme était l'ordinaire de sa
famille, constitué de pain de maïs, de bacon salé
et d'un peu de lait. La bouillie et le lard devenaient si écœurants
que manger était comme prendre des médicaments, et il
avait du mal à avaler (Russell R. Rich, Ensign to the Nations,
1972, p. 92). Seuls la foi et la consécration des saints les
soutinrent pendant cette période éprouvante.
Le bataillon mormon
Pendant que les saints étaient en Iowa, les recruteurs de l'armée américaine demandèrent aux dirigeants de l'Église de fournir un contingent d'hommes pour participer à la guerre contre le Mexique, qui avait commencé en mai 1846. Les hommes, à qui on finit par donner le nom de bataillon mormon, devaient traverser le sud du pays jusqu'en Californie et seraient payés, vêtus et nourris. Brigham Young encouragea les hommes à s'enrôler, parce que cela permettrait de lever de l'argent pour rassembler les pauvres de Nauvoo et aider les familles des soldats. Le fait de collaborer avec le gouvernement dans cette entreprise montrerait aussi la loyauté des membres de l'Église à leur pays et leur donnerait une bonne raison de camper temporairement sur des terres publiques et indiennes. Finalement, cinq cent quarante et un hommes acceptèrent les conseils de leurs dirigeants et s'enrôlèrent dans le bataillon. Ils furent accompagnés de trente-trois femmes et de quarante-deux enfants.
La perspective d'aller à la guerre était aggravée, chez les membres du bataillon, par la tristesse d'abandonner leurs femmes et leurs enfants à un moment difficile. William Hyde écrit :
« L'idée de quitter ma famille à un moment aussi critique ne se décrit pas. Elle était loin de sa terre d’origine, perdue dans une prairie solitaire, sans aucun autre abri qu'un chariot, écrasée par un soleil brûlant, avec la perspective que les vents froids de décembre la trouveraient au même endroit morne et désolé.
« Ma famille se composait de ma femme et de deux petits enfants qui restaient en la compagnie d'un père et d'une mère âgés et d'un frère. La plupart des membres du bataillon laissaient une famille... Quand allions-nous la retrouver, Dieu seul le savait. Néanmoins nous n'estimions pas devoir murmurer » (Readings in LDS Church History : From Original Manuscripts, éd. William E. Berrett et Alma P. Burton, 3 volumes, 1965, 2:221).
Le bataillon partit vers le sud-ouest et fit trois mille deux cent cinquante kilomètres jusqu'en Californie, souffrant du manque de nourriture et d'eau, de manque sommeil et de soins médicaux et de l'allure rapide de la marche. Les soldats servirent de troupes d'occupation à San Diego, à San Luis Rey et à Los Angeles. À la fin de leur année d'enrôlement, ils furent démobilisés et autorisés à rejoindre leurs familles. Leurs efforts et leur loyauté au gouvernement des États-Unis leur valurent le respect de ceux qui les dirigeaient.
Après leur démobilisation, beaucoup de membres du bataillon restèrent en Californie pour y travailler quelque temps. Un certain nombre d'entre eux se rendirent plus au nord sur l'American River et étaient employés à la scierie de John Sutter lorsqu'on y découvrit de l'or en 1848, ce qui provoqua la célèbre ruée vers l'or de Californie. Mais les frères de l'Église ne restèrent pas en Californie pour profiter de cette occasion de faire fortune. Leur cœur était auprès de leurs frères et sœurs qui traversaient péniblement les plaines américaines vers les Montagnes Rocheuses. L’un d'eux, James S. Brown, explique :
« Je n'ai plus jamais vu ce riche endroit de la terre et je ne le regrette pas, car j'ai toujours eu un objectif plus élevé que l'or... Certains penseront peut-être que nous ne voyions pas où était notre intérêt ; mais après plus de quarante ans, nous regardons en arrière sans regrets, bien que nous ayons vu des fortunes s'édifier dans le pays et que beaucoup de choses nous aient donné la tentation de rester. Les gens disaient : « Ici il y a de l'or dans le roc, de l'or sur les collines, de l'or dans les ruisselets, de l'or partout... et vous pouvez faire fortune en peu de temps ». Nous en étions bien conscients. Mais le devoir nous appelait, notre honneur était en jeu, nous avions fait alliance entre nous, il y avait un principe qui jouait ; car pour nous c'était Dieu et son royaume d'abord. Nous avions des amis et des parents dans le désert, oui, dans une terre désertique, vierge, et qui savait dans quel état ils étaient ? Nous ne le savions pas. C'était donc le devoir avant le plaisir, avant la richesse et, ainsi motivés, nous partîmes » (James S. Brown, Giant of the Lord : Life of a Pioneer, 1960, p. 120). Ces frères savaient bien que le royaume de Dieu avait une valeur bien plus grande que toutes les richesses matérielles de ce monde et ils firent leur choix en conséquence.
Le Brooklyn
La plupart des saints se rendirent dans les Montagnes Rocheuses en faisant la traversée par voie de terre à partir de Nauvoo, mais un groupe de saints de l'est des États-Unis prit le chemin de la mer. Le 4 février 1846, soixante-dix hommes, soixante-huit femmes et cent enfants montèrent à bord du Brooklyn et quittèrent le port de New York pour un voyage de vingt-sept mille kilomètres jusqu'à la côte californienne. Pendant leur voyage, deux enfants naquirent, que l'on appela Atlantic et Pacific, et douze personnes moururent.
Le voyage, qui dura six mois, fut très pénible. Les passagers étaient serrés les uns contre les autres dans la chaleur des tropiques, et ils n'avaient que de la nourriture avariée et de l'eau croupie. Après avoir dépassé le cap Horn, ils s'arrêtèrent dans l’île Juan Fernandez pour s'y reposer pendant cinq jours. Caroline Augusta Perkins écrit : « La vue de la terre ferme et la possibilité de pouvoir la fouler une fois de plus sous nos pieds nous soulageait tellement de la vie sur le bateau, que nous en profitâmes avec reconnaissance ». Ils se baignèrent, lavèrent leurs vêtements dans l'eau fraîche, cueillirent des fruits et des pommes de terre, prirent du poisson et des anguilles et se promenèrent dans l’île, explorant une « caverne du genre de celle de Robinson Crusoé » (Caroline Augusta Perkins, citée dans « The Ship Brooklyn Saints », Our Pioneer Heritage, 1960, p. 506).
Le 31 juillet 1846, après un voyage marqué de violentes tempêtes, d’une nourriture de plus en plus rare et de longues journées de navigation, ils arrivèrent à San Francisco. Certains y restèrent et fondèrent une colonie appelée New Hope, tandis que d'autres traversaient les montagnes pour rejoindre les saints dans le Grand Bassin, à l’est.
Suite du rassemblement
De tous les coins de l'Amérique et de nombreux pays, par toutes sortes de moyens de transport, à cheval ou à pied, les convertis fidèles quittaient leurs maisons et le lieu où ils étaient nés pour rejoindre les saints et entreprendre le long voyage vers les Montagnes Rocheuses.
En janvier 1847, Brigham Young publia le texte inspiré « La Parole et la Volonté du Seigneur concernant le camp d'Israël » (D&A 136:1), qui devint la constitution régissant le mouvement des pionniers vers l'Ouest. Des groupes furent organisés et chargés de prendre soin des veuves et des orphelins qui se trouvaient parmi eux. Les relations avec les autres devaient être exemptes de toute méchanceté, de toute convoitise, de toute querelle. Les gens devaient être heureux et montrer leur reconnaissance par la musique, la prière et la danse. Par l'intermédiaire du président Young, le Seigneur dit aux saints : « Allez faire ce que je vous ai dit, et ne craignez point vos ennemis » (D&A 136:17).
Comme le premier convoi pionnier se préparait à quitter Winter Quarters, Parley P. Pratt revint de sa mission en Angleterre et annonça que John Taylor, qui le suivait, arrivait avec un don financier des saints anglais. Le lendemain, frère Taylor arriva avec l'argent de la dîme envoyé par ces membres de l’Église pour aider les voyageurs, preuve de leur amour et de leur foi. Il apporta aussi des instruments scientifiques qui se révélèrent d’une grande utilité pour déterminer l'itinéraire des pionniers et les aider à s'instruire sur leur environnement. Le 15 avril 1847, le premier convoi, avec Brigham Young à sa tête, se mit en route. Pendant les deux décennies qui suivirent, quelque soixante-deux mille saints allaient les suivre sur les prairies, en chariots et en charrettes à bras, pour se rassembler en Sion.
De merveilleux paysages et des vicissitudes attendaient ces voyageurs. Joseph Moenor se rappela avoir eu du mal à arriver dans la vallée du lac Salé. Mais il vit des choses qu'il n'avait encore jamais vues : d’énormes troupeaux de bisons et de grands cèdres sur les collines (Utah Semi-Centennial Commission, The Book of the Pioneers, 1897, 2 volumes, 2:54, Archives de l'Église). D'autres se souvinrent avoir vu de vastes étendues de tournesols en fleur.
Les saints vécurent aussi des expériences enrichissantes pour la foi, ce qui rendit plus supportables les exigences physiques imposées à leur corps. Après un long jour de voyage et un repas cuit à feu ouvert, hommes et femmes se rassemblaient en groupes pour parler des activités du jour. Ils parlaient des principes de l'Évangile, chantaient des cantiques, dansaient et priaient ensemble.
La mort frappa souvent les saints pendant qu'ils avançaient lentement vers l'Ouest. Le 23 juin 1850, la famille Crandall comptait quinze personnes. À la fin de la semaine, sept étaient mortes de ce terrible fléau qu'était le choléra. Les cinq jours suivants, cinq autres membres de la famille moururent. Le 30 juin, sœur Crandall mourut avec l'enfant auquel elle venait de donner le jour.
Les saints souffrirent beaucoup au cours de leur voyage jusqu'à la vallée du lac Salé, mais un esprit d'unité, de collaboration et d'optimisme régna. Unis par leur foi et leur engagement vis-à-vis du Seigneur, ils trouvèrent de la joie au milieu de leurs épreuves.
Arrivée au lac Salé
Le 21 juillet 1847, Orson Pratt et Erastus Snow, du premier convoi de pionniers, précédèrent les immigrants dans la vallée du lac Salé. Ils y trouvèrent une herbe si haute qu'on pouvait s'y cacher, ce qui promettait des terres à cultiver, et plusieurs ruisseaux qui serpentaient dans la vallée. Trois jours plus tard, Brigham Young, qui souffrait de la fièvre des montagnes, fut amené dans son chariot à l'embouchure d'un canyon qui donnait sur la vallée. Tandis qu'il contemplait l'endroit, il donna sa bénédiction prophétique à leur voyage : « Nous sommes arrivés. C’est ici ».
Lorsque les saints qui suivaient débouchèrent
des montagnes, ils contemplèrent, à leur tour, leur
terre promise. Cette vallée, avec son lac salé qui
luisait dans le soleil de l'ouest, était l'objet des visions
et des prophéties, la terre dont eux et des milliers derrière
eux avaient rêvé. C'était leur lieu de refuge, où
ils deviendraient un peuple puissant au milieu des Montagnes
Rocheuses. Plusieurs années plus tard, Jean Rio Griffiths
Baker, une convertie d'Angleterre, écrivit ce qu'elle
ressentit lorsqu’elle contempla Salt Lake City pour la première
fois : « La ville... est disposée en
carrés ou en blocs, comme on les appelle ici ; chacun
contient quatre hectares et est divisé en huit lots, dont
chacun a une maison. Je restai là à regarder. Il m'est
difficile d'analyser mes sentiments, mais je pense que les principaux
étaient la joie et la reconnaissance pour la protection qui
nous avait été accordée à moi et aux
miens pendant notre long et dangereux voyage » (« Jean
Rio Griffiths Baker Diary », 29 septembre 1851, Archives
de l'Église).
Charrettes à bras
Dans les années 1850, les dirigeants de l'Église décidèrent de constituer des convois de charrettes à bras afin de diminuer les frais et de pouvoir accorder une aide financière au plus grand nombre d'émigrants. Les saints qui voyagèrent de cette façon ne mettaient que cent livres de farine et des quantités limitées de provisions et de biens dans une charrette et la poussaient ensuite sur les plaines. De 1856 à 1860, dix convois de charrettes à bras se rendirent en Utah. Huit d'entre eux arrivèrent à bon port dans la vallée du lac Salé, mais deux d'entre eux, les convois Martin et Willie, furent surpris par un hiver précoce et beaucoup de gens périrent.
Nellie Pucell, pionnière d'un de ces malheureux convois, eut son dixième anniversaire dans les plaines. Son père et sa mère moururent pendant le voyage. Lorsque le groupe approcha des montagnes, le temps était glacial, les rations étaient épuisées, et les saints étaient trop affaiblis par la faim pour continuer. Nellie et sa sœur s'effondrèrent. Quand elles eurent presque perdu tout espoir, le chef du convoi s'approcha d'elles avec son chariot. Il mit Nellie dans le chariot et dit à Maggie de l'accompagner à pied, en s'agrippant au chariot pour se soutenir. La marche forcée épargna à Maggie les gelures.
Quand ils arrivèrent à Salt Lake City et que l'on enleva les chaussures et les bas que Nellie avait portés pour traverser les plaines, sa peau gelée se détacha. Dans la douleur, on dû amputer les pieds de cette courageuse jeune fille qui marcha sur les genoux le reste de sa vie. Elle se maria plus tard et donna le jour à six enfants. Malgré son handicap, grâce à sa détermination et à la gentillesse de ceux qui s'occupèrent d'elle, elle entretint sa maison et éleva une belle postérité (Story of Nellie Pucell Unthank, Heart Throbs of the West, comp. Kate B. Carter, 12 volumes, 1939-51, 9:418-20).
Un homme, qui avait traversé les plaines avec le convoi de charrettes à bras Martin, vécut de nombreuses années en Utah. Un jour, il se trouvait avec un groupe de personnes qui commencèrent à critiquer vivement les dirigeants de l'Église d'avoir permis aux saints de traverser les plaines en n'ayant pas davantage de réserves ou de protection que celles que fournissait un convoi de charrettes à bras. Le vieillard écouta jusqu'à ce qu'il ne pu plus le supporter ; puis il se leva et dit avec beaucoup d'émotion :
« J'étais dans ce convoi et ma femme y était... Nous avons souffert au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer, et beaucoup sont morts de faim et de froid ; mais avez-vous jamais entendu un survivant de ce convoi se livrer à la moindre critique ?... Ils ont traversé les plaines avec la connaissance absolue que Dieu vit, car, dans notre détresse, nous avons appris à le connaître.
« J'ai tiré ma charrette à bras alors que j'étais si faible et si las de maladie et de manque de nourriture qu'il m'était quasiment impossible de mettre un pied devant l'autre. J'ai regardé devant moi et j'ai vu une étendue de sable qui montait, et je me suis dit : Je ne pourrai aller que jusque-là et alors je devrai renoncer, car je ne pourrai pas arriver au bout en tirant cette charge... J'ai continué jusqu'à ce sable, et quand j'y suis arrivé, c'est la charrette qui a commencé à me pousser.
Je me suis retourné bien des fois pour voir qui poussait ma charrette, mais mes yeux n'ont vu personne. J'ai su alors que les anges de Dieu étaient là. « Ai-je regretté d'avoir décidé de venir avec les charrettes à bras ? Non. Ni à ce moment-là, ni à aucun instant de ma vie depuis lors. Ce que nous avons dû payer pour faire la connaissance de Dieu, cela a été une joie de le payer, et je suis reconnaissant d'avoir eu la bénédiction de venir avec le convoi de charrettes à bras de Martin » (William Palmer, cité dans David O. McKay, Pioneer Women, Relief Society Magazine, janvier 1948, p. 8).
Ces premiers membres de l'Église qui avaient accepté l'Évangile et parcouru un long trajet pour vivre aux avant-postes de la civilisation, furent un exemple de foi et de courage pour les générations suivantes.
7. Une bannière pour les nations (1847-1880)
Après avoir réussi à faire traverser les plaines par le premier convoi jusqu'en Utah, Brigham Young tourna son attention vers l'établissement du royaume de Dieu dans le désert. Grâce à sa vision et à sa direction, ce qui était un désert total devint une civilisation prospère et un havre pour les saints. La franchise avec laquelle il dirigeait permit aux saints de voir les possibilités qu'offrait leur nouvelle patrie et les aida à poursuivre leur œuvre d’édification du royaume de Dieu.
Deux jours après l'arrivée du premier convoi, Brigham Young et plusieurs des Douze montèrent sur un promontoire à flanc de montagne dont le président Young avait eu la vision avant de quitter Nauvoo. Ils contemplèrent la vaste étendue de la vallée et prophétisèrent que toutes les nations du monde seraient les bienvenues en ce lieu et que les saints y connaîtraient la prospérité et la paix. Ils appelèrent la colline Ensign Peak, d'après l'Écriture d'Ésaïe qui promettait : « Il élèvera une bannière pour les nations, il rassemblera les exilés d'Israël » (Ésaïe 11:12) (Journal of Discourses, 13:85-86).
Le premier acte public du président Young, le 28 juillet 1847, fut de choisir un site central pour un temple et de mettre des hommes au travail pour en planifier la conception et la construction. En posant sa canne à l'endroit choisi, il dit : « Ici nous construirons un temple à notre Dieu ». Cette déclaration dut réconforter les saints qui, si peu de temps auparavant, avaient été obligés d'abandonner le culte au temple.
En août, les dirigeants de l'Église et la plus grande partie du premier convoi de pionniers retournèrent à Winter Quarters pour préparer leurs familles à se rendre dans la vallée du lac Salé l'année suivante. Peu après leur arrivée, Brigham Young et le Collège des Douze eurent le sentiment que le moment était venu de réorganiser la Première Présidence. En qualité de président du Collège des Douze, Brigham Young fut soutenu comme président de l'Église. Il choisit Heber C. Kimball et Willard Richards comme conseillers, et les saints soutinrent leurs dirigeants à l'unanimité.
Première année dans la vallée
Deux autres convois de saints arrivèrent dans la vallée du lac Salé avant la fin de l'été 1847, et les saints, dont le nombre s'élevait à près de deux mille, furent organisés pour former le pieu de Salt Lake. On fit des semailles tardives, mais la récolte fut maigre, et lorsqu’arriva le printemps, beaucoup souffraient du manque de nourriture. John R. Young, qui était enfant à l'époque, écrira :
« Lorsque l'herbe commença à pousser, la famine était devenue grave. Pendant plusieurs mois, nous n'eûmes pas de pain. Du bœuf, du lait, de l'herbe à cochon, des ségos [racines de plantes] et des chardons constituaient notre ordinaire. J'étais le berger, et pendant que j'étais dans les champs à surveiller le troupeau, je mangeais des tiges de chardon jusqu'à en avoir l'estomac aussi rempli que celui d'une vache. Finalement la faim fut si forte que papa descendit de la branche la vieille peau de bœuf picorée par les oiseaux, et on en fit le plus délicieux des potages » (John R. Young, Memoirs of John R. Young, 1920, p. 64).
Les colons collaboraient généreusement et partageaient entre eux. Ils purent ainsi survivre à cette période difficile. En juin 1848, les colons avaient ensemencé entre deux mille et deux mille cinq cents hectares de terre, et la vallée commençait à avoir un aspect vert et fertile. Mais à la consternation des saints, des nuées de sauterelles noires s'abattirent sur les cultures. Les colons firent tout ce qu'ils pouvaient. Ils creusèrent des tranchées et détournèrent des cours d'eau sur les sauterelles. Ils tapèrent sur les insectes à coups de bâton et de balai et essayèrent de les brûler, mais leurs tentatives furent inutiles. Les sauterelles continuaient à arriver et leur nombre paraissait infini. John Smith, patriarche et président du pieu de Salt Lake, demanda un jour de jeûne et de prière. De grands vols de mouettes apparurent bientôt dans le ciel et s'abattirent sur les sauterelles. Susan Noble Grant dit à propos de cette expérience : « Nous eûmes la surprise de voir les mouettes gober, presque avec voracité, les sauterelles qui grouillaient partout » (Carter E. Grant, Le royaume de Dieu rétabli, 1964, p. 450). Les saints regardèrent avec joie et admiration. Ils étaient sauvés.
Les saints travaillèrent avec
énergie et avec foi en dépit de leur situation
difficile, et ils ne tardèrent pas à faire de grands
progrès. Un voyageur, en route pour la Californie, traversa
Salt Lake City en septembre 1849 et leur fit cet éloge :
« Je ne me suis jamais trouvé parmi un peuple plus
ordonné, plus sérieux, plus industrieux et plus poli
que celui-ci, et il est incroyable de voir tout ce que ces gens ont
fait en si peu de temps dans ce désert. Dans cette ville, où
il y a de quatre à cinq mille habitants, je n'ai pas rencontré
un seul oisif, aucune personne qui ait l’air d'un vagabond. Ils
ont de bonnes perspectives de récolte, et il y a, dans tout ce
qu'on voit, un esprit et une énergie qu'on ne retrouve dans
aucune des localités, aussi grandes ou petites soient-elles,
où je suis allé » (cité dans B. H.
Roberts, Life of
John Taylor, 1963,
p. 202).
Explorations
À la fin de l'été 1848, Brigham Young fit de nouveau le voyage de Winter Quarters à la vallée du lac Salé. Quand il arriva, il se rendit compte que les saints avaient besoin d'apprendre quelles ressources existaient dans leur nouvel environnement. On apprit beaucoup des Indiens qui vivaient dans la région, mais le président Young envoya également des membres de l'Église en exploration pour découvrir les propriétés médicinales des plantes et les ressources naturelles existantes.
Il envoya d'autres groupes d'explorateurs trouver des emplacements à coloniser. Au cours de leur voyage, ces groupes découvrirent des dépôts minéraux, du bois en abondance, des sources d'eau et des herbages ainsi que des régions convenant pour la colonisation. Pour empêcher la spéculation immobilière, le prophète recommanda aux saints de ne pas diviser le terrain qui leur était confié pour le vendre à d'autres. La terre était leur intendance et devait être gérée avec sagesse et industrie et non pour un gain financier.
Pendant l'automne 1849, on créa
le fonds perpétuel d'émigration sous la direction du
président Young. Sa raison d'être était d'aider
les pauvres qui n'avaient pas le moyen de voyager à rejoindre
le gros de la population de l'Église. Au prix de grands
sacrifices, beaucoup de saints contribuèrent au fonds, et des
milliers de saints purent ainsi faire le voyage jusqu'à la
vallée du Lac Salé. Dès qu'ils le pouvaient,
ceux qui étaient aidés étaient censés
rembourser l'aide qu'ils avaient reçue, de sorte que ces fonds
furent utilisés pour
en aider d'autres encore. Grâce à cet esprit coopératif,
les saints soulagèrent ceux qui étaient dans le besoin.
Missionnaires
Pendant que le bourdonnement du travail et de la vie domestique remplissait l'air, Brigham Young s'occupait des affaires de l'Église. Lors de la conférence générale tenue le 6 octobre 1849, il chargea plusieurs membres des Douze, ainsi que des missionnaires nouvellement appelés, de partir en mission à l'étranger. Ils acceptèrent cet appel qui les obligeait à laisser derrière eux leurs familles, leurs maisons neuves et beaucoup de tâches inachevées. Erastus Snow et plusieurs anciens ouvrirent l'œuvre missionnaire en Scandinavie, tandis que Lorenzo Snow et Joseph Toronto se rendaient en Italie. Addison et Louisa Barnes Pratt retournèrent dans l'ancien champ de mission d'Addison dans les îles de la Société. John Taylor fut envoyé en France et en Allemagne. Au cours de leur voyage vers l'Est, les missionnaires croisèrent des saints en route pour la nouvelle Sion des montagnes Rocheuses.
Dans le champ de la mission, les missionnaires furent témoins de miracles et baptisèrent beaucoup de gens. Quand Lorenzo Snow, qui devint plus tard président de l'Église, prêcha en Italie, il vit un garçon de trois ans qui était sur le point de mourir. Il y vit une occasion de guérir l'enfant et d'ouvrir le cœur des gens de la région. Cette nuit-là il pria longtemps et avec ferveur pour avoir les instructions de Dieu, et le lendemain son compagnon et lui jeûnèrent et prièrent pour le garçon. Cet après-midi-là, ils lui firent l'imposition des mains et firent une prière silencieuse pour avoir de l'aide. Le garçon dormit paisiblement toute la nuit et fut miraculeusement guéri. La nouvelle de cette guérison se répandit dans les vallées du Piémont, en Italie. Les portes s'ouvrirent alors aux missionnaires et les premiers baptêmes de la région eurent lieu (Francis M. Gibbons, Lorenzo Snow : Spiritual Giant, Prophet of God, 1982, p. 64).
En août 1852, lors d'une conférence tenue à Salt Lake City, cent six anciens furent appelés à partir en mission vers des pays du monde entier. Ces missionnaires, ainsi que ceux qui furent appelés plus tard, prêchèrent l'Évangile en Amérique du Sud, en Chine, en Inde, en Espagne, en Australie, à Hawaï et dans le Pacifique sud. Dans la plupart de ces régions, ces missionnaires eurent peu de succès au départ. Mais ils plantèrent des semences qui donnèrent plus tard un grand nombre de conversions en présence d’une autre génération de missionnaires.
Edward Stevenson fut appelé à la mission de Gibraltar, en Espagne. Cet appel signifiait qu'il retournait là où il était né, et il y proclama hardiment l'Évangile rétabli à ses concitoyens. Il fut arrêté parce qu'il prêchait et passa un certain temps en prison, jusqu'à ce que les autorités s'aperçoivent qu'il instruisait les gardes, et qu'il avait presque converti l'un d'eux. Libéré, il baptisa deux personnes, et dès janvier 1854, une branche de dix membres de l’Église était organisée. En juillet, la branche comptait dix-huit membres. Six d’entre eux étaient en Asie, enrôlés par l'armée britannique. La branche comptait un soixante-dix, un ancien, un prêtre et un instructeur, ce qui lui permettait de continuer à grandir (The Church in Spain and Gibraltar, Friend, mai 1975, p. 33).
Les gouvernements locaux de Polynésie française expulsèrent les missionnaires en 1852. Mais les saints convertis maintinrent l'Église en vie jusqu'à ce que de nouveau des missionnaires soient envoyés en 1892. Les frères Tihoni et Maihea furent particulièrement vaillants. Ils subirent l'emprisonnement et d'autres épreuves plutôt que de renier leur foi. Chacun d'eux essaya de maintenir les saints pratiquants et fidèles à l'Evangile (R. Lamer Britsch, Unto the Islands of the Sea : A History of the Latter-day Saints in the Pacific, 1986, pp. 21-22).
C'était l’époque du rassemblement en Sion. Pour ceux qui devinrent membres de l'Église en dehors des États-Unis, cela signifiait se rendre en Amérique. Elizabeth et Charles Wood partirent en 1860 d'Afrique du Sud, où ils avaient travaillé plusieurs années pour gagner l'argent nécessaire à leur voyage. Elizabeth fit le ménage pour un homme riche, et son mari fit des briques jusqu'à ce qu'ils obtinssent les fonds nécessaires. Elizabeth fut transportée à bord du bateau dans un lit vingt-quatre heures après avoir accouché d'un fils, et on lui donna la cabine du capitaine pour qu'elle fût plus à l'aise. Elle fut très malade pendant le voyage et manqua à deux reprises de mourir, mais elle survécut et s'installa à Fillmore (Utah).
Les missionnaires devinrent très
chers aux saints dans les pays où ils servaient. Vers la fin
de sa mission à Hawaï en 1857, Joseph F. Smith tomba
malade d'une forte fièvre qui l'empêcha de travailler
pendant trois mois. Il eut la bénédiction d'être
confié aux bons soins de Ma Mahuhii, sainte hawaïenne
fidèle. Elle le soigna comme s'il était son propre
fils, et un puissant lien d'affection se créa entre eux. Des
décennies plus tard, lorsqu'il fut président de
l'Église, Joseph F. Smith rendit visite à Honolulu et
juste après son arrivée, vit qu'on lui amenait une
vieille femme aveugle qui tenait quelques belles bananes dans la main
pour les offrir. Il l'entendit crier : « Iosepa,
Iosepa » (Joseph, Joseph). Il courut directement vers
elle, la serra dans ses bras et l'embrassa encore et encore en lui
tapotant la tête et en disant : « Mama, Mama,
ma chère vieille Mama » (Charles W. Nibley,
« Reminiscences of President Joseph F. Smith »,
Improvement Era, janvier 1919, pp. 193-94).
La colonisation
De nombreuses localités furent fondées en Utah et au sud de l'Idaho et plus tard dans certaines parties de l'Arizona, du Wyoming, du Nevada et de Californie, par des personnes et des familles appelées lors des conférences générales de l’Église. Brigham Young commanda la création de ces communautés où des milliers de nouveaux colons pouvaient vivre et cultiver la terre. De son vivant, toute la vallée du Lac Salé et beaucoup de régions avoisinantes furent colonisées. Dès 1877, année de la mort de Brigham Young, plus de trois cent cinquante colonies avaient été créées et en 1900 il y en avait presque cinq cents. Brigham Henry Roberts, une des Autorités générales de l'époque, attribua le succès de la colonisation mormone à « la loyauté du peuple à ses dirigeants et ses sacrifices désintéressés et dévoués » dans l'exécution des missions données par le président Young (cité dans Russell R. Rich, Ensign to the Nations, 1972, p. 349). Les colons sacrifièrent le confort matériel, la compagnie d’amis et parfois leur vie pour suivre un prophète du Seigneur.
Aux conférences générales de l’Église, le président Young lisait les noms des frères et de leurs familles qui étaient appelés à s'installer dans des régions reculées. Ces colons considéraient qu'on les appelait en mission et ils savaient qu'ils resteraient jusqu'à leur relève dans les lieux où ils étaient affectés. Ils se rendaient dans leur nouveau territoire à leurs propres frais et avec leur propre équipement. Sur place, leur succès dépendait de l'habileté avec laquelle ils utilisaient les ressources disponibles. Ils mesuraient et défrichaient des champs, construisaient des moulins à blé, creusaient des fossés d'irrigation pour amener de l'eau, clôturaient des pâturages pour leur bétail, construisaient des routes, plantaient des cultures, créaient des jardins, construisaient des églises et des écoles et essayaient d'entretenir des relations amicales avec les Indiens. Ils s'entraidaient dans toutes les circonstances, comme la maladie, les naissances, les décès et des mariages.
En 1862, Charles Lowell Walker fut appelé à s'installer dans le sud de l'Utah. Il assista à une réunion pour ceux qui avaient été appelés et écrivit : « J'ai appris ici un principe que je n'oublierai pas de si tôt. Il m'a montré que l'obéissance était un grand principe dans le ciel et sur la terre. Il y a maintenant sept ans que je travaille ici par tous les temps, en ayant faim et dans des situations difficiles, et j'ai fini par avoir une maison, avec beaucoup d'arbres fruitiers qui commencent tout juste à porter et à avoir belle allure. Eh bien, il faut que je quitte cela et que j'aille faire la volonté de mon Père céleste, qui décide souverainement pour le bien de ceux qu'il aime et le craignent. Je prie Dieu qu'il me donne la force d'accomplir d'une manière acceptable devant lui ce qui est requis de moi » (Diary of Charles Lowell Walker, éd. A. Karl Larson et Katharine Miles Larson, 2 volumes, 1980, 1:239).
Charles C. Rich, membre du Collège des douze apôtres, reçut aussi un appel à participer à la colonisation. Brigham Young l'appela, lui et quelques autres frères, à partir avec leurs familles s'installer dans la Bear Lake Valley, à environ deux cent quarante kilomètres au nord de Salt Lake City. La vallée était située à une très haute altitude et était très froide et recouverte d'une épaisse couche de neige en hiver. Frère Rich venait de rentrer d'une mission en Europe et n'était pas pressé de déplacer sa famille et de recommencer à zéro dans des circonstances difficiles. Mais il accepta l'appel et, en juin 1864, arriva dans la Bear Lake Valley. L’hiver suivant fut particulièrement rigoureux et, au printemps, certains des autres frères avaient décidé de partir. Frère Rich se rendait compte que la vie ne serait pas facile dans ce climat froid mais dit :
« Il y a eu beaucoup de vicissitudes, cela je le reconnais... et nous les avons subies ensemble. Mais si vous voulez aller ailleurs, c'est votre droit, et je ne veux pas vous en priver... Mais je dois rester ici, dussé-je rester seul. Le président Young m'a appelé ici, et c'est ici que je resterai jusqu'à ce qu'il me relève et me permette de partir ». Charles C. Rich et sa famille restèrent, et il devint pendant les quelques décennies qui suivirent le dirigeant d'une communauté prospère (Leonard J. Arrington, Charles C. Rich, 1974, p. 264). Comme des milliers d'autres, il obéit de bon cœur à ses dirigeants pour contribuer à l'édification du royaume du Seigneur.
Les Indiens
En pénétrant plus avant dans le territoire, les colons étaient souvent en rapport avec les Indiens. Au contraire de certains colons de l'Ouest, le président Young enseigna aux saints qu'ils devaient nourrir leurs frères et sœurs indigènes et essayer de les amener dans l'Église. On entreprit du prosélytisme parmi les Indiens à Fort Lemhi, dans la région de la Salmon River du territoire d'Idaho et dans la colonie de Elk Mountain (haut Colorado) dans le territoire d'Utah. En 1875, Daniel D. MacArthur baptisa 130 Indiens de la tribu Shivwits, dont le chef, Qwi-Tus. Le président Young créa aussi des Sociétés de secours dont les membres cousaient des vêtements pour leurs frères et sœurs indiens et réunissaient de l'argent pour les nourrir.
Quand Elizabeth Kane, épouse de Thomas L. Kane, grand ami des saints, non membre de l'Église, traversa l'Utah, elle logea chez une mormone. Elle ne fut pas très impressionnée par la femme jusqu'au moment où elle vit comment elle traitait les Indiens. Quand la femme appela ses invités pour le dîner, elle adressa aussi quelques mots aux Indiens qui attendaient. Elizabeth demanda ce qu'elle avait dit aux Indiens et l'un des fils de la famille lui dit : « Ces étrangers sont arrivés avant vous, et j'ai cuisiné juste assez pour eux ; mais votre repas est en train de cuire, et je vous appellerai dès qu'il est prêt ». Incrédule, Elizabeth demanda si elle allait vraiment nourrir les Indiens. Le fils lui dit : « Maman va les servir comme elle vous sert, et elle leur donnera une place à sa table ». Elle les servit et s'occupa d'eux pendant qu'ils mangeaient (Elizabeth Wood Kane, Twelve Mormon Homes Visited in Succession on a journey through Utah to Arizona, 1974, pp. 65-66).
La prêtrise et les organisations auxiliaires
À la fin de sa vie, le président Young clarifia et fixa certaines responsabilités importantes de la prêtrise. Il dit aux Douze de tenir des conférences dans tous les pieux. Sept nouveaux pieux et cent quarante paroisses furent ainsi créés un peu partout en Utah. Les devoirs des présidences de pieu, des grands conseils, des épiscopats, des présidences de collège furent clairement définis, et des centaines d'hommes furent appelés à remplir ces postes. Brigham Young recommanda aux membres de l'Église de mettre leur vie en ordre et de payer leur dîme, leurs offrandes de jeûne et les autres dons.
En 1867, le prophète nomma
George Q. Cannon surintendant général de l'École
du dimanche et, au bout de quelques années, l'École du
dimanche fut un élément permanent de l'organisation de
l'Église. En 1869, il commença à donner à
ses filles un enseignement régulier sur la façon de
mener une vie pudique. En 1870, il étendit ces instructions à
toutes les jeunes filles en créant la Retrenchment Association
(« retrench » signifie éliminer tout ce
qui est excessif). Ce fut le commencement de l'organisation des
Jeunes Filles. En juillet 1877, il se rendit à Ogden (Utah)
pour organiser la première Société de secours de
pieu.
Mort et legs de Brigham Young
Le président Young était un homme pratique et énergique. Il se rendait dans les colonies de l'Église pour instruire les saints et les encourager. Par le précepte et par l'exemple, il leur enseigna à s'appliquer dans l’accomplissement de leurs devoirs dans l'Église. En évaluant sa vie, le président Young écrivit ce qui suit en réponse au rédacteur en chef d'un journal de New York :
« Résumés brièvement, les résultats de mes travaux au cours des 26 dernières années sont : le peuplement de ce territoire par environ cent mille saints des derniers jours ; la fondation de plus de deux cents villes, bourgs et villages habités par notre peuple... et l'établissement d'écoles, de fabriques, d'usines et d'autres institutions destinées à améliorer nos communautés et à les faire prospérer... Ma vie tout entière est consacrée au service du Tout-Puissant » (cité dans Gordon B. Hinckley, La Vérité rétablie, 1980, p. 132).
En septembre 1876, le président Young témoigna puissamment du Sauveur : « Je témoigne que Jésus est le Christ, le Sauveur et le Rédempteur du monde ; j'ai obéi à ses paroles et réalisé sa promesse, et la connaissance que j'ai de lui, la sagesse de ce monde ne peut ni me la donner ni me l'enlever » (Journal of Discourses, 18:233).
En août 1877, le président Young tomba gravement malade, et en dépit des soins des médecins, il décéda au bout d'une semaine. Il avait soixante-seize ans et avait dirigé l'Église pendant trente-trois ans. Nous voyons en lui un prophète dynamique qui conduisit l'Israël moderne dans sa terre promise. Ses sermons traitaient de tous les aspects de la vie quotidienne, montrant bien que la religion fait partie de la vie de tous les jours. La compréhension qu'il avait de la frontière américaine et sa direction pleine de bon sens incitèrent son peuple à accomplir des tâches apparemment impossibles, et à créer, avec la bénédiction du ciel, un royaume dans le désert.
8. Période de mise à l'épreuve (1878-1900)
John Taylor
Après la mort de Brigham Young, le Collège des douze apôtres, sous la présidence de John Taylor, dirigea les saints des derniers jours pendant trois ans. Le 10 octobre 1880, John Taylor fut soutenu comme président de l'Église. C'était un écrivain et un journaliste doué, qui publia un livre sur l'Expiation et fut le rédacteur de quelques-uns des périodiques les plus importants de l'Église, notamment le Times and Seasons et le Mormon. En de nombreuses occasions, il montra son courage et son profond dévouement à l'Évangile rétabli : entre autres, il rejoignit volontairement ses frères à la prison de Carthage, où il fut touché par quatre balles. Sa devise personnelle, « le royaume de Dieu ou rien », exprime sa loyauté à Dieu et à l'Église.
L’œuvre missionnaire
Le président Taylor tenait à faire tout ce qu'il pouvait pour que l'Évangile fût proclamé jusqu'aux extrémités de la terre. À la conférence générale d'octobre 1879, il appela Moses Thatcher, l'apôtre le plus récent de l'Église, à faire du prosélytisme à Mexico. Le 13 novembre 1879, frère Thatcher et deux autres missionnaires organisèrent la première branche de l'Église à Mexico, avec, comme président de branche, le Dr Plotino C. Rhodacanaty. Celui-ci avait été converti après avoir lu une brochure en espagnol sur le Livre de Mormon et avoir écrit au président Taylor pour obtenir des renseignements supplémentaires sur l'Église.
Avec un noyau de douze membres et de trois missionnaires, l'Évangile rétabli commença à se répandre lentement parmi les Mexicains. Le 6 avril 1881, frère Thatcher, Feramorz Young et un certain frère Pais escaladèrent le Popocatepetl jusqu'à une hauteur de quatre mille sept cents mètres et tinrent un bref service de consécration. À genoux devant le Seigneur, frère Thatcher consacra le Mexique et son peuple pour qu'ils entendent la voix du Seigneur, leur vrai berger.
Frère Thatcher rentra à Salt Lake City et recommanda l'appel d'autres missionnaires pour servir au Mexique. Plusieurs jeunes gens, dont Anthony W. Ivins, futur membre de la Première Présidence, servirent bientôt à Mexico. Dans le cadre de l'œuvre de l'Église dans la mission mexicaine, une édition en langue espagnole du Livre de Mormon fut publiée en 1886. L'histoire de Milton Trejo, qui aida à traduire le Livre de Mormon et d'autres textes de l'Église en espagnol, montre comment le Seigneur dirige son œuvre.
Milton Trejo naquit en Espagne et grandit sans se décider pour aucune religion. Il était sous les drapeaux aux Philippines lorsqu'il entendit une réflexion sur les mormons des montagnes Rocheuses et éprouva le grand désir de leur rendre visite. Plus tard, il tomba très malade et il lui fut dit en rêve qu'il devait visiter l'Utah. Quand il guérit, il se rendit à Salt Lake City, rencontra Brigham Young et étudia l'Évangile. Il acquit la conviction qu'il avait trouvé la vérité et devint membre de l'Église. Il fit une mission au Mexique. Il était alors préparé, spirituellement et intellectuellement, à jouer un rôle majeur dans l'œuvre qui allait permettre aux hispanophones de lire le Livre de Mormon dans leur langue.
Le président Taylor appela aussi des missionnaires pour porter l'Évangile aux Indiens vivant dans l'Ouest américain. Les travaux d'Amos Wright eurent un succès particulier parmi les Shoshones résidant dans la réserve de la Wind River du Wyoming. En quelques mois seulement, Wright avait baptisé plus de trois cents Indiens, parmi lesquels le chef Washakie. Les missionnaires de l'Église portèrent aussi l'Évangile aux Navajos, aux Pueblos et aux Zunis vivant en Arizona et au Nouveau-Mexique. Wilford Woodruff passa un an à faire du prosélytisme parmi les Indiens, dont les Hopis, les Apaches et les Zunis. Ammon M. Tenney participa au baptême de plus de cent Zunis.
Les missionnaires continuèrent aussi à enseigner l'Évangile en Angleterre et en Europe. En 1883, Thomas Biesinger, né en Allemagne, et qui habitait Léhi (Utah), reçut un appel à aller en mission en Europe. Avec Paul Hammer, il fut envoyé à Prague, qui faisait alors partie de l'empire austro-hongrois. La loi interdisait aux missionnaires de faire du prosélytisme ; ils se contentèrent donc d'entrer en conversation avec les gens qu'ils rencontraient. Ces conversations déviaient souvent vers la religion. Après avoir agi de cette manière pendant un mois seulement, frère Biesinger fut arrêté et retenu pendant deux mois en prison. Lorsqu'il recouvra la liberté, il eut la bénédiction de baptiser Antonin Just, qui était celui qui l'avait dénoncé. Frère Just devint le premier saint des derniers jours résidant en Tchécoslovaquie (Kahlile Mehr, « Enduring Believers : Czechoslovakia and the LDS Church, 1884-1990 », Journal of Mormon History, automne 1992, pp. 112-113).
L'Évangile fut également prêché en Polynésie. Deux Hawaïens, les frères Kimo Pelio et Samuela Manoa, furent envoyés en 1862 à Samoa. Ils baptisèrent une cinquantaine de personnes, et frère Manoa continua à habiter Samoa pendant les vingt-cinq années suivantes avec ses convertis. En 1887, Joseph H. Dean, de Salt Lake City, fut appelé en mission à Samoa. Frère Manoa et sa fidèle épouse ouvrirent leur maison à frère Dean et à sa femme, Florence, premiers saints des derniers jours extérieurs à Samoa qu'ils eussent vus en plus de vingt ans. Frère Dean ne tarda pas à baptiser quatorze personnes et fit un mois plus tard son premier sermon en samoan (R. Lamer Britsch, Unto the Islands of the Sea : A History of the Latter-day Saints in the Pacific, 1986, pp. 352-354). C'est ainsi que l'œuvre missionnaire recommença dans l'île.
À partir de 1866, pour
empêcher la diffusion de la lèpre, les autorités
hawaïennes emmenèrent les personnes atteintes de la
maladie dans la péninsule de Kalaupapa dans l'île de
Molokai. En 1873, Jonathan et Kitty Napela, qui étaient saints
des derniers jours, y furent envoyés. Seule Kitty avait la
maladie, mais Jonathan, qui lui avait été scellé
dans la maison des dotations de Salt Lake City, refusa de l'y laisser
seule. Jonathan contracta plus tard la maladie, et lorsqu'un bon ami
lui rendit visite neuf ans plus tard, c'est à peine s'il le
reconnut. Jonathan présida un certain temps les saints de la
péninsule, qui en 1900 comptait plus de deux cents âmes.
Les dirigeants de l'Église n'oublièrent pas les membres
fidèles qui souffraient de cette terrible maladie et rendaient
souvent visite à la branche pour veiller à ses besoins
spirituels (Lee G. Cantwell, The
Separating Sickness,
This People, été 1995, p. 58).
Le jubilé
Le 6 avril 1880, les membres de l'Église fêtèrent le cinquantième anniversaire de l'organisation de l'Église. Ils l'appelèrent « année du jubilé », comme le faisaient les anciens Israélites pour chaque cinquantième année. Le président Taylor remit beaucoup de dettes que devaient à l'Église ses membres nécessiteux. L'Église fit également don de trois cents vaches et de deux mille moutons, qui devaient être distribués entre ses « nécessiteux méritants » (B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 5:592). Les sœurs de la Société de secours de l'Église firent don de quelque trente cinq mille boisseaux de blé à ceux qui étaient dans le besoin. Le président Taylor recommanda aussi aux membres de l'Église de remettre les dettes personnelles, surtout parmi ceux qui étaient dans la détresse. « C'est le temps du jubilé ! » déclara-t-il (op. cit., 5:593). Un esprit de pardon et de joie se fit fortement sentir parmi les saints des derniers jours.
Le dernier jour de la conférence générale du jubilé d'avril 1880 fut très émouvant. Onze des douze apôtres rendirent leur témoignage pendant la dernière session. Orson Pratt, l'un des membres originels du Collège des douze apôtres, parla de l'époque où l'Église tout entière s'était réunie chez Peter Whitmer, père, à Fayette (New York) et rappela les épreuves, les rassemblements, les persécutions et les afflictions des saints des derniers jours, et se dit reconnaissant d'être toujours compté parmi ce peuple. Il rendit ensuite témoignage de la grande œuvre que le Seigneur avait faite au cours des cinquante dernières années (op. cit., 5:590-91). Il ne restait plus à frère Pratt que quelques mois à vivre. Il était heureux d'avoir persévéré et d'être resté un saint des derniers jours fidèle.
Deux ans avant le jubilé, John
Taylor avait autorisé la création d'une organisation
pour donner un enseignement religieux aux enfants. La première
Primaire commença à Farmington (Utah), à
vingt-cinq kilomètres au nord de Salt Lake City, et au milieu
des années 1880, une Primaire avait été
organisée dans presque toutes les colonies des saints des
derniers jours.
Reprise des persécutions
Pendant qu’il travaillait, au début des années 1830, à la traduction de la Bible, Joseph Smith fut intrigué par le fait qu’Abraham, Jacob, David et d’autres dirigeants de l’Ancien Testament avaient plus d’une femme. Le prophète pria pour comprendre la chose et apprit qu'à certains moments, dans des buts précis, selon des lois données par Dieu, le mariage plural était approuvé et commandé par Dieu. Il apprit aussi qu'avec l'approbation divine, certains saints des derniers jours seraient bientôt choisis par l'autorité de la prêtrise pour épouser plus d'une femme. Un certain nombre de saints des derniers jours pratiquèrent le mariage plural à Nauvoo, mais il n'y eut d'annonce publique de cette doctrine et de cette pratique qu'à la conférence générale d'août 1852, à Salt Lake City. Lors de cette conférence, Orson Pratt, sur ordre du président Young, annonça que la pratique pour un homme d'avoir plus d'une femme faisait partie du rétablissement de toutes choses par le Seigneur (voir Actes 3:19-21).
Beaucoup de dirigeants politiques et religieux d'Amérique s'insurgèrent quand ils apprirent que les saints des derniers jours vivant en Utah encourageaient un système de mariage qui était considéré comme immoral et antichrétien. Une grande croisade politique fut lancée contre l'Église et ses membres. Le Congrès américain vota une loi qui limitait la liberté des saints des derniers jours et lésait économiquement l'Église. Cette loi amena finalement les autorités à arrêter et à emprisonner les hommes qui avaient plus d'une femme et à leur refuser le droit de vote, le droit à l'intimité au foyer et la jouissance de leurs autres libertés civiques. Des centaines de saints des derniers jours fidèles et un petit nombre de femmes furent condamnés à des peines de prison en Utah, en Idaho, en Arizona, au Nebraska, au Michigan et dans le Dakota du Sud.
Les persécutions devinrent intenses aussi pour beaucoup de personnes qui acceptaient un appel à prêcher l'Évangile, surtout dans le sud des États-Unis. Par exemple, en juillet 1878, Joseph Standing fut brutalement assassiné pendant qu'il oeuvrait près de Rome (Géorgie). Son compagnon, le futur apôtre Rudger Clawson, n'échappa que de peu à la mort. Les saints de Salt Lake City furent profondément affligés par la nouvelle du meurtre de frère Standing. Des milliers de personnes assistèrent à ses funérailles au tabernacle de Salt Lake City.
Les frères John Gibbs, William Berry, William Jones et Henry Thompson parcoururent une grande partie du Tennessee pour essayer de modifier la perception que le public avait de l'Église. Ils se reposaient un matin de sabbat d'août 1884 chez James Condor, près de Cane Creek, au Tennessee. Alors que frère Gibbs étudiait les Écritures à la recherche d'un texte pour son sermon, des émeutiers jaillirent de la forêt et commencèrent à tirer. Les frères Gibbs et Berry furent tués. Frère Gibbs, instituteur, laissait une femme et trois enfants. Sœur Gibbs resta veuve quarante-trois ans et devint sage-femme pour élever ses enfants. Elle mourut fidèle à l'Évangile, dans l'espoir de joyeuses retrouvailles avec son mari. Brigham Henry Roberts, qui faisait fonction de président de mission à l'époque des meurtres, risqua sa vie pour aller, sous un déguisement, exhumer les corps de Gibbs et de Berry. Il ramena les corps en Utah, où beaucoup de paroisses organisèrent des services de commémoration en l'honneur des deux missionnaires. Des missionnaires d'autres régions furent battus jusqu'à ce que le sang leur coule le long du dos, et beaucoup conservèrent jusqu'à leur mort les cicatrices de ces flagellations.
Beaucoup de dirigeants de l'Église
passèrent dans la clandestinité pour éviter
d'être arrêtés par les autorités fédérales
qui recherchaient les hommes ayant plus d'une femme. Les familles
craignaient les intrusions des policiers tard le soir. George Q.
Cannon, Lorenzo Snow, Rudger Clawson, Brigham Henry Roberts, George
Reynolds et d'autres furent envoyés en prison, où ils
passèrent leur temps à écrire des livres, à
donner des cours et à rédiger des lettres à leur
famille. John Taylor fut obligé de vivre en exil à
Kaysville (Utah), à une trentaine de kilomètres au nord
de Salt Lake City, où il mourut le 25 juillet 1887. C'était
un homme de foi et de courage, qui consacra sa vie à son
témoignage de Jésus-Christ et à l'établissement
du royaume de Dieu sur la terre.
Wilford Woodruff
Wilford Woodruff fut un des meilleurs missionnaires de l'Église. Il était également connu pour sa perception prophétique et sa loyauté à l'Église. Il tenait méticuleusement son journal, qui donne beaucoup de renseignements sur les débuts de l'histoire de l'Église. Il était président du Collège des douze apôtres lorsque John Taylor mourut et fut soutenu, presque deux ans plus tard, comme président de l'Église.
Pendant son ministère, la croisade politique contre les saints des derniers jours s'intensifia, mais l'Église alla de l'avant. Il y avait des temples dans trois villes d'Utah : Saint-George, Logan et Manti, et le temple de Salt Lake City était presque achevé. Ces maisons du Seigneur permirent à des milliers de saints de recevoir leur dotation et d’accomplir les ordonnances pour leurs parents décédés. Le président Woodruff s'intéressa toute sa vie au temple et à la généalogie. Il exhorta bien des fois les saints à recevoir les ordonnances du temple pour leurs ancêtres.
L'événement suivant montre bien l'importance de l'œuvre que les saints accomplissaient pour les morts. En mai 1884, Henry Ballard, évêque de la deuxième paroisse de Logan, signait chez lui des recommandations à l'usage du temple. Sa fille de neuf ans, qui bavardait avec des amies sur le trottoir près de la maison, vit deux hommes âgés s'approcher. Ils l'appelèrent, lui remirent un journal et lui dirent de le porter à son père.
La fillette fit ce qu'on lui demandait. Frère Ballard vit que le journal, le Newbury Weekly News, publié en Angleterre, contenait les noms de plus de soixante connaissances à lui et à son père, ainsi que des renseignements généalogiques. Ce journal, daté du 15 mai 1884, lui avait été remis trois jours seulement après son impression. À une époque où on était encore loin de parler de transports aériens, où il fallait plusieurs semaines au courrier pour arriver d'Angleterre dans l'Ouest de l'Amérique, c'était un miracle.
Le lendemain, frère Ballard se rendit avec le journal au temple et raconta l'histoire de sa provenance à Marriner W. Merrill, président du temple. Celui-ci déclara : « Frère Ballard, quelqu'un de l'autre côté est vivement désireux que l'on fasse l'œuvre pour lui, et il savait que vous le feriez si ce journal vous tombait entre les mains » (Melvin J. Ballard : Crusader for Righteousness, 1966, pp. 16-17). Ce journal est conservé à la bibliothèque historique de l'Église à Salt Lake City.
En dépit des persécutions, les dirigeants de l'Église continuèrent à encourager l'installation dans des régions non colonisées de l'Ouest américain. À partir de 1885, beaucoup de familles de l'Église s'installèrent en Sonora et au Chihuahua (Mexique). Ils y fondirent des villes telles que Colonia Juarez et Colonia Diaz. D'autres régions du nord du Mexique reçurent également des immigrants membres de l'Église.
Les membres de l'Église
envisagèrent aussi des colonies au Canada. Charles O. Card,
qui était président du pieu de Cache Valley, fonda, en
1886, une communauté de saints des derniers jours dans le sud
de l'Alberta. Dès l'hiver 1888, plus de cent saints des
derniers jours vivaient dans l'ouest du Canada, et d'autres
arrivèrent pendant les années 1890. Ils constituaient
une main d'œuvre qui participa à la création d’un
système d'irrigation et à la construction d’une
ligne de chemin de fer.
Le Manifeste
Vers la fin des années 1880, le gouvernement des États-Unis décréta d'autres lois privant ceux qui pratiquaient le mariage plural du droit de vote et de participation à un jury et limita radicalement la quantité de biens que l'Église pouvait posséder. Les familles de l'Église souffrirent parce qu'un nombre plus grand encore de pères durent se cacher. Le président Woodruff supplia le Seigneur de le guider. Le soir du 23 septembre 1890, le prophète, agissant sous l'inspiration, écrivit le Manifeste, document qui mettait fin au mariage plural pour les membres de l'Église. Le Seigneur donna une vision au président Woodruff, lui montrant que si la pratique du mariage plural ne prenait pas fin, le gouvernement américain s'emparerait des temples, mettant ainsi fin à l'œuvre du temple pour les vivants et pour les morts.
Le 24 septembre 1890, la Première Présidence et le Collège des douze apôtres soutinrent le Manifeste. Les saints l'approuvèrent à la conférence générale d'octobre 1890. Ce document constitue aujourd'hui la Déclaration officielle n°1 de Doctrine et Alliances.
Après la décision prise
par l'Église, les autorités fédérales
accordèrent la grâce aux saints des derniers jours
condamnés pour avoir enfreint les lois contre la polygamie, et
une grande partie des persécutions prit fin. Mais, comme
l'expliquait le président Woodruff : « J'aurais
laissé tous les temples nous échapper, je serais allé
moi même en prison et aurais laissé tous les autres
hommes y aller, si le Dieu du ciel ne m'avait pas commandé de
faire ce que j'ai fait ; et lorsque vint l'heure où il me
fut commandé de faire cela, c'était tout à fait
clair pour moi. J'allai devant le Seigneur, et j'écrivis ce
que le Seigneur me dit d'écrire » (« Extraits
de trois discours du président Wilford Woodruff concernant le
Manifeste », inclus après la Déclaration
officielle n°1). Ce fut Dieu et non le Congrès américain
qui décida de l'abandon officiel du mariage plural.
La société généalogique
Longtemps avant que les saints des derniers jours ne fondent une société généalogique, des membres de l'Église rassemblèrent des documents sur la vie de leurs ancêtres décédés. Wilford Woodruff, Orson Pratt et Heber J. Grant sont parmi ceux qui se procurèrent les noms de milliers d'ancêtres pour lesquels ils accomplirent les ordonnances du temple. En 1894, la Première Présidence commanda l'organisation d'une société généalogique, dont Franklin D. Richards fut le premier dirigeant.
Une bibliothèque fut créée, et des représentants de la société allèrent dans le monde entier à la recherche de noms de personnes pour qui on pourrait accomplir les ordonnances du temple. Cette société fut à l'origine de la création du département d’histoire familiale.
Au cours de la conférence
générale d'avril 1894, le président Woodruff
annonça qu'il avait reçu une révélation
concernant l'œuvre généalogique. Il déclara
que Dieu voulait que les saints des derniers jours « remontent
leur généalogie le plus loin possible et soient scellés
à leurs pères et mères ». Il ajouta :
« Faites sceller les enfants à leurs parents et
faites remonter cette chaîne aussi loin que vous le pouvez...
telle est la volonté du Seigneur pour ce peuple, et en y
réfléchissant bien, on se rend compte que c'est vrai »
(Messages of the
First Presidency of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints,
compilés par James R. Clark, 6 volumes, 1965-75, 3:256-57). De
1885 à 1900, beaucoup de membres de l'Église firent des
missions pour la généalogie. Ils étaient invités
à Salt Lake City pour recevoir d'une Autorité générale
une bénédiction en vue de leur mission. On leur
fournissait aussi une carte missionnaire et une lettre de nomination.
Ils visitaient la parenté, notaient les noms sur les tombes et
étudiaient les registres paroissiaux et les bibles familiales,
et rentraient chez eux avec des renseignements précieux qui
permettaient l'accomplissement de l'œuvre du temple. Beaucoup
de missionnaires rapportèrent avoir vécu des
expériences spirituelles qui leur donnèrent l'assurance
ferme que le Seigneur était avec eux et les dirigeait souvent
vers une source dont ils avaient besoin pour retrouver les traces
d’un parent (James B. Allen, Jessie L. Embry, Kahlile B. Mehr, Hearts Turned to the
Fathers : A History of the Genealogical Society of Utah,
1894-1994, 1995,
pp. 39-41).
Consécration du temple de Salt Lake City
Le président Woodruff consacra une grande partie de sa vie à l'œuvre du temple. Il fut le premier président du temple de Saint-George et consacra le temple de Manti. La pierre angulaire du temple de Salt Lake City était maintenant posée depuis quarante ans, et le président Woodruff attendait avec impatience la consécration de ce temple, étape historique. Les services de consécration eurent lieu du 6 avril au 18 mai 1893, et quelque soixante-quinze mille personnes y assistèrent (B. H. Roberts, A Comprehensive History of the Church, 6:236).
Après le premier service de consécration, qui eut lieu le 6 avril, le président Woodruff écrivit dans son journal : « L'Esprit et la puissance de Dieu ont reposé sur nous. L'esprit de prophétie et de révélation étaient sur nous et le cœur du peuple fondit et beaucoup de choses nous furent dévoilées » (« Wilford Woodruff Journals », 1833-98, 6 avril 1893, Archives de l'Église). Certains saints des derniers jours virent des anges, d'autres virent d'anciens présidents de l'Église et d'autres dirigeants de l'Église décédés (Richard Neitzel Holzapfel, Every Stone a Sermon, 1992, pp. 71, 75, 80).
Lorsque le président Woodruff fêta son quatre-vingt-dixième anniversaire, des milliers d'enfants de l'École du dimanche remplirent le tabernacle de Temple Square pour l'honorer. Il fut profondément ému et, parlant avec une grande émotion, dit à son jeune auditoire qu'à l'âge de dix ans il était allé à une École du dimanche protestante et avait lu un passage où il était question d'apôtres et de prophètes. Quand il rentra chez lui, il pria pour vivre suffisamment longtemps pour voir de nouveau des apôtres et des prophètes sur la terre. Et voilà qu'il se trouvait maintenant en présence d'hommes qui étaient à la fois apôtres et prophètes ; sa prière avait été exaucée au-delà de toutes ses espérances (voir Matthias E. Cowley, Wilford Woodruff, 1909, p. 602).
Un an plus tard, le 2 septembre 1898,
le président Woodruff décédait tandis qu'il
était en visite à San Francisco.
Lorenzo Snow et la dîme
Après la mort du président Woodruff, Lorenzo Snow, président du Collège des Douze, devint président de l'Église. C'était un dirigeant sage et aimant qui avait été bien préparé à ses responsabilités. Il avait connu tous les prophètes modernes jusqu'alors et avait été instruit par eux. En novembre 1900, il dit aux saints réunis au Tabernacle qu'il avait souvent rendu visite à Joseph Smith et à sa famille, mangé à sa table et eu des entretiens privés avec lui. Il savait que Joseph était un prophète de Dieu parce que le Seigneur lui avait montré cette vérité « d'une manière très claire et très complète » (« The Redemption of Zion », Millennial Star, 29 novembre 1900, p. 754).
Pendant le ministère du président Snow, l'Église se trouva dans de graves difficultés financières causées par la loi du gouvernement fédéral contre le mariage plural. Le président Snow médita et pria pour être guidé quant à la façon de libérer l'Église de cette dette qui l'affaiblissait. Après la conférence générale d'avril 1899, il se sentit inspiré à se rendre à Saint-George (Utah). Pendant qu'il y était et qu'il faisait un discours à une réunion, il marqua un temps d'arrêt, et quand il poursuivit, il déclara qu'il avait reçu une révélation. Le peuple de l'Église avait négligé la loi de la dîme, et le Seigneur lui avait dit que si les membres de l'Église payaient plus fidèlement une dîme complète, des bénédictions seraient déversées sur eux. Le prophète prêcha l’importance de la dîme à des assemblées partout en Utah. Les saints obéirent à ses instructions, et cette année-là, ils payèrent deux fois plus de dîme que l'année précédente. En 1907, l'Église possédait suffisamment de fonds pour payer tous ses créanciers et se libérer des dettes.
En 1898, lors d'une réception pour le bureau général de la Société d'Amélioration Mutuelle des Jeunes Filles, George Q. Cannon annonça que la Première Présidence avait pris la décision d'appeler « quelques unes de nos femmes sages et intelligentes dans le champ de la mission » (« Biographical Sketches : Jennie Brinihall and Inez Knight », Young Womens journal, juin 1898, p. 245). Jusqu'alors, quelques sœurs avaient accompagné leur mari en mission, mais c'était la première fois que l'Église appelait officiellement et mettait à part des sœurs comme ambassadrices missionnaires du Seigneur Jésus-Christ.
Lorenzo Snow fit entrer l'Église
dans le vingtième siècle. À l'aube du nouveau
siècle, l'Église avait quarante-trois pieux, vingt
missions, et neuf cent soixante-sept paroisses et branches. Il y
avait 283.765 membres, dont la plupart résidaient dans les
montagnes Rocheuses. Quatre temples étaient en activité,
et le Juvenile
Instructor,
l'Improvement Era
et le Young Women's
Journal
transmettaient à ses membres des articles sur l'Église.
Le bruit courait qu'une nouvelle mission au moins serait peut-être
ouverte, et les saints des derniers jours n'avaient aucune idée
de ce que les cent années suivantes allaient leur réserver.
9. Essor de l'Église (1900-1970)
De
1901 à 1970, quatre prophètes, Joseph F. Smith, Heber
J. Grant, George Albert Smith et David O. McKay, présidèrent
l’Église. Ces présidents virent les moyens de
transport évoluer de la voiture à cheval à la
fusée spatiale. Les saints durent subir deux guerres mondiales
et une dépression à l'échelle planétaire.
Pendant cette période, neuf temples furent construits. En
1901, il y avait environ 300.000 membres de l’Église
répartis dans 50 pieux, et en 1970, l'Église comptait
plus de 2.800.000 membres réunis dans 500 pieux dans le monde
entier.
Joseph F. Smith
Joseph F. Smith naquit en 1838, à l'apogée des persécutions du Missouri, dans une petite cabane près de l'emplacement du temple à Far West. Au moment de sa naissance, son père, Hyrum Smith, était en prison à Richmond (Missouri) et sa mère, Mary Fielding Smith, était seule pour s'occuper de ses enfants.
Le jeune Joseph quitta avec sa famille le Missouri pour s'installer à Nauvoo, où se produisit le meurtre de son père et de son oncle à la prison de Carthage. Il n'oublia jamais la dernière occasion qu'il eut de voir son père lorsque, à cheval, en route pour Carthage, il prit son enfant dans ses bras, l'embrassa et le redéposa à terre. Il n'oublia pas non plus le moment de terreur où il entendit un voisin frapper à la fenêtre la nuit pour dire à sa mère que Hyrum avait été tué. La vue de son père et de son oncle couchés dans leur cercueil, dans la Mansion House de Nauvoo, ne se dissipa jamais de sa mémoire.
Le jeune Joseph devint un homme quasiment du jour au lendemain. Lorsque Mary Fielding Smith et sa famille se joignirent à l'exode de Nauvoo, Joseph, sept ans, était le conducteur d'un de ses chariots. Il avait treize ans quand sa mère mourut, et il n'avait pas encore seize ans qu'il partait en mission aux îles Sandwich (appelées plus tard îles Hawaï). Dans les trois mois qui suivirent son arrivée à Honolulu, il parlait couramment la langue des indigènes, un don de l'Esprit qui lui avait été conféré par Parley P Pratt et Orson Hyde, des Douze, qui le mirent à part comme missionnaire. À vingt et un ans, il partit faire une deuxième mission, cette fois de trois ans dans les îles Britanniques.
Il n'avait que 28 ans quand Brigham Young se sentit poussé à l'ordonner apôtre. Au cours des années qui suivirent, il fut conseiller de quatre présidents de l'Église. À la mort de Lorenzo Snow, en octobre 1901, Joseph F. Smith devint le sixième président de l'Église. Il était reconnu pour sa capacité d'exposer et de défendre les vérités de l'Évangile. Ses sermons et ses écrits furent rassemblés en un volume intitulé Doctrine de l'Évangile, qui est devenu un des textes doctrinaux les plus importants de l'Église.
Dans les premières décennies du vingtième siècle, l'Église progressa, à plusieurs égards, de manière marquante. Comme l'accent continuait à être mis sur la dîme et que les saints y réagissaient fidèlement, l'Église fut en mesure de payer toutes ses dettes. Il s'ensuivit une période de prospérité qui permit à l'Église de construire des temples, des églises et des centres d'accueil pour visiteurs et d'acheter des sites historiques de son passé. Elle construisit aussi le bâtiment administratif à Salt Lake City, qui est toujours son siège.
Le président Smith se rendait compte qu'il fallait qu'il y ait des temples dans le monde entier. Lors d'une conférence qui eut lieu en 1906 à Berne, il étendit la main et déclara : « Le temps viendra où ce pays sera parsemé de temples où vous pourrez aller racheter vos morts » (cité dans Serge F. Ballif, dans Conference Report, octobre 1920, p. 90). Le premier temple de l'Église en Europe, le temple de Suisse, fut consacré presque un demi-siècle plus tard dans un faubourg de la ville où le président Smith avait fait sa prophétie. Le président Smith consacra, en 1913, le terrain d'un temple à Cardston (Alberta, Canada) et en 1915, celui d'un temple à Hawaï.
À partir du début des années 1900, les dirigeants de l'Église encouragèrent les saints à rester chez eux plutôt qu'à se rassembler en Utah. En 1911, Joseph F. Smith et ses conseillers dans la Première Présidence publièrent la déclaration suivante : « Il est désirable que notre peuple reste dans ses pays d'origine et crée des assemblées de caractère permanent pour aider au prosélytisme » (Messages of the First Presidency of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, compilés par James R. Clark, 6 volumes, 1965-75, 4:222).
Six semaines avant son décès,
le président Smith reçut une importante révélation
sur la rédemption des morts. Il eut la vision du ministère
du Sauveur dans le monde des esprits et apprit que les saints fidèles
ont l'occasion de continuer à enseigner l'Évangile dans
le monde des esprits. Cette révélation fut ajoutée
en 1976 à la Perle de grand prix et fut transférée
en 1979 dans Doctrine et Alliances dont elle devint la section 138.
Heber J. Grant
Peu avant sa mort en novembre 1918, Joseph F. Smith prit la main de Heber J. Grant, alors président des Douze, et dit : « Que le Seigneur vous bénisse, mon garçon, que le Seigneur vous bénisse, vous avez une grande responsabilité. Souvenez-vous toujours que c'est l'œuvre du Seigneur et non celle des hommes. Le Seigneur est plus grand que n'importe quel homme. Il sait qui il veut pour guider son Église et ne commet jamais d'erreur » (« Editorial », Improvement Era, novembre 1936, p. 692). Heber J. Grant devint le septième président de l'Église à l'âge de soixante-deux ans, ayant été apôtre depuis 1882.
Dans sa jeunesse et pendant toute sa vie, Heber manifesta une opiniâtreté extraordinaire à atteindre ses objectifs. Fils unique, élevé par une mère veuve, il était un peu protégé des activités des autres garçons de son âge. Lorsqu'il voulut devenir membre de l'équipe de base-ball, on se moqua de lui à cause de sa maladresse et de son manque d'aptitude, et on ne l'accepta pas dans l'équipe. Au lieu de se décourager, il passa de nombreuses heures à s'entraîner sans cesse à lancer une balle et devint finalement membre d'une autre équipe qui remporta plusieurs championnats locaux.
Dans son enfance, il voulut devenir comptable lorsqu'il apprit que cela lui rapporterait plus que son travail de cireur de chaussures. En ce temps-là, pour être comptable, il fallait savoir bien écrire, mais son écriture était si mauvaise que deux de ses amis la qualifiait de pattes de mouche. Une fois de plus, il ne se laissa pas décourager mais consacra des heures à améliorer son écriture. Son écriture élégante devint célèbre, et il finit par enseigner la calligraphie dans une université, et on faisait souvent appel à lui pour écrire des documents importants. Il fut un exemple remarquable pour les nombreuses personnes qui furent témoins de sa persévérance à faire du mieux qu'il pouvait pour servir le Seigneur et ses semblables.
Le président Grant était un homme d'affaires sage et prospère dont les capacités l'aidèrent à guider l'Église au cours d'une dépression financière mondiale et au milieu des problèmes personnels qui en découlèrent. Il croyait fermement qu'il fallait être autonome et dépendre du Seigneur et de son propre labeur, plutôt que du gouvernement. Il aida de nombreux nécessiteux grâce à l'argent qu'il gagna.
Pendant la grande Dépression, au cours des années 1930, comme beaucoup d'autres de par le monde, les saints durent affronter le chômage et la pauvreté. En 1936, suite à une révélation du Seigneur, le président Grant organisa le programme d'entraide de l'Église pour aider les nécessiteux et permettre à tous les membres de l’Église de devenir autonomes. La Première Présidence dit à propos de ce programme : « Notre but fondamental était de mettre sur pied, dans la mesure du possible, un système selon lequel la malédiction de l'oisiveté serait éliminée, les maux du chômage abolis, et l'indépendance, l'industrie, l'économie et le respect de soi rétablis parmi notre peuple. Le but de l'Église est d'aider les gens à se tirer d'affaire. Le travail doit retrouver sa place de principe directeur de la vie des membres de l'Église » (La Première Présidence, dans Conference Report, octobre 1936, p. 3).
J. Reuben Clark, fils, qui fut pendant vingt-huit ans conseiller dans la Première Présidence, a souligné : « Le véritable objectif à long terme du plan d'entraide est de fortifier les membres de l'Église, les donateurs aussi bien que les bénéficiaires, en faisant ressortir tout ce qu'il y a de plus beau tout au fond d'eux-mêmes et en faisant fleurir et parvenir à maturité les richesses latentes de l'esprit » (J. Reuben Clark Jr, réunion des présidents de pieu, le 2 octobre 1936).
Un comité général d'entraide fut créé en 1936 pour superviser l’œuvre d'entraide de l'Église. Harold B. Lee, président du pieu de Pioneer, fut nommé administrateur du comité. Plus tard, on créa les magasins de Deseret Industries pour aider les chômeurs et les handicapés, et on lança des entreprises agricoles et industrielles pour aider les nécessiteux (Glen L. Rudd, Pure Religion : The Story of Church Welfare Since 1930, 1995).
L'œuvre missionnaire se poursuivit à un rythme accéléré. Le président Grant participa à une conversion tout à fait extraordinaire : Vincenzo di Francesca, ecclésiastique italien, se rendait à son église à New York quand il vit un livre sans couverture sur une poubelle remplie de cendre. Il prit le livre, le feuilleta et vit pour la première fois les noms de Néphi, Mosiah, Alma et Moroni. Il se sentit poussé à lire le livre en dépit du fait qu'il n'en connaissait ni le titre ni l'origine et à prier pour savoir s'il disait vrai. Il dit que lorsqu'il le fit, « une sensation de bonheur, comme s'il avait trouvé quelque chose de précieux et d'extraordinaire, réconforta mon âme et lui laissa une joie que la langue des hommes n'a pas de mots pour décrire ». Il se mit à enseigner les principes du livre aux membres de son Église. Ses supérieurs le réprimandèrent pour cela et lui commandèrent même de brûler le livre, ce qu'il refusa de faire.
Il retourna plus tard en Italie, où il apprit, en 1930, que le livre avait été publié par l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Il écrivit une lettre à l'Église en Utah, qui fut transmise au président Grant. Celui-ci lui envoya un exemplaire du Livre de Mormon en italien et transmit son nom au président de la mission européenne. Les difficultés du temps de guerre empêchèrent Vincenzo, pendant de nombreuses années, d'être baptisé, mais il put finalement devenir membre de l'Église le 18 janvier 1951. Il fut la première personne à être baptisée en Sicile. Cinq ans plus tard, il recevait sa dotation dans le temple de Suisse (Vincenzo di Francesca, I Will Not Burn the Book !, Ensign, janvier 1988, p. 18).
Le 6 mai 1922, le président Grant inaugura la première station radio de l'Église. Deux ans plus tard, la station commença à émettre les sessions de la conférence générale, ce qui permit à un nombre beaucoup plus grand de membres de l'Église d'entendre les messages des Autorités générales. Peu de temps après, en juillet 1929, le chœur du Tabernacle inaugurait le programme Music and the Spoken Word, La parole sur les ondes, une émission hebdomadaire de musique édifiante assortie de la lecture d'un message spirituel. Ce programme est encore diffusé hebdomadairement à ce jour.
Le président Grant mourut le 14 mai 1945. Il avait été président de l’Église pendant vingt-sept ans.
George Albert Smith
George Albert Smith succéda à Heber J. Grant comme président de l'Église. Le président Smith, dont la vie fut un exemple du bonheur qu'on trouve à vivre selon l'Évangile, témoigna : « Chaque bonheur, chaque joie digne de ce nom a été le résultat du respect des commandements de Dieu et de l'application de ses conseils » (George Albert Smith, dans Conference Report, avril 1948, p. 162).
Le respect des commandements de Dieu et des conseils des dirigeants de l'Église est, depuis des générations, le genre de droiture qui a caractérisé la famille du président Smith. Il reçut le nom de son grand-père paternel, George A. Smith, cousin du prophète Joseph et conseiller du président Young. John Henry Smith, père de George Albert, fut dans la Première Présidence sous Joseph F. Smith. À l'âge de trente-trois ans, George Albert Smith fut appelé au Collège des Douze. De 1903 à 1910, John Henry et George Albert furent ensemble au Collège des Douze, et ce fut la seule fois dans la dispensation actuelle qu'un père et son fils furent ensemble membres de ce collège.
Les quarante-deux années que George Albert Smith passa au Collège des Douze furent remplies d'un service plein de noblesse en dépit de périodes de mauvaise santé. Il eut les yeux brûlés par le soleil pendant qu'il faisait des relevés topographiques pour le chemin de fer dans le sud de l'Utah et en dépit d’une intervention chirurgicale, il resta presque aveugle. Les exigences et la pression croissante de son travail affaiblirent son corps frêle, et en 1909, il souffrit d'épuisement. Le médecin lui imposa un repos total qui eut un effet néfaste sur sa confiance en soi et suscita des sentiments d'incapacité qui aggravèrent sa tension.
Au cours de cette période difficile, George eut un songe dans lequel il vit une belle forêt près d'un grand lac. Après avoir marché un peu dans la forêt, il vit venir vers lui un homme qu'il reconnut : c'était George A. Smith, son grand-père bien-aimé. George se précipita, mais en approchant, son grand-père s'arrêta et dit : J'aimerais savoir ce que tu as fait de mon nom ». Toute la vie de George défila dans son esprit, et il répondit humblement : « Je n'ai rien fait de ton nom dont tu doives être honteux ». Ce songe redonna du courage et de l'énergie à George et il fut bientôt en mesure de reprendre le travail. Plus tard, il décrivit souvent cette expérience comme le grand tournant de sa vie (George Albert Smith, Sharing the Gospel with Others, propos sélectionnés par Preston Nibley, 1948, pp. 110-112).
Pendant le ministère de George Albert Smith, qui dura de 1945 à 1951, le nombre de membres de l'Église atteignit le million ; le temple d'Idaho Falls (Idaho) fut consacré et l'œuvre missionnaire reprit après la Deuxième Guerre mondiale.
En outre, des mesures furent prises pour soulager les saints européens qui s'étaient retrouvés dans la détresse à la suite de la guerre. Les membres de l'Église qui vivaient aux États-Unis furent invités à fournir des vêtements et d'autres denrées nécessaires. Le président Smith rencontra Harry S. Truman, président des États-Unis, pour recevoir l'approbation d'envoyer en Europe la nourriture, les vêtements et la literie réunis. Le président Smith décrit la rencontre comme suit :
Le président Truman dit : « Pourquoi diable voulez-vous envoyer cela là-bas ? Leur argent ne vaut rien ».
Je dis : « Nous ne voulons pas leur argent ».
Il me regarda et demanda : « Vous ne voulez pas dire que vous allez le leur donner ? »
Je dis : « Bien sûr que nous allons le leur donner. Ils sont nos frères et sœurs et sont dans la détresse. Dieu nous a donné en bénédiction de l'excédent, et nous serons heureux de l'envoyer si nous pouvons avoir la coopération du gouvernement ».
Il
dit : « Vous êtes sur la bonne voie »,
et il ajouta : « Nous serons heureux de vous aider de
toutes les manières que nous pourrons » (George
Albert Smith, dans Conference Report, octobre 1947, pp. 5-6).
Pendant que les dons étaient triés et empaquetés en Utah pour leur expédition outremer, le président Smith alla inspecter les préparatifs. Il fondit en larmes quand il vit la grande quantité de produits qui avaient été si généreusement offerts. Au bout de quelques minutes, il enleva son pardessus neuf et dit : « Envoyez cela ». Plusieurs personnes, qui se tenaient près de lui, lui dirent qu'il avait besoin de son pardessus par ce jour froid d'hiver, mais il insista pour qu'on l'envoie (voir Glen L. Rudd, Pure Religion, p. 248).
Ezra Taft Benson, du Collège des Douze, fut chargé de rouvrir les missions d'Europe, de veiller à la distribution de l'entraide et de pourvoir aux besoins spirituels des saints. Une de ses toutes premières visites fut à une conférence des saints à Karlsruhe, ville allemande sur le Rhin. Il dit de cette expérience :
« Nous finîmes par trouver le lieu de réunion, un bâtiment partiellement bombardé situé à l'intérieur d'un pâté d'immeubles. Les saints étaient en réunion depuis environ deux heures, en train de nous attendre, espérant que nous viendrions, parce qu'ils avaient appris que nous serions peut-être là pour la conférence. Et c'est alors que, pour la première fois de ma vie, je vie un auditoire presque entier en larmes tandis que nous allions jusqu'à l'estrade, et qu'ils se rendaient compte qu'enfin, après six ou sept longues années, les représentants de Sion, comme ces gens nous appelèrent, étaient finalement revenus auprès d'eux... En contemplant les visages pâles et maigres que levaient vers moi ces saints, dont beaucoup étaient habillés de haillons, et dont certains étaient pieds nus, je pus voir la lumière de la foi dans leurs yeux, tandis qu'ils témoignaient de la divinité de la grande oeuvre des derniers jours et exprimaient leur reconnaissance pour les bénédictions du Seigneur » (Ezra Taft Benson, dans Conference Report, avril 1947, p. 154).
Une des nombreuses responsabilités de frère Benson fut la supervision de la distribution de 127 wagons de chemin de fer de nourriture, de vêtements, de literie et de médicaments dans toute l'Europe. Des années plus tard, lorsque le président Monson consacra une église à Zwickau (Allemagne), un frère âgé s'avança, les larmes aux yeux, et demanda que le président Monson le rappelle au bon souvenir du président Benson. Il dit : « Dites-lui qu'il m'a sauvé la vie et celle de nombre de mes frères et sœurs de mon pays natal, grâce à la nourriture et aux vêtements qu'il nous a apportés de la part des membres de l'Église d’Amérique » (cité dans Gerry Avant, War Divides, but the Gospel Unites, Church News, 19 août 1995, p. 5).
Les saints hollandais eurent l'occasion de rendre des services véritablement chrétiens aux saints affamés d'Allemagne. Ils avaient beaucoup souffert pendant la guerre et avaient été aidés par l'entraide venue de membres de l'Église des États-Unis. Au printemps 1947, on leur demanda d'organiser leurs propres projets d'entraide, ce qu'ils firent avec enthousiasme. Ils plantèrent essentiellement des pommes de terre et espéraient une récolte importante.
Pendant ce temps-là, Walter Stover, président de la mission d'Allemagne de l'Est, se rendit en Hollande, et parla, les larmes aux yeux, de la faim et de la désolation que connaissaient les membres de l'Église d'Allemagne. Cornelius Zappey, président de la mission hollandaise, demanda à ses membres s'ils étaient disposés à fournir leurs pommes de terre aux Allemands, qui avaient été leurs ennemis pendant la guerre. Les membres acceptèrent et commencèrent à regarder avec un intérêt accru leurs cultures de pommes de terre pousser. La récolte dépassa toutes les espérances, et les saints hollandais purent envoyer 75 tonnes de pommes de terre à leurs frères et sœurs d'Allemagne. Un an plus tard, ils envoyaient 90 tonnes de pommes de terre et neuf tonnes de harengs aux saints d'Allemagne (Glen L. Rudd, Pure Religion, pp. 254-261).
Le déversement d'amour
chrétien manifesté par ces saints était typique
de celui de George Albert Smith, de qui rayonnait d'une manière
extraordinaire l'amour du Christ. Il dit : « Je peux
vous dire, mes frères et sœurs, que les gens les plus
heureux de ce monde sont ceux qui aiment leur prochain comme
eux-mêmes et manifestent leur appréciation pour les
bénédictions que Dieu leur donne par la conduite qu'ils
ont dans la vie » (George Albert Smith, dans Conference
Report, avril 1949, p. 10).
David O. McKay
David O. McKay fut conseiller de George Albert Smith dans la Première Présidence. Au printemps 1951, lorsqu'il s'avéra que la santé du président Smith s'était quelque peu améliorée, le président McKay et sa femme, Emma Ray, décidèrent de quitter Salt Lake City pour les vacances en Californie qu'ils avaient dû ajourner jusque-là. Ils s'arrêtèrent à Saint-George (Utah) pour y passer la nuit. Lorsqu'il se réveilla le lendemain au petit matin, le président McKay eut le sentiment très distinct qu'il devait retourner au siège de l'Église. Quelques jours après son arrivée à Salt Lake City, le président Smith subissait une crise cardiaque qui provoqua sa mort le 4 avril 1951. David O. McKay devint alors le neuvième président de l'Eglise.
Le président McKay avait été bien préparé pour diriger l'Église. À l'âge de huit ans, il assuma les responsabilités d'homme de la maison lorsque son père fut appelé en mission dans les îles Britanniques. Deux de ses sœurs aînées venaient de décéder, sa mère attendait un bébé et son père estimait que les responsabilités de la ferme étaient trop grandes pour les laisser à la mère de David. Dans ces circonstances, son père dit à sa femme : « Il m'est évidemment impossible de partir.» Sa femme le regarda et dit : « Il est évident que tu dois accepter l’appel à partir ; ne te fais pas de souci pour moi. David et moi nous nous débrouillerons très bien ! » (cité dans Llewelyn R. McKay, Home Memories of President David O. McKay, 1956, pp. 5-6). La foi et le dévouement de ses parents suscitèrent chez le jeune David le désir de servir le Seigneur pendant toute sa vie. Il fut appelé au Collège des Douze en 1906, à l'âge de trente-deux ans, quarante-cinq ans avant de devenir président de l'Église. Avant de devenir président de l’Église, il avait fait partie de la Première Présidence comme conseiller des présidents Heber J. Grant et George Albert Smith.
Il entreprit une série de longs voyages au cours desquels il rendit visite aux membres de l’Église qui était devenue mondiale. Il rendit visite aux saints de Grande-Bretagne et d'Europe, d'Afrique du Sud, d'Amérique latine, du Pacifique sud et d'ailleurs. Pendant qu'il était en Europe, il prit les dispositions préliminaires pour la construction de temples à Londres et en Suisse. Avant la fin de sa présidence, il avait parcouru quasiment le monde entier pour bénir et inspirer les membres de l'Église.
Il donna un élan nouveau à l'œuvre missionnaire en exhortant tous les membres à s'engager à amener au moins une personne dans l'Église chaque année. Il devint célèbre pour son exhortation répétée : « Chaque membre un missionnaire ».
En 1952, pour augmenter l'efficacité des missionnaires à plein temps, le premier plan de prosélytisme officiel fut envoyé aux missionnaires du monde entier. Il était intitulé Programme systématique pour enseigner l'Évangile. Il se composait de sept leçons qui mettaient l'accent sur l'enseignement selon l'Esprit et qui enseignaient clairement la nature de la Divinité, le plan de salut, l'apostasie, le Rétablissement et l'importance du Livre de Mormon. Le nombre de personnes converties à l'Église de par le monde augmenta de façon spectaculaire. En 1961, les dirigeants de l'Église organisèrent le premier séminaire pour tous les présidents de mission, à qui l'on enseigna à encourager les familles à se lier avec leurs connaissances et leurs voisins et à faire ensuite instruire ces personnes par les missionnaires chez eux. Un programme d'enseignement des langues pour les missionnaires nouvellement appelés fut créé en 1961, et plus tard on construisit un centre de formation missionnaire.
Pendant le ministère du président McKay, les jalons de la croissance de l'Église en Asie furent posés par les membres de l'Église des forces armées. Un jeune soldat d'American Fork (Utah), qui accomplissait son service en Corée du Sud, remarqua que les soldats américains qui croisaient les civils coréens obligeaient ceux-ci à quitter le chemin pendant que les soldats passaient. Le jeune membre de l'Église, au contraire, s'écartait et laissait les Coréens utiliser le chemin. Il fit également un effort pour apprendre leurs noms et les saluait avec un sourire en les croisant. Un jour, il entra au mess avec cinq de ses amis. Il y avait une très longue file d'attente. Il attendit donc un certain temps à une table. Bientôt un employé coréen parut avec un plateau-repas. Le soldat, en montrant l'unique galon qu'il avait à la manche, dit : « Vous ne pouvez pas me servir. Je suis simple soldat ». Le Coréen répondit : « Moi vous servir. Vous chrétien numéro un » (George Durrant, No. 1 Christian, Improvement Era, novembre 1968, pp. 82-84).
Les missionnaires et les militaires enseignèrent l'Évangile en Corée avec tant d'efficacité qu'en 1967 le Livre de Mormon fut traduit en coréen et que des pieux et des paroisses ne tardèrent pas à parsemer le pays.
Les missionnaires connurent aussi un grand succès au Japon. Après la Deuxième Guerre mondiale, les membres de l’Église au Japon eurent pendant de nombreuses années de rares contacts avec des représentants de l’Église. Mais les militaires de l’Église stationnés au Japon après la guerre aidèrent l’Église à se fortifier. En 1945, Tatsui Sato fut impressionné par des militaires qui refusaient de boire du thé et leur posa des questions qui, l'année suivante, entraînèrent son baptême et celui de plusieurs membres de sa famille. Tatsui fut baptisé par Elliot Richards et son épouse fut baptisée par Boyd K. Packer, militaire qui allait devenir plus tard membre du Collège des Douze. La maison de ce couple nouvellement converti devint l'endroit où beaucoup de Japonais entendirent pour la première fois le message de l'Évangile rétabli. Bientôt des missionnaires de l'Église, anciens soldats qui avaient combattu les Japonais pendant la Deuxième Guerre mondiale, ouvraient des villes japonaises à l'œuvre missionnaire.
Si la présence de l'Église aux Philippines commença par l’œuvre des militaires américains et d'autres après la Deuxième Guerre mondiale, la forte croissance de l'Église y commença en 1961. Une jeune Philippine, qui n'était pas membre de l'Église, entendit parler du Livre de Mormon et rencontra plusieurs saints des derniers jours. À la suite de cela, elle se sentit poussée à s'adresser aux autorités du gouvernement qu'elle connaissait pour demander que l'on donne aux missionnaires de l'Église l'autorisation de se rendre aux Philippines. L'autorisation fut donnée, et quelques mois plus tard Gordon B. Hinckley, alors membre du Collège des Douze, reconsacrait le pays à l'œuvre missionnaire.
À la suite de la progression spectaculaire de l'Église au cours des années 1950, le président McKay annonça le programme de coordination de la prêtrise. Un comité présidé par Harold B. Lee, du Collège des Douze, fut chargé de faire, en s'aidant de la prière, une étude approfondie de tous les programmes de l'Église pour voir s'ils répondaient bien aux objectifs les plus importants de l'Église. En 1961, avec l'approbation de la Première Présidence, frère Lee annonça l’adoption d’une nouvelle réglementation de la planification, la rédaction et la publication de la documentation pour les cours de l'Église. Précédemment une grande partie de ces documents avait été créée par les organisations auxiliaires de l'Église. La nouvelle réglementation allait éviter le chevauchement superflu de programmes et de textes de leçons pour que l'Évangile puisse être enseigné plus efficacement aux membres de tout âge et de toute langue de l’Église.
L'Église adopta également d'autres changements pour coordonner plus efficacement tous les programmes et toutes les activités, notamment l'entraide, l'œuvre missionnaire et la généalogie, pour mieux accomplir la mission de l'Église. Au cours des années 1960, on remit l'accent sur l'enseignement au foyer, qui était pratiqué dans l'Église depuis le temps de Joseph Smith, pour veiller aux besoins spirituels et temporels de tous les membres de l'Église. On créa des bibliothèques de paroisse pour améliorer l'enseignement, et on mit également en place un programme de formation des instructeurs. En 1971, l'Église commença à publier trois magazines de langue anglaise sous la supervision des Autorités générales : le Friend pour les enfants, le New Era pour les jeunes et l'Ensign pour les adultes.
Vers cette même époque, l'Église unifia ses magazines en langue étrangère, qui avaient précédemment été publiés indépendamment par les diverses missions.
Le président McKay avait depuis longtemps enseigné et répété que le foyer et la vie de famille étaient la source du bonheur et la défense la plus sûre contre les épreuves et les tentations de la vie moderne. Il parlait souvent de l'amour qu'il ressentait pour sa famille et du soutien infaillible qu'il recevait de sa femme, Emma Ray. Pendant le ministère du président McKay, l'accent fut fortement remis sur la pratique de tenir une soirée familiale hebdomadaire pour permettre aux parents de rapprocher d'eux leurs enfants et de leur enseigner les principes de l'Évangile.
La Société de secours soutint le prophète en mettant l'accent sur l'importance de fortifier les foyers et les familles. Depuis ses débuts à Nauvoo, la Société de secours avait grandi et comprenait maintenant, de par le monde, des centaines de milliers de femmes qui recevaient des bénédictions dans leur vie et dans leur famille grâce à l'enseignement qu’elle recevaient à la Société de secours et à leurs fréquentations au sein de cette organisation. De 1945 à 1974, la présidente générale de la Société de secours fut Belle S. Spafford, une dirigeante compétente, qui fut également honorée au niveau national lorsqu'elle fut, de 1968 à 1970, présidente du Conseil national des femmes des États-Unis.
Le président McKay mourut en janvier 1970 à l'âge de quatre-vingt seize ans. Il avait présidé l'Église pendant près de vingt ans, période au cours de laquelle la population de l'Église avait presque triplé et où la diffusion du message de l'Évangile avait été améliorée et étendue à de nombreux pays.
10. L'Église devient universelle (1970-1985)
Joseph Fielding Smith
Quand David O. McKay mourut, Joseph Fielding Smith, qui avait alors quatre-vingt-treize ans, devint président de l'Église. Il était fils de l'ancien président de l'Église, Joseph F. Smith.
Dans son enfance, Joseph Fielding Smith désira apprendre la volonté du Seigneur, ce qui l'incita à lire deux fois le Livre de Mormon avant d'avoir dix ans et à avoir les Écritures sur lui quand il se déplaçait. Lorsque l'équipe de base-ball ne le voyait pas, elle le trouvait habituellement occupé à lire les Écritures dans le fenil. Il dit plus tard : « Aussi loin que je me souvienne, dès que j'ai su lire, j'ai trouvé plus de plaisir et plus de satisfaction à l'étude des Écritures et à la lecture de ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ et Joseph Smith, le prophète, et l'œuvre qui a été accomplie pour le salut des hommes, qu'à n' importe quoi d'autre au monde » (Conference Report, avril 1930, p. 91).
Cette étude précoce jeta les bases d'une connaissance approfondie des Écritures et de l'histoire de l'Église, dont il fit usage dans ses sermons et la rédaction d'une bonne vingtaine de livres et de dizaines d'articles importants sur des sujets de doctrine. Au cours de son ministère furent organisés le premier pieu d’Asie (Tokyo) et le premier pieu d’Afrique du Sud (Johannesburg). Avec l'accroissement du nombre de membres de l'Église, le président Smith et ses conseillers inaugurèrent la pratique d'organiser des conférences de région dans le monde entier pour former les dirigeants locaux et permettre aux membres de rencontrer les Autorités générales de l’Église. La première conférence de ce genre eut lieu à Manchester. Pour mieux servir l’humanité, des missionnaires des services de santé furent appelés pour enseigner les principes de base de santé et d'hygiène. Bientôt plus de deux cents missionnaires des services de santé servaient dans de nombreux pays.
Depuis 1912, l'Église patronne des cours de séminaire dans des bâtiments contigus aux lycées dans l'ouest des États-Unis. Dans les années 1920, des instituts de religion furent créés au-delà de cette région dans les établissements d'enseignement supérieur fréquentés par un grand nombre de saints des derniers jours. Au début des années 1950, on créa le séminaire matinal dans la région de Los Angeles, et bientôt plus de mille huit cents étudiants y assistaient. Les observateurs non membres de l'Église furent étonnés de voir des jeunes saints des derniers jours de quinze à dix-huit ans se lever à cinq heures trente du matin cinq jours par semaine pour suivre des cours de religion. Au début des années 1970, le programme du séminaire d'étude à domicile fut créé pour permettre aux élèves membres de l'Église du monde entier de recevoir une instruction religieuse. Pendant le ministère du président Smith, l'enrôlement au séminaire et à l'institut s'accrut de manière spectaculaire.
Dans son dernier discours public, prononcé à la conférence générale d'avril 1972, le président Smith dit : « Il n'est d'autre remède aux maux du monde que l'Évangile du Seigneur Jésus-Christ. Notre espoir de paix, de prospérité temporelle et spirituelle et d'un héritage final dans le royaume de Dieu ne se trouve que dans l'Évangile rétabli. Il n'existe pas d'œuvre dans laquelle nous puissions nous engager qui soit plus importante que de prêcher l'Évangile et d'édifier l'Église et le royaume de Dieu sur la terre » (Conference Report, avril 1972, p. 13 ; voir aussi Ensign, juillet 1972, p. 27).
Après avoir été président de l'Église pendant deux ans et demi, Joseph Fielding Smith décéda paisiblement chez sa fille. Il était parvenu à l'âge de quatre-vingt-quinze ans et avait servi vaillamment le Seigneur pendant toute sa vie.
Harold B. Lee
Le lendemain du décès du président Smith, Harold B. Lee, doyen du Collège des Douze, se réunit avec sa famille pour une soirée familiale. L'un des membres de la famille demanda ce qu'ils pourraient faire pour l'aider au maximum. « Soyez fidèles à la foi, vivez simplement l'Évangile comme je vous l'ai enseigné », répondit-il. Ce message s'applique à tous les membres de l'Église. Lors de sa première conférence de presse comme président de l'Église, Harold B. Lee déclara : « Gardez les commandements de Dieu. C'est en cela que réside le salut des personnes et des nations en ces temps troublés » (Francis M. Gibbons, Harold B. Lee, 1993, p. 459).
Quand Harold B. Lee devint président de l'Église, le 7 juillet 1972, il avait soixante-treize ans et était le plus jeune apôtre à devenir président depuis Heber J. Grant. Il avait joué un rôle majeur dans l'administration de l'Église depuis 1935, lorsqu'il avait été appelé à diriger le programme d'entraide de l'Église. Il avait également joué un rôle majeur dans la révision des programmes et des cours de l'Église qui avait conduit à leur simplification et à leur coordination. C'était un homme d’une spiritualité profonde qui était prompt à répondre à l'inspiration qu'il recevait du ciel.
Le président Lee et ses conseillers présidèrent la seconde conférence de région organisée à Mexico. Les membres de l'Église assemblés à cette conférence furent les premiers saints des derniers jours à soutenir la nouvelle Première Présidence. Le président Lee expliqua que les réunions avaient lieu à Mexico « pour honorer et louer les merveilleux travaux accomplis par tous ceux qui ont contribué à réaliser la formidable croissance de l'Église ».
Quand les saints du Mexique et d'Amérique centrale apprirent qu'une conférence de région aurait lieu au Mexique, beaucoup commencèrent à prendre des dispositions pour y assister. Une femme fit du porte à porte, demandant à faire de la lessive. Pendant cinq mois, elle économisa les pesos qu'elle avait gagnés en lavant les vêtements de ses voisins et put faire le voyage à la conférence et assister à toutes les sessions. Beaucoup de saints jeûnèrent de bon cœur pendant les jours de conférence parce qu'ils n'avaient pas d'argent pour acheter à manger après avoir travaillé et économisé pour assister aux réunions. Ceux qui firent des sacrifices furent récompensés par la grande force spirituelle qu'ils reçurent. Un homme déclara que la conférence était la plus belle expérience de sa vie. Un autre dit à un reporter : « Il nous faudra beaucoup d'années pour oublier l'amour que nous avons ressenti ici ces jours-ci » (Jay M. Todd, The Remarkable Mexico City Area Conference, Ensign, novembre 1972, pp. 89, 93, 95).
Pendant son ministère, le
président Lee visita la Terre Sainte, et fut le premier
président de la dispensation actuelle à le faire. Il
annonça que des temples plus petits seraient maintenant
construits et parsèmeraient un jour le globe. Le lendemain de
Noël 1973, après avoir été président
de l'Église pendant dix-huit mois seulement, le président
Lee mourut. Un être d'une immense spiritualité était
retourné à son foyer éternel.
Spencer W. Kimball
Spencer Kimball, doyen des Douze,
homme qui avait connu la douleur et la souffrance, fut soutenu comme
président de l'Église après le décès
du président Lee. La plus grande partie de ses cordes vocales
lui avait été enlevée suite à un cancer,
et il parlait d'une voix posée et rauque que les saints des
derniers jours apprirent à aimer. Connu pour son humilité,
son engagement, sa capacité de travail et son slogan
personnel : « Fais-le », le président
Kimball « lança sa faucille » de toutes
ses forces.
Le premier discours qu'il fit en qualité de président fut celui qu'il adressa aux représentants régionaux de l'Église, et il fut mémorable pour toutes les personnes présentes. Un de ceux qui participaient à la réunion raconta : « Quelques instants seulement après le début du discours, nous prîmes conscience d'une présence spirituelle étonnante, et nous nous rendîmes compte que nous étions en train d'écouter quelque chose d'extraordinaire, de puissant, de différent... C'était comme s'il repoussait les tentures qui couvraient les objectifs du Tout-puissant et nous invitait à contempler avec lui la destinée de l'Évangile et la vision de son ministère ».
Le président Kimball montra aux dirigeants « que l'Église ne vivait pas pleinement dans la fidélité que le Seigneur attendait de son peuple et qu'à certains égards nous nous étions installés dans un esprit de suffisance, satisfaits que nous étions des choses telles qu'elles étaient. C'est à ce moment-là qu'il énonça le slogan maintenant célèbre : « Allongeons la foulée ». Il exhorta son auditoire à s'engager davantage à proclamer l'Évangile aux nations de la terre. Il demanda aussi une augmentation importante du nombre des missionnaires qui pouvaient servir dans leur propre pays. À la fin du sermon, Ezra Taft Benson déclara : « En vérité, il y a un prophète en Israël » (voir 2 Rois 5 :8) (W. Grant Bangerter, Conference Report, octobre 1977, pp. 38 39 ; voir aussi Ensign, novembre 1977, pp. 26-27).
Sous la direction dynamique du président Kimball, un nombre beaucoup plus grand de membres de l’Église firent une mission à plein temps, et l'Église progressa dans le monde entier. En août 1977, le président Kimball se rendit à Varsovie, où il consacra la Pologne et bénit le peuple pour que l'œuvre du Seigneur progresse. Des centres de formation missionnaire furent créés au Brésil, au Chili, au Mexique, en Nouvelle-Zélande et au Japon. En juin 1978, il annonça une révélation de Dieu qui devait avoir un effet immense sur l'œuvre missionnaire mondiale. Pendant de nombreuses années, la prêtrise avait été refusée aux personnes d'origine africaine, mais maintenant les bénédictions de la prêtrise et du temple allaient être accordées à tous les hommes dignes.
Cette révélation était attendue depuis longtemps par les fidèles du monde entier. L'un des premiers Noirs à accepter l'Évangile en Afrique avait été William Paul Daniels, qui avait entendu parler de l'Église dès 1913. Il s'était rendu en Utah, où il avait reçu une bénédiction spéciale de Joseph F. Smith. Le président Smith lui avait promis que s'il restait fidèle, il détiendrait la prêtrise dans cette vie ou dans la suivante. Frère Daniels décéda en 1936, toujours membre fidèle de l'Église, et sa fille fit accomplir les ordonnances du temple pour son père peu après la révélation de 1978 sur la prêtrise (E. Dale LeBaron, Black Africa, Mormon Heritage, mars/avril 1994, p. 20).
Beaucoup d'autres Africains acquirent le témoignage de la véracité de l'Évangile grâce aux brochures de l’Église ou par des expériences personnelles miraculeuses, mais ils ne pouvaient pas bénéficier de toutes les bénédictions de l'Évangile.
Pendant les nombreux mois qui précédèrent la révélation de juin 1978, le président Kimball discuta avec ses conseillers et les Douze du refus de l'autorité de la prêtrise aux personnes d'origine africaine. Les dirigeants de l'Église hésitaient à ouvrir des missions dans des régions du monde où la plénitude des bénédictions de l'Évangile ne pouvaient être conférée aux membres dignes de l'Église. Dans une conférence de région en Afrique du Sud, le président Kimball déclara : « J'ai prié avec beaucoup de ferveur. J'ai su qu'il y avait quelque chose qui nous attendait qui était extrêmement important pour beaucoup d'enfants de Dieu. Je savais que nous ne pouvions recevoir les révélations du Seigneur qu'en étant dignes, prêts à les recevoir et prêts à les accepter et à les mettre en place. Je me suis rendu jour après jour seul avec beaucoup de solennité et de ferveur dans les salles hautes du temple, et j'y ai ouvert mon âme et fait tous mes efforts pour aller de l'avant dans le programme. Je voulais faire ce qu'il voulait. Je lui en ai parlé et je lui ai dit : « Seigneur, je ne veux que ce qui est bien » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, 1982, p. 451).
Au cours d'une réunion au temple avec ses conseillers et le Collège des Douze, le président Kimball demanda que tous expriment librement leur point de vue concernant le don de la prêtrise aux hommes de race noire. Ensuite ils prièrent autour de l'autel avec le président Kimball comme porte-parole. Bruce R. McConkie, qui était là, dit plus tard : « En cette occasion, à cause de l'insistance et de la foi, et parce que le jour et l'heure étaient arrivés, le Seigneur, dans sa providence, déversa le Saint-Esprit sur la Première Présidence et les Douze d'une manière miraculeuse et merveilleuse au-delà de tout ce que les personnes alors présentes avaient jamais connu » (Bruce R. McConkie, All Are Alike unto God, Charge to Religious Educators, 2e 6d., 1981, p. 153). Il fut révélé aux dirigeants de l'Église que le moment était venu où tous les hommes dignes devaient recevoir la plénitude des bénédictions de la prêtrise.
La Première Présidence envoya aux dirigeants de la prêtrise une lettre datée du 8 juin 1978, expliquant que le Seigneur avait révélé que « tous les hommes dignes de l'Église qui sont membres peuvent être ordonnés à la prêtrise quelle que soit leur race ou leur couleur ». Le 30 septembre 1978, les saints réunis en conférence générale votèrent à l'unanimité pour soutenir la décision de leurs dirigeants. Cette lettre constitue maintenant la Déclaration officielle n° 2 dans Doctrine et Alliances.
Depuis cette annonce, des milliers de personnes d'origine africaine sont entrées dans l'Église. L'expérience d'un converti africain illustre la façon dont la main du Seigneur a béni ce peuple : un diplômé d'université, professeur, eut un songe dans lequel il vit un grand bâtiment avec des flèches ou des tours dans lequel entraient des personnes habillées de blanc. Plus tard, tandis qu'il voyageait, il vit une de nos églises et eut le sentiment qu'elle avait un rapport avec son rêve. Il y assista donc à un service du dimanche. Après les réunions, l'épouse du président de mission lui montra une brochure. Lorsqu'il l'ouvrit et vit une photo du temple de Salt Lake City, le bâtiment dont il avait rêvé. Il dit plus tard : « Avant même de m'en rendre compte, je pleurais... Je ne peux pas exprimer ce sentiment. J'étais soulagé de tous les fardeaux... J'avais le sentiment que j'étais allé dans un endroit que je visitais souvent. Et maintenant, j'étais chez moi » (E. Dale LeBaron, Black Africa, p. 24).
Pendant le ministère du président Kimball, le premier collège des soixante-dix fut réorganisé, le regroupement des réunions du dimanche en trois heures fut mis en place, et des temples furent construits à un rythme accéléré. En 1982, vingt-deux temples de par le monde étaient soit au stade de la planification, soit en cours de construction, et c'était de loin le plus grand nombre de temples dans l'histoire de l'Église jusque-là. En outre, le président Kimball se fixa un calendrier de voyages exigeant qui lui fit visiter de nombreux pays pour y tenir des conférences de région. Au cours de ces réunions, il négligeait ses propres besoins et mettait au programme toutes les occasions possibles de rencontrer, de fortifier et de bénir les saints locaux.
Dans de nombreux pays, les membres de l'Église aspiraient à recevoir les ordonnances sacrées du salut offertes dans les temples. Parmi eux, il y avait un saint des derniers jours de Suède qui avait fait de nombreuses missions et avait fait partie de la présidence de la mission. Lorsqu'il décéda, il laissa une part substantielle de ses biens pour la construction du temple de Suède longtemps avant que l'Église n'annonce qu'un temple serait construit dans ce pays. Lorsque le président Kimball annonça la construction du temple, le don de cet homme avait produit des intérêts et était devenu une forte somme. Peu après la consécration du temple, ce frère fidèle, qui avait été doté de son vivant, fut scellé à ses parents dans ce temple même que ses biens avaient contribué à construire.
Un père et une mère de Singapour décidèrent d'emmener leurs enfants au temple pour être scellés et recevoir les bénédictions du temple. Ils firent beaucoup de sacrifices pour lever les fonds nécessaires et purent finalement faire le voyage et aller au temple. Ils logèrent chez le missionnaire qui les avait instruits des années auparavant.
Pendant qu'ils étaient dans un grand magasin, cette femme fut séparée de son mari et des missionnaires. Quand ils la retrouvèrent, elle tenait un flacon de shampooing et pleurait. Elle expliqua qu'un des sacrifices qu'elle avait faits pour aller au temple avait été de se passer de shampooing pendant sept ans. Ses sacrifices, quoique durs à consentir, paraissaient maintenant peu de chose, car elle savait que sa famille était éternellement unie par les ordonnances de la maison du Seigneur.
Un autre événement important du ministère du président Kimball se produisit en 1979, lorsque l'Église publia une nouvelle édition en langue anglaise de la Bible du roi Jacques. Le texte n'avait pas été changé, mais on avait ajouté des notes de bas de page qui établissaient des références croisées avec le Livre de Mormon, Doctrine et Alliances et la Perle de grand prix. Un grand guide par sujet et un dictionnaire de la Bible donnaient des informations propres aux Écritures modernes. Cette édition comportait de nouveaux chapeaux de chapitres et contenait également des extraits des révisions inspirées apportées par Joseph Smith à la Bible du roi Jacques.
En 1981, de nouvelles éditions du Livre de Mormon, de Doctrine et Alliances et de la Perle de grand prix furent également publiées. Elles comprenaient le nouveau système de notes de bas de page, de nouveaux chapeaux de chapitres et de sections, des cartes et un index. À ce moment-là, l'Eglise commença aussi à accorder une importance accrue à la traduction des Écritures modernes en beaucoup d'autres langues.
Par son exemple et ses enseignements, le président Kimball incita les membres de l'Église à exceller dans tout ce qu'ils entreprenaient. Lors de la célébration du centenaire de la fondation de l'université Brigham Young, il dit : « J'espère que de cette université et du département d'enseignement de l'Église sortiront des gens qui brilleront dans le théâtre, la littérature, la musique, la sculpture, la peinture, les sciences et dans tous les domaines de l'érudition » (Spencer W. Kimball, "The Second Century of Brigham Young University", Speeches of the Year, 1975, 1976, p. 247). En d'autres occasions, il exprima son espoir que les saints des derniers jours raconteraient d'une manière puissante et persuasive l'histoire de l'Évangile rétabli.
En dépit de son emploi du temps chargé, le président Kimball allait toujours vers les autres par l'amour et le service. Il avait une fibre particulièrement sensible pour les Indiens d'Amérique du Nord et du Sud et pour le peuple des îles polynésiennes, et il consacra de nombreuses heures à toutes sortes de projets pour les aider. Il avait reçu une bénédiction de George Albert Smith lui recommandant de veiller sur eux et, lorsqu'il fut président de l'Église, il désigna des membres du Collège des Douze pour consacrer ou reconsacrer les pays d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud à la prédication de l'Évangile.
Depuis lors, des dizaines de milliers de personnes d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud se réjouissent d'avoir les bénédictions de l'Évangile. Un incident caractéristique de sa sollicitude pour tout le monde se produisit dans un aéroport bondé, où une jeune mère, bloquée par le mauvais temps, faisait queue après queue avec sa fille de deux ans pour essayer de trouver un avion pour sa destination. Elle était enceinte de deux mois, et le médecin lui avait interdit de porter sa fille, qui était alors fatiguée et affamée. Personne ne se proposait de l'aider, mais plusieurs la critiquaient à cause de son enfant qui pleurait. La femme raconta plus tard :
« Quelqu'un s'est approché de nous et, avec un sourire franc, a dit : « Est-ce que je peux faire quelque chose pour vous aider ? » Avec un soupir de gratitude, j'ai accepté son offre. Il a pris ma petite fille qui sanglotait sur le pavé froid et l'a tenu affectueusement contre lui en lui tapotant doucement le dos. Il a demandé si elle pouvait mâcher un bout de gomme. Quand elle a été calmée, il l'a gardée dans ses bras et a parlé gentiment aux personnes qui étaient devant moi dans la file, expliquant que j'avais besoin de leur aide. Elles ont paru marquer leur accord, après quoi il a remonté la file jusqu'au comptoir où l'on validait les billets et a pris les dispositions avec l'employé pour nous mettre sur un vol qui allait bientôt partir. Il nous a accompagnées jusqu'à un banc où nous avons bavardé un instant jusqu'au moment où il a eu l'assurance que tout allait bien pour moi. Il est parti de son côté. Une semaine plus tard environ, j'ai vu une photo de l'apôtre Spencer W. Kimball et j'ai reconnu en lui l'étranger qui m'avait aidée à l'aéroport » (Spencer W Kimball, éd. Edward L. Kimball, Andrew E. Kimball Jr, 1977, p. 334).
Pendant les mois qui précédèrent son décès, le président Kimball connut de graves problèmes de santé, mais il fut toujours un exemple de patience, de longanimité et de diligence face aux épreuves. Il mourut le 5 novembre 1985, après avoir été président de l'Église pendant douze ans.
11. Histoire récente (1985-1996)
Ezra Taft Benson
Ezra Taft Benson devint président de l'Église après la mort de Spencer W. Kimball. Au début de son ministère, il mit l'accent sur la grande importance de la lecture et de l'étude du Livre de Mormon. Il témoigna que « le Livre de Mormon conduit les hommes au Christ » et réaffirma la déclaration de Joseph Smith selon laquelle ce livre constitue la clef de voûte de notre religion, et qu'un homme se rapprocherait davantage de Dieu en en suivant les préceptes que par n'importe quel autre livre (Ezra Taft Benson, A Witness and a Warning, 1988, pp. 3, 21 : voir aussi History of the Church, 4:461).
À la conférence générale d'avril 1986, le président Benson déclara : « Le Seigneur a inspiré à son serviteur, Lorenzo Snow, de remettre l'accent sur le principe de la dîme pour racheter l'Église de l'esclavage financier... Maintenant, à notre époque, le Seigneur a révélé la nécessité de remettre l'accent sur le Livre de Mormon... Je vous promets que dorénavant, si nous nous abreuvons chaque jour aux pages de ce livre et si nous suivons ses préceptes, Dieu voudra déverser sur nous, chacun des enfants de Sion et l'Église, une bénédiction inconnue jusqu'alors » (Conference Report, avril 1986, p. 100 ; voir aussi « Une responsabilité sacrée », L'Étoile, juillet 1986, p. 80). Des millions de personnes dans le monde entier ont accepté cette gageure et reçu la bénédiction promise.
Un autre grand thème fut l'importance d'éviter l'orgueil. À la conférence générale d'avril 1989, il invita les membres de l'Église à purifier l'intérieur du vase en surmontant leur orgueil qui fut, leur rappela-t-il, la cause de la destruction de la nation néphite. Il dit que « le remède à l'orgueil est l'humilité, la douceur, la soumission » (Conference Report, avril 1989, pp. 6-7 ; voir aussi « Prenez garde à l'orgueil », L'Étoile, juillet 1989, p. 5).
Tandis qu'il était membre du Collège des Douze, Ezra Taft Benson eut une occasion toute particulière de donner l'exemple de la mise en application de l'Évangile. En 1952, avec l'encouragement de David O. McKay, il accepta le poste de ministre de l'Agriculture sous Dwight D. Eisenhower, président des États-Unis. Ce fut la seule fois de l'histoire de l'Église qu'un membre du Collège des Douze fit partie du gouvernement. Pendant ses huit années de mandat, il s'acquit le respect de tout le monde, au pays et à l'étranger, pour son intégrité et son aptitude à guider et à appliquer la politique agricole du gouvernement. Il entra en contact avec les dirigeants des nations et ouvrit des portes aux représentants de l'Église dans le monde entier.
Sous la direction du président Benson, l'Église fit des progrès importants partout dans le monde. Le 28 août 1987, il consacra le temple de Francfort, ce qui le touchait particulièrement, parce que, de 1964 à 1965, il avait été président de la mission européenne dont le siège était à Francfort.
Le temple de Freiberg, dans l'ancienne République démocratique allemande, fut consacré le 29 juin 1985. Cette consécration vint à la suite d'un certain nombre de miracles qui en permirent la construction. Lors de sa première visite en République démocratique allemande, en 1968, Thomas S. Monson, du Collège des Douze, avait promis aux saints : « Si vous restez fidèles aux commandements de Dieu, vous recevrez toutes les bénédictions qu'ont les membres de l'Église des autres pays » (Conference Report, avril 1989, p. 66 ; voir aussi « Que Dieu en soit loué », L'Étoile, juillet 1989, p. 47). En 1975, tandis qu'il était chargé de mission dans le même pays, frère Monson se sentit poussé par l'Esprit à consacrer le pays au Seigneur, en disant : « Père, fais qu'aujourd'hui marque l'aube d'un jour nouveau pour les membres de ton Église dans ce pays ». Il demanda que le désir profond qu'avaient les saints « de recevoir les bénédictions du temple » s'accomplisse. Sa promesse inspirée et sa prière de consécration prophétique se réalisèrent (Conference Report, octobre 1985, p. 44 ; voir aussi «Ceux qui aiment Jésus», L'Étoile, 1986, numéro 2, p. 29).
Le dernier jour de mars 1989, les missionnaires de l'Église furent autorisés à entrer en République démocratique allemande. Le 9 novembre 1989, la foi et les prières de beaucoup de saints furent exaucées lorsque les barrières entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest commencèrent à tomber, ce qui permit un accroissement des baptêmes de convertis et de la construction de bâtiments de l'Eglise. Un des convertis entendit parler pour la première fois de l'Église lorsqu'il se rendit, le 1er mai 1990, à une journée portes ouvertes dans la nouvelle église de Dresde. Moins d’une semaine plus tard, il était baptisé après avoir suivi les leçons missionnaires, lu deux fois le Livre de Mormon d'un bout à l'autre et acquis un témoignage fort de la véracité de l'Évangile (Garold et Norma Davis, « The Wall Comes Down », Ensign, juin 1991, p. 33).
Le 24 juin 1991, lors d'un banquet donné après le concert du Chœur du Tabernacle mormon à Moscou, le vice-président de l'U.R.S.S. annonça que l'Église était officiellement reconnue dans son pays. Cela permit à l'Église de créer des assemblées dans cette vaste république. Pendant les années 1990, un certain nombre d'anciennes républiques soviétiques et de pays d'Europe centrale et de l'Est furent consacrés à la prédication de l'Évangile, notamment l'Albanie, l'Arménie, la Biélorussie, la Bulgarie, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Russie et l'Ukraine. Des bâtiments sont loués ou construits pour l'Église dans chacun de ces pays, et beaucoup de gens acquièrent le témoignage de la véracité de l'Évangile. Lors de la consécration de la première église en Pologne depuis l'entre-deux guerres, Russell M. Nelson, du Collège des Douze, pria pour qu'elle serve de « refuge de paix pour les âmes troublées et de havre d'espérance pour ceux qui ont faim et soif de justice » (Church News, 29 juin 1991, p. 12). Cette bénédiction se réalise dans la vie des saints de beaucoup de pays, qui ont trouvé la paix et la joie de l'Évangile.
Suite à la formidable croissance de la population de l'Église et de l'accent mis par le président Benson sur l'œuvre missionnaire, à la fin de son ministère près de quarante-huit mille missionnaires servaient dans 295 missions de l'Église.
En outre, au cours de son ministère,
le programme d'entraide de l'Église commença à offrir une aide
humanitaire accrue aux membres d'autres confessions religieuses de
par le monde. L'aide est apportée pour soulager les
souffrances et encourager une autonomie de longue durée. De
grandes quantités de nourriture, de vêtements, de
matériel médical, de couvertures, d'argent et d'autres
choses sont distribuées aux nécessiteux, et des projets
à long terme apportent des soins médicaux,
l'alphabétisation et d'autres services. Ces services
compatissants touchent aujourd'hui des milliers de personnes dans
beaucoup de parties du monde. Affligé par les infirmités
de la vieillesse et la perte de Flora, son épouse bien-aimée,
le président Benson décéda le 30 mai 1994, à
l'âge de 94 ans, ayant vaillamment rempli sa mission de
prophète du Seigneur. Il fut remplacé par Howard W.
Hunter, qui était alors président du Collège des
Douze.
Howard W. Hunter
Le 6 juin 1994, lors de sa première conférence de presse, Howard W. Hunter définit quelques-uns des thèmes importants de son ministère. Il dit : « Je voudrais inviter tous les membres de l'Église à accorder toujours plus d'attention à la vie et à l'exemple du Seigneur Jésus-Christ, surtout à l'amour, à l'espérance et à la compassion dont il a fait preuve.
« Je prie pour que nous nous traitions les uns les autres avec plus de gentillesse, de courtoisie, d'humilité, de patience, et que nous nous pardonnions davantage ».
Il demanda aussi aux membres de l'Église de faire du temple du Seigneur le grand symbole de leur appartenance à l'Église et le cadre céleste de leurs alliances les plus sacrées. Il ajouta : « Mon vœu le plus cher est que chaque membre de l'Église soit digne d'aller au temple » (Church News, 11 juin 1994, p. 14 ; voir aussi Howard W. Hunter, « Comme les Aigles », L'Étoile, septembre 1994, p. 4). Des milliers de membres de l'Église ont intégré ce message à leur vie et ont eu la bénédiction de voir leur spiritualité s'approfondir.
Le président Hunter avait une intelligence très vive qui a eu une grande valeur pour l'Église. À la fin des années 1970, il reçut une tâche qui requit de lui tous ses talents. Il joua un grand rôle dans l'acquisition d'un terrain et dans la supervision de la construction du grand bâtiment de l'Église en Terre Sainte qu'est le Centre d'Études du Proche-Orient de l'université Brigham Young, à Jérusalem. Le centre est situé sur le mont Scopus, prolongement du mont des Oliviers. Il abrite les logements et les salles de classe de personnes qui étudient en profondeur cette terre de choix, son peuple (arabe aussi bien que juif), et les lieux où Jésus et ses prophètes d'autrefois ont vécu. Ce centre a été une bénédiction pour ceux qui y ont étudié, et sa beauté a inspiré beaucoup de personnes qui l’ont visité.
Le président Hunter joua également un rôle important dans la création du Centre culturel polynésien situé à côté de l'université Brigham Young - Hawaii à Laie (Hawaii). Il fut le président fondateur du bureau responsable de ce centre d'accueil pour visiteurs de dix-sept hectares qui appartient à l'Église et est géré par elle. Son but est de préserver la culture polynésienne et de fournir un emploi aux étudiants. Construit en 1963, ce centre est maintenant visité chaque année par près d'un million de personnes attirées par la musique, la danse, les arts et l'artisanat des îles Polynésiennes.
Avant de devenir président de l'Église, frère Hunter fut pendant huit ans président de la Société généalogique d'Utah, précurseur du département généalogique actuel. Au cours de cette période, la société patronna, en 1969, la première conférence mondiale sur les annales qui, dit-il, « a suscité beaucoup de bonne volonté envers l'Église et a ouvert dans le monde entier les portes à notre œuvre » (Eleanor Knowles, Howard W Hunter, 1994, p. 193). II avait un grand amour pour tous les hommes, vivants et défunts, et enseignait souvent que nous faisons tous partie d'une seule grande famille. Il était connu pour être un homme qui avait un amour semblable à celui du Christ.
De son vivant, il connut une grande adversité. Avec foi et force d'âme, il affronta des problèmes de santé graves et douloureux, la longue maladie et la mort de sa première épouse, ainsi que d'autres difficultés. En dépit de ces obstacles, il servit activement le Seigneur, voyagea beaucoup et travailla dur dans la gestion des affaires de l'Église. Son exemple était conforme à son message : « Si vous avez des problèmes dans votre foyer, si vos enfants s'égarent, si vous avez des revers financiers et des problèmes émotionnels qui menacent votre foyer et votre bonheur, si vous devez affronter la mort ou la maladie, que votre âme soit en paix. Nous ne serons pas tentés au-delà de notre capacité de résister. Nos difficultés et nos déceptions sont la voie droite et étroite qui conduit à Lui » (Conference Report, octobre. 1987, p. 71 ; voir aussi « Les portes qui s'ouvrent et celles qui se ferment », L'Étoile, janvier 1988, p. 55).
Le président Hunter présida la création du 2000ème pieu de l’Église le 11 décembre 1994 à Mexico, étape importante dans l'histoire de l'Église. À cette occasion, il dit à l'assemblée : « C'est le Seigneur qui, par ses serviteurs, a réalisé ce miracle. Cette œuvre ira de l'avant avec force et vitalité. Les promesses faites à Léhi et à ses enfants concernant leur postérité se sont accomplies et continuent de l’être au Mexique » (Church News, 17 déc. 1994, p. 3). Pendant qu'il était Autorité générale, l'Église d'Amérique latine grandit de manière spectaculaire. Lorsqu'il devint président de l'Église, il y avait plus d'un million et demi de saints des derniers jours rien qu'au Mexique, au Brésil et au Chili, soit plus de membres de l'Église qu'il n'en vivait à l'époque en Utah.
Le président Hunter ne fut
président de l'Église que neuf mois, mais il eut une
grande influence sur les saints, qui se souviennent de sa compassion,
de sa longanimité et de son bel exemple de vie chrétienne.
Gordon B. Hinckley
Lorsque après le décès du président Hunter, Gordon B. Hinckley devint président de l'Église, on lui demanda sur quoi se concentrerait sa présidence. Il répondit : « Continuer. Oui, notre thème sera de continuer la grande œuvre qui a été promue par nos prédécesseurs, qui ont servi d'une manière si admirable, si fidèle et si excellente. Fortifier les valeurs familiales, oui. Favoriser l'instruction, oui. Créer un esprit de tolérance et de patience entre les hommes de partout, oui. Et proclamer l'Évangile de Jésus-Christ » (Church News, 18 mars 1995, p. 10).
La grande expérience que le président Hinckley avait de la direction de l'Église l'avait bien préparé à la présidence. Il fut soutenu au Collège des douze apôtres en 1961. À partir de 1981, il fut conseiller dans la Première Présidence sous trois présidents de l'Église : Spencer W. Kimball, Ezra Taft Benson et Howard W. Hunter. Au cours de certaines de ces années, il endossa des responsabilités extrêmement lourdes lorsque les présidents de l'Église souffraient des infirmités de la vieillesse.
Tandis qu'il faisait sa mission en Angleterre, le jeune Gordon B. Hinckley reçut un conseil qui lui fut bien utile au cours des années de lourdes responsabilités qui furent les siennes. Un peu découragé, il écrivit une lettre à son père, disant : « Je gaspille mon temps et ton argent. Je ne vois aucune raison de rester ici ». Quelque temps plus tard, il recevait une lettre laconique de son père, qui disait : « Cher Gordon. J'ai reçu ta lettre... Je n'ai qu'une chose à dire : cesse de penser à toi-même et mets-toi au travail. Affectueusement, ton père ».
Le président Hinckley dit à ce propos : « J'ai médité sa réponse, puis, le lendemain matin, lors de notre étude des Écritures, nous avons lu la belle déclaration du Seigneur : « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera » (Marc 8:35). Cela m'a touché. Cette déclaration, cette promesse, en rapport avec la lettre de mon père, m'a poussé à aller à l'étage... me mettre à genoux et faire alliance avec le Seigneur d'essayer de ne plus penser à moi-même et de me mettre au travail. Je considère cela comme la grande décision de ma vie. Tout ce qui m'est arrivé de bon depuis lors, je peux le relier à la décision que j'ai prise à ce moment-là » (Gordon B. Hinckley : Man of Integrity, 15th President of the Church, videocassette, 1994).
Le président Hinckley est bien connu pour son optimisme que rien ne peut décourager, toujours plein de foi en Dieu et en l'avenir. « Les choses finiront par s'arranger » : c'est sans doute l'assurance que le président Hinckley répéta le plus souvent à sa famille, à ses amis et à ses fréquentations. « Persévérez. Croyez. Soyez heureux. Ne vous découragez pas. Les choses finiront par s'arranger », a-t-il l'habitude de dire (Jeffrey R. Holland, « President Gordon B. Hinckley », Ensign, juin 1995, p. 5).
Quand un reporter lui demanda quelle était la plus grande difficulté que l'Église devait affronter, il répondit : « La difficulté la plus grave que nous ayons à affronter et notre tâche la plus merveilleuse est celle qui découle de la croissance ». Il expliqua qu'une croissance accrue représente la nécessité de construire, entre autres choses, davantage de temples : « Cette époque est la plus grande de l'histoire de l'Église en matière de construction de temples. Jamais la construction de temples n'est allée de l'avant au rythme actuel. Nous avons quarante-sept temples en activité. Il y en a encore treize en cours de planification ou de construction. Nous continuerons à construire des temples » (Church News, 18 mars 1995, p. 10). La croissance accrue de l'Église a également rendu nécessaire la traduction du Livre de Mormon dans beaucoup de langues.
Le président Hinckley a une expérience personnelle de la croissance spectaculaire de l'Église. En 1967, tandis qu'il assistait à une conférence à Osaka, au Japon, il parcourut des yeux l'assemblée, qui comprenait de nombreux jeunes, et déclara : « Je vois en vous l'avenir de l'Église au Japon. Et je vois un bel avenir. Nous venons à peine de commencer. Mais je me sens poussé à dire ce que je ressens depuis longtemps, à savoir que le jour n'est pas éloigné où il y aura des pieux de Sion dans ce grand pays » (« Adresses », AV 1801, Archives de l'Église). Une génération plus tard, il y avait cent mille saints des derniers jours au Japon, de nombreux pieux, missions et districts, et un temple.
Le président Hinckley s'intéresse aussi beaucoup à la croissance de l'Église aux Philippines, où le premier pieu fut organisé en 1973, à Manille. Deux décennies plus tard, au moment où il devint président de l'Église, plus de trois cent mille philippins membres de l’Église recevaient les bénédictions de l'Évangile, entre autres celles d'avoir un temple dans leur pays. Le président Hinckley a également manifesté un grand intérêt pour la croissance de l'Église dans d'autres parties de l'Asie, notamment la Corée, la Chine et le Sud-est asiatique.
La spiritualité de beaucoup de saints d'Asie ressort bien de l'expérience d'une Autorité générale chargée d'appeler un nouveau président de pieu dans un pieu philippin. Après avoir eu un entretien avec un certain nombre de détenteurs de la prêtrise, il se sentit poussé à appeler comme président de pieu un homme d'environ vingt-cinq ans. Il demanda au jeune frère d'aller dans une salle voisine et de réfléchir au choix de ses conseillers. Le frère revint trente secondes plus tard. L'Autorité générale crut qu'il avait mal compris, mais le nouveau président de pieu dit : « Non. J'ai su, il y a un mois, par l'Esprit du Seigneur, que j'allais être le président du pieu. J'ai déjà choisi mes conseillers ».
Ce n'est que justice que le président Hinckley, qui a tant fait pour aider à l'implantation de l'Église dans le monde entier, ait pu annoncer pendant son ministère : « Nos statisticiens me disent que si la tendance actuelle continue, en février 1996, dans quelques mois seulement, il y aura plus de membres de l'Église à l'extérieur des États-Unis qu'à l'intérieur. Le franchissement de cette étape revêt une signification magnifique. Il représente le fruit d'efforts immenses pour se tourner vers les autres » (Conference Report, octobre 1995, pp. 92-93 ; voir aussi « Tenez le cap, gardez la foi », L'Étoile, janvier 1996, p. 79).
Un des grands points sur lesquels le ministère du président Hinckley a mis l'accent est l'importance d'une bonne vie de famille, en particulier dans un monde qui souvent ne soutient pas les valeurs familiales. Sous sa direction, la Première Présidence et le Conseil des Douze ont publié une déclaration au monde au sujet de la famille, qui dit, en partie :
« La famille est ordonnée de Dieu. Le mariage entre l'homme et la femme est essentiel à son plan éternel. Les enfants ont le droit de naître dans les liens du mariage et d'être élevés par un père et une mère qui honorent leurs vœux de mariage dans la fidélité totale. On a le plus de chances d'atteindre le bonheur en famille lorsque celle-ci est fondée sur les enseignements du Seigneur Jésus-Christ...
« Nous lançons une mise en garde : les personnes qui enfreignent les alliances de la chasteté, font subir des sévices à leur conjoint ou à leurs enfants, ou qui ne s'acquittent pas de leurs responsabilités familiales devront un jour en répondre devant Dieu. Nous faisons également cette mise en garde : la désagrégation de la famille attirera sur les gens, les collectivités et les nations les calamités prédites par les prophètes d'autrefois et d'aujourd'hui » (« La Famille : Déclaration au monde », L'Étoile, juin 1996, pp. 10-11).
À la conférence générale d'avril 1995, le président Hinckley annonça que le 15 août 1995, les représentants régionaux de l'Église, qui avaient si bien accompli leur service, seraient relevés et qu'un nouveau poste, celui d'Autorité interrégionale, serait créé. Les Autorités interrégionales président aux conférences de pieu, réorganisent ou créent des pieux, forment les présidents de pieu, de mission et de district et s'acquittent d'autres tâches données par la Première Présidence et leur présidence interrégionale. Ce nouveau poste permet aux dirigeants de l'Église de vivre et de travailler plus près des gens qu'ils servent et favorise une progression accrue dans le monde entier.
Jeffrey R. Holland, du Collège des Douze, a expliqué comment chaque saint peut soutenir au mieux le président Hinckley : « Au moment où il prend en charge le saint appel auquel il a été appelé, celui de Prophète, Voyant et Révélateur, grand prêtre président et président de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours... la meilleure chose que nous puissions faire pour le soutenir dans son office c'est : « continuer, continuer, continuer ! » (Jeffrey R. Holland, President Gordon B. Hinckley, p. 13).
L’œuvre de chacun
Chaque saint des derniers jours a une place dans l'histoire de l'Église. Certains naissent dans des familles qui, depuis des générations, ont adopté l'Évangile et élevé leurs enfants dans les voies du Seigneur. D'autres entendent l'Évangile pour la première fois et entrent dans les eaux du baptême, et contractent par là l'alliance sacrée de participer à l'édification du royaume de Dieu. Beaucoup de membres habitent dans des régions où ils commencent seulement leur ère d'histoire de l'Église et constituent un patrimoine de foi pour leurs enfants. Dans quelque situation qu’ils se trouvent, ils sont des éléments essentiels de la cause de l'édification de Sion et de la préparation de la seconde venue du Sauveur. Ils ne sont « plus des étrangers, ni des gens du dehors ; mais... concitoyens des saints, gens de la maison de Dieu » (Éphésiens 2:19).
Tous les saints des derniers jours, nouveaux ou anciens dans l’Église, reçoivent un patrimoine de foi et de sacrifice de la part de ceux qui les ont précédés. Ils sont aussi des pionniers modernes pour leurs enfants et pour les millions d'enfants de notre Père céleste qui entendront et accepteront l'Évangile de Jésus-Christ. Ils apportent leur contribution de différentes manières dans le monde entier en exécutant fidèlement l'œuvre du Seigneur.
Pères et mères forment, en s'aidant de la prière, leurs enfants dans les principes de la justice. Les instructeurs au foyer et les instructrices visiteuses s'occupent de ceux qui sont dans le besoin. Des familles font leurs adieux à des missionnaires qui ont décidé de consacrer des années de leur vie à apporter le message de l'Évangile à d'autres. Des dirigeants de prêtrise et d'auxiliaires désintéressés répondent à des appels au service. Des bénédictions sont accordées aux vivants et aux morts grâce à d'innombrables heures de service discret consacré à rechercher les noms des ancêtres et à accomplir des ordonnances sacrées dans le temple.
Chacun participe à accomplir la destinée de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qui a été révélée à Joseph Smith, le prophète. En 1842, il prophétisait :
« L'étendard de la vérité a été dressé ; aucune main impie ne peut empêcher l'œuvre de progresser ; les persécutions peuvent faire rage, les émeutiers peuvent s'attrouper, les armées s'assembler, la calomnie peut diffamer, mais la vérité de Dieu ira de l'avant hardiment, noblement et indépendante, jusqu'à ce qu'elle ait pénétré tout continent, visité tous les climats, balayé tous les pays et résonné à toutes les oreilles, jusqu'à ce que les desseins de Dieu soient accomplis et que le grand Jéhovah dise que l'œuvre est accomplie » (History of the Church, 4:540).
Bien que l'Église soit restée très petite de son vivant, Joseph Smith savait que c'était le royaume de Dieu sur la terre, qui avait pour destinée de remplir la terre entière des vérités de l'Évangile de Jésus-Christ. Ces dernières années, la croissance de l’Église a été spectaculaire. L’époque actuelle offre à chacun la bénédiction de pouvoir offrir sa foi et ses sacrifices pour aider à établir le royaume de Dieu sur la terre, avec l’assurance que ce royaume durera éternellement.