La perfection
et la progression de Dieu :
deux notions complémentaires
Eugene England [1]
BYU
Studies, vol.
29, 1989, n° 3 – été 1989, p.
31-45
Note de la Rédaction : La
théologie de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours propose une conception de Dieu qui diffère
radicalement de celle du monde chrétien traditionnel. Les
choses se compliquent encore quand les uns affirment que Dieu a
atteint un stade où il ne progresse plus et les autres qu’il
continue à progresser. La contradiction n’est
qu’apparente. Voici comment on la résout.
Le
6 avril 1844, Hyrum
Smith, conseiller
du prophète Joseph Smith, parlant à la conférence
générale de l’Église, dit
:
« Je
ne servirais pas un Dieu qui n'aurait pas toute sagesse et tout
pouvoir »
[2]. Pourtant,
le 13 janvier 1867, parlant au Tabernacle comme président de
l’Église, Brigham
Young
dit :
« Selon la théorie [de certains], Dieu ne peut plus
progresser en connaissance ni en puissance, mais le Dieu que je sers
progresse éternellement et ses enfants aussi. » [3]
Il
est difficile d'imaginer contradiction plus flagrante dans des
déclarations
d’autorités concernant la conception mormone de Dieu :
Hyrum
Smith dit que Dieu a toute sagesse et tout pouvoir
;
Brigham
Young
dit que non et qu'il progresse dans ces attributs.
Comment
a-t-il pu y avoir un retournement aussi spectaculaire dans le dogme ?
N’est-ce pas là une simple affaire de vrai et de faux ?
N'est-il
pas certain qu'ou bien Dieu est parfait, avec l’omniscience et
la toute-puissance ou qu’il ne l'est pas ?
Comment
pourrait-il y avoir une opposition directe au niveau des prophètes
sur quelque chose d’aussi évident et d’aussi
fondamental ?
Ce
que je veux démontrer, c’est tout simplement qu’en
réalité il n’y a pas de contradiction [4].
Ces
dirigeants
de l’Église utilisaient deux manières
différentes, mais complémentaires, de parler de Dieu
basées sur deux aspects différents de la compréhension
que les
mormons ont de Dieu, qui sont, je crois, tous les deux essentiels à
notre théologie et doivent être conservés.
À
l'aide d'un concept
de
base, celui de sphères
de développement différentes et progressives et d’une
possibilité de perfection au sein de chaque sphère, il
est possible de croire à
la fois
en la perfection de la connaissance et du pouvoir
de Dieu par
rapport à notre
sphère et
en sa progression dans ces attributs dans sa
sphère et
les sphères plus hautes.
Ce concept, c’est Brigham Young qui a été le
premier
à le formuler fermement, mais il avait déjà été
évoqué précédemment dans certains des
discours de Joseph Smith et dans les
Doctrine et Alliances
et il a été utilisé par la plupart des
personnalités principales de la théologie mormone
depuis le commencement jusqu'à nos jours.
Joseph
Smith a enseigné ces deux points de doctrine au sujet de Dieu.
Le
Livre de Mormon
et les Doctrine et Alliances,
conformes en cela aux Écritures
chrétiennes traditionnelles, disent de Dieu qu’il est
omniscient et tout-puissant [5].
Le
tout premier grand exposé doctrinal de l’Église,
les Lectures
on Faith,
va jusqu’à utiliser les catégories chrétiennes
traditionnelles (empruntées à la philosophie grecque)
de l'omniprésence, de l'omniscience
et de l'omnipotence pour décrire Dieu.
Il affirme explicitement
que « sans la connaissance de toutes choses, Dieu ne
pourrait sauver aucune partie de sa création… et s'il
n'y avait pas, dans l’esprit des hommes, l’idée
que Dieu a toute la connaissance, il leur serait impossible de faire
preuve de foi
en lui [6]. »
On
ne sait toujours pas avec certitude quel rôle Joseph Smith a
joué dans la composition des Lectures
on Faith.
Ils
semblent être principalement l’œuvre de Sidney
Rigdon
et certains lecteurs y voient une étape très ancienne
de la pensée doctrinale mormone sur Dieu, une étape
encore fortement influencée par les credo chrétiens
traditionnels [7].
Par
exemple, Dieu est décrit comme un personnage d'esprit, seul le
Christ étant un personnage incarné et le Saint-Esprit
comme n’étant pas une personnalité du tout mais
comme une sorte de volonté unificatrice du Père et du
Fils.
Ceux
qui citent les Lectures
on Faith
ont
dû faire un travail d’édition, ajouter des notes
de bas de page
et des explications afin de les rendre conformes à la pensée
mormone orthodoxe ultérieure, comme, par exemple, Joseph
Fielding
Smith le fait au début des Doctrines
du salut.
Ce
problème a été reconnu dans les efforts des
autorités de l’Église pour revoir les Lectures
on Faith
au
début des années 1900, ou du moins pour ajouter une
note
de bas de page,
et ensuite la décision prise en 1921 de les exclure plutôt
des Doctrine
et Alliances
[8].
Mais
Joseph Smith ne les a jamais rejetés.
Il
est probable que, s’ils avaient été écrits
plus tard, lorsque sa compréhension
avait
évolué,
lui aussi aurait nuancé ou expliqué certains des termes
et des notions qui s’y trouvent, mais je pense qu'il ne voyait
aucune contradiction inhérente entre eux et la compréhension
qu’il a acquise plus tard des rapports de Dieu avec les sphères
d'existence supérieures.
Cette
vision des choses avait été obtenue et amplifiée
pendant un certain nombre d'années avant d’être
proclamée très clairement, globalement et publiquement
dans le célèbre « discours sur King
Follett »,
prononcé lors de cette même conférence d'avril
1844, au cours duquel Hyrum
Smith mit l’accent sur la perfection de Dieu.
Le
« discours sur King
Follett »
lui-même est sujet à certaines réserves parce
qu'il a
été enregistré
de la manière assez imprécise qui était possible
à l’époque, en toutes lettres, bien
que
par quatre secrétaires,
dont le travail fut plus tard amalgamé.
Joseph
Smith n’y dit nulle part de manière formelle que Dieu
progresse actuellement en connaissance et en puissance,
mais aussi bien là que dans les
Doctrine et Alliances,
il déclare de manière parfaitement claire que Dieu
n'est pas suprême partout et n'a pas toute la puissance,
en
disant
qu'il y a des dieux au-dessus de lui et en citant des choses bien
précises que même Dieu ne peut pas faire :
Dieu
ne peut pas créer les éléments ni quoi que ce
soit d’autre de rien ;
il
ne peut pas créer des intelligences ni les sauver de force.
En outre, Joseph
Smith décrit clairement un processus éternel
d’acquisition de connaissance et de progression par lequel
l'état
divin
est atteint, et il sous-entend
au moins que le processus continue
pour Dieu lui-même :
« Dieu
lui-même a jadis été tel que nous sommes
maintenant et est un homme exalté et siège sur son
trône dans les cieux là-haut ! Voilà le grand
secret… Le premier principe de l’Évangile est de
connaître avec certitude la nature de Dieu et de savoir que
nous pouvons converser avec lui… il faut que vous appreniez
comment être vous-mêmes des dieux, et être rois et
prêtres de Dieu exactement comme tous les dieux l’ont
fait avant vous, à savoir en passant d’un petit degré
à l’autre et d’une petite capacité à
une plus grande ; de grâce en grâce, d’exaltation
en exaltation.
« [Jésus dirait] Mon Père a
travaillé avec crainte et tremblement pour obtenir son
royaume, et je dois faire de même ; et lorsque j’aurai
obtenu mon royaume, je le présenterai à mon Père,
afin qu’il puisse recevoir royaume sur royaume, et cela
l’exaltera en gloire. Il passera alors à une plus haute
exaltation et je prendrai sa place, et deviendrai ainsi moi-même
exalté afin qu’il puisse recevoir royaume sur
royaume…
« Tous
les esprits que Dieu a jamais envoyés dans le monde peuvent se
développer… Les
rapports que nous avons avec Dieu nous mettent en mesure de
progresser dans la connaissance… Dieu lui-même, se
trouvant au milieu des esprits et de la gloire, vit, parce qu’il
était plus intelligent, qu’il était utile
d’instituer des lois grâce auxquelles le reste aurait la
possibilité d’avancer comme lui. Les rapports que nous
avons avec Dieu nous mettent en mesure de progresser dans la
connaissance. Il a le pouvoir d’instituer des lois pour
instruire les intelligences plus faibles, afin qu’elles
soient exaltées avec lui, pour qu’elles aient joie sur
joie et toute la connaissance, tout le pouvoir, toute la gloire… »
[9]
Notez
ici l’absence de l'absolutisme chrétien traditionnel.
L'accent
semble plutôt être sur la ressemblance de Dieu avec les
humains, sur le fait que Dieu est le même genre d'être
que nous et met à notre disposition un processus de
progression par lequel il est lui-même passé et dans
lequel il est apparemment toujours engagé, « grâce
[auquel les moins intelligents auraient] la possibilité
d’avancer comme lui ».
La
forme verbale implique qu’il progresse toujours.
Dieu
est une intelligence « plus grande » mais pas
absolue ;
il
évolue vers des exaltations de plus en plus hautes, pas vers
un état
absolu de l'exaltation la plus élevée possible ;
une
gloire s’ajoute à l'autre « dans toute
la connaissance, tout le pouvoir, toute la gloire. » [10]
Dans
le numéro de l'hiver 1978 de BYU
Studies,
qui contient un texte nouvellement amalgamé du « discours
sur King
Follett »,
Van Hale démontre que Joseph Smith enseignait le concept de la
pluralité des dieux depuis 1835 et que ses associés
directs, tels que Hyrum
Smith et Brigham
Young, le comprenaient très bien.
George
Laub
cite dans son journal
Hyrum
Smith lui-même comme
enseignant, le 27 avril 1843, qu'il y a « toute une
succession et une lignée entière de dieux. »
[11]
En
fait, dans ce sermon même, Hyrum
fournit le texte scripturaire
de base pour le changement de perspective qui permet de parler de
nombreux dieux, de sphères croissantes de puissance et
d'intelligence et puis de changer de ton et de parler d'un seul Dieu,
notre Dieu, parfait dans l'intelligence et la puissance et donc
capable de sauver ses enfants sur la terre.
Il
commence son exposé en citant 1 Corinthiens
8:5-6
:
« Il
existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs,
néanmoins pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père. »
En
dépit du contexte de cette Écriture,
un commentaire de Paul
sur la croyance aux idoles, Brigham Young, B. H. Roberts,
Joseph Fielding
Smith et beaucoup d'autres l'ont employée comme brève
explication de la façon dont il est possible d'être
polythéiste
chrétien (techniquement parlant, hénothéiste)
et monothéiste
:
comment
nous pouvons parfois parler sur un mode aventureux d’ordres
multiples de la divinité et comment nous pouvons considérer
les sphères avancées qui existent dans les infinis,
mais en même temps, sans contradiction, nous pouvons parler
dans un esprit d’adoration de notre Dieu unique et de sa
connaissance parfaite et de son pouvoir
rédempteur suprême dans la sphère de notre monde.
Certains
prophètes et théologiens mormons ont considéré
que ce passage des Corinthiens sert expressément à
décrire la différence entre une manière de
parler et de penser qui est centrée sur les sphères
multiples de l'existence infinie, où il y a « plusieurs
dieux et plusieurs seigneurs », et une manière qui
est centrée sur la sphère unique de notre existence
immédiate, où il n’y a « qu’un
seul Dieu, le Père », celui devant qui nous sommes
responsables et qui est parfait et ne progresse donc pas dans notre
sphère mortelle.
Je pense personnellement que cette
utilisation du passage par les prophètes suggère aussi
que les
deux
manières de parler de Dieu sont vraies et orthodoxes
– et
complémentaires.
Quand
nous considérons les choses de cette façon, nous
pouvons comprendre que Hyrum
Smith, quand il proclame : « Je ne servirais pas un
Dieu qui n’aurait pas toute sagesse et tout pouvoir »,
parle dans l’optique de cette seconde sphère unique dans
laquelle « pour nous il n’y a qu’un seul Dieu,
le Père ».
Ce qui le préoccupe, le contexte le montre clairement, c’est
la
foi des saints dans le pouvoir
du Christ de sauver, qui avait été peut-être
sapée par un accent trop exclusif sur le premier niveau, celui
des sphères multiples :
« Je
veux étouffer toute influence fausse.
Si
je pensais que je devrais être sauvé et que, dans
l'assemblée,
il devrait y en avoir qui seraient perdus,
je ne serais pas heureux…
Notre
Sauveur est compétent pour nous sauver tous de la mort et de
l'enfer.
Je
peux le prouver par la révélation.
Je
ne servirais pas un Dieu qui n'aurait pas toute sagesse et tout
pouvoir. »
Brigham
Young,
comme Hyrum
Smith, utilisait les deux manières de parler de Dieu.
Parfois,
apparemment quand il sentait que son auditoire avait le plus besoin
de cette perspective, il parlait au plan de la sphère unique,
se concentrant, en termes chrétiens classiques, sur la
souveraineté de Dieu dans notre monde.
Le
président Young mettait souvent l’accent sur les
perfections
de Dieu, sur sa connaissance et son pouvoir absolument suffisants
pour nous sauver.
Mais
en beaucoup d'autres occasions, particulièrement au cours de
ses débats continuels avec Orson
Pratt, il se mettait franchement sur le plan des sphères
multiples, se réjouissant de la vision grandiose qu'il avait
reçue de Joseph Smith concernant « la progression
éternelle » (une expression qu’il semble
avoir inventée), qui est le cœur de l'activité et
de la motivation des dieux et des hommes :
« Le
premier grand principe qui doit retenir l'attention de l’humanité,
que doivent comprendre l'enfant et l'adulte et qui est le
ressort principal de toute action, qu'on le comprenne ou non,
c'est le principe de l’amélioration. Le principe de
l'accroissement, de l'exaltation, d'ajouter à
ce que nous possédons déjà, est le grand
principe et la cause motrice suprême des actes des enfants
des hommes…
le ressort principal des actions de [tous] les hommes. Ceux qui
professent être saints
des derniers jours,
qui ont la bénédiction de recevoir et de comprendre les
principes du saint Évangile,
sont tenus d’étudier, de découvrir
et de mettre en pratique dans leur vie les principes qui sont conçus
pour durer et qui tendent vers un accroissement continuel dans ce
monde-ci et dans monde
à venir.
« Toutes
leurs entreprises terrestres devraient être basées sur
ce principe.
Cela
seul peut leur assurer l’exaltation ;
c'est
le point de départ, dans cette existence, vers une progression
sans fin. » [12]
Il
ressort clairement d'autres sermons que, quand il parle de
« progression », Brigham
Young
ne pense pas à un simple accroissement quantitatif
dans le nombre d'enfants ou de royaumes d'esprit, dans le sens où
nous employons parfois le terme « accroissement éternel »
actuellement.
Il
a dit : « Nous ne cesserons jamais d'apprendre, à
moins que nous apostasiions…
Pouvez-vous
comprendre cela ? »
[13].
Et ce n'était pas là une notion secondaire.
Elle
était au centre de sa théologie :
« Ne
nous replions pas sur nous-mêmes, car le monde, avec toute sa
variété d'informations utiles et ses riches amas de
trésors cachés, est devant nous ;
et
l'éternité, avec toute son intelligence pétillante,
ses aspirations sublimes et ses gloires indicibles, est devant nous. » [14]
« Quand
nous serons passés dans la sphère où Joseph se
trouve, il y aura encore un autre département et puis un autre
et un autre et ainsi de suite vers une progression éternelle
dans l'exaltation et les vies éternelles.
C'est
l'exaltation que je recherche. » [15]
« Quand
nous aurons vécu des millions d'années en la présence
de Dieu et des anges… cesserons-nous alors d'apprendre ?
Non, sinon l'éternité
cessera. » [16]
Brigham
Young
se délectait de sa vision illimitée d’acquisition
de connaissance et d’expérience continue et sans fin.
C'était,
pour lui, aussi bien la raison que le moyen de la poursuite de
l'existence, de la vie éternelle.
Elle l’amenait à se réjouir
de l’universalité de l'Évangile
:
« Toute
réalisation, toute grâce, tout accomplissement utile
dans les mathématiques… dans tout ce qui est science et
art appartient aux saints et ils doivent profiter aussi rapidement
que possible de l’abondance de connaissances que les sciences
offrent au savant
diligent et persévérant. » [17]
« Nous,
les saints dans les derniers jours, nous avons beaucoup à
apprendre ;
il
y a une éternité de connaissance devant nous ;
nous
ne recevons tout au plus que très peu dans cette étape
de notre progression. » [18]
Cet
enthousiasme a amené Brigham
Young
à inverser complètement la légende médiévale
de Faust, qui implique que trop de science mène le chrétien
au blasphème ;
il
affirme que ce n’est que quand nous blasphémons,
quand nous péchons
contre Saint-Esprit,
que nous cessons
finalement d’apprendre :
« Si
nous continuons à apprendre tout ce que nous pouvons au sujet
du salut qui nous est acheté et présenté par
l'intermédiaire du Fils de Dieu, y a-t-il un moment où
une personne cessera d'apprendre? Oui, quand elle aura péché
contre Dieu le Père, Jésus-Christ, le Fils, et le
Saint-Esprit – le ministre de Dieu; lorsqu'elle aura renié
le Seigneur, l'aura défié et commis le péché
que la Bible dit être le péché impardonnable
– le péché contre le Saint-Esprit. C'est alors
qu'elle cessera d'apprendre et dorénavant sombrera dans
l'ignorance, oubliant ce qu'elle connaissait déjà…
Elle cessera de s'accroître, mais doit diminuer…. Ce
sont là les seules personnes qui cesseront jamais d'apprendre,
tant dans le temps que dans l'éternité. » [19]
Sa
croyance en la progression sans fin dans la connaissance n'était
pas de la théorie, contrairement, de toute évidence, à
d’autres sujets.
Pour
certaines choses, telles que la situation exacte d'Adam, il disait
franchement : « Je suppose » telle et
telle chose ou : ce sujet « ne concerne pas
immédiatement votre bien-être ou le mien. »
Mais
il est clair qu’il estimait que l'idée de la progression
éternelle était véritablement l'élément
fondamental de toute
action,
y compris l'action divine et que les concepts centraux qu'il avait
appris de Joseph concernant la progression, aussi bien chez Dieu que
chez les humains, devaient être maintenus vivaces dans
l'héritage mormon.
Il
réimprima le « discours sur King
Follett »
un certain nombre de fois et il répétait souvent qu’il
ne faisait et n’enseignait que ce qu'il avait appris de Joseph.
Quelques
mois seulement avant sa mort, il témoigna :
« Depuis
la première fois que j'ai vu le prophète Joseph, je
n'ai jamais perdu le moindre mot dit par lui au sujet du royaume.
Et
cela, c'est la clef de la connaissance que j'ai aujourd'hui, que j'ai
écouté les paroles de Joseph et les ai gardées
dans mon cœur, les ai mises en réserve, demandant à
mon Père au nom de son Fils Jésus de me les ramener à
l'esprit lorsque j’en aurais besoin. » [20]
Plusieurs
des apôtres qui les ont bien connus tous les
deux et
qui, comme Brigham,
ont été instruits et formés par Joseph d'une
manière concentrée au cours des deux dernières
années de sa vie,
ont témoigné
que Brigham
Young
a effectivement réussi à se rappeler et à
enseigner ce que Joseph enseignait.
Un
des grands motifs des désaccords doctrinaux constants et
remarquablement publics de Brigham
Young
avec Orson
Pratt était son souci non seulement que frère Pratt
était dans l’erreur en insistant sans nuances sur la
perfection absolue de Dieu et l'impossibilité pour lui de
continuer à progresser, mais aussi qu'un orateur et auteur
aussi influent en convainque beaucoup de le suivre et laisse à
la postérité l'impression que seul son point de vue
avait sa place dans la pensée mormone.
Le
président Young estimait qu’il était à ce
point crucial de garder devant les saints son propre point de vue
aussi bien que celui de Joseph Smith, qu'il poussa frère Pratt
à faire une rétractation publique en 1865 [21]. Il
publia
ensuite celle-ci dans
le Deseret
News
en même temps qu’une dénonciation de points de
doctrine spécifiques à frère Pratt, signée
par la Première
Présidence.
Quand
ces documents furent réimprimés, signés par les
autres apôtres, Brigham
Young
condamna spécifiquement un certain nombre d'affirmations que
frère
Pratt avait enseignées dans son livre The
Seer.
Les
croyances suivantes de frère
Pratt furent déclarées fausses :
« Il
n'y aura aucun être ou êtres qui existent qui connaîtra
une particule de plus que nous ; alors notre connaissance, notre
sagesse et notre pouvoir
seront infinis et ne pourront dorénavant pas être
augmentés ou étendus si peu que ce soit. »
« Il
n'y aura plus rien à apprendre. »
« Le
Père et le Fils ne progressent pas en connaissance et en
sagesse parce qu'ils connaissent déjà toutes les choses
passées, présentes et à venir. »
« Aucun
des Dieux n’en sait plus que les autres et aucun ne progresse
en connaissance
ni
dans l'acquisition d’une vérité quelconque. » [22]
Une
des choses qui préoccupaient Brigham Young, c’était
la présomption de limiter
en fait Dieu tout en semblant le décrire comme ayant une
puissance et une connaissance sans limites.
En
octobre 1856, il commanda aux saints : « Maintenant,
ne ligotez pas le Dieu que je sers et ne dites pas qu'il ne peut plus
rien apprendre ;
je
ne crois pas en un tel personnage »
[23]. Le
conseiller
du président Young,
Jedediah
M. Grant,
développa
la même image plus tard au cours de ce mois-là : « [si
Dieu] est ligoté, comme Orson
Pratt a ligoté les Dieux dans sa théorie, son cercle ne
va pas plus loin que la longueur de la corde.
Mon
Dieu n'est pas ligoté
[24]. » C’est ce souci qui motivait la déclaration
de Brigham
Young
par laquelle j'ai commencé, celle qui semble contredire Hyrum
Smith :
« Certains
donnent l’impression qu’ils peuvent apprendre une
quantité donnée de choses et pas plus. On dirait qu’ils
sont limités dans leur capacité d’acquérir
la connaissance, tout comme frère Orson,
en théorie, a limité la capacité de Dieu.
Selon
sa théorie, Dieu ne peut plus progresser en connaissance ni en
puissance, mais le Dieu que je sers progresse éternellement et
ses enfants aussi ;
ils
progresseront à toute éternité, s'ils sont
fidèles. » [25]
Brigham
Young
se faisait également du souci pour la psychologie spirituelle,
l'importance, pour motiver l'humanité vers le salut, de
conserver une certaine vision :
ce
qui était le plus fécond dans la progression terrestre
continuerait pour toujours et rendrait la vie céleste, ou
l'état
divin,
véritablement attrayant.
L'état
divin
ne doit pas être une immobilité mystérieuse ou
une simple répétition à l’infini du même
processus de création d'esprits
que l’on va sauver.
Wilford
Woodruff,
en 1857, a exprimé cette préoccupation d’une
manière percutante :
« S'il
y avait un stade où l'homme, dans sa progression, ne pourrait
plus aller de l’avant, l'idée même jetterait une
ombre sur tout esprit intelligent et réfléchi.
Dieu
lui-même continue à croître et à progresser
dans la connaissance, la puissance et la domination et continuera
ainsi à tout jamais.
Il en va de même pour nous. » [26]
Lorenzo
Snow,
qui, comme Brigham
Young
et Wilford
Woodruff, avait
été témoin direct des enseignements de Joseph
Smith, est celui qui a créé le couplet mormon célèbre
qui résume de manière mémorable le concept d’un
Dieu qui a une relation véritable avec nous, les humains, et
notre processus de progression :
« Ce
que l'homme est maintenant, Dieu le fut autrefois ;
ce que Dieu
est maintenant, l'homme peut le devenir »
[27]. Devenu président
de l’Église, le président Snow, en 1901, a
également parlé clairement, en se mettant sur le plan
des sphères multiples, de la progression éternelle qui
suit l’accession à l'état
divin
:
« Nous
sommes des êtres immortels…
Notre individualité existera toujours… notre identité
est assurée.
Nous
serons nous-mêmes et personne d’autre.
Quels
que soient les changements qui se produisent, quels que soient les
mondes qui se créent ou qui passent, notre identité
restera toujours la même
et
nous continuerons à nous améliorer, à avancer et
à progresser en sagesse, en intelligence, en puissance et en
domination à tout jamais. » [28]
Au
vingtième siècle, certains dirigeants
de l’Église ont commencé à utiliser
principalement le plan de la sphère mortelle pour parler de
Dieu, qui met l’accent sur sa perfection et sur sa capacité
de nous sauver.
L'absolutisme
d'Orson
Pratt au sujet de Dieu, qui remontait aux Lectures
on Faith,
avait été rejeté et les « Lectures »
eux-mêmes avaient perdu de leur importance, mais le président
Joseph F. Smith, comme son père, Hyrum
Smith, craignait que certains dans l’Église ne soient
enclins à diminuer Dieu, à réduire trop la
distance entre Dieu et l'homme et à saper ainsi la confiance
en la puissance salvatrice de Dieu.
(Je
me rappelle des mormons dans ma propre jeunesse
qui étaient tellement absorbés par la vision de la
progression éternelle qu'ils étaient impatients de
mourir pour être comme Dieu ! À propos de ceux qui voulaient ainsi réduire la puissance et la
majesté de Dieu, le président Smith dit en 1914 :
« Prenez
garde aux hommes qui viennent à vous avec des hérésies
de cette sorte, qui voudraient vous faire penser ou croire que le
Seigneur
Tout-Puissant,
qui a fait le ciel et la terre et a tout créé, est
limité dans sa domination des choses terrestres aux capacités
des hommes….
s'ils
le pouvaient, ils vous feraient croire que le Fils de Dieu, qui
possédait tout pouvoir…
le pouvoir
de
ressusciter les morts, le pouvoir d’ouvrir les oreilles aux
sourds… n'a pas fait de telles choses….
Il
y a quelques ignares,
des ‘insensés savants’, si vous voulez, qui
voudraient vous faire croire, s'ils le pouvaient, que le Dieu
Tout-Puissant est limité dans son pouvoir
aux capacités de l'homme… N’en croyez rien,
absolument rien. » [29]
Le
fils de Joseph F. Smith, Joseph Fielding
Smith, a pris la même position.
Dans
son livre extrêmement influent, Doctrines
du
salut (1954) est cité le passage où son grand-père Hyrum
se refuse à servir
un Dieu qui ne serait pas absolu, ainsi que les passages des Lectures
on Faith
sur
les perfections
de Dieu.
Il
est clair que son souci, comme celui de son père et de son
grand-père, était de préciser la puissance de
Dieu par rapport aux humains.
Après
avoir cité Hyrum,
il demande : « Croyons-nous que Dieu a toute la
sagesse ?
…Qu’il a tout le pouvoir
?
Si
oui, il n'est déficient en rien.
S'il
lui manque quelque chose en ‘sagesse’ et en ‘pouvoir’,
il n'est pas suprême et il doit y avoir quelque chose de plus
grand que lui, ce qui est absurde. » [30]
Il
est clair que frère
Smith parle ici sur le plan de la sphère mortelle unique,
celle qui est limitée par l'idée que pour
nous
il n’y a qu’un seul Dieu, le Père.
Il
savait naturellement que son grand-père et Joseph Smith
avaient enseigné que dans un sens particulier il y a « quelque
chose de plus grand » que Dieu,
que
Dieu n’est en fait (si nous parlons sur le plan des sphères
multiples et éternelles) pas
suprême, qu'il y a les Dieux au-dessus de Dieu, un Père
de Dieu qui lui a donné le salut et un Père de ce Dieu
et ainsi de suite, apparemment à l'infini.
En
réponse à une question au sujet de la « pluralité
des dieux », dans le deuxième tome de Answers
to Gospel Questions,
il cite un long passage du discours de Joseph Smith du 16 juin 1844,
le plus complet et le plus explicite au sujet de la doctrine
provocatrice que Joseph appelait « la pluralité des
Dieux ».
On y voit le
prophète Joseph à l'aise dans les deux modes de pensée,
les sphères multiples et la sphère unique, parce qu'il
utilise à l’appui et comme explication ce même
passage des Corinthiens que son frère Hyrum
avait employé l'année précédente.
Dans
le passage cité par Joseph Fielding Smith, il dit
:
« Paul
dit qu’il y a plusieurs Dieux et plusieurs Seigneurs. Je veux
l’exposer d’une manière claire et simple; mais
pour nous il n’y a qu’un seul Dieu, c’est-à-dire
en ce
qui nous concerne; et
il est en tout et à travers tout. Mais si Joseph Smith dit
qu’il y a plusieurs Dieux et plusieurs Seigneurs, ils
s’écrient : ‘À mort ! Crucifiez-le !
Crucifiez-le !’ »
Joseph
Smith se met ensuite à analyser l'original hébreu de
Genèse 1:1, après quoi il continue :
« Tout
au commencement la Bible montre, au-delà de toute possibilité
de réfutation, qu’il y a une pluralité de Dieux.
C’est un grand sujet sur lequel je m’étends là.
Le mot Élohim
devrait
être au pluriel d’un bout à l’autre: Dieux.
Les chefs des Dieux désignèrent un Dieu pour nous;
et quand vous voyez le sujet sous cet angle, cela vous donne la
liberté de voir toute la beauté, toute la sainteté
et toute la perfection des Dieux. » [31]
Après
avoir repris cette longue citation de Joseph Smith, Joseph Fielding
Smith montre sa propre compréhension
des deux différents plans :
« Il
est parfaitement vrai, comme on le trouve dans la Perle de Grand Prix
et dans la Bible, que pour nous il n’y a qu’un seul
Dieu….
Cette
Divinité préside
sur nous,
et pour nous, habitants de ce monde, elle constitue le seul Dieu, la
seule Divinité.
Il
n'y en a aucun autre.
[Ici
il cite le même passage des Corinthiens au sujet de plusieurs
dieux et plusieurs seigneurs, mais pour nous un seul Dieu, le Père.]
C’est devant lui que nous sommes responsables
et nous sommes soumis à son autorité et il n'y a aucune
autre Divinité à qui nous soyons soumis.
Cependant,
comme le prophète l’a montré, il peut y avoir, et
il y a, d'autres Dieux. » [32]
Joseph
Fielding
Smith reconnaissait clairement les deux plans, celui des sphères
multiples et celui de la sphère unique et l’enracinement
des deux dans les enseignements du prophète Joseph Smith, mais
il partageait
aussi les craintes de
son père de voir déprécier Dieu et celles de son
grand-père que les saints ne perdent la foi dans la puissance
salvatrice absolue de Dieu.
Il
semble avoir décidé de focaliser ses écrits et
ses discours personnels sur Dieu sur le plan de la sphère
unique.
Cependant,
pendant la même période où Joseph Fielding
Smith publiait ses premiers écrits, d'autres choisissaient de
mettre l’accent sur le plan des sphères multiples en
parlant de Dieu, en particulier B. H. Roberts
et John
A. Widtsoe,
les deux Autorités générales du
vingtième siècle
probablement les plus influencées par Brigham
Young
et à leur tour les plus influentes pour conserver et
développer
la pensée philosophique de base, l’ « éternalisme »
de Joseph Smith.
Dans
son discours le plus long sur la nature de Dieu, frère
Roberts,
après avoir cité abondamment Joseph Smith, dit
:
« Naturellement,
des idées telles que celles exprimées ci-dessus
conduisent à la réalité d'un univers pluraliste
et d’une pluralité de Dieux… il y a des
intelligences exaltées, glorifiées
et rendues
parfaites,
qui sont parvenues à la participation à « la
nature divine » (2 Pierre
1:4),
qui ont été désignées comme présidences
de mondes et de systèmes de mondes, qui fonctionnent dans la
dignité d’intelligences divines, ou Divinités,
tout comme une Divinité a été désignée
pour notre monde et ses cieux, comme l’enseigne saint Paul. » [33]
Puis
il cite le même passage des Corinthiens employé par
Joseph et Hyrum
Smith pour démontrer les deux perspectives, les deux plans sur
lesquels on se base : « Comme
il existe réellement plusieurs dieux et plusieurs seigneurs,
néanmoins pour nous (c’est-à-dire pour ce qui a
trait à nous) il n'y a qu'un seul Dieu. »
Dans
l'esprit de frère
Roberts,
le passage des Corinthiens soutient fermement sa croyance en un
royaume où il y a beaucoup de dieux, progressant tous
éternellement ;
c'est
un complément plutôt qu'une contradiction par rapport à
sa croyance en un royaume où, pour nous, mortels, il n’y
a qu’un seul Dieu parfait à tous égards.
Précédemment,
frère
Roberts
avait enseigné :
« Même
avec la possession [du Saint-Esprit]
pour nous guider dans toute la vérité, je vous prie,
néanmoins, de ne pas rechercher la finalité dans les
choses, parce que c’est en vain que vous chercheriez.
L'intelligence,
la pureté, la vérité, demeureront toujours pour
nous des termes relatifs et également des qualités
relatives.
Élevez-vous à toutes les hauteurs que vous voulez, vous
verrez toujours au-delà
d'autres hauteurs en ce qui concerne ces choses et plus vous
monterez, plus de hauteurs apparaîtront et il est improbable
que nous atteindrons jamais l'absolu en ce qui concerne ces qualités.
Notre
joie sera la joie de nous en approcher, de parvenir à une
excellence sans cesse croissante sans atteindre l'absolu.
Ce
sera la joie de la progression éternelle. » [34]
Et
dans son célèbre et influent Seventy’s
Course in Theology,
publié par l’Église et utilisé comme
manuel officiel de la prêtrise,
Roberts affirme, et cela rappelle le souci de Brigham
Young
que l’on pourrait limiter Dieu :
« Il
ne faut pas voir dans l'immuabilité de Dieu quelque chose qui
exclut l'idée de l'avancement ou de la progression de Dieu…
une immuabilité absolue exigerait une immobilité
éternelle, ce qui ramènerait Dieu à une
condition éternellement statique… ce qui, de par la
nature des choses, lui interdirait toute participation à cet
accroissement de royaume et à cette gloire croissante qui
vient de la rédemption
et de la progression des hommes.
Et
est-il trop hardi
de penser, qu’avec cette progression, même pour le Plus
Puissant, de nouvelles pensées et de nouvelles perspectives
peuvent apparaître, invitant à de nouvelles aventures et
à de nouvelles entreprises qui produiront de nouvelles
expériences, un nouvel avancement et un nouvel épanouissement,
même pour le
Très-Haut ? » [35]
John
A. Widtsoe,
le brillant converti immigré, qui avait étudié
la pensée de Joseph Smith en détail pour son ouvrage
publié en 1903, Joseph
Smith as Scientist,
y souligne le naturalisme du prophète, son insistance sur un
Dieu qui organise en fonction de la loi naturelle et qui n’est
donc pas vraiment omnipotent dans le sens chrétien absolutiste
traditionnel.
Dans A
Rational Theology,
frère
Widtsoe
est encore plus explicite sur l’aptitude semblable qu’ont
les humains aussi bien que Dieu de progresser éternellement :
« La
chose essentielle est que l'homme doit subir expérience sur
expérience pour atteindre la maîtrise désirée
de l'univers extérieur ;
et
que nous, qui sommes de cette terre, nous passons par un état
entièrement conçu en vue de la poursuite de notre
éducation.
Pendant
toute la vie éternelle, on parvient à une connaissance
croissante et l'augmentation de la connaissance s’accompagne
d’une adaptation plus grande à la loi et, en fin de
compte, d’une joie de plus en plus grande.
C’est pour cela que la vie
éternelle est le plus grand don
de Dieu si l’on accepte la grande loi de la progression. Dieu
doit être occupé depuis le commencement et doit
maintenant être occupé à un développement
progressif.
À mesure que la
connaissance devenait une connaissance plus grande, par les efforts
persistants de la volonté, sa prise de conscience des lois
universelles devenait plus grande jusqu'à ce qu'il soit enfin
parvenu à la maîtrise de l'univers qui, pour notre
compréhension
limitée, semble absolument complète. » [36]
Cette
dernière phrase prouve que frère
Widtsoe
tenait aussi à donner son dû au plan de pensée de
la sphère unique.
Il
continue à mettre l’accent sur cette sphère
unique même quand il parle des sphères multiples :
« À
mesure que l’on obtient plus de connaissance et de puissance,
la croissance devient de plus en plus rapide.
Dieu,
exalté par son intelligence glorieuse, continue à
avancer dans de nouveaux champs de pouvoir
avec une rapidité dont nous ne pouvons avoir aucune
conception, tandis que l'homme, à une étape inférieure
du développement, se déplace plus ou moins à une
allure d’escargot mais qui s’accélère.
L'homme
va néanmoins de l’avant, en une progression éternelle.
En
bref, l'homme est un dieu en embryon.
Il
est issu d’une race de dieux et au cours de cette progression
éternelle, nous approcherons de plus en plus du stade qui est,
pour nous, l’état
divin,
et qui est éternel dans son pouvoir
sur les éléments de l'univers. [37]
La
focalisation sur le plan des sphères multiples, se concentrant
directement sur notre aventure dans la progression éternelle
vers des niveaux plus élevés, se retrouve encore dans
les écrits du président David O. McKay :
« L'idée
que l’homme se fait de l'importance
des mots ‘progression éternelle’ détermine
en grande partie sa philosophie de la vie….
Le
grand secret du bonheur humain se situe dans la progression.
La
stagnation signifie la mor…
La
doctrine de la progression éternelle est fondamentale dans
l’Église du Christ »
[38]. Le
président McKay cite le passage de Brigham
Young
que j'ai donné plus haut sur le fait que l'amélioration
est l’élément fondamental de toute action, puis
fait ce commentaire :
« Quelqu'un
a dit : ‘Montrez-moi un homme parfaitement satisfait et je
vous montrerai un homme inutile.’
Un autre élément,
une autre vertu, doit donc accompagner le contentement.
Qu'est-ce
que c'est ?
La progression.
Le
contentement et la progression contribuent à la paix.
Si
nous ne sommes pas meilleurs demain que nous le sommes aujourd'hui,
nous ne sommes pas très utiles… nous voulons donc
connaître deux choses :
le
contentement et la progression
– la progression
intellectuelle, la progression physique, mais, surtout, la
progression spirituelle
;
et
le fait de savoir que nous progressons contribue à la paix.
Vous
ne pouvez pas rester stationnaire. » [39]
Hugh
B. Brown,
conseiller
du Président McKay dans la Première
Présidence
(1962-1969), a également souligné ce plan des sphères
multiples :
« Le
moment viendra où tous les hommes connaîtront quelque
chose de la gloire de Dieu.
Mais
il n’y aura pas de moment où un homme, quel qu’il
soit, arrivera à un stade de connaissance, d'expérience
ou de compréhension
au-delà duquel il ne pourra aller.
En
d'autres termes, nous croyons en la progression éternelle. » [40]
« Quand
nous parlons d’accroissement éternel, nous parlons non
seulement de l'accroissement de la postérité, mais
aussi de l'accroissement de la connaissance et du pouvoir
qui accompagne la connaissance, de l’accroissement de la
sagesse dans l’utilisation sage de la connaissance et du
pouvoir, de l’accroissement de conscience et de la joie qui
accompagne la compréhension,
de l’accroissement
de l'intelligence, qui est la gloire de Dieu, de l’accroissement
de tout ce qu’il faut pour constituer l'état
divin. » [41]
Le
président Brown a continué jusqu'à sa mort en
1975 à parler de Dieu sur le plan aventureux des sphères
multiples.
Et
certains penseurs mormons plus jeunes ont continué à
explorer les implications, pour nos notions du mal, du temps, de la
prophétie,
etc., de la croyance singulière mormone en un Dieu qui a des
limites et qui apprend [42]. D’autre part, d’autres voix
influentes, dans les écrits doctrinaux mormons récents,
ont mis l’accent sur le plan de la sphère unique,
particulièrement Bruce
R. McConkie
et son fils Joseph F. McConkie,
professeur de religion à l'université Brigham
Young
[43].
Ces
deux-là, et certains autres, considèrent les deux plans
comme opposés, comme s’excluant mutuellement ;
mais
il nous semble plus utile de reconnaître le bien-fondé
des deux plans dans la pensée mormone et l'évidence que
les prophètes ont prêché les deux plans montre
que l’on ne doit pas limiter Dieu à des catégories
humaines qui s’excluent mutuellement.
Quelques
penseurs mormons faisant autorité se sont donné
beaucoup de peine pour expliquer en
quoi
ces deux manières de parler de Dieu sont complémentaires,
comment chaque plan peut être utile et vrai, selon la sphère
de l'existence et de l'activité de Dieu que l’on
considère.
Les
Doctrine et Alliances contiennent
l'idée clef (y compris le mot « sphère »
lui-même) que Brigham
Young a utilisée
pour décrire cette harmonie.
D&A
93,
reçue par le prophète Joseph en 1833, nous
dit
que « toute vérité est indépendante
dans la sphère dans laquelle Dieu l'a placée, libre
d’agir par elle-même ; et il en va de même
pour toute intelligence ;
sinon
il n'y a pas d’existence » (v. 30).
Ce
passage semble évoquer un univers de sphères
coexistantes (peut-être concentriques ou plus vraisemblablement
hyperspatiales,
multidimensionnelles) de vérité et d'activité
intelligente.
Dans
un tel univers, la déclaration
que Dieu a toute connaissance et tout pouvoir
peut être considérée comme vraie quand elle est
appliquée à notre sphère, dans laquelle Dieu ne
progresse pas, mais n'est pas tout à fait vraie quand elle est
appliquée à des sphères plus vastes ou plus
avancées, où Dieu progresse.
C’est exactement cette perception que Brigham
Young
a exprimée :
« Nous
pouvons encore nous améliorer, nous sommes faits pour cela,
nos aptitudes sont prévues pour s’accroître
jusqu'à ce que notre intelligence puisse assimiler la
connaissance et la sagesse célestes et continuer à
l'infini….
[S]
les hommes peuvent le comprendre et le recevoir, l'humanité
est organisée pour recevoir l'intelligence jusqu'à ce
qu'elle devienne parfaite dans la sphère qu'elle est
chargée de remplir, ce qui est actuellement loin devant nous.
Quand
nous utilisons le terme perfection, il s'applique à l'homme
dans son état actuel aussi bien qu'aux êtres célestes.
Nous sommes ou pouvons être dès maintenant aussi
parfaits dans notre sphère que Dieu et les anges le sont dans
la leur, mais la plus grande intelligence qui existe peut
continuellement s'élever davantage en perfection.
« Nous
sommes créés dans le but exprès de nous
accroître.
Il
n'est personne, correctement organisé, qui ne puisse
s’accroître de la naissance à la vieillesse.
Qu'y
a-t-il qui ne soit pas ordonné selon cette Loi éternelle
de l'existence ?
C'est
le Divin en nous qui cause l’accroissement. » [44]
B.H.
Roberts,
pleinement conscient de l’accent mis partout dans les
Écritures
sur le discours d’adoration, la focalisation presque exclusive
sur
la perfection de Dieu dans notre sphère unique, a élaboré
une explication, que je trouve convaincante, de la raison pour
laquelle l'autre plan, la vision étendue de la progression
au-delà de cette sphère, est si rarement utilisé,
même dans l'Écriture
moderne.
Il
cite la mention, dans les
Doctrine et Alliances,
de nombreux royaumes, plus grands et plus petits, remplissant tout
l'espace (88:37), puis il fait observer que quand Dieu parle à
Moïse, bien qu'il fasse également allusion à ces
autres royaumes, aux nombreux cieux que « l’homme ne
peut… compter », il informe Moïse qu'il ne lui
révélera que « ce qui concerne ce ciel et
cette terre » (Moïse
1:37,
2:1).
Roberts
en
conclut que pratiquement toutes les révélations dans
les
Écritures ont trait
seulement
à
notre terre et à ses cieux :
« En
d'autres termes, nos révélations sont locales ;
elles
ont trait à nous et à notre ordre limité des
mondes.
Ce
n’est que çà et là que nous obtenons un
aperçu des choses en dehors de notre terre et de ses cieux…
Cette connaissance limitée, ces aperçus de l'univers,
ont sans aucun doute été donnés par le Seigneur
à ces prophètes qui étaient à la tête
de dispensations de la vérité, à
cause du
pouvoir
d’influence que cette connaissance de la nature de l'univers
aurait sur la conception que l'homme a de Dieu ;
car il est certain que pareille connaissance
influence clairement les conceptions de Dieu. » [45]
Roberts
cite aussi la prise de conscience croissante, par la science moderne,
d'un univers sans limites et conclut :
« Cet
univers doit être plus qu'une simple création pour des
rapports déterminés avec notre terre… et Dieu
doit être conçu comme quelqu’un ayant des intérêts
plus vastes et des objectifs immensément plus grands que les
affaires de l’espèce qui habite notre monde…
Les
révélations très limitées données
au sujet de notre terre et de ses cieux ne suffisent pas à
expliquer l'univers dans son ensemble. » [46]
Une
vision aussi étendue du cosmos, une vision qui est également
empreinte d’adoration et profondément ennoblissante dans
son humilité suprême, me semble essentielle à
l'esprit mormon et à la pensée mormone.
Il
ne faut pas la perdre de vue dans notre insistance tout à fait
appropriée sur la vision également vraie et importante
des perfections
de Dieu et la dépendance humaine vis-à-vis de lui pour
parvenir au salut.
J'apprécie
l'influence des théologiens mormons qui, parlant au niveau de la sphère
unique, pourraient contribuer à corriger,
comme l’ont fait Joseph F. Smith et Joseph Fielding
Smith, toute tendance à déprécier Dieu ou à
diminuer la foi en sa puissance salvatrice.
Mais
il est également important de ne pas polariser la doctrine
mormone de Dieu et de ne pas obscurcir la vision grandiose de la
progression éternelle qui l'a traditionnellement animée.
Je
ne pense pas que cela arrivera.
Des
auteurs modernes ayant une vision et une orientation aussi diverses
que Gerrit de Jong, Jr., et Hyrum
Andrus
acceptent la réconciliation entre les deux niveaux de discours
proposés par Brigham
Young,
c'est-à-dire que la perfection dans une sphère est
possible, mais que la progression l’est aussi dans une sphère
ou un royaume plus élevé [47].
Avec
quelques commentaires,
on peut aider, à l’aide d’analogies, les étudiants
perplexes, qui rencontrent ce qui leur semble être des
déclarations
contradictoires par les dirigeants
de l’Église et d'autres autorités.
Par
exemple, un être qui apprend et progresse dans un royaume
quadridimensionnel, ou hyperespace,
peut en même temps avoir toute
la
connaissance et tout
le
pouvoir accessibles aux êtres qui sont dans trois dimensions
seulement
– et
tout ce qui est nécessaire à leur salut [48].
L'inquiétude
souvent exprimée à l’égard de l'idée
que Dieu est toujours en train d’apprendre
– qu’il
pourrait donc commettre des erreurs désastreuses ou ne pas
être capable de nous sauver – peut être apaisée
par l'analogie qu'une personne peut connaître parfaitement
l'algèbre et ne commettre absolument aucune erreur en
l'utilisant, mais peut encore apprendre de nouvelles choses en calcul
sans mettre en danger le domaine de l'algèbre.
De
même, Dieu peut avoir toute la connaissance et toute la
puissance dans notre domaine ou sphère et encore apprendre
dans de plus hautes sphères, sans mettre en danger, de quelque
façon que ce soit, sa capacité absolue de nous sauver
dans cette sphère.
Ou
pour reformuler la lettre de Paul aux Corinthiens :
« Dans
le cosmos, il y a une multitude de Dieux qui progressent, mais, pour
ce qui se rapporte à nous, il y a un seul Dieu qui a toute la
connaissance et toute la puissance. »
Nous
devons pouvoir entendre et apprécier la focalisation et le
témoignage
apostolique de Hyrum
Smith et de Brigham
Young,
de Hugh
B. Brown
et de Joseph Fielding
Smith.
Les
penseurs mormons de diverses orientations peuvent s’unir dans
cette tâche,
tout en continuant à utiliser la manière de parler de
Dieu qui convient le mieux à ce sur quoi ils veulent mettre
l’accent dans leurs efforts constants pour
connaître
Dieu :
aventure
ou adoration, potentiel ou dépendance, progression ou
perfection, les sphères multiples de notre vision suprême
ou la sphère unique de ce qui nous concerne de manière
immédiate.
Je
me rends compte que le fait de penser que Dieu continue véritablement
à progresser et qu’il est donc, dans un certain sens,
moins qu'absolument parfait fait peur.
Je
ressens moi-même cette crainte
– cette insécurité ultime – quand
je pense qu’il n’y a pas de source à toutes
les réponses, pas de rempart final contre tout danger,
frustration, changement et perte, rien qui empêche même
Dieu de pleurer.
Mais
Hénoc
nous
dit
que Dieu, effectivement, pleure (Moïse
7:28),
et l'alternative à ces larmes et à ma peur – le
Dieu absolu, immuable, impassible et donc nécessairement
impersonnel du christianisme traditionnel et des philosophes
– est
bien plus un sujet de crainte.
Je
dois accepter le témoignage
du prophète Joseph que l'univers est en fin de compte ouvert,
invitation à l’aventure et au changement, que la
divinité même de Dieu exige, comme Brigham
Young
l’a enseigné, non seulement la dépendance mais la
création et un « accroissement »
qualitatif et que ma propre divinité, qui s’y rattache,
exige la même chose.
NOTES
[1]
Eugene
England est professeur d'anglais à l'université Brigham
Young.
[2]
History
of the Church
6:300.
[3]
Journal of Discourses
11:286.
[4]
James R. Harris
essaye également de réconcilier des déclarations
apparemment contradictoires des dirigeants
de l’Église au sujet de la progression et de la
perfection telles qu’elles s'appliquent à Dieu.
Il
présente les déclarations
contradictoires dans des colonnes parallèles et essaye
d'expliquer comment il se peut que Dieu soit en mesure de
« ‘connaître toutes choses’ et en même
temps progresser éternellement dans ‘la lumière
et la vérité’. » Mais il le fait dans
une direction qui semble trahir le sens clair des déclarations
de divers dirigeants
au sujet de la nature de la progression de Dieu en connaissance et en
pouvoir
(voir James
R. Harris, "Eternal Progression and the Foreknowledge of God,"
Brigham
Young University Studies 8,
automne 1967, p.
37-46).
[5]
Voir 2 Né
9:20 ;
Alma
26:35 ;
D&A
38:1-2 ;
88:7,
93:1
21,
26.
[6]
Lectures
on Faith,
44, dans toutes les éditions des
Doctrine et Alliances
avant 1921.
[7]
Sur l’auteur du texte et la décanonisation,
voir Leland
H. Gentry, "What of the Lectures on Faith?" BYU
Studies
19, automne 1978, p. 5-19, et Richard S. Van Wagoner, Steven C.
Walker et Allen D. Roberts, "The 'Lectures on Faith': A Case
Study in Decanonization," Dialogue:
A Journal of Mormon Thought 20,
automne 1987, p. 71-77. Pour
un examen des changements apparents de doctrine qui ont pu causer la
décanonisation,
voir Thomas G. Alexander, "The
Reconstruction of Mormon Doctrine", dans Line
Upon Line: Essays on Mormon Doctrine, dir.
de publ. Gary James Bergera, Salt Lake City, Signature Books, 1989, p. 53-66, et pour une critique d’Alexander, voir Robert L.
Millett, "Joseph Smith and Modern Mormonism: Orthodoxy,
Neorthodoxy, Tension and Tradition", BYU
Studies, vol. 29, 1989,
N° 3 - Été 1989, p. 49-68.
[8]
En préparant la History
of the Church,
B.H. Roberts
note que les Lectures
on Faith n’avaient
« pas une autorité égale en matière
de doctrine » par rapport aux sections officielles des
Doctrine et Alliances
parce que quand elles furent présentées à
l’origine à l’Église pour être
acceptées, elles avaient été désignées
séparément comme révélation non inspirée,
bien que « écrites de manière judicieuse et
profitables pour la doctrine » (History
of the Church
2:176).
[9]
Stan
Larson, "The King Follett Discourse: A Newly Amalgated Text",
BYU
Studies 18,
hiver 1978, p. 200, 203, 204.
[10]
Harris
cite un de ces passages du discours sur King
Follett
qui implique la progression, mais continue en définissant « la
progression éternelle » comme signifiant la
progression de
Dieu,
par laquelle Harris
veut dire simplement l'union parfaite de Dieu avec « l'ordre
patriarcal des pères exaltés » et donc son
accès parfait à leur pouvoir
et à leur connaissance absolus.
[11]
"George
Laub's Nauvoo Journal", dir. de publ. Eugene
England, BYU
Studies 18,
hiver 1978, p. 176.
[12]
Journal
of Discourses
2:90, 6 février 1853.
[13]
Id.,
3:203
[14]
Id.,
8:9
[15]
Id.,
3:375
[16]
Id.
6:344.
Ces
citations ont été compilées par Hugh Nibley,
"Educating
the Saints", dans Nibley
on the Timely and Timeless, dir.
de publ. Truman Madsen, Salt Lake City, Bookcraft, 1979, p. 235.
[17]
Journal
of Discourses
10:224
[18]
Id.
3:354.
[19]
Id.
3:302
[20]
Deseret
News,
6 juin 1877.
[21]
Cet événement est étudié en profondeur
dans Gary J. Bergera,
"The
Orson Pratt-Brigham Young Controversies", Dialogue
13,
été 1980, 7-49; et dans Breck England, The
Life and Thought of Orson Pratt,
Salt Lake City, University of Utah Press, 1985, p. 209-217.
[22]
Deseret
News,
25 juillet 1865, p. 162-163.
Cette
déclaration,
avec des commentaires supplémentaires
et également signée par les apôtres, a été
réimprimée dans le Deseret
News
du
23 août 1865, 372-73.
[23]
Deseret
News Weekly
22:309
[24]
Journal
of Discourses
4:126-27
[25]
Id.
11:286, 13 janvier 1867.
[26]
Id.
6:20, 6 décembre 1857.
[27]
L'origine de ce couplet est expliquée dans Eliza
R. Snow Smith, Biography
and Family Record of Lorenzo Snow, Salt
Lake City, Deseret News, 1884, p. 46, 47.
[28]
Conference
Report, avril 1901, p. 2.
[29]
Conference
Report, april 1914, p. 5.
[30]
Smith, Doctrines
du salut,
1:5.
[31]
Joseph
Fielding Smith, Answers
To Gospel Questions, 5
vols., Salt Lake City, Bookcraft, 1958, 2:140.
[32]
Id.,
p. 142.
[33]
Discourses
of B. H. Roberts, Salt
Lake City, Deseret Press, 1948, p. 93-94
[34]
B.
H. Roberts, "Relation of Inspiration and Revelation to Church
Government”, Improvement
Era
8, mars 1905, p. 369.
[35]
B.
H. Roberts, The
Seventy's Course in Theology, Salt
Lake City, Deseret Press, 1911, p. 69-70.
[36]
John
A. Widstoe, A
Rational Theology, Salt
Lake City, General Priesthood Committee of the LDS Church, 1915, p.
30-31, italiques ajoutés.
[37]
Id., p. 23-25.
[38]
David
O. McKay, Pathways
to Happiness,
Salt Lake City, Bookcraft, 1957, p. 260.
[39]
Id.,
p. 292.
[40]
Hugh
B. Brown, The
Abundant Life,
Salt Lake City, Bookcraft, 1956, p. 116.
[41]
Hugh
B. Brown, Continuing
the Quest, Salt
Lake City, Deseret Press, 1961, p. 4.
[42]
Voir, par exemple, Gary
James Bergera, "Does God Progress In Knowledge?" Dialogue
15,
printemps 1982, p. 179-181; Blake Ostler, "The Concept of a
Finite God as an Adequate Object of Worship”, dans Line
upon Line, p.
77-82; et Kent E. Robson, "Omnipotence, Omnipresence, and
Omniscience in Mormon Theology”, dans Line
upon Line: Essays on Mormon Doctrine, dir.
de publ. Gary James Bergera, Salt Lake City, Signature Books, 1989, p. 67-75.
[43]
Voir
le discours de Bruce R. McConkie's de janvier 1974 : "The
Lord God of Joseph Smith", Brigham
Young University Devotional Addresses 55,
Provo, BYU Press, 1972, 1-8, dans lequel il dit que Dieu "est
parvenu à un état où il connaît toutes
choses et où rien n’est caché", p. 7 ;
"The Seven Deadly Heresies", BYU
Speeches of the Year,
1980, p. 74-80, dans lequel frère McConkie compte la croyance
en la progression de Dieu comme étant l’une de ces
hérésies ; Robert L. Millet et Joseph Fielding
McConkie, The
Life Beyond, Salt
Lake City, Bookcraft, 1986, p. 148-149,
dans lequel les auteurs déclarent : « Le
développement et la progression de notre Père sur une
période infiniment longue l'a amené au stade où
il préside maintenant comme Dieu Tout-Puissant, lui qui est
omnipotent, omniscient et, par le Saint-Esprit,
omniprésent :
il
a tout pouvoir,
toute la connaissance, et est, par la lumière du Christ, en
toutes choses. »
[44]
Brigham
Young,
sermon fait dans le vieux tabernacle, Salt Lake City, 13 juin 1852,
cité dans Hugh
B. Brown, Continuing
the Quest,
4,
italiques
ajoutés.
[45]
Journal
of Discourses,
1:92-3.
[46]
Id.,
p. 93.
[47]
Gerrit
de Jong, Jr., Living
the Gospel, 1956
Sunday School Manual, Salt Lake City, Deseret Press, 1956, p. 138;
Hyrum Andrus, Doctrinal
Commentary on the Pearl of Great Price, Salt
Lake City, Deseret Press, 1967, p. 507.
[48]
See
Robert P. Burton and Bruce F. Webster, "Some Thoughts on
Higher-dimensional Realms», BYU
Studies 20,
Spring 1980, 281-96; see also an unpublished, but excellently
reasoned paper by BYU student Johnathan Visick, "God, Man, and
Hyperspace: Multidimensional views on Philosphy and Religion»,
on file in the BYU Honors Program.