Note de la Rédaction : Les vêtements sacrés ne sont pas quelque chose de propre aux saints des derniers jours. Ils ont une longue histoire. L’examen des documents anciens révèle des ressemblances et des liens remarquables avec les pratiques du temple.
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Les textes anciens tels que les manuscrits de la mer Morte, les codex de Nag Hammadi, les pseudépigraphes [écrits attribués à un auteur fictif, ndt], la littérature rabbinique et la littérature chrétienne primitive ont beaucoup à dire au sujet de l’importance rituelle des vêtements sacrés. Le symbolisme de l’habillement avec des vêtements sacrés, du fait de mettre un vêtement dans un contexte rituel, implique un plan de salut qui reconnaît la nécessité de certaines conditions pour obtenir certaines bénédictions.
Le terme exact pour désigner le fait de se revêtir d’un vêtement sacré est [le vieux français] « endouement » [équivalent de l’anglais « endowment » utilisé pour désigner la dotation, ndt]. Le mot vêtement représente, en fait, des ordonnances que l’on trouve dans des textes anciens. Le mot grec « ènduma », qui signifie « vêtement » ou « ènduomaï », « revêtir », était utilisé pour représenter les ordonnances de la Sainte-Cène, du baptême et du scellement dans les Reconnaissances clémentines, un ouvrage chrétien (ébionite) ancien extrêmement important [1]. Le latin induere, signifiant « revêtir » et inducere, « diriger ou initier » sont les racines du mot anglais endowment. Tous ces mots évoquent les ordonnances du temple [2].
La
dotation, l’ensemble des ordonnances accompagnant l’habillage
avec des vêtements sacrés, que l’on trouve dans
les textes judéo-chrétiens anciens, fournit un cadre
pour une interprétation symbolique. La doctrine de l'existence prémortelle, par exemple, apparaît souvent dans les
manuscrits de la mer Morte, les pseudépigraphes et les textes
de Nag Hammadi [3]. L’âme doit faire le voyage vers la
terre pour faire ses preuves, cela faisant partie du plan de Dieu
établi avant la fondation du monde [4].
Pour que l’âme
retourne en la présence de Dieu, certaines ordonnances sont
nécessaires. Parmi elles il y a le baptême, les
ablutions, les onctions, les vêtements spéciaux et les
signes comme sceaux et mots de passe pour passer devant les anges qui
gardent la porte menant au royaume de Dieu [5]. Dans certains récits,
on doit être marié dans le saint des saints du temple
pour obtenir le plus haut des trois degrés de gloire [6].
Ainsi donc, la pluralité des cieux fait partie des doctrines
anciennes les plus universelles, avec des gloires spécifiques
représentées par la lune, les étoiles et le
soleil [7].
Ceux qui ne pouvaient pas recevoir toutes les ordonnances
nécessaires concernant la gnôsis,
la connaissance, requises dans cette vie, pouvaient les recevoir
au-delà de la tombe [8]. Le récit de la descente
aux enfers
du Christ ou de son voyage dans le monde d’esprit après
sa mort pour prêcher l’Évangile est un autre point
de doctrine commun à beaucoup de manuscrits [9]. Le Christ ne
va cependant pas auprès des méchants ; il va vers ses
anciens prophètes pour organiser une ecclésia,
après quoi ils reçoivent tous le sphragis
ou sceau qui représente le baptême pour les morts, et
ils montent ensemble jusqu’au ciel en tant qu’êtres
ressuscités [10]. La prédication dans le monde d’esprit
est laissée aux apôtres, qui administrent également
un baptême par procuration pour les morts [11].
Bien que certains de ces points de doctrine soient propres au christianisme gnostique ou à certaines sectes juives des environs du premier siècle de notre ère, le cadre salvateur que présupposent ces textes se retrouve dans les deux.
L’idée du vêtement est tout à fait chez elle dans tout le monde antique, toujours dans le contexte des ordonnances d’initiation en rapport avec la dotation. Le vêtement est ordinairement mentionné en relation avec d’autres ordonnances, particulièrement avec l’onction. Dans l’Énoch slavon, par exemple, le Seigneur dit à Michel : « Va, fais sortir Énoch de ses vêtements terrestres et oins-le de mon doux onguent et mets-le dans les vêtements de ma gloire. » [12]
Le Testament de Lévi, un ouvrage qui a des liens étroits avec les manuscrits de la mer Morte, nous dit que, dans un rêve, Lévi « vi[t] sept hommes vêtus de blanc ; qui [lui] disaient : ‘Lève-toi, mets la robe de la prêtrise, la couronne de la justice, le pectoral de l’intelligence, le vêtement de la vérité, la cuirasse de la foi, le turban de la tête et l’Éphod de la prophétie.’ Ensuite chacun d’eux apporta un objet, le mit sur moi et me dit : ‘Dorénavant, deviens prêtre du Seigneur, toi et ta postérité pour toujours.’ Et le premier homme m’oignit d’huile sainte et me donna un bâton de jugement. Le deuxième me lava avec de l’eau pure, me nourrit de pain et de vin saint et me revêtit d’une robe glorieuse. Le troisième me revêtit d’un vêtement de lin comme un Éphod. Le quatrième me ceignit d’une ceinture semblable à de la pourpre. » [13]
Le
tableau que nous présente le Testament
de Lévi rappelle
l’investiture du roi et des grands prêtres au temple à
l’occasion des rites du Nouvel An, rites qui nous font remonter
aux documents les plus anciens de l’histoire [14]. L’onction
n’était pas toujours l’onction simple de la tête,
mais désigne souvent une onction plus complète des
diverses parties du corps.
Cyrille de Jérusalem, qui lança un retour aux ordonnances du temple, retour spécieux et éphémère, il faut bien le dire, disait aux néophytes nouvellement initiés du quatrième siècle : « Vous avez reçu la première onction sur votre front pour vous délivrer de la honte du premier homme pour avoir transgressé la Loi, et pour que vous puissiez réfléchir à la gloire du Christ, la seconde sur les oreilles, afin que vous entendiez et compreniez correctement les mystères divins… La troisième [onction] sur les narines, pour qu’en recevant ainsi les saintes ordonnances vous disiez : ‘Nous sommes la bonne odeur du Christ pour les sauvés de Dieu.’ Après cela, vous avez été oints sur la poitrine et revêtus d’un pectoral de justice. » [15]
Cyrille mentionne une onction « des cinq sens », c.-à-d., des yeux, des oreilles, du nez, de la bouche et du front, tandis que Théodore de Mopsueste parle d’une onction du corps entier qui est « le signe que vous serez revêtus d’un vêtement d’immortalité [16]. » Cette ordonnance d’onction a certaines affinités avec la cérémonie égyptienne de l’Ouverture de la Bouche [17].
La
réception du vêtement devint une ordonnance en soi
étroitement liée aux ablutions du baptême [18].
Comme le baptême, le fait de mettre un nouveau vêtement
représentait l’abandon du vieil homme et le fait de se
revêtir du « Christ » et mettre sur soi
un corps ressuscité après une mort symbolique.
Les Odes
de Salomon,
qui sont un document chrétien primitif ou juif tardif,
abondent en symbolisme de baptême et rattachent le vêtement
au rituel du baptême : « Je me suis dépouillé
du péché et l’ai jeté loin de moi, et le
Seigneur m’a renouvelé dans son vêtement »
(Ode 11.9-10). « Je me suis dépouillé des
ténèbres et me suis revêtu de lumière »
(Ode 21.2). « Je me suis revêtu d’incorruptibilité
par Son Nom, je me suis dépouillé de la corruption par
sa grâce » (Ode 15.6). » Et j’ai
été revêtu de la couverture de ton esprit et tu
m’as ôté mon vêtement de peau »
(Ode 25.8).
Ambroise de Milan dit : « Vous avez reçu des vêtements blancs comme preuve de ce que vous avez été de nouveau vêtus du voile chaste de l’innocence… après avoir été rhabillés de ces vêtements par le bain de la régénération. » [19]
Théodore de Mopsueste ajoute : « Quand vous avancez vers le saint baptême, vous enlevez vos vêtements. Adam est né au commencement sans aucune raison d’avoir honte, mais après avoir transgressé les commandements et être devenu mortel, il eut besoin d’un vêtement. De même que vous avez reçu le don du saint baptême pour naître de nouveau à la grâce par Lui et devenir immortel comme figure, il est requis de vous que vous ôtiez vos vêtements, signe de la condition mortelle et preuve de la sentence qui soumet l’homme à la nécessité du vêtement… mais en sortant de l’eau, vous vous recouvrirez d’un vêtement brillant. C’est le signe du monde radieux et glorieux… Quand vous ressusciterez, vous vous recouvrirez d’immortalité et d’incorruptibilité ; ce vêtement… vous sera alors nécessaire. » [20]
Dans la Pistis Sophia, un texte gnostique de grande importance, le vêtement est marqué du Nom sacré et de cinq mystères [21]. Selon les thèses gnostiques, on revêt symboliquement le Christ en recevant le baptême et le vêtement [22].
Le
vêtement antique était orné d’autres
marques que le Nom. E. Goodenough, dans son étude du
symbolisme juif, a découvert que dans l’art chrétien
le vêtement et la robe portaient des signes à angles
droits, le gamma ou équerre, ou simplement une barre droite
avec des fourches. Il en a conclu que les marques avaient une
importance religieuse ou une force symbolique [23]. Il convient de
noter que le vêtement ancien portait les mêmes marques
que le voile du temple à Jérusalem. Dans le Testament
de Lévi,
par exemple, le voile est l’ènduma
de l’ange ou le temple personnifié [24]. Beaucoup de
textes anciens confondent le vêtement avec le voile du temple,
comme le Traité
des Mystères d’Ambroise
de Milan, le Livre
hébreu d’Énoch
où « vêtement » et « voile »
sont employés l’un pour l’autre [25].
Énoch est vêtu du voile dans le Livre hébreu d’Énoch : « Le Saint… m’a fait un trône semblable au trône de gloire. Et il m’a recouvert d’un rideau [voile] de splendeur et d’une beauté, d’une grâce et d’une miséricorde resplendissantes, semblables au rideau [voile] du trône de gloire ; et dessus étaient fixées toutes sortes de lumières dans l’univers. » [26]
Selon Hugo Odeberg, qui a traduit l’Énoch hébreu, les marques du voile étaient « les secrets de la création et du maintien du monde… en bref, les secrets divins les plus intimes [27]. « Le but des marques sur le vêtement et le voile était d’initier le bénéficiaire aux secrets divins de l’univers. Énoch reçut aussi un vêtement qui portait les marques de secrets divins : « Le Saint… m’a fait un vêtement de gloire sur lequel étaient fixées toutes sortes de lumières et il m’en a revêtu. Et il m’a fait une robe d’honneur sur laquelle étaient fixées toutes sortes de beauté. » [28]
Chaque étape du progrès dans l’initiation était marquée par un changement de vêtement ou de robes et ainsi le symbolisme du vêtement impliquait une gloire accrue, le passage d’une existence à l’autre. Dans le Dialogue du Sauveur, Judas et Matthieu demandent au Christ : « Nous voudrions savoir de quel genre de vêtements nous serons vêtus quand nous sortirons de la corruption de ce monde. » Le Seigneur répond : « Puisque vous êtes des fils de la vérité, ce n’est pas de ces vêtements temporaires que vous vous vêtirez. » [29]
Dans l’Évangile de Philippe, le Seigneur ajoute que « il est nécessaire de se lever dans la chair puisque tout existe en elle. Dans ce monde, ceux qui mettent des vêtements sont meilleurs que les vêtements. Dans le royaume des cieux, les vêtements sont meilleurs que ceux qui les mettent. » [30]
Le vêtement représentait aussi la pureté préexistante de l’initié, et comme tel, il représentait les bénédictions conservées au ciel vers lesquelles l’âme retourne. Dans La Perle, ce document chrétien primitif essentiel, l’âme est élevée dans son palais de gloire préexistant, mais elle doit laisser cette gloire derrière elle pour séjourner sur la terre pendant une période d’épreuve. En quittant le palais préexistant, dit le poète, « ils m’ont ôté le vêtement de lumière qu’ils avaient fait pour moi avec amour, ils m’ont aussi ôté ma robe pourpre, faite exactement à ma mesure. » [31]
Hoffman, le spécialiste distingué,
fait la réflexion que ‘le vêtement représente
la gloire préexistante du candidat tandis que la robe est la
prêtrise qui y est ajoutée plus tard » [32]. Pour retourner au royaume de Dieu, représenté dans le
poème par le palais de gloire, l’âme doit être
vêtue du vêtement.
La Perle continue : « Et je vis le vêtement fait comme pour moi. … Et m’en parai… et je me revêtis entièrement de ma robe royale, excellant en beauté. Et quand je l’eus mise, je fus élevé jusqu’au lieu de paix [salutation] et d’hommage et j’inclinai la tête et adorai l’éclat du Père qui me l’avait envoyée, car j’avais accompli ses commandements, et lui de même ce qu’il avait promis, et aux portes de son palais, qui était depuis le commencement, je me mêlai à [ses nobles], et Il se réjouit à mon sujet me reçut auprès de Lui dans son palais. » [33]
A.
F. J. Klijn dit que l’idée de la préexistence
vient du judaïsme, où l’idée de la robe
céleste « peut être tirée de la
description d’Adam et Ève au paradis » [34]. Naturellement, il fait allusion à la tradition selon laquelle
la nature d’Adam était comme une lumière
éclatante avant la chute, tout comme le vêtement est un
vêtement de lumière, mais après la Chute Adam
perdit sa gloire préexistante [35].
J. Rendel Harris fait observer que les Odes de Salomon contiennent également les idées « de l’âme préexistante qui doit quitter le ciel pour la terre et de la création non déchue de Dieu, dont l’environnement est transformé d’un habit de lumière en un habit de peau. » Le « vêtement de peaux » devint « le vêtement de lumière » probablement parce que l’hébreu רוע תונתכ(vêtement de peaux) ressemble tellement à רוא תונתכ, signifiant « vêtement de lumière » [36]. Néanmoins, l’Apocryphe de Jacques nous dit que quand l’esprit retournera à son trésor céleste, il deviendra « comme vous étiez d’abord, vous étant vêtu, vous devenez le premier à vous dépouiller et vous deviendrez comme vous étiez avant d’enlever le vêtement. » [37]
Le vêtement représente aussi le trésor conservé au ciel qui attend le retour de l’âme et, dans ce contexte, la gloire du corps ressuscité [38]. Un écrit chrétien ancien appelé l’Ascension d’Ésaïe, dit : « Les saints viendront avec le Seigneur avec leurs vêtements qui sont maintenant conservés au septième ciel, avec le Seigneur viendront ceux dont l’esprit est vêtu. » [39]
Le Livre d’Énoch abonde en allusions aux vêtements. À propos de la résurrection, le Livre d’Énoch dit : « Et les justes et les élus se seront levés de terre et auront cessé d’avoir le visage abattu. Et ils seront vêtus de vêtements de gloire, et ils seront les vêtements de vie venant du Seigneur des Esprits. » [40]
Le Manuel de Discipline, trouvé parmi les manuscrits de la mer Morte, contient un concept très semblable à celui du Livre d’Énoch : « Et pour ce qui est de la visitation de tous ceux qui marchent dans cet esprit [de vérité] ce sera de la guérison, une grande paix dans une longue vie, et de la fécondité, ainsi que toutes les bénédictions éternelles et la joie éternelle dans une vie sans fin, une couronne de gloire et un vêtement de majesté dans une lumière éternelle. » [41]
De toute évidence, les membres de la communauté de Qumran croyaient que les justes devenaient prêtres et rois en compagnie d’une descendance ou de familles éternelles. E. Goodenough dit que « les Esséniens donnaient une robe blanche de sainteté à chaque nouveau membre pour marquer son entrée dans l’ordre, c’est-à-dire, à son initiation, et à partir de ce moment-là, il s’habillait toujours de blanc. » [42]
Le trône et la couronne sont souvent mentionnés en rapport avec des vêtements parce que les rites que cela comporte sont à proprement parler un type de couronnement où chaque initié est oint et béni pour devenir « prêtre et roi du Dieu Très-Haut. » [43]
La notion de la réception
d’un vêtement lors de la résurrection se trouve
dans le Livre de Mormon : « L'esprit et le corps sont
rendus l'un à l'autre… et les justes auront la
connaissance parfaite de leur bonheur et de leur justice, étant
revêtus de pureté, oui, du manteau de la justice. » [44]
L’idée
du vêtement est effectivement très ancienne. Les textes
anciens la placent dans le contexte du conseil pré-terrestre
où Dieu le Père commanda à toutes les créatures
de reconnaître la gloire d’Adam parce qu’il avait
été créé à l’image et à
la ressemblance de Dieu. Adam fut mis sur un trône et on lui
donna une couronne de gloire et un sceptre. Satan refusa de
reconnaître Adam en disant : « C’est lui
qui devrait m’adorer ! J’existais avant qu’il
n’existe [45]. Satan prétendait être le premier-né
et pour cette arrogance Dieu commanda aux anges du conseil dans les
cieux « de lui retirer les écrits des mains, de lui
enlever ses vêtements et son armure royaux et de le précipiter
sur la terre. » [46]
Quand Adam pécha, il perdit, lui aussi, son vêtement de lumière, mais Dieu consola Adam en disant : « Par ma miséricorde, je ne t’ai pas transformé en ténèbres, mais j’ai fait pour toi ton corps de chair, sur lequel j’ai étendu cette peau pour ta protection » [47]. L’un des buts principaux de l’habillement est de protéger contre les éléments, mais ce vêtement représentait l’armure protégeant contre Satan [48]. Dans la Paraphrase de Sem, « après son séjour sur terre, Sem reçut des honneurs de ses vêtements étonnants, qui lui assurèrent protection et gloire. » [49]
La saga du vêtement volé est une indication de l’importance attribuée au vêtement dans la pensée antique. À son départ du jardin, Adam reçut un vêtement de peaux d’animaux qui représentait sa condition mortelle mais était aussi un rappel de sa gloire préexistante [50]. Satan, voulant récupérer sa gloire préexistante, essaya continuellement de tromper les autres en apparaissant comme un ange de lumière. Ainsi, tandis qu’Adam priait un jour le ciel pour avoir davantage de lumière et de connaissance, Satan apparut comme un ange de lumière pour que « Adam pense que c’était une lumière céleste et que les armées de Satan étaient des anges. » [51]
Dans l’Apocalypse d’Adam, le Dieu mauvais apparaît à Adam, prétendant être le seul Dieu, le Dieu qui a créé Adam lui-même [52]. Dans le récit postérieur, quand Satan apparaît, Adam prie : « Ô Seigneur, y a-t-il un autre Dieu que toi dans le monde ? » [53]. À sa demande, trois anges apparaissent afin de lui enseigner le saint baptême [54]. Les anges chassent Satan en disant à Adam : « Adam, ne crains pas ! C’est Satan et son armée. Il veut te tromper comme il t’a trompé au commencement. La première fois, il était caché dans le serpent, cette fois il s’est transformé en ange de lumière » [55]. Les messagers disent encore à Adam : « Adam, il voulait t’enlever ce vêtement terrestre de peau de mouton pour le détruire et ne pas te laisser t’en couvrir. » [56]
Dans le Manuel de Discipline, l’instructeur ריכשמ raconte l’histoire de la Création et de la Chute pour apprendre aux nouveaux initiés à distinguer entre l’esprit mauvais des ténèbres et le bon esprit de la lumière par « leurs différents signes de symboles qui les différencient. » [57]
L’histoire
du vêtement volé est répétée bien
des fois dans la littérature ancienne. Selon Ginzberg, le
vêtement d’Adam fut donné à Énoch
[58]. D’Énoch le vêtement passa à
Metuschélah puis à Noé. Cham vola le vêtement
de Noé tandis que celui-ci dormait. À son réveil,
Noé bénit ses deux fils, mais maudit Cham pour avoir
volé le vêtement [59].
Abraham eut, lui aussi, affaire à des voleurs de vêtements. Dans l’Apocalypse d’Abraham, quand Satan apparaît à Abraham, Dieu dit à l’ange Jaoel : « Va, Jaoel, fortifie-le. » Jaoel salue Abraham : « Je t’ai été envoyé pour te fortifier et te bénir au nom de Dieu. » Abraham veut savoir ce que Satan fait là. « Qu’est-ce que ceci, mon Seigneur ? » Et l’ange répond : « C’est l’impiété, c’est Azazel ! » Et l’ange dit à ce dernier : « Éloigne-toi de cet homme ! » L’ange chasse Satan en disant : « Le vêtement qui était autrefois le tien dans le ciel a été mis de côté pour [Abraham] » [60]. Selon les Rabbins, Abraham reçut la prêtrise selon l’ordre d’Adam et, avec elle, « un vêtement de peau que Dieu avait donné à Adam ». Cette même peau avait été transmise comme étant la « robe du grand prêtre » directement de Seth à Metuschélah, de Noé à Japhet et à Sem, et d’eux à Abraham [61].
Dans la Pistis Sophia, le vêtement glorieux du Christ est donné aux douze apôtres, dont il est dit qu’ils étaient préexistants. Sur le vêtement que le Christ reçoit de son Père est écrit le nom des mystères. Le contexte est évidemment celui où le Christ donne les mystères du royaume à ses disciples juste avant son ascension au ciel [62]. Après avoir enseigné tous les mystères nécessaires, le Christ met son vêtement et « s’éleva là-haut vers la porte du firmament… Les portes fondirent et s’ouvrirent simultanément devant lui. Quand les archontes [les princes, Ndt], les puissances et les anges virent la lumière du vêtement, ils furent accablés. Ils virent mon vêtement brillant et resplendissant que j’avais mis, ils virent le mystère sur lequel leur nom était écrit et ils furent très troublés » [63]. Le vêtement est ici le moyen de passer devant les anges postés pour bloquer le chemin menant à la porte du ciel.
La nécessité de porter des vêtements royaux pour franchir les portes et entrer dans la présence de Dieu est un autre concept très ancien. Hugo Odeberg définit le vêtement de gloire comme étant
« la substance de lumière dans laquelle les habitants du ciel apparaissent ; la « gloire » est lumière, splendeur, probablement conçue comme étant un reflet, un écoulement de la gloire divine, la splendeur de la Shekina [la présence divine, Ndt]. Revêtir « le vêtement de gloire » est une condition nécessaire pour entrer dans les cieux les plus élevés, la demeure de lumière de Dieu. Par conséquent, le vêtement est également une marque de la nature sainte et céleste de celui qui le porte. » [64]
En Égypte, le changement de robe était depuis longtemps un concept très important. Par exemple, dans les très vieux Textes des Pyramides, le vêtement était donné à ceux qui entraient en la présence des dieux : « Ô, N., prends ton vêtement de lumière. prends le voile sur toi !… afin qu’il acquière le respect parmi les dieux. » [65]
Dans le mythe sumérien d’Inanna, la déesse est parée de sept ordonnances. Elle couvre son corps du « pala », le vêtement de la royauté. Elle descend ensuite jusqu’à la porte des enfers, où elle affronte l’échange habituel de questions-réponses avec le gardien de la porte. « Qui es-tu ?… Pourquoi es-tu venue ? » Le gardien de la porte l’interroge sur chacune de ses sept ordonnances séparément. Inanna entre dans les enfers pour être jugée et pour être ensuite enfermée pendant trois jours et trois nuits. Après avoir reçu « la nourriture de vie et l’eau de vie », elle est aspergée d’eau et monte des enfers, d’une manière qui rappelle les premiers récits chrétiens de la descente du Christ aux enfers et de son ascension ultérieure [66].
Dans
le Livre
des Morts
égyptien, qui est beaucoup plus tardif, le vêtement est
une protection contre le mal [67]. La rubrique qui accompagne le
chapitre 125 dit que « ce chapitre est dit par le défunt
quand il est purifié, et est revêtu de vêtements
de lin et chaussé de sandales blanches, et ses yeux sont oints
d’antimoine et son corps est oint d’huile. »
Le candidat annonce : « Je suis pur ! Mon sein est
purifié par des libations, mon postérieur a été
plongé dans le lac de la vérité… Je me
suis lavé. » L’initié est alors
présenté à la porte : « Avance ! »
Nous assistons de nouveau à l’échange de
questions et de réponses, les gardiens de la porte demandant :
« Qui es-tu ? » Ils me disent : « Quel
est ton nom ? » La réponse est un nom de code.
Les gardiens de la porte répondent : « Nous ne
te laisserons entrer que si tu nous dis nos noms. » Quand
l’initié annonce les noms des sept portes, ils
répondent : « Tu nous connais, passe donc
devant nous. »
À la septième et dernière porte l’ordonnance est un peu plus complexe. Le gardien de la porte annonce : « Tu seras annoncé [au dieu de la porte]. » On demande à l’initié : « Dans quel but es-tu venu ? » À ceci il répond : « Je suis venu et j’ai voyagé jusqu’ici afin que mon nom soit annoncé au dieu ! » Le guide-psychopompe [guide du mort, Ndt.] demande : « Dans quel état es-tu ? » « Je suis purifié des défauts mauvais et complètement libre des malédictions. » Thoth répond : « Ton nom sera donc annoncé au dieu. » Le portier demande : « Qu’est-ce que c‘est ? » L’initié répond : « C’est Osiris [le grand dieu égyptien]. » Thoth dit : « C’est exact. Avance maintenant. » [68]
Les
textes anciens montrent d’une manière parfaitement
claire que le candidat doit être correctement vêtu et
posséder la gnosis,
ou le nom de Dieu, pour franchir la dernière barrière
vers la présence de Dieu. Dans beaucoup de documents, le
prophète traverse sept cieux et doit recevoir un vêtement
de gloire pour entrer dans le ciel le plus haut où Dieu
demeure. Le vêtement devient de plus en plus lumineux à
mesure que le prophète traverse chaque ciel successif. Le
prophète doit également posséder
l’identification ou le signe approprié pour entrer dans
chaque ciel [69]. Dans l’Apocalypse
de Paul
par exemple, Paul traverse sept cieux et arrive à la porte
gardée par « les principautés et les
autorités ». L’esprit, son guide, dit à
Paul : « Donne-lui le signe que tu as et il
t’ouvrira. Et je lui donnai le signe » et le
septième ciel s’ouvrit [70].
Le Pasteur d’Hermas, un document quasi-canonique, est une bonne illustration de la nécessité du vêtement et du nom : « Nul n’entrera dans le royaume des cieux s’il ne prend sur lui le nom du « fils de Dieu »… La porte est le Fils de Dieu, qui est la seule manière d’aller à Dieu… Nul ne peut entrer dans le royaume de Dieu à moins que ces [vierges] le vêtent de leur vêtement. Il ne te sert à rien de prendre le nom du « Fils de Dieu » si tu ne reçois pas le vêtement… C’est en vain que l’on porte son nom si l’on n’est pas doté de ses pouvoirs. » [71]
Dans
les Odes
de Salomon, le
Christ est également représenté comme étant
la porte du royaume des cieux. « Il m’a donné
le chemin de ses préceptes et j’ai ouvert les portes qui
étaient fermées… Rien ne m’a semblé
fermé : parce que je suis la porte de tout » (Ode
17.8, 10). Puisque
le Christ est la porte,
la scène à la porte est souvent une scène
d’union intime avec le Christ, comme dans l’Apocryphe
de Jacques.
Une fois que l’esprit est de nouveau vêtu de son vêtement, le Christ dit à l’apôtre : « Voici, je te révélerai tout, mon bien-aimé. Sache que tu te lèves tel que je suis. Voici, je te révélerai Celui qui est caché. Tends maintenant la main. Saisis-moi… Ceux qui souhaitent entrer et cherchent à marcher selon la voie qui est devant la porte ouvrent la porte par ton intermédiaire. » [72]
Le Livre de Mormon parle aussi du chemin étroit devant la porte et identifie le Saint d’Israël au gardien de la porte : « …Le chemin pour l'homme est étroit, mais il va en ligne droite devant lui, et le gardien de la porte est le Saint d'Israël, et il n'y emploie aucun serviteur, et il n'y a aucun autre chemin que par la porte, car on ne peut le tromper, car Seigneur Dieu est son nom. » [73]
La
doctrine que le Nom de Dieu est le mot clef se retrouve dans toute
l’histoire de la religion révélée. Ainsi,
si la Pistis
Sophia proclame :
« Tu es la clef, ô Sauveur, qui ouvre la porte de
toutes choses et ferme la porte de tout [74] », l’auteur
ne fait que citer Ésaïe 22 : « Je
le revêtirai de ta tunique, je le ceindrai de ta ceinture…
Je
mettrai sur son épaule la clé de la maison de David :
Quand il ouvrira, nul ne fermera; quand il fermera, nul n'ouvrira. Je
l'enfoncerai comme un clou dans un lieu sûr [75]. »
Cela rappelle immédiatement la Pistis Sophia, où l’on communique de la connaissance à Dieu par certains mots de passe et signes : « Et ils examineront l’âme pour y trouver leurs signes, ainsi que leurs sceaux et leurs baptêmes et leurs onctions [chrisma] et la vierge de lumière scellera cette âme et l’aide [paraleptès] baptisera cette âme et lui donnera une onction spirituelle. Alors l’aide envoie l’âme au glorieux Sabaoth, le Bon, [le Dieu gnostique] qui est à la porte de la vie, qui est appelé Père et qui donne ses sceaux à l’âme. À la porte l’âme crie : 'Père !' et l’âme donne ses sceaux et les réponses, avec le sceau de chaque degré [taxis] dans la main droite, et l’âme communique la connaissance avec la main droite de chaque ordre [topos] avec des cantiques de gloire… Et Melchisédek scellera cette âme et la mènera au trésor de lumière [qui est à l’intérieur du voile]. » [76]