Parmi
le butin retiré de diverses tombes, Lebolo conserva une petite
collection personnelle qu’il emporta quand il se retira des
affaires comme pilleur de tombes. En 1822, il retourna dans son
Italie natale avec une maîtresse noire et une collection de
momies. Lorsqu’il mourut prématurément en 1822,
sa collection d’antiquités égyptiennes passa à
son fils, Pietro, lequel, pour gagner de l’argent, les vendit
pour expédition à Albano Oblasser pour les vendre en
Amérique à quiconque les achèterait pour le prix
qu’on pourrait en obtenir moins le transport.
Quand
elles arrivèrent à New York, les momies furent achetées
par un certain Michael Chandler, qui avait emprunté pas mal
d’argent pour ce faire. Chandler espérait s’enrichir
et quand il ouvrit les sarcophages pour voir ce que les momies
contenaient, il trouva quelque chose. « Quand il découvrit
qu’il y avait quelque chose avec les momies, M. Chandler
supposa ou espéra que ce seraient des diamants ou un métal
précieux et fut fort déçu par ce qu’il
trouva. En ouvrant les sarcophages, il découvrit que dans le
cas de deux des corps, il y avait quelque chose d’enroulé
avec le même genre de tissu, saturé du même
bitume, qui, à l’examen, s’avéra être
deux rouleaux de papyrus…Deux ou trois autres petits morceaux
de papyrus, avec des calculs astronomiques, des épitaphes,
etc., furent découverts sur d’autres momies. »
Chandler décida de gagner
sa vie en exposant les momies et les
papyrus comme une exhibition de monstres égyptiens, comme P.
T. Barnum allait le faire quelques années plus tard. Chandler,
au moins, avait une marchandise authentique pour laquelle il obtint
des certificats d’érudits partout où il se
rendait, les collectionnant comme un vendeur de remèdes de
charlatan collectionne les témoignages. Les papyrus retinrent
davantage l’attention du public que les momies. Chandler finit
par en avoir assez d’être tout le temps sur les routes
et, comme il devait rembourser l’argent qu’il avait
emprunté pour acheter les momies, décida de vendre la
collection. Après un passage à Cleveland, son circuit
le conduisit à Kirtland. Ayant trouvé acquéreur,
Chandler vendit les momies en juillet 1835 pour $2400 et s’adonna
à l’agriculture.
Les
acquéreurs étaient trois, Joseph Coe, Simeon Andrews et
Joseph Smith. Ce dernier allait traduire les papyrus et les
antiquités furent donc confiées à sa garde. La
traduction commença en juillet 1835 et prit fin en novembre,
la plus grande partie de la traduction du Livre d’Abraham étant
terminée dès le début octobre. Ce que Joseph
écrit surtout avoir fait avec les papyrus c’est de les
avoir montrés aux personnes intéressées,
quelques-unes par mois. Le reste de l’année, Joseph
Smith le passa à étudier l’hébreu. En
1836, son temps fut pris par l’achèvement et la
consécration du temple de Kirtland. En 1838, la situation à
Kirtland était devenue intolérable et Joseph fut forcé
de fuir au Missouri comme beaucoup d’autres saints.
Les
momies et les papyrus suivirent Joseph au Missouri au cours de l’été
de 1838 grâce à Vinson Knight. À la fin de l’été,
Joseph était en prison et Lilburn W. Boggs, gouverneur du
Missouri ordonnait que « les mormons [soient] traités
comme des ennemis et [soient] exterminés ou chassés de
l’État, si c’est nécessaire, pour le bien
public. » Les papyrus et les momies furent transportés
en Illinois sous la direction de Brigham Young et de Heber C.
Kimball. Quand il lui fut permis de s’échapper, Joseph
rejoignit les saints en Illinois au printemps de 1839 et il y avait
du pain sur la planche. Il fallait assécher les marécages
et bâtir une ville. Au cours des mois d’hiver du début
de 1842, plus de six ans après son dernier travail connu sur
les papyrus, Joseph eut finalement le temps de s’y remettre.
Au
début de cette année-là, trois livraisons du
Livre d’Abraham furent publiées dans le Times
and Seasons,
toutes contenant des fac-similés, mais seules les deux
premières contenaient du texte. Les fac-similés
accompagnant la publication du Livre d’Abraham furent faits à
l’échelle par Reuben Hedlock, ancien président du
collège des anciens de Kirtland. D’autres livraisons de
l’œuvre furent promises mais jamais publiées.
L’attention de Joseph s’était tournée vers
d’autres projets cruciaux tels que la création de la
Société de Secours et l’introduction de la
totalité des dotations du temple. Lorsque arriva la fin de
l’année, Joseph était passé dans la
clandestinité. Bien que continuant à montrer les
papyrus aux visiteurs, comme il l’avait fait à Kirtland,
il confia la plupart de ces responsabilités à sa mère
devenue veuve, qui était âgée et avait besoin de
gagner un peu d’argent. En 1844, Joseph était assassiné.
En
1851, Franklin D. Richards, l’apôtre le plus récent
et nouveau président de la mission européenne, dont le
siège était en Angleterre, estima que les saints
anglais qui, à l’époque, étaient le plus
grand groupe de saints au monde, n’avaient presque pas de
documentation de l’Église, même pas le Livre de
Mormon. Il décida de publier « une sélection
des révélations, des traductions et des narrations de
Joseph Smith ». Il l’intitula Perle de Grand Prix et
inclut le Livre d’Abraham dans la sélection. La Perle de
Grand Prix, dit frère Richards, n’était « pas
adaptée ni conçue comme pionnière de la foi
parmi les incroyants », mais était destinée
aux saints pour « augmenter leur capacité de
conserver et de défendre la sainte foi grâce à sa
possession ». Les fac-similés du Livre d’Abraham
furent de nouveau gravés pour cette édition et pour les
éditions successives, devenant, au fur et à mesure, de
plus en plus imprécis.
En
1878, la Perle de Grand Prix fut publiée en Utah. Deux ans
plus tard, elle fut canonisée par un vote à la
conférence générale. Jusqu’en 1981,
l’édition standard fut l’édition de 1901,
qui avait les copies les plus inexactes des fac-similés.
L’édition anglaise de 1981 en revint aux fac-similés
originaux de Reuben Hedlock et est depuis lors l’édition
standard.
Pour
en revenir aux papyrus. Après la mort de son fils, Lucy Mack
Smith vécut avec Emma, femme de Joseph, jusqu’à
son décès en mai 1856. Elle exhiba les momies et les
papyrus jusqu’à sa mort pour le prix de 25 cents.
Entre-temps, Emma s’était remariée avec Lewis C.
Bidamon.
Tout
de suite après le décès de la maman Smith, sa
famille se débarrassa des momies. Lewis Bidamon, Emma Smith et
son fils Joseph Smith III vendirent, moins de deux semaines plus
tard, les quatre momies et les papyrus à Abel Combs, un autre
marchand itinérant. Combs ne garda pas les papyrus ensemble.
Il en vendit certains au musée de Saint Louis et en conserva
d’autres. Ceux qui avaient été vendus au musée
de Saint Louis furent vendus plus tard au musée Wood. Ce musée
déménagea ultérieurement à Chicago où
il fut détruit dans l’incendie de 1871. On crut
longtemps que tous les papyrus avaient été détruits,
mais ce n’était pas le cas. Combs en avait conservé
certains. À sa mort, ils revinrent à sa gouvernante.
Celle-ci
les donna à sa fille, Alice Heusser, qui, en 1918, alla
trouver Albert M. Lythgoe du Metropolitan Museum of Art avec les
papyrus. Le musée décida qu’il n’en voulait
pas.
Trente
ans plus tard, le Metropolitan changea d’avis grâce
surtout aux efforts de Ludlow S. Bull. Celui-ci, qui avait fait ses
études à Yale, qui avait un diplôme de droit de
Harvard et un doctorat de l’université de Chicago,
commença l’égyptologie à Yale. Il eut une
longue collaboration avec le Metropolitan. En 1922, l’année
où il obtint son doctorat, il fut nommé conservateur
adjoint du département d’art égyptien et fut
nommé conservateur en second six ans plus tard. Il resta
intéressé par les papyrus et en 1946 essaya de savoir
ce qu’il en était advenu. Lorsqu’il retourna pour
acheter les papyrus pour le Metropolitan, Alice Heusser était
morte. Bull négocia donc avec son mari, Edward Heusser. Le
Metropolitan acheta les papyrus en 1947 et l’annonça
immédiatement dans sa liste officielle des acquisitions du
musée, ce qui était la garantie que personne ne le
verrait jamais. Et personne ne le vit jamais.
En
1967, le Metropolitan Museum of Art de New York était sous la
direction dynamique de Thomas Hoving. Celui-ci voulait ce qu’il
y avait de plus grand et de meilleur en tout. Pour obtenir les fonds
pour ce faire, il lui fallait évacuer les objets les moins
désirables du musée et il dit aux divers départements
de se débarrasser des objets les moins historiques. Ceci
comprenait les galeries égyptiennes, qui rencontrèrent
un problème : Que faire des papyrus mormons ? Qui en
voudrait ? Il était certain qu’aucun égyptologue
n’en voudrait. Peut-être les mormons voudraient-ils les
récupérer. Peut-être pas. Comment le savoir ?
L’occasion
se présenta en la personne d’Aziz S. Atiya, spécialiste
du copte à l’université d’Utah. Lors d’un
voyage au Metropolitan Museum of Art pour faire de la recherche sur
des objets coptes de ses collections, Atiya fut abordé par
Henry Fischer, conservateur du département d’art
égyptien du Metropolitan, qui lui dit vouloir s’entretenir
avec lui d’un sujet délicat. Pensait-il que les papyrus
pourraient intéresser les mormons ? Serait-il disposé
à en parler aux mormons pour savoir ce qu’ils en
pensaient ? Il promit de le faire. Malheureusement, Atiya ne
connaissait pas beaucoup de mormons et personne au siège de
l’Église.
On l’envoya auprès de N.
Eldon
Tanner, membre de la Première Présidence de l’Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Les
négociations commencèrent pour de bon en 1966, mais il
fallut un an pour que la transaction soit approuvée par
le processus de liquidation du musée. Le transfert fut alors
convenu le 27 novembre 1967. Un donateur anonyme fit un don au musée
et en échange le musée donna les papyrus à
l’Église. Le changement de propriété fit
la une des journaux qui, comme d’habitude, racontèrent
immédiatement les choses de travers. Mais le département
d’art égyptien du Metropolitan Museum of Art était
plus préoccupé par l’acquisition du temple de
Dendur et par l’impact que la guerre israélo-arabe de
1967 allait avoir sur la poursuite de ses études sur
l’Antiquité que par une correction des idées
fausses de la presse.
L’Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours fut heureuse
d’avoir les papyrus et les publia sur-le-champ. Deux mois plus
tard, ils paraissaient dans l’Improvement
Era de
février 1968 et la numérotation actuelle des papyrus
date de cette publication. Bien entendu, les antimormons n’avaient
pas attendu jusque là pour attaquer. En réaction,
Malcolm Jeppson, rédacteur du tout nouveau trimestriel
Dialogue,
demanda que Richard Parker, John Wilson et Klaus Baer publient,
pendant l’été de 1968, des traductions
préliminaires des papyrus existants, ce qu’ils firent.
Jeppson y ajouta des articles de Hugh Nibley pour représenter
le point de vue promormon et de Jerald Tanner et Grant Heward pour
représenter le point de vue antimormon.
Avec cette
publication, l’argumentaire antimormon se fossilisa en un
mantra presque canonique, répété sans fin et
rarement vérifié. Les éléments nouveaux
sont généralement venus du côté mormon.
Par exemple, la première publication complète de l’un
quelconque des papyrus avec texte, traduction et commentaire fut
faite par Hugh Nibley, un membre de l’Église de
Jésus-Christ des saints des derniers jours. La première
traduction du fac-similé 2 est de Michael Rhodes, un autre
membre de l’Église. Les antimormons ont systématiquement
évité toute recherche complémentaire sur un
sujet qu’ils ne sont pas compétents pour traiter et qui
risquerait de saper leur argumentation.
Reconstitution
des papyrus
Puisque
l’attaque antimormone contre le Livre d’Abraham repose
sur leur compréhension erronée des papyrus, jetons un
coup d’œil plus détaillé sur ceux-ci.
Ce
qui a été donné au Metropolitan Museum of Art et
qu’il a remis à son tour à l’Église,
c’étaient dix fragments de papyrus qui avaient jadis
constitué trois manuscrits distincts. Ces trois manuscrits
avaient appartenu à l’origine à des personnes
appelées Hor (JSP I, X-XI), Tsemminis (JSP II, IV-IX) et
Neferirtnoub (JSP IIIa-b). Notre intention ici n’est pas
tellement de retrouver les divers endroits où les papyrus se
trouvaient ni chez qui ils étaient à tel ou tel moment
précis, mais plutôt d’utiliser le témoignage
de témoins oculaires pour reconstituer la longueur et l’état
physique des papyrus à l’époque où ils
étaient en la possession de Joseph Smith et de déterminer,
si possible, ce qui est arrivé aux divers rouleaux. Nous
allons examiner les témoins oculaires par ordre chronologique.
Les
témoins oculaires 1835-1837
La
première mention connue des Papyrus de Joseph Smith est d’A.
Gardner [11] dans une lettre publiée dans le numéro du
27 mars 1835 du Painesville
Telegraph
[12]. Sur l’une des momies féminines exposées par
Michael Chandler, appelée « n° 1 »,
« on a trouvé… un rouleau ou livre,
ressemblant un peu à de l’écorce de bouleau.
Cependant, certains linguistes disent pouvoir déchiffrer 1336
dans ce qu’ils qualifient d’épitaphe ; encre
noire et rouge ; beaucoup de personnages féminins [13] ».
Une autre momie féminine, appelée « n°
2 » a été « trouvée avec
un rouleau comme le n° 1, rempli de hiéroglyphes
grossièrement exécutés [14]. » Une
momie masculine, appelée « n° 3 »,
« avait un rouleau de texte comme les n° 1 et 2
[15]. »
On peut vraisemblablement
les rattacher aux
fragments restants suivants des Papyrus de Joseph Smith : le
n°1, avec l’encre noire et rouge et les nombreux
personnages féminins, est le rouleau de Tsemminis. Le nombre
1336 est sans doute une tentative de déchiffrer le hiératique
dd
mdw in « paroles
dites par » dans la rubrique (appelée ici une
« épitaphe »). Le n° 2, provenant
d’une femme et dont les hiéroglyphes sont tracés
grossièrement est vraisemblablement le rouleau de Neferirtnoub
et le n° 3, qui vient d’un homme, est sans doute le rouleau
de Hor.
En
décembre 1835, Oliver Cowdery, qui, comme Phelps, était
secrétaire de Joseph Smith et avait donc travaillé de
près aux papyrus, les décrit comme « deux
rouleaux de papyrus » remplis de « caractères…
comme on en trouve sur les sarcophages des momies, des hiéroglyphes,
etc., avec beaucoup de caractères ou lettres exactement
(quoique peut-être pas tout à fait aussi carrés)
que la forme actuelle de l’hébreu sans points »
formant un « document… joliment écrit sur du
papyrus à l’encre noire et, pour une petite partie,
rouge, parfaitement conservé [17]. » Il ajoute
« que deux ou trois autres petits morceaux de papyrus,
avec des calculs astronomiques, des épitaphes, etc., ont été
trouvés avec d’autres de ces momies [18] ».
Cowdery nous apprend donc qu’outre les deux grands rouleaux, il
y avait plusieurs autres morceaux divers de papyrus. Toujours
prolixe, il décrit aussi les vignettes qui se trouvent sur les
papyrus :
« La
représentation de la divinité – trois et
cependant une – est dessinée de façon curieuse…
Le serpent, représenté comme marchant, ou formé
de manière à être capable de marcher, debout en
face et près d’un personnage féminin est, pour
moi, une des représentations les plus formidables que j’aie
jamais vues sur papier ou support de texte… Le pilier d’Hénoc,
dont parle Josèphe, est sur le même rouleau…
L’extrémité intérieure du même
rouleau… donne une représentation du jugement : on
voit d’un seul coup d’œil le Sauveur, assis sur son
trône, couronné et tenant les sceptres de la justice et
du pouvoir, devant qui sont assemblées les douze tribus
d’Israël, les nations, langues et peuples de la terre, les
royaumes du monde sur lesquels on voit Satan régner, Michel,
l’archange, tenant la clef de l’abîme et en même
temps le diable enchaîné et enfermé dans l’abîme.
Mais pour ce qui est de cette dernière scène je ne peux
que vous donner une ombre de ce que c’est en réalité
[20]. »
Il
y a des années, Jay Todd semble avoir relié avec
précision ces descriptions aux fragments de papyrus actuels
[21]. La représentation de la « divinité »
semble provenir de JSP IV, le serpent qui marche et le pilier
semblent provenir de JSP V, tout cela appartenant donc au rouleau de
Tsemminis. La description de la scène de jugement (que Cowdery
interprète correctement) [22] correspond à JSP IIIa-b,
sauf que Cowdery la situe « à l’extrémité
intérieure du même rouleau », ce qui mène
à la conclusion que c’était une vignette du Livre
des Morts 125 sur le rouleau de Tsemminis et cela semblerait confirmé
par un fragment du texte du Livre des Morts 125 qui se trouve dans
JSP IX.
Dès
1836, après beaucoup de déplacements et de
manipulations [23], les papyrus avaient été endommagés
aux extrémités extérieures des rouleaux [24].Une
transcription de certaines parties du rouleau de Tsemminis,
probablement faite en 1835, montre des gribouillis probablement faits
pour indiquer le bord du papyrus, montrant que des morceaux s’étaient
déjà détachés [25]. Les papyrus
commençaient à se briser en petits morceaux comme le
prouvent les fragments minuscules collés aux mauvais endroits
des papyrus quand ils furent montés sur du papier [26]. Le
papier de support date de la période de Kirtland. Seules les
parties extérieures endommagées des rouleaux furent
montées sur du papier. Le reste des papyrus, toujours en
relativement bon état, fut laissé sous forme de
rouleaux. Ceci explique tous les rapports de témoins oculaires
et les preuves matérielles restantes.
On découvre les
préoccupations de Joseph Smith lui-même quand il remet
les antiquités égyptiennes entre les mains de Joseph
Coe (qui avait contribué à leur achat) en février
1836 : « Je me suis conformé à sa
demande et j’ai simplement dit qu’il fallait les traiter
avec prudence et soin, surtout les manuscrits [27]. » À
mon avis, c’est à ce moment-là, si pas plus tôt,
que les papyrus ont été montés. Les Papyrus de
Joseph Smith actuels viennent tous de ces fragments montés sur
papier provenant de l’extrémité des rouleaux.
Aucun de ces derniers n’a été conservé.
En
1837, William S. West décrivit les papyrus qu’il avait
vus comme « une quantité de documents écrits
sur du papyrus en hiéroglyphes égyptiens… Ces
documents s’étaient déchirés, quand on les
avait détachés du rouleau de baume d’embaumement
dans lequel ils se trouvaient et certaines parties étaient
tout à fait perdues [28]. » Ceci est confirmé
par Luman Shurtliff qui examina les papyrus en décembre 1837.
Il regarda
« le
parchemin ou Papyrus comme on l’appelle en langue égyptienne.
Ce Parchemin semblait fait de tissu fin amidonné ou raidi avec
une sorte de gomme puis lissé fortement et couvert de
caractères, de figures, de hiéroglyphes et s’exprimant
en langue égyptienne. Ces feuilles avaient à peu près
la taille de ce livre [30 x 37,5 cm] quand il est ouvert. Ils étaient
enroulés, mis dans un étui de gomme et posés sur
la poitrine d’un des dirigeants égyptiens, quand la
Momie ou le corps fut trouvé, ce document était sur sa
poitrine [29]. »
Donc,
dès la fin de 1837, certaines parties étaient déjà
séparées en feuilles.
Les
témoins oculaires : 1838-1856
En
1838, quand les Frères furent chassés de Kirtland, les
manuscrits leur furent apportés plus tard, en été,
par Vinson Knight à Far West [30]. En avril 1840, un visiteur
venu de Montrose rendit visite au Prophète et décrivit
« plusieurs cadres, recouverts de verre, sous lesquels il
y avait de nombreux fragments de papyrus égyptiens sur
lesquels on avait, comme d’habitude, marqué une grande
diversité de caractères hiéroglyphiques [31]. »
Le
5 mai 1841, William I. Appelby rendit visite à Joseph Smith et
en fit un récit détaillé dans son journal
intime. Une grande partie de ce récit copie des sections du
Livre d’Abraham d’avant sa publication ; mais ce qui
nous intéresse ici, ce sont les descriptions des papyrus dans
le contexte. Il dit qu’il avait
« vu
les Rouleaux de Papyrus et les écrits qui s’y
trouvaient, détachés de la poitrine de la momie
masculine, contenant certains des écrits d’Abraham
d’autrefois et de Joseph qui fut vendu en Égypte. Les
écrits sont principalement en langue égyptienne, à
l’exception d’un peu d’hébreu. Je crois
qu’ils décrivent certaines des scènes de l’Égypte
ancienne, leur culte, leurs idoles, etc. Les écrits sont beaux
et clairs, composés d’encres rouge et noire. Il y a une
différence perceptible entre les écrits. C’est
Joseph qui semble avoir été le meilleur scribe. Il y a
aussi des représentations d’hommes, de bêtes,
d’oiseaux, d’idoles et de bœufs attachés à
une sorte de charrue guidée par une femme. Aussi le serpent
quand il a séduit Ève. Il apparaît avec deux
pattes, debout sous l’apparence et la forme de l’homme.
Mais sa tête dans la forme et représentant le Serpent,
sa langue fourchue étendue.
« Il y a de même des
représentations d’un autel dressé, avec un homme
lié et couché dessus et un Prêtre, couteau en
main, debout au pied, avec une colombe au-dessus de la personne liée
sur l’autel avec plusieurs idoles debout tout autour. Un globe
céleste avec la planète Kolob
ou première création de l’Être suprême
– une planète de lumière – laquelle planète
fait une révolution en mille ans – Aussi le Seigneur
révélant les grands mots clefs de la sainte Prêtrise
à Adam dans le jardin d’Éden, et aussi à
Seth, Noé, Melchisédek, Abraham et à tous ceux à
qui la Prêtrise a été révélée.
Abraham aussi à la cour du Pharaon, assis sut le trône
du Roi, raisonnant sur l’Astronomie, une couronne sur la tête,
représentant la Prêtrise emblématique de la
grande Présidence du Ciel, avec en main le sceptre de la
Justice et du Jugement. Et le Roi Pharaon, debout derrière
lui, avec un Prince – un serviteur principal et un esclave noir
du Roi. Une généalogie des momies et des épitaphes
et leur mort etc., etc. sont également représentés
distinctement sur le Papyrus qui est appelé le « Livre
d’Abraham » [32]. »
On
a ici les éléments du Livre d’Abraham dans un
journal intime avant sa publication. Mais nous avons aussi ici des
descriptions de scènes provenant des papyrus qui n’ont
pas été publiés. Il est important de noter ce
qui suit : La description de JSP II (« des bœufs
attachés à une sorte de charrue guidée par une
femme »), le couteau représenté dans la main
de la figure 3 du fac-similé 1 (qui est dans le
fac-similé non encore publié mais pas sur le fragment
actuellement en existence de JSP I), la nette différence entre
les écritures des scribes des papyrus et les généalogies
reconnaissables des momies sur les papyrus.
Le
Révérend Henry Caswall visita Nauvoo le 18 avril 1842,
juste après la publication du Livre d’Abraham et des
fac-similés dans le Times
and Seasons
et vit les papyrus. Il raconte qu’ils étaient conservés
dans « un certain nombre de cadres vitrés, comme
des cadres à tableaux, contenant des feuilles de papyrus avec
des inscriptions égyptiennes et des hiéroglyphes
[33] ». Il continue à décrire les vignettes
dans un dialogue ou le témoignage oculaire est fortement mêlé
d’ouï-dire. Une vignette contenait « la
représentation d’un homme couché sur une table »
accompagné d’un « homme debout à côté
de lui, brandissant un couteau [34]. La description est clairement
JSP I (le fac-similé 1 du Livre d’Abraham).
Caswall dit
qu’un papyrus séparé contenait « une
représentation hiéroglyphique avec quatre petits
personnages » et un « grand chien regardant les
quatre personnages ». Le chien était accompagné
d’une « personne qui retenait le grand chien ».
À un autre endroit du papyrus il y avait un « personnage »
avec « ses deux épouses » il y
avait des rayures en travers de la robe d’une de [ses] femmes…
qui ne montaient que jusqu’à la taille de sa femme
[35]. » Cette description semble correspondre à JSP
IIIa-b.
Le
témoignage du Révérend Caswall reste
problématique, en partie à cause du fait qu’il a
inventé certaines parties de sa visite à Nauvoo [36].
On pourrait être enclin à penser qu’il avait puisé
ses renseignements sur les papyrus dans la grande publicité
qui en avait été faite sauf en ce qui concerne sa
description de JSP IIIa-b ; ceci montre qu’il a eu une
expérience de première main avec les papyrus. Il reste
encore un autre obstacle, puisque Caswall, un non-mormon ouvertement
hostile à Joseph Smith, décrit JSP I comme montrant
« cet homme debout à côté de lui
brandissant un couteau [37] ».
L’existence du
couteau a été mise en doute par beaucoup parce qu’elle
n’est pas conforme à ce à quoi nous nous
attendrions au vu d’autres papyrus égyptiens [38], et
pourtant le voilà ici décrit par un témoin
oculaire non mormon dont la description de la conservation des
papyrus correspond à celle de récits contemporains
indépendants. Elle correspond aussi à la description
faite par William Appleby avant que Reuben Hedlock ne fasse les
gravures sur bois des fac-similés. Cela nous fait deux témoins
oculaires indépendants de la présence d’un
couteau sur le fac-similé 1, que nous en pensions ce que nous
voulons.
Robert
Horne est un exemple de témoin oculaire qui n’ajoute
rien de neuf au tableau mais n’en est pas moins un témoin
oculaire indépendant. Il décrit les papyrus entre 1842
et 1843 comme étant « une sorte de parchemin ou de
papyrus et il contenait des écrits en rouge et en noir [39]. »
Quand
elle vit les papyrus en février 1843, Charlotte Haven dit
avoir vu « un long rouleau de manuscrit » et
« les hiéroglyphes d’un autre rouleau [40] ».
Ce deuxième rouleau comportait plusieurs vignettes :
« l’une représentait Ève tentée
par le serpent, lequel était debout sur l’extrémité
de sa queue, laquelle formait, avec ses deux pattes, un trépied,
et avait la tête dans l’oreille d’Ève. »
Le fait de déclarer que
le personnage féminin est Ève
est clairement une interprétation ; cela mis à
part, la description de la vignette ne correspond à rien de ce
qui est conservé dans les papyrus de Joseph Smith et c’est
une chose à laquelle nous ne nous attendrions pas non plus.
Étant donné que les bords extérieurs des
rouleaux étaient ceux qui étaient endommagés et
par conséquent ceux qui étaient montés sur
papier et conservés sous encadrement vitré, le centre
intact des rouleaux est resté et a été conservé
sous la forme de rouleaux. On nous dit explicitement que la vignette
se trouvait sur un des rouleaux restants, pas sur les papyrus montés
dans les encadrements vitrés, les seuls à avoir été
conservés jusqu’à nos jours et ne fait donc pas
partie des Papyrus de Joseph Smith en notre possession [41].
Ayant
vu les papyrus en 1844, Josiah Quincy les décrivit comme « des
parchemins couverts d’hiéroglyphes… conservés
sous verre et manipulés avec un grand respect [42] ».
Il décrit aussi une des vignettes comme suit : « Le
parchemin mentionné en dernier montrait un dessin grossier
d’un homme et d’une femme et d’un serpent marchant
sur une paire de pattes [43]. » La description de Quincy a
aussi été racontée à Henry Halkett, qui
fait dire à Quincy qu’un des papyrus « représentait
un homme, une femme, un arbre et un animal indéfinissable
[44] ». JSP V montre une femme faisant face à un
serpent marchant sur des pattes mais ne montre ni homme ni arbre ;
il semblerait donc que ce que Quincy décrit est un autre
fragment de papyrus. Cela montre que tous les fragments montés
n’ont pas fini da ns le lot remis au Metropolitan Museum of
Art.
Pendant
que les papyrus se trouvaient au musée de Saint Louis,
Gustavus Seyffarth, qui était un rival de Champollion [45],
vit au moins un des rouleaux de papyrus en 1856 et décréta :
« Le papyrus n’est pas un livre, mais une invocation
au dieu Osirus, dans laquelle apparaît le nom de la personne
(Horus) et une représentation des esprits accompagnateurs, qui
présentent le mort au juge, Osirus [46] ». La
« représentation » décrite semble
être le fac-similé 3. Ceci indique que la partie du
rouleau d’où proviennent JSP I, XI et X était
toujours conservée sous forme de rouleau en 1856 et que le
fac-similé 3 du Livre d’Abraham était sur ce
rouleau. Le contenu du musée de Saint Louis fut vendu au Wood
Museum et transféré à Chicago où l’on
retrouve la même description dans le catalogue de 1863 [47]. Ce
groupe d’antiquités semble avoir été
détruit dans l’incendie de Chicago de 1871.
Taille
des papyrus de Joseph Smith
D’après
les descriptions historiques de papyrus faites par les témoins
oculaires et les preuves matérielles restantes, nous pouvons
établir la description égyptologique suivante des
papyrus [48]. Le Livre des Morts de Tsemminis, fille d’Eskhons,
était un long rouleau (que l’on estime avoir eu à
l’origine 320 x 32 cm) [42] dont les feuilles extérieures
endommagées étaient conservées sous verre, les
fragments qui restent sont les Papyrus Joseph Smith VII, VIII, V, VI,
IV et II (arrangés dans cet ordre de droite à gauche).
Les chapitres du Livre des Morts représentés sont 3-6,
53-54, 57, 63, 65, 67, 70, 72, 74-77, 83, 86-89, 91, 100-101,
103-106, 110, 125 [50]. Copie tardive du Livre des Morts, elle peut
définitivement être qualifiée de thébaine,
appartenant au Style 1a et à la phase III de Mosher [51].
Des
fragments du premier quart du rouleau manquent [52]. Les fragments
ont été séparés du rouleau et montés
sur verre, probablement en 1836. Le rouleau semble avoir contenu une
copie du Livre des Morts 125 ainsi qu’une vignette d’un
arbre, d’un homme et d’une femme avec un serpent debout
sur ses pattes, la tête dans l’oreille de la femme ;
ceci correspond aux chapitres existants et aux descriptions des
témoins oculaires. Le rouleau et peut-être certains des
fragments semblent avoir été détruits dans
l’incendie de Chicago. Ce rouleau datait probablement de la dernière
moitié du troisième siècle av.
J.-C.
Le
Livre des Morts de Neferirtnoub était, d’après
les premiers comptes-rendus, apparemment un rouleau d’une
grande longueur dont il reste deux fragments, JSP IIIa-b, contenant
la vignette du Livre des Morts 125. Comme il ne reste que les deux
fragments, le reste a dû être détruit dans
l’incendie de Chicago.
Le
rouleau de Hor (fils de Osoroeris et de Taykhebit) [53], était
un rouleau d’une certaine taille (l’estimation des
dimensions originales est de 320 x 11 cm). Les feuilles extérieures,
probablement séparées et montées en 1836 à
Kirtland, constituent JSP I, XI et X (dans cet ordre, de droite à
gauche). Ce rouleau contient ce qu’on appelle le « Livre
des Respirations fait par Isis » et au moins un autre
texte. La relation de ce rouleau avec P. Louvre 3284 a besoin d’être
éclaircie étant donné que la plupart des
traductions et des commentaires sur JSP XI-X sont en réalité
des traductions et des commentaires sur P. Louvre 3284 [54]. Une
différence entre les deux papyrus est que les commentaires
terminaux de P. Louvre 3284 (= colonne 6) deviennent les commentaires
préliminaires dans JSP XI (= colonne 1) et seraient
normalement appelés « rubriques » sauf
qu’il n’a pas été fait usage d’encre
rouge dans un cas comme dans l’autre [55].
À part cela,
la relation semble être que JSP XI-X est une copie abrégée
du même texte que P. Louvre 3284 dans la mesure où il
existe une correspondance point par point entre les colonnes du texte
[56], ce dont nous déduisons qu’il a dû y avoir,
sur le rouleau de Hor, deux colonnes de plus, outre la vignette
conservée en tant que fac-similé 3 dans le Livre
d’Abraham. Ces colonnes devaient contenir la version abrégée
de la confession négative, mais pas d’invocation réelle
à Osiris comme décrit par Seyffarth [57]. Cela veut
dire qu’il devait y avoir plus d’un texte sur le rouleau
[58] ; nous nous attendrions donc à ce qu’il soit
resté davantage sur le rouleau que les deux colonnes de texte
du Livre des Respirations et la vignette (fac-similé 3). Bien
que les morceaux extérieurs soient devenus JSP I, XI et X, le
reste du rouleau était presque certainement au Wood Museum de
Chicago et a donc été détruit lors de l’incendie
de 1871.
L’hypocéphale
de Sheshonq (les dimensions originales sont 19 x 20 cm) n’est
conservé que sous la forme du fac-similé 2 dans le
Livre d’Abraham.
Des
parties du Document inconnu d’Amenhotep, fils de Tanoub, ne
sont conservées que dans une mauvaise copie dans le manuscrit
égyptien n° 6 des Papiers égyptiens de Kirtland
[59]. La copie est sur trois colonnes de texte, mais on ne sait pas
comment cela se rapporte au papyrus original. Une des colonnes
contient le Livre des Morts 45. Les autres colonnes n’ont pas
été identifiées comme une partie du Livre des
Morts ni d’aucun autre texte connu. C’est le nom
différent qui le distingue comme un document séparé.
Le
contenu des papyrus : la partie pour le tout ?
Les
papyrus de Joseph Smith sont généralement qualifiés
de documents funéraires typiques. Certaines personnes
considèrent que si ces documents sont funéraires, ils
ne peuvent rien contenir d’autre. Or certains papyrus du Livre
des Morts contiennent bel et bien d’autres textes [60]. Par
exemple, un Livre des Morts fragmentaire de la dix-huitième
Dynastie au Caire (JE 95575) contient des textes de comptabilité
au recto [61]. Le Papyrus Vandier a aussi un Livre des Morts au
verso, mais le recto contient l’histoire de Meryre, qui fut
sacrifié sur un autel (une ressemblance intéressante
avec le Livre d’Abraham) [62]. Les Livres des Morts de
Psenmines (Louvre 3129) et de Pawerem (BM 10252) contiennent tous
deux des rituels du temple [63]. Les papyrus Harkness et BM 10507
(papyrus funéraires démotiques contiennent plusieurs
textes différents [65].
Le simple fait que les
sections
conservées des Papyrus de Joseph Smith sont de nature
funéraire ne veut pas dire qu’ils n’auraient pas
pu avoir d’autres textes que ce soit au verso ou dans des
sections manquantes des rouleaux. Les arguments basés sur le
silence des textes sont habituellement considérés comme
de peu de valeur [66]. Le rapport de Seyffarth montre que le rouleau
appartenant à Hor contenait plus que simplement un Livre des
Respirations. Malheureusement nous ne savons pas ce qu’il
contenait d’autre, ce qui constitue un exemple de plus d’un
fait historique objectif qui est actuellement irrécupérable
par les moyens et les méthodes des spécialistes.
Les
rumeurs et la conception qu’avait Joseph Smith des papyrus
Les
détracteurs ont souvent eu recours à la divination pour
dire ce qu’ils croyaient que Joseph Smith pensait des papyrus
et ont souvent avancé des éléments pour étayer
leurs affirmations. Malheureusement les éléments en
question étaient souvent de deuxième main ou des
rumeurs plutôt que des déclarations faites ou publiées
par le Prophète. Ces dernières ont la priorité
sur les premières. Deux exemples devraient le démontrer.
Dès
la fin de juillet 1835, le Cleveland
Whig
écrivait que « le prophète Joe a déclaré,
en examinant les papyrus à l’aide de ses lunettes,
qu’elles [les momies] sont les corps de Joseph (fils d’Abraham)
et du roi Abimélec et de sa fille [67]. » Ce récit
a été diffusé par cinq autres journaux aussi
éloignés que New York et Washington DC [68]. « Dans
le but de corriger ces affirmations et d’autres affirmations
erronées », concernant les momies et les documents,
les dirigeants de l’Église se donnèrent la peine
de faire remarquer dans une publication officielle :
« On
a dit que les acquéreurs de ces antiquités affirment
avoir le corps d’Abraham, d’Abimélec, roi des
Philistins, de Joseph, vendu en Égypte, etc., etc., dans le
but d’attirer l’attention de la foule et de duper les
gens sans méfiance, ce qui est totalement faux…
« Nous
ne prétendons pas dire qui étaient ces anciens
habitants de l’Égypte, et cela n’a pas
d’importance pour nous. Nous n’avons pas la moindre idée
s’ils sont Abraham, Abimélec ou Joseph. Abraham a été
enterré dans un endroit qui lui appartenait, « dans
la caverne de Macpéla,
dans le champ d’Ephron, fils de Tsochar, le Héthien,
vis-à-vis de Mamré » qu’il avait
acheté aux fils de Heth. Abimélec vivait dans le même
pays, et à ce que nous sachions, y est mort, et les enfants
d’Israël ont emporté les os de Joseph d’Égypte
quand ils en sont sortis sous la direction de Moïse. Par
conséquent, on n’aurait pas pu les trouver en Égypte
au XIXe siècle [69]. »
Jamais,
ni de leur temps ni depuis lors en particulier, on n’a reconnu
aux dirigeants de l’Église le bon sens et la pensée
critique manifestés ici. Et cependant cela n’a en rien
empêché les faux bruits de circuler jusqu’aujourd’hui.
Quelqu’un
qui rendit visite à Joseph Smith en 1840 propose son
identification d’une des momies :
« C’était
peut-être la princesse Thermuthis, ai-je répondu,
celle-là même qui a sauvé Moïse des eaux du
Nil. »
« Ce
n’est pas improbable, a répondu le Prophète, mais
le temps n’a pas encore permis de faire un examen complet et de
décider de la question [70]. »
Joseph
Smith permettait aux autres de se livrer à des supputations
sur l’identité des momies et a pu, dans certains cas, se
faire l’écho des théories, Mais il n’a
jamais tranché. Les sources de deuxième main qui
prétendent qu’il affirmait que les momies étaient
une personne déterminée et particulièrement une
personne célèbre sont suspectes et ne peuvent pas être
considérées comme des rapports au premier degré
de ce que Joseph pensait.
Pour
ce qui est de notre deuxième exemple, Josiah Quincy a souvent
été cité, tant dans l’Église
qu’au-dehors [71], bien que pour ce qui est de l’Église,
c’est ironique puisqu’il se moque clairement du Prophète
dans son récit. Pourtant Quincy n’était pas la
seule personne présente lors de son entretien avec le Prophète
en avril 1833 et il n’a pas non plus été le seul
à laisser un compte rendu de l’entretien. Voici comment
il rapporte les paroles de Joseph concernant les papyrus :
« Des
parchemins couverts d’hiéroglyphes nous furent alors
proposés. Ils étaient conservés sous verre et
traités avec un grand respect. ‘Ça c’est
l’écriture d’Abraham, le Père des
Croyants’, dit le prophète. ‘Ceci, c’est
l’autographe de Moïse et ces lignes-ci ont été
écrites par son frère Aaron. Ici nous avons le récit
le plus ancien de la Création à partir duquel Moïse
a composé le premier livre de la Genèse’ [72]. »
Charles
Francis Adams, compagnon de voyage de Quincy, décrit ceci
d’une manière un peu différente :
« Il
leur fit également visiter sa maison où il leur montra
quatre momies égyptiennes et expliqua (contre paiement de
vingt-cinq cents) le contenu d’un manuscrit – « écrit
de la main d’Abraham » – qui avait été
découvert à l’intérieur de l’une
d’elles [73]. »
La
façon dont Adams décrit le manuscrit : « écrit
de la main d’Abraham » est différente de la
description de Quincy : « l’écriture
d’Abraham » et est importante car elle correspond
mieux à la déclaration publiée par le Prophète
que le manuscrit « se voula[i]t être les écrits
d'Abraham du temps où il était en Égypte,
appelés Livre d'Abraham, écrits de sa propre main, sur
papyrus [74]. » Quincy semble avoir pris des libertés
avec la formulation des paroles du Prophète et, ce faisant,
l’a tronquée. Les déclarations publiées du
Prophète ont la préséance sur les souvenirs
indirects déformés, aussi bien intentionnés
soient-ils.
Les
notes de Joseph dans son journal intime parlent de sa conception de
ce qu’il a fait des papyrus [75]. La plupart de ces notes
traitent d’occasions où il a montré les papyrus
aux personnes intéressées [76]. Quatre inscriptions
parlent de traduction [77], une de transcription [78] et une parle
des Papiers égyptiens de Kirtland [79].
Les
Papiers égyptiens de Kirtland
Note de la
Rédaction :
Les
Papiers égyptiens de Kirtland (Kirtland Egyptian Papers) sont
un ensemble de papiers, tous écrits de la main de
collaborateurs de Joseph Smith en 1837 à Kirtland et tous
classifiés comme « égyptiens ».
Ils se trouvent dans une boîte en carton au département
d’histoire de l’Eglise et ont été, à
un moment donné, microfilmés, mais sans aucune
indication quant à leur nature ni à ce qui les reliait
entre eux. Le film fut volé en 1966, reproduit sans
autorisation et des exemplaires en furent vendus à Salt Lake
City. Un de ces documents, en particulier, a été utilisé
par les ennemis de l’Eglise comme étant à
l’origine du Livre d’Abraham. On y trouve la traduction
anglaise du premier chapitre du Livre d’Abraham, avec, en
regard de chaque paragraphe, un symbole hiératique.
Comme nous
l’avons déjà dit à plusieurs reprises, les
détracteurs de l’Eglise ne se soucient pas de vérité,
mais simplement de donner une mauvaise impression de l’Eglise
ou de ce qui a rapport avec elle. Ils se sont donc empressés
de proclamer que le texte anglais figurant sur le document était
la traduction des caractères figurant en regard. L’accusation
visait aussi à ridiculiser Joseph Smith, parce que rendre un
seul caractère égyptien par tout un paragraphe est
absurde. Nous ne savons malheureusement pas qui a introduit ces
caractères hiératiques dans le document ni pourquoi,
mais il est clair que le texte anglais est une copie au propre (et
non le texte d’une traduction en cours), écrite
soigneusement le long d’une marge clairement tracée et
que les caractères hiératiques ont été
ajoutés plus tard, car certains débordent de la marge
et sur le texte.
D’une manière générale, il semble évident que les collaborateurs de Joseph Smith (et lui-même aussi d’ailleurs) ont essayé de jouer les Champollion et de déchiffrer les caractères égyptiens, tentative très vite abandonnée s’il faut en juger par la brièveté des documents. [fin de note]
Les
Papiers égyptiens de Kirtland sont un ensemble de documents,
dont la plupart datent de la période de Kirtland, portant
l’écriture de diverses personnes. Ils ont été
groupés en deux catégories de documents, les manuscrits
du Livre d’Abraham (ci-après KEPA) et les manuscrits
égyptiens (ci-après KEPE). On trouvera une description
des manuscrits au tableau 1.
Tableau 1. Papiers égyptiens de Kirtland [80]
|
N° |
Date |
Taille |
Ecriture |
Titre et contenu |
|
KEPE 1
KEPE 2 KEPE 3 KEPE 4
KEPE 5 KEPE 6
KEPE 7 KEPE 8
KEPE 9
KEPE 10 KEPA 1
KEPA 2 KEPA 3 KEPA 4 KEPA 5 KEPA 6 |
1836 (?)
1836 (?) 1 octobre 1835 (?) 1 octobre 1835 (?)
1 octobre 1835 (?) 26 novembre 1835 (?) 1837 ( ?) 26 novembre 1835 (?) 26 novembre 1835 (?) monté février 1836 (?) 1836 (?)
1836 (?) 1836 (?) février 1842 (?) mars 1842 (?) 1842
|
1 volume 31 x 20 cm
2 feuilles 33 x 20 cm 4 feuilles 32 x 20 cm 9 feuilles 32 x 20 cm
4 feuilles tailles diverses 1 volume 20 x 13 cm
1 volume 20 x16 cm 1 feuille 32 x 40 cm
1 feuille 39 x 19 cm
1 feuille 33 x 20 cm
10 feuilles 32 x 20 cm
4 feuilles 33 x 19 cm 6 feuilles 32 x 19 cm 18 feuilles 29 x 20 cm 4 feuilles tailles diverses grande feuille 32 x 19 cm |
W. W. Phelps & Warren Parrish W. W. Phelps W. W. Phelps Joseph Smith & Oliver Cowdery Oliver Cowdery Oliver Cowdery
Oliver Cowdery ?
?
-
W. W. Phelps & Warren Parrish W. W. Phelps Warren Parrish Willard Richards Willard Richards
|
« Grammaire & alphabet de la langue égyptienne
« Comptage égyptien » « Alphabet égyptien » « Alphabet égyptien »
(Titre perdu, « Alphabet égyptien » (?) « Découverte précieuse d’annales cachées » « F.G.W. » et « William » Pas de titre Pas de titre Pas de titre = JSP IX Pas de titre Abr 1:4-2:18
Pas de titre Abr 1:4-2:6 Pas de titre Abr 1:4-2:2 Pas de titre Abr 1:1-3:26 Pas de titre Fac-similé 2 Au dos, lettre à Clyde Williams & Co., signée par Joseph Smith et W. W. Phelps |
L’origine
de KEPA 1 diffère de celle des autres Papiers égyptiens
de Kirtland. Wilford Wood l’a acheté à Charles E.
Bidamon alors que certains des autres au moins ont été
apportés à Salt Lake City par Willard Richards [81] et
que d’autres ont pu être apportés par W. W.
Phelps. Cela peut avoir des implications pour l’interprétation
des Papiers égyptiens de Kirtland, car si c’est W. W.
Phelps qui les a apportés, ce sont les notes de W. W. Phelps,
pas celles de Joseph Smith. Les provenances diverses des documents
indiquent aussi que nous ne possédons peut-être pas tous
les Papiers égyptiens de Kirtland.
Chacun
de ces papiers doit être analysé selon ses propres
mérites. Ils ne sont pas uniformes en ce qui concerne
l’écriture, la date ou le but. Aucun des manuscrits
n’est daté, bien qu’il soit possible d’en
dater quelques-uns dans certaines limites. Leur but semble être
plus varié. Par exemple KEPA 4 semble être le manuscrit
de l’imprimeur pour la première livraison du Livre
d’Abraham, car il traite exactement de la même matière,
correspond à l’édition imprimée (même
dans la division en paragraphes) et est de la main d’un des
secrétaires de Joseph Smith de l’époque. KEPA 5
devait peut-être à l’origine remplir le même
but pour le fac-similé 2 mais il y a eu un changement de
programme [82].
Aucun des autres Papiers
égyptiens de Kirtland
ne semble directement lié à la publication du Livre
d’Abraham. La signification de chacun des papiers mérite
d’être déterminée avec soin puisque aucune
des personnes impliquées dans leur production ne semble avoir
fait de commentaires sur les documents à l’exception
d’une seule mention dans le journal personnel de Joseph Smith
[83].
Note
du 1er
octobre 1835
La
seule note dans le journal personnel de Joseph Smith concernant les
Papiers égyptiens de Kirtland mérite une attention
spéciale :
« 1er
octobre 1835. Travaillé cet après-midi à
l’alphabet égyptien en compagnie des frères O.
Cowdery et W. W. Phelps : Le système d’astronomie a
été dévoilé. »
Ce
que les éditeurs ont fait de cette note de la main d’Oliver
Cowdery montre la nécessité d’éclaircissements.
Quand il a préparé la Manuscript History of the Church,
Warren A. Cowdery a laissé tomber certaines choses et en a
ajouté d’autres tout en affinant la langue (les
italiques indiquent les changements apportés).
« Il
est resté chez lui et a travaillé
à l’Alphabet égyptien en compagnie de ses
frères O.
Cowdery & W. W. Phelps. Le système d’astronomie a
été dévoilé [85]. »
Scott
Faulring, lorsqu’il a édité les journaux
personnels du Prophète, a cru nécessaire d’ajouter
du texte entre crochets :
« 1er
octobre 1835. Travaillé cet après-midi à
l’alphabet égyptien en compagnie des fr[ère]s
O[liver]. Cowdery et W[illiam]. W. Phelps : Le système
d’astronomie [nous] a été dévoilé
[87]. »
Deux
mentions dans le journal demandent des éclaircissements si
l’on veut comprendre ce qui s’est passé ce
jour-là.
Système
d’astronomie.
L’expression système
d’astronomie
est ce qui a provoqué le plus de corrections. Plus tard cette
année-là, Joseph Smith a expliqué à
William McLellin, à Brigham Young et à Jared Carter
« les relations de Dieu avec les anciens et la formation
du système planétaire [88] ». Warren Parrish
a amplifié cette note du journal personnel du Prophète
dans la Manuscript History of the Church pour lui faire dire que le
Prophète a expliqué « beaucoup de choses
concernant les actions de Dieu avec les anciens particulièrement
le système d’astronomie enseigné par Abraham, qui
se trouve dans ces manuscrits [les papyrus égyptiens] [89]. »
Parrish a apporté ces
changements presque au même moment
que l’inscription dans le journal personnel. Dans la semaine
qui a suivi cette inscription, Oliver Cowdery écrivait que les
papyrus contenaient plus que de simples rouleaux de papyrus, notant
« que deux ou trois autres petits morceaux de papyrus,
avec des calculs astronomiques, des épitaphes, etc. ont été
trouvés sur les autres momies [90] ». Les frères
faisaient ici allusion à un papyrus bien déterminé
et à son interprétation. Joseph Smith nous dit lequel
dans une note dans un journal personnel tenu à Nauvoo :
« Montré
le Livre d’Abraham, dans l’original, à fr. Reuben
Hadlock [Hedlock], pour qu’il puisse mesurer la taille des
différents clichés et préparer les blocs pour le
Times & Seasons et ai aussi donné des instructions
concernant la disposition du texte sur le grand cliché
illustrant les principes d’astronomie [91]. »
Une
des choses qui sont passées inaperçues à propos
de la publication originelle des fac-similés, c’est que
Reuben Hedlock les a reproduits grandeur nature dans le Times
and Seasons.
Le fac-similé 2 était une grande feuille séparée
nettement plus grande que les deux autres ; il est impossible de
le dire dans la plupart des publications modernes, où la
taille est adaptée à l’espace disponible. (Le
soin mis par Joseph Smith et Reuben Hedlock dans leurs considérations
épigraphiques est sous-estimé, surtout en comparaison
d’autres publications épigraphiques et égyptologiques
de l’époque d’avant Lepsius [92]. Ceci nous
apprend que le fac-similé 2 du Livre d’Abraham était
le manuscrit astronomique qui a paru dans le numéro suivant du
Times
and Seasons
La note dans le journal personnel à la date du 1er
octobre 1835 rapporte la révélation de l’interprétation
du fac-similé 2.
Le
Livre d’Abraham, tel que publié dans le Times
and Seasons,
n’était pas une traduction complète, mais la
publication des fac-similés illustre un ordre dans l’histoire.
Dans le fac-similé 1, Abraham est sauvé du sacrifice,
le fac-similé 2 contient la connaissance de l’astronomie
révélée à Abraham et le fac-similé
3 montre Abraham en train d’enseigner cette connaissance à
la cour du pharaon. Le Livre d’Abraham donne aussi un aperçu
de son contenu futur :
« …
la connaissance du commencement de la création et aussi des
planètes et des étoiles, telles qu'elles furent
révélées aux pères, et je vais m'efforcer
d'écrire, au profit de ma postérité qui viendra
après moi, quelques-unes de ces choses sur ces annales. »
(Abraham 1:31)
Sous
sa forme publiée actuelle, le Livre d’Abraham s’arrête
au milieu d’une révélation sur la création
donnée à Abraham avant son entrée en Égypte.
Il
est utile de dire ici un mot sur les explications des fac-similés
du Livre d’Abraham. Bien que chaque fac-similé ait ce
qui est appelé une « explication », elle
n’explique pas grand-chose de ce qui se passe dans les
fac-similés ; elle identifie plutôt divers éléments
qui sont ensuite expliqués dans le texte du Livre d’Abraham.
Tel qu’il existe actuellement, celui-ci s’arrête
avant que ne se produise l’explication du fac-similé 2.
Quand il écrit le 1er
octobre 1835 que « le système d’astronomie a
été dévoilé », Joseph Smith
fournit une date du stade qu’il a atteint dans la traduction du
Livre d’Abraham, qui se trouve plus loin dans le livre que ce
qui a été publié. En outre, la première
allusion à de l’astronomie se produit dans Abraham 3:2,
qui est plus loin dans la traduction que tout manuscrit du Livre
d’Abraham datant de la période de Kirtland (KEPA 1-3).
Aucun manuscrit de la
période de Kirtland ne traite de
l’hypocéphale. Et aucun passage du Livre d’Abraham
ne traite vraiment de « la formation du système
planétaire [93] ». Le fait que la traduction était
plus avancée que le Livre d’Abraham actuel est confirmé
par le rapport de première main d’Anson Call qu’en
1838, il avait fallu « en tout environ deux heures »
pour lire le Livre d’Abraham à haute voix [94] ;
maintenant, cela prend environ une demi-heure. Cela montre que vers
1838, Joseph Smith avait traduit approximativement quatre fois plus
que ce que nous avons actuellement dans le Livre d’Abraham et
comme nous n’avons aucune trace de traduction après le
25 novembre 1835, il semblerait que la plus grande partie si pas tout
avait été traduit en 1835.
Alphabet
égyptien. L’autre
groupe de mots, qui mérite examen dans la note du 1er octobre,
est que Joseph Smith dit qu’il a « travaillé
à l’alphabet égyptien ». On a
longtemps supposé qu’il s’agissait ici de ce qu’on
appelle « Egyptian Alphabet and Grammar » (KEPE
1) [95]. C’est impossible pour plusieurs raisons : (1) Le
titre donné à KEPE 1 est « Grammar and
Alphabet of the Egyptian Language » [96], tandis que
d’autres documents, en particulier KEPE 3-5, portent le titre
« Egyptian Alphabet » ; (2) l’écriture
de KEPE 1 est celle de W. W. Phelps et de Warren Parrish. Parrish ne
fut engagé comme secrétaire de Joseph Smith que quatre
semaines plus tard [97]. D’autre part, KEPE 3-5 sont de la main
des trois hommes dont Joseph Smith mentionne la présence en
cette occasion : Joseph Smith, Oliver Cowdery et W. W. Phelps.
Les documents mentionnés, si nous les possédons,
doivent être KEPE 3-5.
Les
manuscrits 3, 4 et 5 des Papiers égyptiens de Kirtland, ont un
contenu presque identique. Les colonnes de gauche sont remplies de
caractères provenant de diverses colonnes de JSP 1, identifiés
par degré (colonne ou ligne) et partie (fragment) [98]. Les
glyphes copiés indiquent que le papyrus s’était
détérioré depuis 1835. Les traductions anglaises
de la dernière colonne ne sont pas liées au Livre
d’Abraham ni à l’astronomie [99], alors qu’ils
devraient l’être si les détracteurs avaient
raison. Le fait que le seul de ces manuscrits à porter
l’écriture de Joseph Smith correspond à JSP I
mais pas au Livre d’Abraham devrait montrer que Joseph Smith ne
pensait pas que le Livre des Respirations soit le Livre d’Abraham
[100].
Les trois manuscrits ne
sont pas des copies l’un de
l’autre. Les variantes et les synonymes abondent, ce qui montre
que les manuscrits sont des notes indépendantes faites au même
moment [101]. C’est donc à JSP I qu’on a
travaillé, mais la révélation donnée en
cette occasion concernait un autre papyrus, l’hypocéphale
de Joseph Smith (fac-similé 2).
Par
conséquent, l’unique document dans lequel il y a quelque
chose sur les papiers égyptiens de Kirtland dit par quelqu’un
dont l’écriture y figure (la note du 1er
octobre 1935 portée par Joseph Smith dans son journal
personnel) confirme que les papiers égyptiens de Kirtland
n’avaient rien à voir avec la traduction du Livre
d’Abraham. La révélation ne dépendait pas
des Papiers égyptiens de Kirtland, n’en découlait
pas et n’en était pas le produit. La traduction du Livre
d’Abraham avait déjà dépassé de
loin l’endroit où se trouvaient les Papiers égyptiens
de Kirtland. Comme cela se passe habituellement pour la plupart des
langues anciennes déchiffrées, le déchiffrement
et la traduction viennent en premier lieu et la grammaire est écrite
une fois qu’on a compris le texte [102]. C’est pourquoi,
les Papiers égyptiens de Kirtland sont tout au plus le
résultat d’un effort de la part des Frères
d’aligner le Livre d’Abraham – déjà
reçu par révélation – sur des documents
sur papyrus déjà en leur possession, bien que même
ceci soit douteux.
L’importance de la participation de Joseph Smith au reste des Papiers égyptiens de Kirtland est rendue très faible (1) par le fait que son écriture ne se trouve pas sur les documents restants, (2) par l’indépendance évidente des secrétaires, même quand ils travaillaient en collaboration, (3) par les promesses faites aux secrétaires, comme Warren Parrish (la plupart des KEP sont de sa main) que « il verra beaucoup de mes annales anciennes et sera informé de choses cachées et sera doté de la connaissance de langues cachées [103] » et (4) par le fait bien connu que « les secrétaires et les employés composaient et enregistraient souvent des informations de leur propre initiative [104] ».
Le
Livre d’Abraham se trouvait ailleurs sur les rouleaux puisque
Joseph Smith parle d’enseignements du Livre d’Abraham et
dit avoir appris cela « en traduisant les papyrus qui se
trouvent maintenant chez moi [105] », mais la technique
n’était pas celle de l’égyptologue moderne.
Le mot choisi pour décrire le processus, « dévoilé »,
indique, comme ailleurs dans les écrits de Joseph Smith, que
c’était une affaire de révélation, pas de
recherche [106]. Le fait que le Livre d’Abraham a été
reçu par révélation est confirmé par ce
que dira Warren Parrish après son apostasie :
« J’ai
été assis à ses côtés et j’ai
écrit la traduction des hiéroglyphes égyptiens
telle qu’il affirmait la recevoir par inspiration directe des
cieux [107]. »
Les
éléments que fournissent ceux qui ont participé à
la traduction montrent que le Livre d’Abraham vient de la
révélation et non par les méthodes de
l’égyptologie moderne ni par les Papiers égyptiens
de Kirtland. Ces derniers sont tout au plus un sous-produit de la
traduction.
Nécessité
de la prudence
Quand
on observe un sujet sous son jour véritable, les différentes
approches convergent pour donner le même résultat. Mais
si l’on se fie aux rumeurs, les approches se concentrent sur
les commérages relatifs à un sujet plutôt que sur
le sujet lui-même. Les exemples ci-dessus montent qu’il
faut faire preuve de plus de prudence dans la collecte et le tri
des documents, surtout quand on essaye de déterminer ce que
Joseph Smith pensait qu’il faisait. Si certaines difficultés
sont dues au fait que l’on n’a pas rassemblé les
documents utiles et qu’on ne l’a pas mis dans le contexte
historique auquel il appartient (du fait que Joseph a précédé
et était extérieur à la tradition égyptologique,
il a utilisé des termes qu’on n’a pas reconnus et
qu’on a mal compris, pour lui reprocher ensuite de ne pas se
situer dans la tradition ou pour le manque de compréhension
moderne), il y a eu au moins autant de dégâts causés
par le fait qu’on n’a pas fait la distinction entre les
déclarations de première main et la rumeur qui déforme
tout.
Faire la distinction
entre les témoignages
oculaires et les ouï-dire est la seule manière valable de
donner un sens au fatras qui entoure les Papyrus de Joseph Smith.
D’une manière générale, les historiens de
l’Antiquité n’ont pas l’habitude d’avoir
tant de documentation à traiter ; nous disposons en fait
de si peu de renseignements que nous sommes obligés d’accepter
toute information portant sur le sujet. Trop souvent nos tentatives
de faire correspondre les données à nos idées
préconçues ont oublié la grande leçon :
les sources primaires de première main ont la préséance
sur toutes les autres. Les Papyrus de Joseph Smith ne peuvent avoir
du sens que si l’on tient compte du point de savoir si les
sources sont de première main pour les renseignements que l’on
recherche. Trop souvent, cela n’a pas été le cas.
NOTES
Aucune
note n’accompagne la conférence de Gee. Nous avons
respecté la numérotation des notes de la partie de son
article que nous avons traduite.
[11] Contrairement à ce que veut faire croire Robert K. Ritner dans John A. Larson, « Joseph Smith and Egyptology: An Early Episode in the History of American Speculation About Ancient Egypt, 1835-1844 » dans For His Ka: Essays Offered in Memory of Klaus Baer, dir. de publ. David P. Silverman, Chicago, Oriental Institute, 1994, p. 161; le nom n’est pas forcément un pseudonyme, dans la tradition américaine du 'Poor Richard’ de Benjamin Franklin, puisque la famille est attestée dans le recensement du comté de Cuyahoga County tant en 1830 qu’en 1840, Cuyahoga County Ohio 1830 census, p. 102 et Cuyahoga County Ohio 1840 census, p. 12.
[12] Selon Jay M. Todd, Saga of the Book of Abraham, Salt Lake City, Deseret Book, 1969, p. 133, ce compte-rendu journalistique a été découvert par Richard Lloyd Anderson.
[13] Cité dans id., p. 134.
[14] Id.
[15] Id.
[16] William W. Phelps à Sally Phelps, 19-20 juillet 1835, dans Leah Y. Phelps, « Letters of Faith from Kirtland », Improvement Era, août 1942, p. 529, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 172, et dans H. Donl Peterson, The Story of the Book of Abraham: Mummies, Manuscripts, and Mormonism, Salt Lake City, Deseret Book, 1995, p. 4.
[17] Oliver Cowdery, lettre à William Frye, 22 décembre 1835, imprimée dans le Latter Day Saints' Messenger and Advocate 2/3, décembre 1835, p. 234. On en trouvera aussi des citations dans Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 188-189.
[18] Cowdery à Frye, 22 décembre 1835, dans Latter Day Saints' Messenger and Advocate, p. 234.
[19] Le style d’Oliver suit de plus près la manière d’écrire de son époque que celui de Joseph. Comparez les comptes rendus d’Oliver dans The Papers of Joseph Smith, dir. de publ. Dean C. Jessee, Salt Lake City, Deseret Book, 1989-1992, 1:26-96, avec l’un quelconque des comptes rendus de Joseph Smith sur les mêmes événements dans le même volume. « Le lecteur remarquera ici que le récit prend une forme différente… L’auteur a jugé bon de faire une narration claire, simple et cependant fidèle. » Joseph Smith History 1834-1836, septembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 1:97. Ceci exprime bien la différence de style entre Joseph Smith et Oliver Cowdery.
[20] Cowdery à Frye, 22 décembre 1835, dans Latter Day Saints' Messenger and Advocate, p. 236. Voir Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 191-192.
[21] Voir Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 194.
[22] L’identification de Cowdery précède de sept ans celle de K. Richard Lepsius, Das Todtenbuch der Ägypter nach dem hieroglyphischen Papyrus in Turin, Leipzig, Wigand, 1842, pp. 13-15, et de dix-neuf ans le traitement de Max Uhlemann, Das Todtengericht bei den alten Ägyptern, Berlin, Geelhaar, 1854.
[23] On trouvera les déplacements des papyrus jusqu’à ce moment-là dans Peterson, Story of the Book of Abraham, pp. 43-102, surtout la carte p. 91.
[24] On trouvera des détériorations semblables dans les photos du Papyrus Harkness dans Thomas J. Logan, « Papyrus Harkness », dans Studies in Honor of George R. Hughes, Chicago, Oriental Institute, 1976, p. 150; Theodore M. Davis, The Funeral Papyrus of Iouiya, intro. Edouard Naville, Londres, Constable, 1908, planche I à opposer à la planche XXXIV; Louis Speleers, Le Papyrus de Nefer Renpet, Bruxelles, Vromant, 1917, planches CG 40003 (JE 95834) et CG 25095, dans Irmtraut Munro, Die Totenbuch-Handschriften der 18. Dynastie im Ägyptischen Museum Cairo, Textband, Wiesbaden, Harrassowitz, 1994, 1, planches 55-56, 58-61. L’extérieur du rouleau est généralement à droite mais dépend de la direction de l’écriture; pour ce qui est de l’usage, voir la statue de Horemheb (MMA 23.10.1) dans Peter F. Dorman, Prudence O. Harper et Holly Pittman, The Metropolitan Museum of Art: Egypt and the Ancient Near East, New York, The Metropolitan Museum of Art, 1987, p. 67; voir aussi Jaroslav Cerny, Paper and Books in Ancient Egypt, 1952; réimpression, Chicago, Ares, 1985, pp. 10, 13-14.
[25] Papiers égyptiens de Kirtland, manuscrit égyptien 8, p. 1, dans la Division des archives, Département d’histoire de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, dorénavant appelé LDS Church Archives. Le nom T3-srt-Min m3'-hrw ms.n Ns-Hnsw m3'-hrw est clair dans la copie et est aussi clairement coupé par les gribouillis à partir du milieu du mot.
[26] Voir les traitements dans Klaus Baer, « The Breathing Permit of Hor: A Translation of the Apparent Source of the Book of Abraham », Dialogue 3/3, 1968, pp.109-134.
[27] Joseph Smith's Ohio Journal, 17 février 1836, dans Papers of Joseph Smith, 2:176.
[28] William S. West, A Few Interesting Facts Respecting the Rise, Progress, and Pretensions of the Mormons, Warren, Ohio, 1837, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 196-197.
[29] Journal of Luman A. Shurtliff, 1:87-88, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 200.
[30] Voir Anson CalI, Manuscript Journal, été de 1838, p. 9, cité dans Robert J. Matthews, « A Plainer Translation »: Joseph
Smith's Translation of the Bible, A History and Commentary, Provo, Utah, Brigham Young University Press, 1975, p. 98; par opposition à Larson, « Joseph Smith and Egyptology « , p. 169. Vinson Knight était à Kirtland le 12 janvier 1838; Scott H. Faulring, dir. de publ., An American Prophet's Record: The Diaries and Journals of Joseph Smith, Salt Lake City, Signature, 1989, p. 191. À l’automne de 1838, il fut expulsé du Missouri; Vinson Knight, attestation sous serment du 29 octobre 1839, dans Mormon Redress Petitions: Documents of the 1833-1838 Missouri Conflict, dir. de publ. Clark Y. Johnson, Provo, Utah, BYU Religious Studies Center, 1992, p. 261.
[31] The Quincy Whig, 17 octobre 1840, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 211.
[32] Journal intime de William I. Appleby, 5 mai 1841, ms. 1401 1, pp. 71-72, LDS Church Archives.
[33] Henry Caswall, The City of the Mormons; or, Three Days at Nauvoo, in 1842, Londres, Rivington, 1842, p. 22; aussi cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 237.
[34. Caswall, City of the Mormons, pp. 22-23.
[35] Id., p. 23.
[36] Le traitement standard est dans Hugh W. Nibley, « The Greek Psalter Mystery or Mr. Caswall Meets the Press », dans Tinkling Cymbals and Sounding Brass: The Art of Telling Tales about Joseph Smith and Brigham Young, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1991, pp. 304-406.
[37] Caswall, City of the Mormons, p. 23.
[38] Tout récemment par Stephen E. Thompson, « Egyptology and the Book of Abraham », Dialogue 28/1, 1995, pp. 148-149 et n. 25. Si Caswall n’a pas vu le couteau, comme le prétend Thompson, pourquoi ne fait-il pas de commentaire sur ce qui serait une contradiction évidente? En admettant que la vignette qui en résulterait n’aurait pas de sens sur la base de ce que Thompson sait des papyrus funéraires égyptiens, cela ne vaut pas de prétendre que quelque chose n’existe pas parce que cela ne correspond pas à ce à quoi l’on s’attend. Et il est faux de dire, comme Thompson, qu’il est « peu probable qu’un Égyptien souhaiterait se voir dépeint abordé par un dieu armé d’un couteau », id., p. 149. On trouvera des exemples dans Émile Chassinat, Le Temple d'Edfou, MIFAO 27, Le Caire, Institut Français d'Archéologie Orientale, 1928-1960, 10:2, planches CXLY, CXLY111, CLIII; Lepsius, Das Todtenbuch der Ägypter, planches LXI-LXIY; Suzanne Ratié, Le papyrus de Neferoubenef, Louvre 11193, Le Caire, Institut Français d'Archéologie Orientale, 1968, planche XIII; Jacques J. Clère, Le Papyrus de Nesmin: Un livre des morts hiéroglyphique de l'époque ptolémaïque, Le Caire, Institut Français d'Archéologie Orientale, 1987, planches XV-XVI; Eva von Dassow, dir. de publ., The Egyptian Book of the Dead: The Book of Going Forth by Day, San Francisco, Chronicle Books, 1994, planche Il; Munro, Die Totenbuch-Handschriften, 1: planches 60-61. Le personnage à tête de chacal n’est pas forcément Anubis; il pourrait également être Isdes, qui, lui, brandit un couteau; voir
Chassinat, Le Temple d'Edfou, MIFAO 22, 5:143; il y a un autre personnage à tête de chacal qui apparaît régulièrement dans le onzième tertre du Livre des Morts 149; voir Raymond O. Faulkner, The Ancient Egyptian Book of the Dead, Londres, British Museum, 1985, p. 141.
[39] Robert Home, « Reminiscences of the Church in Nauvoo », Millennial Star 55/36, 4 septembre 1893, p. 585; aussi cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 249.
[40] Charlotte Haven à sa mère, 19 février 1843, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 245. Le rapport de Charlotte Haven concernant les rouleaux de papyrus à Nauvoo est confirmé par un souvenir de Joseph F. Smith, qui nous parvient de troisième main par Preston Nibley à Hugh Nibley: « Le président Smith (comme frère Nibley se le rappelait grâce à sa mémoire remarquable) se souvenait dans les larmes du spectacle familier ‘d’oncle Joseph’ à genoux sur le plancher de la pièce de devant avec des manuscrits égyptiens étalés tout autour de lui, maintenus en place par des pierres et des livres, étudiant avec une concentration intense une ligne de caractères, notant, au fur et à mesure, ses impressions dans un petit carnet. » Hugh W. Nibley, « A New Look at the Pearl of Great Price », Improvement Era, mars 1968, pp. 17-18, répété dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 219. Ayant personnellement inspecté la Mansion House à Nauvoo, mon estimation est que l’on ne pouvait pas dérouler plus de 5 à 6 mètres de papyrus à la fois.
[41] Par opposition à Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 246-249.
[42] Josiah Quincy, Figures of the Past from the Leaves of Old Journals, Boston, Roberts Brothers, 1883, p. 386. Une autre édition, Boston, Little, Brown, 1926, p. 325, est citée dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 256; et Larson, « Joseph Smith and Egyptology », p. 172.
[43] Quincy, Figures, 1883, p. 386, 1926, p. 326.
[44] Cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 257.
[45] On peut se faire une idée claire de ses notions toutes personnelles des hiéroglyphes égyptiens dans Gustavus Seyffarth, « A Remarkable Papyrus-scroll, Written in the Hieratic Character about 1050 B.C. », The Transactions of the Academy of Science of St. Louis 1, 1856-1860, pp. 527-569, planche XIX, n° 1-16. Certaines des conceptions qu’il entretenait vis-à-vis des égyptologues de son temps, particulièrement Champollion, exprimées dans cet ouvrage, valent d’être citées: « Ils [personnes non nommées de New York] ne connaissaient que le système de Champollion, selon lequel, comme tout le monde le sait, personne n’a encore réussi, à ce jour, à traduire une seule ligne d’un texte hiéroglyphique ou hiératique », id., p. 529. Il écarte l’ouvrage de Heinrich Brugsch (sur le livre des Respirations) en disant que ce sont des « sottises », id., p. 536. L’attaque de Peter Le Page Renouf contre son ouvrage « est écrite si ingénieusement, si habilement et de manière si attrayante qu’aucun autre lecteur que l’auteur et moi-même n’en soupçonnerait la tromperie « , id., p. 539. Nous laissons à ceux que cela intéresse ses commentaires sur de Rougé et Lepsius. Qu’il suffise de dire que Seyffarth n’était pas un égyptologue conventionnel, que ce soit à son époque ou de nos jours; il lui arrive néanmoins de tomber sur une traduction correcte pour toutes sortes de mauvaises raisons (par exemple : ntr ‘3, « le grand dieu » comme étant « la puissante divinité » dans id., planche XIX n° 4, section III, lignes 8-9, tout en attribuant le sens aux mauvais mots.)
[46] Catalogue du musée de Saint Louis, 1859, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 296-298.
[47] Voir Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 299-302.
[48] Ma reconstruction a déjà paru dans Gee, « A Tragedy of Errors », pp. 108-109, et est ici considérablement augmentée et corrigée.
[49] En supposant que la partie endommagée était le quart de la longueur de l’original du rouleau. Les mesures ont été faites à partir des photographies de « New Light on Joseph Smith's Egyptian Papyri », Improvement Era, février 1968, pp. 40-41 (aussi 40A-H) d’après les échelles apparaissant sur les photos. Cela a donné un calcul de 373 x 34.5 cm. Le papyrus d’Efonkh à Turin avait 1786 cm de long, tandis que MMA 35.9.19 mesure 453 x 37.5 cm. Les chapitres traités par les fragments prennent environ le cinquième du papyrus Efonkh, ce qui donne une longueur de 466 cm, plus proche de MMA 35.9.19. J’ai délibérément arrondi à la taille moyenne des papyrus de la période ptolémaïque tirés de P. W. Pestman, The New Papyrological Primer, 2e éd., Leiden, Brill, 1994, pp. 4-5.
[50] Les chapitres ont été identifiés et mis en ordre par John A. Wilson, « A Summary Report », faisant partie de « The Joseph Smith Egyptian Papyri: Translations and Interpretations », Dialogue 3/2, 1968, pp. 67-85. Malheureusement, Wilson et son éditeur, Joseph Jeppson, n’ont fait que semer la confusion en renumérotant les papyrus. Pour ceux qui voudront travailler avec l’article de Wilson, voici une concordance des numérotations que les papyrus ont eues au fil des années :
|
N° JSP I II IIIa IIIb IV V VI VII VIII IX = Fragment trouvé au département d’histoire de l’Église X XI Fac-similé 2 Fac-similé 3 KEPE 6 ? |
N° MMA 47.102.9 47.102.10 47.102.2 47.102.3 47.102.1 47.102.4 47.102.7 47.102.5 47.102.6
- 47.102.8 47.102.11 - - - - |
N° Wilson Jeppson A (photo 1) B (photo 8) C (photo 5) C (photo 6) B (photo 3) B (photo 2) B (photo 4) B (photo 7) B (photo 9)
B D (photo 10) D (photo 11) E F G H
|
Les documents A et F de Wilson sont le même document. Le document H de Wilson (dont la langue est l’arabe) semble être un mirage créé par Jerald et Sandra Tanner.
[51] Voir Malcolm Mosher Jr., « Theban and Memphite Book of the Dead Traditions in the Late Period », Journal of the American Research Center in Egypt 29, 1992, pp. 145-148, 170-172.
[52] Basé sur les vingt-et-une des soixante-dix-neuf planches sur lesquelles figurera le contenu du rouleau d’Efonk à Turin, dans Lepsius, Das Totenbuch der Ägypter.
[53] Le nom de la mère a été pris pour un nom de père Rmny-q3i dans JSP XI 2/7 par Richard A. Parker, trad., « The Book of Breathings (Fragment 1, the 'Sensen' Text, with Restorations from Louvre Papyrus 3284) », faisant partie de « The Joseph Smith Egyptian Papyri », p. 99, et suivi de Hugh W. Nibley, Message of the Joseph Smith Papyri: An Egyptian Endowrnent, Salt Lake City, Deseret Book, 1975, pp. 26 et suiv., qui a été la source de Gee, « Tragedy of Errors », pp. 105, 108, une erreur que je corrige ici.
[54] Ceci comprend Baer, « The Breathing Permit of Hor », et Nibley, Message of the Joseph Smith Papyri.
[55] La terminologie et le traitement suivent ici Thomas G. Allen, The Book of the Dead or Going Forth by Day: Ideas of the Ancient Egyptians concerning the Hereafter as Expressed in Their Own Terms, Chicago, University of Chicago Press, 1974, p. 2.
[56] Les données pour cette comparaison se trouvent dans Nibley, Message of the Joseph Smith Papyri, pp. 18-65, mais celui-ci ne les a pas remarquées.
[57] Seyffarth a pu prendre par erreur l’épithète d’Osiris appliquée à Hor comme, étant le nom du dieu, bien que ceci soit douteux pour deux raisons: (1) Seyffarth rend systématiquement le terme Wsir devant un nom de personne par « le très saint », « A Remarkable Papyrus Scroll », planche XIX no.11, ligne 64 et n° 15, ligne 134. (2) il n’a pas identifié un autre Livre des Respirations comme livre de cantiques, traduisant h3ty-‘rn s‘y n snsnw ir.n ’Is.t n sn=s Wsir « commencement du livre des respirations fait par Isis pour son frère Osiris « comme étant « Le Livre des Cantiques pour chanter les gloires de celui qui a fait l’Isis (la terre), (les gloires) de cet être invisible qui a fait Osiris (le soleil) » (id., p. 530 et la planche XIX n° 8-9, lignes 1-4). C’est justement l’expression h3ty-‘rn s‘y « commencement du livre que Seyffarth rend par « Livre de Cantiques » (id., planche XIX n° 8, lignes 1-4). Cela montre qu’en identifiant un texte comme étant une « invocation », Seyffarth a pu lire les premières lignes d’un autre texte, un qui suivait le Livre des Respirations.
[58] Les variantes fréquentes et incontrôlées parmi les Livres des Respirations fait l’objet de commentaires depuis longtemps. Ce traitement est particulièrement courant parmi les Seconds Livres des Respirations; voir François-René Herbin, « Une nouvelle page du livre des respirations », BIFAO 84, 1984, pp. 249-250 n. 3.
[59] Photographie du document dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 316.
[60] On trouvera un traitement général de la réutilisation des rouleaux dans Cerny, Paper and Books in Ancient Egypt, pp. 21-23. Nous nous préoccupons tout particulièrement ici de textes multiples en rapport avec le Livre des Morts.
[61] Voir Munro, Totenbuch-Handschriften, 1:191-204, planches 67-71; 2: planches 139-141.
[62] Voir Georges Posener, Le Papyrus Vandier, Le Caire, Institut Français d'Archéologie Orientale, 1985.
[63] Voir Siegfried Schott, Urkunden mythologischen Inhalts: Bücher und Sprüche gegen den Gott Seth, Leipzig, Hinrichs, 1929.
[64] Voir Logan, « Papyrus Harkness », pp. 150-161; Mark Smith, « Papyrus Harkness », Enchoria 18, 1991, pp. 95-105.
[65] Voir Mark Smith, The Mortuary Texts of Papyrus BM 10507, Catalogue of Demotic Papyri in the British Museum, vol. 3, Londres, British Museum, 1987, p. 19. Ce papyrus funéraire a été découvert avec et écrit par le même scribe que les Instructions d’ ‘Onchsheshonqy, qui contient aussi un récit où il est question de brûler Harsiese sur un autel; on trouvera ceci dans S. R. K. Glanville, The Instructions of 'Onchsheshonqy, (British Museum Papyrus 10508), Catalogue of Demotic Papyri au British Museum, vol. 2, pt. 1, Londres, British Museum, 1955; Miriam Lichtheim, Ancient Egyptian Literature: A Book of Readings, Berkeley, University of California Press, 1973-1980, 3:159-84; Heinz J. Thissen, Die Lehre des Anchscheschonqi, P. BM 10508, Bonn, Habelt, 1984.
[66] Voir David H. Fischer, Historians' Fallacies: Toward a Logic of Historical Thought, New York, Harper and Row, 1970, pp. 47-48.
[67] Cleveland Whig, 31 juillet 1835, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 175.
[68] Il apparaît dans le Pittsburgh Chronicle du 13 août 1835, dans le New York Sunday Morning News du 16 août 1835, dans le Washington, D.C., Daily National Intelligencer du 21 août 1835, dans le New York Evening Star d’août 1835 et dans le Painesville Telegraph du 4 septembre 1835. Détails et citations dans Todd, Saga of the Book of Abraham, pp; 175-179. Il vaut la peine de noter que, comme aujourd’hui, les journaux de l’époque se copiaient mutuellement, mais que contrairement à notre époque, les agences de presse montraient beaucoup plus clairement leur parti pris politique, comme le proclament souvent les titres mêmes des journaux.
[69] Latter Day Saints' Messenger and Advocate 2/3, décembre 1835, pp. 233-234; aussi cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 187-188. Ce récit est habituellement attribué à Joseph Smith, mais Todd pense qu’il a pu être écrit par l’éditeur, John Whitmer, id., p. 187.
[70] « A Glance at the Mormons », Quincy Whig, 17 octobre 1840, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 210.
[71] C’est dans LeGrand Richards, A Marvelous Work and a Wonder, 2e éd., Salt Lake City, Deseret Book, 1976, pp. 406-407 (N.d.l.r. éd. française 1964, p. 430) que l’on trouvera ce qui est sans doute la citation la plus notable et la plus influente.
[72] Quincy, Figures, 1926, pp. 325-326.
[73] Martin B. Duberman, Charles Francis Adams, 1807-1886, Boston, Houghton Mifflin, 1961, p. 92.
[74] Times and Seasons 3, 1 mars 1842, p. 704, cité dans Todd, Saga of the Book of Abraham, p. 233.
[75] On trouvera un traitement abrégé dans Gee, « 'Bird Island' Revisited », pp. 226-227.
[76] Voir Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, notes des 3,19, 24 et 29 octobre 1835, 17, 23 et 30 novembre 1835, 7,10,12, 14-16, 20 et 23 décembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:46, 53, 56-58, 85, 88, 92, 97, 101-102,104-106,119-120.
[77] Voir Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 7 octobre 1835, pp. 19-20, 25 novembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:50, 87, 90.
[78] Voir Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 26 novembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:90.
[79] Voir Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 1 octobre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:45.
[80] Tiré de Hugh W. Nibley, « The Meaning of the Kirtland Egyptian Papers », BYU Studies 11/4, 1971, p. 351. Les écritures ont été identifiées par Dean Jessee; j’ai modifié les dates par endroits.
[81] Voir Todd, Saga of the Book of Abraham, pp. 281-284, 286, 326-331.
[82] Voir Joseph Smith, Illinois Journal, 1841-1842, 4 mars 1842, dans Papers of Joseph Smith, 2:366.
[83] Il y a une allusion à l’ « Alphabet » dans Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 17 novembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:85, mais c’est 1) une insertion ultérieure, 2) insérée comme objet du verbe « exhibé » et ne constitue donc pas une preuve de la pensée de Joseph.
[84] The Personal Writings of Joseph Smith, comp. et dir. de publ. Dean C. Jessee, Salt Lake City, Deseret Book, 1984, p. 60; Papers of Joseph Smith, 2:45.
[85] Papers of Joseph Smith, 1:102, italiques ajoutés.
[86] History of the Church, 2:286.
[87] Faulring, An American Prophet's Record, p. 35.
[88] Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 16 octobre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:106.
[89] Manuscript History of the Church, Book A-I, 16 décembre 1835, LDS Church Archives, p. 148, dans Papers of Joseph Smith, 1:163.
[90] Cowdery à Frye, 22 octobre 1835, dans Latter Day Saints' Messenger and Advocate, p. 234.
[91] Joseph Smith, Illinois Journal, 1841-1842, 4 mars 1842, dans Papers of Joseph Smith, 2:366.
[92] Voir Ricardo Caminos, « The Recording of Inscriptions and Scenes in Tombs and Temples », dans Ancient Egyptian Epigraphy and Palaeography, New York, Metropolitan Museum of Art, 1976, pp. 3-4. L’expédition de Lepsius (publiée de 1849 à 1859) est la seule réalisation épigraphique qu’il trouve digne d’être mentionnée avant 1875.
[93] Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 16 octobre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:106. Le seul passage possible qui traite de ceci est Abraham 4:14-18, qui y fait allusion mais ne mentionne expressément aucune planète précise et encore moins un « système planétaire » ou la « formation » de quelque chose de ce genre.
[94] Anson Call, Manuscript Journal, été de 1838, p. 9, cité dans Matthews, Joseph Smith's Translation of the Bible, p. 98.
[95] Voir, par exemple, Jerald et Sandra Tanner, Mormonism–Shadow or Reality? 5e éd., Salt Lake City, Utah Lighthouse Ministry, 1987, pp. 311-313.
[96] J’ai normalisé l’orthographe et l’usage des majuscules du titre; on trouvera l‘orthographe originale au tableau 1.
[97] Voir Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 29 octobre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:56. L’écriture de Warren Parrish commence avec l’inscription du 8 octobre 1835, néanmoins il y a des indications qui montrent que Joseph avait trois semaines de retard dans sa tenue de notes. Ceci n’était pas une situation isolée. Quand Parrish tomba malade le 25 janvier 1836, Joseph désigna « Sylvester Smith comme secrétaire suppléant pour le moment où jusqu’à ce que frère Parrish recouvre la santé »; l’écriture de Sylvester Smith commence avec la note du 22 janvier 1836, dans Papers of Joseph Smith, 2:160 n. 2, p. 162. De même, le 8 février 1836, « Frère Parrish, mon secrétaire a de nouveau reçu mon journal » mais son écriture commence en réalité la veille, dans Papers of Joseph Smith, 2:171 n. 1, p. 172. On peut aussi remarquer la brièveté de la plupart des notes entre le 8 et le 29 octobre 1835, ce qui donne à penser qu’un effort était fait pour mettre rapidement le journal personnel à jour.
[98] Cet usage de la terminologie est traité dans John A. Tvedtnes, « The Critics of the Book of Abraham » dans Book of Abraham Symposium, Salt Lake City, Salt Lake Institute of Religion, 1971, pp. 73-74, ainsi que dans la note de Tvedtnes dans Gee, « Tragedy of Errors », p. 114 n. 59. On voit la confusion dans la terminologie dans Wesley P. Walters, « Joseph Smith among the Egyptians », Journal of the Evangelical Theological Society 16/1, 1973, pp. 31-32.
[99] La meilleure façon d’illustrer ceci est peut-être de transcrire la colonne anglaise de KEPE 4, p. 1, lignes 2-24, « le premier être qui exerce le pouvoir suprême / le premier homme ou quelqu’un qui a le pouvoir royal ou / un règne princier universel ayant une domination ou un pouvoir plus grands / famille royale sang royal ou pharaon ou pouvoir suprême ou roi / couronne d’un prince ou reine ou représente une reine / Vierge non mariée ou le principe de la vertu / le nom d’une famille royale dans la lignée féminine / Une femme non mariée et une princesse vierge de / homme non marié prince / femme mariée ou non mariée une fille /Couronne d’un prince ou roi / la Terre / en dessous ou sous l’eau / l’oeil ou voir ou me voir parfois moi-même / le pays d’Égypte vu pour la première fois sous <eau> / quelle autre personne est-ce ou qui / un pouvoir gouvernemental ou royaume / le commencement d’abord avant d’indiquer / au commencement de la Tertre ou Création / Signifie être en quoi que ce soit comme la lumière dans le… / la première Création de quoi que ce soit première […]tion / du début jusqu’à toute période mentionnée après / d’une période quelconque ou une période de fixée <retour> au commencement <de la création>. » Est-ce là le Livre d’Abraham ? Comment quelqu’un pourrait-il tirer le Livre d’Abraham de cela?
[100] Par opposition à Tanner et Tanner, Mormonism–Shadow or Reality? pp. 311-314; Walters, « Joseph Smith among the Egyptians », pp. 34-37.
[101] Par exemple, KEPE 3, p. 1, ligne 15, colonne 4, dit: « en bas, en dessous, sous, eau ». La ligne correspondante dans KEPE 4, p. 1, ligne 14, colonne 3, dit: « en bas ou sous eau. » La ligne correspondante dans KEPE 5, p. 1, ligne 13, colonne 5, dit simplement « ou eau ». Des variantes semblables mènent à la conclusion que ce sont là des notes indépendantes plutôt que des copies serviles réciproques.
[102] « Un déchiffreur, qui saute ingénieusement les scrupules et les difficultés et un philologue, qui réfléchit soigneusement à ses résultats pour en faire des règles, sont fondamentalement différents et ne doivent pas être confondus. » Johannes Friedrich, Extinct Languages, 1957; réimpression, New York, Dorset, 1989, pp. 24-25. Ce sont Richard Lepsius, Heinrich Brugsch et Adolf Erman qui ont pavé la voie philologiquement pour des livres de grammaire tels que ceux d’Adolf Erman et Alan Gardiner. Friedrich, qui était hittitologue et a été personnellement responsable du déchiffrement des hiéroglyphes hittites, démontre de nombreuses fois par des exemples cette progression dans son livre, p. ex., id., pp. 53-57, 61-68. L’écart de temps entre le déchiffrement et la grammaire est souvent considérable.
[103] Joseph Smith, Ohio Journal, 1835-1836, 14 novembre 1835, dans Papers of Joseph Smith, 2:79.
[104] Howard C. Searle, « Authorship of the History of Joseph Smith: A Review Essay », BYU Studies 21/1, 1981, p. 105.
[105] The Words of Joseph Smith, comp. et dir. de publ. Andrew F. Ehat and Lyndon W. Cook, Provo, Utah, BYU Religious Studies Center, 1980, p. 380; voir John Gee, « The Role of the Book of Abraham in the Restoration », Provo, Utah, FARMS, 1997, p. 8.
[106] Déjà relevé dans Gee, « Tragedy of Errors », p. 111 n. 50. Comparez avec l’utilisation dans Doctrine et Alliances 6:7; [10:64; 11:7; 32:4 et 90:14. Comparez avec l’utilisation du mot dévoiler par Oliver Cowdery dans son histoire, dans Papers of Joseph Smith, 1:69.