Les fac-similés
et l'adaptation sémitique de sources existantes
Kevin L. Barney
Extrait de John Gee et Brian M. Hauglid, Astronomy, Papyrus, and
Covenant, chapitre 8
© 2005 ISPART
Note de la
Rédaction :
Les explications qui accompagnent les fac-similés du Livre
d’Abraham ne concordent pas avec la compréhension qu'en
ont les égyptologues. Cela pourrait être dû au
fait que l’on est parti d’à priori simplistes et
que l’on a posé les mauvaises questions. Kevin Barney
nous propose une approche qui devrait résoudre le problème.
Quand ils décrivent le cadre historique des papyrus de Joseph
Smith, les saints des derniers jours plantent parfois le décor
en racontant l'invasion de l’Égypte par Napoléon
en 1798 [1]. Napoléon s’était fait accompagner
d’une petite armée de scientifiques et d’artistes
et la publication de leurs comptes rendus sur les merveilles de
l'Égypte [2] eut tôt fait de provoquer une vague
d'égyptomanie chez les Européens. Cet intérêt
intense pour tout ce qui était égyptien créa un
marché pour les antiquités égyptiennes que des
hommes tels qu’Antonio Lebolo, celui qui découvrit les
papyrus de Joseph Smith, n’étaient que trop heureux
d’alimenter. C’est ainsi que les savants de Napoléon
et la réaction européenne à leur travail
créèrent les conditions qui allaient en temps voulu
aboutir à l’acquisition d'une collection d'antiquités
égyptiennes par un groupe de saints des derniers jours, dont
Joseph Smith, à Kirtland en 1835. Joseph allait ensuite
traduire certains papyrus de cette collection, ce qui a donné
le Livre d'Abraham.
Tout comme les Européens ébahis du début du
dix-neuvième siècle, les saints des derniers jours (et
leurs détracteurs) ont été, depuis sa première
publication dans le Times and Seasons en 1842, fascinés
par les aspects égyptiens du Livre d'Abraham. C'est une
fascination parfaitement compréhensible, une fascination que
je partage moi-même. Au vingtième siècle, le
Livre d'Abraham a survécu à deux attaques critiques
contre son authenticité, des attaques basées sur ce que
livre avait d’égyptien. Il y a d’abord eu Franklin
S. Spalding, l'évêque épiscopalien d'Utah, qui a
envoyé des copies des fac-similés du Livre d’Abraham
à un certain nombre d'égyptologues éminents de
l’époque, avec les explications proposées par
Joseph. Les égyptologues ont conclu que les explications du
Prophète n'étaient pas correctes [3].
Et puis, en 1967,
une petite partie de la collection originale de papyrus de Joseph
Smith a été récupérée au
Metropolitan Museum of Art de New York, entre autres, l’original
d’où a été tiré le fac-similé
n° 1. Les détracteurs ont prétendu que Joseph
« pensait » qu'il traduisait le Livre d’Abraham
à partir d'un papyrus qui faisait partie de cette collection
retrouvée, appelé Papyrus Sensen (maintenant identifié
comme étant les papyrus de Joseph Smith [JSP] I, XI et X).
Quand des égyptologues modernes ont traduit ce papyrus, il
s’est avéré qu’il contenait non pas quelque
chose comme le texte anglais du Livre d’Abraham mais plutôt
un « Livre des Respirations » égyptien
[4].
Chaque fois, les détracteurs ont cru que cela allait
marquer la chute du Livre d’Abraham (et, espéraient-ils,
celle de l'Église avec lui). C'est sans aucun doute avec un
sentiment de contrariété qu’ils ont vu la foi
dans le Livre d’Abraham et dans la mission divine de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours progresser
rapidement pendant les plus de trente années qui ont suivi la
récupération des papyrus de Joseph Smith au Musée
métropolitain.
Dans cet article, nous passerons brièvement en revue la
brochure de Spalding et la façon dont les saints y ont
répondu. Nous verrons que les membres de l’Église
qui ont réagi à l’époque ont clairement
rejeté les a priori simplistes que certains semblent avoir
entretenus au sujet des papyrus, tout particulièrement celui
que les papyrus en la possession de Joseph constituaient l'original
olographe réel rédigé par Abraham lui-même
(plutôt que d’être une copie postérieure du
texte d'Abraham). Malgré le fait que les intervenants membres
de l’Église ont rejeté directement ces a priori,
ceux-ci ont continué à exercer une influence parfois
trompeuse sur la façon dont les saints ont perçu les
papyrus.
Une fois que, comme les intervenants mormons de 1912, nous rejetons
comme il convient l’a priori que les papyrus étaient des
documents écrits par Abraham lui-même, d'autres
possibilités s’ouvrent à nous en ce qui concerne
les origines et l'histoire du Livre d’Abraham. Par exemple, ce
livre a pu être à l’origine un texte sémitique
qui est passé par les processus normaux de la transmission que
sont la copie, la traduction et les interventions rédactionnelles,
depuis le temps d’Abraham à l'âge du bronze moyen
jusqu'à l'ère gréco-romaine, où les
copies égyptiennes sur papyrus ont été faites.
Nous avancerons tout particulièrement la thèse que les
fac-similés ont très bien pu ne pas avoir été
dessinés de la main d'Abraham mais ont pu être des
vignettes religieuses égyptiennes qui ont été
adoptées ou adaptées par un scribe judéo-égyptien
pour servir d’illustrations au Livre d’Abraham. Nous
donnerons des exemples d’adaptation de sources égyptiennes
par les Juifs, après quoi nous détaillerons trois
exemples précis datant de la période gréco-romaine
(la période même où les papyrus de Joseph Smith
ont été créés) et nous verrons que chacun
d’eux a rapport d’une manière ou d’une autre
à Abraham. Nous montrerons que cette pratique des Juifs
d’adapter les sources égyptiennes était courante
à l’époque et qu’elle explique que les
fac-similés aient pu être adaptés, pour illustrer
le Livre d’Abraham, par ce scribe entre les mains duquel
celui-ci était parvenu au cours de la transmission antique du
texte.
Une fois que nous aurons expliqué cette théorie de
l'adaptation sémitique, nous examinerons la critique qu’oppose
Stephen Thompson à l’interprétation donnée
par Joseph Smith aux fac-similés et nous montrerons ainsi
comment cette théorie résout les problèmes
soulevés par Thompson. Nous conclurons en montrant que la
théorie de l'adaptation sémitique permet d’expliquer
beaucoup de choses.
La brochure de Spalding
Des deux grands débordements d'activité dont le Livre
d’Abraham a été l’objet, c’est celui
de 1912 qui a donné le plus de fil à retordre, ne
serait-ce que parce que les saints ne disposaient pas d’un Hugh
Nibley pour prendre leur parti dans la discussion. La brochure de
Spalding attira l'attention des saints pour plusieurs raisons. La
première (et la plus évidente) était le prestige
académique de son jury d’experts. Ensuite il y avait le
ton désarmant du document. Les saints des derniers jours
avaient l’habitude des batailles polémiques violentes,
mais Spalding écrivait d'une façon amicale. Il
consacrait la brochure à ses nombreux amis de l’Église,
les décrivant comme des « chercheurs honnêtes
de vérité [5] ». Il avait aussi recours à
un peu de flatterie. Sa phrase d'ouverture donne le ton : « Si
le Livre de Mormon est vrai, il est, à côté de la
Bible, le livre le plus important au monde [6]. »
On
remarquera qu’il ne part pas d’une prémisse
négative – il ne dit pas : « Si le Livre
de Mormon était vrai, il serait »
important. Il donne, au contraire, l’impression d'avoir
l’esprit ouvert, d’envisager sincèrement la
possibilité que le livre soit vrai. S’il est
effectivement vrai, dit-il, il a une grande valeur pour les
spécialistes du Nouveau Testament et les autres savants,
religieux, archéologues et scientifiques, notamment les
botanistes, les zoologistes et les géologues. Puis il dit :
« Il est inexcusable que le livre n'ait jamais subi
l'examen sérieux que son importance réclame [7]. »
Autant d’affirmations avec lesquelles ses lecteurs membres de
l’Église auraient marqué solennellement leur
accord.
Il consacre plusieurs chapitres à expliquer pourquoi il n’est
pas possible de faire la preuve définitive de l'exactitude de
la traduction du Livre de Mormon du fait que les plaques dont il est
tiré ne sont pas accessibles. Par contre, nous avons le Livre
d’Abraham avec ses fac-similés. Et là nous avons
un moyen d'examiner la compétence de Joseph comme traducteur
et d'évaluer indirectement la valeur du Livre de Mormon comme
traduction. Ayant ainsi planté le décor, il reproduit,
dans son chapitre final, sans grand commentaire, des lettres de huit
orientalistes, parmi lesquels certains des égyptologues les
plus éminents de l’époque, tous parvenant à
la conclusion que les interprétations des fac-similés
données par Joseph sont erronées.
Le premier saint des derniers jours à répondre à
Spalding fut B. H. Roberts. Roberts était un ami personnel de
Spalding et son premier sentiment fut que Spalding avait été
complètement équitable dans son opuscule, faisant
l’éloge de la courtoisie de Spalding et même de la
générosité avec laquelle il avait traité
son sujet [8]. Mais quand d'autres se mirent à examiner la
brochure de plus près [9], il ne leur fallut pas longtemps
pour découvrir que l'équité de Spalding n’était
que superficielle, un semblant de vêtements de brebis qui
masquait l’attaque antimormone d’un loup.
Ce qui était
particulièrement frustrant, c’était le fait que
Spalding avait pris soin de ne pas publier la correspondance qu'il
avait utilisée pour solliciter l’avis des experts, alors
que les lettres des savants montraient bien qu’ils étaient
mal disposés à l’égard des interprétations
de Joseph suite à la manière tendancieuse dont les
lettres de demande avaient été rédigées
(alors qu’elles auraient dû respecter la plus stricte
neutralité) [10]. Le manque de confiance implicite de Spalding
en son point de vue, qui fut apparemment la raison qui l’incita
à fausser les données auprès de ses savants
correspondants, fut une erreur grave qui sapa sa crédibilité
auprès de son public mormon.
Spalding commit aussi d'autres erreurs. Par exemple, à mes
yeux, du point de vue tactique, c'était une erreur que d’avoir
recours à une méthode déductive pour s’en
prendre au Livre de Mormon plutôt que de concentrer son effort
directement sur le Livre d’Abraham lui-même. Quand on
passe en revue ce qui a été écrit au cours de la
polémique, on découvre d’autres erreurs
stratégiques, telles que les suivantes :
(1) il ne se rendit
pas compte qu’il faisait hypocritement deux poids deux mesures
en attaquant l'Écriture mormone en s’appuyant sur des
savants agnostiques, au moment même où il défendait
la Bible contre des attaques du même genre de la part de la
critique biblique [11] ; (2) il fut apparemment incapable de
convaincre son jury de l'importance de sa recherche, ce qui eut pour
résultat la correspondance superficielle et presque désinvolte
qu'il reçut des experts (qui se contentèrent tout
simplement de faire des déclarations autoritaires avec peu ou
pas d'analyse ou d’apport de preuves) [12] ; (3) il ne fit
aucune tentative pour régler les contradictions qui
apparaissaient dans les déclarations des savants [13] et (4)
d’une manière générale, son étude
était dépourvue de la rigueur scientifique la plus
élémentaire [14].
La troisième raison pour laquelle la brochure de Spalding
attira efficacement l'attention c’est qu'elle était
basée sur un faisceau d’idées préconçues
qui semblent avoir été généralement
acceptées par les mormons d’alors :
1. Le papyrus dont le Livre d’Abraham avait été
tiré était un autographe d'Abraham, c’est-à-dire
qu’il avait été écrit par le grand
patriarche lui-même (en d’autres termes, la propre main
d'Abraham avait touché le papyrus même qui était
entré en la possession de Joseph, donc le papyrus n’était
pas une copie postérieure d'un texte écrit par
Abraham).
2. Les papyrus dont les fac-similés ont été
tirés faisaient partie intégrante du Livre d’Abraham
et étaient, eux aussi, des documents autographes
(c'est-à-dire, dessinés de la propre main d'Abraham).
3. Puisque tous ces papyrus avaient été écrits
par Abraham lui-même, il s’ensuivait nécessairement
qu'Abraham les avait rédigés à l'origine en
langue égyptienne.
4. Donc, il n'y avait pas eu de transmission textuelle de ces
documents dans l'Antiquité.
5. Par voie de conséquence, étant des documents
purement égyptiens, les fac-similés pourraient être
testés valablement sans qu’il y ait le moindre lien avec
le Livre d’Abraham (auquel ils étaient censés se
rattacher).
Pour la facilité, j’appelle ces idées préconçues
thèse du document autographe. Une fois admise,
la thèse du document autographe ne pouvait que donner à
Spalding un avantage dans quelques domaines importants.
D'abord, en
insistant sur le fait que les papyrus sous-jacents au Livre d’Abraham
et les fac-similés étaient des documents autographes,
il avait d’emblée ce qu’il lui fallait pour
justifier ses accusations d’anachronisme. Puisque l’on
croit généralement qu’Abraham a vécu aux
environs du 20e siècle av. J.-C., à quelques
siècles près, si l’on pouvait prouver que les
documents du type représenté par les fac-similés
ne datent que d’une période sensiblement postérieure,
les fac-similés n’auraient pas pu provenir d'Abraham.
En
second lieu, si les papyrus ont été écrits par
Abraham lui-même en égyptien, le contenu égyptien
des fac-similés doit avoir été entièrement
voulu par Abraham et les fac-similés pourraient être
jugés comme des documents égyptiens ordinaires, au même
titre que tous les autres papyrus égyptiens. Par conséquent,
il serait tout à fait admissible que les égyptologues
évaluent l'authenticité des explications données
par Joseph sans tenir compte du texte anglais du Livre d'Abraham (le
papyrus source n’existant plus).
Si la thèse du document autographe semble avoir été
généralement acceptée parmi les saints de
l’époque, c'est seulement parce qu'elle n’avait
pas été examinée. En fait, si Spalding a commis
des erreurs stratégiques dans sa brochure, les saints qui lui
ont répondu se sont également fourvoyés. Leur
première et leur plus grande erreur a été de ne
pas être préparés, alors même qu’ils
savaient (ou auraient dû savoir), d’après les
études ou les commentaires diffusés précédemment,
que l'interprétation des fac-similés allait poser un
problème [15].
Dans son traitement de l’affaire, Hugh
Nibley réprimande et ce, tout à fait à juste
titre, les universitaires de l’Église de l’époque
de s’être laissés prendre au dépourvu [16].
Le fait de n’avoir personne de leur côté qui fût
versé dans la jeune science de l’égyptologie
était pour eux un inconvénient énorme.
Si la brochure de Spalding causa un fameux remue ménage à
court terme, à la longue elle fut salutaire pour les saints,
parce qu'elle les amena à revoir leurs prises de position (et
tout particulièrement la thèse du document autographe)
à propos des fac-similés. Cette révision
commença presque immédiatement, car certains de ceux
qui écrivirent des réponses contestèrent les
bases sur lesquelles Spalding avait édifié sa
démonstration. C’est ainsi qu’à propos du
caractère autographe supposé des papyrus, Homans (Webb)
écrivit :
« Certains des saints des derniers jours semblent avoir
cru que les papyrus en question constituaient l’œuvre
autographe réelle d'Abraham et de Joseph, que la main
d'Abraham avait tenu le papyrus même que Joseph Smith allait un
jour manipuler. Toutefois, rien dans le récit de Smith ne
semble justifier pareille conclusion, qui ne doit donc pas être
considérée comme fondée [17]. »
Osborne Widtsoe fit objection aux affirmations que les fac-similés
(1) avaient exactement la même provenance que le Livre
d’Abraham et (2) qu’ils étaient eux-mêmes
des documents autographes :
« Il est faux de dire que les trois fac-similés
constituent le texte original du Livre d’Abraham : ils
n’en font absolument pas partie. Ils ont simplement été
trouvés avec les momies. Il est faux de dire que les
fac-similés ont été écrits de la propre
main d'Abraham et que de ce fait ils sont la mise par écrit
d’une révélation particulière donnée
à Abraham : la vérité est incontestablement
que les fac-similés font partie ‘d'une série de
documents qui étaient la propriété commune de
toute une nation’. Ils peuvent donc appartenir à une
période qui était postérieure de nombreux
siècles à celle d'Abraham, cela ne change rien à
leur importance [18]. »
À propos de la question de la langue d’origine du Livre
d’Abraham, comme John A. Widtsoe le demande : « Qui
dit ou a dit qu'Abraham a écrit le Livre d’Abraham en
égyptien ? [19] » Puisque les papyrus eux-mêmes
ont été écrits en égyptien, c'est
certainement là une des langues que nous devons considérer,
mais si les papyrus ne sont pas des documents autographes, le temps
très long qui s’est écoulé entre l’époque
d'Abraham et la date des papyrus ne permet en aucune façon
d’en conclure que le livre a été rédigé
en égyptien. Widtsoe sentait bien que la réponse à
cette question devait se trouver dans une lecture soigneuse du Livre
d’Abraham lui-même, que les experts ont généralement
ignoré [20].
Quand on découvre un livre antique précédemment
inconnu, les savants ne considèrent pas tout simplement que le
livre a été rédigé à l'origine
dans la langue dans laquelle il se présente au moment de la
découverte. Ils ne vont pas croire, par exemple, que
l'Apocalypse d'Abraham a été écrite
en vieux slave justement parce que c'est la langue dans laquelle il
se fait que le texte a été conservé. Ils
examinent au contraire le livre avec soin à la recherche
d’indices pouvant révéler la langue dans laquelle
il a été créé. Sjodahl a fait la
réflexion très sensée et très pertinente
qu'Abraham était un Sémite dont la langue maternelle a
dû être sémitique [21]. Une grande partie du
contenu du Livre d’Abraham n'a rien à voir avec
l'Égypte. De plus, je crois qu'une étude soigneuse du
Livre d’Abraham lui-même ferait probablement ressortir le
caractère profondément sémitique du livre. Pour
moi, la thèse du document autographe est erronée [22].
Il me semble beaucoup plus probable que, si c’est Abraham qui a
rédigé le texte original dont le Livre d’Abraham
dérive,
1. Il a dû rédiger texte dans une langue sémitique.
Il est difficile de dire si ç'aurait été une
langue sémitique orientale, vraisemblablement une certaine
forme d'akkadien (la langue véhiculaire sémitique de
son époque) ou une langue sémitique occidentale, sans
doute une sorte de dialecte cananéen ancien (analogue à
l’ugaritique). Il n’aurait certainement pas écrit
en hébreu, celui-ci n’étant apparu que vers 1200
av. J.-C. environ. Abraham a sans doute écrit son texte en
cunéiforme sur un support convenant à ce type
d'écriture, comme des tablettes d’argile.
2. Entre le moment où Abraham a rédigé le texte
et les copies sur papyrus du début du deuxième siècle
av. J.-C. (ou du premier siècle apr. J.-C.) qui allaient
devenir plus tard la possession de Joseph Smith, il y eut une
transmission du texte. Ceci a pu donner lieu à une traduction
en égyptien et peut-être même dans d'autres
langues (telles que l'hébreu), à des copies par des
scribes et, sans doute aussi, des retouches dans le texte [23].
3. Il n’était pas nécessaire que les fac-similés
remontent à Abraham, il suffisait qu’ils aient été
associés au Livre d’Abraham lors des retouches et de la
transmission du texte. Ce dernier point réclame quelques
explications.
Je crois, dans une grande mesure, que c’est avec raison que les
savants mormons ont rejeté les bases erronées de la
thèse du texte autographe sur laquelle l'attaque de Spalding
était basée. Mais il y a un domaine très
important où aussi bien les détracteurs que trop de
défenseurs ont fait preuve de myopie et ont continué à
considérer les fac-similés plus ou moins de la même
façon que Spalding et ses égyptologues. Le critère
que Spalding voulait utiliser pour juger les interprétations
des fac-similés par Joseph était leur conformité
à ce que signifiaient les fac-similés pour les
égyptologues modernes. Les savants mormons ont affiné
quelque peu ce critère en demandant également ce
qu'auraient signifié les fac-similés pour un Égyptien
antique [24].
Il va de soi que ce que les fac-similés
signifient pour les égyptologues modernes et ce qu'ils ont pu
signifier pour les Égyptiens antiques sont deux questions
importantes et nécessaires qu’il faut poser et les
recherches dans ce domaine doivent continuer. Néanmoins, il me
semble qu'elles ne devraient représenter la question
essentielle que si nous acceptons l’a priori de Spalding
qu'Abraham a dessiné les fac-similés et était à
tous égards leur créateur et auteur. Mais si ce n’est
pas Abraham qui a dessiné les fac-similés ? Et s’ils
existaient déjà et ont été adoptés
ou adaptés par un scribe judéo-égyptien comme
illustrations de l’attentat contre la vie d’Abraham et de
l'enseignement de l'astronomie par Abraham aux Égyptiens ?
(par facilité, j’appellerai ce scribe juif hypothétique
« J-scr »).
Dans ce cas, les fac-similés
auraient à la fois un contexte égyptien (reflétant
le but religieux dans lequel ils ont été créés
à l'origine par les Égyptiens) et un contexte sémitique
(reflétant le but religieux dans lequel ils ont été
adoptés [25] ou adaptés par J-scr) [26]. Donc la toute
grande question ne serait pas : « Qu’est-ce que
les fac-similés signifient pour les égyptologues
modernes ? » ni « Qu’est-ce que les
fac-similés auraient signifié pour un Égyptien
antique ? » mais plutôt « Qu’est-ce
que les fac-similés pouvaient signifier pour J-scr ? »
Nous avons tendance, quand nous regardons les fac-similés, à
voir en Abraham quelqu’un qui était instruit et versé
dans la religion égyptienne, comme s’il était une
sorte de prêtre égyptien. Mais ce n'est qu’une
supposition. Bien que, selon le canon biblique, Abraham soit allé
en Égypte, nous ne savons même pas s'il a appris
l’égyptien et bien moins encore s’il était
devenu bien informé des mystères égyptiens. La
tentative de sacrifier Abraham n'a pas eu lieu en Égypte et
Abraham a reçu sa révélation des cieux en dehors
de l'Égypte. Quand Abraham est finalement allé en
Égypte à cause de la famine, il a enseigné aux
Égyptiens l'astronomie. Mais notez que c’était
Abraham qui donnait l'enseignement et non le contraire. Pour ce que
nous en savons, il a peut-être communiqué avec les
Égyptiens dans sa propre langue par interprète
interposé.
Les défenseurs du Livre d’Abraham ont longtemps cherché
à comprendre les explications des fac-similés par
Joseph en fonction des interprétations religieuses égyptiennes
conventionnelles. Encore une fois, pour des raisons qui deviendront
claires ci-dessous, je crois que cette activité est appropriée
et nécessaire dans son genre. Mais qu’en serait-il si
nous devions pousser cette activité jusqu’à sa
conclusion logique : supposons que nous réussissions à
prouver que les explications de Joseph correspondaient à tous
égards à celles des Égyptiens eux-mêmes ?
Cela pourrait (ou ne pourrait pas) satisfaire les détracteurs,
mais alors quelle serait leur valeur religieuse pour nous ?
Adorons-nous Atum-Ré ? Devrions-nous rétablir le culte
égyptien ? Il me semble que ces documents n’ont de
valeur religieuse pour nous que s'ils sont réinterprétés
dans le sens de la sensibilité sémitique comme
s'appliquant à des événements de la vie
d'Abraham.
Je pense que dans ses retouches au texte, J-scr (notre scribe
judéo-égyptien hypothétique) a adopté ou
adapté des vignettes d'un Livre des Respirations et d'un
hypocéphale comme illustrations du Livre d’Abraham. En
affectant les papyrus à un nouveau but, cette personne les a
réinterprétés dans le sens de la sensibilité
religieuse sémitique et les besoins de l'histoire d'Abraham.
En conséquence, le contenu égyptien des fac-similés
a été réfracté par un prisme sémitique.
Ce n’est qu’en visionnant les fac-similés à
travers un objectif sémitique que nous pouvons clairement voir
comment les explications se rattachent aux figures.
Les Instructions
d'Amenemope
En termes très généraux, l'adaptation culturelle
et religieuse des textes égyptiens par les Juifs peut être
illustrée par les parallèles entre les Instructions
d'Amenemope et certaines parties du livre des Proverbes. Les
Instructions d'Amenemope sont un recueil de maximes écrites en
Égypte pendant le Nouvel Empire (1550-1069 av. J.-C. ) et
publié pour la première fois par E. A. Wallis Budge en
1923 [27]. Le papyrus fut découvert à l'intérieur
d'une statue d'Osiris dans un tombeau à Thèbes. Une
autre copie fragmentaire a été découverte et
publiée dans les années 1960 [28] et on connaît
d’autres copies figurant sur des tablettes au musée de
Turin, au musée Pouchkine à Moscou et au Louvre [29].
Budge avait mentionné quelques parallèles entre
Amenemope et Proverbes, mais ce fut un article publié plus
tard par Adolf Erman en 1924 qui attira vraiment l'attention des
savants sur ce genre de parallèles [30]. Les tentatives
d’expliquer la relation entre les deux textes ont fait couler
une énorme quantité d'encre chez les savants. La
plupart des savants pensent que les Proverbes dépendent soit
d’Amenemope, soit d’une source commune ; une petite
minorité prétend que la dépendance va dans
l'autre sens et pour quelques-uns il n'y a aucun rapport et les
ressemblances doivent s’expliquer par le phénomène
de polygenèse [31].
Je serais personnellement de l’avis
de la majorité des savants que les Proverbes dépendent,
soit directement, soit indirectement, d’Amenemope (ou d’une
source commune). Ces parallèles sont bien acceptés.
L'édition érudite standard de la Bible hébraïque,
dans le système latin de notation de son appareil critique,
donne un certain nombre de références comparant
l'hébreu à la doctrina Amenemope [32]. On
trouvera à la fin de cet article une synthèse des
points communs entre les deux textes [33].
Osiris-Abel
Prenons maintenant un exemple d'adaptation sémitique d'une
source égyptienne qui porte davantage sur le Livre d’Abraham.
Un certain nombre de savants dans l’Église ont présenté
leurs observations sur les parallèles entre le Livre d’Abraham
d'une part et le Testament d'Abraham et l'Apocalypse
d'Abraham de l'autre. Il n'est pas de mon intention de
passer en revue ces parallèles ; je vais plutôt me
concentrer ici sur une scène particulière du Testament
d'Abraham et, par la suite, sur un aspect particulier de
l'Apocalypse d'Abraham.
D'abord, une brève introduction au Testament s’impose.
Le Testament d'Abraham a probablement été
rédigé en grec [34] et date très
vraisemblablement de l’Égypte [35] du premier siècle
(apr. J.-C.) [36]. Le texte existe dans deux recensions principales,
la plus longue étant appelée la recension A et la plus
courte la recension B [37]. Les deux recensions existent dans une
poignée de manuscrits grecs et dans une version roumaine ; la
recension B existe également dans des versions slave, copte,
arabe et éthiopienne.
Le Testament d'Abraham
raconte que quand Abraham eut vécu la pleine mesure de son
existence mortelle, Dieu envoya l'archange Michel, son
« commandant
en chef » [38] pour en informer Abraham afin qu’il
puisse arranger ses affaires avant sa mort. Mais Abraham refuse de
suivre Michel et désire faire, avant de mourir, un tour du
monde habité. Michel et Abraham parcourent le monde dans un
char divin et toutes les fois qu'Abraham voit quelqu'un pécher
il demande que le pécheur soit frappé de mort. Dieu met
alors un terme à l'excursion puisque sa propre manière
d’agir est d'être patient avec les pécheurs afin
de leur donner l’occasion de se repentir. Le jugement est alors
montré à Abraham et c’est cette scène que
nous allons examiner de manière assez détaillée.
Abraham se repent de sa dureté et les pécheurs qui
avaient été frappés de mort à sa demande
sont rendus à la vie. Cependant Abraham refuse toujours de
suivre Michel. Dieu envoie donc la Mort, qui, par tromperie, persuade
l'âme d'Abraham de l'accompagner, d'où il retourne [39]
en la présence de Dieu.
Pour notre propos, la partie essentielle de l'histoire est la scène
du jugement. Comme le raconte la recension A, Abraham voit deux anges
d’aspect flamboyant conduire des âmes innombrables au
jugement. La salle du jugement est située entre une porte
étroite à l'usage des justes et une porte large pour
les mauvais. Dans la salle du jugement il y a un trône
terrifiant et sur le trône est assis un homme merveilleux, qui
a l’aspect d’un fils de Dieu. Devant ce personnage, il y
a une table semblable à du cristal, couverte d'or et de fin
lin. Sur la table est posé un livre. De part et d’autre
de la table il y a des anges qui tiennent du papyrus et de l'encre.
Devant la table il y a un ange porteur de lumière tenant une
balance et à sa gauche il y a un ange flamboyant tenant une
trompette pleine du feu. L'homme assis sur le trône juge les
âmes. Les deux anges qui ont du papyrus écrivent ; celui
de droite écrit les actions justes du défunt, celui de
gauche les péchés. L'ange qui tient la balance pèse
les âmes et l'ange flamboyant les juge par le feu. Michel
informe Abraham que cette scène représente le jugement
et la rétribution.
Abraham demande à Michel qui sont au juste ces personnages et
apprend que le juge assis sur le trône est Abel, qui juge les
hommes jusqu'à la Parousie (la seconde venue). À la
Parousie, tout le monde sera jugé par les douze tribus
d'Israël, et, en fin de compte, Dieu lui-même jugera tous
les hommes, pour que le jugement soit établi par trois
témoins. Michel dit à Abraham que les anges de droite
et de gauche notent les actes justes et les péchés.
L'ange semblable au soleil (heliomorphos) qui tient la
balance est l'archange Dokiel [40], le porteur de balance juste, qui
pèse les actes justes et les péchés. L'ange
flamboyant qui juge les œuvres des hommes par le feu est
l'archange Purouel [41]. Tout est mis à l'épreuve à
la fois par le feu et par la balance.
Dans la recension B plus courte, où manquent la plupart de ces
détails, il n’y a qu’un seul greffier, qui est
identifié comme étant Hénoc.
Cette scène est importante parce qu'elle est largement
reconnue [42] comme ayant été influencée par un
papyrus égyptien représentant une psychostase (« pesée
d’âme »), qui a trait au chapitre 125 du Livre
des Morts. Il se peut même que l'auteur ait écrit ce
récit alors qu’il avait sous les yeux un papyrus
représentant une psychostase de ce genre. Mais s'il y a un
rapport évident entre la scène de psychostase
égyptienne et la scène de jugement du Testament
d'Abraham, la scène a été
transformée pour répondre aux besoins et à la
sensibilité sémitiques. Osiris est devenu Abel ; les
dieux égyptiens sont devenus des anges. Notre auteur regarde
l'illustration égyptienne, pourtant il voit une situation
peuplée de personnages sémitiques. Je pense que cette
scène constitue un modèle permettant de comprendre les
fac-similés du Livre d’Abraham : « Les
fac-similés sont au Livre d’Abraham ce que la vignette
du chapitre 125 du Livre des Morts est au Testament d'Abraham. »
Je crois que la meilleure manière d’apprécier ce
modèle est d’avoir recours à une allégorie.
Imaginez qu’au lieu du Livre d’Abraham, Joseph Smith ait
traduit et publié un livre appelé le Testament
d'Abraham, correspondant en gros au Testament
d'Abraham tel que nous l’avons. De plus, imaginez
que, bien que le Testament soit authentique et véritablement
antique, on n’en ait encore découvert aucune copie sur
papyrus, de sorte que les saints des derniers jours l'acceptent par
la foi tandis que leurs détracteurs l'écartent comme de
la fumisterie. Supposez qu'en même temps que le texte du
Testament, Joseph ait publié un fac-similé d'un
papyrus égyptien représentant une psychostase comme
illustration de la scène du jugement. Pour la facilité,
nous l’appellerons « fac-similé P »
(pour psychostase).
Ce fac-similé ressemble plus ou moins au
papyrus de psychostase de la collection de Joseph Smith, papyrus de
Joseph Smith III. Supposez maintenant qu’avec le fac-similé
P, Joseph ait publié certaines explications de figures
numérotées dans le fac-similé. Sans essayer de
reproduire le texte intégral de ce qu'auraient pu être
ses explications, en voici la teneur :
1. Représente Abel le juste, fils d'Adam, que le méchant
Caïn a tué et qui est assis sur un trône de
jugement. Abel juge la création entière, examinant les
justes et les pécheurs [à propos du personnage
d'Osiris assis sur le trône].
2. Balance du jugement, sur laquelle les âmes des morts sont
pesées par rapport à la justice de Dieu [à
propos de la balance].
3. Représente Dokiel, le porteur de balance juste, qui pèse
l’âme des morts [à propos du personnage d'Anubis
d'un côté de la balance].
4. Représente Purouel, qui juge les actes des hommes par le
feu [à propos du personnage de Horus de l'autre côté
de la balance].
5. Hénoc, le scribe de justice, enregistrant les bonnes
actions et les péchés des morts dans le Livre de Vie
[à propos du personnage de Thoth].
6. Un ange du Seigneur [à propos du personnage de Maat].
7. Présentation de l'âme pour le jugement [à
propos de la figure représentant les défunts].
Après la publication de ce Testament, environ
soixante-dix années s'écoulent et Franklin Spalding
soumet le fac-similé P à un groupe d'égyptologues
avec les explications proposées. Ceux-ci s’empressent de
qualifier les interprétations de « sottises »
[43]. Ils refusent même d’accorder à Joseph le
moindre heureux hasard, comme dans le cas des explications qui sont
les plus proches de leurs contreparties égyptiennes, les
figures 2 et 7. Ces égyptologues affirment que la figure 1
représente Osiris, pas l'Abel biblique. À la figure 3,
il est clair que le nom Dokiel n'est pas égyptien, il s’agit
du dieu égyptien Anubis. À la figure 4, non seulement
Purouel n’est pas un nom égyptien, mais on dirait un
amalgame idiot d'hébreu et de grec, ce qui prouve que seul un
escroc ignorant comme ce Joseph Smith aurait pu l’inventer. La
figure représente en réalité le dieu égyptien
Horus. La figure 5 ne représente pas le Hénoc biblique
mais bien le dieu égyptien Thoth et la figure 6 n'est pas
« l'ange du Seigneur » mais de la déesse
égyptienne Maat.
Les saints de cette situation hypothétique, atterrés
par ces révélations, cherchent fiévreusement une
réponse. S’ensuit un grand débat dont les
résultats ne sont pas concluants. Avec le temps, les
défenseurs de l'Église déclarent que les
explications correspondent « généralement »
à ce que disent les égyptologues, tandis que les
détracteurs balaient les « heureux hasards »
et qualifient les explications de Joseph de complètement
incorrectes et inventées.
On en est là. Maintenant, de notre point de vue de personnes
extérieures à cette situation hypothétique, nous
pouvons voir que l’on est en train de regardent le fac-similé
P à la façon de ceux qui sont dans la caverne de
Platon, forcés de ne regarder que des ombres sur une paroi.
Mais nous, situés comme nous le sommes, nous pouvons voir
clairement que les explications de Joseph sont tout à fait
correctes. Les égyptologues ont raison, eux aussi, mais
seulement en ce qui concerne la signification du fac-similé P
dans son contexte égyptien. Mais le fac-similé P
a un autre contexte, un contexte sémitique, en tant
qu’illustration du Testament d'Abraham.
On
ne peut pas apprécier ce contexte en étudiant le
fac-similé P de manière isolée (ce qui amène
à n’y voir qu’un document purement égyptien)
; le fac-similé doit au contraire être examiné en
même temps que le texte qu'il prétend illustrer, le
Testament d'Abraham. Quand on voit les choses de
cette façon, les explications de Joseph deviennent plausibles.
Si, dans cette situation hypothétique, on devait découvrir
un manuscrit réel du Testament, le mystère
serait complètement résolu et on pourrait voir
clairement (comme c’est déjà notre cas) la
relation exacte entre les explications de Joseph et le fac-similé.
Cette allégorie nous permet de voir pourquoi il est important
de continuer à étudier l’arrière-plan
égyptien des fac-similés. Nous n'avons aucun moyen de
savoir dans quelle mesure J-scr a basé son utilisation des
fac-similés sur leur signification égyptienne ; ce
n'est qu’en étudiant soigneusement le contexte égyptien
des fac-similés que nous pouvons déterminer quelle
quantité de contenu égyptien se trouve dans les
explications. Si les savants peuvent reconnaître l'influence
égyptienne dans la scène de psychostase du Testament
d'Abraham c’est parce qu’un nombre
suffisant d'éléments égyptiens sont présents
pour que l’on puisse faire le lien. Mais nous pouvons également
voir pourquoi l’étude exclusive du contexte égyptien
des fac-similés ne donnera jamais une explication complète
de l'importance des interprétations de Joseph. Nous devons
pouvoir les regarder que la même façon que J-scr, comme
des illustrations sémitisées du Livre d’Abraham.
Quand nous les voyons sous cet angle, notre vision acquiert de la
clarté et les fac-similés et les interprétations
de Joseph prennent leur place.
Osiris-Abraham
Un autre exemple de réfraction d’un texte égyptien
à travers un prisme sémitique est l'histoire du riche
et de Lazare, racontée dans Luc 16:19-31 :
« Il y avait un homme riche, qui
était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour
menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre, nommé Lazare,
était couché à sa porte, couvert d’ulcères,
et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la
table du riche ; et même les chiens venaient encore lécher
ses ulcères. Le pauvre mourut, et il fut porté par les
anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut
enseveli.
« Dans le séjour des morts, il leva les yeux; et,
tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de
loin Abraham, et Lazare dans son sein. Il s’écria : Père
Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il
trempe le bout de son doigt dans l’eau et me rafraîchisse
la langue ; car je souffre cruellement dans cette flamme. Abraham
répondit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes
biens pendant ta vie, et que Lazare a eu les maux pendant la sienne ;
maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres.
D’ailleurs, il y a entre nous et vous un grand abîme,
afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous, ou de là
vers nous, ne puissent le faire.
« Le riche dit : Je te prie donc, père
Abraham, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père ; car j’ai cinq
frères. C’est pour qu’il leur
atteste ces choses, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce
lieu de tourments. Abraham répondit : Ils ont Moïse et les
prophètes ; qu’ils les écoutent. Et il dit : Non,
père Abraham, mais si quelqu’un des morts va vers eux,
ils se repentiront. Et Abraham lui dit : S’ils n’écoutent
pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas
persuader quand même quelqu’un des morts
ressusciterait. »
Dans son étude importante de ce passage, Hugo Gressmann [44]
avance l’idée que le récit de Luc est basé
sur une version juive populaire, peut-être écrite en
hébreu, d'une histoire égyptienne. Ni l’original
égyptien ni la version juive de cet original ne sont parvenus
jusqu’à nous ; néanmoins, on peut déduire
leur existence à partir d'autres documents qui, eux, existent.
La version juive populaire peut être déduite de sept
échos rabbiniques tardifs ; ces textes ne dérivent
presque certainement pas directement de l'Évangile de Luc.
On
présume l’existence de l'original égyptien sur la
base de l'histoire démotique de Setna, décrite
ci-dessous [45]. Si l’on veut décrire de manière
générale la relation entre ces textes en termes de
généalogie, l'original égyptien est comme un
grand-père et la version juive populaire un père par
rapport au récit de Luc. L'histoire de Setna est un genre
d'oncle par rapport au récit de Luc et les sept échos
rabbiniques sont des espèces de nièces et de neveux.
L'histoire démotique de Setna est connue grâce à
un manuscrit unique sur papyrus qui se trouve au British Museum (PAP.
DCIV) [46]. Elle se trouvait au verso de deux documents commerciaux
grecs, dont un datait de la septième année de Claude
(46-47 apr. J.-C.). Nous pouvons donc avancer l’idée que
l'histoire démotique a été écrite pendant
le demi-siècle qui a suivi, soit, en gros, 50-100 apr. J.-C.
L’histoire raconte qu’un sorcier éthiopien lance
un défi aux magiciens égyptien, mais aucun n’est
capable de l’emporter sur lui. Alors un Égyptien, qui se
trouve dans l’Amnte, la demeure des morts, prie en la présence
d'Osiris, souverain de l’Amnte, pour qu’il le renvoie au
pays des vivants. Osiris commande qu’il le fasse, et ainsi
l'homme, quoique mort depuis des siècles, est réincarné
en tant que fils miraculeux d'un couple sans enfant et reçoit
le nom de Si-Osiris (« fils d'Osiris »). Arrivé
à l’âge de douze ans, le jeune garçon règle
la question du sorcier étranger, puis disparaît de la
terre.
La partie de l'histoire qui se rapporte à Luc 16 se passe
pendant la croissance du garçon. Un jour le garçon et
son père voient deux enterrements : d'abord, celui d'un riche,
enveloppé de fin lin, pleuré à grands cris et
abondamment honoré ; ensuite, celui d'un homme, emballé
dans une natte de paille, que personne n’accompagne ni ne
pleure. Le père dit qu'il préférerait le sort du
riche à celui du pauvre. Mais le petit Si-Osiris contredit
avec impertinence le souhait de son père en énonçant
le souhait opposé : « Puisse-t-il t’être
fait dans l’Amnte comme il est fait dans Amnte à ce
pauvre et pas comme il est fait à ce riche dans l’Amnte
! » Pour se justifier, le garçon emmène son
père terrestre faire un tour dans l'Amnte.
Si-Osiris fait traverser à son père les sept salles
classifiées de l'Amnte. Les morts sont affectés à
l’une des salles selon les mérites et les démérites
de leur vie ici-bas. Dans la cinquième salle, ils voient un
homme qui est dans les tourments, la charnière de la porte
étant fixée dans l’orbite de son œil droit,
à cause de quoi il se lamente atrocement. Dans la septième,
ils voient, sur son trône, Osiris, le souverain de l’Amnte,
et près de lui un homme vêtu de lin fin et manifestement
d’un rang très élevé. Si-Osiris explique
que l'homme bien habillé est le pauvre dont l’enterrement
avait été si misérable et que l’homme
tourmenté est le riche qui avait été si
somptueusement enterré. La raison de ces traitements
différents est qu’au jugement, les bonnes actions du
pauvre l’ont emporté sur les mauvaises, alors que cela a
été l’inverse pour le riche. Maintenant le père
peut comprendre le souhait filial de Si-Osiris.
Nous voyons encore une fois comment l'histoire égyptienne a
été transformée à la manière
sémitique. Les anges du récit de Luc semblent être
les intermédiaires substitués à Horus (ou au
faucon d’Horus) [47]. Le « sein d'Abraham »
représente l’Amnte, la demeure égyptienne des
morts. Et, ce qui est le plus remarquable, c’est que c’est
Abraham qui, dans la version juive, se substitue au dieu païen
Osiris, exactement comme dans les fac-similés 1 et 3. On
trouvera, dans un tableau à la suite de cet article, une
récapitulation de ces correspondances.
L’hypocéphale dans
l'Apocalypse
d'Abraham
L'Apocalypse d'Abraham est une sorte
de pendant au
Testament d'Abraham. Comme le Testament,
l'Apocalypse date du premier ou du deuxième siècle
apr. J.-C. Elle raconte qu’Abraham, dans sa jeunesse, s’était
rendu compte que les idoles étaient simplement des créations
des hommes et pas vraiment des dieux. Après être parti
de chez son père, il reçoit le commandement d'offrir un
sacrifice pour que Dieu lui révèle de grandes choses.
Dieu envoie son ange Iaoel [48] l’emmener faire un tour du
ciel, tour pendant lequel il a sept visions. Le texte n’existe
que dans un certain nombre de vieux manuscrits slaves médiévaux,
mais les savants ont déduit de la présence de noms, de
mots et d’expressions hébraïques, ainsi que
d'autres hébraïsmes (comme l'utilisation du positif pour
le comparatif), que le texte avait été très
probablement composé à l'origine en hébreu,
auquel cas l’origine du texte était vraisemblablement
être la Palestine [49].
Michael Rhodes décrit ce qui semble être des allusions
possibles à un hypocéphale dans l'Apocalypse
d'Abraham [50]. Pendant sa vision, on montre à
Abraham « la plénitude du monde entier et son
cercle », ce qui semble être une description d'un
hypocéphale. Cette vision inclut le plan de l'univers, « ce
qui est dans les cieux, sur la terre, dans la mer et dans
l'abîme »,
termes qui sont très proches des mots utilisés dans la
section centrale gauche de l’hypocéphale de Joseph
Smith. L'Apocalypse contient aussi une description de quatre
êtres vivants flamboyants, dont chacun a quatre faces : celles
d'un lion, d'un homme, d'un bœuf, et d'un aigle. C'est presque
certainement une transformation sémitique des fils d’Horus
(par l'intermédiaire d'Ézéchiel 1-2), qui sont
représentés comme étant la fig. 6 du fac-similé
2 [51]. On trouvera également, dans un tableau à la
suite de cet article, une récapitulation de ces
correspondances.
Spalding, le
retour
Maintenant que nous avons explicité cette conception de la
relation entre les fac-similés et le Livre d’Abraham,
nous sommes en mesure de comparer et de contraster les idées
avancées par Stephen Thompson dans son article intitulé
« Egyptology and the Book of Abraham » [52].
L'article de Thompson est, essentiellement, une version plus à
jour et plus sophistiquée des rapports des égyptologues
parus dans la brochure de Spalding. Je crois qu'il était
nécessaire que quelqu'un essaie d’exposer clairement ce
que l’égyptologie contemporaine comprend des
fac-similés. L'article de Thompson remplit cette fonction, ce
qui, en fin de compte, avance la cause de la vérité.
Thompson cite Michael Rhodes comme suit : « Les
explications données par le Prophète de chacun des
fac-similés sont en accord avec ce que l’on connaît
maintenant des pratiques religieuses égyptiennes »
[53]. La tâche de Thompson est de prouver que cette affirmation
est fausse. En fait, je serais d'accord avec lui pour dire que, si on
ne la nuance pas, cette affirmation, telle qu’elle est, est
exagérée. Malheureusement, Thompson est dénué
de tout sens de l'équilibre, et son propre traitement des
fac-similés est excessivement étroit. Par exemple, il
rejette l'explication de Joseph où il dit que les quatre fils
d’Horus dans le fac-similé 2, fig. 6, représentent
« les quatre coins de la terre » sous prétexte
que les fils d’Horus n’ont jamais ce sens dans un
contexte funéraire [54].
Franchement, je trouve que c’est
là une lecture étonnamment restrictive [55]. J'ai du
mal à comprendre comment Thompson peut refuser d’accorder
à cette explication de Joseph ne serait-ce qu’un mérite
partiel. De toutes façons, je prétends que
l’hypocéphale de Joseph Smith (tel que réinterprété
par J-scr) n’a pas le moindre contexte funéraire, de
sorte qu’en fin de compte, pour moi, la lecture de Thompson est
à côté de la question.
Thompson donne le contexte égyptien du fac-similé 1,
fig. 11 et 12. La fig. 11, que Joseph interprète par :
« vise à représenter les piliers du ciel »,
est en fait une façade de palais appelée un serekh
[56]. La fig. 11, que Joseph interprète par « Raqia,
signifiant étendue, ou le firmament qui se trouve au-dessus de
nos têtes; mais dans ce cas-ci, dans ce contexte, les Égyptiens
lui donnaient le sens de Schama, être élevé, ou
les cieux, ce qui correspond au mot hébreu Schamaïm. »
sont simplement les eaux dans lesquelles le crocodile (fig. 9),
représentant le dieu Horus, nage. Les eaux semblent être
au-dessus de la façade de palais, mais c'est simplement une
illusion résultant de la perspective utilisée dans
l'art égyptien. Tout ce qui est au-dessus de la façade
doit être compris comme se situant derrière elle.
Bien que ce soit là un résumé utile du contexte
égyptien de ces figures, cela ne répond pas à ce
que je considère comme étant la toute grande question :
« Les explications de Joseph ont-elles un sens dans
l’optique de la compréhension qu’avait J-scr
de la scène ? » Je crois que la réponse
à cette question est un oui incontestable. Dans la cosmologie
hébraïque, on croyait que le râqîac
ou « firmament » était une voûte
solide soutenue par des piliers [57]. Le râqîac,
de son côté, était étroitement associé
à l'océan céleste, qu'il soutenait [58]. Dans la
moitié inférieure du fac-similé 1, nous avons le
râqîac (1) lié aux eaux, comme à
l'océan céleste (2), semblant être soutenu par
des piliers et (3) étant solide et donc capable de se servir
de lui-même comme support, dans ce cas-ci pour le lit en forme
de lion.
La moitié inférieure du fac-similé 1
devait ressembler très fort, aux yeux de J-scr, à un
microcosme de l'univers (plus ou moins de la même façon
que le char du trône divin d'Ézéchiel 1-2, qui
associe les quatre êtres vivants flamboyants à quatre
faces au râqîac au-dessus de leur tête
sur lequel Dieu est assis sur son trône, est un microcosme de
l'univers). La façon de voir de l'artiste égyptien
n'impose pas nécessairement des limites à J-scr.
L'effet d’empilement des eaux apparemment à la fois
soutenues et agissant en tant que support a dû suggérer
à J-scr la conception hébraïque du râqîac.
Joseph voyait également dans le fac-similé 2, fig. 4
(le faucon momiforme aux ailes déployées dans une
barque) une représentation du râqîac,
la figure correspondant « au mot hébreu Raqia,
signifiant étendue, ou le firmament des cieux; aussi,
représentation numérique, signifiant, en égyptien,
mille ». Le Livre d’Abraham utilise deux mots
anglais pour traduire le râqîac : firmament,
qui met en avant sa solidité, et étendue. Le
mot étendue dérive du latin expandere,
« étaler » ; cette traduction met en
relief la racine verbale dont râqîac dérive,
râqîac qui signifie « s’étaler
(à la suite du battage) » et de là
simplement « s’étaler ». Je dirais
que pour J-scr, les ailes étendues du faucon momiforme
correspondaient à une représentation très
naturelle du rqc [59].
Au milieu de son article, Thompson explique pourquoi il considère
qu’il est absolument impossible que le Livre d’Abraham
soit un document olographe. Étant donné qu'Abraham
vivait à l'âge du bronze moyen et que les papyrus de
Joseph Smith datent de l’époque ptolémaïque
(ou romaine), il a certainement tout à fait raison sur ce
point. Il cite Paul Hoskisson, qui, dans un article sinon excellent,
écrit que « le contenu du Livre d’Abraham
n'est pas passé par de nombreuses révisions, les mains
de scribes innombrables » [60]. Cette affirmation semble
basée sur l’hypothèse que la source du Livre
d’Abraham était un original autographe. Contrairement à
Hoskisson, comme je l’ai dit ci-dessus, je crois qu’il
est vraisemblable que le Livre d’Abraham a subi une
transmission textuelle dans l'Antiquité.
Pour donner un
exemple concret, je lirais les renvois au fac-similé 1 dans
Abraham 1:12b et 14 comme des gloses qui n’auraient été
ajoutées au texte que quand il a été annexé
pour la première fois à un rouleau contenant un Livre
des Respirations, si c'est ce qui s'est produit [61]. Thompson ne
veut pas admettre cette possibilité, parce qu’à
ses yeux le pronom « je » au verset 12 (« je
vous renvoie à la représentation qui figure au
commencement de cet écrit ») a dû être
écrit par Abraham [62]. Cette insistance de sa part est pour
le moins naïve ; il est certain que quiconque connaît la
littérature critique à l’égard de la
composition des textes bibliques ne douterait pas qu’un scribe
soit tout à fait disposé à apporter ce genre
d’éclaircissement comme s’il venait d'un prophète
ancien. Si l’on supprimait ces renvois, non seulement cela ne
ferait aucun tort à la bonne marche et au sens du texte, mais
cela les améliorerait même.
Thompson tire trois conclusions, qui correspondent aux trois parties
de son article. D'abord, il conclut que les interprétations
que Joseph Smith donne des fac-similés ne sont pas en accord
avec la signification que ces figures avaient dans leur contexte
funéraire originel. Je serais d’accord avec cela dans
une certaine mesure, bien que je ne puisse pas être entièrement
d’accord avec ce que je considère comme un
traitement exagérément restrictif de sa part. En second
lieu, il conclut que les anachronismes dans le texte du livre rendent
impossible qu'il ait été traduit d'un texte rédigé
par Abraham lui-même (c.-à-d., sans transmission
antique) ; sur la base de la datation des papyrus, je serais d’accord
pour dire que le texte source n'était pas un original
olographe. Troisièmement, il conclut que ce que nous
connaissons des rapports entre l'Égypte et l'Asie rend le
récit de la tentative de sacrifice d'Abraham extrêmement
invraisemblable. Bien que cette troisième conclusion ne rentre
pas dans le sujet de cet article, je ne suis pas d’accord avec
elle. Pour moi, le culte décrit dans l'histoire est
syro-palestinien, pas égyptien [63].
Conclusion
Nous avons passé en revue l'histoire de la critique des
fac-similés, en commençant par la brochure de Spalding,
et nous avons approuvé les critiques de la brochure qui ont
rejeté à l’époque la thèse du
document autographe. Nous avons montré comment les fac-similés
peuvent avoir à la fois un contexte égyptien et un
contexte sémitique et que les explications de Joseph ont trait
pour la plupart au contexte sémitique des figures en tant
qu’illustrations du Livre d’Abraham [64].
En passant brièvement en revue la mise à jour de la
brochure de Spalding par Stephen Thompson, nous avons convenu que les
interprétations de Joseph ne reflètent pas entièrement
le contexte funéraire originel des fac-similés et nous
avons en outre convenu que la copie de papyrus qui est entrée
en la possession de Joseph n'était pas un olographe
abrahamique (nous avons cependant marqué notre désaccord
avec Thompson quand il dit, à propos du culte dans Abraham 1,
qu’il devait nécessairement être principalement
égyptien de nature).
Nous allons maintenant examiner l'importance de la théorie
exposée dans cet article, et pour faciliter les choses, nous
l’appellerons la théorie de « l'adaptation
sémitique ». Quels sont les inconvénients de
poser en principe la théorie de l'adaptation sémitique
? Je n’en vois guère. Cette théorie nécessite
le rejet de la thèse du document autographe, à laquelle
certains saints pourraient vouloir continuer à se raccrocher,
étant donné que c’était comme cela qu’on
le concevait traditionnellement, mais il me semble que l’époque
lointaine à laquelle Abraham a vécu, l'âge du
bronze moyen, à laquelle vient d’ajouter la date tardive
des papyrus, l’époque ptolémaïque (ou plus
tard) exige de toutes façons le rejet de la thèse du
document autographe.
La seule manière de défendre cette
thèse serait d'affirmer que Nibley, Gee et les égyptologues
non mormons qui ont étudié la question se trompent tous
dans leur datation des papyrus ou d’affirmer que la source du
Livre d’Abraham n'était pas sur le rouleau contenant les
fac-similés 1 et 3 (étant donné que ce rouleau a
été daté) et avait effectivement presque 4.000
ans, en dépit du fait que les autres papyrus de la cache
n’avaient que 2.200 ans environ. Je rejetterais toute tentative
de ce genre de sauver la thèse du document autographe.
Puisque, selon mon jugement, s’accrocher à la thèse
du document autographe n'est pas une option sérieuse, le seul
autre sujet d'inquiétude potentiel que je peux voir est que la
théorie de l'adaptation sémitique implique une
transmission antique du texte avec des retouches. Je peux comprendre
le désir de certains de postuler un texte qui est parvenu
directement à Joseph de la main d'Abraham, sans
intermédiaires, vierge de toute manipulation de la part de
scribes. Mais à moins de pouvoir situer les papyrus à
l'âge du bronze moyen ou Abraham à l'époque
ptolémaïque, ce qui ne risque pas d’arriver, il me
semble que nous sommes contraints de reconnaître qu'il y a au
moins une copie du texte originel d'Abraham qui a été
faite. Et une fois que nous reconnaissons que le texte a été
copié et qu'il y a quelque chose comme un intervalle de 1.700
ans entre l’original d’Abraham et cette copie tardive, il
me semble que nous sommes aussi contraints d’envisager la
possibilité très réelle d'une transmission du
texte dans l'Antiquité.
Une comparaison avec le Livre de Mormon pourrait être
instructive ici. Les plaques d'or sont restées intactes depuis
le moment où Moroni les a déposées dans un
coffre de pierre au cinquième siècle apr. J.-C. jusqu'à
ce que Joseph les sorte de leur cache en 1827. Mais avant cela, les
annales des peuples du Livre de Mormon ont subi, de la main de Mormon
et de Moroni, un processus délibéré d’édition.
De même, la source sur papyrus du Livre d’Abraham a
reposé intacte depuis le moment où elle a été
déposée dans le tombeau à l’époque
gréco-romaine jusqu'à ce que Lebolo la découvre.
Mais avant cela, elle avait circulé parmi des gens et avait
subi les processus normaux de transmission. Mon scribe hypothétique,
J-scr, était essentiellement dans la même position par
rapport au Livre d’Abraham que Mormon par rapport au Livre de
Mormon. La différence est que nous connaissons Mormon et son
influence sur le texte, tandis que l'existence de J-scr est
hypothétique et son d'identité inconnue.
À cet
égard, le Livre d’Abraham est plutôt comme la
Bible, qui a, à coup sûr, subi des interventions
rédactionnelles (même si l’on rejette les grandes
théories de la critique historique, telles que l'Hypothèse
documentaire, l’existence d’auteurs multiples d'Ésaïe
ou celle de Q) par des éditeurs anonymes. Mais le fait que la
Bible a subi de tels processus ne nous empêche pas de
l'accepter comme Écriture. Dans le cas du Livre d’Abraham,
le fait qu’il a été traduit et rendu public par
un prophète moderne devrait être suffisant pour soulager
les scrupules que l’on pourrait avoir au sujet de l’action
d'un éditeur inconnu sur le texte.
Les inconvénients de la thèse de l’adaptation
sémitique sont à mes yeux négligeables, alors
que cette théorie permet d’expliquer beaucoup de choses.
Notez en particulier ce qui suit :
1. Sur la base des connaissances actuelles, les fac-similés
semblent être des vignettes qui doivent dater d’une
période de l'histoire égyptienne sensiblement éloignée
(c.-à-d., de plus d'un millénaire) du temps d’Abraham.
Attribuer les fac-similés à Abraham c’est
commettre ipso facto un anachronisme. L'argument traditionnel
voudrait qu'Abraham ait créé ces vignettes et que, plus
de mille ans plus tard, les Égyptiens aient commencé à
adapter l’invention d'Abraham à leurs propres fins
religieuses. La théorie de l’adaptation sémitique,
en laissant une place à la possibilité d’origines
séparées pour le texte du Livre d’Abraham et ses
fac-similés, et au fait que les fac-similés ont été
créés à des fins religieuses par les Égyptiens,
résout ce problème en permettant à l'adaptation
de se faire dans l'autre sens.
2. La mesure dans laquelle les explications de Joseph Smith
concernant les fac-similés concordent avec ce que l’on
sait actuellement en égyptologie fait l’objet de débats.
Généralement, les égyptologues extérieurs
à l’Église qui ont examiné la question ont
affirmé soit que les explications sont complètement
erronées, soit qu'elles sont la plupart du temps erronées,
avec peut-être quelques heureux hasards. Tout naturellement,
les savants de l’Église ont fortement poussé dans
l'autre direction, s’efforçant de montrer comment les
explications peuvent être vues comme correspondant à ce
que disent les égyptologues.
En tant que saint des derniers
jours fidèle, j’éprouve en général
de la sympathie pour les observations qui vont dans le sens des
savants membres de l’Église. Néanmoins, même
si l’on présente ces efforts sous leur meilleur jour, il
reste des hiatus substantiels entre les explications proposées
et celles des égyptologues. La théorie de l’adaptation
sémitique explique pleinement pourquoi de tels hiatus
existent. En vertu de cette théorie, les égyptologues
ne sont plus les arbitres définitifs de l’exactitude des
explications des fac-similés.
3. Une partie substantielle du débat concernant les
fac-similés a tourné autour du point de savoir s’ils
n’ont pas été restaurés de manière
inexacte. Je m’attends bien à ce que ces discussions
continuent, mais en fin de compte la théorie de l'adaptation
sémitique les rend superflues. C'est-à-dire, par
exemple, que même si le prêtre debout à gauche sur
le fac-similé 1 portait le masque de chacal d'Anubis et ne
tenait pas un couteau dans la main, il aurait toujours été
tout à fait normal que J-scr perçoive la scène
comme montrant la tentative de sacrifice d'Abraham. Par conséquent,
en vertu de cette théorie, les détails de la
reconstitution des fac-similés n’ont plus grand-chose à
voir avec les explications des figures.
4. Je crois que la théorie de l’adaptation sémitique
a le potentiel de fournir une meilleure base à la théorie
du « papyrus manquant ». John Gee pense qu’il
a pu y avoir un autre texte sur le rouleau contenant le Livre des
Respirations. La théorie de l’adaptation sémitique
explique pourquoi le texte du Livre d’Abraham a pu être
annexé à un Livre des Respirations : parce que J-scr
avait l’intention d’adapter les vignettes du Livre des
Respirations comme illustrations pour son texte, le Livre d’Abraham.
Le fait que le texte a été mis à cet endroit
expliquerait également pourquoi les renvois au fac-similé
1, qui le situent « au commencement de cet écrit »
et « au début » (qui étaient
censés renvoyer au commencement du rouleau, pas au
commencement du livre) ont pu avoir été mal compris et
avoir incité ceux qui ont créé les papiers
égyptiens de Kirtland, dans leur tentative de déchiffrer
la langue égyptienne, à commencer par le Livre des
Respirations lui-même au début du rouleau.
5. La théorie de l’adaptation sémitique, en
tenant compte d'une transmission antique du texte, prend le Livre
d’Abraham au sérieux en tant que livre antique. Il
serait extrêmement difficile d’admettre qu'un papyrus
vieux de 4.000 ans se soit retrouvé au milieu d’une
cache de papyrus de 2.200 ans. Certains reconnaissent que le papyrus
qui est la source du Livre d’Abraham est une copie, rejetant
ainsi, du moins en principe, la théorie du document
autographe, et cependant continuent à se laisser influencer
par cette théorie. Ils semblent donc vouloir voir dans
l'original abrahamique un document dessiné au pinceau et à
l'encre sur papyrus en égyptien hiératique, en même
temps que les fac-similés, papyrus qui aurait ensuite reposé
intact pendant plus de 1.500 ans jusqu'à ce qu'il soit
finalement copié – une fois – et que la copie soit
déposée dans un tombeau à Thèbes. Ce
n'est pas une image réaliste de l'histoire du texte. À
mon sens, tenir compte d'une transmission du texte (avec copie,
traduction et interventions rédactionnelles) est un moyen plus
réaliste d'amener un texte de l'Abraham sémitique, qui
n’était pas originaire d’Égypte et qui
vivait à l'âge du bronze moyen, à un papyrus
égyptien de l'ère ptolémaïque.
6. Thompson estime qu’il y a, dans le Livre d’Abraham, un
certain nombre d'anachronismes par rapport à l’époque
du patriarche. Dans l’état actuel des choses, il
semblerait que nous ayons trois choix quand nous nous trouvons face à
ce qui passe pour un anachronisme dans le texte : (a) nier qu’il
y ait anachronisme et affirmer que, bien qu'on ne l'ait pas encore
certifié dans une source existante, l’élément
en question remonte bien à l'âge du bronze moyen ; (b)
reconnaître l'anachronisme, mais l'attribuer à Joseph
Smith en tant qu'anachronisme de traducteur, ce qui, en soi, ne
compromet pas le Livre d’Abraham comme traduction d'une source
antique ; ou (c) reconnaître l'anachronisme et l'attribuer à
Joseph Smith en tant qu'auteur moderne du texte. La théorie de
l’adaptation sémitique, en avançant la notion que
le texte a subi une transmission antique, laisse la place à
une quatrième option : reconnaître l'anachronisme mais
l’attribuer à un éditeur antique.
7. Nous avons attiré l’attention sur l’existence
de processus généraux d'adaptation sémitique des
textes et de l'iconographie égyptiens. Nous avons également
donné trois exemples précis qui datent de la période
gréco-romaine (la même période où les
papyrus de Joseph Smith ont été créés),
qui ont tous trait d'une manière ou d’une autre à
Abraham. Si l’on s’en tient aux théories
traditionnelles, ces documents n’ont qu’une importance
limitée, puisqu’ils datent de presque deux millénaires
après le temps d'Abraham. Mais avec la théorie de
l’adaptation sémitique, ces confirmations viennent
maintenant de la bonne période pour dire quelque chose de
significatif au sujet de la création antique du Livre
d’Abraham et de ses fac-similés. Avec cette théorie,
ces documents cessent d’être une confirmation tardive (et
donc relativement faible) pour devenir une illustration puissante de
la façon dont les Juifs de l’époque adaptaient
les sources égyptiennes à leurs propres fins.
L'adaptation d'une vignette de psychostase égyptienne du
chapitre 125 du Livre des Morts dans la scène de jugement du
Testament d'Abraham, l'adaptation de l'original
égyptien sous-jacent à l'histoire démotique de
Setna dans une version populaire juive (remplaçant Osiris par
Abraham) et l'adaptation d'un hypocéphale dans l'Apocalypse
d'Abraham nous donnent un aperçu frappant de la
façon dont J-scr, qui vivait et travaillait à la même
époque, a pu adapter des vignettes d'un Livre des Respirations
et un hypocéphale comme illustrations du Livre d’Abraham,
qui avait été confié à ses soins dans le
cadre de la transmission antique du texte. À mon avis, la
théorie de l’adaptation sémitique transforme les
fac-similés et leur interprétation de ce qui est perçu
comme une faiblesse du Livre d’Abraham en un véritable
point fort.
Parallèles entre Amenemope et Proverbes
|
Amenemope
|
Proverbes
|
Sujet
|
|
1.3/9-11.16
|
22:17-18
|
Appel
à l’écoute
|
|
2.1/7
|
22:19
|
But
de l'instruction
|
|
3.27/7-8
|
22:20
|
Trente
paroles
|
|
4.1/5-6
|
22:21
|
Apprendre
une réponse vraie
|
|
5.4/4-5
|
22:22
|
Ne
dépouillez pas le pauvre
|
|
6.11/13-14
|
22:24
|
Évitez
l'amitié avec les gens violents
|
|
7.13/8-9
|
22:25
|
De
peur qu'un piège ne vous détruise
|
|
8.7/12-13
|
22:28
|
Ne
déplacez pas les bornes
|
|
9.27/16-17
|
22:29
|
Les
scribes habiles se tiennent près des rois
|
|
10.23/13-18
|
23:1-3
|
Mangez
avec précaution devant un grand
|
|
11.9/14-10
:5
|
23:4-5
|
La
richesse s’envole comme un aigle/une oie
|
|
12.14/5-10
|
23:6-7
|
Ne
mangez pas la nourriture d'un malveillant
|
|
13.14/17-18
|
23:8
|
Cela
fera vomir
|
|
14.22/11-12
|
23:9
|
Ne
parlez pas devant n'importe qui
|
|
15.7/12-15
|
23:10-11
|
N'enlevez
pas les bornes des veuves
|
|
16.11/6-7
|
24:11
|
Sauvez
le condamné
|
Transformations sémitiques de la vignette au chapitre 125
du Livre des Morts vers la scène de jugement (psychostase)
du Testament d'Abraham
|
Contexte
égyptien
|
Contexte
sémitique
|
|
1.
Osiris
|
Abel
|
|
2.
Anubis
|
Dokiel
|
|
3.
Horus
|
Purouel
|
|
4.
Thoth
|
Hénoc
ou un ange
|
|
5.
Maat
|
Un
ange
|
Transformations sémitiques de l'original égyptien
hypothétique sous-jacent à l'histoire démotique
de Setna vers la version populaire juive qui en découle
(et dont le récit du riche et de Lazare dans Luc
descend)
|
Contexte
égyptien
|
Contexte
sémitique
|
|
1.
Osiris
|
Abraham
|
|
2.
Amnte
|
Sein
d'Abraham
|
|
3.
Horus (ou faucon de Horus)
|
Anges
|
Transformations sémitiques d'un Hypocéphale
vers l'Apocalypse d'Abraham
|
Contexte
égyptien
|
Contexte
sémitique
|
|
1.
Un disque circulaire représentant le monde supérieur et le monde d’en
bas
|
Abraham
reçoit la vision de « la plénitude du monde entier et son
cercle »
|
|
2.
« O Dieu puissant, Seigneur du ciel et de la terre, de l’au-delà
et de ses grandes eaux » [du fac-similé 2, centre gauche]
|
Abraham
reçoit la vision de « ce qui est dans les cieux, sur la terre,
dans la mer et dans l'abîme »
|
|
3. Quatre fils d’Horus
-
Hâpy [babouin]
-
Amset [homme]
-
Douamoutef [chacal]
-
Qébehsenouf [faucon]
|
Quatre êtres vivants flamboyants, chacun avec quatre faces (via
Ézéchiel 1-2)
Lion [ou boeuf]
Homme
Boeuf [ou lion]
Aigle
|
NOTES
[1] Voir, par exemple, H. Donl Peterson, « Antonio Lebolo:
Excavator of the Book of Abraham », BYU Studies 31/3,
1991, p. 9-11; H. Donl Peterson, The Story of the Book of
Abraham: Mummies, Manuscripts, and Mormonism, Salt Lake City,
Deseret Book, 1995, p. 36-42; et John Gee, « History of
the Joseph Smith Papyri and Book of Abraham », FARMS
Paper, 1999, p. 1-3.
[2] Dans les nombreux tomes d'E. F. Jomard, Description de
l'Egypte, édités entre 1809 et 1813.
[3] Voir Franklin S. Spalding,Joseph Smith, Jr., as a Translator,
Salt Lake City, Arrow, 1912.
[4] L'inauguration de cette étape de la critique a été
marquée par une série d'articles dans Dialogue
3/2 (1968), notamment John A. Wilson, « A Summary
Report », pp. 67-85 ; Richard A. Parker, « The
Joseph Smith Papyri: A Preliminary Report », p. 86-88, et
« The Book of Breathings (Fragment 1, the 'Sensen' Text,
with Restorations from Louvre Papyrus 3284) », p. 98-99 ;
Richard P. Howard, « A Tentative Approach to the Book of
Abraham Identified », p. 92-98 ; et Hugh Nibley »,
Phase One », p. 99-105; suivi de Klaus Baer, « Breathing
Permit of Hor » 3/3, 1968, p. 109-134. Adam D. Lamoreaux,
« Pearl of Great Price Bibliography », FARMS
Paper, 1992.
[5] Spalding, Translator, p. 2.
[6] Id, p. 3.
[7] Id, p. 4.
[8] B. H. Roberts, « A Plea in Bar of Final Conclusions”,
Improvement Era, février 1913, p. 310 ; c’est une
version augmentée de « Remarks on ‘Joseph
Smith, Jr., as a Translator’: A Plea in Bar of Final
Conclusions”, Salt Lake Tribune, 15 décembre
1912, p. 33.
[9] Beaucoup de ces réponses ont paru dans le Deseret
Evening News et ne sont donc que très difficilement
accessibles dans des copies de microfilms à peine lisibles ;
heureusement, les textes les plus importants ont été
réimprimés, parfois sous forme augmentée, dans
l'Improvement Era. Notez en particulier ce qui suit :
John Henry Evans, « Bishop Spalding's Jumps in the Logical
Process », Improvement Era, février 1913,
p. 343-346 ; James Edward Homans [Robert C. Webb, pseudo], « A
Critical Examination of the Facsimiles in the Book of Abraham »,
Improvement Era, mars 1913, p. 435-454, « Joseph
Smith, Jr., as a Translator », Improvement Era, mai
1913, p. 691-702, « Truth Seeking: Its Symptoms and After
Effects », Improvement Era, septembre 1913, p.
1071-1099, et « Have Joseph Smith's Interpretations Been
Discredited? », Improvement Era, février
1914, p. 313-351 ; N. L. Nelson, « An Open Letter to
Bishop Spalding », Improvement Era, mai 1913, p.
603-610 ; Frederick J. Pack, « An Open Question to Dr.
Spalding », Improvement Era, mai 1913, p. 702-704,
« The Spalding Argument », Improvement Era,
février 1913, p. 333-341, « Dr. Pack to Dr.
Peters », Improvement Era, juin 1913, p. 777-778,
et « An Offshoot of the Spalding Argument »,
Improvement Era, juin 1913, p. 778-779; Isaac Russell, « A
Further Discussion of Bishop F. S. Spalding's Pamplet »,
Improvement Era, septembre 1913, p. 1092-1099 ; Janne M.
Sjodahl, « The Book of Abraham », Improvement
Era, février 1913, p. 326-333, « The Word
'Kolob' », Improvement Era, avril 1913, p.
620-622, et « A Final Word », Improvement
Era, septembre 1913, p. 1100-1105 ; Sterling B. Talmage, « A
Letter and a Protest against Misrepresentation »,
Improvement Era, juin 1913, p. 770-776 ; Junius F. Wells,
« Scholars Disagree », Improvement Era,
février 1913, p. 341-343 ; John A. Widtsoe, « Comments
on the Spalding Pamphlet », Improvement Era, mars
1913, p. 454-460, et « Widtsoe's Reply to Bishop F. S.
Spalding », Improvement Era, avril 1913, p.
616-619 [répondant à Franklin S. SpaIding, « Rev.
Spalding's Answer to Dr. Widtsoe », Improvement Era,
avril 1913, p. 610-616] ; Osborne J. P. Widtsoe, « The
Unfair Fairness of Rev. SpaIding », Improvement Era,
avril 1913, p. 593-603 ; Levi Edgar Young, « 'The Book
of the Dead’ », Improvement Era, février
1913, p. 346-348 ; et le juge Richard W. Young, « Scientists
Not AIways Correct », Improvement Era, mars 1913,
p. 460-464. On trouvera un résumé de l’affaire
dans Samuel A. B. Mercer, « Joseph Smith as an Interpreter
and TransIator of Egyptian », Utah Survey 1/1,
1913, p. 4-36 (réimprimé par Modern Microfilm Co. et
accessible chez Jerald et Sandra Tanner) pour le point de vue des
détracteurs et, du point de vue des saints, Hugh W Nibley, « A
New Look at the Pearl of Great Price », Improvement
Era, qui est passé en une série de livraisons de
janvier 1968 à mai 1970. Ainsi va la vie, la bibliothèque
égyptologique de Mercer se trouve aujourd’hui sur les
étagères de la Harold B. Lee Library à BYU,
essentiellement dans la salle des Études de l’Antiquité.
Je me rappelle encre son nom écrit sur la couverture de ces
tomes. À propos de cette acquisition, voir Nibley, « A
New Look at the Pearl of Great Price », Improvement
Era, mai 1968, p. 55.
[10] Voir en particulier Osborne Widtsoe, « Unfair
Fairness » et NibIey, « A New Look at the Pearl
of Great Price », Improvement Era, février
1968, p. 14-21.
[11] Voir en particulier le traitement de cette question dans
Roberts, « Plea in Bar of Final Conclusions »;
Sjodahl, « Book of Abraham » et Pack,
« Spalding Argument”.
[12] Thème de plusieurs des réponses, mais le meilleur
traitement est celui de Nibley, « A New Look at the Pearl
of Great Price », Improvement Era, avril 1968, p.
64-69. Plusieurs sections de cette série ont été
réimprimées dans Hugh W. Nibley, Abraham in Egypt,
2e éd., Salt Lake City, Deseret Book et FARMS,
2000.
[13] Cette observation a été faite et commentée
par beaucoup de ceux qui ont réagi, en commençant par
Roberts, « Plea in Bar of Final Conclusions ».
[14] Critique particulière de John A. Widtsoe, « Comments
on the Spalding Pamphlet » et « Dr. Widtsoe's
Reply to Rev. F. S. Spalding ».
[15] On trouvera les premières études de Théodule
Deveria sur les fac-similés dans son « Spécimen
de l'Interprétation des Écritures de l'ancienne
Égypte » et « Fragments de Mss.
funéraires égyptiens considérés par les
Mormons comme les mémoires autographes d'Abraham »,
dans Théodule Deveria: Mémoires et
Fragments, dir. de publ. Gaston Maspero, Paris, Leroux, 1896, p.
165-202. Le travail de Deveria a paru pour la première fois
dans Jules Remy, Voyage au pays des Mormons, 2 vols.,
Paris, E. Dentu, 1860, traduit en anglais dans Jules Remy et Julius
Brenchley, A Journey to Great-Salt-Lake City, 2 vols.,
Londres, W. Jeffs, 1861, et republié par T. B. H. Stenhouse,
The Rocky Mountain Saints, New York, D. Appleton and Co.,
1873, p. 513-519. La correspondance de 1903 d'Henry Woodward et E.
A. Wallis Budge est reproduite dans Wells, « Scholars
Disagree ».
[16] Cette prise célèbre au dépourvu d'une
génération par une génération postérieure
se trouve dans Nibley, « A New Look at the Pearl of Great
Price », janvier 1968, p. 23-24, sous la rubrique :
« The Mormons Default ».
[17] Homans [Webb], « A Critical Examination of the
Facsimiles », p. 440. Le passage du manuscrit qui dit que
le document a été écrit « de sa
propre main sur papyrus » et l'allusion historique
apparente au fait que la « signature »
d'Abraham était sur le papyrus, semblent vouloir dire qu’au
début on croyait que les papyrus étaient des documents
autographes. Ces passages semblent avoir été mal
compris ; voir Nibley, « A New Look at the Pearl of Great
Price », février 1968, p. 18-21, sous-titre « Some
Basic Misconceptions »; John Gee, « Telling the
Story of the Joseph Smith Papyri » FARMS Review of
Books 8/2, 1996, p. 53-54 ; et Russell C. McGregor avec Kerry A.
Shirts, « Letters to an Anti-Mormon », Review
of James R. White, Letters to a Mormon Elder, FARMS Review of
Books 11/1, 1999, p. 203-205. À mon avis, même si
Joseph ou d'autres des premiers frères voyaient dans les
papyrus des olographes d'Abraham, ce n’était rien
d’autre qu’une supposition erronée. De même,
beaucoup parmi les premiers membres de l'Église ont cru à
tort que les pays du Livre de Mormon constituaient la totalité
de l’Amérique, mais c’est le texte lui-même
qui doit dire ce qu’il en est et, dans ce cas, l’emporte
sur ce genre de supputations. On trouvera un traitement lucide de
cette question dans John L. Sorenson, The Geography of Book of
Mormon Events: A Source Book, Provo, Utah, FARMS, 1990, p. 5-35.
[18] Osborne Widtsoe, « Unfair Fairness », p.
599-600.
[19] John A. Wldtsoe, Dr. Widtsoe’s Reply, p. 618.
[20] Id.
[21] Voir, par exemple, Sjodahl, « The Word 'Kolob »',
p. 621.
[22] La date du Livre des Respirations auquel les fac-similés
1 et 3 ont été annexés fait l’objet de
contestations. Nibley, pour les raisons paléographiques, suit
Klaus Baer et date les papyrus à la période romaine,
vers le premier siècle de notre ère. Gee, pour les
raisons prosopographiques, suit Jan Quaegebeur et Marc Coenen, et
date les papyrus au début de la période ptolémaïque,
c'est-à-dire au début du deuxième siècle
av. J.-C. Voir John Gee, « The Ancient Owners of the
Joseph Smith Papyri », conférence pour FARMS, 1999,
et A Guide to the Joseph Smith Papyri, Provo, Utah, FARMS,
2000, p. 15-16. Robert K. Ritner, « The 'Breathing Permit
of Hor' Thirty-four Years Later », Dialogue 33/4,
2000, p. 99, reconnaît que la datation plus ancienne est
possible, mais indique clairement qu'il préfère la
datation romaine. Quelle que soit la date qui est correcte, il doit
être clair que nous avons affaire à une copie tardive du
texte d'Abraham, éloignée de celui-ci de plus de 1.500
ans et pas à un olographe abrahamique. Étant donné
ces faits de base, il est difficile comprendre le refus de certains
saints des derniers jours de reconnaître que le Livre d’Abraham
a subi une transmission textuelle dans l'Antiquité.
[23] Comparer avec les commentaires importants de John Gee dans son
« Abracadabra, Isaac, and Jacob » Review of
Books on the Book of Mormon 7/1, 1995, p. 72-74.
[24] En théorie, les deux critères devraient être
identiques, mais dans la pratique la connaissance des égyptologues
modernes n'est pas parfaite, par conséquent ceci représente
une différence importante. Voir John Gee, « Towards
an Interpretation of Hypocephali » dans « Le
lotus qui sort de terre »: Mélanges offerts à
Edith Varga, dir. de publ. Hedvig Gyôry, Budapest, Musée
Hongrois des Beaux-Arts, 2001, p. 325, 330-334.
[25] S’ils ont été « adoptés »
pour servir d’illustrations au Livre d’Abraham, les
fac-similés devaient forcément être des documents
égyptiens banals. N'importe quelle scène avec un lit en
forme de lion devait faire l’affaire pour le fac-similé
1, n'importe quel hypocéphale pour le fac-similé 2 et
n'importe quelle scène de trône pour le fac-similé
3. S'ils ont été « adaptés »
pour servir d’illustrations au Livre d’Abraham, l'artiste
a dû apporter des changements subtils à la vignette
typique pour mieux représenter la scène abrahamique
dépeinte. Pour moi, c’est une question que doivent
résoudre ceux qui ont une formation d’égyptologue
et, dans cet article, je ne prends aucune position quant au scénario
le plus probable.
[26] Puisque les papyrus de la sorte représentée par
les fac-similés (d’après ce qu’on en sait
actuellement) sont de loin postérieurs à Abraham, il me
semble plus probable qu'un scribe a d’abord utilisé les
papyrus comme illustrations du livre. Par conséquent, je
parlerai généralement de J-scr dans cet article. On
peut cependant concevoir que ce type d'adaptation aurait pu avoir été
effectué par Abraham lui-même.
[27] B. A. Wallis Budge, Facsimiles of Egyptian Hieratic Papyri in
the British Museum, 2nd series, Londres, British Museum, 1923,
planches 1-14.
[28] B. J. Peterson, « A New Fragment of The Wisdom of
Amenemope », EA 52, 1966, p. 120-128.
[29] W. K. Simpson, dir. de publ., The Literature of Ancient
Egypt, New Haven, Yale University Press, 1973, p. 241-265. Pour
une bibliographie de base des œuvres traitant des rapports
entre Amenemope et les Proverbes, voir John D. Currid, Ancient
Egypt and the Old Testament, Grand Rapids, Mich., Baker Books,
1997, pp. 207-208 n. 9. Le résumé ci-dessus des textes
d'Amenemope est adapté d'id., p. 207-210.
[30] Adolf Erman, « Eine ägyptische Quelle der
'Spruche Salomos’ » SPAW
Philosophisch-historischen Klasse 15, 1924, p. 86-93.
[31] Voir l'aperçu de Currid, Ancient Egypt and the Old
Testament, p. 207-216.
[32] Rudolf Kittel, Wilhelm Rudolf et autres, dir. de
publ., Biblia Hebraica Stuttgartensia, Stuttgart,
Deutsche Bibelgesellschaft, 1990, p. 1304-1305, notes 22:18a,
22:20b, 23:7a, 23:7c, and 23:10a.
[33] Adapté de James L. Crenshaw, « Proverbs, Book
of », dans The Anchor Bible Dictionary, dir. de
publ. David Noel Freedman, New York, Doubleday, 1992, 5:516.
[34] Les savants sont quelque peu divisés en ce qui concerne
le point de savoir si le Testament avait un original
hébreu ou a été composé en grec, les
savants plus anciens étant en faveur du premier point de vue
et les plus récents du dernier. Voir les commentaires dans E.
P. Sanders, « The Testament of Abraham », dans
James H. Charlesworth, dir. de publ., The Old Testament
Pseudepigrapha, Garden City, N. Y., Doubleday, 1983, 1:873-874.
[35] La toute grande majorité des savants acceptent une
provenance égyptienne, bien que quelques savants plus anciens
aient plaidé pour une origine palestinienne. Voir id., p.
875-876.
[36] La date de cette œuvre est incertaine, avec des arguments
la faisant remonter du début du troisième siècle
av. J.-C. au début du 2e siècle apr. J.-C.
Le premier siècle de notre ère semble être la
date le plus généralement admise. Voir id., p.
874-875.
[37] La thèse de doctorat de Jared W. Ludlow traite de ce
sujet, intitulé « A Narrative Critical Study of the
Two Greek Recensions of 'The Testament of Abraham’ »,
à l’université de Californie, Berkeley et à
la Graduate Theological Union. Voir Insights, juillet 2000, p.
8. Cette thèse a maintenant été publiée
sous le titre : Jared W. Ludlow, Abraham Meets Death:
Narrative Humor in the Testament of Abraham, New York, Sheffield
Academic Press, 2002.
[38] Archistrategos, un titre judéo-égyptien.
Voir Sanders,
« Testament of Abraham, Recension A », p. 882
n. 1c.
[39] Michel demande à Abraham qu'il « aille de
nouveau [eti hapax] au Seigneur » Id., p.
891.
[40] Le nom n’apparaît nulle part ailleurs. Box a proposé
l’original hébreu doqi'el, qui désignerait
la précision dans la pesée. Schmidt pense que le nom
original était Tsedeqiel, la « justice de Dieu ».
Voir id., p. 890 n. 13e.
[41] Étant donné que « feu » en
grec se dit pur, ceci est apparemment une forme
grécisée d'Uriel. Voir id.
[42] Voir les citations dans id., p. 889 n. 12 suiv, et George W. E.
Nickelsburg Jr., « Eschatology in the Testament of
Abraham: A Study of the Judgment Scene in the Two Recensions », in
Studies on the Testament of Abraham, dir. de publ. George
W. E. Nickelsburg Jr., Missoula, Mont., Scholars Press, 1976, p.
23-64.
[43] C'est le terme expéditif utilisé par E. A. Wallis
Budge pour balayer les interprétations des fac-similés
faites par Joseph Smith. Voir Wells, « Scholars Disagree »
p. 341-343.
[44] Hugo Gressmann, Vom reichen Mann und armen Lazarus: Eine
literargeschichtliche Studie, Berlin, Kônigliche Akademie
der Wissenschaften, 1918 ; K. Grobel, « '. .Whose Name Was
Neves’ », New Testament Studies 10,
1963-1964, p. 373-382. Les savants de l’Église ont
commencé à citer Grobel, comme dans H. Donl Peterson,
« Book of Abraham: Origin of the Book of Abraham »
dans Encyclopedia of Mormonism, 1:134. Il faut observer
que le premier savant membre de l’Église à
reconnaître l’importance de l’œuvre de
Gressmann et de Grobel pour le Livre d’Abraham a été
Blake T. Ostler, « Abraham: An Egyptian Connection »,
FARMS Paper, 1981. On trouvera le texte original dans Francis
Llewellyn Griffith, Stories of the High Priests of Memphis,
Oxford, Clarendon Press, 1900, p. 142-207 et planches.
[45] Voir le schéma de Grobel, qui est également
reproduit dans Ostler, « An Egyptian Connection »,
p. 18.
[46] Ma description du texte suit de près celle de Grobel,
« Neves ».
[47] Grobel, « Neves », p. 378.
[48] Un composé de Yah, forme courte de Yahweh, et El.
[49] Voir R. Rubinkiewicz, « Apocalypse of Abraham »
dans Old Testament Pseudepigrapha, 1:682-683.
[50] Michael D. Rhodes, « The Joseph Smith Hypocephalus...
Seventeen Years Later », FARMS Paper, 1994, p. 6. Cette
étude est une mise à jour de Rhodes, « A
Translation and Commentary of the Joseph Smith Hypocephalus »,
BYU Studies 17, printemps 1977, p. 259-274.
[51] Sur la variabilité des formes et de l'adaptation
culturelle des fils d’Horus, voir John Gee, « Notes
on the Sons of Horus », FARMS Paper, 1991.
[52] Stephen E. Thompson, « Egyptology and the Book of
Abraham » Dialogue 28/1, 1995, p. 143-160.
[53] Michael D. Rhodes, « Facsimiles from the Book of
Abraham », dans Encyclopedia of Mormonism, 1:136-37,
tel que cité par Thompson, p. 143 n. 1.
[54] Thompson, « Egyptology and the Book of Abraham »,
p. 152.
[55] J’estime que s'il est vraiment exact que les fils d’Horus
ne représentent pas les points cardinaux, Thompson est tenu
d’engager plus complètement la littérature
égyptologique à ses côtés, étant
donné que c’est un fait acquis tant dans les écrits
des égyptologues que dans la littérature populaire.
[56] Thompson, 1 p. 45.
[57] Sur la notion de solidité du firmament, voir Paul H.
Seely, « The Firmament and the Water Above », Westminster
Theological Journal 53, 1991, p. 227-240.
[58] On trouvera les dessins de cette compréhension
cosmologique de base dans Keith Norman, « Adam's Navel »
Dialogue 21/2, 1988, p. 86, et Anthony Hutchinson, « A
Mormon Midrash? LDS Creation Narratives Reconsidered »
Dialogue 21/4, 1988, p. 22.
[59] Ceci semblerait être un cas où Joseph donne à
la fois le contexte sémitique, le raqî'a,
et le contexte égyptien, le nombre 1.000, de la figure. Un
certain nombre de savants mormons (tels que Rhodes, « Seventeen
Years Later », p. 10) ont relevé le lien entre le
nombre 1.000 et la barque des morts. Thompson n’est pas
d’accord là-dessus, arguant du fait que h3 dans ce
contexte devrait plutôt être pris comme une allusion aux
fleurs de lotus. Pour moi, la question n’est pas résolue,
mais même si Thompson a raison, il n’a pas l’air de
se rendre compte de l’ironie de la situation dans laquelle il
se met quand il reproche à Joseph Smith de commettre le même
genre d’erreur que celle que font les égyptologues
modernes.
[60] Paul Y. Hoskisson, « Where Was Ur of the Chaldees? »
dans The Pearl of Great Price: Revelations from God, dir. de
publ. H. Donl Peterson et Charles D. Tate Jr., Provo, Utah,
BYU Religious Studies Center, 1989, p. 130.
[61] Sur la base de la description, faite par Gustavus Seyffarth, du
rouleau contenant l'original du fac-similé 3 tel qu’il
existait en 1856 tandis qu'il était au musée de Saint
Louis, John Gee pense qu'il a pu y avoir eu un autre texte sur le
rouleau après le Livre des Respirations (« Eyewitness,
Hearsay, and Physical Evidence of the Joseph Smith Papyri »
dans The Disciple as Witness: Essays on Latter-day Saint History
and Doctrine in Honor of Richard Lloyd Anderson, dir. de publ.
Stephen D. Ricks, Donald W Parry et Andrew H. Hedges, Provo, Utah,
FARMS, 2000, p. 189). Si cet argument est juste et si ce texte
supplémentaire était le Livre d’Abraham, ma
théorie expliquerait pourquoi J-scr a annexé ce
livre à un Livre des Respirations (parce qu'il avait
l’intention d’adopter les vignettes du Livre des
Respirations comme illustrations pour le Livre d’Abraham).
Selon cette lecture, les renvois « au commencement de cet
écrit » et « au début »
ont été ajoutés pour diriger le lecteur vers le
commencement du rouleau, pas du livre. Ceci
expliquerait également pourquoi certains des papiers égyptiens
de Kirtland montrent des tentatives de faire correspondre des
caractères du Livre des Respirations au texte anglais terminé
du Livre d’Abraham ; ceux qui se livraient à cet
exercice ont dû supposer à tort que le Livre d’Abraham
était le premier texte sur le rouleau de papyrus, alors
qu'en réalité il était le second.
[62] Thompson », Egyptology and the Book of Abraham »,
p. 154.
[63] J’ai l’intention d’aborder ce sujet dans un
futur article.
[64] Ces conclusions ont trait aux diverses théories mormones
au sujet du Livre d’Abraham décrites dans John Gee, A
Guide to the Joseph Smith Papyri, Provo, Utah, FARMS, 2000, p.
20, comme suit :
I. Sur les rapports du Livre d’Abraham avec les papyrus : Bien
que je sois ouvert à la théorie de la « révélation
pure », mon argumentation ici suit l’idée du
« papyrus manquant ».
2. Sur la date du Livre d’Abraham : Je conçois le livre
comme ayant un noyau abrahamique, mais avec des interpolations
postérieures résultant de la transmission du texte.
3. Sur la date des papyrus de Joseph Smith : Je suivrais Gee et
accepterais comme date des papyrus la période ptolémaïque
(sur la base de la prosopographie). (Avant Gee, j'acceptais la
datation romaine de Nibley, qui était basée
principalement sur le style d'écriture hiératique.)
4. Sur la transmission du texte : Pour moi, les descendants d'Abraham
(ou d'autres) ont emporté le texte en Égypte ; ce
n'était pas une composition égyptienne.