Polygamie,
prophètes et esquive :
Questions
fréquemment et rarement posées au sujet de
l’introduction, de la pratique et de la cessation du mariage
plural
dans l'Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours
Gregory L. Smith, M.D.
©
FAIR
Introduction
Aucune
pratique de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours
ne s’est avérée plus explosive et davantage
source de controverse que le mariage
plural
ou « polygamie ».
D'abord
révélée
à Joseph Smith au début des années 1830, elle
fut mise en application dans au moins quelques cas dès le
milieu des années 1830
et davantage pendant la période de Nauvoo
des années 1840, bien que sa pratique ait toujours été
tenue secrète [1].
Publiquement
annoncée en 1852, elle a été le point de mire du
législateur, des réformateurs sociaux et des agitateurs
antimormons
pendant toute la seconde moitié du dix-neuvième siècle.
En
dépit d'une campagne énergique devant les tribunaux,
les membres de l’Église n’ont pas réussi à
faire tolérer le mariage
plural –
il a même été proscrit et ces lois ont été
confirmées comme constitutionnelles.
Le
Manifeste de 1890, ainsi que le « second Manifeste »
d'avril 1904 ont mis un terme à la polygamie dans l’Église.
Bien
qu’elle ne joue actuellement qu’un rôle mineur dans
la plupart des commentaires
sur la théologie mormone et soit interdite à tout
membre sous peine d’excommunication, la polygamie continue à
être une question d’actualité pour certains.
Comme
au dix-neuvième siècle, « le Principe »
continue à susciter la fascination, l’amusement, le
dégoût ou le dédain de la société.
Elle
sert également de cible aux ennemis de l'Évangile
de Jésus-Christ,
de Joseph Smith et de l’Église qu'il a établie.
Les
attaques contre Joseph Smith et l’Église concernant la
polygamie revêtent généralement une ou plusieurs
des formes suivantes :
1. Irréligiosité. Populaire
parmi les détracteurs religieux, ce type d’attaque fait appel aux
susceptibilités occidentales qui favorisent la monogamie et
prétend que la polygamie est en contradiction avec le christianisme
biblique ou (ironie des choses) avec le Livre
de Mormon lui-même. Même
certains historiens profanes sont
parfois victimes de cette tendance [2].
2. Illégalité. Cette
critique affirme que l’Église et ses membres ont pratiqué la polygamie
alors même que cette pratique était illégale en vertu des lois locales
ou fédérales. On
prétend qu’en agissant ainsi, l’Église a trahi son engagement de
« respecter, honorer et défendre la loi [3] ».
3. Mensonge. Selon
cette critique, Joseph Smith et ses successeurs ont fait à plusieurs
reprises des déclarations
publiques dans lesquelles ils cachaient ou niaient ouvertement et
sciemment la pratique de la polygamie. On
affirme que cette « malhonnêteté » est moralement contestable
et en contradiction avec les principes que l’Église prétend embrasser.
4. Lasciveté. C’est
l’accusation que Joseph Smith (et probablement ses successeurs) a
pratiqué le mariage plural
uniquement pour des raisons viles. Ce
genre d’accusation s’accompagne ordinairement d’appels
aux critiques ci-dessus, pour faire valoir que la conduite de Joseph et
de ses successeurs était contestable pour beaucoup de raisons et que
par conséquent la meilleure explication que l’on peut en donner est
leur appétit sexuel plutôt qu’une conviction religieuse sincère.
5. Application. Cette
attaque vient souvent en plus des autres ; on
mentionne certaines des conséquences
négatives supposées ou réelles de la polygamie avec l'argument que ces
conséquences sont la preuve que la pratique n'a pas été commandée par
Dieu.
6. Dissimulation des faits. Cette
attaque, étroitement liée à la critique
n° 3, porte habituellement sur l’Église moderne et sa direction, que le
détracteur « amical et qui vous veut du bien » ajoute comme
coup de grâce. Puisqu’il
a donné des renseignements que le lecteur ignorait, le détracteur
prétend que par conséquent l’Église avait « caché » la vérité
ou qu’elle « ment » à ses membres trop confiants. Ainsi le
détracteur peut ressusciter le passé polygame pour attaquer l’Église
dans le présent.
Quelque
chose qui n’a pas aidé à la compréhension
de la polygamie, c’est la tendance de certains auteurs mormons
à passer sous silence les problèmes très réels
qui se sont posés au cours de cette période de
l'histoire de l’Église, bien que cette tendance ne soit
pas aussi exagérée que certains le pensent.
J’estime,
pour ma part, que la découverte et la diffusion de données
historiques qui divergent par rapport à la conception standard
ou « populaire » de la polygamie courante dans
l’Église des XXe et XXIe siècles ne constitue en
aucune façon une menace à la conception entretenue par
les croyants que la polygamie fut une pratique exigée par Dieu
pendant les années formatrices de l’Église.
En
effet, je ne pense pas que ce soient les « informations
supplémentaires »
qui causent des problèmes aux saints
des derniers jours fidèles
qui sont sincèrement préoccupés par ce que les
documents
historiques nous
disent.
C’est plutôt
le besoin persistant – et souvent insatisfait – de plus
d'informations et de plus de contexte, que certains auteurs ont été
incapables ou peu désireux de fournir.
Le
seul « danger » que les renseignements
historiques posent aux membres ou aux amis
sincères de l'Église
n’apparaît que s'ils arrêtent leurs recherches trop
tôt.
Les
détracteurs de l’Église se font un plaisir de
faire faire un bout de chemin à leurs cibles pour les
abandonner juste au moment où l'histoire se complique.
Le
présent article est une tentative modeste d'aborder ces points
dans le contexte des sources historiques disponibles [4].
Je
ne procède pas dans l'ordre historique strict ; j’ai
plutôt choisi l'approche thématique sextuple décrite
ci-dessus (les thèmes systématiquement repris dans les
écrits des détracteurs de l’Église), mais
je n’examine pas la première accusation d’
« irréligion »
autrement qu’au passage puisque ce sujet a été
traité ailleurs [5].
Je
vais d’abord m’efforcer d’examiner les actions de
l'Église et de ses membres dans le contexte de la
désobéissance civile, d'un point de vue historique,
théologique et moral.
J’étudierai
ensuite le point de vue des membres de l’Église qui se
considéraient comme les défenseurs dans une guerre
d’extermination religieuse – et peut-être physique
– menée par leurs ennemis religieux et législatifs.
Je
passerai en revue les événements juridiques et
politiques qui ont contribué à cette perception et qui
permettent d’expliquer les différents choix faits par
les dirigeants
et les membres de l'Église, particulièrement au cours
de la période qui a suivi le Manifeste de 1890.
Je
traiterai ensuite des problèmes et des défauts que
présente la notion que la polygamie était motivée
par des mobiles sexuels indécents de la part de Joseph Smith
ou de ses successeurs.
Les
attaques contre la personnalité des premiers polygames
sont souvent suivies de critiques relatives à la pratique de
la polygamie au jour le jour.
J'examinerai
donc ces arguments et me
concentrerai sur
les prétentions selon lesquelles le statut de Joseph Smith
comme prophète « infaillible » aurait
amené d'autres personnes à adopter la polygamie en
dépit de ce que leur disait le bon sens et que la polygamie
aurait causé des dépressions chez les femmes mormones.
Je
conclurai en démontrant qu'il est amplement prouvé que
l’Église ne fait rien pour empêcher ses membres
d’apprendre « la vérité »
au sujet de la polygamie.
Quelques
pensées de conclusion, enfin, proposeront des idées sur
le rôle que le mariage
plural
a joué – sociologiquement et spirituellement
– dans la maturation de l’Église.
Je
me suis rendu compte que la polygamie a été une partie
essentielle, voire indispensable, du Rétablissement,
pratiquée à la demande du Seigneur
et finalement abandonnée sur autorisation appropriée de
la prêtrise.
La
polygamie est non
chrétienne
La
critique selon laquelle la polygamie serait irréligieuse est
un appel aux susceptibilités occidentales qui favorisent la
monogamie
et est en contradiction avec le christianisme biblique ou (ironie des
choses) avec le
Livre de Mormon
lui-même.
Le
moins qu’on en puisse dire, c’est que c'est une attaque
peu convaincante à laquelle il a été répondu
sur le plan religieux, apologétique et technique [6].
Il
y a des preuves nombreuses et formelles que les relations polygames
ont été admises dans diverses circonstances par les
prophètes bibliques, aussi mal à l’aise que cela
puisse mettre un chrétien moderne.
Orson
Pratt a été universellement considéré
comme le vainqueur d'un débat de trois jours sur ce sujet même
avec le Révérend John
P. Newman,
aumônier du Sénat des États-Unis, en 1870 [7].
N’y
eût-il même eu aucun de ces précédents, la
théologie mormone n'a aucun mal à accepter et à
mettre en application des commandements nouveaux, puisque les saints
croient en la révélation continue.
Je
ne vais pas approfondir la question ici, puisqu’il existe une
vaste documentation sur le sujet.
La
polygamie était illégale
Les
détracteurs accusent l’Église et ses membres
d’avoir pratiqué la polygamie en violation des lois
locales et fédérales.
On
prétend qu’en agissant ainsi, l’Église a
trahi son engagement de « respecter, honorer et défendre
la loi [8] ».
Cependant, les détracteurs avancent ces
arguments sans comprendre
pleinement la situation juridique
de l’époque et sans comprendre
le rôle que joue la
désobéissance civile dans ce contexte.
La
désobéissance civile dans son contexte
La
polygamie fut certainement déclarée illégale
pendant la croisade anti-polygame
à l’époque de l’Utah et sans doute illégale
en vertu des statuts de l'Illinois contre la bigamie.
Il n’y a là rien
de nouveau et les membres de l’Église et leurs
détracteurs le savaient [9].
Les
membres modernes de l’Église ne comprennent généralement
pas l'importance
du fait que la pratique de la polygamie était un cas clair de
désobéissance civile.
« La
décision de défier [les lois contre la polygamie]
fut une exception douloureuse à un engagement sinon ferme de
respecter l'ordre public.
Ce qui est cependant important dans
leur décision de défier la loi, c’est que les
saints
des derniers jours
étaient en fait dans la ligne d’une tradition américaine
de désobéissance civile.
Précédemment, en diverses
occasions, notamment
pendant les années précédant la guerre
d’indépendance, les Américains avaient estimé
que certaines lois allaient à l’encontre de leurs
valeurs fondamentales et avaient décidé ouvertement de
les violer… Même déclarée
constitutionnelle, la loi était quand même contraire à
toutes les valeurs [des saints]
et ils étaient prêts à affronter le harcèlement,
l'exil ou l'emprisonnement plutôt que de se plier à ses
exigences. »
[10]
Les
auteurs modernes sont parfois négligents ou excessivement
vagues dans leur terminologie, ce qui amène certains membres
de l’Église à associer la notion de
« désobéissance civile » à
l'anarchie et au hooliganisme, comme lors des émeutes de Watts
de 1965 mentionnées par Ernest
Wilkinson, président de BYU
[11].
Or, pareille
association d’idées nous empêche d’apprécier
correctement un outil essentiel pour mener une vie morale sous un
gouvernement, quel qu’il soit, et de comprendre
la décision de l’Église dans son contexte
historique.
Le
partisan le plus éloquent et le plus impressionnant de la
désobéissance civile a été sans conteste
le « Mahatma »
Mohandas
Gandhi
(1869-1948).
Gandhi
s’est inspiré de l’ouvrage de 1849 de Henry David
Thoreau,
Resistance
to Civil Government (parfois
intitulé Civil
Disobedience),
dans lequel Thoreau
développait la base morale de la désobéissance
civile :
« Ne
peut-il pas y avoir un gouvernement dans lequel ce ne sont pas les
majorités qui décident virtuellement de ce qui est bien
et de ce qui est mal,
mais la conscience ?
–
dans lequel les majorités ne décident que des questions
auxquelles la règle de l’utilité est applicable ?
Le
citoyen doit-il jamais, ne serait-ce qu’un instant, ou si peu
que ce soit, mettre sa conscience entre les mains du législateur
?
Pourquoi
alors chaque homme a-t-il une conscience ?
Je
pense que nous devons être tout d’abord des hommes et en
second lieu des sujets.
Il
n'est pas souhaitable de cultiver autant le respect de la loi que
celui du droit.
La
seule obligation que j'ai le droit de m’imposer est de faire à
tout moment ce que j’estime être juste. »
[12]
Pour
le dire simplement,
l'État
n'est pas souverain en matière de conscience.
Toute
personne doit remplir son devoir vis-à-vis de sa croyance et
de ses aspirations les plus élevées, devoir qui
l’emporte sur tout ce que l'État
pourrait exiger.
Argumenter ou
croire le contraire, c’est accepter l’erreur fasciste que
l’État est souverain en dernier ressort et de plus
grande importance que l'individu, et que les droits n'existent pas
dans le sens « inaliénable » du terme,
mais sont simplement conférés (et peuvent être
retirés) par l’État. [13]
Un
élément fondamental de la philosophie de la
désobéissance civile est que l’on doit être
disposé à accepter le châtiment de l’État
si on est condamné.
On
ne peut pas choisir de violer la loi et exiger également
d’échapper au châtiment final ;
ce que l’on fait, c’est préférer suivre
ses convictions en dépit du châtiment potentiel.
Selon Gandhi
:
« Cette
lutte religieuse n'implique pas que l’on touche ne serait-ce
qu’à un cheveu de qui que ce soit.
Nous
donnerons une leçon au gouvernement en subissant nous-mêmes
des épreuves… Nous violerons… la loi à
tel point que nous serons disposés à subir tout
châtiment que nous pourrions avoir à affronter,
que ce soit
l'emprisonnement, la flagellation ou toute autre chose. »
[14]
Gandhi
fait une distinction claire entre la désobéissance
civile, dont il tient absolument à ce qu’elle reste
strictement non
violente
pour conserver sa force morale, et la désobéissance
criminelle [15], qui s’accompagne de violence et avec laquelle
il ne veut rien savoir.
Les
saints auraient probablement été d'accord avec lui
quand il a dit :
« La
désobéissance civile est le droit inhérent du
citoyen.
Il
ne peut y renoncer sans cesser d'être un homme.
La
désobéissance civile n'est jamais suivie d'anarchie.
La
désobéissance criminelle peut y mener.
Tout
État
écrase la désobéissance criminelle par la force.
Sinon il
périt. »
[16]
Les
sources historiques montrent bien que c’est exactement comme
cela que la Première
Présidence
voyait les choses :
« Au
cours des six derniers mois, nos ennemis n'ont pas réduit leur
activité dans l’œuvre de persécution.
S'il
y a eu une différence quelconque, cela a été de
poursuivre avec une plus grande hargne et un mépris encore
plus flagrant de la loi et de la justice que par le passé.
Ceux
qui ont été obligés de supporter les châtiments
qui leur étaient infligés se sont soumis, dans presque
tous les cas, de bonne grâce avec une sérénité
et une force d’âme qui ont dû leur valoir
l'admiration du ciel et de tous les hommes justes.
Ce
qui a été accompli ne peut fournir que peu de causes de
satisfaction à ceux qui ont vaqué à la tâche
inhumaine de persécuter un peuple pour la pratique de sa
religion.
Il
n’y a eu que peu de personnes, dans toutes celles qui ont été
jugées et condamnées, qui ont été
suffisamment terrifiées à la perspective de la punition
pour se dire disposées à accepter les décisions
du tribunal plutôt que la loi de Dieu, comme guide de leur
conscience. »
[17]
Ainsi
donc, les membres et les dirigeants
étaient bien conscients du fait que leurs actions violaient la
loi civile.
Ceux
qui violent la loi peuvent « être obligés de
supporter les châtiments », mais cela vaut mieux que
« accepter
les décisions du tribunal plutôt que la loi de Dieu,
comme guide de leur conscience ».
Ici,
le détracteur ou le membre scrupuleux pourrait objecter que
l’Église se dit opposée à la désobéissance
à la loi civile.
Il en est bien ainsi,
et avec de bonnes raisons scripturaires
:
« Car
en vérité, je vous le dis, ma loi sera gardée
dans ce pays. Que personne ne se pense
gouverneur, mais que Dieu gouverne celui qui juge, selon les conseils
de sa propre volonté, ou, en d'autres termes, celui qui rend
des décisions ou est assis sur le siège du jugement. Que personne
n'enfreigne les lois du pays, car celui qui garde les
lois de Dieu n'a pas besoin d'enfreindre les lois du pays. »
[18]
Il
ne s’agit pas ici, comme certains l’ont présumé,
d’accepter globalement de soutenir n'importe quelle loi de
n'importe quel type.
C’est plutôt
un principe général qu’il faut respecter, auquel
Dieu seul peut commander une exception.
Les
membres de l’Église ne considéraient pas que
« les lois du pays » voulaient dire tous les
décrets quels qu’ils soient qui pourraient être
publiés par le gouvernement.
Ils considéraient plutôt
les « lois du pays » comme voulant dire les
principes constitutionnels, comme le président John
Taylor l’a
expliqué :
« Il est
dit dans les
Doctrine et Alliances
que celui qui garde les lois de Dieu n’a pas besoin
d’enfreindre les lois du pays [58:21].
La section 98 explique
en outre ce que l’on entend par là…
C’est
à dire que, en prenant cette nation comme exemple, toutes les
lois qui sont convenables et correctes et toutes les obligations
contractées qui ne violent pas la Constitution doivent être
respectées.
Mais
si elles violent la Constitution, le pacte entre les gouvernants et
les gouvernés est rompu et l'obligation ne s’impose plus. »
[19]
Qu’on
ne s’y trompe pas : la loi de
Dieu
« sera gardée » par ses disciples,
bien que ceci ne nécessite habituellement pas le recours à
des tactiques extralégales, comme Boyd
K. Packer l’a observé :
« Parce
que, d’une manière générale, les lois de
l'homme ne soulèvent pas de problèmes de moralité,
on nous enseigne à respecter, honorer et défendre la
loi (voir le 12e
article de foi), et que « celui
qui garde les lois de Dieu n'a pas besoin d'enfreindre les lois du
pays »
(D&A
58:21)…
Supposez
qu'une loi décrète que tous les enfants seront enlevés
à leurs parents et élevés par l’État.
Une
telle loi serait mauvaise mais pourrait probablement être
imposée.
On a déjà fait ce genre de chose. »
[20]
Il
est difficile d'imaginer que frère Packer ou l’Église
toléreraient que l’on obéisse à une loi
confiant tous les enfants aux soins de l’État, en dépit
du douzième article
de foi
!
Doctrine
et Alliances
98 définit les détails avec plus de précision :
« Et maintenant, en
vérité, je vous dis ceci au sujet des lois du pays : Ma
volonté est que mon peuple veille à faire toutes ces
choses que je lui commande » (verset 4).
Le
premier principe est que l’Église doit faire ce que Dieu
lui commande. C’est le devoir moral le plus élevé.
L'État
ne peut pas exiger que les citoyens donnent la priorité à
ses exigences plutôt qu’à leur conscience.
« Et cette loi du pays, qui est
constitutionnelle et qui soutient le principe de la liberté en
préservant les droits et les garanties, appartient à
toute l'humanité et se justifie devant moi. C'est pourquoi, moi, le Seigneur, je
vous justifie, vous et vos
frères de mon Église, lorsque vous êtes en faveur
de cette loi qui est la loi constitutionnelle du pays… » (versets 5-6)
Ainsi,
la loi constitutionnelle des États-Unis est approuvée
par Dieu puisque au cœur de cette loi il y a la protection de
la conscience et de la pratique religieuse.
Dieu
accorde le soutien à la loi ;
la
loi n'accorde pas le droit d'obéir à Dieu puisque ce
droit est inaliénable et le bien commun de toute l'humanité.
« Et pour ce qui est de la loi de
l'homme, tout ce qui est plus ou
moins que cela vient du mal. » (verset 7)
Les
lois qui violent le devoir moral supérieur d'obéir à
Dieu sont mauvaises et ne sont pas approuvées par Dieu. Ceci
procède d’un raisonnement profondément
théologique, comme nous le voyons plus loin : « selon les lois et la constitution du peuple, dont j'ai permis
l'établissement, et qui doivent être maintenues pour les
droits et la protection de toute chair, selon des principes justes et
saints, afin que tout homme puisse agir en
doctrine et en principe, en ce
qui se rapporte à l'avenir, selon le libre arbitre moral
que je lui ai donné, afin que, le jour du jugement, chacun
soit responsable de ses propres péchés. » [21]
Le
but de la loi civile divinement approuvée est de permettre le
libre exercice de la conscience, de sorte que hommes et femmes
puissent être jugés par le plein exercice de leur libre
arbitre
et l’État ne peut donc pas ainsi prendre la place de ce
sens moral.
Gandhi
a souligné que, d’une manière générale,
l'obéissance stricte était nécessaire pour le
désobéissant civil potentiel, disant :
« Il
n’est rien s’il n’est pas instinctivement
respectueux des lois et c'est sa nature respectueuse des lois qui
exige de lui l'obéissance implicite à la loi la plus
élevée, qui est la voix de la conscience, qui l’emporte
sur toutes les autres lois. »
[22]
Le
président John
Taylor
a expliqué que les saints avaient l’obligation morale de
défendre ce principe :
« Outre
la prédication de l'Évangile,
nous avons une autre mission, à savoir la perpétuation
du libre
arbitre
de l'homme et le maintien de la liberté et des droits de
l'homme.
Il
y a certains principes qui appartiennent à l'humanité
en dehors de la Constitution, en dehors des lois, en dehors de tous
les décrets et plans de l'homme, parmi lesquels il y a le
droit de vivre ;
c’est Dieu
qui nous a donné ce droit, pas l'homme ;
aucun
gouvernement ne nous l'a donné, aucun gouvernement n'a le
droit de nous l’ôter. »
[23]
Après
avoir cité Doctrine et Alliances 58:21-22 et 98:4-6, James E.
Talmage explique :
« Cette
question a été maintes fois posée à
l’Église et à ses membres individuellement :
En cas de conflit entre les commandements issus de la parole révélée
de
Dieu
et ceux imposés par la loi séculière, à
laquelle de ces autorités les membres de l’Église
seraient-ils tenus d’obéir ?
Pour répondre à cela, nous pouvons appliquer,
les paroles du Christ : le devoir du peuple est de rendre à
César ce qui est à César et à Dieu ce qui
est à Dieu… En attendant la décision suprême
de la Providence en faveur de la liberté religieuse, il est du
devoir des saints de se soumettre aux lois de leur pays. »
[24]
Ainsi,
Dieu peut clairement approuver, dans les questions de liberté
religieuse, la désobéissance à une autorité
profane.
Toutefois, le principe
général est que la soumission à cette autorité
est commandée quand la pratique religieuse n'est pas en cause.
On
ne cherche pas une occasion de violer la loi, mais on ne peut pas
abandonner les principes.
« Que
faites-vous ? »
a demandé le
président Taylor.
« Respectez
les lois autant que vous pouvez.
Supportez ces
outrages autant que vous pouvez » [25]. C’est
exactement en ces termes que le président Woodruff
a présenté les choses aux saints :
« Maintenant,
à qui allons-nous obéir, à Dieu ou au Congrès
?
Car c’est soit Dieu,
soit le Congrès ».
D’une
voix forte, l'assemblée répondit :
« Nous
obéirons à Dieu. »
[26]
Doctrine
et Alliances
134 et la désobéissance civile
La
déclaration
canonisée de l’Église sur ses rapports avec le
gouvernement civil, qui se trouve dans Doctrine et Alliances 134, est
également tout à fait compatible avec la désobéissance
civile dans certaines circonstances.
« 1 Nous croyons que les gouvernements ont été
institués
par Dieu pour le bénéfice de l'homme et qu'il tient les
hommes pour responsables de leurs actes vis-à-vis d'eux, tant
pour la promulgation de lois que pour leur application pour le bien
et la sécurité de la société. »
Ainsi,
le premier principe est que Dieu nous tiendra pour responsables de
notre comportement envers l'autorité civile.
Les
membres de l’Église ne sont pas exemptés de la
soumission à la loi civile et doivent répondre de leur
conduite devant la loi civile et devant Dieu.
Dans
le même esprit, ceux qui font les lois et les imposent seront
jugés de même par Dieu.
« 2
Nous
croyons qu'aucun gouvernement ne peut vivre en paix si ne sont
arrêtées et ne demeurent inviolées des lois qui
garantissent à chacun la liberté de conscience, le
droit à la propriété et la protection de la
vie. »
Deuxièmement,
le gouvernement civil ne doit pas simplement défendre la
liberté de conscience, mais le libre exercice
de la conscience doit être inviolé.
Dans
la décision Reynolds
sur la polygamie, la Cour suprême des États-Unis a
déclaré que toute croyance
religieuse était protégée par le premier
Amendement, mais qu'aucune pratique
religieuse n'était protégée.
On peut donc croire
tout ce qu’on veut, mais on ne pourrait pas agir en conséquence
avec l’aval de la Constitution.
(La
décision Reynolds est traitée dans la prochaine section
de cet article.)
« 4
Nous
croyons que la religion est instituée par Dieu, et que les
hommes sont responsables devant lui, et devant lui seul, de
l'exercice de leur religion, à moins que leurs opinions
religieuses ne les portent à empiéter sur les droits et
les libertés d'autrui; mais nous ne croyons pas que les lois
humaines ont le droit de s'immiscer en prescrivant des règles
de culte pour enchaîner la conscience des hommes, ni de dicter
des formes de dévotion publique ou privée. Nous croyons
que les magistrats civils doivent réprimer le crime, mais ne
doivent jamais contraindre la conscience; punir les délits,
mais ne jamais supprimer la liberté de l'âme. »
On
ne doit en aucun cas toucher à la croyance ni à la
pratique religieuses ;
ce ne sont que ceux dont
la croyance empiète sur les droits et les pratiques des autres
qui doivent être mis en accusation en vertu de la loi civile.
« 5 Nous croyons que tous les hommes sont tenus
de soutenir et de
défendre les gouvernements respectifs des pays où ils
résident, aussi longtemps qu'ils sont protégés
dans leurs droits inhérents et inaliénables, par les
lois de ces gouvernements, et que la sédition et la rébellion
sont indignes de tout citoyen ainsi protégé et doivent
être punies en conséquence; et que tous les
gouvernements ont le droit de décréter les lois qui,
selon leur jugement, sont le plus susceptibles de garantir l'intérêt
public tout en tenant pour sacrée la liberté de
conscience. »
Tant
qu’ils ont cette protection civile de l’exercice de leur
conscience, les citoyens doivent respecter la loi.
Une clause de
grande importance
est celle qui veut que les croyants soient « protégés
dans leurs droits inhérents et inaliénables ».
Si ces lois ne sont rien de plus qu’une façade ou si
elles sont appliquées de manière arbitraire à un
peuple donné, le gouvernement n’a pas droit au soutien
dans ces domaines, parce que c'est précisément dans ce
but que le gouvernement est institué.
Ceci
annonce le principe de Nuremberg que personne ne peut être
moralement tenu d’abroger sa fidélité au devoir
ou à la vérité simplement parce que la loi
civile déclare le contraire, pas plus qu’on ne peut ni
ne doit s’abriter derrière la loi civile pour justifier
la violation d’un code moral.
« 7 Nous croyons que les gouvernants, les États
et les
gouvernements ont le droit et le devoir de promulguer des lois pour
la protection de tous les citoyens dans le libre exercice de leurs
croyances religieuses; mais nous ne croyons pas qu'ils aient, en
toute justice, le droit de priver les citoyens de ce droit sacré
ou de les proscrire pour leurs opinions, tant qu'ils font preuve de
considération et de respect pour les lois et que ces opinions
religieuses ne justifient pas la sédition ou la
conspiration.. »
C'est
une répétition de l’idée : d’un
point de vue théologique, le gouvernement existe
essentiellement pour protéger le libre exercice de la croyance
religieuse.
Le
gouvernement n'a pas le droit de limiter de telles pratiques, à
moins qu’elles ne constituent une menace pour le gouvernement
ou pour les droits d'autrui.
Un
point-clef est qu’il faut faire « preuve
de considération et de respect pour les lois » :
les sociétés religieuses doivent respecter les lois.
Mais
le respect de la loi n'a pas la force morale pour imposer un
changement de comportement ou de croyance qui viole les convictions
religieuses de la personne (à moins que ces convictions ne
menacent les droits d'autrui).
« 8 Nous croyons que la perpétration d'un crime
doit être
punie selon la nature du délit; que le meurtre, la trahison,
le vol, le larcin, les attentats à l'ordre public, sous
quelque forme que ce soit, doivent être punis selon leur
gravité et leur tendance à favoriser le mal parmi les
hommes, par les lois du gouvernement du pays où le délit
a été commis ; et dans l'intérêt de la paix
et de la tranquillité publiques, tous les hommes doivent
s'impliquer et utiliser leurs capacités pour que ceux qui ont
violé de bonnes lois soient punis. »
Les
sociétés religieuses doivent aider à assurer le
châtiment de ceux qui enfreignent « de bonnes
lois », ce qui implique naturellement qu’il puisse
exister potentiellement de « mauvaises lois ».
Dans
le contexte, ces lois comprennent clairement celles qui limitent ou
freinent la pratique religieuse, que les sociétés
religieuses peuvent ne pas être moralement obligées de
contribuer à faire appliquer.
En
résumé, comme le fait remarquer un spécialiste
du droit
:
« Chaque
fois que l’État interdit de manière illégale
des croyances religieuses ou une conduite protégée, la
théologie mormone parle du droit moral, religieux et, dans
certains cas, constitutionnel de ses membres à désobéissance
civile ou au refus en conscience de se conformer aux lois de l'homme.
La
déclaration [dans D&A
134]… n'est pas simplement un énoncé descriptif
de réalités politiques.
Les
parallèles dans la formulation et dans les implications avec
la Déclaration d’Indépendance ne sont pas une
pure coïncidence. »
[27]
Décisions
des tribunaux et désobéissance civile
La
Cour suprême des États-Unis a finalement décrété
que les lois contre les mormons étaient constitutionnelles.
Mais
cela ne veut pas dire que l’Église avait d'une
certaine façon
« tort » de résister à ces lois.
En
premier lieu, les saints insistaient sur le fait que leur
désobéissance civile était basée sur la
révélation divine.
Le
premier devoir de tout citoyen ayant le sens moral est vis-à-vis
de ses convictions et de son sens moral les plus élevés
et non vis-à-vis de l’État.
En second lieu, la décision d’un tribunal ne rend
pas une décision moralement correcte, ni
« constitutionnelle »
dans le sens où les saints comprenaient le terme, dans lequel
la liberté religieuse avait toujours une grande place.
L'histoire
du droit abonde en exemples dans lesquels une action précédemment
déclarée constitutionnelle ou légale a été
révoquée plus tard.
Par
exemple, l'opinion dans Dred
Scott de
1857 déclarait qu'un Noir était « un être…
d'un ordre inférieur et tout à fait inapte à la
fréquentation de la race blanche… et à ce point
inférieur qu’il n’avait aucun droit que l'homme
blanc fût tenu de respecter. »
[28]
« Constitutionnel »,
pour les saints, n'est pas une simple disposition légale selon
laquelle quelque chose devient moral et approprié (ou immoral
et inapproprié) simplement parce qu'un organe de l’État
le déclare tel.
C’est au contraire un raccourci pour désigner une
loi conforme aux commandements de Dieu concernant le libre
arbitre
moral.
Prétendre le contraire, c’est
accepter le point de vue que l’État est en fin de compte
plus important que Dieu ou que la conscience individuelle.
Ce
qui soulève un problème-clef :
Si
les décisions de la Cour suprême n'étaient pas
« constitutionnelles » dans le sens où
l’entendaient les saints, pourquoi Wilford
Woodruff
a-t-il publié le Manifeste, qui disait abandonner la pratique
de la polygamie ?
Comme
nous l’avons déjà vu, la désobéissance
civile présuppose un certain nombre de principes.
Un
concept-clef est que l'on peut moralement désobéir à
l'autorité civile, mais que l’on doit être prêt
à accepter les conséquences de la désobéissance
si elles se présentent.
D’une
manière générale, les mormons étaient au
courant des lois qui leur interdisaient la pratique de la polygamie
ou de la cohabitation
;
ils
connaissaient aussi les sanctions judiciaires en cas de
désobéissance.
Leur
décision de désobéir exigeait aussi une décision
d'accepter les conséquences.
C'est
là un principe important : la désobéissance
civile comporte le risque d'anarchie générale si les
autres citoyens voient que l’on peut désobéir à
la loi sans risquer de conséquences [29].
Le
pouvoir
moral et politique de la désobéissance civile découle
de la volonté de certains de risquer des châtiments
civils plutôt que de violer leur conscience.
Cela
peut avoir pour effet de mobiliser l'opinion publique en leur faveur
;
cela assurera
que l’État ne peut pas l’emporter sur la
conscience.
Les
saints étaient disposés à souffrir
considérablement pour leur foi : les pénalités
civiles qu'ils subirent en vertu des décrets contre la
polygamie
étaient vraisemblablement moins pénibles que les viols,
les meurtres et les spoliations qu'ils avaient déjà
supportés au Missouri et en Illinois.
Mais
les saints n’étaient pas disposés à
accepter une nouvelle perte pour leur foi.
Comme le dit le
Manifeste de 1890 :
« Attendu
que le Congrès a passé des lois interdisant les
mariages pluraux, lois qui ont été déclarées
constitutionnelles par la Cour suprême, je déclare par
la présente mon intention de me soumettre à ces lois et
d'user de mon influence auprès des membres de l'Église
que je préside pour qu'ils fassent de même.
[30]. »
Le
Manifeste ne concède nulle part que les lois sont
constitutionnelles dans le sens compris par les saints ;
il
admet simplement le fait indiscutable que les tribunaux les ont
déclarées telles.
Le
président Woodruff
s’est simplement déclaré disposé à
demander le renoncement à la pratique de la désobéissance
civile en la matière.
Il
a plus tard expliqué son raisonnement :
« La
question est celle-ci: Quelle est, pour les saints des derniers
jours, la politique la plus sage à adopter: continuer à
tenter de pratiquer le mariage plural, à l'encontre des lois
du pays, face à l'opposition de soixante millions de
personnes, et au prix de la confiscation et de la perte de tous les
temples et de l'arrêt de toutes les ordonnances qui s'y font,
tant pour les vivants que pour les morts, et l'emprisonnement de la
Première Présidence et des Douze, et des chefs des
familles de l'Église, et la confiscation des biens privés
du peuple (toutes choses qui par elles-mêmes mettraient fin à
la pratique); ou, après avoir souffert comme nous l'avons fait
parce que nous suivions ce principe, cesser la pratique et nous
soumettre à la loi et, ce faisant, laisser les prophètes,
les apôtres et les pères chez eux, pour qu'ils puissent
instruire le peuple et vaquer aux devoirs de l'Église, et
aussi laisser les temples entre les mains des saints, afin qu'ils
puissent vaquer aux ordonnances de l'Évangile, tant pour les
vivants que pour les morts ? »
[31]
Les
saints continuèrent à affirmer que la pratique de la
polygamie était le fait d’un commandement divin et
faisait partie de leur religion.
Cependant,
ils ne voulaient pas poursuivre leur politique de désobéissance
civile ouverte et publique et risquer les conséquences plus
graves qui s'ensuivraient en vertu de la loi Edmunds-Tucker
et des décrets apparentés.
Ils
étaient forcés soit de renoncer à leur pratique
publique du mariage
plural,
soit d’accepter la saisie des biens de l’Église,
l’arrêt de l’œuvre du temple/du scellement
et
la
pratique publique du mariage
plural.
Ils
choisirent l'option qui faisait le moins violence à leurs
croyances : pour la plupart, c’était d’abandonner
les tentatives de vivre publiquement le mariage
plural.
On
a dit que l’Église n’aurait dû utiliser
que des
moyens légaux plutôt que la désobéissance
civile pour contrer les lois contre la polygamie.
Ce
point de vue ne tient pas compte de la croyance des saints que Dieu
leur avait commandé d'instituer la pratique et que par
conséquent ils n’avaient pas besoin de la bénédiction
de qui que ce soit d'autre.
Le
fait d'attendre aurait de nouveau exigé d’eux qu’ils
donnent la préséance à l’autorité
séculière par rapport à leur conscience.
Deuxièmement,
certains saints semblaient croire que le gouvernement était
disposé à autoriser une non-application
bienveillante de la loi.
Selon
ce point de vue, le gouvernement allait décréter des
lois pour satisfaire ceux qui critiquaient la polygamie, mais ne les
imposerait pas énergiquement.
Quand
il signa la première législation contre la polygamie
en 1862, Abraham Lincoln aurait
dit à
Thomas B.H. Stenhouse,
un messager mormon de Salt Lake City : « Retournez
dire
à Brigham
Young
que s'il me laisse la paix, je lui laisserai la paix [32]. »
Cette
politique de non-intervention donnait aux saints tout ce qu'ils
voulaient vraiment : le droit de pratiquer leur religion, et par
conséquent ils étaient probablement peu disposés
à attirer indûment l’attention en protestant
contre une loi qui n'était pas appliquée [33].
Troisièmement,
d'un point de vue juridique, il est souvent impossible de contester
une loi injuste tant qu’on n’est pas mis en accusation en
vertu de cette loi.
Étant donné qu’il était extrêmement
improbable que le
Congrès des États-Unis accepte le moindre appel de la
part des mormons sur ce sujet, les options législatives
étaient exclues.
La
décision de Joseph Smith de faire campagne pour la présidence
des États-Unis, souvent présentée par les
détracteurs comme une preuve de mégalomanie, était
en réalité une façon saine de traiter ce
problème et un des rares moyens légaux restants pour
obtenir réparation de diverses injustices.
Cela donnait
aux saints une chance légale (bien que petite) d'influencer
les actions de l’exécutif et du législatif.
Les
tribunaux étaient donc le seul moyen pour l’Église
de l’emporter, mais il fallait qu’elle soit accusée
de violer la loi pour qu’une action en justice puisse commencer
et qu’il soit possible d’aller en appel auprès de
la Cour suprême.
Pendant
le mouvement américain pour les droits civiques, le NAACP
prit la décision calculée de violer les lois du Sud à
propos de l’attribution des places dans les bus, sachant qu’il
était possible de les contester en vertu des statuts
ségrégationnistes.
Plainte étant portée, les
Noirs pourraient demander réparation devant les tribunaux.
En
dépit de leur décision d’avoir recours à
la désobéissance civile, les saints employèrent
également
des processus
démocratiques plus traditionnels tels que des pétitions
auprès des dirigeants
du gouvernement et l'utilisation
des lobbies au Congrès pour argumenter leur point de vue [34].
Gandhi
a donné cet avertissement :
« La
désobéissance, pour être civile, doit être
sincère, respectueuse, avoir de la retenue, ne jamais être
provocatrice, être basée sur quelque principe bien
compris, ne pas être capricieuse et, surtout, ne pas receler de
la malveillance ou de la haine. »
[35]
Il
est clair que les saints répondaient à tous ces
critères.
Seule
une conviction sincère pouvait inciter ces saints de
Nouvelle-Angleterre à mettre la polygamie en vigueur.
Le
principe sur lequel ils se basaient, la liberté religieuse,
était clairement cher à leur cœur, parce qu’ils
avaient à diverses reprises souffert d'énormes
privations pour cette raison.
Et
les dirigeants
de l’Église exprimèrent encore et encore leur
volonté de négocier avec les États-Unis et de
soutenir ses formes constitutionnelles [36].
Fausse
analogie avec le débat sur « le mariage gai »
Certains
ont trouvé ironique et même contradictoire le fait que
l’Église actuelle s'oppose à la légalisation
du « mariage gai » étant donné sa
lutte pour la polygamie dans le passé.
Cependant
cette objection confond deux questions bien distinctes.
Dans
le cas de la polygamie, l’Église n'a jamais demandé
que ses options en matière de mariage soient tolérées
ou légalement reconnues
par l’État.
Elle n’a jamais non plus demandé
que d'autres approuvent sa religion ou son mode de vie.
Elle n’a
pas demandé d’avantages légaux pour les
conjoints, qui n'étaient pas légalement des « épouses »
au sens civil du terme.
Tout ce qu’elle demandait, c’était qu’on la
laisse tranquille,
qu’on lui permette d’exercer ses droits en matière
de citoyenneté et qu’on ne lui inflige pas de
persécutions illégales.
Et
il y eut effectivement une période de détente après
l'engagement d'Abraham
Lincoln de laisser Brigham
Young
et les mormons en paix, s’ils lui laissaient la paix.
L'Église
ne conteste pas le droit de ceux qui souhaitent se livrer en privé
à des actes homosexuels de le faire, bien qu'elle considère
un tel comportement comme malavisé et pécheur.
Nulle
part en Amérique les homosexuels et les lesbiennes ne se
voient systématiquement refuser le droit de vote ou le droit
de posséder des biens et d’en jouir en paix.
À
la différence des mormons du
XIXe siècle,
la communauté homosexuelle du
XXIe siècle
est tout à fait libre d’entretenir des relations
sexuelles en privé avec tout autre adulte consentant sans être
privée de ses droits civiques, emprisonnée ou talonnée
par des agents du gouvernement
(les
lois désuètes qui demeurent des exceptions à
cette règle semblent destinées à la corbeille et
à ne jamais être appliquées étant donné
la décision récente de la Cour suprême qui a
cassé les lois du Texas sur la sodomie [37]).
Chose significative, la
décision de la Cour suprême n'a pas nécessité
de redéfinition du mariage pour que réparation soit
accordée aux plaignants homosexuels. Absolument rien n’empêche
les homosexuels qui le souhaitent d’établir des rapports
privilégiés entre eux, pas plus que les couples
hétérosexuels qui vivent ensemble sans se marier.
En
revanche, « les droits matrimoniaux » demandent
que la société approuve et soutienne ce genre de
rapports.
La
société pourrait en toute légitimité
décider de refuser d'approuver le mariage gai – ou les
mariages polygames – et s'abstenir d’accorder un appui
social à de tels rapports.
C'est
tout autre chose que d'interdire à d'autres de pratiquer leurs
convictions et leurs goûts personnels et religieux en privé
et de les harceler à coups de lois et de procès.
Ceux qui pratiquent l’homosexualité
ont déjà les droits que les mormons ont demandés
en vain.
Les
adversaires de la polygamie ou les partisans du mariage gai
prétendent parfois qu'au moins les mariages gais sont des
rapports consensuels d'adultes, alors que les pratiques polygames
impliquaient souvent la coercition pour les femmes ou le mariage de
personnes trop jeunes.
Cette
différence, disent-ils, signifie que la polygamie doit être
interdite.
Il
faut cependant être conscient du fait que des problèmes
tels que la coercition, l’abus de confiance ou « le
détournement de mineure » ne sont pas des problèmes
propres à la polygamie, à l'homosexualité ou à
toute autre forme de rapports intimes.
Il
existe déjà des options juridiques pour contrôler
ces maux.
Quand
ils se produisent dans les sociétés monogames, on
n'interdit pas la monogamie,
on punit le délit dans chaque cas.
Ne
mourez pas pour rien
La
décision d’avoir recours à la désobéissance
civile est toujours complexe.
On
serait en droit de se demander pourquoi l’Église a voulu
résister avec une telle énergie aux lois des États-Unis
au dix-neuvième siècle, alors que l’Église
du vingt et unième siècle ne désobéit pas
ouvertement à la loi dans certaines des nations les plus
dictatoriales du monde.
On
laisse même entendre que le « droit » de
pratiquer la polygamie est relativement insignifiant, qui ne mérite
pas les sacrifices qui ont été faits pour lui.
La
réponse est tout simplement que les saints considéraient
le commandement de pratiquer le mariage
plural
comme divin et inviolable.
Cependant,
comme nous l’avons vu, la désobéissance civile
présuppose que le protestataire est disposé, en
principe, à accepter le châtiment civil s’il est
appliqué.
Par
exemple, si la peine de mort est la sanction d’une pratique
religieuse, on pourrait décider que la désobéissance
civile constitue un coût trop élevé pour le peu
qu’il y a à gagner.
C'est
un point important, qui sera approfondi dans la prochaine section,
mais qui explique pourquoi la désobéissance civile
ouverte n'a été pratiquée comme politique que
lorsque les saints ont été quelque peu protégés
par la distance géographique et l'isolement.
La
décision d’obéir à une loi doit reposer
sur la conscience.
Si
une liberté essentielle est restreinte, peu importe le nombre
d'autres libertés qui existent.
Par
exemple, le prophète Daniel était conseiller
du roi de Babylone et avait probablement davantage de liberté
personnelle que la grande majorité de l'humanité
d’alors [38].
Cependant,
une seule loi, l’interdiction de prier son Dieu pendant un
mois, était une violation suffisante de sa conscience pour
qu'il ne soit pas disposé à dire : « Tant
pis, je suis libre de tant d'autres manières.
Cet
empiètement sur ma liberté est un prix acceptable à
payer »
[39]. Je
ne suis pas le premier à voir le parallèle : le
président John
Taylor
a fait la réflexion que « on a tendu un piège
politique à Daniel comme on nous en a tendu un. »
[40]
La
polygamie mormone était une institution décidément
religieuse.
La
prochaine section montre à quel point les décrets
contre la polygamie
étaient en fait une attaque contre l’Église en
tant qu'institution, démontrant que le problème n’a
jamais été porté principalement sur la polygamie
en
soi,
mais sur la volonté de mainmise de l’État sur la
pratique religieuse d'une minorité.
Mais
au-delà de la dimension religieuse, la plupart des gens
contesteraient l’affirmation que le droit de deux adultes
consentants d’avoir des relations sexuelles et/ou familiales
sans l’ingérence de l’État est une affaire
« insignifiante » dans les droits de l'homme.
Rien n’est
plus crucial ou privé, comme l’a démontré
Lawrence
contre le Texas
:
« Les
relations intimes entre adultes consentants… [font] partie de
la liberté protégée par les stipulations du
Quatorzième Amendement en matière de protection dans
l’application de la loi »
[41].
Voulons-nous
vraiment que l’État s’immisce dans l’alcôve
de ses citoyens ?
Si
deux femmes veulent partager le même homme et qualifier cela de
mariage, pourquoi irions-nous les poursuivre en justice quand le même
homme pourrait choisir une femme différente chaque soir
pendant une semaine, sans que quiconque au bureau du procureur ne
lève le petit doigt ?
Ni
l'un ni l'autre cas ne peut exiger le soutien
social ou l'approbation
de
son mode de vie (une considération que les partisans du
« mariage gai » reconnaissent rarement et
prennent grand soin de ne pas mentionner), mais pourquoi harceler et
emprisonner l’un tandis qu’on laisse l'autre strictement
en paix ?
John
Stuart Mill, dans son ouvrage classique sur la liberté civile,
utilise même les « Mormonites »
comme exemple.
Mill
considérait l’Église comme étant « le
produit d’une imposture flagrante » [42] et pourtant
il fait remarquer :
« On
ne demande pas aux autres pays de reconnaître
de telles unions [polygames] ou d’exempter une partie
quelconque de leurs habitants de leurs propres lois à cause
des opinions mormonites.
Mais
quand [les mormons] ont cédé aux sentiments hostiles
des autres bien au-delà de ce que l’on pourrait exiger
d’eux à bon droit [en étant chassés] ;
quand
ils ont quitté les pays pour lesquels leurs doctrines étaient
inacceptables et se sont installés dans un coin isolé
de la terre, qu'ils ont été les premiers à
rendre habitable pour l’homme,
il
est difficile de voir en vertu de quels principes si ce n’est
ceux de la tyrannie on peut les empêcher d’y vivre en
vertu des lois qui leur plaisent, à condition qu’ils ne
commettent aucune agression contre d’autres nations et
permettent à ceux qui sont mécontents de leur façon
de vivre de s’en aller librement…
« Tant que les
victimes de la mauvaise loi n'appellent pas les autres collectivités
à l’aide, je ne vois pas pourquoi des personnes qui
n’ont absolument rien à voir avec eux devraient
intervenir et exiger qu'il soit mis fin à un état de
choses dont tous ceux qui sont directement concernés semblent
être satisfaits, tout simplement parce que cela scandalise des
gens qui vivent à plusieurs milliers de kilomètres de
là et que cela ne regarde pas. »
[43]
Polygamie
et mensonge
Les
détracteurs accusent Joseph Smith et ses successeurs d’avoir
fait des déclarations
publiques répétées dans lesquelles ils cachaient
ou niaient carrément et sciemment la pratique de la polygamie.
Ils prétendent que
cette malhonnêteté est moralement contestable et en
contradiction avec les principes dont l’Église se
revendique.
La
notion de « désobéissance civile »
est essentielle pour qui veut comprendre les cas dans lesquels Joseph
Smith ou d'autres membres de l’Église n'ont pas été
francs au sujet de la pratique de la polygamie.
Comme
l'obéissance à la loi civile, l'honnêteté
et l'intégrité sont des valeurs fondamentales pour
l’Église de Jésus-Christ.
En
effet, le succès avec lequel les détracteurs ont pu
perturber les membres de l’Église avec des histoires de
polygamie et de tromperies est, d'une certaine manière, un
compliment à l’Église.
Si
l’Église en tant qu’institution avait l’habitude
d’enseigner à ses membres à traiter la vérité
avec légèreté, la découverte que Joseph
Smith ait trompé d'autres personnes au sujet de la polygamie
ne perturberait pas grand monde.
Mais
parce que l’Église, contrairement à ce
qu’essaient de faire croire certains détracteurs,
enseigne véritablement à ses membres à aspirer à
mener une vie d’une haute rectitude morale, la découverte
que la polygamie s’est accompagnée de tromperie peut
être passablement choquante. On peut tomber dans la désillusion
si l’on suit les détracteurs en supposant que parce que
Joseph a de temps en temps trompé d'autres personnes dans ce
contexte bien précis, il a donc dû mentir sur tout le
reste et avoir été absolument indigne de confiance.
Mais,
comme nous l’avons vu, la pratique de la polygamie doit être
considérée dans son contexte moral en tant qu’acte
de dévotion religieuse au lequel les saints n’étaient
pas disposés à renoncer simplement parce que l’État
ou la société le désapprouvait.
Mensonges
au sujet de la polygamie pendant l'ère de Nauvoo
Les
« mensonges » au sujet de la polygamie qui se
sont produits pendant la période de Nauvoo
sont en partie liés à cette même désobéissance
civile.
Un
exemple tiré de la réalité concrète sera
utile.
Imaginons un
membre de l’Église vivant en Hollande dans les années
1940.
Les
lois établies commandent la déportation de tous les
Juifs vers un destin effroyable.
Un
membre de l’Église pourrait décider (comme
beaucoup de Néerlandais courageux
l’ont fait)
qu'une telle loi n'a aucune valeur morale, qu’il serait même
immoral d’y obéir.
Le
membre de l’Église pourrait en outre décider
qu'il est moralement tenu de cacher une famille de Juifs dans son
grenier.
Un
jour, une équipe de SS arrive, frappe à la porte, et
exige de
savoir
si le membre de l’Église sait
où il y a des Juifs.
Le
membre a plusieurs choix :
1. Il peut décider que
« l’honnêteté » est la plus haute des valeurs morales et révéler
l'endroit où se trouvent les Juifs qu’il cache
2. il peut refuser de répondre à
la question en se taisant
3. il peut déclarer qu'il n'est
pas disposé à obtempérer et qu’il ne répondra pas à la question
4. il peut mentir aux SS
allemands et peut aussi devoir mentir à ses amis et à ses voisins pour
les empêcher de révéler le
secret
Quel
est le bon choix sur le plan moral ?
Il
est inconcevable que l'honnêteté puisse l’emporter
sur la vie des Juifs. Aussi, l'option 1 est exclue.
Il
n’y a aucune chance pour que l’officier SS passe
paisiblement son chemin si l’homme se tait ou refuse de
répondre. Par conséquent, si l’on choisit
l’option 2 ou la 3, cela aura simplement comme conséquence
que les Juifs seront découverts et que le membre de l’Église
et sa famille subiront les conséquences de leur désobéissance
à la loi civile.
Il
me semble que l'option la plus morale – que le membre fasse son
devoir vis-à-vis de ses protégés juifs, de sa
conscience et de sa famille – exige de lui qu’il mente
aux SS.
Ne
l’oubliez pas : quelqu'un qui opte pour la désobéissance
civile doit accepter le risque d’être châtié.
Les
Hollandais qui ont été pris à héberger
des Juifs ont souffert considérablement pour leur intégrité,
mais ils ont apparemment considéré que ce risque en
valait la peine pour maintenir cette intégrité.
On
ne peut pas se plaindre si la tromperie à l’égard
des autorités civiles est
découverte
et punie : c’est le prix de la désobéissance
civile pour des raisons morales.
Mais
on n'est pas moralement tenu de participer aux poursuites judiciaires
contre soi-même ou d'autres pour avoir enfreint des lois que
l’on considère comme immorales.
Une
analogie avec la pratique moderne de l’Église peut
illustrer certaines des difficultés.
Supposons que
les membres actuels de l’Église ont fait des alliances
dans le temple, mais non seulement ils font
alliance
ne pas révéler certains concepts, mais ils promettent
de ne même pas révéler l'existence de la dotation
du temple elle-même.
Que
ferait un membre de l’Église si un apostat
l’abordait publiquement en lui posant des questions sur des
sujets sur lesquels il a promis de garder le secret ?
Garder le
silence
ou décider d’en « appeler au Cinquième
Amendement », ce serait faire le jeu de ses ennemis parce
que cela reviendrait à confirmer efficacement l'histoire que
le membre ne veut pas nier.
Il
ne peut pas rester fidèle à ses alliances
s'il répond par l'affirmative ;
nier
ce que l'apostat
dit, c’est tromper.
C'est
précisément dans cette situation que certains membres
de l’Église de l’époque de Nauvoo se sont
trouvés.
Ils
n'avaient pas de choix idéal et ont donc fait de leur mieux
pour suivre Dieu en dépit de circonstances indépendantes
de leur volonté.
Joseph
n'a-t-il pas trompé les membres de l’Église ?
Certains
sont prompts à faire remarquer que ce n’est pas
seulement au gouvernement ou aux non-membres que Joseph Smith a
menti, mais aussi aux membres de l’Église.
C’est
naturellement oublier que faire l'annonce publiquement à
l’Église revient à la même choser que
mettre tout le monde au courant.
Cette
accusation passe aussi sous silence certaines données
essentielles. Joseph n'essayait pas simplement de faire ce qui lui
plaisait en laissant les autres dans l’ignorance. Il voulait
absolument enseigner le principe du mariage
plural
à qui l'accepterait ;
des
dirigeants
de l’Église tels que Hyrum
Smith et les Douze y furent initiés.
C'est
un comportement étrange pour un imposteur, puisque chacun de
ces hauts dirigeants
de l’Église était en mesure de le dénoncer
et de causer sa perte.
(Joseph
avait eu une grande expérience de tels scénarios, étant
donné le départ précédent de
personnalités clefs telles que les trois témoins
et de plusieurs des douze apôtres originels pendant l'apostasie
de
l’époque de Kirtland.)
Selon une source, la doctrine fut enseignée à plus de
cent adultes à Nauvoo
avant l’assassinat de Joseph [44].
N’aurait-il
pas mieux valu simplement se taire au sujet de la polygamie si Joseph
n’était qu’un dirigeant
libidineux
?
Or Joseph
persista à essayer de présenter « le
Principe » à d’autres.
Il
fit même quelques efforts pour enseigner le mariage
plural
publiquement ; il semblait disposé à accepter le
risque de la part des non-membres si l’Église le
soutenait.
Heber
C. Kimball
a écrit en 1882 :
« Un
matin de sabbat
de 1841,
avant que les apôtres ne rentrent d’Europe, [Joseph]
étonna ses auditeurs en prêchant sur le rétablissement
de toutes choses et dit qu’il en serait de nouveau comme il en
avait été anciennement pour Abraham,
Isaac
et Jacob,
etc. »
[45]
Un
journal intime contemporain décrit la réaction :
« Quand
le prophète ‘est allé manger’, écrit
[Joseph Lee]
Robinson,
comme il fallait s’y attendre, plusieurs des principales femmes
de l’Église se sont réunies chez le Prophète
avec sa femme [et] ont dit au Prophète Joseph : ‘Ô
Monsieur Smith, vous y êtes allé trop fort, cela n’ira
jamais, tout cela n’est que du blasphème, vous devez
retirer ce que vous avez dit c’est scandaleux cela va causer la
perte de notre peuple.’ Alors, au cours de la session de
l’après-midi, Smith a repris la parole, selon Robinson,
et a dit : « Frères et sœurs, je retire
ce que nous avons dit ce matin et laissons les choses comme si rien
n’avait été dit. »
[46]
Robinson
estime que cette réaction n'était pas inattendue ;
et pourtant,
Joseph quand même essayé.
Notez
que Joseph ne revient pas l'après-midi pour nier la doctrine ;
il
la soustrait simplement au débat public.
Une fois les Douze revenus, il allait se mettre à
la leur enseigner.
Heber
rapporte aussi la réaction négative d'Emma
et d'autres :
« Il
a parlé si clairement que sa femme, Emma,
ainsi que d'autres en ont été tout en émoi.
Voyant
l'effet que son sermon leur faisait, il les a consolées
l'après-midi en disant que le temps dont il avait parlé
pourrait être plus éloigné qu'il ne le pensait. »
[47]
George
A. Smith fait une allusion au même épisode ou à
un épisode semblable basée sur les écrits des
personnes présentes :
« Le
Prophète monte sur l’estrade et après avoir
prêché sur tous les autres sujets possibles et
imaginables, fait finalement allusion à l'idée de la
loi de la rédemption,
fait une allusion simple à la loi du scellement
et cela produit une excitation si énorme que, dès qu'il
a mangé la moitié de son dîner, il a dû
retourner en chaire et revenir sur tout ce qu'il avait prêché
et a laissé le peuple deviner ce qu’il avait voulu dire.
Tandis
qu'il prêchait ainsi, il s'est tourné vers les hommes
qui étaient assis sur l’estrade et qui étaient
les hommes qui auraient dû le soutenir, par exemple vers notre
bon vieux président Marks, William et Wilson Law et frère
Cowles,
et un certain nombre d'autres personnalités de Nauvoo,
car ceci s’était produit quand les Douze étaient
dans l’Est des États-Unis, et a dit : « Si
je devais révéler
les choses que Dieu m’a
révélées,
si je devais révéler
à
ce
peuple
les points de doctrine que je sais être pour son exaltation,
ces hommes verseraient mon sang. »
[48]
Joseph
considérait que la doctrine était essentielle pour
l’Église [49] et il semblerait qu’il ait donné
aux membres de l’Église au moins une occasion publique
d'entendre parler du mariage
plural,
mais ils l'ont refusé.
Alors
Joseph a continué à enseigner la doctrine, mais en
privé.
D'autres
membres plus fidèles doivent-ils se voir interdire la
connaissance que certains ont refusé de recevoir ?
Dans
les dernières années de sa vie, Joseph a à
plusieurs reprises déploré le fait que tous les membres
n'accepteraient pas ce qu'il voulait enseigner.
En 1839, il lançait, depuis Liberty, l’avertissement :
« Où
est l'homme qui est autorisé à mettre son doigt sur
l’endroit sensible et dire : Tu iras jusqu'ici et pas plus
loin :
il
n'y en a pas.
Recevons
donc le tout ou rien du tout »
[50]. Wilford
Woodruff
a cité Joseph en 1841 :
« Certains
disent que Joseph est un prophète déchu parce qu'il ne
communique pas davantage de la parole du Seigneur »,
reconnut-il lors d'une réunion en décembre 1841 avec
les Douze.
« Pourquoi
n’en communique-t-il pas ? »
demanda-t-il
alors.
« Sommes-nous
capables de la recevoir ?
Non
(dit-il), pas un seul dans cette pièce. » [51]
Joseph
remarqua en 1843 que « beaucoup scellent la porte du ciel
en disant : Dieu peut révéler
jusqu’ici et je croirai, mais pas davantage. » [52]
Ces
facteurs ajoutent une complication morale supplémentaire à
la question :
Que
doit faire un prophète si la majorité du peuple n’est
pas encore prête à accepter un enseignement ?
Doit-il malgré tout l'annoncer
publiquement et risquer la colère d’adversaires violents
qui chercheront à l'empêcher d'enseigner quoi que ce
soit ?
Doit-il ne rien enseigner
et permettre aux
moins fidèles
de décider que les
plus fidèles
ne peuvent pas
jouir de
la révélation de Dieu ?
Ou
doit-il opter pour la méthode de Joseph : garder la
doctrine privée et l’introduire à mesure que le
peuple l'accepte ?
Les
détracteurs, qui refusent de croire aux prophètes
modernes, trouveront pareille question oiseuse.
Mais
si nous laissons à Joseph le bénéfice du doute
avant de le condamner, c'est un problème que nous devons
traiter.
Comme
George A. Smith l’a dit, c’est un problème qui n’a
pas de solution claire et nette, toute trouvée.
Il dit à propos de
la période du temple de Kirtland,
qu'il applique ensuite par analogie à l’apostat William
Law et à la polygamie :
« Je
crois que si le Seigneur
avait à cette occasion révélé
un seul sentiment de plus ou franchi une seule étape de plus
pour
révéler
plus complètement la loi de la rédemption,
il nous aurait tous irrités.
Le
fait était qu’il n’aurait pas osé, pour
cette raison, nous révéler
un
seul principe de plus que ce qu’il avait révélé,
parce qu’il avait essayé, à maintes et maintes
reprises de le faire…
Il
était décidé cette fois d'être si prudent
et d’avancer l'idée si lentement, de la communiquer aux
enfants des hommes avec une telle prudence que, à tout hasard,
quelques-uns d’entre eux pourraient comprendre et obéir]. »
[53]
Secret,
polygamie et menaces de violence contre les saints
Une
source éminente sur la polygamie mormone dit que le secret
était la seule tactique possible pour établir la
polygamie dans l'Ouest américain du
XIXe siècle.
Richard
Van Wagoner relève à la fois l'illégalité
du mariage polygame et l'opposition sociale qu’elle suscitait :
« La
polygamie, acte délictueux en vertu des lois contre la bigamie
proclamées en 1833 par l'Illinois, était si
inacceptable pour la société américaine monogame
du
XIXe siècle
que Joseph ne pouvait l’introduire que sous le secret absolu. »
[54]
Le
point de vue de la désobéissance civile est encore
important, mais le tabou extrême que les contemporains de
Joseph imposaient à la polygamie – compréhensible
étant donné la susceptibilité victorienne de
l'Amérique du
XIXe siècle –
soulève une autre difficulté que nous n'avons pas
encore abordée.
Emma
Smith (qui n’était pas une fervente de la polygamie)
prétendait que l’assassinat de Joseph et de Hyrum
était dû à la polygamie [55].
Néanmoins,
l'affirmation d'Emma
doit être prise avec un grain de sel : son opposition à
la polygamie allait plus tard l'amener à nier que son mari
l'ait jamais pratiquée, ce qui fait que le mariage
plural
pourrait difficilement être la cause de son assassinat, comme
elle le prétendait au départ [56].
Cependant,
il ne peut y avoir aucun doute quant au fait que Joseph savait qu'il
risquait sa vie et celle de ses disciples
en prêchant ou en pratiquant la polygamie.
Sarah
M. Kimball
décrit l'attitude de Joseph en 1842 :
« Il
[Joseph] dit en enseignant ceci [la polygamie] qu’il se rendait
compte qu'il mettait sa vie en danger ;
mais
Dieu la
lui avait révélée
des années auparavant comme un privilège avec une
bénédiction, Dieu l'avait
maintenant révélée
de nouveau et lui avait dit de l'enseigner par commandement car
l’Église ne pourrait pas voyager (progresser) davantage
sans l’introduction de ce principe. »
[57]
Louisa
Beaman
écrit de même que Joseph a dit : « En
vous révélant
ceci, je mets ma vie entre vos mains, ne me livrez donc pas dans un
mauvais moment à mes ennemis »
[58]. Jane
Richards
se rappelle que la révélation de Joseph sur le mariage
plural
« ne devait pas être rendue publique pour le
moment », parce que « l’esprit d'émeute
était
déjà tout excité ». [59]
La
polygamie n'a certainement pas causé toutes les persécutions
que les saints ont supportées à Nauvoo.
Comme
Wilford
Woodruff
l’a observé, ils avaient subi des persécutions
avant que la polygamie ne pose un problème :
« ‘Mais,
dit le monde, vous professez croire à la polygamie, c'est pour
cela que vous êtes persécutés.’
Non,
vous êtes dans l’erreur à ce propos.
Les
pires persécutions que l’Église ait jamais
connues se sont produites avant que la polygamie ne lui soit
révélée.
Nous
avons eu plus de prospérité depuis que nous appliquons
cette loi et que nous nous efforçons de l'accomplir selon le
commandement de Dieu, que nous n’en avons jamais eu
précédemment. »
[60]
Ce
n'était pas là un simple vœu pieux de la part de
Wilford
Woodruff.
En
1877, J.H. Beadle, qui a participé à la publication de
beaucoup de littérature antimormone
pendant la période d’Utah [61], écrivait :
« Les
mormons ont eu plus d'ennuis avec le monde avant l’adoption de
la polygamie que depuis… la polygamie suffit comme bouc
émissaire, mais le problème est bien plus radical que
cela. »
[62]
Malgré
tout, la polygamie a certainement contribué à faire
sauter le baril de poudre qu’était Nauvoo.
Quand
Hyrum
Smith lut la révélation sur le mariage
plural
à la présidence du pieu
de Nauvoo
et au grand conseil, William Marks, Austin Cowles
et Leonard
Soby
refusèrent de la soutenir [63].
William
Law, son frère Wilson et d'autres utilisèrent
le numéro du 7 juin 1844 du Nauvoo
Expositor
pour
détailler les pratiques polygames de Joseph et pour l’accuser
de divers crimes, le qualifiant de « démon
sanguinaire et meurtrier…
sous forme humaine » [64] et de « sycophante,
dont les tentatives d’obtenir le pouvoir
n’ont pas de parallèle dans l'histoire… une des
canailles les plus noires et les plus viles qui soient apparues sur
la scène de l'existence humaine depuis l’époque
de Néron et de Caligula. »
[65]
La
décision du conseil municipal de Nauvoo
de supprimer l'Expositor,
tout en étant légale à l’époque
[66], aggrava une situation déjà tendue et fut
directement à l’origine de la reddition, de
l'incarcération et du meurtre de Joseph [67].
Orson
Hyde
se remémore l’époque de Nauvoo
et explique ce que pouvaient être les conséquences d’une
information publique :
« Dans
le passé, ils seraient passés par les mêmes
circonstances que certains des saints
des derniers jours
en Illinois.
Quel
effet cela aurait-il eu sur nous s’ils avaient su que bon
nombre d'entre nous avaient plus d'une femme quand nous vivions en
Illinois ?
Je suis sûr qu’ils nous
auraient démolis encore plus violemment qu’ils ne l’ont
fait. »
[68]
Il
est donc important de se rendre compte que prêcher publiquement
la polygamie – ou l'annoncer à l'ensemble des membres de
l’Église, informant de ce fait indirectement le grand
public – n'était tout simplement pas faisable.
Il
y a une obligation morale d'éviter la mort et la souffrance et
la décision de Joseph de cacher la polygamie au public ont
probablement évité un déchaînement de
violence qui aurait coûté la vie à certains de
ses disciples
et à des non-membres en Illinois.
Le
mensonge et les prophètes bibliques
Dans
tout traitement de la polygamie pendant la période de Nauvoo,
en particulier en rapport avec le caractère secret et les
prétendus mensonges qui entourent son introduction, les
questions en reviennent inévitablement aux textes bibliques.
Les
détracteurs affirment souvent que les prophètes
bibliques n'ont été jamais appelés à se
livrer au mensonge ou à faire des déclarations
publiques qui ne concordaient pas avec le comportement en privé.
Les
auteurs membres de l’Église citent souvent l’exemple
d'Abraham
[69] et d'Isaac
[70], qui tous deux ont trompé d'autres personnes au sujet de
leur état civil pour garantir leur propre protection, à
titre de précédent biblique pour la polygamie et ses
tromperies.
Il
y a, cependant, des exemples donnés dans l’Exode qui
sont plus dans
le sujet par rapport à la
situation à Nauvoo.
Le
premier est un exemple de désobéissance civile
sanctionné par Dieu.
Il
concerne les ordres meurtriers donnés par le pharaon aux
sages-femmes égyptiennes :
« 16 Il
leur dit : Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux et
que vous les verrez sur les sièges, si c'est un garçon,
faites-le mourir ; si c'est une fille, laissez-la vivre.
« 17
Mais les sages-femmes craignirent Dieu, et ne firent point ce que
leur avait dit le roi d'Égypte; elles laissèrent vivre
les enfants.
« 18
Le roi d'Égypte appela les sages-femmes, et leur dit:
Pourquoi avez-vous agi ainsi, et avez-vous laissé vivre les
enfants?
« 19 Les sages-femmes
répondirent à Pharaon : C'est que les
femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes ;
elles sont vigoureuses et elles accouchent avant l'arrivée de
la sage-femme. »
[71]
Les
sages-femmes se trouvent devant un ordre du chef de l'État qui
heurte leur moralité personnelle/professionnelle.
Elles
refusent de participer et trompent activement le pharaon. Elles vont
jusqu’à lui mentir, à lui ou à ses
représentants, pour que la tromperie continue ainsi que pour
(suppose-t-on) s’éviter son châtiment.
Les
versets
suivants montrent que Dieu approuvait leur action. Ce n’est pas
l’honnêteté qui est la valeur morale première,
c’est
l'obéissance
à la volonté de Dieu.
Le
deuxième exemple vient de l'appel prophétique de Moïse.
Le
Seigneur
parle à Moïse et dit :
« 17 et j'ai dit: Je vous ferai monter de
l'Égypte, où vous
souffrez, dans le pays des Cananéens, des Héthiens, des
Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et
des Jébusiens, dans un pays où coulent le lait et le
miel. »
[72]
Le
Seigneur
annonce son intention de libérer les Israélites de
l'esclavage.
Mais,
l’instant d’après, il dit
à Moïse ce qu’il doit dire
au pharaon, ce que doit être « l'histoire
officielle », si vous voulez :
« 18 Ils écouteront ta voix; et
tu iras, toi et les anciens
d'Israël, auprès du roi d'Égypte, et vous lui
direz: L'Éternel, le Dieu des Hébreux, nous est apparu.
Permets-nous de faire trois journées de marche dans le désert,
pour offrir des sacrifices à l'Éternel, notre Dieu. »
[73]
« La
version officielle » de Moïse et des dirigeants
israélites doit être qu'ils veulent seulement faire un
voyage de trois jours pour offrir des sacrifices.
Le
Seigneur
préconise donc ici une certaine tromperie.
Cela
va même jusqu’à tromper leurs voisins égyptiens
:
« 21 Je
ferai même trouver grâce à ce peuple aux yeux
des Égyptiens, et quand vous partirez, vous ne partirez point
à vide.
« 22 Chaque femme demandera à sa voisine
et à celle qui
demeure dans sa maison des vases d'argent, des vases d'or, et des
vêtements, que vous mettrez sur vos fils et vos filles. Et vous
dépouillerez les Égyptiens. »
[74]
Puisqu'ils
vont simplement faire des sacrifices, selon la version publique, les
Israélites doivent « emprunter » des
objets précieux aux Égyptiens.
Mais
l'intention réelle est clairement définie :
ils
doivent « dépouiller » (c.-à-d.
« piller ») les Égyptiens [75].
Le
pharaon n’est bien entendu pas dupe.
Il
semble bien se douter qu'il y a autre chose et que Moïse ne dit
pas tout à son public.
Il
propose toutes les sortes de compromis, apparemment dans le but de
s'assurer que les esclaves reviendront après avoir accompli
leur devoir [76].
Les
choses évoluent au point que le pharaon menace la vie de Moïse
en dépit des plaies et des signes [77].
Le
peuple est finalement libéré, mais une fois qu'il est
parti, le pharaon et ses conseillers
décident de
recourir à la violence et au massacre :
« 5 On
annonça au roi d'Égypte que le peuple avait pris la
fuite. Alors le cœur de Pharaon et celui de ses serviteurs
furent changés à l'égard du peuple. Ils dirent :
Qu'avons-nous fait, en laissant aller Israël, dont nous n'aurons
plus les services ?
« 6
Et Pharaon attela son char, et il prit son peuple avec lui.
« 7
Il prit six cents chars d'élite, et tous les chars de
l'Égypte ; il y avait sur tous des combattants.
« 8 L'Éternel endurcit le cœur de
Pharaon, roi d'Égypte,
et Pharaon poursuivit les enfants d'Israël. Les enfants d'Israël
étaient sortis la main levée. »
[78]
On
ne nous dit
pas
pourquoi le Seigneur
a dit à Moïse de traiter avec les Égyptiens comme
il l’a fait.
Il
est significatif que ce n’est pas à son initiative
personnelle que Moïse a adopté cette approche ;
seul
un commandement direct motive son comportement pas très franc.
On
peut toutefois faire des supputations : il est certainement
raisonnable de penser que les Égyptiens auraient des
intentions meurtrières à l’égard de leurs
esclaves qui voulaient partir.
Ils
sont prêts à agir en ce sens, en dépit des
fléaux, quand il devient incontestable qu'Israël
est parti pour de bon.
Si
Moïse avait annoncé qu'Israël
partait, qu’aurait été la réaction de la
cour du pharaon ?
Il est très possible que le fait que Moïse
n’a pas tout dit ait
sauvé
la vie à des Égyptiens aussi bien qu’à des
Israélites.
Il est certain que Dieu aurait pu employer un autre moyen.
Mais,
dans ce cas, la tromperie a été la tactique spécifique
qu'il a commandée.
Des
auteurs hostiles à Moïse
pourraient sans aucun doute exploiter cette situation avec de grands
effets rhétoriques : ils pourraient se moquer de
l’entorse faite ici par Moïse à la morale et
insister sur le fait que tout cela il l’a fait dans un but
financier.
Ils
pourraient contraster son comportement dans ce cas avec les
commandements « tu ne convoiteras point », « tu
ne porteras point de faux témoignage » et « tu
ne déroberas point » donnés plus tard au
Sinaï et faire observer que « emprunter »
quand on n’a pas l'intention de jamais revenir ressemble
beaucoup à du « vol ».
Mais
toutes ces attaques – comme les attaques contre Joseph –
présument la question résolue.
Elles
partent du point de vue que Moïse n'est pas un prophète.
Le
devoir le plus grand d’un prophète, ou de qui que ce
soit d’autre, est d'obéir à la parole du
Seigneur.
Mentir
pour le Seigneur
?
Les
détracteurs accusent depuis longtemps les saints des derniers
jours de mentir administrativement et systématiquement pour le
Seigneur,
ce qui reviendrait à appliquer l’adage : la (bonne)
fin justifie les moyens.
Je
ne crois pas que les textes bibliques préconisent une telle
politique, mais ils préconisent l’obéissance au
Seigneur.
On
n'utilise
pas
une tactique moralement contestable parce qu'on croit que la fin
justifie les moyens.
Dallin
H. Oaks
exclut toute doctrine de ce genre dans l’Église, tout
particulièrement dans le contexte de la polygamie :
« Certains
ont avancé qu'il est moralement permis de mentir pour
favoriser une bonne cause.
Par
exemple, certains mormons ont enseigné ou laissé
entendre que le mensonge est acceptable si l’on ment pour le
Seigneur…
Pour ce qui est de
notre Église et de notre culture, les accusations les plus
courantes de mensonge pour le Seigneur
tournent autour de l’introduction, de la pratique et de la
cessation de la polygamie.
Toute cette question de polygamie
a été un terrain fertile pour la tromperie.
Les historiens n’ont aucun mal à citer
des dirigeants
et des membres de l’Église dans des déclarations
qui
justifient, nient ou déplorent l’existence de tromperie
dans l’application de cette pratique religieuse. »
[79]
Frère
Oaks en arrive alors au point crucial :
il
y a des moments où les impératifs moraux s'opposent.
Sauve-t-on
sa famille
et les Juifs que l’on cache ou dit-on
la vérité aux nazis ?
Démembre-t-on les
familles polygames, abandonne-t-on les épouses sans soutien ou
dit-on
toute
la vérité ?
On
ne peut pas faire les deux : cela ne se discute pas.
Frère Oaks note
:
« Cela
me fend le cœur quand je lis des situations dans lesquelles
épouses et enfants se voient mis devant le choix terrible
entre mentir au sujet du lieu ou de l'existence d'un mari ou d'un
père d'une part ou dire
la vérité et le voir emprisonné de l'autre.
Ce
n'étaient pas là des dilemmes théoriques.
Un
père en prison, cela voulait dire pas de nourriture sur la
table ni de combustible dans l’âtre.
Ces
choix difficiles impliquaient un affrontement entre des émotions
et des besoins fondamentaux tels que le respect de la vérité
contre le besoin d'une présence aimante et d’une
protection contre le froid et la faim.
« J’ai
également compassion pour les dirigeants
de l’Église qui étaient pris en étau entre
leur dévouement envers la vérité et leur
dévouement pour leurs épouses et leurs enfants et les
uns pour les autres.
Dire
la vérité, cela pouvait signifier trahir une confiance
ou une cause ou envoyer un frère en prison.
Pareil
choix n’est pas un cas d’école ! »
[80]
Les
actes de gens
mauvais peuvent mettre les saints dans des situations dans lesquelles
ils ne peuvent pas s’acquitter de tout ce qui est moralement
exigé d’eux.
Dans
des circonstances aussi difficiles, seule la révélation
– donnée à l’Église collectivement
et aux personnes – peut espérer nous montrer ce que Dieu
voudrait que nous fassions.
Il est
extrêmement difficile de juger de tels cas ;
il
est également hypocrite de la part des détracteurs de
l’Église d’attirer l’attention sur de telles
situations sans fournir le contexte qui était à la base
de leurs choix et qui les rendait si déchirants. Comme le dit
frère Oaks :
« Je
ne sais que penser de tout ceci, si ce n’est que je suis
heureux de ne pas devoir affronter
les pressions que ces braves gens
ont
dû affronter.
Ils ont toute ma sympathie pour leur
courage et leurs sacrifices dont je suis le bénéficiaire
direct.
Je
ne les jugerai pas.
Ce
jugement-là appartient au Seigneur,
qui connaît toutes les circonstances et le cœur des
acteurs, ce qui est un niveau de compréhension et de sagesse
que ne maîtrisent pas même les historiens les mieux
informés. »
[81]
Chaque
cas doit être jugé selon ses mérites.
Certains
membres ou dirigeants
de l’Église ont-ils fait de mauvais choix ?
Probablement
– ni eux ni nous ne prétendons à
l’infaillibilité.
Je pense cependant que, d’une manière générale,
il est clair que
les membres de l’Église n’ont pas « menti »
ou « trompé » parce que c’était
commode ou parce que cela favoriserait « la cause ».
Ils
ont menti parce qu’il y avait conflit entre des obligations
morales et qu’ils ont choisi l'option qui faisait le moins de
tort à leur sens moral.
Ils avaient heureusement
la révélation personnelle pour les guider.
Frère
Oaks conclut :
« Je
me pose la question : Si certains de ces dirigeants
ou membres mormons ont menti, que faut-il en conclure ? Je
rejette une conclusion qui affirme ou implique que cet exemple prouve
que le mensonge est moralement permis ou que le mensonge est une
tradition ou même un état de choses toléré
dans la communauté mormone ou parmi les dirigeants
de notre Église.
Ce
n'est pas le cas. »
[82]
Étant
donné le fait que certains dirigeants
de l’Église ont trompé d'autres personnes au
sujet de la polygamie, il est raisonnable de se demander si ces
dirigeants
ont également menti sur d'autres sujets.
Heureusement,
une doctrine-clef de l’Église est que personne n’est
tenu de croire quelqu’un d’autre sur parole – « que
l'homme ne conseille pas son semblable et ne place pas sa confiance
dans le bras de la chair, mais… que chacun parle au nom de
Dieu, le Seigneur, le Sauveur du monde. » [83]
Ceci
ne s'applique pas seulement à la polygamie ;
cela concerne tout
commentaire
sur un témoignage.
Joseph
a affirmé beaucoup d’autres choses qui pourraient nous
rendre sceptiques : apparitions
de Dieu et de Jésus, anges, plaques
d'or,
et tout le reste. Il a dit
:
« Sondez
les Écritures: sondez les révélations que nous
publions et demandez à votre Père céleste, au
nom de Jésus-Christ, de vous manifester la vérité,
et si vous le faites en n’ayant en vue que sa gloire, sans
douter, il vous répondra par le pouvoir de son Saint-Esprit.
Vous saurez alors par vous-même et non par quelqu’un
d’autre. Alors la connaissance que vous aurez de Dieu ne
dépendra pas de l’homme; il n’y aura pas non plus
de place pour les supputations. »
[84]
Aucun
membre de l’Église n'est obligé de croire
aveuglément les dirigeants
passés ou présents,
mais nous devons au moins examiner leurs décisions avec un
minimum de charité et être conscients des
nombreux facteurs qui ont pu contribuer à leurs choix,
particulièrement quand nous en savons tellement peu sur
certains d'entre eux.
Mensonges
sur la polygamie en Utah, avant 1890
Gandhi
a fait observer qu'une campagne morale de désobéissance
civile requiert une atmosphère de sécurité
relative :
« Il
devrait être évident que la résistance civile ne
peut pas s'épanouir dans une atmosphère de violence.
Cela
ne signifie pas que les ressources de [résistance] sont
épuisées.
Il faut découvrir d’autres
moyens que la désobéissance civile. » [85]
L'Illinois
correspond certainement à cette description : les menaces
de violence étaient toujours présentes et finirent par
se concrétiser.
Cependant,
une fois que l’Église se fut installée en Utah,
les saints pouvaient être plus ouverts au sujet de la pratique
de la polygamie sans que des menaces aussi graves ne pèsent
sur les innocents.
Le
journal de Lorenzo
Snow,
qui donne des détails sur l'exode d'Illinois, observe :
« Nous
ressentions une grande joie d’avoir fait ce que nous avions
déjà fait pour nous libérer du
pays de
l’oppression gentile
et nous avions l’impression de pouvoir respirer plus librement
et parler entre nous avec moins de circonspection que jusqu’à
présent des choses dans lesquelles Dieu nous avait rendus
libres. »
[86]
La
première annonce officielle eut lieu en 1852, pourtant Brigham
Young
dit
en 1851 au gouvernement territorial : « J'ai beaucoup
[d’épouses] et je n'ai pas honte que cela se sache »
[87]. Toutes
les craintes que Joseph ou d'autres avaient pu avoir pour la sécurité
des saints si la polygamie était annoncée étaient
manifestement bien fondées.
B.H.
Roberts
écrit :
« Il
ne fait aucun doute qu'au début [l'annonce officielle du
mariage
plural]
ait donné aux adversaires de l’œuvre un grand
avantage ;
car
de toutes les missions étrangères sont venus des
rapports d'opposition accrue ayant pour résultat, dans
beaucoup de cas, des violences de la part d'émeutiers. »
[88]
Dans
toute la dernière moitié du dix-neuvième siècle,
l’Église fut célèbre pour ses pratiques
polygames.
En
dépit des pressions accrues de la part de la justice, les
membres continuèrent leur pratique de désobéissance
civile.
L'annonce
du Manifeste de 1890 donna lieu à un nouvel ensemble de
problèmes.
Comme
le remarque Dallin
H. Oaks
:
« Il
ressort clairement du témoignage de l’histoire que
Joseph Smith introduisit la doctrine et la pratique de la polygamie
auprès d’un petit nombre de personnes choisies dans les
années 1830 et 1840, mais l’Église ne l’annonça
publiquement que lorsque la révélation fut lue à
haute voix en 1852 à une conférence de l’Église
à Salt Lake City.
Il
est également clair que pendant les poursuites fédérales
des années 1880, de nombreux dirigeants
de l’Église et membres fidèles furent
pourchassés, arrêtés, poursuivis en justice et
emprisonnés pour des violations de diverses lois interdisant
la polygamie ou la cohabitation.
Certaines
épouses furent même envoyées en prison pour avoir
refusé de témoigner contre leur mari, la sœur
aînée de mon grand-père étant l'une
d'elles.
« Il
est également clair que la polygamie n'a pas soudainement pris
fin avec le Manifeste de 1890.
Les
unions polygames scellées avant que la révélation
ne soit annoncée continuèrent pendant une génération.
L'accomplissement
de mariages polygames continua aussi pendant un certain temps en
dehors des États-Unis, où l'application du Manifeste
fut incertaine pendant un certain temps.
Il
apparaît que des mariages polygames continuèrent aussi
pendant une décennie environ dans certaines autres régions
parmi les dirigeants
et les membres qui trouvèrent une justification dans les
ambiguïtés et les pressions créées par
cette collision de haut niveau entre des lois mal perçues et
des doctrines révérées. »
[89]
Il
ne faut pas non plus y voir une période avec rien que des
« bons » (les mormons) d'un côté
et rien que des « mauvais » (les politiciens,
les juges et les
non-mormons)
de l'autre.
Comme
un auteur nous le rappelle :
« Tous
les antagonistes fédéraux n'étaient pas du même
acabit et tous n'étaient pas animés d’un
ressentiment général contre la religion mormone…
Parmi les participants fédéraux qui appliquèrent
les lois contre la polygamie
de la manière la plus stricte il y a avait des hommes
honorables et tenus en haute estime dans leur collectivité…
mais qui n'avaient pas pour objectif secret de vouloir abaisser ou
détruire la religion mormone…
les uns étaient des hommes de bien les autres étaient
très mauvais. »
[90]
Il
n’était naturellement pas rare non plus qu’il y
ait une opposition déplacée à l’égard
de l’Église.
Daniel
Dunklin,
gouverneur
du Missouri se demandait « pourquoi, à une époque
pleine d’imposteurs
et de fanatiques, les mormons étaient les seuls à être
privés de leurs droits [91]. »
Et
Scribner’s
Monthly
parle du traitement « anormal » infligé
aux mormons :
« Les
Américains n’ont qu’une seule religion indigène
[le mormonisme]
et c’est justement celle-là qui est manifestement
l'exception unique à la règle américaine de la
tolérance universelle. »
[92]
Situation
précédant le Manifeste de 1890
Les
décennies précédant le Manifeste virent la mise
en œuvre d’efforts juridiques de plus en plus rigoureux
pour punir les saints pour la pratique du mariage
plural.
Cette
violation de ce qu'ils percevaient comme étant leur droit au
culte ne fit que renforcer l'idée des mormons que le
gouvernement des États-Unis et beaucoup de non-membres se
livraient à une guerre à outrance contre l’Église.
Les
saints ne l’entendaient pas simplement comme une vue de
l’esprit, mais se considéraient comme étant les
victimes d'une guerre d'agression parfois menée par les
gouvernements et les tribunaux au lieu des baïonnettes et des
canons.
Parfois,
c'était également une guerre d’armées et
d’armes, comme lors de la « guerre d'Utah »
de 1852 ou de l'expulsion du Missouri.
Mais
du point de vue des saints, les efforts législatifs étaient
simplement une arme différente choisie par leurs ennemis pour
atteindre le même but : la destruction de l’Église.
John
Taylor dit
en 1857 :
« Ils
sont à tous points de vue dans la tourmente aux États-Unis,
et ici nous avons la paix la plus parfaite et de très loin la
meilleure moralité que l’on puisse trouver dans le monde
:
oui,
c’est mille
fois mieux
que ce que j'ai vu dans tous les endroits de la terre où je
suis allé.
Il
n'y a pas un seul endroit qui puisse s’y comparer ;
et
seul le diable lui-même pourrait inspirer le cœur des
enfants des hommes à faire la guerre contre un peuple comme
celui-ci. »
[93]
Ainsi,
pour les mormons, il y avait bel et bien une guerre en cours et elle
était animée par des influences mauvaises.
Cette
vision des choses n’était pas isolée et elle
persista tout au long des décennies qui précédèrent
le Manifeste.
Lisez les
citations suivantes datant des années indiquées :
1863
:
La
lumière de l'Esprit de Dieu est retirée [des dirigeants
politiques du monde] et ils ne peuvent pas voir leur chemin.
Ils
sont tremblants à
cause des
complications politiques actuelles ;
ils
ne connaissent pas Dieu, mais « leur cœur est dans
la crainte à
cause de
ce qui arrive sur la terre ».
Sans
révélation, ils ne peuvent que voir les choses selon
les principes naturels et redouter le résultat.
Nous
savons
ce qui sera l'ultimatum
final de l’œuvre dans laquelle nous sommes engagés
et aussi ce que sera le destin de ceux qui lui font la guerre et des
nations qui rejettent l'Évangile
quand il leur est envoyé. [94]
1865
:
L’œuvre
des
derniers jours
que nous représentons liera le pouvoir
du diable qui a régné parmi les enfants des hommes
pendant 180 générations.
Il
n'est donc pas étrange que le diable devienne furieux et
excite les méchants pour qu’ils lui fassent la guerre.
[95]
1873
:
Le
diable… a inspiré le cœur d'un grand nombre
d'hommes depuis que l'Évangile
est rétabli
sur la terre, pour nous faire la guerre. [96]
1880
:
Ainsi
dit le Seigneur
à mon serviteur
Wilford
Woodruff,
j'ai entendu ta prière et je répondrai à ta
demande.
Je
te ferai connaître ma volonté concernant les nations qui
encombrent la
terre de promission et
aussi concernant Sion
et ses habitants… le diable règne sur son royaume et
mon Esprit n'a aucune place dans le cœur de ceux qui gouvernent
cette nation, et le diable les excite pour qu’ils défient
mon pouvoir
et pour qu’ils fassent la guerre à mes saints. [97]
1884
:
Je
veux que le monde,
je
veux que le monde chrétien, je
veux que les prêtres d’aujourd’hui qui réclament,
à cor et à cri, que le sang de l'innocence soit versé
pour satisfaire leur désir – je veux que ces prêtres
et tous ceux qui travaillent à renverser le « mormonisme »
s'enquièrent soigneusement si ces prophètes étaient
inspirés de Dieu.
Et
s'ils étaient inspirés de Dieu, s'il est juste de leur
part de faire la guerre à l’œuvre de Dieu sur la
terre ?… La question est, si cette guerre contre Dieu et
contre son œuvre va l’emporter ?…
Ce
sont là des vérités éternelles, comme le
Dieu du ciel vit, et elles l’emporteront, que les hommes les
croient ou pas, ou que les méchants leur fassent la guerre ou
pas. [98]
1886
:
Les
circonstances qui nous entourent, bien qu'elles soient à bien
des égards douloureuses et éprouvantes, ne sont pas de
nature à décourager le saint fidèle.
On
nous a enseigné que nous devons justement nous attendre à
des situations telles que celles par lesquelles nous passons, ou,
tout au moins, au genre d’opposition à la laquelle nous
devons maintenant faire face… Non seulement les prophètes
de notre époque ont parlé des événements
qui allaient avoir lieu en rapport avec l’œuvre des
derniers jours
et l'opposition qu'elle devrait affronter, mais les prophètes
d’autrefois ont prédit
avec exactitude et minutie
que le peuple de Dieu serait peu nombreux et que ses possessions
seraient petites à
cause de
la méchanceté de « la grande prostituée »
qui lui ferait la guerre.
Mais
en dépit du fait que les multitudes de la terre combattraient
l’Église de l'Agneau de Dieu, le pouvoir
de Dieu descendrait sur les saints et sur son peuple
de l'alliance
;
et
ils seraient armés de justice
et du pouvoir
de Dieu et d’une grande gloire…
Par
conséquent, dans ce conflit qui nous est imposé, nous
ne menons pas une défense désespérée.
[99]
Et,
écrit Wilford
Woodruff
dans son journal la veille du Nouvel An 1889 : « Ainsi
finit l'année 1889 et la parole du prophète Joseph
Smith commence à s’accomplir, qui dit que toute la
nation se tournerait contre Sion
et ferait la guerre aux saints.
La
nation n'a jamais été à ce point remplie de
mensonges contre les saints qu’aujourd’hui, 1890 sera une
année importante pour les saints des derniers jours et pour la
nation américaine. »
[100]
Cette
perspective ne se limitait pas non plus aux échelons
supérieurs de la direction
de l’Église.
Warren
Foote,
un polygame
d'Utah, écrit dans son journal intime :
« Cette
guerre a été menée contre les saints des
derniers jours, parce qu'ils croyaient en des prophètes et
professaient avoir la révélation de Dieu.
C'est
ce que le général Clark dit dans son allocution aux
saints de Far
West
après la reddition… [Avec l'annonce du Manifeste] je
suppose qu'ils trouveront autre chose pour pouvoir entretenir leur
guerre. »
[101]
Il
est clair que les saints se considéraient comme les agressés
dans une guerre implacable que leur faisaient leurs ennemis, dont ils
étaient convaincus qu’ils étaient motivés
principalement par l’intolérance religieuse.
De
plus, il leur semblait clair que leurs ennemis utiliseraient
la force armée ou le gouvernement pour atteindre leurs buts.
Et
les batailles anti-polygames
de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle
furent la poursuite, par différents moyens, de la même
guerre qui avait été menée au Missouri et en
Illinois pendant la première moitié.
Comment
les détracteurs considéraient les mormons avant le
Manifeste de 1890
Beaucoup
des politiciens ou des juges auxquels les saints eurent affaire dans
les périodes d’avant et d’après le
Manifeste avaient pratiqué un activisme antimormon.
Comme
le fait remarquer un critique littéraire :
« En
passant fréquemment, dans ces volumes, des textes aux
registres biographiques, j'ai… remarqué le nombre
d’ennemis de Joseph Smith et de l’Église qui
furent, après 1844,
fonctionnaires du gouvernement, avocats et juges. »
[102]
On
Liberty,
de John
Stuart Mill rend abondamment témoignage du but du sentiment
anti-polygame
:
« Ce
qui ici nous préoccupe ici c’est que… son
prophète et fondateur fut, pour son enseignement, mis à
mort par des émeutiers
;
que
d'autres de ses adhérents perdirent la vie par la même
violence anarchique ;
qu'ils
furent expulsés de force, en bloc, du pays dans lequel ils
avaient grandi ;
tandis
que, maintenant qu'ils ont été chassés dans un
recoin solitaire au milieu du désert, beaucoup
dans ce pays déclarent qu'il serait juste
(seulement que ce n'est pas commode) d'envoyer une expédition
contre eux et de les
contraindre par la force à se conformer aux opinions d'autres
personnes.
Le
point de doctrine des Mormonites
qui est la source principale de l'antipathie qui renverse ainsi les
barrières ordinaires de la tolérance religieuse, est
son acceptation de la polygamie ;
laquelle,
quoique permise aux Mahométans,
aux Hindous
et aux Chinois, semble exciter une animosité inextinguible une
fois qu’elle est pratiquée par des personnes qui parlent
anglais et professent être une sorte de chrétiens. »
[103]
Il
semble clair que la croyance que le Congrès était bien
décidé à « avoir » les
mormons n'était pas une perception entièrement
unilatérale basée sur rien d’autre que le
fanatisme mormon.
Mill avait parfaitement compris
que l'intention sous-jacente était de les contraindre à
se conformer aux conventions religieuses.
Certains
des ennemis des mormons voyaient les choses dans les mêmes
termes.
En
1880, par exemple, le pasteur protestant Thomas DeWitt
Talmage
disait au Congrès des États-Unis :
« Le
mormonisme
ne sera jamais détruit tant qu’il ne l’aura pas
été par les canons du gouvernement des États-Unis…
Si les mormons se soumettent à la loi, très bien.
Sinon,
alors qu’on envoie des troupes… et qu’elles
fassent du tabernacle mormon leur quartier général et,
avec les canons les plus gros, fassent pénétrer en eux
le septième commandement. »
[104]
Le
révérend Talmage
n'hésitait pas non plus à associer les mormons à
d'autres crimes que l'adultère.
Après
l'assassinat du président Garfield, Talmage
fit un sermon à Brooklyn et dit :
« Si
la mort de Garfield
incite la nation à plus de haine à l’égard
de cette institution du mormonisme…
il ne sera pas mort en vain [On ne savait pas qui était
l’assassin, mais pour Talmage,
il]… avait la laideur d'un mormon, le caractère
licencieux d'un mormon, la cruauté d'un mormon, l'esprit
meurtrier d'un mormon. »
[105]
Et
le révérend George Whitfield
Phillips de l’Église de Plymouth, dans le Massachusetts,
était d'avis que la nation devait traiter la polygamie aussi
vigoureusement qu'elle avait traité l'esclavage :
« Je
ne la pense pas que c’est étrange, quand on se rappelle
la méthode divine de traiter les grands maux sociaux, que ce
problème mormon soit imputé au peuple américain. »
[106]
De
toute évidence les saints ne faisaient pas de la paranoïa :
il y avait vraiment des dirigeants
religieusement motivés détenant le pouvoir
politique qui voulaient attaquer les saints militairement ou
législativement si besoin était pour détruire le
mormonisme.
L’étude
de certains des débats du Congrès concernant la
polygamie est révélatrice ;
il
en ressort clairement que l'intention du législateur allait
bien au-delà de la volonté de refréner les
pratiques des saints en matière de mariage [107].
L'arrivée
de l'armée de Johnston en 1858 n'améliora pas l'opinion
que les saints avaient des États-Unis.
Les
membres de l’Église se sentaient clairement menacés
par le recours contre eux à la force militaire qu'ils avaient
déjà connu au Missouri et en Illinois.
À leurs yeux,
même géographiquement isolés comme ils l’étaient,
leurs ennemis semblaient bien décidés à les
poursuivre.
Les
juges fédéraux désignés entre 1852 et
1856 furent mal choisis, puisqu'ils ne semblent pas avoir été
des hommes d’une haute moralité :
« S'il
était vrai que les magistrats désignés par les
États-Unis furent méprisés, les provocations ne
manquaient pas.
Deux
d'entre eux… abandonnèrent leur poste, un troisième
était probablement opiomane, un quatrième, ivrogne, un
cinquième, joueur et libertin. »
[108]
Terryl
Givens
écrit à propos de William Wormer
Drummond, le pire
des juges fédéraux :
« C’était
un libertin avec un flair pour l’exhibitionnisme.
Ayant
amené dans son sillage une prostituée de Washington,
qui partageait son lit aussi bien que son tribunal (il avait
abandonné sa famille en Illinois), Drummond
faisait fi des mœurs
mormones
tout en s’efforçant d'imposer l'autorité
judiciaire fédérale.
Après
deux ans de controverse [lui et d'autres juges] retournèrent à
Washington, furieux et bien décidés à se venger. »
[109]
Étant
donné que beaucoup de leurs ennemis toléraient ou se
servaient de maîtresses ou de prostituées, on pourrait
pardonner aux mormons le sentiment d’être injustement
harcelés [110].
Le fait que l’on se servait de la
polygamie comme prétexte était perçu par
certains membres comme
de l’hypocrisie, particulièrement du fait que le
président Buchanan « caresse ou entretient six
‘Cypriennes’
[prostituées]
ou davantage » [111] comme Brigham
Young
l’écrit à John
Taylor,
espérant que ceci inciterait Buchanan à traiter les
polygames
mormons avec une certaine clémence.
Cela n’allait pas être le cas puisque
Buchanan considérait les mormons comme des illuminés
dont « le fanatisme frénétique »
était évident dans leurs doctrines qui étaient
« déplorables… et révoltantes pour
les sentiments moraux et religieux de toute la chrétienté. »
[112]
Il
est clair que dès le départ il y avait des motivations
religieuses derrière les attaques contre la polygamie : En
1854, un législateur implorait le Congrès :
« Nous,
les chrétiens, suivons et légiférons la doctrine
du Christ, pas de Joe Smith ;
prenons
le saint Évangile, pas
le Livre de Mormon…
Écrasons ce mal dans l’œuf, dans l'intérêt
de la moralité, de la religion et du christianisme. »
[113]
Il
apparaît que dans l’esprit au moins de certaines
personnes de l'Est, les mormons avaient dépassé les
bornes : ils n'adoraient pas le Christ et n'étaient pas
chrétiens, ne suivaient pas « le saint Évangile »
et
étaient une insulte à la religion elle-même.
Ce genre de personnes ne
voyaient aucun problème à imposer leurs conceptions
religieuses par la puissance de l’État.
En
1856, le nouveau parti républicain lança sa première
campagne pour le Congrès sur un programme d'abolition de « ces
reliques jumelles de la barbarie, la polygamie et l'esclavage. »
[114]
« Incapable
de s'aliéner sa base sudiste en s'opposant à
l'esclavage, le président Buchanan [démocrate] commença
à comprendre le potentiel politique du mouvement contre la
polygamie.
En
1857, un organisateur démocrate du Sud écrit au
président :
« Je
crois que nous pouvons remplacer la
négromanie
par l’excitation presque universelle d'une croisade
antimormone…
La voix de fausset de l’abolitionnisme
sera inaudible au milieu du grondement du tonnerre de la tempête
que nous allons soulever. »
[115]
C’était
bien simple, les mormons étaient moins populaires que les
esclavagistes et donc des cibles toutes trouvées.
C'était
particulièrement vrai parce que les politiciens de l’époque
ne considéraient pas que le premier Amendement s'appliquait
aux mormons.
Seuls les cultes chrétiens
traditionnels devaient être protégés, comme le
montre un rapport de 1860 de la Chambre des Représentants :
même les « Hindous »
et les « Hottentots » ne méritaient pas
le nom de « religion » :
« Le
sens moral de notre peuple, aussi bien que celui de toute communauté
raffinée et intelligente sur la terre habitable, a été
choqué par la licence ouverte et provocatrice qui, sous le nom
de religion et d'une interprétation laxiste
de notre Constitution, a été donnée à ce
crime dans un de nos Territoires
…
Les citoyens d’Utah, « la main levée et le
bras étendu », méprisent le caractère
sacré
de la Bible et la majesté de nos lois…
« Il
ne faudrait sans doute pas de déclaration
compliquée pour démontrer que les auteurs de la
Constitution… quand ils ont déclaré « le
Congrès ne fera aucune loi relative à l'établissement
de la religion ou au libre exercice de celle-ci », ne
voulaient pas honorer du nom de religion une tribu de saints des
derniers jours qui déshonorent ce saint nom et qui profitent
avec perversité de la crédulité du genre humain…
Il est plus que probable que par le terme religion ils voulaient
simplement exprimer l'idée d'une croyance fondée sur
les préceptes de la Bible ;
et
considérant que c’était un principe de foi commun
et établi, ils ne voulaient pas qu’il y ait
discrimination en faveur d'une confession chrétienne par
rapport à une autre, mais il est certain qu’ils n'ont
jamais prévu que les divagations de l’Hindou ou les
momeries ridicules du Hottentot soient anoblies par un nom aussi
honoré et sacré. »
[116]
Le
gouvernement refusa de croire le rapport des mormons au sujet de leur
religion et de leurs croyances.
En
outre, il affirma que la Constitution ne visait qu’à
protéger les « chrétiens », ce
qui devrait donner à réfléchir aux musulmans,
aux Juifs et aux laïcs au moment où les mormons sont
éjectés de la chrétienté.
Les
gouvernements utilisèrent
abondamment le
journalisme à sensation et les accusations absurdes pour
diaboliser l'ennemi mormon :
le député Thomas
A.R. Nelson
du Tennessee cita un article du Nashville
Daily News
(25 mars 1860) qui citait John
Cradlebaugh,
juge à la Cour suprême du Territoire d’Utah :
« L’inceste
est courant.
Il arrive que le
même homme ait à la fois la fille et sa mère pour
épouses… la première chose qu’ils [les
enfants issus de la polygamie] font, après avoir appris la
vulgarité,
est de porter une ceinture en cuir avec un
couteau de boucher
passé dedans ;
et
la chose suivante, c’est de voler les Gentils…
[puis] ils sont prêts à voler, piller et assassiner les
émigrants.
Les
femmes et les filles sont grossières, masculines et incultes
et sont la plupart du temps recrutées dans les couches les
plus basses de la société. »
[117]
La
polygamie continua à servir de souffre-douleur commode à
ceux dont la cible véritable était l’Église
elle-même, comme l’un d’eux le reconnut franchement
:
« Certains
non-mormons…
reconnurent que ce n’était pas la polygamie qui était
le problème le plus important.
Fred
T. Dubois,
activiste de longue date contre la polygamie et contre l’accession
de l’Utah au rang d’État, écrivit plus tard
que « ceux de nous qui comprenaient la situation étaient
bien moins opposés à la polygamie qu’à la
domination politique de l’Église.
Mais nous
nous rendions compte que nous ne pourrions pas amener ceux qui
n’étaient pas réellement en contact avec elle à
comprendre ce que signifiait cette domination politique.
Nous
nous sommes donc servis de la polygamie comme grande arme offensive
et pour rallier des recrues à notre cause. »
[118]
Ralph
Waldo
Emerson comprenait clairement l'hypocrisie qui était souvent à
l’œuvre dans la croisade contre la polygamie
:
« Rien
n'est aussi hypocrite que les insultes dans tous les journaux –
ceux du Sud
en
particulier – à l’égard du mormonisme…
Ces hommes qui écrivent les paragraphes dans le « Herald »
et dans l’ « Observer », reviennent tout
juste de leur bordel, ou, en Caroline, de leurs mulâtresses
[sic]. »
[119]
Le
tollé contre les mormons et la polygamie fut à
l’origine d’une série de lois et les lois
entretinrent la fièvre.
L’examen
des mesures juridiques prises contre les saints est instructif. [120]
La
loi Morrill
Le
républicain du Vermont, Justin
S. Morrill,
explique la raison de l'assaut contre la polygamie
en 1856 :
« Si
grande est la nécessité d’une législation
décisive que, s'il y en a qui hésitent, je leur dirais,
comme Jefferson
au moment de l’acquisition de la Louisiane, qu'ils devraient
'se jeter sur leur pays', 'chassant
derrière eux les subtilités
métaphysiques et se risquant comme des serviteurs
fidèles'. Le
but n’est pas de s’ingérer dans la liberté
religieuse la plus absolue, ni de se mêler des droits de la
conscience ;
le seul but est de
punir les infractions grossières, qu’elles soient de
type profane
ou ecclésiastique ;
d’empêcher
des pratiques qui insultent le sens moral du monde civilisé et
d’atteindre même ceux ‘qui volent la livrée
de la cour du ciel pour servir le diable en s’en revêtant’. »
[121]
Pour
Morrill,
il y a clairement une dimension religieuse, et il écarte
d’avance toute tentative que l’on pourrait faire pour
discuter des « subtilités
métaphysiques » concernant le libre exercice de la
religion qui motivait les mormons.
Malheureusement,
pour Morrill,
« La
prise de conscience [moderne] croissante que la loi n'est pas
autonome par rapport à la politique ou à la morale et
que le raisonnement juridique est essentiellement identique au
raisonnement politique ou au raisonnement moral veut dire aussi que
les choix juridiques impliquent nécessairement des engagements
politiques et moraux.
Quand
nous refusons de considérer la substance qui se trouve
derrière les prétentions morales de ceux qui se livrent
à la désobéissance civile, nous faisons un choix
politique et moral important, un choix qui favorise habituellement
ceux qui ont le pouvoir. »
[122]
Plutôt
que de considérer que les gens
conservent les droits qui ne sont pas interdits ou circonscrits par
la Constitution, cette déclaration est inquiétante dans
son affirmation qu'il n'y a pas d’actes qui ne puissent être
criminels s’ils ne sont pas « sanctionnés ou
autorisés par… la Constitution ».
Et
la législation était spécifiquement conçue
de manière à ne s'appliquer qu’aux mormons :
« La
Loi Morrill
interdisait aussi aux sociétés religieuses de détenir,
dans les Territoires, de l’immobilier dont la valeur dépassait
$50.000.
Les annales législatives montrent bien que cette
disposition visait l’Église et aucune autre
organisation.
Quelques jours seulement avant
que la proposition de loi ne soit soumise au vote de la Chambre, un
membre, pris de panique, dit que la section 3 affecterait les
sociétés autres que l’Église mormone, du
fait qu’il « ne serait pas du tout étonné
que l’on constate que l’Église catholique dans la
ville de Santa Fé
[sic]
possède de l’immobilier pour un montant de plus de
cinquante mille dollars ».
Cependant,
une fois qu'il eut été décidé que pour
des raisons techniques la Loi ne s'appliquerait pas aux biens de
l’Église catholique, les préoccupations
concernant cette disposition s'évaporèrent. »
[124]
Et
les législateurs ne rechignaient pas à reconnaître
que leur but n'était pas l'élimination de la polygamie
ou de la bigamie en soi, mais seulement d’empêcher les
mormons de la pratiquer :
« Cette
proposition de loi [la loi Morrill]
propose, en apparence, de prescrire des pénalités pour
le châtiment du crime de polygamie ou de bigamie dans les
Territoires des États-Unis.
Son
vrai but
est d'atteindre cette offense dans le Territoire d'Utah, où
elle est pratiquée, en ce qu’elle est une abomination
aux
yeux de Dieu et de l’homme. »
[125]
Le
Congrès refusa de croire que c’était une affaire
de croyance religieuse :
« Il
n'est pas vrai que la polygamie prétende à une sanction
religieuse.
Il
n'est pas vrai que les mormons la pratiquent en tant qu’observance
pieuse. »
[126]
Et
pour que le lecteur n’aille pas s’imaginer que les
mesures contre la
polygamie
étaient animées uniquement par l’indignation
morale vis-à-vis des pratiques des saints en matière
matrimoniale, Emerson Etheridge,
député
du Tennessee, annonça le but fondamental de la législation
:
« Le
sens moral de mes électeurs de tous les partis l'exige
[l’adoption de la législation contre la polygamie
et] la
postérité est intéressée par
l'extirpation
du mormonisme
en Utah. »
[127]
Le
but final était clair et exprimé sans ambages :
détruire l’Église.
« Même
dans cette première législation [la loi Morrill
de 1862],
tandis que la rhétorique la plus enflammée visait la
polygamie, la cible du Congrès était tout autant le
pouvoir
social de l’Église mormone que ses pratiques.
Deux
des trois sections de la loi Morrill
visaient non pas la polygamie, mais la structure sociale et le
pouvoir
économique de l’Église.
Ce
n'était pas étonnant étant donné la
perception déformée que le Congrès avait des
mormons.
Les
débats de 1860 au Congrès, la seule période
d'examen intensif, contenaient une mise en accusation tous azimuts de
toutes sortes de prétendues pratiques et croyances mormones…
En
fait, le Congrès consacrait peu d’attention à
équilibrer les droits des mormons par rapport à la
législation proposée, se servant plutôt des
articles de la presse à sensation pour déshumaniser
les mormons et pour décrire l’Église comme pas
grand chose d’autre qu'une troupe de bandits. »
[128]
Le
fait de se rendre compte que la guerre contre la polygamie était
en réalité une guerre qui visait à « extirper
le mormonisme »
constitue la pièce principale du puzzle pour comprendre
le
comportement des saints et de leurs dirigeants
avant et après le Manifeste.
Comme
nous l’avons déjà vu, dire la vérité
est un devoir moral supérieur, mais il n'est pas absolu.
La
guerre est
généralement reconnue
comme étant une situation dans laquelle l'honnêteté
n’est pas forcément une vertu, mais peut même être
immorale.
Nous
aurions une piètre estime pour un soldat qui, dans une
conversation avec l'ennemi, révélerait l'emplacement
des dépôts de munitions, les mouvements de troupes et
les plans stratégiques.
Nous
honorerions, plutôt que de l’éviter, l'homme qui
mentirait sous la contrainte ou la torture quand on voudrait lui
extorquer des renseignements utiles pour la guerre contre son pays.
Les
saints se considéraient comme étant en guerre –
une guerre qu'ils n'avaient pas déclenchée, qu’ils
ne voulaient pas et qu’ils ne méritaient pas.
Ils
se considéraient comme inférieurs en nombre et en
armes, aussi bien sur le plan militaire que sur le plan législatif.
Leur
seule consolation était qu'ils avaient l'appui du ciel,
combattaient pour des droits civiques qu'ils considéraient
comme étant l'héritage commun de tous les Américains
et n'étaient pas les agresseurs.
Il
ne faut donc pas s'étonner que certains n'aient pas estimé
que le fait de faire de fausses déclarations
aux autorités judiciaires ou gouvernementales était
moralement répréhensible.
Ils
ne se considéraient pas comme représentés au
sein du système ni qu’ils avaient une chance équitable
face au système.
Le
système était, aux yeux des mormons, tout à fait
corrompu dans l’usage que l’on en faisait, à
savoir de leur refuser des droits religieux plus précieux que
tout.
Le
pouvoir
du gouvernement n'était rien d’autre qu’un
instrument de guerre, auquel ils étaient moralement autorisés,
et même tenus, de résister.
Un
soldat peut ne pas avoir de plaisir à tuer et pourrait
souhaiter ne pas avoir à le faire.
Mais
nous ne faisons pas du soldat un meurtrier parce qu'il tue en temps
de guerre et nous ne le jugeons pas durement.
Nous comprendrions au contraire que
ce sont des circonstances cruelles et immorales indépendantes
de sa volonté qui l'ont placé dans une situation dans
laquelle il est obligé de violer son éthique et de
tuer.
De
même, la plupart des membres de l’Église qui
cachèrent la vérité ou lancèrent
activement des mensonges de temps de guerre devraient mériter
la compréhension, pas la condamnation.
Même
certains membres du Congrès se rendirent compte de la
direction que les choses pourraient finalement prendre.
Le représentant Lawrence
M. Keitt,
de la Caroline du Sud, lança cet avertissement : « S’ils
sont les fanatiques religieux qu’on nous décrit, alors
votre guerre est contre l'opinion et seule l'extermination y mettra
fin. »
[129]
Pour
le Congrès, qui n’avait apparemment pas peur de se
contredire,
les saints étaient à la fois des fanatiques religieux
qui se laisseraient exterminer plutôt que de changer d'avis et
des polygames
qui n'avaient aucune motivation religieuse justifiant leur pratique
matrimoniale !
Mesures
ulyérieures à la guerre de Sécession :
L’affaire
Reynolds
La
guerre de Sécession détourna l’attention des
États-Unis de « la question mormone »
pendant un certain temps, bien que la première législation
(la Loi Morrill)
fût officialisée en 1862.
La
Loi Morrill
était symboliquement importante, elle était un signe
avant-coureur de ce qui allait arriver, mais peu de mormons furent
poursuivis avec succès sous cette loi. [130]
Dans
les années 1870, James B. McKean,
fils de pasteur, juge suprême d’Utah désigné
par le président des États-Unis, comprit son rôle
en termes religieux, et n'hésita pas à exprimer son
dédain pour les lois qui pourraient l’empêcher
d'imposer sa conception de la volonté divine à l'Utah
et à sa population :
« La
mission que Dieu m'a appelé à accomplir en Utah est
autant au-dessus des devoirs des autres tribunaux et juges que les
cieux sont au-dessus de la terre, et dans tous les cas où je
constaterai que les lois locales ou fédérales s’y
opposent ou la gênent, par la bénédiction de
Dieu, je les foulerai aux pieds. »
[131]
Les
débats au Congrès étaient parfois hystériques
et procédaient d’un manque de renseignements presque
absurde.
Le
sénateur Aaron Harrison Cragin lança, le 18 mai 1870,
de la tribune du sénat :
« On
dit qu'on a été jusqu’à construire un
autel des sacrifices… dans le quartier du temple, sur lequel
des sacrifices humains devaient être faits [132]. »
Cragin
prévint aussi que les mormons étaient coupables de
« centaines et de milliers de meurtres » [133].
Pareille
confiance en l’ouï-dire, en la rumeur et en l'hystérie
serait amusante si ces militants n’étaient pas aussi
sérieux dans ce qu’ils disaient.
Les
condamnations en vertu de la Loi Morrill
furent rendues plus faciles grâce à la Loi Poland de
1874, et George Reynolds (secrétaire de Brigham
Young)
fut jugé dans ce que l’Église considérait
comme une affaire devant tester le caractère constitutionnel
de la Loi Morrill.
Le fait que la
condamnation de Reynolds
fut confirmée en 1879 fut un coup dur.
Elle
a la triste distinction d'être la première décision
de la Cour suprême sur la clause du libre exercice du premier
Amendement, et les choses commençaient mal :
« Le
tribunal adopta une dichotomie étriquée en matière
de croyance
et de conduite
qui, depuis lors, perturbe les spécialistes du droit,
concluant que la pratique de la polygamie pouvait être rendue
illégale. »
[134]
Sur
quelles bases l’affaire Reynolds
fut-elle tranchée ?
« Le
processus du raisonnement du tribunal suivit une analyse
syllogistique
superficielle :
contrairement aux croyances, aucune conduite
religieuse ne peut échapper au contrôle civil (les
sacrifices humains doivent être de toute manière
interdits) ;
la
pratique de la polygamie représente une conduite plutôt
qu’une croyance ;
donc,
l’État peut légitimement proscrire la pratique de
la polygamie, même s’il ne peut pas en proscrire la
croyance.
L’interprétation « étrange »
que le tribunal donnait au premier Amendement éviscère
en grande partie l'essence du « libre exercice ».
[135]
Le
tribunal décida donc que puisque certains
actes en apparence religieux étaient en contradiction avec une
société libre, aucun
acte religieux ne pouvait être protégé par la
Constitution.
Ce
que cela veut dire, naturellement, c‘est qu'on peut penser ce
qu'on veut, mais que dès qu'on commence à
agir
publiquement en vertu d’une croyance quelconque, on n'a
absolument aucune garantie d’une protection constitutionnelle !
Comme
l’a fait remarquer un spécialiste du droit : « On
trouvera peu de décisions qui illustrent mieux comment des
buts amorphes peuvent servir à masquer la persécution
religieuse. »
[136]
La
décision Reynolds
est une caricature étrange de la liberté religieuse, et
elle ne pouvait que convaincre les saints que l’on ferait toute
la violence qu’il faudrait à la Constitution pour
satisfaire leurs ennemis [137].
En
1972, la décision de la Cour suprême des États-Unis
dans Yoder
semble avoir modéré l’héritage de Reynolds
:
« Presque
un siècle plus tard, la Cour reconnut
qu'elle s'était mise dans une impasse avec cette dichotomie
entre la croyance
et la conduite
: « Convenir
qu’une conduite religieusement fondée doit souvent être
soumise à l’autorité judiciaire générale
de l’État, ce n'est pas nier qu'il y ait des domaines de
conduite… qui échappent au pouvoir
qu’a l’État de contrôler…
Dans ce contexte, on ne peut enfermer confortablement croyance
et action dans des compartiments strictement logiques. »
[138]
Malheureusement
pour les partisans de la liberté religieuse, l'effet de ce
point de vue potentiellement modéré fut
considérablement tempéré par l'opinion de la
majorité dans Employment
Division v. Smith,
écrite par le juge Antonin Scalia
:
« Les
seules décisions dans lesquelles nous avons soutenu que le
premier Amendement exclut l'application d'une loi neutre et
généralement applicable à une action
religieusement motivée concernaient non pas la clause du libre
exercice seulement, mais la clause du libre exercice en même
temps que d'autres protections constitutionnelles… Les
défendeurs nous exhortent à opiner, tout simplement,
que quand une conduite autrement condamnable s’accompagne de
convictions religieuses, ce ne sont pas seulement les convictions
mais la conduite elle-même qui doivent être à
l’abri de la réglementation gouvernementale.
Nous
n'avons jamais entretenu ce point de vue et refusons de le faire
maintenant.
Comme personne ne prétend que la
loi de l'Oregon sur la drogue constitue une tentative de réglementer
les croyances religieuses, la diffusion des croyances religieuses ou
l’éducation des enfants dans ces croyances, il est clair
que la règle que nous suivons depuis Reynolds
nous régit tout simplement. »
[139]
En
tout cas, Reynolds
continue à mettre les spécialistes du droit mal à
l’aise même aujourd'hui :
« Les
raisons de maintenir des décisions dont le but principal était
de refuser aux mormons leurs droits et leurs libertés sont
obscures [140]. »
Pour
le moins, le tribunal qui a jugé l’affaire Reynolds
« a
ignoré l'autre aspect du dilemme.
La
religion existe autant par la conduite d'un individu que par sa
croyance et il y aura conflit concernant la liberté de
religion quand la majorité d’une communauté
quelconque est offensée par les pratiques spécifiques
d'une minorité.
La
clause relative à la parole dans le premier Amendement protège
entièrement la liberté de croyance ou de conscience.
Ainsi,
à moins qu'au moins certaines pratiques offensantes pour la
majorité soient protégées par le premier
Amendement, la clause du libre exercice est superflue et vide de
contenu pratique. »
[141]
La
Loi Edmunds
Après
Reynolds,
plus de vingt projets de loi et amendements concernant la polygamie
furent proposés au Congrès.
Le
résultat fut la Loi Edmunds,
signée le 22 mars 1882.
Elle introduisait un
nouveau délit, « la cohabitation avec plus d'une
femme »
[142]. Pour les
saints, qui voyaient une société gentile avec ses
maîtresses et ses prostituées, cette clause devait
apparaître comme le comble de l'hypocrisie [143].
La
Loi Edmunds
fut proposée au Congrès comme moyen de punir les
mormons.
Comme
telle, elle était un décret de confiscation des biens
et de mort civile et elle violait une disposition constitutionnelle
interdisant expressément ce genre de décret. » [144]
C’était
la polygamie qui était ouvertement la cible de la loi, mais
comme le fit remarquer, sous les applaudissements, Dudley
C. Haskell,
membre
du Congrès du Kansas, le but était en réalité
« d’exclure légalement de toute fonction
chacun des membres de cette infâme prêtrise
mormone. »
[145]
La
Loi Edmunds
contenait d'autres éléments visant à rendre plus
faciles les poursuites contre les polygames.
Entre
autres, elle rendait ceux qui croyaient en la polygamie inéligibles
pour faire partie d’un jury dans de tels cas et « interdisait
aux polygames
et à leurs conjoints de voter ou de détenir des postes
de sélection ou de nomination dans un Territoire quelconque,
sans que soit exigée une condamnation pour violation d’une
loi. »
[146]
Formulée
à l’époque qui suivit la Reconstruction,
la Loi Edmunds
fut contestée par certains législateurs sudistes [147].
George
G. Vest, du Missouri, méprisait la polygamie, mais croyait que
la loi était une attaque contre « les droits les
plus élevés et les plus chers de tout citoyen américain. »
[148]
L’interdiction
faite aux polygames
de voter
se trouvait à la section 8 de la Loi Edmunds.
Dans
l’affaire Murphy
c. Ramsey
en 1885 [149], la Cour suprême des États-Unis abolit « une
réglementation… [créée par la Commission
d'Utah qui] exigeait d'un électeur qu’il signe une
déclaration sous serment lors de son enregistrement par
laquelle il jurait qu’il n'était pas polygame
ou qu’elle n’était pas mariée avec un
polygame.
La
Cour décréta que la Commission n'avait pas le pouvoir
d'exiger un tel serment.
Mais
elle n'abolit pas la section
8 de la Loi Edmunds.
En
fait, la Cour détermina qu'un certain nombre de plaignants
impliqués dans le procès étaient en fait des
polygames
et que par conséquent ils ne s’étaient pas vu
interdire illégalement leur droit de vote.
D'autres
plaignants, qui avaient refusé de signer la déclaration
sous serment, gagnèrent le procès : la Cour
constata que le droit de vote leur avait été
illégalement refusé et qu'il y avait insuffisamment de
preuves de ce qu'ils étaient polygames.
(En
d'autres termes, puisqu'ils n'étaient pas polygames,
ils auraient dû être autorisés à voter et
la seule raison pour laquelle le vote leur avait été
interdit était qu'ils ne voulaient pas prêter serment,
ce que la Commission n’avait pas le pouvoir d'exiger). »
[150]
La
Cour suprême ne fit rien pour contester le caractère
constitutionnel inhérent à l'interdiction du droit de
vote aux polygames,
déclarant que pareille interdiction ne posait « aucune
difficulté » [151].
Au
cours de cette période, pas moins de 12.000 polygames,
leurs épouses, et des personnes accusées de polygamie
furent privés des droits civiques. [152]
D’autres
lois étaient en gestation et en 1883, le président
Arthur menaça de dissoudre le Territoire d'Utah et de mettre
les mormons sous contrôle direct du Congrès, une
décision qui aurait presque certainement exigé une
occupation militaire [153].
En
1884, la campagne républicaine préconisa l’usage
de la force militaire pour soumettre l'Utah et pour écraser la
polygamie. [154]
« Il
est du devoir du Congrès de décréter les lois
qui supprimeront promptement et efficacement le système de la
polygamie dans nos Territoires et divorceront le pouvoir politique du
pouvoir
ecclésiastique de la prétendue Église mormone ;
et
que les lois ainsi décrétées soient
rigoureusement appliquées par les autorités civiles, si
c’est possible, et par les autorités militaires, si
besoin est. »
[155]
Ceci
ne pouvait manquer de rappeler aux mormons que cette guerre
législative était, à la base, une guerre
menée par d'autres moyens, et que leurs ennemis ne les
considéraient pas comme une religion légitime.
Attaque
contre l’état de droit
La
Loi Edmunds
commença à abandonner même un semblant d’état
de droit, une tendance qui allait se renforcer dans les décrets
futurs contre la polygamie
:
« prouver
qu’il y avait cohabitation devint ridiculement facile pour les
procureurs fédéraux.
Comme
un savant
l’a conclu : ‘Être jugé revenait à
être condamné’. » [156]
Un
coup d’œil sur les cas criminels dans le Territoire
d'Utah permet d’apprécier l'ampleur et l'hypocrisie de
cette persécution religieuse légalisée :
« Il
y a approximativement 2.500 cas délictueux dans les registres
des tribunaux [du Territoire d’Utah] de 1871 à 1896….
Plus
de 95 pour cent sont pour des délits sexuels, allant de la
fornication à la bigamie.
Ce
niveau d'application des peines dépasse de loin tout ce que
les historiens ont trouvé ailleurs dans le pays.
C’est,
littéralement, unique dans l'histoire judiciaire américaine,
dépassant de loin, par exemple, celui du
Massachusetts
du dix-septième
siècle.
Presque
tous les délits sexuels et beaucoup de poursuites pour des
délits non
sexuels
tels que « vote illégal » et
« parjure », étaient liés, d'une
manière ou d'une autre, au mariage
plural.
L’ampleur du Raid fut
étonnante et sans précédent…
Les
fonctionnaires fédéraux lancèrent près de
900 actes d'accusation rien que pour la cohabitation illégale
(c'est-à-dire, sans compter les accusations de polygamie,
d'adultère, de fornication et de délits divers tels que
parjure et votes illégaux) entre 1886 et 1888. [157]
« Le
Raid », comme on se mit à l’appeler, était
un exercice extraordinaire de pouvoir
fédéral.
Prenant pour cible les polygames
et les « cohabitationnistes »,
des dizaines
de « federal marshals » descendirent sur l'Utah
et l'Idaho.
Ils s’introduisirent dans
les maisons au milieu de la nuit, interrogèrent les enfants
sur la vie matrimoniale de leurs parents et payèrent des
pots-de-vin à un réseau d’informateurs.
Pour éviter d’être pris, les
hommes vécurent sous des noms d’emprunt et s’éloignèrent
de leurs familles.
Les
femmes furent soit emprisonnées si elles ne voulaient pas témoigner ou
devaient partir en exil ailleurs que leurs maris.
En 1886, le Raid avait envahi
presque chaque colonie mormone, envoyé des centaines de
personnes au Mexique ou au Canada et fait prendre le maquis à
la majeure partie des dirigeants de l’Église.
Un
membre au moins, Edward M. Dalton, fut tué par les policiers
lancés à sa poursuite. [158]
Quels
qu’aient été leurs délits, les mormons
n’étaient pas les gens
les plus lascifs qui aient jamais existé aux États-Unis.
Des
attaques aussi agressives et aussi sélectives de la part des
autorités judiciaires ne pouvaient qu’être perçues
comme des persécutions de fanatiques par les saints.
Les
polygames
connus ou suspectés ou leurs épouses furent exclus des
jurys choisis pour juger les délits de cohabitation.
Il
y eut aussi un assaut frontal contre les règles d’évaluation
des preuves :
« En
assouplissant les règles d’évaluation des preuves
pour servir la politique du Congrès d'assurer la punition de
la polygamie, les tribunaux sapèrent les bases élémentaires
de la procédure judiciaire et de l’état de droit.
Le
principe le plus fondamental qui veut que l'accusé soit
présumé innocent et doit être trouvé
coupable au-delà de tout doute raisonnable par des preuves
recevables était dépouillé de toute force. »
[159]
Comment
les choses se sont-elles passées ?
« Les
tribunaux étaient en effet précis quand ils disaient
que la cohabitation était un délit d'apparence ou de
réputation, parce qu’avec de telles normes de preuves la
conduite réelle de l’accusé n’avait pas de
rapport réel avec l’affaire.
Les
mormons, avec une grande réputation de polygamie,
par l'utilisation
de faisceaux de présomptions et du témoignage de ce que
les gens
pensaient qu’étaient leurs relations matrimoniales,
pouvaient être rapidement condamnés quoi qu'ils essayent
de faire. »
[160]
On
obtenait des condamnations presque garanties en utilisant
des présomptions et des preuves indirectes :
« Finalement,
en 1888, la Cour suprême d’Utah dilua à ce point
la quantité des preuves exigées pour rendre concluante
la présomption de cohabitation avec une épouse
légitime, que la présomption devint effectivement une
présomption légalement concluante.
Dans États-Unis
contre Harris,
le
tribunal approuva des instructions données au jury stipulant
que si « l'épouse légitime du défendeur
vit dans le même voisinage que lui, portant son nom, dans un
ménage entretenu en partie par lui,
c'est…
de manière absolue et concluante de la cohabitation avec son
épouse légitime.
« En vertu d’une telle
norme, il était peu probable qu’un polygame
puisse s'isoler suffisamment de tout contact avec son épouse
légitime pour éviter que cela soit qualifié de
cohabitation.
Il est certain
que la présomption de cohabitation créait une forte
démotivation chez les polygames
d’essayer d’entretenir les femmes qu'ils avaient épousées
et de s’en occuper…
La
présomption de cohabitation déplaçait
efficacement la charge de la preuve dans les procès criminels.
En
fait, le polygame
était présumé coupable de cohabitation à
moins qu'il ne prouve son innocence. » [161]
L’ambiance
vire même au maccarthysme de sinistre mémoire :
« Des
preuves indirectes, telles que ‘le langage, la conduite,
l’aspect et les expressions’, pouvaient constituer des
preuves de cohabitation.
Le
fait de voir un homme abreuver ses chevaux dans le puits d'une épouse
plurale ou de prendre ses provisions constituait un indice de
cohabitation illégale.
Une
fête d'anniversaire donnée pour un polygame
âgé en présence de ses familles plurales était
pareillement signe de cohabitation.
Le
réseau des preuves indirectes s’étendait encore
plus loin pour inclure les preuves de réputation [bien que les
Cours suprêmes de l'Arizona et de l'Idaho n'aient pas adopté
les preuves de réputation isolément.] »
[162]
Faut-il
s’étonner que, dépouillés de beaucoup des
sauvegardes légales qui leur étaient chères,
beaucoup de mormons aient eu recours au mensonge pour se protéger
et, dans beaucoup de cas, pour leur permettre d’entretenir
leurs épouses et leurs enfants ?
La
raison invoquée était, bien entendu, que tout cet
effort législatif visait simplement à empêcher
les mormons de mener un mode de vie que leur société ne
voulait pas admettre.
Cependant,
même ce faux-semblant avait disparu au moment où
la Loi Edmunds
fut décrétée.
Les
tribunaux ne se gênaient même pas pour dire ce qu’ils
pensaient de la Loi :
« La
Cour suprême d’Utah laissa entendre que, en adoptant la
Loi Edmunds,
le Congrès avait le but moins que noble de décréter
des lois pour punir les dirigeants
supérieurs de l’Église qui avaient sinon mis leur
conduite en conformité avec la loi. »
[163]
Le
Congrès abonda en discours délirants sur les mauvais
traitements que la polygamie infligeait aux femmes et aux enfants,
mais ce fut surtout de la part du Congrès lui-même que
les membres
des familles
polygames
eurent à souffrir du fait de la Loi Edmunds
:
« L’ordre
intimé par la loi [Edmunds] aux hommes mormons de cesser toute
cohabitation signifiait donc qu'ils devaient abandonner leurs épouses
plurales.
Des
femmes qui avaient été épousées des
décennies auparavant et qui étaient maintenant âgées
et infirmes devaient être abandonnées.
Les épouses plus
jeunes devaient souvent en être réduites à
entretenir et à élever seules des familles nombreuses.
C’est ainsi
que la position morale des tribunaux imposant l’application de
la Loi Edmunds
changea radicalement. Ils ne commandaient plus aux mormons
d’abandonner une vie de débauche présumée,
puisque les activités sexuelles des polygames
n’entraient légalement plus en ligne de compte.
Au
lieu de cela, au nom d’une politique sociale indifférente,
les mormons étaient invités à ignorer
l’obligation morale d’entretenir des épouses
vieillissantes et d'élever des enfants innocents. » [164]
Ainsi
donc, le fait même d’éviter un comportement sexuel
« illicite » tout en assurant l’entretien
du conjoint et des enfants était également puni.
Ceci
fait mentir l’affirmation qu’il suffisait que les mormons
obéissent à la loi pour que les persécutions
prennent fin.
À ce stade, même ce qui
constituait « l’obéissance »
n'était pas toujours clair :
« L'interprétation
judiciaire de la Loi Edmunds
ne fournissait tout simplement pas de guide aux mormons sur le point
de savoir jusqu’où ils pouvaient honorer leurs
obligations envers les épouses et les enfants pluraux sans
violer la loi.
Les
mormons polygames se retrouvaient ainsi devant une décision
difficile :
moralement
parlant, ils étaient tenus de fréquenter suffisamment
leurs familles polygames pour pourvoir à leur bien-être,
mais parce que les limites de ce qui pouvait être une conduite
légalement permise n’avaient pas été
définies, tout contact exposait potentiellement les polygames
aux poursuites judiciaires.
Les
faits de Cannon
[une affaire test] indiquent que Cannon
avait véritablement essayé de se conformer à la
loi.
Pourtant
après les décisions du tribunal, il restait impossible
de savoir ce qu'il aurait pu faire d’autre pour éviter
de violer la loi.
« C'est
une maxime constitutionnelle que les limites de la loi doivent être
suffisamment claires pour que les citoyens puissent y conformer leur
conduite.
Comme
l’interprétaient les tribunaux, le délit de
cohabitation n'était pas tant une affaire de conduite qu’une
affaire d’apparences.
Il est évident que les
mormons ne pouvaient pas se conformer à un décret qui
ne tenait essentiellement aucun compte de leur conduite et ne tenait
compte que de ce qu'ils semblaient être ou étaient
réputés être en train de faire.
Pire encore, en vertu de décisions ultérieures, les
mormons ne pouvaient même pas éviter les poursuites en
restant discrets dans leurs contacts avec leurs familles plurales.
Un
polygame
était tenu de « se séparer entièrement
de ses femmes polygames. » [165]
Si
le législateur avait vraiment voulu résoudre le
« problème » de la polygamie, il aurait
tenu compte de facteurs tels que l'entretien des épouses et
des enfants.
En
fait,
« Le
sénateur Eli Saulsbury du Delaware, un partisan de la Loi
Edmunds, fit remarquer que le fait de ne pas accorder aux hommes
mormons une certaine période pour pourvoir aux besoins de
leurs familles illégales forcerait des mormons à
choisir entre violer la loi et laisser leurs proches
dans le dénuement. »
[166]
Mais
ceci ne dérangeait pas le Congrès : ils étaient
trop nombreux à vouloir écraser la pratique, les
mormons et leur religion et par conséquent les femmes, les
enfants et les familles étaient la proie idéale.
Il
est évident que l'obéissance à de telles lois ou
la dénonciation honnête des violations de telles lois ne
sont pas une obligation morale certaine.
On
pourrait plaider de manière tout à fait convaincante
que la désobéissance civile était la seule
réponse morale à de tels outrages.
Si
les Américains d’avant la Guerre d’Indépendance
considéraient qu’ils étaient justifiés
dans leur rébellion armée à propos de la
taxation sans représentation, leurs descendants auraient dû
être impressionnés de la patience des mormons.
Comme le fait remarquer Hardy :
« Il faut dire à la décharge des mormons que
malgré tout le mal qu’on leur faisait, aucun
fonctionnaire fédéral n'a été
sérieusement atteint pendant toute la durée du conflit. »
[167]
Châtiment
indéfini
Même
l'ampleur du châtiment autorisé par la loi fut accrue
par des moyens douteux :
« Avec
l’accélération du rythme des poursuites contre la
polygamie, la pensée vint à l’esprit d’un
certain procureur zélé que le décret contre la
cohabitation serait plus effrayant si chaque défendeur
affrontait
non pas
une accusation de cohabitation mais plusieurs.
Ce
serait le cas si chaque année, chaque mois, chaque jour qu'un
homme cohabitait illégalement pouvait être considéré
comme un délit distinct.
Les
périodes de cohabitation pourraient ainsi être divisées
en unités aussi petites que le voulait le procureur, lui
permettant d’adapter à sa seule discrétion la
sanction potentielle à infliger à tel ou tel défendeur…
« La
décision de la Cour suprême d’Utah [de cautionner
cette tactique] fit monter spectaculairement les enchères dans
les poursuites judiciaires pour polygamie en rendant les pénalités
pour cohabitation beaucoup plus sévères.
De
plus, personne ne savait jusqu’où le principe serait
étendu.
Comme
la base du découpage était arbitraire, c’était
en théorie un découpage illimité qui était
possible.
Avec
un découpage suffisant, la cohabitation pouvait devenir
passible d'emprisonnement à vie. »
[168]
Ainsi,
puisqu’une cohabitation pouvait être arbitrairement
divisée à discrétion en un nombre infini d’
« épisodes », les procureurs pouvaient
en théorie imposer la peine qu'ils voulaient.
La
Cour suprême des États-Unis finit par casser la décision
de la cour d’Utah, mais, une fois de plus, cela ne pouvait
ressembler qu’à une étape capricieuse et
calculatrice dans la guerre contre les mormons. [169]
La
théorie de la légitimation permet de mieux comprendre
encore pourquoi les mormons s’estimaient dans leur droit
d’éluder le châtiment pour violation de la loi.
La
« théorie de la légitimation »
est la branche de la philosophie du droit qui explique comment
« les
lois et la coercition exercée en leur nom en viennent à
sembler justes [170] ».
Souvent,
des pratiques juridiquement irrégulières peuvent
contribuer à donner l'impression – ou la réalité
– d'un système général « plus
juste ».
Par
exemple, les juges anglais refusaient souvent d'appliquer la peine de
mort pour vol mineur exigée par le Parlement [171].
La
« miséricorde »
des juges rendait un système juridique dur plus juste dans la
pratique.
C'est
pour cette raison qu'accepter passivement la sanction en cas de
violation de la loi peut en soi violer la loi morale.
Par
exemple, le fait pour un mormon de rester et d’accéder à
l'emprisonnement pour avoir essayé d’entretenir ses
enfants par la polygamie revient, dans un sens, à légitimer
le droit de l’État d'imposer des sanctions légales
à ceux qui s’efforcent de s’acquitter du devoir
moral d’entretenir les personnes à charge et de
respecter les alliances.
David
Daube
argue du fait que l'effort pour
« limiter…
le terme [désobéissance civile] à ceux qui en
subissent les conséquences
est en rapport avec la connotation honorable qui s’y rattache
de nos jours dans une grande partie du public.
Ceux
qui évitent ou éludent la punition doivent être
exclus de cette catégorie honorable, avec les effets qui sont
évidemment bienvenus pour les autorités.
Si
vous acceptez joyeusement ou du moins avec résignation le
châtiment légal, vous montrez que vous reconnaissez
fondamentalement le régime au pouvoir. » [172]
Ceci
concerne directement les préoccupations des saints : ils
ne
reconnaissaient pas
que l’État avait le droit de restreindre leur pratique
religieuse, de les contraindre à abandonner ceux auxquels ils
étaient liés par des alliances
solennelles ou de les obliger à désobéir à
Dieu.
Ils
se considéraient donc comme pleinement justifiés
d’essayer d'éviter les conséquences civiles de
leur désobéissance, confiants que Dieu justifierait
leur conduite.
Extension
des problèmes légaux en dehors de l’Utah
D'autres
États
finirent par se jeter dans la mêlée, signe inquiétant
que le pire était encore à venir :
« Les
deux gouvernements territoriaux d'Idaho et d'Arizona imposèrent
des serments tests interdisant à tous les membres de l’Église
mormone de voter, de détenir des fonctions publiques et de
faire partie d’un jury.
Le
décret de l'Idaho, adopté en 1885, excluait des droits
civiques tout « membre de… toute organisation…
qui enseigne… à ses membres… à
commettre le délit de bigamie
ou de polygamie… comme devoir découlant ou résultant
de la qualité de membre. »
[173]
Ainsi,
le simple fait d’être mormon était suffisant pour
se voir interdire de voter, de détenir une fonction publique
ou de faire partie d’un jury.
Il n’était pas nécessaire d’être
polygame
;
le fait même d’être membre était
une raison suffisante.
Un
éditorial du Deseret
News illustre
comment ces efforts étaient clairement plus qu'une attaque
contre la polygamie :
« L'appelant
n'a violé aucune loi.
Il
ne pratiquait ni la bigamie ni la polygamie et n’a conseillé
à personne d’autre de le faire.
Il
ne s'avère pas qu'il ait même cru en ces pratiques et il
les a effectivement rejetées par son serment.
Il
appartenait tout simplement à l’Église mormone et
revendiquait le droit de pratiquer le culte dans cette Église.
Cette
loi entreprend de dire qu'il ne peut le faire sans renoncer à
ses droits civiques, un des droits les plus sacrés du citoyen. »
[174]
On
pourrait croire que ceci, au moins, retiendrait l'attention des
tribunaux, mais « même le serment test de l'Idaho
survécut à l’opposition d’un tribunal,
augmentant la probabilité que si le Congrès décrétait
une exigence semblable à l’égard des électeurs
d’Utah, cela soit considéré comme constitutionnel. »
[175]
La
Loi Edmunds-Tucker
« Le
Congrès était entraîné dans une hystérie
nationale qui estimait l’élimination de la religion
mormone comme le seul but final acceptable.
La
Loi Edmunds-Tucker
[de 1887] fut le fruit de cette hystérie. »
[176]
« La
plupart des vingt-sept sections [de la Loi Edmunds-Tucker]
cherchaient à faciliter la condamnation des polygames
en permettant des exceptions aux procédures judiciaires et
policières standard.
Il fut permis aux épouses de
témoigner contre leur mari, des témoins
pouvaient être arrêtés sans citation à
comparaître préalable, les enfants illégitimes
« nés
plus de douze mois après le passage de cette Loi »
n'avaient pas le droit d’hériter de la propriété
de leur père, tous les mariages devaient être
enregistrés publiquement
et les fonctionnaires chargés de l'application de la loi
pouvaient engager des poursuites pour adultère, inceste et
fornication [177]. »
Edmunds-Tucker
éliminait aussi les possibilités des saints de se
défendre :
« La
section 27 de la Loi Edmunds-Tucker
abolissait la milice territoriale, la Légion de Nauvoo,
et prévoyait une nouvelle milice, organisée selon la
loi des États-Unis, dont tous les officiers généraux
devaient être nommés par le gouverneur.
La
milice avait longtemps constitué une défense
psychologique contre les persécutions fédérales
et avait en fait prouvé sa valeur lors de la campagne de
1857-1858 contre l'armée de Johnston.
La
menace de résistance armée a pu forcer Washington à
modérer son traitement des mormons.
Le fait donc de supprimer
la milice territoriale… favorisait le but du Congrès
d'extirper systématiquement les sources de résistance,
d’organisation et de force des mormons. »
[178]
Les
mormons ne se souvenaient que trop bien de l’usage des milices
d'état
contre eux ; la perte de la milice ne pouvait être perçue
que comme de mauvaise augure.
En
outre, « un juge d’Utah refusait de naturaliser tous
les immigrants mormons sous prétexte qu'ils appartenaient à
une organisation subversive » [179] et en 1885, le
président Cleveland affirma qu’on ne devait plus
autoriser d’autres mormons à entrer aux États-Unis
[180]. Le projet de loi Cullom-Struble,
présenté en 1890, « proposait d’appliquer
à l’Utah un serment test du genre de celui de l’Idaho. »
[181]
Ainsi,
des mormons avaient été privés de leurs droits
de citoyens et maintenant on allait leur refuser la citoyenneté
pour le seul crime de leur affiliation religieuse.
Il n’était même
pas nécessaire de pratiquer la polygamie pour assurer leur
condamnation ;
il
suffisait qu’ils aient des coreligionnaires qui étaient
des polygames.
Si cette
théorie était appliquée aujourd'hui, tous les
musulmans américains pourraient perdre leurs droits civiques
comme « terroristes » en vertu de leur
affiliation religieuse.
De
même, tous les catholiques ou les baptistes (et pas mal de gens
d’autres religions) pourraient être dépouillés
de la citoyenneté parce que leur culte interdit un avortement
autorisé au niveau fédéral et que quelques-uns
des membres extrémistes de ce culte auraient recours au
bombardement
des hôpitaux et à l'assassinat.
Il n’est donc pas étonnant qu’un auteur ait
conclu :
« Bien
que d'autres religions excentriques aient connu [la persécution
en Amérique], aucune ne semble avoir été plus
détestée que le mormonisme.
Il est probable qu’aucune n’ait été plus
redoutée non plus. »
[182]
Quelques
membres du Congrès avaient parfaitement compris que les saints
étaient persécutés pour leur religion en
violation de la Constitution.
Le
sénateur Wilkinson Call de Floride énonça
l’opinion que :
«
Le projet de loi maintenant à l'étude au sénat
est à mon sens le projet le plus extraordinaire qui ait jamais
été présenté dans l'histoire de ce pays.
Qu’on le considère dans
son ensemble ou dans ses détails, c'est, je pense, un projet
de loi qui restera longtemps comme un exemple de violation de la
Constitution, du mépris pour les droits de la personne, de
violation de tous les principes essentiels que contiennent notre
forme de gouvernement et nos institutions. »
[183]
Joseph
E. Brown, de la Géorgie, collègue de Call, vit, lui
aussi, dans les mesures contre la polygamie un autre exemple de
persécution religieuse approuvée par les
États-Unis :
« Prenons
garde à ne pas créer des précédents qui
pourraient mener à la destruction de la liberté
d'opinion et à la subversion de la liberté
constitutionnelle et de la tolérance religieuse dans ce pays…
Si
nous commençons à écraser une secte, aussi
méprisable qu’elle soit ou quelque impopulaire qu’elle
soit à cause de l'opinion, nous ne savons pas à quelle
vitesse les flammes de Smithfield
peuvent être rallumées ou que les gibets de la
Nouvelle-Angleterre pour les chasses aux sorcières peuvent de
nouveau être dressés ou quand un autre couvent
catholique sera incendié…
Vous
vous trouvez sur un terrain dangereux quand vous ouvrez de nouveau
cette porte.
Nous
avons passé le temps où il y a en ce moment une clameur
contre une secte quelconque à l’exception des mormons ;
mais
il semble qu'il doit y avoir un tollé périodique contre
une confession ou l’autre.
La
vengeance populaire est maintenant tournée contre les mormons.
Je me demande qui sera ensuite sur la liste quand nous
en aurons fini avec eux. »
[184]
Cette
préoccupation concorde bien avec la conception des saints
qu'ils devaient tenir bon contre ce genre d’effort juridique
pour les détruire et pas simplement dans leur propre intérêt,
mais aussi dans l’intérêt des autres.
Les
inquiétudes des sénateurs Call et Brown – qu'ils
avaient exprimées précédemment au cours du débat
concernant la Loi Edmunds
[185]
étaient prémonitoires
et les ennemis de l’Église n'ont jamais donné de
réponse satisfaisante à l'insistance de Call sur le
fait que, en dépit des hauts cris poussés par le
Congrès sur l'influence de l’Église sur ses
membres, elle n'était absolument pas différente d’aucun
autre groupe religieux, à part le fait qu'elle était
impopulaire :
« L’honorable
Sénateur du Delaware… décrit les mormons comme
étant un gouvernement théocratique.
Pourquoi
?
Qu’est-ce
qui justifie ici pareille affirmation ?
Quel
est l'argument ?
Parce
que l'organisation de l’Église mormone confère
dans le domaine religieux et dans le social, un pouvoir
absolu au chef de l’Église.
Cela n’existe-t-il pas dans une autre Église
?
Est-ce
que notre Église chrétienne, dans un de ses organismes
dirigeants… n'affirme pas l'infaillibilité du chef de
l’Église dans toutes les questions religieuses et
sociales, et, quand il parle ex
cathedra,
exige l'obéissance absolue de ses millions de fidèles ?
Il
n'y a rien de théocratique dans le gouvernement de l’Église
mormone qui est exhibé devant le monde.
Elle
ne prétend pas régir le Territoire d’Utah.
Elle
reconnaît l'autorité du gouvernement des États-Unis. »
[186]
Cependant,
en dépit de ces voix isolées, le Congrès n’était
pas d’humeur à se montrer tolérant.
Et
ce n'est pas étonnant puisque le but du gouvernement n'était
pas de supprimer la polygamie, mais de détruire l’Église
elle-même.
Un
membre du Congrès devait se vanter qu'Edmunds-Tucker
« s’attaque aux fondements mêmes de l’Église.
Elle
abroge absolument la charte qui lui a donné le jour »
[187].
John
T. Morgan, sénateur de l'Alabama, fut tout aussi brutal :
« Je
n’ai pas le sentiment, quand je m’en prends à
cette société ou à son organisation
ecclésiastique, que je m’en prends à une
institution religieuse.
Je
considère que je m’en prends à quelque chose de
tout à fait irréligieux, qui ne peut absolument pas
prétendre à juste titre à être qualifié
de religion dans une communauté chrétienne.
Elle aurait tout à fait sa place en
Chine ou dans un pays mahométan ;
elle conviendrait peut-être très bien à l’État
libre du Congo
;
mais
dans l’Amérique chrétienne on ne peut pas
qualifier cela d’institution religieuse. »
[188]
Encore
une fois, l’Église n'était même pas une
religion selon les normes « chrétiennes »
américaines et était par conséquent susceptible
d’être dissoute ou détruite.
Chose étonnante,
Eli
Houston Murray,
gouverneur d’Utah nommé par l’autorité
fédérale, écrivit en 1885 :
« Lorsque
deux hommes prétendent croire que la polygamie est d’origine
divine, le plus honnête des deux est celui qui met
consciencieusement cette croyance en pratique.
Si
vous punissez le plus honnête, vous devriez au moins ôter
ses droits civiques à l'autre. »
[189]
Nous
en venons ainsi à la conclusion renversante que le mormon qui
obéissait à la loi était en fait pire
que celui qui n’y obéissait pas.
Il est clair que pour la
plupart de ceux qui étaient au gouvernement, le seul bon
mormon était le mormon impuissant, privé des droits
civiques.
Il
est tentant de se demander jusqu’où ceci pouvait encore
aller.
Si
l’on peut priver des droits civiques un peuple entier, lui
refuser ses droits de citoyen et l’exclure de l’état
de droit, que va-t-il se passer ensuite ?
Il y avait déjà eu le
meurtre légalisé par le passé avec « l’ordre
d'extermination » ; est-il si impensable dans ce
contexte ?
Les
procureurs poussèrent les pouvoirs
qui leur étaient accordés en vertu d’Edmunds-Tucker
jusqu’à des extrêmes cruels et illégaux :
« Dans
la Loi Edmunds-Tucker,
[le Congrès] stipulait qu’une épouse était
un témoin
compétent lors des procès de polygamie, de bigamie et
de cohabitation et exigeait que les mariages soient enregistrés
dans les Territoires.
Ces
dispositions conservaient cependant encore une limitation en matière
de témoignage du conjoint ;
elles
stipulaient seulement qu'on devait permettre à une épouse
de témoigner si elle le voulait.
La
Loi interdisait expressément toute tentative de la part du
judiciaire de contraindre des épouses à témoigner
contre leurs maris.
« Mais les
juges d’Utah ne suivirent pas toujours la loi.
On obligea un certain
nombre de femmes mormones à témoigner contre leurs
maris sous peine d’être condamnées pour insulte à
la cour.
La
menace d’insulte à la cour pouvait être une arme
redoutable.
Sur
la base des auditions les plus vagues ou d’auditions
inexistantes, des épouses mormones qui refusaient de témoigner
contre leurs maris pouvaient être envoyées en prison
pour une durée indéterminée.
En 1888,
le député Burnes
lut à la chambre des représentants un rapport d’un
visiteur à la prison d’Utah :
« J'ai
trouvé dans une seule cellule (il s’agit d’une
cellule du pénitencier d’Utah) de trois mètres
sur quatre, sans plancher, six femmes, dont trois avaient des bébés
de moins de six mois, qui étaient incarcérées
pour insulte à la cour parce qu’elles avaient refusé
de reconnaître la paternité de leurs enfants.
Quand
je les ai suppliées de répondre à la cour et
être libérées, elles ont dit :
‘Si
nous faisons cela, il y aura beaucoup d'épouses et d’enfants
qui souffriront la perte d'un père’. »
[190]
Comme
l’a dit frère Oaks, ce ne sont pas là « des
vues de l’esprit ». Il est difficile de s’imaginer
que de tels événements aient pu se produire aux
États-Unis ;
ils
relèvent de l’état policier fasciste ou de la
junte militaire :
« L'utilisation
par la justice de la menace d’insulte à la cour dans les
affaires de polygamie créait donc un dilemme cruel pour
beaucoup de familles mormones.
Si
l'épouse appelée comme témoin
se soumettait et témoignait, son mari serait presque sûrement
condamné et emprisonné.
Si
elle refusait, son mari pourrait échapper à la
condamnation, mais l'épouse serait emprisonnée.
Un
mari mormon au moins, Rudger
Clawson,
dit à sa femme de témoigner à son procès
après qu'elle eut passé une nuit en prison pour avoir
refusé de le faire. »
[191]
L'aspect
le plus répréhensible de ce traitement des femmes est
qu’il était complètement inutile.
Avec
la suppression des règles en matière de preuves, les
tribunaux étaient pratiquement assurés d’obtenir
des condamnations sans le témoignage des épouses
mormones :
« Rétrospectivement,
il est difficile de donner une quelconque explication à cette
conduite judiciaire envers les épouses mormones si ce n’est
la vindicte.
Les
lois contre la polygamie, que l’on imposait fermement dans la
dernière partie des années 1880, punissaient amplement
les femmes qui restaient obstinément attachées à
la polygamie.
Le
fait d'imposer des condamnations pour insulte à la cour aux
femmes qui refusaient de témoigner introduisait une sorte
d'égalité sexuelle aveugle dans les sanctions fédérales
contre la polygamie qui étaient imposées aux mormons
d’Utah.
Les
tribunaux avaient à ce point réduit le nombre des
preuves exigées pour déterminer qu’il y avait
polygamie ou cohabitation que dans presque n’importe quel cas
on devait pouvoir trouver d’autres éléments de
preuve.
« Les
tribunaux d’Utah ne pouvaient pas croire qu'ils avaient besoin
de contraindre les femmes mormones à témoigner pour
pouvoir condamner leurs maris polygames.
Les
affaires de cohabitation produisirent des histoires déchirantes
et pathétiques.
On
interdit à des hommes de fréquenter leurs enfants ou de
pourvoir aux besoins de leurs anciennes épouses.
Des
femmes se virent refuser les soins et la fréquentation de leur
ancien mari.
De
plus, la loi, ne se limitant pas à interdire de futurs
mariages polygames, s’abattit avec toute sa sévérité
sur des gens
dont les relations existaient le plus souvent avant que la loi ne les
interdise clairement. »
[192]
Résumé
légal
Nous
avons traité de beaucoup de choses et il est intéressant
de rappeler la perception que les mormons ont dû avoir des
choses.
■ Ils furent à plusieurs reprises dépossédés de leurs biens sans réparation légale.
■ Ils furent chassés du Missouri en vertu d’un ordre
d'extermination d'état soutenu par une milice d'état. [193]
■ Leur droit de vote fut supprimé parce qu'ils étaient une majorité méprisée dans certains endroits.
■ Joseph et Hyrum furent assassinés suit à la trahison des fonctionnaires de l'état et de la milice.
■ Toute une série de tactiques irrégulières
contribuèrent à libérer ceux qui avaient été accusés du meurtre de
Joseph et de Hyrum. [194]
■ On leur dit qu'ils n'auraient la paix que s’ils quittaient les États-Unis.
■ Ils furent expulsés de Nauvoo par la milice d'état. [195]
■ Ils levèrent le Bataillon mormon, en dépit de la
façon dont les États-Unis les avaient traités et s’enrôlèrent dans la
guerre hispano-américaine, ce qui plaça l'Utah sous la domination des
États-Unis. [196]
■ Ils furent accusés de trahison et virent arriver l'armée de Johnston pendant la « guerre d’Utah ».
■ Le droit du suffrage des femmes en Utah fur révoqué.
■ Leurs ennemis motivés par la religion au Congrès
des États-Unis préconisèrent des attaques militaires et législatives
contre eux.
■ La Cour suprême leur dit que la Constitution ne
protégeait que les croyances, pas l’exercice de ces croyances.
■ Ils furent exclus des jurys et perdirent le droit à un procès par un jury de leurs pairs.
■ Ils furent privés de leurs droits civiques pour leur appartenance religieuse.
■ On leur dit qu'ils continuaient à violer la loi
même s’ils continuaient à entretenir les femmes avec lesquelles ils
avaient vécu ou les enfants qu’ils avaient engendrés, sans autres
relations maritales.
■ Ils virent les efforts faits pour augmenter
indéfiniment la durée de leur châtiment à la discrétion des caprices
d’un procureur.
■ Ils virent réduire à l’état de farce les règles
d’admission des preuves et la présomption légale d'innocence.
■ Les biens de l’Église furent menacés de saisie.
■ Ils virent des femmes, qui avaient reçu
illégalement l’ordre de témoigner, se faire emprisonner dans des
conditions effrayantes quand elles refusèrent.
■ La milice fut soustraite à la direction locale et
placée entre les mains des fonctionnaires désignés par le pouvoir
fédéral.
■ Le gouverneur de l’État décréta que ceux qui
obéissaient à la loi contre la polygamie étaient moins honnêtes que
ceux qui pratiquaient la désobéissance civile.
Cela
ne veut pas dire que les mormons étaient sans défauts.
Mais,
quels qu’aient pu être leurs erreurs ou leurs délits,
le traitement qu'ils subirent de la part de l’État et
des autorités judiciaires est pratiquement sans précédent
dans l'histoire américaine [197].
Ils
firent preuve d’une modération étonnante dans la
toute grande majorité des cas, surtout quand on sait qu’un
tribunal alla même jusqu’à « confirmer
le droit d'un US Marshall de tirer et tuer plutôt que
d'arrêter » un polygame
« qui ne résistait en aucune façon à
l'arrestation ».
Tout
cela en dépit du fait que la polygamie n’était
qu’un délit et n’a jamais été
catégorisée comme crime. [198]
En
outre,
« Le
Congrès, la Présidence et la Cour suprême se
liguèrent pour élaborer une législation
répressive et une distorsion de la jurisprudence
constitutionnelle qui à ce jour sont restées inégalées
pour l’acharnement avec lequel elles détruisirent les
droits, les libertés et les acquis individuels et
institutionnels.
Les
politiciens exploitèrent si bien la situation qu’à
certains moments le pays était disposé à
accepter la destruction de l’Église et de ses membres. »
[199]
Les
saints n’auraient en aucun cas pu considérer le problème
de la polygamie comme un simple « différend
juridique ».
C'était
« une guerre froide » totale menée par
leurs ennemis, qui étaient prêts à mépriser
et à violer la Constitution et l’état de droit
pour atteindre leurs buts.
Les
mensonges au sujet de la polygamie après le Manifeste 1890
La
pression et le coût de la résistance devinrent
finalement trop élevés pour que l’on continue à
mener une politique de désobéissance civile publique,
c’est pourquoi Wilford
Woodruff
publia le Manifeste.
L'annonce
du Manifeste soulève un autre point-clef qui préoccupe
beaucoup de membres :
pourquoi
tous les membres de l’Église ne se soumirent-ils pas une
fois que le président Woodruff
eut publié le Manifeste ?
Pourquoi
certains persistèrent-ils à pratiquer le mariage
plural
et allèrent-ils même jusqu’à contracter de
nouvelles unions polygames ?
Ce
qui précède répond en grande partie à
cette question : presque tout au long de l'histoire de la
polygamie, les membres et les dirigeants
de l’Église avaient été sous pression de
l’intérieur et de l’extérieur.
Ces
pressions provenaient de beaucoup de sources, mais elles avaient un
but commun : empêcher la pratique de la polygamie et
détruire l’Église.
Les
dirigeants
et les membres considéraient la pratique de la polygamie comme
un commandement divin et beaucoup signalèrent que des
manifestations spirituelles
impressionnantes avaient mis fin à leur hésitation à
la pratiquer (nous en parlerons plus loin).
À
cause de
leurs convictions, ils furent souvent forcés de choisir entre
deux impératifs moraux :
dire
la vérité et obéir à la révélation
de Dieu.
Le
Manifeste parut dans une ambiance de pression intense sur l’Église,
et la plupart des membres et dirigeants
de l’époque ne comprirent pas qu’il exigeait la
cessation de tout mariage
plural.
C'est
une erreur de voir dans le Manifeste de 1890 un
« changement »
soudain dans la situation de l’Église, de l’État
et de la polygamie.
Il
est vrai que c’est parfois comme cela que nous le comprenons
aujourd'hui, mais c'est seulement en rétrospective et à
la lumière d’autres événements et d’autres
révélations.
Jusqu'en
1890, l’Église défiait les gouvernements fédéral
et d'état
en dépit d’une pression croissante et de tactiques d’une
légalité douteuse.
Les
saints étaient donc disposés à éluder la
loi et à s'engager dans une tactique de désobéissance
civile.
Cet
état d’esprit ou les circonstances qui la provoquèrent,
ne changèrent pas avec le Manifeste.
L’administration
de Wilford
Woodruff
d’avant le Manifeste
Wilford
Woodruff
devint l'autorité présidente de l’Église à
la mort de John
Taylor.
Étant
donné que le président Taylor
avait passé les derniers mois de sa vie à se cacher des
fonctionnaires fédéraux qui cherchaient à le
poursuivre en vertu des lois contre la polygamie
[200], le mariage
plural
était clairement une crise immédiate pour le président
Woodruff.
En
dépit des enseignements clairs accessibles à l’Église
[201], certains membres modernes pensent que la révélation
accordée à la Première
Présidence
et au Collège
des Douze
est quelque chose de plutôt évident et routinier.
Ce
n'est pas toujours le cas, comme en ont témoigné
beaucoup de dirigeants
de l’Église.
Un élément-clef pour recevoir
la révélation est la condition de « l'étudier
dans [son] esprit » et c’était certainement
ce que les dirigeants de l’Église firent au cours des
années qui précédèrent le Manifeste.
Le
29 septembre 1887, Wilford
Woodruff
demanda aux douze
apôtres
s'ils estimaient « qu’il était nécessaire
que les polygames
promettent aux tribunaux qu’ils allaient s'abstenir de
cohabitation illégale parce qu'ils ‘semblent penser
qu’il est nécessaire de faire quelque chose de ce genre
pour convaincre le Congrès de la sincérité
de [leurs] efforts pour devenir un État’ »
[202]. La
proposition fut presque unanimement rejetée, puisque les
apôtres estimaient qu’ « aucun saint des
derniers
jours
ne pouvait faire une telle promesse et rester fidèle aux
alliances
qu'il avait faites avec Dieu et avec ses frères quand il était
dans la Maison de Dieu et qu’il se faisait sceller des épouses. »
[203]
Le
20 décembre 1888, plus d'un an après, le président
Woodruff
rédigea et présenta un document à l’examen
des apôtres.
Il s’y posait la question de savoir si
c'était la volonté du Seigneur
que les membres de l’Église se conforment à la
loi et s'abstiennent de pratiquer le mariage
plural.
Il
déclara qu’il était « de la plus
grande importance que nous décidions par l'Esprit de la
décision à prendre à ce sujet » et
demanda l'opinion des apôtres.
Trois
apôtres étaient absents ;
les
autres s’y opposèrent et quatre dirent qu'ils ne
pouvaient pas donner leur assentiment sans avoir reçu « la
parole du Seigneur
par l’intermédiaire de Wilford
Woodruff,
le doyen des apôtres ».
[204]
À
ce moment-là, le président Woodruff
se dit d’accord avec le conseil et exprima son avis que « si
nous avions cédé à ce document, chacun d’entre
nous aurait été sous la condamnation devant Dieu.
Le
Seigneur
ne donnera jamais de révélation d’abandonner le
mariage
plural. »
[205]
George
Q. Cannon
exprima plus tard la même opinion quand il dit :
« Si
je veux avoir l’âme en paix et s’il y a quelque
chose à dire à ce sujet dans ce sens, je veux que le
président Woodruff
puisse dire : ‘Ainsi dit le Seigneur.’ » [206]
Le
président Woodruff
consulta alors le Seigneur
et écrivit la révélation suivante, que les Douze
soutinrent :
« Que
mes serviteurs
qui sont
appelés
à la présidence de mon Église ne renient pas ma
parole ni ma loi, qui concerne le salut des enfants des hommes…
Ne vous mettez pas en danger vis-à-vis de
vos ennemis par une promesse…
Que
mes serviteurs,
qui officient comme vos conseillers
devant les tribunaux, fassent leurs plaidoiries selon qu’ils
sont inspirés par le Saint-Esprit,
sans autre engagement de la part de la prêtrise
(et ils seront justifiés). »
[207]
Manifestement,
l’Église ne devait pas adapter sa doctrine ou sa
pratique simplement pour obtenir un avantage juridique.
C'est
un point-clef : l’Église n’allait pas, et ne
devait pas, capituler en matière de religion sous la pression
de la société.
Mais cette
pression de la société allait augmenter.
Cinq
mois plus tard, en avril 1890, des projets de loi furent proposés
à la chambre des représentants et au sénat pour
priver tous les saints
des derniers jours des
droits civiques, qu’ils pratiquent ou non la polygamie. [208]
La
révélation donnée à Wilford
Woodruff
comprenait aussi des instructions importantes sur la façon de
résoudre leurs difficultés :
« Que
mes serviteurs
invoquent le Seigneur
en prière
fervente.
Gardez le Saint-Esprit
comme compagnon constant et agissez selon que vous êtes incités
par cet Esprit et tout ira bien pour vous… Moi, le Seigneur,
je délivrerai
mes saints de la domination des méchants au temps et de la
façon que je jugerai bons [209]. »
Les
dirigeants
de l’Église recherchaient, de toute évidence, la
volonté du Seigneur,
mais ils semblent avoir été livrés à
eux-mêmes pendant un certain temps pour trouver la solution
tout seuls.
Abraham
H. Cannon
écrit que « l'esprit… à aucun moment…
ne semblait indiquer ce qu’il fallait faire » [210].
George
Q. Cannon
dit que les dirigeants
« attendaient que le Seigneur
se manifeste à ce sujet [211] ».
La
voie du Seigneur
allait bientôt devenir claire.
À
la mi-mai, le gouvernement fédéral insistait pour que
l’Église fasse une déclaration
officielle renonçant à la polygamie et la Cour suprême
des États-Unis décréta que la Loi Edmunds-Tucker
était constitutionnelle.
L’Église
pouvait donc maintenant être légalement dissoute, ses
biens confisqués et son fonds d'immigration perpétuel
disparaîtrait dans les coffres du gouvernement [212].
Les
choses empirèrent rapidement :
« Le
1er juillet, le sénat présenta une proposition de loi
qui devait empêcher les polygames
ou quiconque appartenant à une organisation enseignant ou
favorisant la polygamie d’acquérir une propriété
au Wyoming ;
le
15, le parti politique antimormon
remporta l’élection des administrateurs des écoles
de Salt Lake City et eurent ainsi la mainmise sur l’enseignement
public de cette ville ;
le
29, la Cour suprême d’Utah décréta que les
enfants polygames ne pourraient pas hériter des biens fonciers
de leurs pères et le 5 août, le parti antimormon
obtint la plupart des postes de comté dans les comtés
de Salt Lake et de Weber. »
[213]
C’est
alors que les pires craintes du président Woodruff
apparurent à l'horizon.
« Nous
devons faire quelque chose pour sauver
nos temples » [214], dit-il en apprenant que Washington
allait saisir les trois temples de l’Église qui étaient
en activité, en dépit d'une promesse du gouvernement,
faite en 1888, de ne pas y toucher. [215]
La
crise atteignit son paroxysme quand la « Commission
d’Utah » du gouvernement publia un rapport lançant
l’accusation que des mariages
pluraux
avaient été accomplis – les dirigeants de
l’Église se méprirent sur ces accusations.
Le
rapport de la « Commission d’Utah » du
gouvernement disait que l’on continuait à célébrer
des mariages
pluraux – ce qui était le cas.
Cependant,
les dirigeants
de l’Église (et le Deseret
News)
pensèrent qu'ils étaient accusés de marier des
gens
en
Utah.
Pour
comprendre l'importance
de ces événements, il nous faut faire
un petit retour en arrière.
Depuis
juin 1889, Wilford
Woodruff
avait commencé à limiter la célébration
des mariages
pluraux
au Mexique [216].
Dès septembre
1889, la Première
Présidence
refusait aussi de décerner des recommandations pour des
mariages
pluraux
pour l'Utah.
Toutefois,
des mariages pour lesquels des recommandations avaient déjà
été décernées furent encore célébrés
le 2 octobre 1889 [217].
La
décision de Wilford
Woodruff
d’empêcher tout autre mariage
plural
était la poursuite d'une politique lancée sous le
président John
Taylor,
qui avait commencé à limiter les nouveaux mariages
alors même qu’il refusait publiquement de plier sous la
pression fédérale. [218]
La
politique de la Première
Présidence,
qui avait fait, en son sein, l’objet de discussions non
officielles, fut exprimée formellement pour la première
fois aux Douze le 2 octobre 1889 :
« [Wilford
Woodruff]
expliqua qu'il jugeait que c'était nécessaire…
George Q. Cannon
avait surmonté l'incertitude qu'il ressentait quand le
président Woodruff
avait
révélé
ses intentions le mois précédent et dit
aux autres apôtres qu'il « n'était pas en
faveur de la célébration de mariages
pluraux
dans ce Territoire, mais on pourrait le faire au Mexique ou au Canada
et éviter ainsi que nos frères soient mis en danger en
faisant ces choses. »
[219]
L'Église
semble avoir adhéré à la politique
d’interdiction des mariages en Utah jusqu’en 1890,
bien que les mariages
pluraux
au
Mexique
aient repris en janvier 1890.
[220]
Ainsi
donc, l'importance
de la mauvaise compréhension de l’Église à
l’égard du rapport de la Commission d’Utah est
qu'elle avait cessé d'approuver les mariages polygames au
Mexique en juin 1889 et dans le Territoire d’Utah depuis
septembre 1889.
La
Commission d’Utah lança l’accusation que l’Église
avait célébré quarante et un nouveaux mariages
depuis juin 1889.
C'était
probablement vrai [221] – mais le Deseret
News
[222] et l’Église se méprirent et rapportèrent
que l’accusation était que les mariages avaient été
célébrés en Utah.
En
réalité, ce que la Commission affirmait (à juste
titre), c’était que des gens
d'Utah
avaient été mariés quelque
part
avec la permission de l’Église. [223]
Ainsi,
la pression sur l’Église augmentait et, du point de vue
des dirigeants,
même leurs efforts en matière de compromis –
arrêter les mariages sur le territoire des États-Unis et
s'abstenir d’enseigner publiquement la doctrine – ne
réussissaient pas.
En
outre, le gouvernement menaçait de saisir les temples et de
priver potentiellement tous les mormons des droits civiques.
Étant
donné le malentendu, certains dirigeants – tels que
George Q. Cannon
–
voulurent nier l’accusation précise que la polygamie
était pratiquée en Utah sans rejeter la doctrine de la
polygamie de promettre expressément d'obéir à la
loi aux États-Unis. [224]
La
rédaction du Manifeste
Le
Manifeste fut écrit tandis que les facteurs suivants étaient
en jeu :
■ des lois dissolvant légalement
l’Église, privant des droits civiques tous ses membres et criminalisant
leurs pratiques religieuses avaient été décrétées et poursuivies avec
une vigueur accrue
■ tous les efforts pour
contester juridiquement la constitutionnalité des lois avaient échoué
■ les efforts dans le sens d’une
« retenue » ou d’un « compromis » de la part des dirigeants de
l’Église – limiter et/ou interdire la célébration de mariages
pluraux – avaient été incapables de
produire une quelconque diminution de la pression exercée par le
gouvernement
■ l’Église avait continué sa
politique de désobéissance civile, de silence, de
dénégations « techniquement vraies » destinées à tromper ou
de démentis publics ne concordant pas avec les faits. [225]
■ les apôtres et la Première
Présidence étaient activement engagés
dans le processus de « l'étudier dans leur esprit » – il n’y
avait pas d’unanimité concernant la ligne de conduite finale qui
conviendrait
■ Le président Woodruff avait
reçu une révélation que les apôtres avaient approuvée, qui commandait à
l’Église de ne pas nier que la polygamie était un commandement et de ne
pas chercher à créer un effet de levier dans les tribunaux en acceptant
de restreindre la polygamie.
Le
président Woodruff
assista, le 24 septembre, à une session du Conseil et présenta
une déclaration
qu'il avait écrite, déclarant :
« J'ai
débattu toute la nuit avec le Seigneur
au sujet de ce qu’il fallait faire dans les circonstances
actuelles de l’Église.
Et
voici le résultat. »
[226]
Ce
document allait devenir le Manifeste.
Après
avoir été révisé par la Première
Présidence,
trois membres du Collège
des Douze
et quelques autres, le Manifeste fut envoyé aux médias.
[227]
George
Q. Cannon
écrit à ce propos :
« Toute
cette affaire a eu lieu sur les instances du président
Woodruff
lui-même.
Il
s'est senti fortement poussé à faire ce qu'il a fait et
il a parlé avec une grande clarté
aux frères concernant la nécessité de faire
quelque chose de ce genre.
Il
a
dit
que le Seigneur
lui avait montré que c'était son devoir et pour lui il
était parfaitement clair que c'était ce qu’il
fallait faire. »
[228]
Le
président Woodruff
affirmait donc clairement que son action était inspirée
et était le produit de la révélation.
Et cependant, quelle
était son intention ?
La
plupart des auteurs de l’Église semblent ne pas avoir
compris les circonstances dans lesquelles le Manifeste a été
donné et ont accepté que c'était le produit de
la révélation (ce qu’il était) et qu’il
était censé, en 1890, être littéralement
mis en application tel qu’il était écrit et dans
toutes les circonstances (ce qui n'était probablement pas le
cas).
Le
président Woodruff
« a débattu avec le Seigneur »
de ce qu'il devait faire.
Son
action était « une nécessité »,
« son devoir » et « c'était
ce qu’il fallait faire ».
On voit l'attitude
du président Woodruff
vis-à-vis de ce qu'ils venaient d’écrire dans ce
qu’il dit en quittant la réunion :
« Nous
sommes comme des hommes qui se noient et qui s’agrippent au
moindre fétu qui passe à leur portée et qui
apporte un soulagement quelconque ! »
[229]
Tout
simplement, la pression sur l’Église, sous une apparence
de « légalité », était
devenue intolérable.
La
menace contre les temples, encore plus que la menace contre les
familles polygames, représentait un assaut contre les aspects
les plus sacrés du culte des saints des derniers jours.
Les
dirigeants
de l’Église comprenaient bien depuis longtemps – à
juste titre – que tromper leurs ennemis à propos de la
polygamie était le moindre mal.
Ainsi,
la révélation donnée au président
Woodruff,
comme lui et ses collègues dans l’apostolat
l'entendaient, n'était pas de cesser complètement la
polygamie, mais d'annoncer publiquement ce que l’Église
faisait déjà (restreindre les mariages polygames).
Le
président Cannon
expliqua ce raisonnement après que le Manifeste eut été
présenté en conférence générale :
« Mais
le moment est venu où, selon la providence de Dieu, il a
semblé nécessaire de faire quelque chose pour répondre
aux exigences du pays, pour satisfaire ce qui était requis de
nous et pour
sauver
le peuple.
Je pourrais dire qu’on a fait appel des centaines de fois au
président Woodruff
et à d'autres parmi nous ; je peux dire, en ce qui me
concerne, que l’on m’a supplié des dizaines de
fois pour que l’on publie quelque chose et que l’on
annonce quelque chose.
« Certains
de nos frères dirigeants ont dit :
'Puisque
nous avons cessé de donner la permission de célébrer
des mariages
pluraux,
pourquoi ne pouvons-nous pas en retirer le profit ?
Pourquoi
ne pouvons-nous pas le
dire
au monde, afin d'en profiter ?
Nos
ennemis prétendent constamment que nous le pratiquons toujours
en secret et que nous sommes malhonnêtes et coupables de
faux-fuyants.
Maintenant,
si nous avons vraiment cessé d’accorder à des
hommes la permission de prendre plus d'une épouse, pourquoi le
monde ne le saurait-il pas et n’en profiterions-nous pas ?'
Ces
réflexions nous ont été faites à de
nombreuses reprises.
Mais
à aucun moment l'Esprit n’a semblé nous dire que
c’est ce qu’il fallait faire.
Nous
avons attendu que le Seigneur
fasse quelque chose. » [230]
La
révélation donnée au président Woodruff
étendait aussi le degré de tromperie qui était
permis pour éviter la destruction de l’Église.
C'était
son devoir de faire une déclaration
officielle qu’il savait être fausse à certains
égards.
Plus
tard, Joseph F. Smith devait clairement comprendre le Manifeste dans
cette lumière :
« Il
considérait le document comme inspiré dans les
circonstances dans lesquelles le gouvernement des États-Unis
avait mis l’Église… ‘Mais il ne croyait pas
que c’était une révélation formelle de
Dieu abolissant le mariage
plural’. » [231]
Le
président Woodruff
publia le Manifeste avec l'approbation de trois des apôtres
seulement.
Lors
d'une réunion postérieure à sa publication, sept
sur neuf apôtres soutinrent la mesure.
Parmi les partisans du oui,
quatre précisèrent qu'ils ne soutenaient pareille
déclaration
que sur le territoire des États-Unis. [232]
Les
principes de gouvernement de l’Église et le Manifeste
Cette
conception que le Manifeste était une tactique révélée
pour soulager la pression sur l’Église n'est pas
courante parmi les membres de l’Église d’aujourd'hui.
Cependant,
l’examen des circonstances dans lesquelles elle fut reçue
et certains principes fondamentaux de gouvernement de l’Église
font de cette interprétation la plus sensée.
Les
Doctrine et Alliances
disent clairement que la Première
Présidence
et le Collège
des Douze
sont égaux en autorité [233] et que toutes les
décisions doivent être prises à l'unanimité
[234] pour faire force de loi pour l’Église :
pour les rendre « officielles » pourrions-nous
dire.
Il est clair
que le président Woodruff
ne suivit pas cette pratique, ce qui serait très étrange
s'il s'attendait à ce que le Manifeste soit lu comme une
révélation officielle insistant pour que toutes les
pratiques polygames cessent immédiatement :
Il n’y eut que trois
des apôtres qui virent le Manifeste avant sa publication.
Et,
après sa publication, il n'y eut pas d'unanimité quant
à ce que le Manifeste exigeait.
Mais
le président Woodruff
ne voyait pas les choses de cette façon :
c'était
plutôt un « devoir » de sa part que le
Seigneur
exigeait.
La
formulation même du Manifeste le montre bien : il n’y
est pas question de « nous la Première
Présidence
et le Conseil des Douze », mais simplement de Wilford
Woodruff
à la première personne du singulier.
La
formulation est soigneuse et précise :
« Je
déclare par la présente mon intention de me soumettre à
ces lois et d'user de mon influence auprès des membres de
l'Église que je préside pour qu'ils fassent de même…
Et
je déclare maintenant publiquement que mon conseil aux saints
des derniers jours est de s'abstenir de contracter tout mariage
interdit par la loi du pays »
[235]. Ainsi,
le président Woodruff
annonce une ligne de conduite personnelle, mais n'engage
pas
les autres Autorités générales de l’Église.
Il publie même un « conseil »
plutôt qu'un « ordre » ou un
« commandement ».
Il n’y a aucune
autre signature ou autorité qui apparaisse que les siennes.
On
peut faire utilement la comparaison avec la Déclaration
officielle n° 2, qui suit la procédure prescrite pour le
gouvernement de l’Église :
« …la Première
Présidence a annoncé que le président Spencer W.
Kimball avait reçu une révélation…
[Il]m'a demandé d'informer la conférence de ce qu'après
avoir reçu cette révélation… il la
présenta à ses conseillers, qui l'acceptèrent et
l'approuvèrent. Elle fut alors présentée au
Collège des douze apôtres, qui l'approuva à
l'unanimité, et elle fut ultérieurement présentée
à toutes les autres Autorités générales,
qui l'approuvèrent de même à l'unanimité. »
[236]
La
différence entre ceci et le Manifeste est frappante.
Le
Manifeste fut publié d’une manière qui n’aurait
pas pu faire
force de loi pour l’Église à l’époque.
Heureusement,
certains au gouvernement des États-Unis ignoraient l’existence
de tels protocoles, n’ayant pas pris le temps de bien
comprendre la religion des mormons.
Des
observateurs mieux informés, tels que le Salt
Lake Tribune, hostile
à
l’Église,
ne furent pas dupes, et le président Harrison des États-Unis
« dit que le choix des mots fait par Woodruff
sapait leur pouvoir de conviction. »
[237]
Quant
au Manifeste, la Première
Présidence
et le Conseil des Douze votèrent, le 2 octobre 1890, de
soutenir l'action du président Woodruff.
C'est-à-dire,
comme je le comprends, ils soutinrent sa tactique de dire
essentiellement ce que le gouvernement voulait entendre et de se
conformer à la loi dans la mesure où leur conscience le
leur permettait.
Même
lors de cette réunion leur intention était claire,
puisqu'ils discutèrent du point de savoir si l’Église
dans son ensemble devait soutenir le Manifeste, puisque « certains
estimaient que l’assentiment de la Présidence et des
Douze sur le sujet était suffisant sans engager
le peuple par vote vis-à-vis d’une politique qu'il
pourrait à l'avenir souhaiter abandonner. »
[238]
Il
est évident que ces collèges
unis ne considéraient pas le Manifeste comme une révélation
interdisant tout mariage
plural
en 1890 :
car
pourquoi auraient-ils alors envisagé que l’Église
puisse vouloir « l’abandonner » ?
Ce qu’ils soutinrent,
au contraire, ce fut la décision de cacher toute la vérité
à leurs ennemis parce qu'ils n’avaient aucune autre
option susceptible de leur permettre de respecter le devoir supérieur
qu’ils avaient vis-à-vis de leur foi.
Le
Manifeste annonçait ce qui se passait déjà en
privé (les restrictions sévères sur le mariage
plural)
mais cachait le fait que les dirigeants
de l’Église pourraient accorder des exceptions.
Ce
qui est peut-être le plus convaincant, c’est un éditorial
du Deseret
News,
journal
de l’Église, qui répondait à la Commission
d’Utah du gouvernement, qui avait déclaré que le
président Woodruff
devait avoir « une révélation suspendant la
polygamie ».
L'éditorial
déclara que « quand le président
Woodruff
reçoit quelque chose d'une source divine pour l’Église
qu'il préside, il veille à remettre le message [239]. »
Ceci fut écrit cinq jours après
la
publication du Manifeste.
Il
semble indéniable que le président Woodruff
considérait son action
comme inspirée et divinement voulue ;
cependant,
lui et l’Église ne croyaient pas que Dieu, par le
Manifeste, leur avait dit
de cesser tout mariage
plural.
En
outre, le président Cannon
parla juste une semaine plus tard et dit que la rédaction du
Manifeste par le président Woodruff
avait été faite « sous l'influence de
‘l'Esprit’ » et promit que « quand
Dieu parle et… fait connaître sa volonté,
j'espère que moi et tous les saints
des derniers jours
s’inclineront pour s’y soumettre »
[240]. Le
Manifeste était donc considéré comme une mesure
divinement exigée et inspirée (pour éviter une
action du gouvernement) mais son contenu n'était pas considéré
comme un commandement absolu et faisant force de loi de supprimer
complètement le mariage
plural,
à moins que les dirigeants de l’Église ne le
reçoivent par révélation.
Jusqu'alors,
ce n’était pas le cas.
Les
déclarations
faites plus tard par le président Woodruff
aux saints au sujet du Manifeste sont instructives, quand on les lit
dans cette lumière.
«
J'aurais laissé tous les temples nous échapper, je
serais allé moi-même en prison et aurais laissé
tous les autres hommes y aller, si le Dieu du ciel ne m'avait pas
commandé de faire ce que j'ai fait; et lorsque vint l'heure où
il me fut commandé de la faire, c'était tout à
fait clair pour moi. J'allai devant le Seigneur, et j'écrivis
ce que le Seigneur me dit d'écrire. »
[241]
Le
président Woodruff
avait vu les conséquences de l'inaction. C’est pourquoi
le Seigneur
lui commanda de faire ce qu’il avait fait.
Il
ne savait pas ce qu'il devait faire (en dépit du fait qu’il
l’avait « étudié ») jusqu'à
ce que la révélation arrive, et il dit alors ce que le
Seigneur
lui
avait commandé de dire.
[242]
« Je
vais maintenant vous dire ce qui m'a été manifesté
et ce que le Fils de Dieu a accompli dans cette affaire... Aussi vrai
que le Dieu Tout-Puissant vit, toutes ces choses-là seraient
arrivées si ce Manifeste n'avait pas été donné.
C'est pour cela que le Fils de Dieu s'est senti disposé à
faire présenter cette affaire à l'Église et au
monde pour des raisons qui lui sont propres. Le Seigneur avait
décrété l'établissement de Sion. Il avait
décrété l'achèvement de ce temple. Il
avait décrété que le salut des vivants et des
morts serait donné dans ces vallées des montagnes. Et
le Dieu Tout-Puissant avait décrété que le
diable ne le contrecarrerait pas. Si vous pouvez comprendre cela,
c'est la clef de toute l'affaire. »
[243]
Le
président Woodruff
attribue de nouveau le Manifeste à la révélation
divine.
Mais
la façon dont il le dit est instructive :
« Le
Fils de Dieu s'est senti disposé à faire présenter
cette affaire à l'Église et au monde pour des raisons
qui lui sont propres ».
Le
but n'était pas, à l’époque, d’arrêter
complètement la polygamie, mais de permettre à l’Église
de continuer son œuvre de salut pour les vivants et pour les
morts.
« Le
diable ne le contrecarrerait pas », fait remarquer le
président Woodruff :
« Si
vous pouvez comprendre cela, c'est la clef de toute l'affaire ».
D’une
manière indirecte, mais remarquablement claire, le président
Woodruff
donne aux saints et à nous un aperçu de son
raisonnement moral.
Le
président Woodruff
se rendait probablement compte que le gouvernement serait trompé
par le Manifeste, mais il considérait que les attaques contre
l’Église étaient motivées par une
influence démoniaque.
Si
l’on peut comprendre qu'il y a un devoir supérieur à
celui d’obéir à la loi profane
ou à celui d’être franc avec des gouvernants
profanes aux mobiles corrompus, cette compréhension est ce qui
permet de comprendre la décision et les raisons qui étaient
à sa base.
Le
Manifeste ne fut publié que quand tous les autres moyens
eurent été épuisés, et il fut –
déclara-t-il – approuvé par Dieu :
« Le
président Woodruff
déclara qu’il] croyait qu'il aurait laissé le
gouvernement étendre la main pour nous écraser ;
mais
le Seigneur
ne voulait pas que Sion
soit écrasée et il a évité le coup en
m'inspirant d’écrire et de publier le Manifeste, et,
jusqu’à présent, c’est certainement l'effet
qu’il a eu. »
[244]
George
Q. Cannon
précise que l’Église se sentait toujours un peu
piégée entre le devoir vis-à-vis de Dieu et le
devoir vis-à-vis de l'autorité politique :
« Mais
la nation s’est interposée et a dit : « Stop »,
et nous nous soumettrons, laissant les conséquences à
Dieu.
Nous
ferons de notre mieux ;
mais
quand il y affrontement avec les autorités constituées
et que les plus hauts tribunaux du pays
disent : « Stop », les saints des
derniers jours n’ont,
selon les révélations que Dieu nous a données
nous
disant
de respecter l'autorité constituée, d’autre
alternative que de s’y soumettre et de laisser les conséquences
au Seigneur. »
[245]
Le
Manifeste s’efforçait donc de marcher sur le fil du
rasoir : faire suffisamment de concessions à « l'autorité
constitutionnelle » pour empêcher la destruction de
l’Église, maintenir les restrictions au mariage
plural
et s'abstenir d’enseigner la doctrine.
Cependant,
et c’est significatif, le président Cannon
déclare que les saints feront
de leur mieux.
C'est-à-dire
qu’ils continueront à pratiquer leur foi dans la mesure
du possible sans menacer l'existence de l’Église.
Ceci
allait inclure plus tard une poursuite limitée du mariage
plural.
Les
dirigeants de l’Église voyaient donc tous dans le
Manifeste une révélation.
Cependant,
ils n’y voyaient pas une interdiction universelle de tout
mariage
plural
à ce moment-là, bien que pour la survie de l’Église
il fût nécessaire que le gouvernement l'interprète
ainsi.
Avec
le temps, les dirigeants
et les saints allaient comprendre différemment la
signification et l'application du Manifeste.
Une
compréhension
différente – par l'intermédiaire d’une
révélation – d'une révélation
antérieure n'est pas sans précédent :
Jésus
a commandé aux apôtres de faire «de toutes les
nations des disciples », mais les apôtres ont
continué à interpréter ce commandement d'une
manière plus limitée jusqu'à ce qu’une
révélation postérieure étende la
prédication de l'Évangile
chrétien au-delà de ceux qui avaient d’abord
adopté les rites du judaïsme [246].
Un
exemple moderne concerne la Parole
de Sagesse,
qui n'a pas été déclarée comme
d’application universelle pendant plus qu'un siècle,
bien que la révélation de la section 89 n'ait pas
« changé ». [247]
Le
lecteur attentif aura remarqué que la version publiée
du Manifeste, qui se trouve dans la Déclaration officielle - 1
des Doctrine et Alliances,
indique que le vote de soutien du Manifeste fut « unanime ».
On est en droit de se demander
pourquoi il en est ainsi, étant donné que la
compréhension
du Manifeste n'était
pas unanime à
l’époque parmi les membres de l’Église, ni
pendant des années après cela.
Le
vote de soutien à la conférence fut demandé à
cause des
pressions incessantes du gouvernement en la personne du Ministre de
l'intérieur [248].
Bien entendu,
c’est une énorme présomption de la part du
gouvernement de croire qu’il pouvait « imposer »
une certaine interprétation de la révélation en
exigeant de l’Église qu’elle applique une
procédure.
Les idées toutes faites du gouvernement au sujet de la
révélation
– que ce n'était qu’un moyen pratique de permettre
aux croyants de pratiquer la polygamie pour des motifs charnels –
le rendait soit incapable de comprendre le pétrin dans lequel
il mettait les saints, soit indifférent aux conséquences
que cela pouvait entraîner de le faire intentionnellement.
Le
vote des membres sur le Manifeste, a écrit un apôtre,
fut « donné par une voix faible, mais apparemment
unanime » [249] et la Première
Présidence
et le Collège
des Douze
n’étaient pas unanimes à croire que le Manifeste
visait à signaler la fin définitive de la polygamie.
Mais il était important pour la survie de l’Église
qu'il apparaisse tel à leurs persécuteurs.
Un
vote de l’Église ne pouvait pas changer cela, bien qu’il
ne fasse pas de doute que tous les politiciens américains ne
s’en rendaient pas compte.
Plus
tard, un secrétaire de la Première
Présidence
à qui l’on demandait si le Manifeste était
« juste un geste », répondit :
« Vous avez étonnamment bien vu. »
[250]
Le
problème pour les dirigeants
de l’Église était qu'ils ne pouvaient pas
expliquer publiquement le raisonnement justifiant le Manifeste sans
menacer de nouveau l'existence de l’Église.
Le
Manifeste fut donc présenté pour un vote de soutien,
mais les dirigeants
ne pouvaient pas expliquer tout ce qu’ils entendaient par là.
Les
membres durent se fier à leur propre don
de révélation lorsqu’on leur demanda de voter, et
la conférence soutint le Manifeste.
Nous ne savons pas combien
de membres l’ont fait en comprenant parfaitement la façon
dont les Autorités générales voyaient la
révélation à ce moment-là.
Le soutien
indiquait, tout au moins, leur conviction qu'ils étaient
dirigés correctement par des prophètes de Dieu.
Un
membre au moins vota contre le Manifeste parce qu'il le considérait
comme une tactique politique sans base révélée
[251].
Beaucoup
de membres s’abstinrent aussi de voter ;
on ne sait pas avec certitude pourquoi.
Peut-être n’avaient-ils eu aucune compréhension
inspirée de la
véracité ou de la fausseté de la révélation.
Leur
conscience peut les avoir empêchés d'affirmer quelque
chose dont ils n’avaient pas de témoignage, mais le fait
qu’ils soutenaient leurs dirigeants
comme prophètes les empêcha de s'opposer aux actions
unies des collèges
présidents.
Des
émotions contradictoires jouèrent aussi un rôle.
C’est
ce qui semble avoir été la situation de B.H. Roberts,
qui décrivit avec émotion les difficultés qu’il
eut à accepter le témoignage de la véracité
du Manifeste :
« Je
lus d’abord le Manifeste avec étonnement.
Mais
à peine l’avais-je lu que comme un trait de lumière
qui remplit toute mon âme l’esprit dit : « C’est
bon », et donc cela a passé… [mais] plus j’y
pensais moins j'aimais cela… pendant la Conférence je
vis que des mouvements étaient en action pour que tout le
peuple le soutienne, une démarche que je vis avec inquiétude.
Quand
la crise vint, j’en eus un immense chagrin mais je restai
silencieux.
Il me sembla
que c’était le pire moment de
ma
vie, quand le vote fut demandé, j’avais le bras comme du
plomb ;
je
ne pouvais pas voter pour et je ne le fis pas…
« Comme je l’ai
dit, cette affaire continua à être une épreuve
pour moi au cours de l'année 1891 et m’affligea
beaucoup, mais je n’en dis pas grand chose ;
et
peu à peu je commençai à me rappeler le trait de
lumière qui m’avait été donné la
première fois que j’en avais entendu parler et je finis
par l’accepter.
Peut-être
avais-je transgressé en repoussant le premier témoignage
que j'avais reçu à son sujet et en permettant à
mes préjugés et à ma raison humaine myope de se
dresser contre l'inspiration de Dieu et le témoignage qu’il
rendait que le Manifeste était bon.
Quand
ce fait commença à s’imposer à mon esprit,
je me
repentis
de mon erreur et j’invoquai avec une grande ferveur l'Esprit de
Dieu pour avoir un témoignage et il vint graduellement. »
[252]
Pour
que le Manifeste atteigne le but pour lequel il avait été
révélé,
il était nécessaire que le gouvernement croie que
l’Église serait engagée par lui et
l'interpréterait comme le gouvernement le souhaitait.
Les
publications du Manifeste à l’époque
nécessitaient donc pareille déclaration
pour calmer Washington.
La
révélation fut acceptée par l’Église.
Cependant,
si l’Église avait mentionné les abstentionnistes
ou les dissidents, les ennemis de l’Est s’en seraient
emparés pour montrer que « les fanatiques mormons »
n'abandonneraient jamais la polygamie, même si leurs dirigeants
leur
disaient
de le faire.
Cela
n’aurait fait qu’alimenter les efforts pour utiliser
le pouvoir politique et militaire pour écraser l’Église.
D'autre
part, si l’Église avait donné le nom de ceux qui
ne soutenaient pas la révélation, cela les aurait
certainement exposés aux persécutions du gouvernement.
Je
suppose que la formulation dans les éditions actuelles des
Doctrine et Alliances
est simplement une survivance des publications initiales qui
minimisaient les appréhensions que certaines avaient.
Il est probable que beaucoup
de membres et dirigeants
modernes ne sont même pas au courant des circonstances dans
lesquelles le Manifeste a été donné et prennent
donc tout simplement la formulation d'autrefois au pied de la lettre.
Le
sentiment exprimé par la déclaration
est cependant correct dans son application à l’Église
actuelle.
Les
dirigeants
de l’Église sont maintenant unanimes à dire
qu'aucun mariage polygame ne doit être célébré.
Les contrevenants ont
été excommuniés.
Le
récit
dans l'Écriture
d'un vote de soutien unanime communique efficacement au lecteur
moderne – même s’il ne connaît pas l'histoire
complexe dont elle est l’aboutissement – que le sens
clair du Manifeste correspond à la politique actuelle de
l’Église.
L’administration
de Wilford
Woodruff
après le
Manifeste
Le
président Woodruff
ne semble pas avoir prévu que le Manifeste empêcherait
les polygames
de l’époque de vivre avec leurs épouses ou de les
entretenir – sa formulation fut même changée avant
la publication pour éviter cette impression [253].
Néanmoins,
le gouvernement insista de nouveau, refusant sinon de rendre les
biens de l’Église et par conséquent une annonce
publique fut faite qui interdisait la cohabitation avec les conjoints
d’avant
le Manifeste.
[254]
La
plupart des membres et dirigeants
de l’Église continuèrent cependant à
cohabiter
[255] – ce qui renforça (et renforce) la perception que
certains aspects du Manifeste furent publiés par opportunisme et pas
comme commandement du Seigneur
faisant force de loi.
C’était
pour satisfaire le monde ;
ce
n'était pas pour contraindre les saints à violer leurs
alliances
et à abandonner leurs familles.
En
1891, le président Woodruff
fut obligé de témoigner devant le Master in Chancery.
Il
leur
dit
ce qu'ils voulaient entendre – que la cohabitation était
interdite sous peine d'excommunication [256] – et répéta
en privé que son devoir vis-à-vis de l’Église
et de Dieu était une loyauté plus importante :
« [Il
dit] qu'on l’avait mis dans une telle situation à la
barre des témoins
qu’il ne pouvait pas répondre autrement ;
pourtant
tout homme qui abandonne et néglige ses épouses ou ses
enfants à
cause du
Manifeste devrait être disqualifié ».
Il
encouragea ensuite les Autorités générales
réunies à convenir que les hommes devaient essayer
d'éviter d'être arrêtés ou condamnés
pour cohabitation illégale « et cependant ils ne
doivent pas rompre leur alliance
avec leurs épouses. »
[257]
Nous
relevons une fois de plus que l’Église et ses membres
étaient dans une situation impossible – le gouvernement
ne manifestait aucun souci pour les femmes et les enfants qui
seraient laissés sans soutien si les règles du
gouvernement étaient respectées.
Les
membres et les dirigeants
avaient de nouveau des choix déchirants à faire, dans
lesquels il était tout simplement impossible d’honorer
tous leurs devoirs moraux.
Joseph
F. Smith écrivit à un membre qui affrontait
précisément ce
dilemme : « En bref, tout revient à ceci :
vous devez garder les alliances
que vous avez contractées avec
votre famille et vous ne devez pas non plus violer la loi.
Maintenant
si vous pouvez comprendre cela, vous saisirez la situation. »
[258]
La
situation – que les détracteurs et beaucoup de membres
modernes n'ont pas saisie – est qu'il était impossible
de faire les deux.
Il fallait faire un
choix, les saints choisirent ce qu’ils considéraient
comme le plus important et la plupart semblent avoir préféré
soutenir leur famille plutôt que d’être en ordre
avec le gouvernement.
Le
président Woodruff
continua à utiliser le même genre de tactique pendant
tout le reste de son administration.
Dès juillet
1892, il avait accordé quelques recommandations pour des
mariages
pluraux
au Mexique et en juin 1897, des mariages autorisés par la
Première
Présidence
étaient célébrés en mer, sur les Grands
Lacs et au Mexique [259].
Il
y a des preuves indirectes de ce que le président Woodruff
lui-même épousa une épouse plurale en mer en
septembre 1897 [260].
À certains moments,
le président Woodruff
semble avoir maintenu une certaine « possibilité
plausible de démenti » en refusant d'approuver
personnellement un mariage polygame, tout en renvoyant les polygames
potentiels à son conseiller,
George Q. Cannon,
pour avoir une recommandation. [261]
L'administration
de Lorenzo
Snow
Avant
de devenir président de l’Église, Lorenzo
Snow
avait été polygame
pratiquant.
Cependant,
étant donné la pression légale croissante sur
l’Église, ses femmes et lui étaient convenus de
renoncer à la cohabitation.
Il fut malgré tout accusé
en vertu de la Loi Edmunds
et fit de la prison. [262]
Quand
il devint président de l’Église, il dit
à
la presse en septembre 1898 : « La polygamie,
c'est-à-dire le fait d’épouser des femmes
plurales, a cessé parmi les saints
des derniers jours
au moment de la publication du Manifeste du président
Woodruff,
le 6 octobre 1890, et je ne changerai pas son interdit. »
[263]
La
nouvelle Première Présidence donna un message semblable
aux apôtres : « Le président Lorenzo
Snow
dit
alors aux frères qu'il avait entendu des rumeurs selon
lesquelles des gens
pensaient que l’on pouvait contracter des mariages
pluraux.
Il
voulait qu’il soit bien entendu que cela ne pouvait se faire
[264]. »
Un
mois plus tard, le président Snow apprenait que certains
membres d’Utah contractaient des mariages polygames au Mexique
et revenaient ensuite aux États-Unis, plutôt que de
rester au Mexique.
Anthony
W. Ivins
et George F. Gibbs
rapportent : « Le
président Snow avait décidé que les mariages
pluraux
devaient cesser dans toute l’Église et que c'était
absolu et valait pour le Mexique aussi bien qu'ailleurs [265]…
Il retira
donc au Mexique toute autorité d’y célébrer
des mariages
pluraux
comme cela avait été retiré en Utah. »
[266]
Leur
compréhension
des choses n’était cependant
pas toute l'histoire.
L'approbation
de la Première
Présidence
pour les mariages polygames n’était en général
requise que pour les membres qui voulaient être mariés
en dehors de leur propre pieu.
Anthony
W. Ivins,
président
du pieu
de Juarez
(Mexique)
pouvait marier les membres de son pieu
sans la permission expresse de la Première
Présidence
et commença à le faire en octobre 1898, probablement
après réception d'une lettre d'un membre de la Première
Présidence.
Il
avait été dans les habitudes du président Cannon
d’envoyer de telles lettres à l’insu de Wilford
Woodruff
et c’est ce qui a dû se produire dans ce cas-ci. [267]
En
outre, l’apôtre Matthias
F. Cowley,
qui avait célébré, sur le territoire des
États-Unis, des
mariages approuvés par un ou des membres de la Première
Présidence
(souvent George Q. Cannon)
[268] rapporta plus tard le commentaire du président Snow lui
disant
« qu'il [le président Snow] n'interviendrait pas
dans le travail de frère [Abraham
Owen] Woodruff
et de [George Q.] Cannon. »
[269]
Frère
Cowley
interpréta ceci comme voulant dire qu'il n'avait plus besoin
d’informer la Première
Présidence ou de recevoir sa permission pour célébrer
des
scellements
polygames aux États-Unis.
Le
président Snow n’était probablement pas au
courant de ceci et semble avoir continué à dire
formellement en public et en privé qu'aucune nouvelle union
polygame n'était autorisée.
L’historien
D. Michael Quinn
résume
:
« [Le
président Snow dit en mai 1899 :] « Je dirai
maintenant devant ce
peuple,
que le principe du mariage
plural
n'est pas pratiqué.
Je
n'ai jamais, en aucun cas, permis à quiconque d’accomplir
cette cérémonie et il n'y a pas de mariages de ce genre
à l'heure actuelle, et il n’y en a pas eu pendant la
période de ma présidence sur cette Église ».
C'était
techniquement vrai :
mais
Ivins
et Cowley,
depuis le mois d’octobre précédent, avaient déjà
accompli plusieurs mariages
pluraux
au Mexique et aux États-Unis. »
[270]
Le
8 janvier 1900, il signa une déclaration
rédigée par un juge non membre concernant la polygamie.
Cette
déclaration
disait :
« L’Église
a franchement abandonné la pratique de la polygamie ou la
célébration de mariages
pluraux
dans cet État et dans tous les autres ;
et…
aucun membre ou dirigeant
de l’Église n’a la moindre autorité de
célébrer de tels mariages
pluraux
ou de contracter de telles relations.
L’Église
ne conseille pas non plus ni n’encourage la cohabitation
illégale de la part de l’un quelconque de ses membres. Par
conséquent, si un membre désobéit à la
loi, que ce soit en ce qui concerne la polygamie ou la cohabitation
illégale, il doit porter son propre fardeau ou, en d'autres
termes, rendre des comptes aux tribunaux du pays pour ce qu’il
aura fait à ce propos. »
[271]
Il
y avait une omission importante : il n’y avait aucune
promesse d'excommunier ceux qui se livreraient à la polygamie.
La
même dynamique qui fonctionna après le Manifeste sous le
président Woodruff
agit de nouveau sous le président Snow.
La
pression politique et juridique persista à exiger, de la part
des dirigeants de l’Église, des déclarations
« faisant force de loi » ou « officielles ».
Un
manque d'unanimité demeura parmi les dirigeants
de l’Église sur le point de savoir ce que signifiait la
politique « anti-polygamie ».
Des
dirigeants
tels que George Q. Cannon
et Matthias
Cowley
se considérèrent comme autorisés à
continuer à agir à l’encontre des déclarations
publiques (et parfois privées) du président de
l’Église.
Cette
confusion
est compréhensible, et peut-être inévitable,
étant donné la tactique d’égarement actif
que le Manifeste avait autorisée.
Étant donné
son désir d'éviter la tromperie, le président
Snow semble s'être donné beaucoup de peine pour éviter
la connaissance directe ou la participation à l’approbation
de mariages
pluraux,
et ce, encore plus que le président Woodruff.
En
même temps, sa propre expérience des poursuites pour
cohabitation en dépit de ce qui semble être des efforts
de bonne foi pour obéir à la loi l'avait probablement
convaincu que la tactique du Manifeste était la seule option
qui restait aux saints :
même
s’ils essayaient d'obéir à la loi (comme il
l’avait fait) cela ne pourrait pas satisfaire ceux qui
considéraient les mormons comme des ennemis.
Cependant,
étant donné la compréhension
des dirigeants
de l’Église que le Manifeste était principalement
un effort de la dernière chance pour éviter la
destruction par leurs ennemis, le président Cannon
et d'autres ont pu comprendre que c'était leur
devoir de continuer ce que le président de l’Église
ne pouvait pas encourager verbalement, afin de préserver les
doctrines de l’Église.
Il
semble que de leur point de vue, c'était le devoir du
président de présenter au monde un visage
qui épargnerait à l’Église tout le poids
des efforts du gouvernement fédéral pour prendre le
contrôle de leur foi et de leur pratique ;
c'était
le devoir de ses conseillers
d’exécuter ce que le président voulait
« vraiment » voir se produire en dépit
des démentis qui étaient présentés pour
la consommation publique.
L'Église
ne peut bien entendu pas se plaindre qu'une telle confusion
en soit le résultat.
Il
fallait s’y attendre étant donné la tactique
qu'elle avait décidé d'adopter.
Ceci
explique l'hésitation du président Woodruff
à adopter une telle tactique même in
extremis,
et pourquoi il insista à diverses reprises sur le fait que le
chemin tracé par le Manifeste était quelque chose que
Dieu avait commandé comme « devoir ».
On
peut aussi s’attendre à ce qu'une partie des membres
ordinaires de l’Église ait été dans la
confusion quant à ce qui était réellement
enseigné ou voulu, puisque les déclarations
publiques et privées pouvaient envoyer des messages
contradictoires.
Et,
naturellement, les dirigeants
de l’Église risquaient d'aller au-delà de ce que
le président de l’Église voulait, parce qu'ils
pouvaient facilement mal interpréter un enseignement franc et
authentique comme étant simplement une stratégie pour
contrecarrer leurs persécuteurs.
Au
total, le processus d’étude de la chose dans les esprits
de la direction
générale continua.
Ils
furent d’une manière générale unis pour
choisir la tactique du Manifeste ;
mais
on ne voyait pas encore où cette tactique allait finalement
mener.
Comme
le président Cannon
l’explique, les dirigeants
de l’Église n'étaient pas à l’abri
des rigueurs de la réception de la révélation :
« Cependant,
malgré le fait que [les doctrines de l’Église]
choquaient les préjugés de l'humanité et nous
surprenaient peut-être, nous, les saints
des derniers jours,
quand nous invoquions Dieu pour avoir un témoignage à
leur sujet, il ne manquait jamais de nous donner son Saint-Esprit,
qui témoignait
à notre esprit
qu'elles étaient de Dieu et pas de l'homme.
Ainsi
en sera-t-il jusqu'à
la fin.
La
présidence de l’Église doit marcher exactement
comme vous.
Elle doit faire des
pas tout comme vous.
Elle
doit dépendre des révélations de Dieu telles
qu’elles lui sont données.
Elle
ne peut pas voir où elle va, contrairement au Seigneur.
Sa foi doit être mise à l’épreuve, tout
comme la vôtre.
Il en va de même des Douze
Apôtres.
Tout
ce que nous pouvons faire, c’est rechercher la volonté
de Dieu et quand celle-ci nous parvient, même si elle heurte
tous les sentiments que nous entretenions précédemment,
nous n'avons d’autre choix que de faire le pas que Dieu désigne
et de lui faire confiance. »
[272]
Administration
de Joseph F. Smith
Joseph
F. Smith était conseiller
de Lorenzo
Snow.
Il
semble avoir soutenu la prise de position du président Snow du
« pas de polygamie », jusqu'au tournant du
siècle.
Le
président Snow proposa l’arrêt de la cohabitation
avec les épouses plurales et le président Smith
s’opposa à ce plan. [273]
Par
la suite, le président Smith approuva quelques mariages
pluraux
à l’insu du président Snow.
Dès
novembre 1900, le président Smith avait pris des dispositions
pour qu’un autre membre (Alexander F. Macdonald)
marie des membres dans le pieu de Juarez
au
Mexique [274].
En
septembre 1901, il envoya un mot au patriarche Macdonald
lui disant de ne pas s'inquiéter des avertissements publics
d'excommunication venant du président Snow et lui dit de
continuer d'accomplir des mariages. [275]
Le
président Smith allait poursuivre cette attitude de tolérance
envers la polygamie quand il devint président de l’Église
à la mort de Lorenzo
Snow.
Il
donna de nouveau la permission à Anthony W. Ivins,
au Mexique, de célébrer de tels mariages et ceux-ci
commencèrent en 1903 [276].
Le
manque d'unanimité parmi les Autorités générales
persista :
Les
conseillers
du président Smith et « la moitié »
des Douze ignoraient le soutien que lui et le reste du collège
donnaient à la polygamie [277].
Il
n'est pas étonnant que cette tactique ait encore rendu plus
perplexes les membres et les dirigeants
de l’Église :
« Il
le faisait dans la meilleure des intentions : pour préserver
« le Principe » aussi bien que pour protéger
l'institution de l’Église en remplissant les procès
verbaux officiels des réunions de collège
de dénégations de ce qu'il permettait en réalité
à certains officiers de l’Église de faire avec
son autorisation et sa bénédiction comme président
de l’Église.
Cela
permettait de faire des démentis plausibles aux ennemis de
l’Église, mais la politique créait des
définitions doubles de l'autorité, de la sanction, de
la permission, de la connaissance, de la validité, de la
loyauté et de la vérité – un vent qui
allait récolter la tempête en 1904. »
[278]
La
tempête, ce fut l'audition au sénat de Reed Smoot.
Reed Smoot
était un apôtre qui avait été élu
comme sénateur pour l'Utah.
Cependant,
le clergé de
non mormons
de l'association des pasteurs de Salt Lake City porta plainte au
sénat, prétendant que Smoot
ne devait pas conserver son siège, en partie parce qu'il était
dirigeant
d'un groupe qui pratiquait ou encourageait la polygamie et l'avait
admise même parmi les dirigeants. [279]
Pour
les saints, ceci ressemblait sans aucun doute à une redite des
problèmes qu'ils avaient à maintes reprises endurés
– les ennemis religieux cherchant à
utiliser
les moyens du gouvernement pour déguiser des persécutions
religieuses par des appels à la loi civile :
« Plus
d'un spécialiste a dit que l'épisode constitua
l’enquête la plus fouillée et peut-être la
plus fanatique, par le Congrès, sur un groupe religieux, que
l’ont ait connue dans l'histoire américaine. »
[280]
Les
dirigeants
de l’Église furent appelés
à témoigner et le président Joseph F. Smith
lui-même fut le premier témoin.
Chose intéressante,
il reconnut qu'il continuait à cohabiter
avec ses épouses (en violation de la loi et en violation de
l'interprétation du Manifeste annoncée de l’Église).
Quand on lui demanda
s'il pensait le Manifeste était une révélation,
le président Smith dit que oui.
Quand on lui demanda
si cela signifiait qu'il violait une révélation par sa
cohabitation, le président Smith dit que oui [281].
Cependant,
le président Smith continua aussi la pratique de la
dissimulation en niant franchement la célébration de
tout mariage
plural
depuis le Manifeste.
La
stratégie du président Smith et d'autres dirigeants
était donc de protéger l’Église, tout en
n’étant pas disposés à
faire preuve de malhonnêteté
pour se protéger personnellement.
Il
était doublement en danger :
une
fois pour avoir reconnu le délit de cohabitation et encore
pour parjure devant le sénat [282].
Il
vaut d’être remarqué que Reed Smoot
pensait que le public était plus choqué par l’aveu
de cohabitation du président Smith que d’apprendre que
quelques mariages avaient été célébrés
après le Manifeste [283].
Le
président Smith ne voulait pas avoir recours à la
malhonnêteté pour son profit personnel ;
il
restait cependant tenu (par l'intermédiaire du Manifeste et du
raisonnement qui s’y rattachait) de protéger l’Église,
même par la tromperie si aucune autre option n'existait.
En
fait, l’aveu de ses propres actes illégaux sacrifiait
ses propres intérêts pour détourner l'attention
de l’Église.
Ce
n’est pas là le choix d'un menteur habituel ou d'un mâle
libidineux
– C’est l’abnégation d'un
dirigeant
qui n’avait pas le choix et qui essayait néanmoins
d'honorer ses obligations les plus élevées.
Le
6 avril 1904, la Première
Présidence
publia ce qui a
été appelé
le « deuxième Manifeste ».
« Le
président Joseph F. Smith disait :
« Je
vais vous présenter un sujet peu commun et je le fais à
cause de
ma conviction que c’est la chose à faire pour moi.
J'ai
pris la liberté de mettre par écrit ce que je souhaite
présenter afin de pouvoir vous dire les mots exacts que je
voudrais vous faire entendre, afin de ne pas être mal compris
ou cité de manière inexacte.
Je
présente ceci au vote de la conférence :
« DÉCLARATION
OFFICIELLE
« Attendu
que de nombreux bruits circulent selon lesquels des mariages
pluraux
ont été contractés contrairement à la
déclaration officielle du président Woodruff
du 26 septembre 1890, généralement appelée le
Manifeste, qui a été publié par le président
Woodruff
et adopté par l’Église à sa conférence
générale du 6 octobre 1890, lequel interdit tout
mariage violant la loi du pays ;
moi,
Joseph F. Smith, président de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours,
affirme et déclare par la présente qu'aucun mariage de
ce genre n'a été célébré avec la
sanction, le consentement ou la connaissance de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours
et j'annonce par la présente que tous les mariages de ce genre
sont interdits et que si un dirigeant
ou un membre quelconque de l’Église prend sur lui de
célébrer ou de contracter un tel mariage, il sera
considéré comme étant en transgression vis-à-vis
de l’Église et sera passible de sanctions conformément
aux règles de celle-ci et en sera excommunié.
JOSEPH
F. SMITH, président de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours…
»
« …
Le président Francis M. Lyman a présenté la
résolution suivante et a soumis son adoption au vote :
« RÉSOLUTION
D'APPROBATION
« Résolu
que nous, les membres de l'Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours,
rassemblés en conférence générale,
approuvons la déclaration du président Joseph F. Smith,
qui vient d’être faite à cette conférence
au sujet des mariages
pluraux
et que nous soutiendrons les tribunaux de l’Église dans
l'application de celle-ci… »
« La
résolution a été alors adoptée par vote
unanime de la conférence. »
[284]
La
précision donnée par le président Smith est
claire.
Il
nie que l’Église
ait approuvé de tels mariages (tout en restant – et
c’est important – silencieux sur le fait que des
dirigeants
ou des autorités de l’Église avaient, à
titre personnel, approuvé des mariages).
Il faut se rappeler
que les actes officiels de l’Église exigent l'unanimité
des collèges
présidents ;
comme
nous l’avons vu, ceci ne s'est jamais produit pendant la
polygamie d’après
le Manifeste.
La
formulation du président Smith était donc techniquement
correcte, mais continuait la politique de tromper le gouvernement si
c’était absolument requis pour que l’Église
puisse continuer à exister.
Un
ajout-clef au deuxième Manifeste était la stipulation
que l’Église utiliserait
maintenant son système de tribunaux ecclésiastiques
pour punir ceux qui l'enfreindraient.
C'est
ce qui fait toute la différence avec le Manifeste de 1890, qui
était une déclaration
personnelle du président Woodruff
qui disait seulement ce qu’était « son
intention » et contenait son « conseil »
aux membres de l’Église.
Après
le deuxième Manifeste
Nous
avons déjà mentionné la confusion
inévitable que la politique de 1890 à 1904 créa
parmi certains membres et dirigeants
de l’Église.
En
effet, cette incertitude était, en partie, le but de la
tactique du Manifeste, bien que les agents du gouvernement qui
cherchaient à détruire les familles et à
étouffer la conscience fussent ceux que l’on voulait
tromper.
Il
ne faut donc pas s'étonner que certains membres et dirigeants
de l’Église aient considéré le deuxième
Manifeste comme n’étant qu’une manœuvre de
plus accomplie dans le même esprit que celle de 1890.
Mais,
en octobre 1904 la Première
Présidence
et le Conseil des Douze envoyèrent une lettre disant que le
« président Woodruff
et le président Snow, chacun en son temps, avaient autorisé
certains des apôtres et peut-être d'autres à faire
des scellements
pour le temps et l'éternité », mais
abrogèrent ensuite cette autorité [285].
Il est significatif que ce fut une mesure prise unanimement par les
collèges
dirigeants de l’Église et signée par eux en tant
que collèges plutôt qu’en tant que dirigeants
individuels de l’Église.
Le
consensus exigé par les doctrines de la révélation
et du gouvernement de l’Église était finalement
atteint [286].
La
teneur du Manifeste était maintenant reconnue comme doctrine
faisant force de loi dans l’Église, suite à la
révélation accordée aux autorités
présidentes [287].
Les registres révèlent très peu
de mariages approuvés après le deuxième
Manifeste.
[288]
Deux
apôtres, John
W.
Taylor
et Matthias
F. Cowley,
avaient joué un rôle important dans la polygamie d’après
le Manifeste,
et le sénat voulut les interroger dans le cadre de l’enquête
dans l’affaire Smoot.
Le
président Smith semble les avoir incités à
s’absenter pour éviter d’être cités à
comparaître et avoir ensuite insisté sur le fait que
puisque témoigner devant le Congrès était une
affaire civile plutôt que religieuse, il ne pouvait pas les y
forcer.
[289]
Cependant,
les avocats agissant pour l’Église, le sénateur
Smoot et d’autres membres de la direction
de l’Église insistèrent pour qu’une
discipline soit imposée aux frères
Taylor
et Cowley.
Des
réunions entre les Douze et la Première Présidence
eurent lieu en octobre 1905.
Aucun
procès-verbal de ces réunions ne fut tenu de sorte que
les conclusions tirées au sujet des intentions des
participants relèvent nécessairement du domaine de la
conjecture.
Les
deux apôtres signèrent des lettres de démission
qui devaient être utilisées
« comme éventualité de dernier recours » [290].
L’idée
était qu'ils seraient relevés du Collège
des Douze,
mais que ni l'un ni l'autre ne perdrait son office
d’apôtre dans la prêtrise.
[291]
Reed
Smoot
était clairement partisan d'utiliser
immédiatement les lettres de démission.
Il
lança l’avertissement que d'autres membres du Congrès
voyaient dans les frères
Taylor
et Cowley
les principaux coupables de la polygamie d’après
le Manifeste.
Les
membres du Congrès apparemment dirent
aussi au Sénateur-élu
Smoot
qui « si le président de l’Église ne
[mettait] pas fin à la polygamie, [eux le feraient] »
[292]. L'attitude
de la Première
Présidence
à ce propos fut claire quand elle télégraphia à
frère Smoot
que les « frères [commencent] à penser
[que]… Taylor
et Cowley
ne devraient être sacrifiés que si [c’était]
nécessaire… pour [le] sauver. »
[293]
Les
collèges
dirigeants semblent avoir considéré la « discipline »
des frères
Taylor
et Cowley
comme un sacrifice nécessaire que le monde leur imposait.
Ils
allaient être des boucs émissaires pour protéger
l’Église et les apôtres sacrifiés le
savaient [294].
Janet
Taylor,
une épouse de frère Taylor,
rapporte que Joseph F. Smith dit
à
son mari : « Frère, vous êtes appelé
à faire ce sacrifice, mais vous ne perdrez rien.
Quand
les choses se calmeront vous
serez rappelé. »
[295]
L'annonce
de leur démission du collège
fut faite officiellement le 8 avril 1906, mais cela semble n’avoir
pas beaucoup fait pour aider la cause de Smoot
à Washington.
Cowley
et Taylor
eurent d'autres problèmes avec le Collège
et furent de nouveau appelés à des auditions
disciplinaires en 1911.
Taylor
fut excommunié (il semblerait qu’il fut rebaptisé
par Cowley avant sa mort en 1916 et allait être réintégré,
à titre posthume, comme membre à part entière en
1966).
Cowley
fut plus pénitent et il lui fut simplement interdit d'exercer
son autorité
dans la prêtrise
;
il
fut réadmis comme membre à part entière en 1936.
[296]
Conclusion
au sujet du mensonge
Il
est bien connu dans les cercles des saints des
derniers jours
que les saints sont libérés de la nécessité
de respecter un commandement si leurs ennemis les mettent dans
l’impossibilité de le faire :
« En
vérité, en vérité, je vous dis que
lorsque je donne le commandement à des fils des hommes de
faire une œuvre pour mon nom, et que ces fils des hommes
mettent toutes leurs forces et tout ce qu'ils ont à accomplir
cette œuvre et ne cessent d'être diligents, si leurs
ennemis tombent sur eux et les empêchent d'accomplir cette
œuvre, voici, il me convient de ne plus la requérir de
la part de ces fils des hommes, mais d'accepter leurs offrandes. »
[297]
Beaucoup
de membres de l’Église pensent que le Manifeste était
un exemple de ce processus dans la pratique :
l’Église
a persisté jusqu'à ce que la polygamie ait été
déclarée et confirmée illégale en vertu
de la loi civile.
C'est
un concept exact, mais il ne va pas loin assez.
La
réaction de l’Église aux efforts de l’État
de lui interdire de pratiquer sa religion est passée par les
étapes suivantes :
■ maintien du secret pour des
raisons de sécurité (époque de Nauvoo, Joseph
Smith)
■ annonce de l'intention de
vivre dans la polygamie (époque
de l’Utah, Brigham Young)
■ désobéissance civile ouverte
(époque de l’Utah, avant le Manifeste de 1890
: Brigham
Young et John
Taylor)
■ désobéissance civile cachée
(après le Manifeste de 1890
: Wilford
Woodruff, Lorenzo
Snow)
■ obéissance finale (après le deuxième
Manifeste de 1904 : Joseph
F. Smith et ses successeurs)
Ainsi,
à l'époque du Manifeste de 1890, les saints n'avaient
pas encore fait tout ce qu'ils pouvaient pour vivre la loi –
la seule option qui restait était de tromper l’autorité
civile et de continuer à vivre la loi en cohabitant avec les
épouses existantes et en se mariant de nouveau de temps en
temps.
Les
dirigeants
étaient réticents
à adopter cette approche, mais le firent après que la
révélation de Wilford
Woodruff
eut débouché sur le Manifeste.
Mais
les auditions dans l’affaire Smoot
montrèrent que même cette astuce ne pouvait plus
marcher – la tromperie que la polygamie d’après
le Manifeste
exigeait signifiait que le gouvernement fédéral et les
autres non-mormons
ne feraient pas confiance aux saints dans ce domaine.
Par
conséquent, l’Église finit par se retrouver à
un stade au-delà duquel elle ne pouvait plus aller sans
risquer d’être juridiquement dissoute et que l’on
ait recours à la force de l’armée fédérale
contre les saints.
Personne
ne peut dire que l’Église a abandonné ses
pratiques en réponse aux pressions avant que toutes les
facettes possibles aient été explorées.
Après
les auditions dans l’affaire Smoot,
le choix
était entre la soumission volontaire ou la soumission forcée
par la destruction de l’Église.
Les
saints avaient prouvé leur volonté d’obéir
et la direction
de l’Église parvint à l'unanimité pour
dire que les mariages polygames devaient cesser.
Les
détracteurs qui ne prennent pas la peine de comprendre le
concept mormon de la révélation essaient de nous
perturber en arguant du fait que, pendant plusieurs années,
les dirigeants
de l’Église ne furent pas unanimes dans leur
compréhension
ou leur application du Manifeste.
Cette harmonie
entre les autorités dirigeantes est
une
condition pour que la révélation lie l’Église.
Mais
nous ne nous attendons pas à ce que la révélation
arrive d’emblée dans de tels cas : les prophètes
ne sont pas des télécopieurs, et ils ne
« téléchargent » pas tout
simplement les instructions qu’ils reçoivent de Dieu.
Nous
devrions nous rappeler que le Seigneur
n’impose pas la révélation, ni ne l'accorde avant
la préparation personnelle et la réflexion mentale
nécessaires.
Un
des buts de la révélation est d’amener les hommes
et les femmes à faire l’effort requis pour comprendre et
résoudre les problèmes très réels et très
complexes qu’ils doivent affronter.
Ce n’est
que quand nous avons fait notre part que nous obtenons la réponse,
un principe qu'Oliver
Cowdery, à son grand dam,
n’avait pas compris. [298]
Les
dirigeants
de l’Église étaient convaincus que le Manifeste
était une mesure voulue par Dieu, mais ils n'étaient
pas unanimes en ce qui concerne la signification
de
la révélation.
Voulait-elle dire qu’il fallait mettre définitivement
fin à la polygamie
?
Ou
voulait-elle dire que le Seigneur
les justifierait si, dans cette situation, ils enfreignaient les
interdits en matière de mensonge ?
Ou
le Seigneur
voulait-il des choses différentes à différentes
périodes ou en différents endroits ?
Des
hommes bons qui sacrifièrent beaucoup de choses pour
l'Évangile
entretenaient des idées multiples à ce sujet et les
collèges
dirigeants de l’Église ne parvinrent pas à une
opinion unanime du jour au lendemain.
Ceci
ne devrait pas nous étonner : il est tout à fait
possible de savoir que quelque chose est une révélation,
mais de ne pas le comprendre entièrement.
La
plupart des membres sont convaincus que les
Écritures
sont la révélation et peuvent croire qu'ils savent
ce que « signifie » une Écriture
donnée.
Cependant,
la plupart ont probablement eu aussi l'expérience de se rendre
compte que leur compréhension
initiale de l'Écriture
révélée
était incomplète, voire même complètement
erronée.
La
bénédiction patriarcale est un autre exemple de
révélation que nous pouvons au commencement mal
comprendre ou comprendre en partie seulement.
Le
Seigneur
ne nous force pas à prendre conscience des choses et il ne
nous donne pas non plus la becquée.
Avec
le Manifeste comme avec tout le reste, les dirigeants
et les membres ont appris « ligne sur ligne ».
Certains
membres de l’Église, ne connaissant pas les faits qui
accompagnèrent le mouvement contre la polygamie,
ont été perturbés par les détracteurs qui
essayent de dépeindre les choix des membres de l’Église
et des dirigeants
comme malhonnêtes et inconvenants.
Bien
que j'aie exposé dans le détail une base morale en
vertu de laquelle la tromperie peut être acceptable ou même
requise, il est important de se rendre compte que c'est un point sur
lequel il serait impossible de satisfaire les ennemis modernes de
l’Église.
Si
elle avait cédé aux pressions du gouvernement et mis
fin à la polygamie en 1890, l’Église aurait été
accusée d’avoir des « révélations
sur demande » ou d’avoir abandonné quelque
chose qu'elle affirmait être divin sous la pression du
gouvernement.
De
fait, avant le Manifeste, l’avocat qui poursuivait Lorenzo
Snow
pour polygamie « prédit que si Snow et d'autres
étaient jugés coupables et mis en prison, les
dirigeants
de l’Église trouveraient commode d’avoir une
révélation mettant de côté le commandement
sur la polygamie ».
[299]
Ceci
mettait les dirigeants
de l’Église dans un cercle vicieux :
le gouvernement les persécutait
impitoyablement parce qu’ils pratiquaient ce qu’ils
croyaient ;
s'ils
se conformaient à la loi, ce serait (aux yeux de certains)
admettre que la révélation venait « sur
demande » et en réponse à la pression du
civil.
Quoi qu’ils fassent, leurs
ennemis seraient « gagnants ».
Mais
ce n’est pas ce qui arriva : les dirigeants
et les membres de l’Église étaient littéralement
disposés à faire tout
ce
qui leur était commandé, afin d'obéir au
Seigneur,
jusqu'à nouvel ordre.
Chose impressionnante,
l’Église et ses dirigeants
firent la seule chose susceptible de préserver son intégrité
en matière de révélation :
ce n’est que quand ils n’eurent littéralement
aucun autre choix que la dissolution que le commandement sur le
mariage
plural
fut abrogé.
Finalement,
étant donné les ambiguïtés et la confusion
de la période qui suivit immédiatement le Manifeste,
certains membres ont craint que les mariages célébrés
pour leurs ancêtres ne soient pas valables aux yeux du
Seigneur.
Nous
ne devons nous faire aucun souci à ce sujet.
Il y a des indications que les
présidents de l’Église ont donné après
coup l'approbation pour beaucoup de ces mariages.
Les
présidents suivants de l’Église ont dit qu'ils ne
considéraient pas les mariages contractés pendant la
période de polygamie postérieure au Manifeste
comme non valables, au moins jusqu'à ce que « Joseph
F. Smith ferme la porte » [300], pour reprendre
l'expression révélatrice
de Spencer W. Kimball.
Les
présidents Heber J. Grant et David O. McKay
ont exprimé des sentiments semblables. [301]
Un
principe fondamental dans la théologie mormone est la
conviction que l'intention de la personne est l’élément-clef
sur lequel il faut se baser pour juger de sa culpabilité
[302].
Les
couples mormons de l’époque subirent de grandes
privations, parcoururent de grandes distances et supportèrent
le lourd fardeau du secret pour recevoir un scellement
par ce qu'ils considéraient être l'autorité
divine.
La
plupart des saints
des derniers jours croyants
concluraient que la sincérité
de leurs ancêtres ne serait pas sanctionnée par une
condamnation si l'autorité à laquelle ils faisaient
confiance était irrégulière à
cause des
pressions et des paradoxes de cette période difficile.
La
polygamie dénoncée comme lascive
Les
détracteurs accusent Joseph Smith (et probablement ses
successeurs) d’avoir pratiqué le mariage
plural
pour des motivations essentiellement viles.
Ce genre d’accusation s’accompagne habituellement
d’affirmations que la polygamie était non chrétienne,
illégale et source de mensonges.
Ceci
permet au détracteur de sous-entendre que la conduite de
Joseph et de ses successeurs était moralement contestable et
motivée par des appétits sexuels.
Les
observateurs neutres ont longtemps compris que cette attaque est
probablement la plus faible de toutes.
George
Bernard
Shaw,
qui n’avait certainement rien d’un mormon, dit :
« Rien
ne peut être plus oiseux, rien ne peut être plus frivole
que de s’imaginer que cette polygamie avait quelque chose à
voir avec le libertinage personnel.
Si
Joseph Smith avait proposé aux saints
des derniers jours
qu'ils devaient mener une vie de débauche, ils se seraient
précipités sur lui et auraient probablement devancé
leurs voisins pieux qui finirent par le tuer. »
[303]
Brigham
Young
va dans le même sens que Shaw.
Quand Joseph lui dit qu’il devait pratiquer le
mariage
plural,
dit plus tard Brigham,
« ç’a été la première
fois de ma vie que j'ai désiré la tombe »
[304]. John
Taylor
réagit de la même façon :
« J'avais
toujours entretenu des idées strictes de vertu et j’estimais,
en tant qu’homme marié, que c'était de ma part…
une chose épouvantable à faire… Seule la
connaissance de Dieu et les révélations de Dieu…
auraient pu m’inciter à adopter un principe tel que
celui-ci… Nous [les Douze] nous avons retardé, autant
que nous le pouvions, ce que l’on pourrait appeler le jour
fatal. »
[305]
Joseph
connaissait intimement ces hommes.
Il
devait connaître leurs susceptibilités.
Si
ce n’était qu’une affaire de sexe, pourquoi
risquer sa chance avec eux ?
Pourquoi
rendre les choses plus difficiles et leur demander de devenir
polygames
?
Il
lui aurait été plus facile de prétendre que
« l’obligation » se limitait à lui
seul, comme prophète, sans insister pour qu’ils se
joignent à
lui.
En
outre, Joseph Smith ne tolérait pas l’inconduite
sexuelle des autres membres.
Par
exemple, il refusa d'admettre les infidélités en série
périodiques de John
C.
Bennett
[306].
Si
Joseph était à la recherche d’une manière
aisée d'avoir accès au sexe, Bennett, maire de Nauvoo,
premier conseiller dans la Première
Présidence
et chef militaire aurait été son complice rêvé.
Or Joseph dénonça publiquement la conduite de Bennett
et
l’exclut de la Première
Présidence
et de l’Église.
Bennett
devint un adversaire et un détracteur juré et tout ceci
aurait pu être évité si Joseph avait été
disposé à l'avoir comme comparse.
Le
détracteur ne peut pas prétendre que Joseph se
considérait comme étant le seul à avoir droit à
des unions polygames, puisqu'il se donna beaucoup de mal pour
enseigner la doctrine à Hyrum
et aux Douze, qui l'adoptèrent avec beaucoup moins de zèle
que ne l’aurait fait Bennett.
Si
ce n’était qu’une histoire de sexe, pourquoi
Joseph humilia-t-il et s’aliéna-t-il Bennett,
dont il devait savoir qu'il pourrait lui faire confiance pour le
soutenir et l’aider à cacher la polygamie aux
détracteurs, et prit-il le risque de ne pas être soutenu
par les Douze en insistant pour qu’ils y participent ?
Il
devait certainement y avoir des manières plus faciles de
satisfaire sa libido.
Van
Wagoner lance cet avertissement :
« Contrairement
aux idées qui avaient cours au XIXe siècle au sujet de
la polygamie, le harem mormon, dominé par des mâles
lascifs avec des libidos hyperactives, n'a jamais existé.
L'image
de la concupiscence sans bornes fut essentiellement une invention de
voyageurs passant à Salt Lake City qui s’intéressaient
davantage à titiller
leurs auditoires de l’Est qu’à décrire de
manière exacte le mariage
plural.
Journalistes et personnalités visitèrent la
ville en grand nombre, à la recherche de manchettes pour leurs
auditoires de l’Est.
Le
mariage
plural
mormon, dont le but était de propager l’espèce
d’une manière juste et sans passion, s'avéra être
un mode de vie plutôt terne par comparaison avec les histoires
de polygamie débordantes d’imagination, saturées
de sensationnel, que réclamait le marché des médias
de l’Est avide de scandales. »
[307]
En
fait, ceux qui étaient devenus mormons étaient ceux
qui, culturellement parlant, étaient le moins susceptibles
d’envisager la polygamie avec enthousiasme :
« La
polygamie, quand elle fut annoncée aux saints, était
une doctrine offensante et répugnante, difficile à
accepter… Les hommes et les femmes qui accordèrent leur
foi à l’authenticité de la révélation
étaient victoriens de par leur culture et leur mentalité.
L'épreuve
pénible que ce fut d'accepter l’idée que la
polygamie était un principe révélé
et requis par Dieu produisit, parmi les membres de l’Église, une
sélection d’un noyau de membres fidèles qui,
dans les quelques décennies qui suivirent, allaient vivre un
drame cornélien imposé par le gouvernement fédéral
comme agent de Dieu. »
[308]
La
meilleure façon de réfuter l’accusation de
« lasciveté » est encore de jeter un
coup d’œil sur la vie des hommes et des femmes qui
pratiquèrent la polygamie.
L’historien B.
Carmon
Hardy a observé :
« Joseph
fit preuve d'un engagement étonnant vis-à-vis de la
doctrine [du mariage
plural].
Il
lui fallut surmonter l'opposition de son frère Hyrum
et la répugnance de certains de ses disciples.
En repensant, des
années plus tard, aux conflits et aux dangers causés
par le mariage
plural,
certains dirigeants
de l’Église furent frappés par le courage avec
lequel Joseph y persista.
Et
quand on se rappelle une rencontre intense comme celle entre William
Law [conseiller
dans la Première
Présidence]
et Joseph début 1844, il est difficile de ne pas en convenir.
Law,
passant les bras autour du cou du prophète, le supplia en
larmes de mettre fin à toute cette affaire de mariage plural.
Joseph,
également en larmes, répondit qu'il ne le pouvait pas,
que Dieu l'avait commandé et qu’il n'avait d’autre
choix que d’obéir. »
[309]
On
peut lire des volumes entiers des écrits publics des premiers
dirigeants,
de leurs sermons impromptus et de leurs journaux intimes.
On
peut penser aux centaines ou aux milliers de kilomètres de
voyage lors de déplacements missionnaires et pour les affaires
de l’Église.
Si
les écrits de Joseph Smith, Brigham
Young,
John
Taylor,
Wilford
Woodruff,
Heber
C. Kimball,
George Q. Cannon
et beaucoup d'autres ne peuvent pas persuader quelqu'un qu’ils
étaient des hommes honnêtes (même s’ils
étaient dans l’erreur) alors on peut vraiment se
demander si une telle personne est capable de porter un regard
charitable sur un mormon quel qu’il soit.
Le
commentaire de Paul Peterson
au sujet des journaux intimes de Joseph Smith va dans ce sens :
« Je
n'avais pas entièrement saisi certains aspects de la
psychologie et de la personnalité du prophète.
Après
avoir lu tout juste quelques pages des Personal
Writings [310],
il m’est apparu clairement que Joseph possédait des
dimensions religieuses que je n'avais pas comprises.
Par exemple, il
était évident
que j'avais sous-estimé la profondeur de sa dépendance
vis-à-vis de la Divinité.
Le
Joseph qui se dégage de Personal
Writings est
un jeune homme intensément dévot et croyant qui semble
parfois presque impuissant sans appui divin.
Et
sa sincérité
vis-à-vis de son appel
prophétique est également évidente.
« Si
d'autres n'ont pas été persuadés de ses
affirmations, on ne pourrait pas dire que Joseph n’était
pas convaincu
que Dieu l’avait appelé et le dirigeait.
Les
détracteurs qui prétendent que Joseph a pris goût
au rôle de prophète qu’il jouait seraient
déconfits
s'ils lisaient les Personal
Writings.
Les
savants
peuvent chicaner sur la véracité de sa théologie,
mais pour quiconque lit les Personal
Writings, son
sérieux et son honnêteté ne se discutent pas.
»
[311]
On
pourrait raisonnablement entretenir l'opinion que Joseph avait tort,
mais il est risible de prétendre que lui et ses partisans
n’étaient pas sincères ou qu'ils pratiquaient
leur religion seulement pour le pouvoir
et pour satisfaire des désirs charnels.
Ceux
qui s’entêtent à dire que tout repose sur le sexe
en disent plus sur leur mentalité personnelle étriquée
que sur les motivations des premiers saints.
Problèmes
de mise en application
Les
détracteurs portent l’accusation que la polygamie
n'était pas une pratique commandée
par Dieu
et citent comme preuve certaines des conséquences négatives
supposées ou réelles de la polygamie.
Cette
attaque s’appuie sur le fait, qui ne surprendra personne, que
ceux qui mirent en application et pratiquèrent la polygamie
étaient humains, mortels et faillibles.
Les
dirigeants
de l’Église n'ont jamais prétendu à
l'infaillibilité.
Il
ne fait pas de doute que le mariage
plural
fut une montagne à soulever et qu’il mit à rude
épreuve même des personnes de haut niveau. Tout le monde
dans l’Église connaît probablement le mal qu’ont
parfois les membres de l’Église à mettre en
application des choses relativement simples comme la prière
personnelle et familiale,
l'étude
des Écritures,
la soirée
familiale,
l'enseignement
au foyer
et la maîtrise de soi.
Cela nous étonnerait-il qu’ils n’aient
pas toujours mis en application ou pratiqué la polygamie
correctement ?
« Mais,
répondra le détracteur, même les prophètes
ont eu des problèmes à pratiquer le mariage
plural.
Regardez
tout ce qui s'est produit – ceci ne peut pas avoir été
un principe divin. »
Bien entendu, la pratique d’imputer à la
polygamie divers problèmes sociaux n’a rien de neuf.
Cette
façon de voir les choses ressemble beaucoup aux attaques
lancées contre l’Église au XIXe siècle.
Variations
sur un thème du XIXe siècle
La
législation antimormone
du XIXe
siècle trouva diverses excuses pour empiéter sur ce que
les mormons affirmaient être une pratique religieuse.
Une
étude juridique des législateurs anti-polygames
relève qu'ils étaient convaincus que le mariage
plural
était « une atteinte à la paix et au bon
ordre », une croyance qui prépara le terrain « pour
toutes les espèces de mesures que le Congrès souhaitait
prendre ».
[312]
Malgré
cette hypersensibilité victorienne,
« [i]l
est difficile de voir en quoi, par exemple, « les droits
et les libertés » des autres étaient
menacées par la pratique mormone de la polygamie.
Si l’on part de l’idée que toutes les parties
concernées étaient volontaires, le
mariage et les relations familiales personnelles semblent se situer
dans la zone d'intimité nécessaire à la dignité
de l'individu… Même si la majorité de la
collectivité trouve le mariage polygame répugnant, la
répugnance
de personnes non concernées ne
peut pas infirmer les droits des croyants de pratiquer la polygamie,
si l’on veut que le libéralisme ait un sens quelconque.
Les
mormons n'ont exprimé aucune sympathie pour un argument de
« désintégration sociale » ou de
« paternalisme » favorisant les restrictions
sur de telles pratiques religieuses. »
[313]
Une
autre accusation était que la polygamie exploitait ou
dégradait les femmes, et une « proposition
originale » relative à cette facette des choses
« fut faite en 1869 par George W. Julian, républicain
d’Indiana « pour décourager la polygamie en
Utah en accordant le droit de suffrage aux femmes de ce
Territoire »
[314]. Il s’avéra rapidement que Julian
était dans l’erreur puisque le Territoire d’Utah
s’empressa d’accorder le suffrage aux femmes sans que
cela ne constitue une menace pour la polygamie.
En
effet, le On
Liberty,
de John
Stuart Mill, fit un sort à l’idée fausse que les
femmes étaient des victimes impuissantes :
« Il
faut se rappeler que cette relation [la polygamie] est aussi
volontaire de la part des femmes concernées par elle et qui
peuvent en être considérées comme celles qui en
souffrent, comme c’est le cas de toute autre forme de
l'institution du mariage ;
aussi étonnant que ce fait puisse paraître,
il s’explique par les idées et les coutumes courantes du
monde, lesquelles, apprenant aux femmes à considérer le
mariage comme la seule chose nécessaire, font comprendre que
bien des femmes devraient préférer être l'une de
plusieurs épouses que de ne pas être une épouse
du tout. »
[315]
Mill
ignore naturellement la dimension religieuse de la participation des
femmes, mais son commentaire contemporain devrait donner à
réfléchir aux détracteurs modernes.
En
dépit des inquiétudes de ceux-ci ou des redresseurs de
torts plus rabiques que comptait le Congrès au XIXe siècle,
« la polygamie mormone n’a ni causé, ni ne
pourrait causer la dégradation des femmes et des enfants ni la
subversion de la démocratie. »
[316]
Comme
le relève une étude non
mormone
de la polygamie parmi divers groupes :
« Le
sort des femmes n’était pas pire (en fait il était
meilleur) chez les munsterites
et les mormons que sous le régime monogame (mais tout aussi
patriarcal) ordinaire de l’époque.
En
effet, si nous laissons de côté la question controversée
du sexe, elles étaient mieux traitées.
À Munster,
elles ont collaboré avec les hommes à l'effort de
guerre.
En
Utah, elles avaient accès à l’instruction, au
vote et au travail. C'est un exemple curieux d'un mouvement
produisant des effets inverses à ceux qui étaient
prévus.
Et
il est certain que les femmes n’étaient pas soumises à
la dégradation courante dans beaucoup d'usines et de mines
d’alors.
Le
fait est que la bataille entre polygames
et monogames
est un faux problème qui a disparu dès que l’on a
commencé à adopter une manière objective de
sortir de l'impasse sexuelle sous la forme d’un divorce plus
facile, du contrôle des naissances et de l’élévation
du niveau d'instruction des femmes et de leurs droits. »
[317]
On
peut raisonnablement affirmer que les droits des femmes, en fait,
étaient mieux protégés en Utah que presque
partout ailleurs dans l'Union.
Dès
1852, l'Utah votait des lois sur le divorce « qui
accordaient aux femmes beaucoup plus de contrôle sur leur vie
que ce qui a été donné par toute autre
législation sur le divorce au XIXe siècle, avec la
seule exception de l'Indiana. »
[318]
Qu’est-ce
qu'une fille bien comme vous fait dans un endroit comme celui-ci ?
S’il
tient à faire valoir que la polygamie avait un effet négatif
sur les personnes, la famille ou la société, le
détracteur doit expliquer pourquoi les mormons s’y sont
tenus en dépit de toutes les horribles retombées.
L’explication
en ce qui concerne les hommes – l'appétit sexuel –
est un bobard commode, comme nous l’avons vu dans la section
précédente.
L’explication
en ce qui concerne les femmes est plus compliquée puisque la
réponse des saints – l’obéissance à
la révélation – n’est pas acceptable
pour le détracteur !
Comme
l’écrit Terryl
L. Givens
à propos des descriptions factices des saints :
« Des
groupes entiers de mormons répondent aux pouvoirs
hypnotiques de leurs dirigeants…
Ce qui serait apparemment la justification du mormonisme
[ou de la polygamie] s'avère ainsi être sa condamnation
– le fait qu’il s’appuie sur les convertis au
système… La possibilité de s’affilier
volontairement… est équivalente à la menace de
l'assimilation.
C'est
pourquoi la question : ‘Pourquoi des femmes
choisiraient-elles
de participer à un tel système ?’
est
exclue dès le départ.
Même le
choix doit être exclu de l'équation… [comme
l’écrit un romancier antimormon :]
‘même
en ayant le cœur brisé, même en étant
poussées à la folie, même en étant
plongées dans le désespoir le plus profond par le mal
qui leur était fait, en dépit de tout cela, la
possibilité de se libérer de leur esclavage ne venait
même pas à l’esprit des femmes’. »
[319]
Il
est donc courant d’insister sur le fait que la majorité
des saints furent persuadés presque contre leur volonté
de devenir polygames,
généralement du fait de l'influence excessive de Joseph
Smith ou d’un autre dirigeant.
« Les
pouvoirs
hypnotiques » de l'imagination du
XIXe siècle
n’ont plus la cote aujourd'hui (bien que Fawn Brodie
se plaise à attribuer le succès du mariage
plural
à son « magnétisme » [320]), et
par conséquent le détracteur moderne de la polygamie
fait appel à diverses autres explications.
Todd
Compton, par exemple, s'étonne
de la
disposition des saints à accepter « la tâche
impossible [321] » de la polygamie, étant donné
« les problèmes inhérents à ce genre
d’union » et est surpris de voir qu'ils « ne
s’en soient pas retirés [322] ».
Pour expliquer leur
choix de suivre Joseph, il dit que l’on enseignait à
« toutes les femmes mormones [qu’elles
devaient] l'accepter… comme dirigeant
infaillible et que c'était l'intensité [de leur]
ferveur religieuse qui les amenait à… entrer dans la
polygamie. »
[323]
Malheureusement
pour cette façon de voir, elle ne dispose pas de plus de
preuves pour l’étayer que le point de vue du XIXe
siècle,
qui voulait que Joseph ait possédé des pouvoirs
hypnotiques irrésistibles.
La
mise en garde de B.H. Roberts
s’impose :
« Joseph
Smith… ne prétendait à aucune sainteté
spéciale, ni à une vie parfaite, ni à la
perfection personnelle, ni à l’infaillibilité de
chaque mot qu’il prononçait.
Et
puisqu’il ne revendiquait pas cela, les autres ne peuvent pas
non plus le revendiquer pour lui… »
[324]
Même
Compton n’arrive pas à faire fonctionner sa théorie.
À un autre endroit il avance une autre thèse à
savoir que « beaucoup
parmi les premiers mormons considéraient Smith comme
infaillible [325] », ce qui est une tout autre affaire que
prétendre que l’on enseignait à toutes
les
mormones à le considérer comme tel.
Il
change d'avis une troisième fois plus loin quand il émet
l’opinion qu’à partir de la seconde moitié
du XIXe siècle, « Smith lui-même était
devenu plus grand que nature dans la mémoire populaire mormone
– un personnage presque infaillible qui se situait juste
au-dessous de Jésus-Christ
et plus haut que les prophètes de l'Ancien
Testament »
:
maintenant
Joseph est « presque infaillible », mais
seulement dans la perception de ceux qui se retournent avec nostalgie
sur le passé longtemps après sa mort.
[326]
Cette
variation sur le thème de l’infaillibilité ne
permet en rien d’expliquer le comportement de ceux qui vécurent
avec Joseph et le connurent de son vivant comme un humain faillible.
On ne voit pas non plus en quoi le fait d’être « presque
infaillible » aurait plus de sens que le fait d’être
« presque enceinte » : on l’est ou
on ne l’est pas ;
il
n'y a pas de moyen terme.
Compton
mérite des félicitations pour son honnêteté,
puisque son livre prouve aussi à suffisance qu'aucune version
de la théorie du « Joseph infaillible »
n'explique les choix faits par les nombreuses personnes qui ont
contracté les premiers mariages
pluraux.
George
D. Smith pense qu’étant « un bel homme
charismatique, Joseph Smith eut apparemment peu de mal à
persuader des jeunes femmes qu'il était leur chemin vers les
royaumes éternels de gloire [327] ».
Donc, d’après George
Smith, le « charisme » de Joseph (l’équivalent
de l’« infaillibilité » de
Compton) fait que les femmes étaient plus que disposées,
elles étaient presque empressées d'obéir.
Comme
l'hypothèse de « l’infaillibilité »,
l’examen des écrits à la première personne
des premiers polygames
montre que c'est une affirmation absurde.
Sarah
Studevant Leavitt
exprime sa certitude que « l’Oint du Seigneur
ne pourrait pas avoir plus d'épouses si cela ne leur était
commandé ».
On pourrait y voir la confirmation des
hypothèses du charisme ou de l’infaillibilité,
n’était son explication franche que « J'ai vu
rattacher tant de mauvaises choses à cette ordonnance que si
cela ne m’avait pas été révélé
par Celui qui ne peut pas mentir, j’aurais parfois douté
que ce fût vrai »
[328]. De toute évidence, ce n’était pas une
enthousiaste de cette
pratique et elle ne l’adopta que parce qu’elle avait reçu
une révélation personnelle.
C’est une démarche que l’on retrouve à
diverses reprises dans
les récits
de la période.
George
D. Smith va même jusqu’à insister – sans
explications ni références – en disant que « pour
les jeunes filles qui vivaient chez les Smith, il était
difficile de résister aux avances du prophète [329] ».
Ce genre d’affirmation est contredit par
ce que dit Emily
Dow Partridge, à savoir que quand Joseph lui a proposé
le mariage
plural,
elle l’a « coupé si vite qu’il n’en
a plus reparlé avant des mois ».
[330]
L’importance
que revêtent ces incidents est cependant plus grande que le
simple fait de réfuter les suppositions d’un quelconque
auteur. Ils nous
disent,
dans leurs propres termes, pourquoi les saints ont pratiqué le
mariage
plural.
Nous
n'avons pas besoin d’avancer des supputations quant à
leurs choix ;
ils
ont laissé une documentation
abondante
qui explique leurs actes tels qu’ils les comprenaient.
On
pourrait en dire encore beaucoup plus sur la façon dont
beaucoup d'historiens ont traité la polygamie chez les saints.
J’ai appris par expérience
qu'une lecture complète des sources, en particulier des
paroles des femmes impliquées dans le processus, montre que
les premiers saints n'étaient ni convaincus de
l'infaillibilité de Joseph ni n’étaient disposés
à le suivre aveuglément pour sauter dans le précipice
moral ou social dans lequel beaucoup de détracteurs le
poussent.
Ils
ont à maintes reprises insisté sur le fait que seule la
révélation avait pu les persuader et ils ont
rendu témoignage
qu'ils l'avaient reçue.
Polygamie
et dépression
La
tendance qu’ont les détracteurs à imputer à
la polygamie tout problème rencontré par un polygame
ressort tout particulièrement quand ils s’aventurent
dans un domaine dans lequel j'ai des compétences
professionnelles :
la santé
mentale.
Un
savant
écrit, par exemple :
« Souvent,
les épouses plurales qui ont connu la solitude ont également
signalé des sentiments de dépression, de désespoir,
d'inquiétude, d'impuissance, d'abandon, de colère, des
symptômes psychosomatiques et une mauvaise opinion
d’elles-mêmes. »
[331]
Étant
médecin, je traite des femmes de tous les milieux et de toutes
les religions.
Aucune,
à ma connaissance, n'est polygame.
J'ai
pu constater que, d’une manière générale
et fréquente, les femmes (et les hommes) éprouvent ces
sentiments et ces symptômes indépendamment de leur état
civil [332].
Les
femmes qui sont mariées imputent parfois leurs problèmes
à leur mariage ;
les
femmes qui sont célibataires les imputent à leur
célibat.
En
bref, je crois que le détracteur qui attribue la dépression
à la polygamie commet l’erreur du post
hoc ergo propter hoc –
l’erreur de raisonnement qui veut que si un événement
en suit un autre, ce soit le premier événement qui
cause le deuxième.
Avec ce genre de raisonnement,
nous pourrions conclure que c’est le coq qui fait lever le
soleil, puisque l'aube suit toujours son chant.
De
la même manière, les détracteurs de la polygamie
remarquent que des femmes étaient mariées sous le
régime polygame
et que plus tard elles éprouvaient de la solitude ou un
sentiment d'insignifiance.
Ils
en concluent que c’est la polygamie qui est « la
cause » de ces sentiments.
Mais
je sais par expérience que ces sentiments sont courants dans
la condition humaine, se
produisent
dans n'importe quelles circonstances (même « idéales »)
et que les gens ont toujours tendance à croire que « l'herbe
est plus verte » ailleurs – ils concentrent
leur mécontentement sur les circonstances de la vie dans
lesquelles le hasard veut qu’ils se trouvent.
À défaut d’études définitives
démontrant qu’il y a un lien de cause à effet
entre la polygamie et la dépression, il est tout aussi
vraisemblable de dire que tout dénigrement de la pratique ne
fait que refléter la perception négative qu’en a
le détracteur.
Efforts
pour faire taire l’histoire
Les
détracteurs lancent l’accusation que puisqu'ils ont
fourni des informations au sujet de la polygamie dont le lecteur
était précédemment ignorant, cela prouve que
l’Église a « caché » la
vérité ou a « menti » à
ses membres.
Le
détracteur peut ainsi ressusciter le passé polygame
pour attaquer le présent.
L'historien
D. Michael Quinn
a récemment dit ceci à propos de cette affirmation :
« Les
dirigeants
de l’Église ont autant d’expérience de
l’histoire de l’Église que quiconque a fait le
séminaire ;
ils n'essayent donc pas de cacher un problème ou un grand
secret ou un grand mystère, parce qu'ils n’en
connaissent pas.
S'ils
n'ont pas acquis la connaissance de l'histoire de l’Église
avant de devenir Autorités générales, ils n'ont
pas le temps de l'acquérir. »
[333]
Les
détracteurs de l’Église ont généralement
une vision étriquée et naïve
de l'histoire et du rôle de l’Église dans son
enseignement.
Peu
de gens,
dans ou hors de l’Église, s’intéressent
beaucoup à l'histoire.
Il n’arrive pas souvent que les
livres d'histoire deviennent des best-sellers.
La
plupart des gens
savent peu de choses ne serait-ce que des faits historiques de base ;
ils
en savent
encore moins sur l'histoire de l’Église de Jésus-Christ
des saints des derniers jours.
La
première responsabilité de l’Église n'est
pas d'enseigner l'histoire du
XIXe siècle,
mais d'enseigner l'Évangile
du Christ et d’administrer les ordonnances.
L'Église
et ses membres ont des instructions divines strictes concernant ce en
quoi leur enseignement et leur prédication doivent consister :
« Ne
parlez que de repentir »
[334]. Tout
ce qui est enseigné doit être subordonné à
ce but. Si ce n’est pas le cas, le reste ne sert à
rien.
Cela
dit, il existe une énorme quantité d'informations sur
tous les aspects de l'histoire mormone.
La
plupart des membres et des dirigeants
ne connaissent probablement pas cette documentation.
Elle est cependant accessible à ceux
que cela intéresse, et l’Église ne fait aucun
effort pour empêcher ses membres de la lire.
Comme Dallin
H. Oaks
l’a dit :
« L'Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours
n'essaye pas d'isoler ses membres des voix alternatives.
Son
approche, comme l’a conseillé le prophète Joseph
Smith, est d’enseigner des principes corrects et puis de
laisser ses membres se gouverner eux-mêmes par des choix
personnels.
« Bien
entendu, l’Église a la responsabilité de préciser
ce qui est la voix de l’Église et ce qui ne l'est pas…
Les
membres de l’Église sont libres de participer ou
d’écouter toutes les voix alternatives qu'ils veulent,
mais les dirigeants
de l’Église doivent éviter toute participation
officielle, que ce soit de manière directe ou indirecte. » [335]
Le
lecteur devrait ici se demander s'il a jamais entendu un discours de
conférence générale dans lequel il lui était
interdit de lire quelque chose – à part les prohibitions
relatives à la pornographie et à tout autre document
indécent, je ne connais aucun exemple de « livres
interdits ».
Frère Oaks lui-même,
comme nous l’avons déjà vu, a mentionné
explicitement, lors d’un discours prononcé à BYU,
certaines des tromperies pratiquées pendant la période
de la polygamie, ce qui ne saurait être interprété
comme le comportement de quelqu'un essayant désespérément
d'étouffer la vérité.
L’Encyclopedia
of Mormonism
est un ouvrage de référence en
trois tomes
élaboré avec l'aide de l’Église.
Ce
n'est pas une publication officielle de l’Église, mais
deux apôtres ont participé à son élaboration
et à son édition.
Comme
toutes les rubriques, l'article sur le mariage
plural
contient une bibliographie qui reprend les ouvrages que le lecteur
intéressé peut consulter pour de plus amples
informations.
Une
des références est « Van Wagoner, Richard
S., Mormon
Polygamy : A History,
Salt Lake City, 1986. »
[336]
L’ouvrage
de Van Wagoner est tout sauf une tentative d’étouffer
les choses.
Il
y a des points sur lesquels je pense qu'il se trompe lourdement.
Son
livre cite aussi beaucoup d'autres références qui n’ont
aucune sympathie pour l’Église ou les dirigeants
du passé.
Il y est néanmoins repris pour
ceux que cela intéresse, avec la bibliographie placée
en ligne par BYU
[337].
Voilà qui ne correspond pas au
modèle d'une Église qui essaie de « cacher
la vérité » comme le prétendent les
détracteurs.
En
outre, Richard Van Wagoner et Todd Compton remercient l’Église
et les archives de BYU
pour leur aide, ce qui semble étrange si l’Église
bloque toute tentative de « faire éclater la vérité »
:
Van
Wagoner
:
« J'apprécie
aussi profondément l'aide du personnel du département
d’histoire de l’Église de Jésus-Christ des
Saints des Derniers Jours… [et] la Division des Collections
Spéciales de la Bibliothèque Harold
B. Lee
à l'université Brigham
Young. »
[338]
Compton
:
« Les
archivistes du département d’histoire de l’Église
de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours à Salt
Lake City se sont montrés infailliblement serviables et
professionnels quand j’y ai fait mes recherches… Je suis
également reconnaissant pour l'aide des archivistes… à
la Bibliothèque Harold
B. Lee
à l'université Brigham
Young. »
[339]
Un
passage en revue de quelques titres à la bibliothèque
de l'université Brigham
Young
[340] est également instructif, particulièrement quand
on fait la comparaison avec le magasin en ligne de Deseret
Book
:
■ Early
Mormonism and the Magic World View (D.
Michael Quinn). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8673 [2 .Q44e 1998; ; il y a
sept exemplaires disponibles. Deseret
Book vend ce livre en ligne [341].
■ In
Sacred Loneliness: The Plural Wives of Joseph Smith (Todd
Compton). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8670].07 .C739i 1996 ; il y a
quatre exemplaires disponibles. Deseret
Book vend ce livre en ligne [342].
■ Mormon
Polygamy: A History (Richard
Van Wagoner). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8641].V36-1986 ; il y a
dix exemplaires disponibles. Deseret
Book vend ce livre en ligne [343].
■ No Man
Knows My History (Fawn Brodie). Le numéro de catalogue à
BYU est BX 8670 [2 .B78 ; il y a
treize exemplaires de 1945-1995]. Deseret
Book vend ce livre en ligne [344].
■ Same-sex
Dynamics among Nineteenth-century Americans: A Mormon Example (D.
Michael Quinn). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8641 [12 .Q44s 1996 ; il y a
trois exemplaires disponibles. Deseret
Book ne vend pas ce livre en ligne.
■ The
Mormon Hierarchy: Extensions of Power (D.
Michael Quinn). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8651 .Q44mp 1997 ; il y a
deux exemplaires disponibles. Deseret
Book vend ce livre en ligne [345].
■ The
Mormon Hierarchy: Origins of Power (D.
Michael Quinn). Le numéro de catalogue à BYU est BX 8651 .Q44mo 1994 ; il y a
un exemplaire disponible. Deseret
Book vend ce livre en ligne [346].
La
psychobiographie
de Joseph Smith par Fawn Brodie est accessible, de même que les
ouvrages sur
la polygamie
de Compton et de Van Wagoner ;
Quinn
est également bien représenté.
Aucun
de ces ouvrages ne vise à blanchir et certains sont carrément
hostiles envers l'histoire de l’Église.
Et pourtant,
l’Église (qui est censée chercher à cacher
l'information) fournit de multiples exemplaires pour les étudiants
confiants de BYU,
qui pourraient facilement lire l'article en ligne sur le mariage
plural
de l'Encyclopedia
et lire ensuite Van Wagoner s’ils le souhaitent.
En
outre, l’Église semble incapable de faire pression sur
Deseret
Book
pour qu’elle cesse de permettre à des lecteurs
d’afficher des critiques pleines d’éloges de ces
livres sur le site Web de la société (mais peut-être
que cela ne l’intéresse pas ?).
Il
ne semble pas non plus qu’il y ait beaucoup de tentatives
d'empêcher Deseret
Book
de faire la publicité de ces livres ou de les vendre, même
si sa clientèle doit être la plupart du temps mormone.
L'Église
est dans une sorte de dilemme quand il s’agit d’enseigner
l'histoire de la polygamie.
L'Église
conserve toujours (avec de bonnes raisons, comme nous l’avons
vu) un souvenir institutionnel cuisant des persécutions qui
ont
utilisé
la polygamie comme excuse.
L'existence
de groupes dissidents « fondamentalistes » qui
pratiquent toujours la polygamie signifie que l’Église
doit constamment renforcer l'idée qu'elle n'encourage ni ne
prêche actuellement cette pratique.
L'Église
ne veut probablement pas avoir l’air d’encourager ou de
tolérer le mariage
plural
pour les membres actuels, puisqu'elle combat toujours la perception
publique que la polygamie fait partie de l’Église
moderne.
En
outre, quelques membres moins
expérimentés
pourraient interpréter les explications au sujet du passé
comme justification indirecte de la pratique de la polygamie.
Quoi
qu’elle puisse dire ou enseigner au sujet de l'histoire de la
polygamie, l’Église restera toujours vulnérable
aux accusations de ne pas être suffisamment « soigneuse »
ou « précise », ne serait-ce que parce
que les instructeurs de l’Église peuvent honnêtement
être en désaccord avec les détracteurs au sujet
de l'interprétation des données de l’histoire.
Quand
les détracteurs disent que l’Église « cache
des choses » de son histoire, ce qu’ils veulent
souvent dire, c’est que l’Église n'enseigne pas
l'histoire avec l’orientation que le détracteur veut.
Parfois
la meilleure technique est de laisser les gens
faire leurs propres recherches, puisque la polygamie n’a plus
rien à voir avec la vie du membre moderne (ou de l’institution
de l’Église).
Le
lecteur devrait se demander quelle proportion du contenu du présent
traité a été fournie par le détracteur.
Quelle perspective
sur ces questions le détracteur a-t-il fournie ?
Ou,
comme cela arrive si souvent, l'intention du détracteur
était-elle simplement de « prouver » que
les dirigeants
de l’Église étaient corrompus et que l’Église
moderne est malhonnête ?
Si
le détracteur n'a pas fourni la perspective que j'ai essayé
de
décrire
ci-dessus, il est au moins aussi coupable de « cacher la
vérité » que ce qu’il accuse l’Église
d'être.
Pensées
finales : Quel était le but du mariage
plural
?
« Je
crois depuis longtemps qu'à l'intérieur de certaines
des points de doctrine les plus durs, tout au fond, se trouvent
certaines des plus grandes vérités et des principes les
plus précieux.
Mais
on ne les découvre pas en étant désinvolte ou
irrespectueux.
C’est en fait l'obéissance
qui apporte et des bénédictions et une connaissance
supplémentaire…
» – Neal
A.
Maxwell
[347]
Une
fois que tout ce que nous avons comme documents historiques a été
traité et disséqué, nous nous retrouvons avec la
question :
Pourquoi
les premiers saints ont-ils pratiqué la polygamie ?
La
réponse la plus simple est encore la meilleure :
ils
l'ont fait parce qu'ils croyaient que Dieu l'avait commandé.
Le
présent historien, et même le croyant, peuvent
considérer cette réponse comme vaguement insuffisante.
On a envie de poser la question qui suit logiquement
:
pourquoi,
alors, Dieu l'a-t-il commandé ?
L'humilité
exige que nous reconnaissions qu'à moins que Dieu ou ses
serviteurs
nous
disent
pourquoi quelque chose se fait, nous ne faisons rien d’autre
que supputer.
En
même temps, j’ai toujours été frappé
par le fait que Dieu fait d’une pierre plusieurs coups.
Il
est fort possible qu’il ait voulu des résultats
multiples. On trouvera ci-après une liste théorique,
dans aucun ordre particulier, de certains des nombreuses
« réalisations » du mariage
plural.
Obéissance
L'obéissance
est une notion désuète, particulièrement parmi
les détracteurs « intellectuels » de
l’Église.
Pourtant,
l'obéissance demeure une doctrine fondamentale de l'Évangile
du Christ, et le mariage
plural
était une occasion de montrer où on en était
vraiment de sa fidélité :
« Ils
croient en un mariage qui lie hommes et femmes seulement jusqu'à
ce que la mort les sépare.
C'est
une perspective tristounette.
Nous
ne croyons pas que le mariage doive être pour le temps
seulement.
Nous
croyons en des alliances
pour l'éternité et que nous pouvons retrouver femme et
enfants de l’autre côté du voile.
Nous
avons reçu des instructions du Seigneur
à ce sujet et nous voulons les appliquer. »
[348]
Le
simple fait d’apprendre l'obéissance en
toutes choses
a ses mérites, en dépit de l'impopularité d'un
tel programme auprès des matérialistes.
« Susciter
une postérité »
« Dieu
n'a jamais introduit l'ordre patriarcal du mariage pour plaire à
l’homme dans ses désirs charnels, ni pour punir les
femmes pour quelque chose qu'elles auraient fait ;
mais
il l'a introduite dans le but exprès de susciter à son
nom une prêtrise
royale, un peuple acquis. – Brigham
Young. »
[349]
Les
détracteurs font souvent état de la condamnation
générale de la polygamie par le Livre de Mormon ;
ils mentionnent moins souvent son
exception à cette condamnation :
« Car
si je veux, dit le Seigneur des armées, me susciter une
postérité, je le commanderai à mon peuple;
autrement ils observeront ces choses
[350]. »
Il est clair
qu’une des fonctions théologiques de la polygamie
pourrait avoir été de « susciter »
des groupes de personnes qui seraient fidèles à Dieu.
Comme
l’explique Doctrine et Alliances
132 :
« Abraham
reçut des promesses concernant sa postérité, le
fruit de ses reins — desquels reins tu es, toi, mon serviteur
Joseph — promesses qui devaient continuer tant qu'elle était
dans le monde; et en ce qui concerne Abraham et sa postérité,
ils devaient continuer hors du monde. Ils devaient continuer dans le
monde et hors du monde aussi innombrables que les étoiles; ou:
si tu devais compter le sable au bord de la mer, tu ne pourrais les
énumérer. Cette promesse est également pour toi,
parce que tu es d'Abraham, et que la promesse fut faite à
Abraham; et c'est par cette loi que se perpétuent les œuvres
de mon Père, dans lesquelles il se glorifie. C'est pourquoi
va, et fais les œuvres d'Abraham; entre dans ma loi et tu seras
sauvé. Mais si tu n'entres pas dans ma loi, tu ne peux
recevoir la promesse que mon Père fit à Abraham. Dieu
donna un commandement à Abraham, et Sara donna Agar pour femme
à Abraham. Et pourquoi fit-elle cela? Parce que telle était
la loi. Et d'Agar sont issus beaucoup d'hommes. Cela accomplissait
donc, entre autres, les promesses. »
[351]
Ainsi
donc, une descendance du peuple
de l'alliance
a pu avoir fait partie du but de la polygamie.
Cette
Écriture
confirme également notre supposition que le mariage
plural
a joué des rôles multiples, puisqu’une postérité
juste est importante « entre autres ».
Certains
membres de l’Église ont présumé que la
polygamie visait ainsi à assurer une plus grande descendance
que le permettrait la monogamie.
Il n’en est pas forcément ainsi
:
la
polygamie fut, comme nous l’avons vu, un outil efficace pour
faire le tri.
Toute
famille disposée à faire les sacrifices accompagnant le
mariage
plural
était dévouée sans réserves à
l'Évangile
rétabli.
Les
enfants élevés dans un tel environnement ne peuvent
avoir eu aucun doute, dès leur plus jeune âge,
concernant les convictions de leurs parents.
Cet
effet n’a pu qu’être amplifié par le fait
que la plupart des dirigeants
de l’Église étaient dans des unions polygames.
Le
mariage
plural
a donc servi à former une génération « acquise »
en dévotion à sa foi, tout en lui épargnant les
persécutions physiques de l'Ohio, du Missouri ou de
l'Illinois.
Les
saints durent affronter
la question de savoir à quoi ils étaient le plus
fidèles :
à
l’Église ou au pays ?
À
Dieu ou à l'homme ?
À
la révélation ou aux conventions ?
Le mariage
plural
présentait ce choix en termes brutaux qui ne pouvaient pas
être évités, et les premiers membres ne
reculèrent pas devant le choix.
Du
point de vue sociologique
« L’institution
de la polygamie a été la meilleure chose qui soit
jamais arrivée au mormonisme
et la suppression de la polygamie par le gouvernement fédéral
a été la deuxième… » –
Douglas H. Parker [352]
La
pratique de la polygamie par l’Église fut connue du
public en 1852.
Organisée
22 ans seulement plus tôt, l’Église était
une confession jeune, peu comprise et souvent vilipendée.
Elle
trouvait des convertis en Nouvelle-Angleterre, au Canada, en
Scandinavie, en Angleterre, en Écosse, au Pays de Gales et
ailleurs.
Il
était nécessaire que ce mélange de nouveaux
membres, qui parfois n’avait même pas la même
langue en commun, soit façonné en un groupe social
ferme et durable.
Cela
s’est réalisé de deux façons :
l’isolement
géographique dans le bassin du lac Salé et des
pratiques matrimoniales qui étaient odieuses pour la plupart
des Américains.
L'isolement
géographique était devenu nécessaire pour la
sûreté des saints.
Cependant,
comme Terryl
Givens
l’a démontré en long et en large, il y avait peu
de choses à part leur théologie pour séparer les
saints de l’ensemble de la société américaine
[353].
La
polygamie a servi de ligne de partage parfaite entre les
« Gentils »
et la « Sion »
d’Amérique.
Les
saints restèrent relativement isolés jusqu'à
l’arrivée du chemin de fer en Utah ;
à ce stade-là leur
statut de « culture » religieuse et sociale
distincte était assuré, étant donné
qu'ils avaient passé la majeure partie du demi-siècle
précédent en conflit avec le gouvernement des
États-Unis au sujet de la polygamie.
En
outre, l'intensification de la « guerre contre la
polygamie » vers la fin des années 1800 garantit
que l'arrivée du chemin de fer ne provoquerait pas une
assimilation soudaine.
Il
ne faut pas regarder bien loin pour découvrir le sort d'une
religion dépourvue des deux isolants que furent le mariage
plural
et la géographie :
l’Église
réorganisée de Jésus-Christ
des Saints
des Derniers Jours.
Cette
dissidence des « Brighamites »
d’Utah partageait, au commencement, la plupart des autres
points de doctrine distinctives de l’Église, notamment
la croyance en l’appel de Joseph Smith comme prophète,
l'origine divine du
Livre de Mormon
et la nécessité du Rétablissement.
Et pourtant,
aujourd'hui, l’Église réorganisée –
maintenant la « Communauté du Christ »
ne se distingue plus guère, théologiquement
parlant, du
courant général du protestantisme.
Du point de vue théologique, elle a été
graduellement absorbée
dans le « courant principal » américain,
alors que les mormons d’Utah ont conservé leur identité
théologique séparée, en dépit du fait
qu’ils sont entrés dans le courant culturel
général américain.
Il
était cependant également important que le mariage
plural
cesse un jour pour des raisons sociologiques semblables.
Même
si l'Utah avait réussi à accorder une protection légale
au mariage
plural,
cela aurait retardé l'expansion et la croissance de l’Église
dans d'autres régions.
Le
Canada est un bon exemple d'un pays qui a rapidement pris des
dispositions pour mettre en application des décrets contre la
polygamie
à l'arrivée des colons mormons.
La
loi canadienne est même allée jusqu’à
spécifier les membres de l’Église comme cibles
législatives spécifiques [354].
La
polygamie avait atteint son objectif sociologique
au moment du changement de siècle et l'expansion mondiale
devint plus faisable avec sa suppression.
Épreuve
abrahamique
« Nous
nous plaignons parfois de nos épreuves :
nous
ne devons pas.
Ce
sont des choses qui sont nécessaires pour notre perfection.
Nous
pensons parfois que nous ne sommes pas traités d’une
manière juste et je crois que dans certains cas c’est à
juste titre que nous le croyons.
Nous
pensons que l’on ourdit des complots pour nous piéger
et
je crois que c’est à juste titre. – John
Taylor. » [355]
Une
étude impartiale des sacrifices des saints pendant la période
de la polygamie ne saurait manquer de nous impressionner de leur
dévouement.
Doctrine
et Alliances 132 reconnaît d’emblée que ce qui
était demandé était un sacrifice immense :
« Il
fut commandé à Abraham d'offrir son fils Isaac;
néanmoins, il était écrit: tu ne tueras pas.
Cependant, Abraham ne refusa pas, et cela lui fut compté comme
justice. »
[356]
Le
commandement de sacrifier Isaac
est l'un des passages les plus provocateurs de toute l'Écriture
[357].
Il
ne retient sans doute guère l'intérêt de
l'humaniste moderne si ce n’est comme étude de cas dans
l'excès religieux.
Même
les chrétiens modernes – dans ou hors de l’Église
– passent dessus peut-être trop légèrement.
Nous
nous empressons de nous rassurer que Dieu n'a pas vraiment
prévu
qu'Isaac
soit sacrifié et puis nous nous dépêchons de
faire le parallèle avec le sacrifice du Fils de Dieu.
Or,
dans notre hâte, nous passons à côté du
fait que le sacrifice du Christ avait une raison théologique
logique, alors qu'Abraham
n’avait pas de justification de ce genre.
Connaissant
la fin de l'histoire, nous sommes réconfortés
par la présence du bélier dans
le buisson, alors qu'Abraham
n'avait pas ce réconfort.
Les saints
des derniers jours,
qui croient qu'Abraham
fut lui-même sauvé par Jéhovah alors qu’il
était sur le point d’être victime d’un
sacrifice [358], devraient également se rendre compte que le
sacrifice d'Isaac
exigeait qu'Abraham
renonce à ce qui était sans aucun doute un principe
sacré de sa foi :
« pas
de sacrifice humain ».
Comme
le philosophe Søren
Kierkegaard
l'a décrit dans son étude stimulante de cette Écriture,
« tout était perdu, plus terrible que si cela
n'avait jamais été !
…
Par un miracle [Dieu] avait réalisé l’absurde
[par la naissance d'Isaac alors que Sara était âgée],
maintenant il allait veiller à ce que cela soit ramené
au néant. »
[359]
Kierkegaard
met le doigt directement sur le problème-clef :
« Ce
qui est [généralement] laissé de côté
dans l’histoire d'Abraham
c’est l'angoisse ;
car
tandis que je n’ai aucun engagement vis-à-vis de
l'argent [que l’on me demande de sacrifier], le père a
vis-à-vis d’un fils les obligations les plus élevées
et les plus sacrées… Moralement parlant, la relation
d’Abraham par rapport à Isaac est tout simplement que le
père doit aimer le fils plus que lui-même… une
tentation est [habituellement] quelque chose qui empêche une
personne d'accomplir un devoir, mais ici la tentation est la morale
elle-même qui voudrait l’empêcher de faire la
volonté de Dieu. »
[360]
Nous
ne devons pas non plus attribuer cette doctrine à un simple
caprice de l'Ancien
Testament,
comme Jésus l’a bien dit [361].
Les
saints furent invités à tout mettre sur l'autel.
Pour
eux, « la foi était la tâche
de toute une vie, pas une technique que l’on pensait acquérir
en quelques jours ou quelques semaines [362]. »
On ne leur demandait pas simplement de renoncer à leurs
péchés
et à leurs faiblesses, auxquels n'importe qui serait ravis de
dire adieu.
En plus de ces offrandes, ils
devaient ensuite y déposer leur réputation de rectitude
et d'honnêteté, leurs droits civiques et leur place dans
la société américaine.
Non
seulement ils devaient abandonner les fausses doctrines des autres
confessions, mais ils devaient donner l’impression de renoncer
à des principes bien-aimés de monogamie
qui étaient considérés comme la base de la
civilisation.
Et
ensuite ils furent plus tard requis de mettre fin à la
pratique pour laquelle ils avaient tant donné.
La
réflexion de Helen
Mar Whitney est pertinente :
« Ceux
qui n'ont pas la connaissance et l'assurance que la voie qu'ils
suivent est conforme à la volonté de Dieu ne peuvent
pas supporter toutes ces afflictions et toutes ces persécutions,
acceptant avec joie le pillage de leurs biens et même, si
nécessaire, de souffrir la mort sous les coups de leurs
ennemis.
Ils
deviendront las et faibles et tomberont au bord de la route s’ils
n’ont pas en eux-mêmes une confiance inébranlable
et une connaissance parfaite.
Ils
ne peuvent pas faire le sacrifice de leur réputation et
abandonner
leur maison, leurs terres, leurs frères, leurs sœurs,
les épouses et leurs enfants ;
considérant
tout comme du rebut par comparaison avec la vie éternelle et
l'exaltation, que notre Sauveur a promises à ceux qui
obéissent ;
et
cette connaissance ne s’obtient pas sans lutte ni la gloire
sans le sacrifice de toutes les choses terrestres.
« [Nous lisons que] dans les
derniers jours, le Seigneur
rassemblera
ses saints qui ont fait l'alliance
avec lui par le sacrifice et chacun doit savoir que son sacrifice est
accepté comme ce fut le cas des justes, Abel
et Abraham,
le père des croyants.
Tout saint des derniers jours sait que
ceci est vrai et nos bénédictions sont fonction de
notre foi. »
[363]
À
la base, la polygamie demandait aux saints de « joindre le
geste à la parole ».
Joseph
était-il vraiment un prophète ou pas ?
L'autorité
prophétique a-t-elle persisté ?
Dieu
pouvait-il vraiment parler par révélation divine et
indubitable à chacun individuellement ?
La
voix de Dieu l’emportait-elle vraiment sur toutes les
institutions et dans toutes les circonstances ?
Étaient-ils
certains qu'ils pouvaient discerner cette voix, même – ou
particulièrement – quand quelque chose de contraire à
leur attente était exigé ?
Les
actions des saints ont répondu par l'affirmative.
Je
n'envie pas l'extrémité morale dans laquelle ils se
sont trouvés.
Je
suis cependant humblement respectueux devant leur maturité
morale.
Leur
exemple me met mal à l’aise – pas parce que je
pense que je serai invité à reprendre le mariage
plural
ou parce que je suis perturbé par leurs choix.
Mais
tous les croyants doivent finalement imiter Abraham
sur le mont Morija.
Quel
bien vais-je finalement devoir laisser sur l'autel tout en me
réjouissant du seul Bien ?
NOTES
[1]
Quand on parle de polygamie pendant la période de Nauvoo, il
est inexact de dire qu’elle a été pratiquée
de manière répandue. La plupart des spécialistes
disent qu’il n’y eut pas plus de deux cents adultes qui
étaient au courant du principe ou qui l’appliquaient.
[2]
Voir un exemple de ce genre de bévue dans Richard Van Wagoner,
Mormon
Polygamy: A History,
Salt Lake City, Signature Books, 1986, p. 3, où il cite
l’interdiction de la polygamie dans le Livre de Mormon, Jacob
2:23-27, sans mentionner le verset 30, qui nuance l’interdiction
en précisant que le Seigneur peut, dans certaines
circonstances, décréter le contraire. Le lecteur jugera
pourquoi quelqu’un peut laisser de côté une
précision qui a) est clairement mentionnée dans le
texte même qui est cité, b) est relevé dans la
plupart des traités mormons sur le sujet et c) est connu de
tout missionnaire mormon compétent. Même B. Carmon
Hardy, Solemn
Covenant: The Mormon Polygamous Passage,
Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 1992, p. 5, qui est
bien moins porté sur le sensationnel, signale que le Livre de
Mormon “censurait la polygamie et le concubinage” mais ne
dit rien au sujet de la nuance apportée par le texte
concernant cette censure..
[3]
Perle de grand prix, 12e article de Foi.
[4]
Je suis heureux des apports, des encouragements et de la critique
franche de ceux qui ont lu les premiers jets de ce manuscrit ou ont
discuté avec moi des sujets abordés, notamment Suzanne
Armitage, Kevin Barney, George Cobabe, David Farnsworth, Ken Kyle,
Juliann Reynolds, David Stewart, Allen Wyatt et d’autres non
nommés. Je suis particulièrement heureux et
reconnaissant pour mon frère, Stephen E. Smith, qui, à
ma grande surprise, rédigeait justement un mémoire de
maîtrise à la faculté de droit de Harvard sur la
législation contre la polygamie et ses implications modernes.
Il a mis à jour ma connaissance des questions juridiques et
j’ai exploité sans vergogne les recherches qu’il a
effectuées dans les sources originales. Tout ce qui est
correct dans ma compréhension des questions juridiques, je le
dois à la formation qu’il m’a donnée; toute
erreur doit m’être imputée. D’autres
personnes dont je ne cite pas le nom m’ont beaucoup aidé
à comprendre les questions traitées et méritent
plus de reconnaissance que je ne puis en exprimer ici. Les
interprétations et toute erreur n’incombent
naturellement qu’à moi.
[5]
Voir, par exemple, Stephen R. Gibson, One-Minute
Answers to Anti-Mormon Questions,
Bountiful, Utah, Horizon Publishers, 1995 ; Joseph Fielding
McConkie, Answers:
Straightforward Answers to Tough Gospel Questions, Salt
Lake City, Deseret Book Company, 1998, p. 27-28 ; Stephen E.
Robinson, Are
Mormons Christians?, Salt
Lake City, Bookcraft, 1991, p. 90-96 ; Gilbert W. Scharfs, The
Truth About « The Godmakers »: A Response to an
Inaccurate Portrayal of The Church of Jesus Christ of Latter-day
Saints,
Salt Lake City, Publishers Press, 1986, John A. Widtose, Evidences
and Reconciliations,
arrangé par G. Homer Durham, Salt Lake City, Bookcraft, 1960, p. 340-344, 390-393. Voir aussi le débat entre Orson Pratt
et John
Philip Newman, « Does the Bible Sanction Polygamy? »
Deseret
News,
12-14 août 1874.
[6]
Voir, par exemple, Michael Fordham
et Ben
McGuire, « A Contradiction Between Jacob 2:24
and Doctrine
and Covenants 132:39? », FAIR, 23 mars 2003; dernière
consultation 25 mars 2005.
[7]
Orson Pratt et John Philip Newman, « Does the Bible
Sanction Polygamy? » Deseret
News,
12-14 août 1874.
[8]
Perle de Grand Prix, 12e Article de Foi.
[9]
B. Carmon Hardy, Solemn
Covenant: The Mormon Polygamous Passage,
Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 1992, p.
12-14.
[10]
James B. Allen et Glen M. Leonard, Story
of the Latter-day Saints, Salt
Lake City, Deseret Book Company, 1992, p. 401.
[11]
Ernest L. Wilkinson, « The Changing Nature of American
Government from a Constitutional Republic to a Welfare State »,
BYU Student Body Address, 21 avril 1966; transcription dans BYU
Speeches of the Year - 1966,
Provo, Utah, Brigham Young University Press, 1966.
[12]
Henry David Thoreau, Resistance
to Civil Government,
1849.
[13]
Voir John Taylor, « The Rights of Mormonism »,
Journal
of Discourses,
rapport par G.D. Watt 30 août 1857, Vol. 5, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1857, p. 182-192.
[14]
Mohandas 'Mahatma' Gandhi, « Speech at Ras, March 18,
1930 », Navajivan,
23 mars 1930.
15
Mohandas 'Mahatma' Gandhi, Young
India,
28 avril 1920, p. 7-8.
[16]
Id.,
5
janvier 1922, p. 5.
[17]
Première Présidence, John Taylor et George Q. Cannon,
« Epistle to Saints in Semi-Annual Conference, October 6,
1886 », Messages
of the First Presidency,
publié par James R. Clark, Vol. 3, Salt Lake City, Bookcraft,
1966, p. 72.
[18]
Doctrine et Alliances 58:19-21.
[19]
John Taylor, « Reason of Investigation »,
Journal
of Discourses, rapport
par John Irvine 20 février 1884, Vol. 26, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1886, p. 350; cité dans Donald Q. Cannon,
éditor, Latter-day
Prophets and the United States Constitution.,
Provo, Utah, Religious Studies Center, Brigham Young University,
1991, p.
63.
[20]
Boyd K. Packer, « Our Moral Environment »,
Ensign,
mai 1992, p. 66.
[21]
Doctrine et Alliances 101:77-78.
[22]
Mohandas 'Mahatma' Gandhi, Speeches
and Writings of Mahatma Gandhi, 4e
édition, G.A. Natesan & Company, Madras, 1933, p. 465.
[23]
John Taylor « The Gospel's Restoration »,
Journal
of Discourses, rapport
par George F. Gibbs, 9 avril 1882, Vol. 23, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1883, p. 63; cité dans Cannon p. 56-57.
[24]
James E. Talmage, Les
articles de foi,
édition française 1962, p. 513.
[25]
John Taylor, « Persecution in Arizona »,
Journal
of Discourses, rapport
par John Irvine 1 février 1885, Vol. 26, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1886, p. 154-155; cité dans Cannon p. 66.
[26]
Hardy, Solemn
Covenant
p. 45, citant Journal
de Wilford Woodruff,
publié par Scott G. Kenney, 9 vols., Midvale, Utah, Signature
Books, 1983-1985, 6:518-519, 9 janvier 1870.
[27]
R. Collin Mangrum, « Mormonism, Philosophical Liberalism,
and the Constitution », BYU
Studies
27:3, été 1987, p. 131.
[28]
Dred
Scott v. Sandford,
60 U.S. 393, 1857. Dernière consultation 15 mai 2005.
[29]
On trouvera un traitement de cet aspect et d’autres de la
philosophie de la désobéissance civile dans Peter
Suber, « Civil Disobedience », Philosophy
of Law: An Encyclopedia,
publié par Christopher B. Gray, New York, Garland Publishing,
1999, p. 113. , dernière consultation 15 mai 2005.
[30]
Doctrine et Alliances, Déclaration Officielle – 1.
[31]
Wilford Woodruff, conference du pieu de Cache, Logan, Utah, dimanche,
1 novembre 1891; rapporté dans Deseret
Weekly,
novembre 14, 1891; cité dans Doctrine et Alliances,
Déclaration Officielle 1.
[32]
Gustive O. Larson, The
« Americanization »
of Utah for Statehood,
San Marino, Californie, Huntington Library, 1971, 60 n. 61; cité
par Firmage, « Enduring Questions », note de
bas de page 3.
[33]
Cet épisode marqua un tournant dans l’attitude des
saints des derniers jours vis-à-vis de Lincoln; voir Donald Q.
Cannon, Richard O. Cowan et Arnold K. Garr, « Lincoln,
Abraham » Encyclopedia
of Latter-day Saint History,
Salt Lake City, Deseret Book Company, 2000, citant George U. Hubbard,
« Abraham Lincoln as Seen by the Mormons »,
Utah
Historical Quarterly
31, printemps 1963, p. 91-108.
[34]
Richard Van Wagoner, Mormon
Polygamy: A History,
Salt Lake City, Signature Books, 1986, p. 130.
[35]
Mohandas 'Mahatma' Gandhi, Young
India, 24
mars 1920, p. 4
[36]
On trouvera des exemples détaillés dans les trois
premiers chapitres de Cannon, Latter-day
Prophets and the United States Constitution, ouvr.
cité
[37]
Lawrence
v. Texas,
539 U.S. 558, 2003), dernière consultation 15 mai 2005.
[38]
Daniel 6:1-3.
[39]
Daniel 6:7-17.
[40]
John Taylor, « The Temples in Course of Erection, Etc. »,
Journal
of Discourses, rapport
par George F. Gibbs 30 novembre 1879, Vol. 20, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1880, p. 355.
[41]
Lawrence
v. Texas,
id.
[42]
John Stuart Mill, « On Liberty », Chapitre 4:
On the Limits to the Authority of Society over the Individual, 1859,
dernière consultation 24 mai 2005.
[43]
Id.
[44]
George D. Smith, « Nauvoo Roots of Mormon Polygamy,
1841-46: A Preliminary Demographic Report », Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
27:1, printemps 1994, 12, p. 15-16.
[45]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 48, citant Whitney, Plural
Marriage,
p. 11.
[46]
Id.,
citant
Robinson, Journal, p. 23-24.
[47]
Id.
[48]
George A. Smith, « Gathering and Sanctification of the
People of God », Journal
of Discourses, rapport
par G.D. Watt 18 mars 1855, Vol. 2, Londres, Latter-day Saint's Book
Depot, 1855, p. 217.
[49]
Joseph aurait dit à John Taylor que « l’Eglise
ne pouvait pas continuer tant que ce principe n’était
pas établi ». – Smith, « Nauvoo
Roots of Mormon Polygamy », p. 13, citant Joseph Smith à
John Taylor à Nauvoo, entre mars 1842 et février 1846,
Mary Isabella Hales Horne, Autobiography, p. 10-11, Utah State
Historical Society.
[50]
Joseph Smith, Lettre écrite à la prison de Liberty à
Isaac Galland, 22 mars 1839, Times
and Seasons 1er
février 1840, cité dans Ronald K. Esplin, « Joseph
Smith's Mission and Timetable: 'God Will Protect Me until My Work Is
Done'« Prophet
Joseph: Essays on the Life and Mission of Joseph Smith,
publié par Susan Easton Black et Larry C. Porter, Salt Lake
City, Deseret Book Company 1988, p. 303.
[51]
Journal de Wilford Woodruff, 19 décembre 1841, 2:142; cité
dans Esplin, p. 302-303.
[52]
Joseph Smith Diary, 11 juin 1843; cité dans Esplin, p. 303.
[53]
George A. Smith, « Gathering and Sanctification »,
Journal
of Discourses,
2:215.
[54]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 17.
[55]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 367, citant Emma Smith, dans le journal personnel de William
Clayton à Nauvoo, 15 août 1844.
[56]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy, p.
74-76.
[57]
Danel W. Bachman, « A Study of the Mormon Practice of
Polygamy Before the Death of Joseph Smith », 1975, mémoire
de maîtrise non publié, université de Purdue,
exemplaire en la possession de l’auteur, p. 57, citant August
J. Crocheron, Representative
Women of Deseret, A Book of Biographical Sketches, To Accompany the
Pictures of the Same Title,
Salt Lake City, J.C. Graham and Company, 1884, p. 26.
[58]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 59.
[59]
Smith, « Nauvoo Roots of Mormon Polygamy », p.
26, citant Jane Snyder Richards, « Reminiscences »,
p. 18.
[60]
Wilford Woodruff, « Inventions Opposed by Public
Opinion », Journal
of Discourses, rapport
par John Irvine 6 janvier 1884, Vol. 25, Londres, Latter-day Saint's
Book Depot, 1884, p. 9.
[61]
Voir Terryl L. Givens, The
Viper on the Hearth: Mormons, Myths, and the Construction of Heresy,
New York, Oxford University Press, 1997, p. 171-172, note 19, qui
montre que Beadle est l’auteur et potentiellement le rédacteur
réel d’un certain nombre d’ouvrages antimormons
rabiques.
[62]
J.H. Beadle, « The Mormon Theocracy »,
éditorial, Scribner's
Monthly
14:3, juillet 1877, p. 392; cité par Givens, Viper
on the Hearth, p.
51.
[63]
Todd M. Compton, In
Sacred Loneliness: The Plural Wives of Joseph Smith,
Salt Lake City, Signature Books, 1997, p. 549.
[64]
« Joe. Smith–The Presidency », Nauvoo
Expositor,
7 juin 1844, italiques dans l’original.
[65]
Francis M. Higbee, « Citizens of Hancock County »,
Nauvoo
Expositor,
7 juin 1844.
[66]
Dallin H. Oaks, « The Suppression of the Nauvoo
Expositor », Utah
Law Review 9,
1965, p. 862-903.
[67]
Voir Richard L. Anderson, « Joseph Smith's Final
Self-Appraisal », Prophet
Joseph: Essays on the Life and Mission of Joseph Smith,
publié par Susan Easton Black et Larry C. Porter, Salt Lake
City, Deseret Book Company, 1988, p. 322. Note de bas de page 12 :
« Dans son discours du 26 mai 1844, Joseph Smith nia des
rumeurs précises mais ne nia pas qu’il avait eu une
révélation sur le mariage plural et qu’il avait
commencé cette pratique. Plus tard, l’Expositor
publia des détails de la révélation, mais encore
une fois, le prophète ne dit rien en public pour les
réfuter. »
[68]
Orson Hyde, « The Marriage Relations », Journal
of Discourses, rapport
par G.D. Watt, 6 octobre 1854, Vol. 2, Londres, Latter-day Saint's
Book Depot, 1855, p. 75.
[69]
Genèse 12:11-20.
[70]
Genèse 26:6-16.
[71]
Exode 1:16-19.
[72]
Exode 3:17.
[73]
Exode 3:18
[74]
Exode 3:21-22.
[75]
Voir aussi Exode 11:2; 12:35-36.
[76]
Voir Exode 8:25, 28; 10:8, 24
[77]
Exode 10:28.
[78]
Exode 14:5-8.
[79]
Dallin H. Oaks, « Gospel Teachings About Lying »,
discours de veillée à BYU, 12 septembre 1993, document
dactylographié, pages non numérotées copie en la
possession de l’auteur.
[80]
Id.
[81]
Id.
[82]
Id.
[83]
Doctrine et Alliances 1:19-20.
[84]
Joseph Smith, Enseignements
du prophète Joseph Smith,
sur Idumea.
[85
Mohandas 'Mahatma' Gandhi, Harijan,
18 mars 1939, p. 53.
[86]
Lorenzo Snow, « The Iowa Journal of Lorenzo Snow Edited
and with an Introduction by Maureen Ursenbach Beecher »,
BYU
Studies 24,
été 1984, p. 265.
[87]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 82.
[88]
Brigham H. Roberts, Comprehensive
History of the Church, Provo,
Utah, Brigham Young University Press, 1965, 4:58.
[89]
Dallin H. Oaks, « Gospel Teachings About Lying ».
[90]
Douglas H. Parker, « Victory in Defeat-Polygamy and the
Mormon Legal Encounter with the Federal Government »,
Cardozo
Law Review
12, 1991, p. 818.
[91]
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 20, citant Daniel Dunklin, lettrre en date du 6 juin 1834,
imprimée dans le Missouri
Intelligencer and Boon's Lick Advertiser,
21 juin 1834.
[92]
J.H. Beadle, « The Mormon Theocracy »,
éditorial, Scribner's
Monthly
14:3, juillet 1877, p. 391; cité par Givens, Viper
on the Hearth, p.
20.
[93]
John Taylor, « The Rights of Mormonism », p.
189.
[94]
John Taylor, « The Confidence of the Saints, Etc. »,
Journal
of Discourses, rapport
par G.D. Watt 10 octobre 1863, Vol. 10, Londres, Latter-day Saint's
Book Depot, 1865, p. 258.
[95]
Wilford Woodruff, « Blessings of Righteous »,
Journal
of Discourses, rapport
par G.D. Watt 22 janvier 1865, Vol. 11, Londres, Latter-day Saint's
Book Depot, 1867, p. 60.
[96]
Wilford Woodruff, « The Signs of the Coming of the Son of
Man, Etc. », Journal
of Discourses, rapport
par David W. Evans 12 janvier 1873, Vol. 15, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1873, p. 280.
[97]
Révélation à Wilford Woodruff le 25 janvier
1880, notée dans Journal
de Wilford Woodruff,
publié par Scott G. Kenney, 9 vols., Midvale, Utah, Signature
Books, 1983-1985, 9:463.
[98]
Wilford Woodruff, « Inventions Opposed by Public
Opinion », Journal
of Discourses, rapport
par John Irvine 6 janvier 1884, Vol. 25, Londres, Latter-day Saint's
Book Depot, 1884, p. 8.
[99]
Première Présidence, John Taylor et George Q. Cannon,
« Epistle to Saints in Semi-Annual Conference, October 6,
1886 », Messages
of the First Presidency,
publié
par James R. Clark,
Vol. 3,
Salt Lake City, Bookcraft, 1966, p. 74-75.
[100]
Wilford Woodruff Journal, 31 décembre 1889; cité dans
Van Wagoner, Mormon
polygamy,
p. 139.
[101]
Givens, Viper
on the Hearth, p. 39, 42, citant Warren Foote, Autobiography
of Warren Foote,
document dactylographié [n.p., n.d.], Département
d’histoire de l’Église de Jésus-Christ des
Saints des Derniers Jours, Salt Lake City.
[102]
Richard Dilworth Rust, « Review of Dean C. Jessee, ed. The
Papers of Joseph Smith »,
BYU
Studies 33,
1993, p. 343.
[103]
John Stuart Mill, « On Liberty », Chapitre 4:
On the Limits to the Authority of Society over the Individual, 1859,
dernière consultation 24 mai 2005.
[104]
Deseret
News,
13 octobre 1880; cité dans Van Wagoner, Mormon
Polygamy, p.
116.
[105]
Thomas De Witt Talmage, « Were the Prayers for President
Garfield a Failure? », The
Brooklyn Tabernacle, A Collection of 104 Sermons,
New York, Funk and Wagnalls, 1884, p. 37, sermon du 2 octobre 1881,
cité dans Givens, Viper
on the Hearth,
p. 40.
[106]
Hardy, Solemn
Covenant
p. 41, citant Phillips, The
Mormon Menace, p. 2, 8, 10-11.
[107]
Je suis redevable pour ceci à Stephen Eliot Smith, « The
'Mormon Question' Revisited: Anti-polygamy Laws and the Free Exercise
Clause », 2005, thèse de doctorat de droit non
publiée, faculté de droit de Harvard, document en ma
possession.
[108]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 216.
[109]
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 37.
[110]
Voir, par exemple, l’éditorial de John Taylor, cité
dans Brigham H. Roberts, The
Life of John Taylor: Third President of the Church of Jesus Christ of
Latter-day Saints,
édition de 1975, Salt Lake City, Bookcraft, 1892, p. 261-262.
[111]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy, p. 86-87.
[112]
Congressional
Globe,
35e Congrès, 1e Session 5, 1857, cité par Smith, « The
'Mormon Question' Revisited », p. 29.
[113]
Smith, « The 'Mormon Question' Revisited », p.
27, citant Congressional
Globe,
33e Congrès, 1e Session 1101, 1854, déclaration du
député Caleb Lyon de New York.
[114]
Thomas Hudson McKee, dir. de publ. The
National Conventions and Platforms of All Political Parties 1789 to
1904,
5e éd. rév., Baltimore, MD, The Friedenwald Company,
1904, p. 98; cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 28.
[115]
Smith, « The 'Mormon Question' Revisited », p.
29, citant Lyn Ragdale, Vital
Statistics on the Presidency: Washington to Clinton,
éd. rév., Washington, D.C., Congressional Quarterly,
1998, p. 102.
[116]
Smith, « The 'Mormon Question' Revisited », p.
27-28, citant Polygamy
in the Territorities,(sic)of
the United States,
House of Representatives Report Number 36-83, 1860, p. 2. Smith note
que l’orateur déforme le texte du Premier Amendement.
Italiques ajoutés.
[117]
Edwin Brown Firmage et Richard Collin Mangrum, Zion
in the Courts: a Legal History of the Church of Jesus Christ of
Latter-day Saints, 1830-1900,
Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 1988, p. 133, citant
Congressional
Globe 1860,
appendice, p. 194.
[118]
Jeffrey D. Nichols, Prostitution,
Polygamy, and Power: Salt Lake City, 1847-1918,
Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 2002, Chapitre 1,
citant Dubois, Dubois's
Making of a State,
p. 48; cité dans Lyman, Political
Deliverance, p. 38-39, n. 42., dernière consultation 15 mai 2005.
[119]
Ralph Waldo Emerson, The
Journals and Miscellaneous Notebooks,
publié par Susan Sutton Smith et Harrison Hayford, Cambridge,
Mass., Harvard University Press, 1978, 14:204-205; cité par
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 145.
[120]
Voir: Edwin B. Firmage, « The Judicial Campaign against
Polygamy and the Enduring Legal Questions », BYU
Studies,
27:3, été 1987, p. 91-113; Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
ouvr. cité; Richard D. Poll, « The Legislative
Anti-Polygamy Campaign », BYU
Studies
26:4, automne 1986, p. 107-119; R. Collin Mangrum, « Mormonism,
Philosophical Liberalism, and the Constitution », BYU
Studies
27:3, été 1987, p. 119-135; et Smith « The
'Mormon Question' Revisited », ouvr. cité
[121]
Congressional
Globe,
34th Congrès, 1e session, 1491; cité par Poll,
« Legislative Campaign », p. 108.
[122]
Frances Olsen, « Socrates on Legal Obligation:
Legitimation Theory and Civil Disobedience », Georgia
Law Review
18, 1984, p. 961.
[123]
Poll, « Legislative Campaign », p. 109, citant
House
Reports,
39th Congrès, 1e session, n° 83, 1860.
[124]
Smith, « The 'Mormon Question' Revisited », p.
32-33, citant Congressional
Globe,
37e Congrès, 2e Session 2769, 1862, déclaration du
député John S. Phelps du Missouri, citant aussi id.,
2906:
La note de bas de page de Smith dit: « À cette
époque-là, Santa Fe se trouvait dans le Territoire du
Nouveau-Mexique… Le député Morrill signala que
mes biens catholiques étaient protégés par des
stipulations de traité avec le Mexique et étaient donc
exemptés de la section 3 de la Loi ».
[125]
Congressional
Globe,
36e Congrès, 1e Session 198, 1860, déclaration du
député William E. Simms, italiques ajoutés, cité
par Smith, « The 'Mormon Question' Revisited », p. 33-34.
[126]
Congressional
Globe 1860,
p. 1496; cité par Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 134.
[127]
Congressional
Globe,
36e Congrès, 1e Session 1500, 1860, cité par Smith,
« The 'Mormon Question' Revisited », p. 34,
italiques ajoutés.
[128]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts, p. 132-133
[129]
Congressional
Globe 1860,
appendice, p. 198; cité par Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 135.
[130]
Poll, « Legislative Campaign », p. 110-114.
[131]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts, p. 141, 216.
[132]
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 30.
[133]
Id.,
p. 118.
[134]
Mangrum, « Mormonism, Liberalism, Constitution »,
p. 130,
citant Reynolds
v. United States,
98 U.S., Otto, p.145, 164, 165, 1879.
[135]
Id.,
citant Lawrence Tribe, American
Constitutional Law,
Mineola, New York, Foundation Press, 1978, p. 838 n. 13.
[136]
Laurence H. Tribe, American
Constitutional Law,
Mineola, New York, Foundation Press, 1978, p. 854; cité par
Firmage, « Enduring Questions », p. 95.
[137]
Il y eut des discours répétés sur ce thème
pendant la période de la polygamie ; voir Donald Q.
Cannon, dir. de publ., Latter-day
Prophets and the United States Constitution, Provo,
Utah, Religious Studies Center, Brigham Young University, 1991, p.
14-79.
[138]
Mangrum, « Mormonism, Liberalism, Constitution »,
130, citant Wisconsin v. Yoder, 406 U.S. 205, 220, 1972. Mangrum
donne par erreur la date de 1977 au lieu de 1972 à Yoder.
[139]
Employment
Div., Dep't of Human Res. v. Smith,
494 U.S. 872, 1990, reh'g
denied, 496
U.S. 881, 888, 1990. Le sujet est traité dans Smith, « The
'Mormon Question' Revisited », p. 105-107.
[140]
Todd M. Gillett, The
Absolution of Reynolds:
The Constitutionality of Religious Polygamy,
Wm.
&
Mary Bill of Rights Journal 8:497,
521, 2000, cité par Smith, « The 'Mormon Question'
Revisited », p. 99.
[141]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 155.
[142]
Poll, « Legislative Campaign », p. 114.
[143]
Voir, par exemple, John Taylor, « Polygamy and
Prostitution, etc ». Journal
of Discourses,
rapport par John Irvine 19 octobre 1884, Vol. 25, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1884, p. 360: « Ce qu’il y a de
plus grave, c’est que l’on cherche à pallier ces
crimes par une législation injuste faite ostensiblement pour
punir les délits, mais en réalité pour pervertir
la justice et protéger le mensonge, les chicaneries et les
intrigues. Nous avons une administration locale qui fait passer des
serments tests pour essayer de couvrir le crime de leurs amis et
protéger les prostituées, les fornicateurs et les
adultères et faire en sorte qu’un délit qui n’est
déclaré nulle part comme tel le soit par le
Tout-Puissant ».
[144]
Id., p.
165. Le problème posé par le fait que la loi Edmunds
était une loi ex post facto et un
décret de confiscation des biens et de mort civile fut soulevé
dans un débat au sénat par les sénateurs John
T. Morgan de l’Alabama, lequel dit des auteurs du projet de loi
qu’ils étaient « animés par la
folie » et George G. Vest du Missouri : Voir
David Buice, « A Stench in the Nostrils of Honest Men:
Southern Democrats and the Edmunds Act of 1882 »,
Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
21:3, automne 1988, p. 107-108.
[145]
Buice, p. 110-111.
[146]
Poll, « Legislative Campaign », p. 114.
[147]
On trouvera, dans Buice, p. 100-113, un traitement des
préoccupations des législateurs sudistes, en dépit
de leur répugnance vis-à-vis de la polygamie, à
propos de ce que représentait la législation contre la
polygamie.
[148]
Buice, p. 107.
[149]
114 U.S. 15, 1885
[150]
Stephen E. Smith, courriel personnel à l’auteur, 12 mai
2005, Je suis de nouveau redevable à M. Smith de son aide dans
l’analyse juridique ; toute erreur restante est de moi.
[151]
114 U.S. 15 à 38, 1885
[152]
Poll, « Legislative Campaign », p. 114.
[153]
15 Congressional
Record
23, 1883, cité par Smith, « The 'Mormon Question'
Revisited », p. 56.
[154]
Poll, « Legislative Campaign », p. 115.
[155]
McKee, National
Conventions and Platforms, p. 213-214; cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 56-57.
[156]
Firmage, « Enduring Questions », p. 38, citant
Orma Linford, « The Mormons and the Law: The Polygamy
Cases », Utah
Law Review
9, 1964, p. 348.
[157]
Sarah Barringer Gordon, The
Mormon Question: Polygamy and Constitutional Conflict in
Nineteenth-Century America,
Chapel Hill, Caroline du Nord, University of North Carolina Press,
2002, p. 155-158; cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 53.
[158]
Voir Allen et Leonard, Story
of the Latter-day Saints p. 402-407; Melvin L. Bashore, « Life Behind Bars: Mormon
Cohabs of the 1880s », Utah
Historical Quarterly
47, hiver 1979, p. 22-41; Brigham H Roberts, Comprehensive
History of the Church
6:111-132.
[159]
Firmage, « Enduring Questions », p. 105.
[160]
Id., p. 102-105.
[161]
Id.,
p. 102.
[162]
Id.,
p. 103.
[163]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 175, citant United States v. Musser, P. 7:391; les efforts des
dirigeants de l’Église pour faire des compromis sont
traités ci-dessous.
[164]
Firmage, « Enduring Questions », p. 98, citant
United States v. Peay, 5 Utah 263, 14 342, 344, 1887.
[165]
Id.
[166]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
166, citant Congressional
Record
13, 1882, p. 1207.
[167]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 50.
[168]
Firmage, « Enduring Questions », p. 99.
[169]
Id., p. 100-101.
[170]
Frances Olsen, « Socrates on Legal Obligation:
Legitimation Theory and Civil Disobedience », Georgia
Law Review
18, 1984, p. 951.
[171]
Id.,
traitement à la p. 953.
[172]
David Daube, Civil
Disobedience in Antiquity
5-10, 1972, p. 4; cité par Olsen, p. 960.
[173]
Poll, « Legislative Campaign », 118, citant
« An Act to Provide for Holding Elections »,
Idaho,
Section 16 of Thirteenth Session Laws,
1884-85, p. 110.
[174]
Deseret
Weekly News,
11 janvier 1890, cité par Kenneth W. Godfrey, « The
Coming of the Manifesto », Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
5, automne 1970, p. 18.
[175]
Poll, « Legislative Campaign », p. 118.
[176]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 202.
[177]
Poll, « Legislative Campaign », p. 117.
[178]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 201.
[179]
Poll, « Legislative Campaign », p. 119.
[180]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 202.
[181]
Poll, « Legislative Campaign », p. 119.
[182]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 49, citant Joy Lynn Wood Wetzel, « The Patriotic
Priesthood: Mormonism and the Progressive Paradigm »,
thèse de doctorat, Université du Minnesota, 1977, p.
100.
[183]
13 Congressional
Record
28, p. 1207, 1882, cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 48-49.
[184]
Id., p. 1204-1205; cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 48-49.
[185]
Buice, p. 105-108.
[186]
13 Congressional
Record
28, 1882, 1208; cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 48-49.
[187]
18 Congressional
Record
592, 1887, déclaration du député Lucien B.
Caswell du Wisconsin, cité par Smith, « The 'Mormon
Question' Revisited », p. 57.
[188]
17 Congressional
Record
509, 1886, cité par Smith, « The 'Mormon Question'
Revisited », p. 58.
[189]
Firmage et Mangrum, Zion
in the Courts,
p. 211.
[190]
Firmage, « Enduring Questions », p. 107-108,
citant 19 Congressional
Record
9231, 1888.
[191]
Firmage, « Enduring Questions », p. 108.
[192]
Id.
[193]
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 41.
[194]
Dallin H. Oaks et Marvin S. Hill, Carthage
Conspiracy: The Trial of the Accused Assassins of Joseph Smith,
Urbana et Chicago, University of Illinois Press, 1975.
[195]
Givens, Viper
on the Hearth,
p. 41.
[196]
Id.,
p. 36.
[197]
Id.,
p. 42.
[198]
Gordon C. Thomasson, « The Manifesto was a Victory! »
Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
6:1, printemps 1971, p. 43.
[199]
Id.,
p. 36.
[200]
On trouvera de plus amples renseignements dans B.H. Roberts, Life
of John Taylor: Third President of the Church of Jesus Christ of
Latter-Day Saints,
Salt Lake City, Bookcraft, 1975[1892], p. 377-409.
[201]
Doctrine et Alliances 6:22-23; 8; 9.
[202]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 28-29, citant Abraham H. Cannon, Diary,
29 septembre 1887.
[203]
Id.,
citant Heber J. Grant, Journal,
29 septembre 1887.
[204]
Id.,
p. 35, citant Minutes
of the Quorum of the Twelve Apostles,
20 décembre 1888; Heber J. Grant, Journal,
20 décembre 1888.
[205]
Id., p. 35-36, citant Wilford Woodruff, Diary,
20 décembre 1888; First
Presidency Office Journal,
20 décembre 1888, copie dans Conference
Report
1/48.
[206]
Id.,
p. 38, citant George Q. Cannon, Diary, p. 23-24 novembre 1889, copie dans Conference Report 1/48; aussi
First Presidency Office Journal, 24 novembre 1889, copie dans
Conference Report 1/48.
[207]
Révélation à Wilford Woodruff, 24 novembre 1889,
notée dans Journal
de Wilford Woodruff: 1889-1898,
publié par Scott G. Kenney, Vol. 9, Midvale, Utah, Signature
Books, 1985, p. 68-69, le texte entre accolades est de L. John
Nuttall Journal,
27 novembre 1889, Brigham Young University, Special Collections, Mor
M270. 1 N963 V. 3, p. 106-107. Se trouve aussi dans Clark, Messages
of the First Presidency
3:175-176. Des parties sont aussi citées dans Quinn,
« Authority and New Plural Marriages », p. 36,
citant George Q. Cannon, Diary, p. 23-24 novembre 1889, copie dans Conference
Report
1/48; also First
Presidency Office Journal,
24 novembre 1889, copie dans Conference
Report
1/48.
[208]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 38-39.
[209]
Journal
de Wilford Woodruff: 1889-1898,
9: 69.
[210]
Abraham H. Cannon Diary,
10 avril 1890; cité par Godfrey, « Coming of the
Manifesto », p. 19.
[211]
Brigham H. Roberts, Comprehensive
History of the Church,
Provo, Utah, Brigham Young University Press, 1965, 6:223, citant
Deseret
News Weekly,
18 octobre 1890.
[212]
Godfrey, « Coming of the Manifesto », p. 15.
[213]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 39-40, citant Deseret
Evening News,
1, 15 et 29 juillet, 5 août 1890.
[214]
Id.,
p. 42, citant Retrospective entry in Brigham Young, Jr., Diary,
24 septembre 1891.
[215]
Id.,
p. 42, citant Abraham H. Cannon, Diary,
30 août, 1 septembre 1890; Utah Supreme Court case of U.S. v.
the Late Corporation of the Church of Jesus Christ of Latter-day
Saints, transcription of testimony, 12, 21, 23, Microfilm 695, LDS
Church Archives; Heber J. Grant, Journal,
23 juillet 1888.
[216]
Id.,
p. 41.
[217]
Id.,
p. 36.
[218]
Id.,
p. 31.
[219]
Id., p.36, citant First
Presidency Office Journal,
2 octobre 1889, copie dans Conference Report 1/48.
[220]
Id., p.39, citant Alexander F. Macdonald Marriage Record, 1888-90.
[221]
Id., p.46 montre que nous avons des enregistrements d’au moins
30 mariages de personnes d’Utah.
[222]
Id., p.43, citant Deseret
Evening News,
23 septembre 1890, éditorial.
[223]
Id., p.39, citant Salt
Lake Tribune,
14 septembre 1890, 2.
[224]
Id., p.42.
[225]
Comme je le relève ailleurs dans cet article, ils le faisaient
croyant qu’ils avaient un devoir plus grand envers Dieu et
envers leurs alliances que le devoir moral d’être francs
avec ceux qu’ils considéraient comme étant en
guerre contre eux et leur religion.
[226]
Id., p.43-44, citant la déclaration de John R. Winder, réunion
des servants du temple du 6 juillet 1902, Salt
Lake Temple Historical Record, 1893-1918,
Book 71, LDS Church Archives et la déclaration presque
identique qu’il fait le même jour lors d’une
réunion de la Première Présidence et du Collège
des Douze, comme rapporté dans Rudger Clawson, Diary,
6 juillet 1902, Université d’Utah.
[227]
Id., p.44-45.
[228]
Id., p.44, citant George Q. Cannon, Diary,
24 septembre 1890, copie dans Conference
Report
1/48; Wilford Woodruff, Diary,
25 septembre 1890, Franklin S. Richards, « Address
Delivered by President Franklin S. Richards to the High Priests
Quorum of Ensign Stake, Sunday novembre 13, 1932 », dans
Richards
Papers,
LDS Church Archives.
[229]
Id.,
citant Joseph H. Dean, Diary,
24 septembre 1890.
[230]
George Q. Cannon, « History Behind the Issuance of the
Manifesto », 6 octobre 1890; rapporté dans
Collected
Discourses: delivered by Wilford Woodruff, his two counselors, the
twelve apostles, and others,
Vol. 2, édité et compilé par Brian H. Stuy,
Woodland Hills, Utah, B.H.S. Publishing, 1988, p. 132
[231]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
p. 82, citant First
Presidency Office Journal,
20 août 1891, copie dans Conference
Report
1/48.
[232]
Id., p.46-47, citant Heber J. Grant, Journal,
30 septembre-1 octobre 1890. Aussi, Abraham H. Cannon, Diary,
26 septembre, 30 septembre-1 octobre 1890.
[233]
Doctrine et Alliances 107:23-24.
[234]
Doctrine et Alliances 107:27.
[235]
Déclaration Officielle 1, paragraphe 4-5.
[236]
Déclaration Officielle 2, paragraphe 2.
[237]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 140.
[238]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
p. 47, citant Abraham H. Cannon, Diary,
2 octobre 1890, italiques ajoutés ; aussi, Heber J.
Grant, Journal,
2 octobre 1890, et George Q. Cannon, Diary,
6 octobre 1890, copie dans Conference
Report
1/48.
[239]
Voir le traitement dans Hardy, Solemn
Covenant,
p. 148, citant « A Utah Commissioner's Perversions »,
Deseret
News, 1
octobre 1890.
[240]
Id.,
citant George Q. Cannon, « Remarks... »,
Deseret
Weekly,
18 octobre 1890.
[241]
Déclaration Officielle 1, paragraphes 17-18, citant Conférence
du pieu de Cache, Logan, Utah, dimanche, 1er
novembre 1891, rapporté dans Deseret
Weekly,
14 novembre 1891.
[242]
On se rappellera que le Seigneur commanda à Moïse d’avoir
recours à une tactique du même genre, comme rapporté
dans Exode 3:17 22, où l’on voit que les enfants
d’Israël devaient dire qu’ils ne quittaient
l’Égypte que peu de temps et devaient « emprunter »
des biens à leurs voisins égyptiens.
[243]
Déclaration Officielle 1, paragraphe 19, citant un discours
prononcé à la sixième session de la consécration
du temple de Salt Lake City, avril 1893. Document dactylographié
du service de consécration, Archives, Département
d’histoire de l’Eglise, Salt Lake City, Utah.
[244]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 50-51, citant First
Presidency Office Journal,
20 août 1891, copie dans Conference
Report
1/48.
[245]
George Q. Cannon, « Enduring to the End », 5
octobre 1890; rapporté dans Collected
Discourses: delivered by Wilford Woodruff, his two counselors, the
twelve apostles, and others,
Vol. 2, édité et compilé par Brian H. Stuy,
Woodland Hills, Utah, B.H.S. Publishing, 1988, p. 119.
[246]
Voir Matthieu 28:19 et Actes 10. Dans cet exemple également
certains membres de l’Église continuèrent à
avoir du mal à accepter la nouvelle vision des choses. Voir
Actes 11:1-18, Actes 15, Galates 2:7-15; Tite 1:10.
[247]
Voir Thomas G. Alexander, « The Word of Wisdom: From
Principle to Requirement », Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
14:3, automne 1981, p. 78-87; Robert J. McCue, « Did the
Word of Wisdom Become a Commandment in 1851? » Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
14:3, automne 1981, p. 66-74.
[248]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
p. 47; First
Presidency Office Journal,
5 octobre 1890, copie dans Conference
Report
1/48; Abraham H. Cannon, Diary,
5 octobre 1890.
[249]
Marriner W. Merrill, Diary,
6 octobre 1890; cité dans Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 145.
[250]
Id., p.94, citant Heber J. Grant à Joseph F. Smith, 5 janvier
1906, copie dans Grant Papers; déclaration notariée
d’Olea S. Hill, 13 septembre 1944, Carton 4 de Milton Shipp
Musser Papers, USHS.
[251]
William Gibson aurait dit : « Nous devons laisser
Babylone faire un certain temps ce qu’elle veut, je suppose ».
Cité dans Quinn, « Authority and New Plural
Marriages », p. 48-49.
[252]
B.H. Roberts, Journal,
10 février 1893; réimprimé dans Ronald W.
Walker, « B.H. Roberts and The Woodruff Manifesto »,
Brigham
Young University Studies
22:3, automne 1982, p. 365.
[253]
Id., p. 45-46.
[254]
Id., p. 49-50, citant le First Presidency Office Journal, 7 octobre
1890, copie dans Conference
Report
1/48. Aussi Abraham H. Cannon, Diary,
7 octobre 1890; Marriner W. Merrill, Diary,
7 octobre 1890.
[255]
Id., p. 51-52, citant Kenneth Cannon II, « Beyond the
Manifesto: Polygamous Cohabitation Among the General Authorities
After 1890 », Utah
Historical Quarterly
46, hiver 1978, p. 24-36.
[256]
Kenneth Cannon II, « After the Manifesto: Mormon Polygamy,
1890-1906 », Sunstone
8:1-2, janvier-avril 1983, p. 28.
[257]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
p. 61, citant Abraham H. Cannon, Diary,
12 novembre 1891.
[258]
Id., p. 83, citant Joseph F. Smith à I.E.D. Zundell, 21
décembre 1891, Smith Papers, Smith, Life
of Joseph F. Smith, p. 487-490.
[259]
Id., p. 62-63.
[260]
Id., p. 64; voir aussi Hardy, Solemn
Covenant,
227-232.
[261]
Id., p. 65-66.
[262]
Id., p. 66.
[263]
Id., p. 67-68, citant Journal History, 15 septembre 1898, 2-4.
[264]
Id.
[265]
Id., p. 68, citant Juarez Stake High Council Minutes, 29 octobre
1898, LDS Church Archives.
[266]
Id.,
citant George F. Gibbs à Barnard Greensfelder, 8 novembre
1915.
[267]
Id., p. 68-69, citant Miles A. Romney à John Henry Smith, 16
mars, 14 mai, 15 juillet 1898; Anthony W. Ivins Marriage Record, 23
octobre 1898; voir aussi les commentaires de Quinn dans la note de
bas de page n° 236.
[268]
Voir Id., p. 73-81.
[269]
Id., p. 68, citant la déclaration de Matthias F. Cowley dans
Minutes
of the Quorum of the Twelve Apostles,
10 mai 1911.
[270]
Id., p. 69, citant Eugene Young, « Revival of the Mormon
Problem », North
American Review
168, avril 1899, p. 484-485; Franklin D. Richards, Diary,
5 avril 1899; Deseret
Evening News,
3 juin 1899, p. 10.
[271]
Id., p. 71, citant Deseret
Evening News,
8 janvier 1900, p. 1.
[272]
George Q. Cannon, « Enduring to the End », 5
octobre 1890; rapporté dans Collected
Discourses: delivered by Wilford Woodruff, his two counselors, the
twelve apostles, and others,
Vol. 2, édité et compilé par Brian H. Stuy,
Woodland Hills, Utah, B.H.S. Publishing, 1988, p. 115-116.
[273]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 85-86.
[274]
Id., p. 87.
[275]
Id., p. 90.
[276]
Id., p. 93.
[277]
Id., p. 95-96.
[278]
Id., p. 96.
[279]
Id.
[280]
Hardy, Solemn
Covenant, p. 252-253.
[281]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
96-97, citant Smoot Case 1:129-30, 108 335.
[282]
Id., p. 97-98.
[283]
Id., p. 98.
[284]
Première Présidence, « Official Statement on
Plural Marriage [6 avril 1904] »: p. 84-85; voir aussi
Conference
Report,
avril 1904, p. 75.
[285]]
Id., p. 102-103, citant Joseph F. Smith, John R. Winder et Anthon H.
Lund à John W. Taylor, 22 octobre 1904, note d’une copie
envoyée le 26 octobre 1904 àGeorge Teasdale, First
Presidency Letterbook.
[286]
Voir Thomas G. Alexander, « 'To Maintain Harmony':
Adjusting to External and Internal Stress, 1890-1930 »,
Dialogue:
A Journal of Mormon Thought
15, hiver 1982, p. 44-58.
[287]
Voir Hardy, Solemn
Covenant. p. 261-262.
[288]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages »,
p. 105 l’évalue à moins de 10; Hardy, Solemn
Covenant,
p. 183 en cite 28 de 1905 à 1910.
[289]
Quinn, « Authority and New Plural Marriages », p. 100-102.
[290]
Id., p. 102.
[291]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 262.
[292]
Id., p. 263, citant le télégramme de Reed Smoot à
Francis M. Lyman, 8 décembre 1905, Reed Smoot-Correspondance
de la Première Présidence.
[293]
Id.,
citant le télégramme de George F. Gibbs à Reed
Smoot, 8 décembre 1905, Reed Smoot-Correspondance de la
Première Présidence
[294]
Id., p. 264-266.
[295]
Id., p. 266, citant Joseph F. Smith, cité dans Samuel W.
Taylor, « Interviews with Nettie [Janet] M. Taylor »,
14-15 janvier 1936, p. 4.
[296]
Id., p. 266-267.
[297]
Doctrine et Alliances 124:49.
[298]
Voir Doctrine et Alliances 8, 9.
[299]
Hardy, Solemn
Covenant, p. 50-51.
[300]
Id., p. 104-105, citant Spencer W. Kimball, Oral History, interviewé
par Gary L. Shumway, 1972, 1718, James H. Moyle Oral History Program,
LDS Church Archives; George C. Parkinson et Fannie Woolley Family
Group Sheets; Matthias F. Cowley Marriage Record, 1898-1903.
[301]
Id., p. 103-105.
[302]
Mosiah 5:13; Alma 29:5, 41:3-5.
[303]
Bernard Shaw, The
Future of Political Science in America; an Address by Mr. Bernard
Shaw to the Academy of Political Science, at the Metropolitan Opera
House, New York, on the 11th avril, 1933,
New York, Dodd, Mead and Company, 1933 cité dans Richard
Vetterli, Mormonism
Americanism and Politics,
Salt Lake City, Ensign Publishing, 1961, p. 461-462.
[304]
Brigham Young, « Plurality of Wives–The Free Agency
of Man », Journal
of Discourses,
rapport par G.D. Watt 14 juillet 1855, Vol. 3, Londres, Latter-day
Saint's Book Depot, 1856, p. 266.
[305]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
89
[306]
On trouvera un traitement approfondi dans Bachman, « Polygamy
Before the Death of Joseph Smith », p. 218-257.
[307]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. 89.
[308]
Douglas H. Parker, « Victory in Defeat–Polygamy and
the Mormon Legal Encounter with the Federal Government »,
Cardozo
Law Review
12, 1991, p. 814
[309]
Hardy, Solemn
Covenant,
p. 9; on peut trouver un récit de cette rencontre entre Joseph
et William dans Joseph W. McMurrin, « An Interesting
Testimony / Mr. Law's Testimony », The
Improvement Era,
mai 1903, p. 507-510.
[310]
Il se réfère ici à l’ouvrage essentiel de
Dean C. Jessee, Personal
Writings of Joseph Smith,
Salt Lake City, Deseret Book Company, 1984.
[311]
Paul H. Peterson, « Understanding Joseph: A Review of
Published Documentary Sources », Joseph
Smith: The Prophet, the Man,
publié par Susan Easton Black et Charles D. Tate, Salt Lake
City, Deseret Book Company, 1988, p. 109-110.
[312]
Orma Linford, « The Mormons and the Law: The Polygamy
Cases », Utah
Law Review
9, pts. 1, 2, été, hiver 1964, 1e
partie, p. 329-330; cité avec une explication par Poll,
« Legislative Campaign », p. 107.
[313]
Mangrum, « Mormonism, Philosophical Liberalism, and the
Constitution », p. 131.
[314]
Poll, « Legislative Campaign », p. 112, citant
Congressional
Globe,
41e Congrès, 2e session, p. 72.
[315]
Mill, id.
[316]
Ray Jay Davis, « Plural Marriage and Religious Freedom:
The Impact of Reynolds v. United States », Arizona
Law Review
15, 1973, p. 301; cité dans Firmage, « Enduring
Questions », p. 109.
[317]
John Cairncross, After
Polygamy Was Made a Sin: The Social History of Christian Polygamy,
Londres, Routledge & Kegan Paul, 1974, p. 222.
[318]
Givens, Viper
on the Hearth,
144, citant Louis Kern, An
Ordered Love: Sex Roles and Sexuality in Victorian Utopias-the
Shakers, the Mormons, and the Oneida Community,
Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1981, p. 191.
[319]
Givens, Viper
on the Hearth, p. 141-142, 150; italiques dans l’original.
[320]
Fawn M. Brodie, No
Man Knows My History,
New York, Knopf, 1945, p. 304 voir aussi aux pages 73, 86, 210
d’autres évocations du ‘magnétisme’
de Joseph ; cité dans Hugh W. Nibley, « No,
Ma'am, That's Not History: A Brief Review of Mrs. Brodie's Reluctant
Vindication of a Prophet She Seeks to Expose », Tinkling
Cymbals and Sounding Brass,
volume 11 de The
Collected Works of Hugh Nibley,
Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1991, note de bas de page 115,
p. 132, dernière consultation 13 septembre 2005)
[321]
Compton, Sacred
Loneliness,
p. 456.
[322]
Id., p. 455-456.
[323]
Id., p. 262.
[324]
Roberts 2:360-361.
[325]
Compton, Sacred
Loneliness,
p. 296.
[326]
Id., p. 455.
[327]
Smith, « Nauvoo Roots of Mormon Polygamy », p.
10.
[328]
Id., p. 21-22, citant Sarah S. Leavitt, Autobiography, p. 22-23, Special Collections, Marriott Library.
[329]
Smith, « Nauvoo Roots of Mormon Polygamy », p.
10.
[330]
Compton, Sacred
Loneliness,
p. 406.
[331]
Id., p. xiv-xv.
[332]
Les chiffres modernes évaluent la présence de l’une
ou l’autre forme de dépression à environ 4-5%; le
taux pour une vie est d’environ le double. Voir, par exemple :
Health Canada, A
Report on Mental Illnesses in Canada,
Ottawa, Canada, 2002, p. 17, 33.
[333]
D. Michael Quinn at Utah Valley State College, 3 février 2005;
rapporté dans « Historian delivers talk at UVSC »,
Caleb
Warnock Daily Herald,
4 février 2005, D1.
[334]
Doctrine et Alliances 6:9, 11:9.
[335]
Dallin H. Oaks, « Alternate Voices », Ensign,
mai 1989, p. 27, italiques ajoutés.
[336]
Danel W. Bachman et Ronald K. Esplin, « Plural Marriage »,
Encyclopedia
of Mormonism,
publié par Daniel H. Ludlow, New York, Macmillan Publishing,
1992, p. 1091-1095., 14 mai 2005.
[337]
Voir 14 mai 2005.
[338]
Van Wagoner, Mormon
Polygamy,
p. ii.
[339]
Compton, Sacred
Loneliness,
p. xv.
[340]
Recherches faites le 18 mai 2005 sur
http://catalog.lib.byu.edu/uhtbin/cgisirsi/nWlp3YQQqC/LEE/213820006/60/496/X.
[341]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100011039, 15 mai
2005.
[342]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100010764, 15 mai
2005.
[343]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100011043, 15 mai
2005.
[344]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100010677, 15 mai
2005.
[345]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100010972, 15 mai
2005.
[346]
https://deseretbook.com/store/product?product_id=100010973, 15 mai
2005.
[347]
Neal A. Maxwell, « The Stern but Sweet Seventh
Commandment », New
Era,
juin 1979, p. 36.
[348]
John Taylor, « Polygamy and Prostitution, etc ».
Journal
of Discourses
25:344.
[349]
Brigham Young, « Plurality of Wives-The Free Agency of
Man », Journal
of Discourses
3:266.
[350]
Jacob 2:30
[351]
Doctrine et Alliances 132:30-34.
[352]
Douglas H. Parker, « Victory in Defeat-Polygamy and the
Mormon Legal Encounter with the Federal Government »,
Cardozo
Law Review
12:805, 1991, p. 808. Cette sous-section puise considérablement
dans l’article de Parker, sauf lorsque les notes de bas de page
indiquent le contraire.
[353]
Givens, Viper
on the Hearth, p. 18-93
[354]
Robert J. McCue, « The Attitude Toward Plural Marriage in
Canada, 1887-1992 » dans Regional
Studies in LDS Church History,
Vol. 2, Provo, Utah, Department of Church History and Doctrine,
université Brigham Young, 2000, p. 281, 290.
[355]
John Taylor, « Polygamy and Prostitution, etc ».
Journal
of Discourses
25:344.
[356]
Doctrine et Alliances 132:36.
[357]
Genèse 22.
[358]
Perle de Grand Prix, Abraham 1:5-18.
[359]
Søren Aabye Kierkegaard, Fear
and Trembling,
traduc. angl. de Alastair Hannay, Londres, Penguin Classics, 1985, p.
53.
[360]
Id., p. 58, 86, 88.
[361]
Luc 14:26.
[362]
Kierkegaard, Fear
and Trembling,
p. 43.
[363]
Helen Mar Whitney, A
Woman's View: Helen Mar Whitney's Reminiscences of Early Church
History,
Provo, Utah, BYU Religious Studies Center, 1999, p. 187.