Comment
vaincre un monde dominé par l’immoralité sexuelle ?
Jason
B. Whiting
Professeur
dans le département Vie familiale de l’université
Brigham Young
Dan
(le nom a été changé) est venu me voir en
consultation dans le cadre d’une thérapie. Il m’a
dit : « J’essaie de respecter les commandements mais je
suis constamment tenté par des distractions charnelles. Je
renouvelle sans cesse mon engagement mais de temps en temps, il
m’arrive de baisser la garde. Je ne vais pas sur des sites
pornographiques mais je me retrouve hypnotisé par des images
inconvenantes qui semblent être partout. Cela blesse ma femme
et je suis las d’essayer. »
Peut-être
avez-vous ressenti quelque chose de semblable. Les difficultés
de Dan sont courantes. Beaucoup d’entre nous vivent dans des
cultures obsédées par le sexe et saturées
d’images, de sons et d’idées qui déforment
la nature sacrée du corps et les buts divins de la sexualité
(voir 1 Corinthiens 6:19). À cause d’internet, il y a eu
une augmentation de l’usage occasionnel et compulsif de la
pornographie ainsi que des problèmes moraux qui vont avec.
En
tant que thérapeute, je travaille avec de nombreuses personnes
qui ont du mal à surmonter la tentation de se laisser aller à
des pensées lascives, à l’objectification du
corps, à des médias obscènes ou à
diverses versions de ce que les Écritures appellent la «
lasciveté » (Jacob 3:12 ; 4 Néphi 1:16). Malgré
la tendance du monde à nous tirer vers le bas, le Seigneur
demande à ses disciples de respecter des principes d’intégrité
morale (voir 3 Néphi 12:27-29 ; Doctrine et Alliances 42:23).
Comment
pouvons-nous aspirer à des principes élevés tout
en affrontant ces difficultés ? Comment pouvons-nous faire
décroître le découragement et accroître
notre engagement ?
Tentation,
honte et lasciveté
Avec
Dan, il a été utile de distinguer la tentation du
péché, de comprendre la honte et le pouvoir du libre
arbitre et d’apprendre à se reposer davantage sur la
grâce du Sauveur.
Dan
avait des désirs justes mais il avait le sentiment d’échouer.
Il avait honte, en partie à cause de ses tentations
incessantes. Comme beaucoup, il pensait que parce qu’il avait
cédé à certaines tentations, il n’avait
d’autre choix que d’abandonner (il arrive à de
nombreuses personnes d’être perturbées par des
pensées et comportements sexuels compulsifs mais la plupart
des hommes et des femmes qui regardent de la pornographie n’entrent
pas dans les critères de la dépendance. D’un
point de vue pratique et spirituel, il est utile de distinguer les
divers degrés de comportements). Bien que la culpabilité
soit un sentiment important qui nous pousse à nous repentir,
la honte peut avoir l’effet contraire et nous conduire à
abandonner. Croire à tort que la tentation est un signe de
faiblesse peut s’avérer particulièrement
préjudiciable.
Ce
n’est pas un péché d’être tenté
ou d’éprouver des sensations physiques. Les émotions
sexuelles sont un don divin qui, lorsqu’elles sont utilisées
convenablement dans le mariage, sont une source de bonheur et de
connexion entre un mari et sa femme. Ces phénomènes
physiques sont forts et parfois déclenchés par des
formes ou comportements corporels. Dans la nature, c’est ce que
l’on appelle le réflexe éthologique, une réaction
automatique provoquée par une attitude ou une expression. Par
exemple, lorsqu’on croise des gens dans la rue, un regard
hostile provoque une réaction physiologique différente
de celle d’un sourire accueillant. Des images sensuelles
peuvent aussi susciter des réactions puissantes. Ces
sentiments et la tentation d’agir en conséquence ne sont
pas des péchés, et si on les ignore, elles finissent
par passer. Cependant, si on y donne suite, ces sentiments se
renforcent.
Il
n’y a péché que lorsque nous choisissons de
donner cours à la tentation, de l’entretenir ou d’agir
en conséquence pour faire quelque chose que nous savons que
nous ne devons pas faire. Grâce au libre arbitre moral, nous
pouvons choisir de ne pas céder à la tentation, même
lorsque c’est difficile. C’est ce qu’Alma a
commandé à son fils de faire quand il lui a dit : «
Ne suis plus la convoitise de tes yeux, mais renonce à
toi-même dans toutes ces choses » (Alma 39:9). Le roi
David aurait pu choisir de détourner le regard lorsqu’il
a vu Bath-Schéba mais au lieu de cela, il s’est attardé
sur la tentation, ce qui a ensuite aggravé son comportement
immoral (voir 2 Samuel 11:1-16). Jésus lui-même a été
tenté (voir Hébreux 4:15), mais il ne « prêta
pas attention » à la tentation (Doctrine et Alliances
20:22). Comme dit le proverbe chinois : « On ne peut empêcher
les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut
les empêcher d’y faire leur nid. »
Avec
de l’aide, Dan a appris à ne pas paniquer quand il est
tenté, mais à accepter ce qu’il ressent puis à
passer à des comportements sains.
Le
préjudice des transgressions morales
Le
Seigneur a résumé les conséquences néfastes
de la lascivité en disant : « Celui qui regarde une
femme pour la convoiter, ou si quelqu’un commet l’adultère
dans son cœur, il n’aura pas l’Esprit, mais reniera
la foi et sera dans la crainte » (Doctrine et Alliances 63:16).
L’habitude de se concentrer sur le monde provoque une «
cécité » spirituelle (1 Néphi 15:24) qui
décrit bien la façon dont le jugement est altéré
lorsqu’on cède à la luxure. Ce faisant, le corps
développe des habitudes qui peuvent devenir de « fortes
cordes » (2 Néphi 26:22) difficiles à briser à
cause de la gratification du plaisir et de l’assouvissement des
désirs (Dans
la littérature spécialisée sur les dépendances,
c’est ce que l’on appelle « la saillance
incitative ». Cela décrit une impulsion puissante
visant à obtenir quelque chose qui stimule les déclencheurs
du plaisir. Sous son effet, le jugement des gens change et il devient
extrêmement important de trouver le plaisir. Pierre a décrit
ce phénomène en termes spirituels lorsqu’il
parlait des personnes qui ont « les yeux pleins
d’adultère » et qui sont « insatiables
de péchés », 2 Pierre 2:14).
Lorsqu’on
nourrit les appétits charnels, les sens spirituels s’émoussent
et la foi dépérit. Les disciples qui sont sans cesse la
proie de la lasciveté craignent souvent d’être
indignes de servir et manquent de confiance spirituelle (voir
Doctrine et Alliances 121:45). La convoitise du monde peut aussi
éroder le véritable amour et donner au conjoint le
sentiment d’être manipulé ou négligé.
Choisir
d’agir au lieu de nous laisser contraindre
Avec
l’aide de l’Esprit, nous pouvons reconnaître très
tôt les dangers, choisir un environnement et adopter un
comportement en accord avec les valeurs de nos alliances (voir 2
Néphi 2:14 ; 4:18). Aux personnes qui sont en proie à
la luxure, Jeffrey R. Holland, du Collège des douze apôtres,
a conseillé : « Commencez par vous séparer des
gens, des documents et des situations qui vous nuiront. Comme les
personnes qui luttent contre une dépendance telle que
l’alcoolisme le savent, l’attraction de la proximité
peut être fatale. Il en est de même des questions
morales. » (Le Liahona,
mai 2010, p. 45)
Dan
a commencé à éviter d’utiliser des
appareils électroniques lorsqu’il pouvait être
tenté, par exemple quand il était seul, fatigué
ou stressé. Il a évité les émissions
télévisées et autres spectacles qui pouvaient
poser problème et, à la place, il a passé du
temps à nouer des liens avec des gens. Il a fortifié
son esprit en passant plus de temps à lire les Écritures,
à tenir son journal, à améliorer son sommeil et
à faire de l’exercice (voir Doctrine et Alliances 88:124
; Dans
les programmes de traitement des dépendances, ces choses font
partie du processus de guérison, notamment le fait de cultiver
de bonnes habitudes afin de nourrir l’esprit et de satisfaire
de manière saine des besoins émotionnels légitimes).
Ces principes importants peuvent nous aider à réduire
notre exposition à la tentation et à accroître
notre force, surtout si nous les suivons avec constance au fil du
temps.
Guérison
spirituelle et grâce
S’efforcer
d’être un disciple peut s’avérer difficile,
et même une détermination ferme peut voler en éclats
lorsqu’elle se heurte aux séductions du monde. Quand on
commet un écart, ce qui est utile c’est de revenir
directement sur le chemin au lieu de s’apitoyer sur soi-même
par désespoir.
La
miséricorde du Seigneur est grande et il promet de pardonner «
toutes les fois que [son] peuple se repentira » (Mosiah 26:30).
Dale G. Renlund, du Collège des douze apôtres, a décrit
la conséquence immédiate pour ceux qui se tournent vers
le Seigneur : « Même si nous avons fait le choix délibéré
de pécher ou avons connu beaucoup d’échecs et de
déceptions, au moment où nous décidons d’essayer
encore, l’expiation du Christ peut nous aider. »
(Le Liahona,
mai 2015, p. 57)
Le
Seigneur veut aider chacun de nous à suivre ce processus qui
consiste à « naître de Dieu, [à] changer de
[notre] état charnel et déchu à un état
de justice » (Mosiah 27:25). Le président Nelson a
promis :
«
[Jésus] se tient, les bras ouverts, disposé à
nous guérir, nous pardonner, nous fortifier, nous purifier et
nous sanctifier, et espérant le faire… Rien n’est
plus libérateur, plus ennoblissant ni plus indispensable à
notre progression individuelle qu’un repentir régulier,
quotidien. Le repentir n’est pas un événement
ponctuel, c’est un processus. C’est la clef du bonheur et
de la paix de l’esprit. » (Le Liahona,
mai 2019, p. 67)
S’ils
se rapprochent du Sauveur et se comportent en disciples, les saints
peuvent vaincre le monde et ses difficultés morales.
(Le
Liahona, juin 2022)