Le rapport entre les besoins psychologiques

et les croyances personnelles

 

 

Allen E. Bergin

 

Chargé de cours en psychologie clinique au Teachers College de l'Université Columbia

Consultant du Peace Corps et chargé de l'évaluation psychologique de ses candidats

Conseiller universitaire des étudiants membres de l'Église à Columbia

Membre du grand conseil du pieu de New Jersey

 

 


On m'a demandé récemment si un témoignage était une expérience réelle et spirituelle ou simplement la réponse de l'esprit à un besoin psychologique de croire. En d'autres termes, le témoignage du Saint-Esprit donne-t-il à l'individu la conviction que l'Evangile est vrai, ou se donne-t-on cette conviction soi-même ? Voici les points, qui, à mon sens, influencent la réponse :

 

1. Le besoin de croire que quelque chose est vrai diffère-t-il du besoin de croire que ce n'est pas vrai ? Non, bien entendu. Il est manifeste parmi les incroyants, et surtout parmi certains qui ne croient pas au mormonisme, que leur incrédulité est partiellement déterminée par des besoins personnels. Ainsi donc, pour commencer, ce problème existe aussi bien pour celui qui ne croit pas que pour celui qui croit.

 

2. Il ne peut exister de croyance qui ne soit pas au moins partiellement déterminée par des besoins. Ceci s'applique à toutes les espèces de croyances et de valeurs, religieuses et non religieuses, croyantes et non croyantes. Tout le monde a le besoin fondamental de croire en quelque chose à propos des problèmes de base de la vie.  On ne peut y échapper. Tout le monde doit réagir d'une manière ou d'une autre aux faits fondamentaux de l'existence humaine. L'incrédulité n'est rien qu'une de ces manières de réagir. Elle est aussi sujette à un besoin personnel que n'importe quelle autre position concernant les problèmes ultimes de la vie.

 

3. Le véritable problème consiste à opposer les besoins névrotiques aux besoins normaux ou réalistes. Les besoins névrotiques peuvent amener quelqu'un à adopter des croyances peu réalistes et inappropriées qui, en fin de compte, s'avèrent relever d'un manque d'adaptation. La question est donc de savoir qui est névrosé plutôt que de savoir qui est croyant ou incrédule. Un névrosé peut croire ce qu'il veut, cela gênera vraisemblablement une bonne adaptation et sera basé sur un mauvais contact avec la réalité. Il n'y a rien qui prouve que les gens qui croient ou ont un témoignage soient plus névrosés que ceux qui ne croient pas ou n'ont pas de témoignage. Le fait important est que les besoins névrotiques peuvent conduire quelqu'un dans l'erreur mais ces besoins peuvent mener quelqu'un aussi bien dans le sens de l'incrédulité que dans le sens de la croyance.

 

4. Ceci nous amène à conclure que l'incrédulité, aussi bien que la croyance, peut avoir une origine névrotique, et que l'on peut également trouver la foi chez des gens qui ne sont pas névrosés et pour qui cette foi ne remplit pas des besoins qui ne sont pas réalistes.

 

5. Rien dans l'expérience humaine ne permet de croire que tous les incrédules sont névrosés et que leur position est aveuglément déterminée par des processus d'inadaptation ; ce n'est pas plus vrai non plus des croyants.

 

6. Comment peut-on alors décider que les croyances d'une personne sont inexactes et déterminées par un besoin plutôt que par la réalité ? Il y a, dans toutes les catégories de croyances, des exemples de l'un et de l'autre cas. Il y a des dévots fondamentalistes qui croient en leurs dogmes parce qu'ils sont fondamentalement hostiles et donnent ainsi libre cours à leur colère rentrée en jetant l'anathème sur les incrédules. Il y a des agnostiques qui le sont simplement parce qu'il existe en eux une peur profonde de prendre position dans les problèmes ; la religion n'est qu'un des domaines dans lesquels leur incapacité de prendre et de défendre leurs décisions se manifeste. Il y a des athées qui n'ont tout simplement pas dépassé une révolte d'adolescent contre l'éducation religieuse. Le principe qui sépare de telles personnes de quelqu'un de sain et d'orienté sur la réalité est la capacité de soupeser inébranlablement toute évidence, quelle qu'en soit la source, pour en déterminer la valeur de vérité. Quand il s'agit d'un témoignage de l'Évangile, cela semble être le problème essentiel. La personne qui prétend avoir un témoignage est-elle disposée à examiner toutes les preuves, le pour et le contre ? Celui qui n'a pas de témoignage est-il disposé à faire de même ? Cette épreuve sépare toujours les uns des autres, de quelque côté qu'ils soient.

 

7. Que dire maintenant du profane qui essaie de porter un jugement sur l'Évangile sans se tromper ? Il doit tout d'abord reconnaître qu'il est tout aussi facile, psychologiquement parlant, de se tromper dans le sens de l'incrédulité que dans le sens de la croyance. Deuxièmement, il doit soupeser toutes les preuves. Il ne doit pas se contenter d'une évaluation négligente, sinon il risque de se fourvoyer dans le sens d'une mauvaise adaptation à des choses qui sont réellement vraies. Troisièmement, il doit examiner la vie et les caractéristiques des gens qui prétendent avoir un témoignage. Sautent-ils sur les tables, roulent-ils sous les bancs, se réunissent-ils dans les pièces obscures ou peuvent-ils parler raisonnablement et intelligemment de leurs expériences spirituelles ? Sont-ils résignés, apeurés, doctrinaires, ou leurs croyances les poussent-ils à progresser, à avoir du courage et de la tolérance ? En d'autres termes, les personnes qui prétendent avoir un témoignage sont-elles du genre que nous aimerions oublier, ou bien des êtres humains sains, productifs et agréables ? Si elles correspondent à cette dernière description, il est difficile de croire que leur témoignage soit déterminé par des besoins névrotiques ou irréalistes.

 

8. Le corollaire des problèmes précités est l'idée que les gens croient en des religions ou en des théologies parce qu'elles répondent à leurs besoins, même si ces besoins sont normaux et pas névrosés. J'approuve cette idée. Plus une religion satisfait aux besoins des hommes, meilleure elle est. Non que nous devions croire en quelque chose parce que cela nous donne de la satisfaction, mais la vraie religion doit être supérieure à tout ce qui existe en ce qu'elle répond aux conditions requises pour produire la satisfaction et la progression humaines.

 

En résumé, la façon d'éviter de se convaincre psychologiquement de quelque chose qui n'est pas vrai est de ne pas tirer de conclusions arbitraires. En soupesant soigneusement toutes les preuves, on évitera les pièges. Pour cela il faut de l'humilité et une ouverture d'esprit. Cela implique de sonder les Écritures, d’essayer la doctrine et de prier. Même s'il ne croit pas en la prière, un homme honnête l'essayera s'il peut, grâce à elle, acquérir une connaissance nouvelle. Il n'y a aucun risque que les prières d'une personne normale l'amènent à une conclusion erronée. Si elle a peur que le simple fait de prier à propos du mormonisme la mènera à y croire, même si ce n'est pas la vérité, alors elle n'est guère maîtresse d'elle-même. Si c'est vraiment cela qui la chiffonne, elle peut prier au sujet du catholicisme, de l'athéisme et des autres « ismes » aussi bien que du mormonisme – le tout en même temps.

 

Si on prend des précautions raisonnables, que l'on étudie et que l’on ouvre son coeur à Dieu, le Seigneur y produira une « brûlure » sur laquelle on ne peut se tromper et qui est indéniable. Elle diffère des autres émotions humaines et exerce une influence profonde et transformatrice sur l'être tout entier. La recherche de cette expérience et de la connaissance qu'elle apporte est la plus essentielle de toutes les quêtes de la vie. Elle produit dans le coeur de l'homme une joie profonde mais raisonnable, et apporte avec elle une nouveauté de vie dont on a dit qu'elle « vivifie l'homme intérieur » (Moïse 6 :65). Le chercheur doit donc rechercher deux choses : (1) Les fruits d’une telle expérience dans la vie de ceux qui prétendent l'avoir vécue et (2) l'inspiration qui peut se manifester dans son âme tandis qu'il cherche à établir le contact avec le Tout-Puissant lui-même. Il n'est pas étonnant que lorsque ce contact est finalement établi, on ne l'oublie jamais, ni ne peut le nier.
 

(L’Étoile, mai 1970, p. 156-157)