La raison et la révélation



Dallin H. Oaks

Président de l'université Brigham Young de 1971 à 1980
Juge à la cour suprême d’Utah de 1980 à 1984
Membre du collège des Douze depuis 1984




La raison et la révélation
La raison face à la révélation dans l'Histoire
La raison seule
La relation entre la raison et la révélation
La relation chronologique entre le raisonnement et la révélation
La raison authentifie la révélation
Les limites de l'évaluation par le raisonnement
La révélation surpasse le raisonnement
Conclusion




La raison et la révélation

Les connaissances à propos de la terre et de ses différentes formes de vie progressent si rapidement qu'on a du mal à les répertorier. Mais le monde en général ne connaît pas une progression comparable dans la connaissance de Dieu et de son plan pour ses enfants. Pour obtenir ce genre de connaissance, nous devons comprendre et suivre les voies que Dieu a prescrites pour y parvenir. Nous parvenons à la connaissance de Dieu et des vérités de son Évangile par l'étude et la raison ainsi que (toujours pour ce genre de connaissance) par la foi et la révélation.

La raison et la révélation sont des méthodes d'apprentissage accessibles à ceux qui recherchent la connaissance dans n'importe quel domaine. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a toujours encouragé ses membres à poursuivre des études dans tous les domaines et à y exceller, en acquérant de la connaissance par l'étude et la raison ainsi que par la foi et la révélation. Le président Harold B. Lee a exprimé ce conseil en ces termes : « Le système éducatif de l'Église a été créé afin que toute connaissance pure soit obtenue par notre peuple, transmise à notre postérité et donnée à tous les hommes. Nous donnons la responsabilité à nos professeurs de stimuler constamment nos jeunes scientifiques et nos chercheurs dans tous les domaines et de les inciter à avancer toujours plus loin dans le royaume de l'inconnu » (Harold B. Lee, Ye Are the Light of the World, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 117).

Ceux qui recherchent la connaissance profane et qui en ont payé le prix par un effort personnel sont souvent éclairés ou élevés par ce que quelques-uns appellent l'intuition et ce que d'autres appellent la révélation. Je crois que beaucoup de grandes découvertes et de grandes réussites dans les sciences et les arts sont le résultat d'illuminations données par Dieu.

Malheureusement, certains des partisans de l'étude et de la raison sont méprisants, voire hostiles à l'égard de la religion et de la révélation, soutenant que la vérité peut être découverte et l'apprentissage se faire seulement par les méthodes auxquelles ils sont habitués. Ils ne peuvent pas concevoir l'existence d'un processus d'acquisition de la connaissance qui admette l'existence de Dieu et la réalité de la communication par son Esprit. La seule et unique autorité qu'ils peuvent concevoir est la raison, la parole de ce dieu étant la rationalité, telle qu'ils la définissent. Ils ne peuvent pas accepter l'existence d'un Dieu au-dessus d'eux et de leur propre faculté de raisonnement. Brigham Young a noté cette attitude lorsqu'il s'est exclamé : « Combien il est difficile d'instruire l'homme naturel, qui ne comprend rien de plus que ce qu'il voit de ses yeux naturels ! » (Journal of Discourses, vol. 1, p. 2)

Le Livre de Mormon décrit cette attitude chez un peuple qui se reposait uniquement sur sa propre force et sa propre sagesse et sur ce qu'il pouvait voir de ses « propres yeux » (Hélaman 16:15, 20). Sur le fondement de la raison, ce peuple a rejeté les prophéties, disant : « Il n'est pas raisonnable qu'il vienne un être tel que le Christ » (verset 18). Ayant la même attitude, un éminent professeur a rejeté le Livre de Mormon en prétendant : « On ne reçoit pas de livre par des anges. C'est aussi simple que cela ». Ceux qui recherchent la connaissance de l'Évangile uniquement par l'étude et par la raison sont particulièrement susceptibles d'adopter une attitude de suffisance et d'égocentrisme que l'on observe parfois chez ceux qui font des études supérieures. Comme l'apôtre Paul l'observa pendant son ministère : « La connaissance enfle, mais la charité édifie ». Il mit en garde les érudits : « Prenez garde, toutefois, que votre liberté [connaissance] ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles... Et ainsi, le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! » (1 Corinthiens 8:1, 9, 11).

L'apôtre Pierre prédit cette mentalité à notre époque : « Dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leur propre convoitise et disant : Où est la promesse de ton avènement ? Car, depuis que nos pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création » (2 Pierre 3:3-4).

Un prophète du Livre de Mormon a décrit l'origine et les conséquences de cette attitude : « O le subtil plan du malin ! O la vanité et la folie des hommes ! Quand ils sont instruits, ils se croient sages, et ils n'écoutent pas les conseils de Dieu, ils les laissent de côté, s'imaginant tout savoir par eux-mêmes. C'est pourquoi leur sagesse est folie, et elle ne leur sert de rien, et ils périront » (2 Néphi 9:28).

      L'accomplissement de ces prophéties est évident de nos jours.


La raison face à la révélation dans l'Histoire

Beaucoup d'écrivains ont analysé ce que le professeur Hugh Nibley appelle « la vieille lutte entre le réalisme entêté et la sainte tradition ». Il oppose ce qu'il appelle le sophisme, « les actions de l'esprit humain laissé à lui-même », à la mantique, « les oracles prophétiques ou inspirés, venant de l'autre monde ». Il date l'arrivée du sophisme au début du sixième siècle avant Jésus-Christ et accorde à Saint Augustin « l'accomplissement du processus d'éradication de la mantique de la culture antique » (Hugh Nibley, Three Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient State, Salt Lake City, Deseret Book ; Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1991, p. 315, 333, 354).

Moins d'un siècle après Jésus-Christ, l'influence de la philosophie grecque amena dans les doctrines et les pratiques quelques compromis qu'un expert a caractérisés comme étant la « négation du principe de la révélation au profit de l'intelligence humaine » (Stephen E. Robinson, Warring Against the Saints of God, Ensign, janvier 1988, p. 39). Le professeur Nibley cite la conclusion de Leclerq : « À partir du cinquième siècle, l'Église devint une 'entité intellectuelle' [en français dans le texte, ndt] et depuis on voit dans l'Église un être de raison » (Hugh Nibley, Paths That Stray: Some Notes on Sophic and Mantic, The Ancient State, p. 443).

Goethe soutint que « le plus profond, le seul thème de l'histoire humaine, qui rend tous les autres futiles, est le conflit entre le scepticisme et la foi » (cité par H. Curtis Wright, The Central Problem of Intellectual History, Scholar and Educator, 12, Automne 1988, p. 52).

Pour certains, ce conflit fut résolu pendant le « grand débat médiéval » que Richard M. Weaver a qualifié d' « événement crucial dans l'histoire de la culture occidentale ». Ce débat incluait une question, celle de savoir si les vérités éternelles étaient réelles. Weaver explique : « Le fond de la question, en fin de compte, est de savoir s'il existe une source de vérité plus grande que l'homme et indépendante de lui ; et la réponse à cette question est décisive pour notre façon de percevoir la nature et la destinée de l'humanité. Le résultat pratique de la philosophie nominaliste est de bannir la réalité qui est perçue par l'intelligence [je dirais, « par la révélation »] et de poser comme réalité [seulement] ce qui est perçu par les sens. Avec ce changement dans l'affirmation de ce qui est vrai, toute l'orientation des connaissances change et nous sommes sur la route de l'empirisme moderne » (Richard M. Weaver, Ideas Have Consequences, Chicago et Londres, University of Chicago Press, 1948, p. 3).

Dans un discours à un public universitaire, Bruce L. Christensen, président du Public Broadcasting Service, a décrit les conséquences de cette philosophie : « En d'autres termes, il n'y avait pas de bien absolu. Il n'y avait pas de mal absolu, en fait, rien n'était absolu. Tous les absolus étaient seulement une convenance de l'esprit - ils existaient seulement de nom (nominativement) mais pas réellement. « Le premier principe du nominalisme était qu'il n'y a pas de source de vérité plus élevée que l'homme, ou indépendante de lui. Ce qui en découlait était de nier le fait que la connaissance pouvait être obtenue par un autre moyen que par la perception raisonnée des sens de l'homme. La révélation n'était plus un moyen acceptable d'accéder à la vérité » (Bruce L. Christensen, First Principles First, Forum Address at Ricks College, Rexburg, Idaho, 19 novembre 1987).

L'écrivain russe et prix Nobel Alexandre Soljenitsyne a exprimé la même idée :

« L'erreur [dans la pensée occidentale] doit être à la racine, à la base véritable de la pensée humaine des siècles passés. Je fais référence à la façon occidentale prédominante de voir le monde qui est née pendant la Renaissance et qui a trouvé son expression politique à partir du siècle des Lumières. Elle devint la base du gouvernement et des sciences sociales et pourrait être définie comme de l'humanisme rationnel ou de l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et renforcée de l'homme face à toute autre force au-dessus de lui... Cette nouvelle façon de penser, qui nous a imposé son influence, n'admettait pas l'existence intrinsèque du mal dans l'homme et ne voyait pas de plus grand dessein que de parvenir au bonheur sur terre. Elle a basé la civilisation occidentale moderne sur la dangereuse tendance à adorer l'homme et ses besoins matériels... Nous avons placé trop d'espoirs dans les réformes politiques et sociales, pour réaliser qu'en fin de compte, nous étions privés de notre possession la plus précieuse : notre vie spirituelle » (Alexandre Soljenitsyne, Commencement Address, Harvard University Gazette, 8 juin 1978).

Malgré le conflit apparent entre la raison et la révélation, les points de vue rationnels et religieux du monde ne sont pas opposés. Le point de vue de la religion (du moins de la religion qui n'est pas édulcorée par l'apostasie) inclut les méthodes de raisonnement et les vérités déterminées par elles. En revanche, la perspective rationnelle exclut ce qui est surnaturel. Cette exclusion a été réalisée par la fusion de la religion et de la philosophie. Hugh Nibley explique que la nécessité perçue de cette fusion était « de surmonter les objections de la raison face à la révélation. C'est la fameuse réconciliation de Saint Augustin entre la recherche classique et la recherche chrétienne de la connaissance ». Il continue en décrivant les effets de cette fusion : « Mais comment pouvez-vous l'appeler réconciliation quand c'est toujours l'Église qui fait des concessions ? C'est toujours la raison qui doit être satisfaite et la révélation qui doit être manipulée de manière à apporter satisfaction ; il n'y a pas de compromis, mais une soumission totale » (Hugh Nibley Three Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient State, Salt Lake City, Deseret Book ; Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1991, p. 367).

Le professeur H. Curtis Wright décrit les effets d'une longue interaction entre la religion et les sciences rationnelles : « La tendance générale de leur interaction est toujours à sens unique - vers la naturalisation de la religion, et non pas vers la surnaturalisation des sciences ou de l'éducation » (cité par H. Curtis Wright, The Central Problem of Intellectual History, Scholar and Educator, 12, Automne 1988, p. 53). Ce qui est appelé ici la « naturalisation de la religion » a pour effet de nier l'existence de toute vérité ou valeur qui ne peut pas être démontrée par lesdites méthodes scientifiques ou naturelles. L'attachement fondamental et exclusif à la raison qui résulte de cette négation est à l'origine de nombreux débats publics. Ceux-ci comprennent la controverse actuelle des valeurs de l'enseignement dans les écoles publiques et la vieille controverse toujours d'actualité de savoir si les universités peuvent être simplement engagées dans la diffusion de la connaissance ou si elles doivent prendre part à la responsabilité d'une utilisation possible de cette connaissance (par exemple les armes atomiques).

La source du conflit traditionnel entre (1) la raison ou l'intelligence et (2) la foi ou la révélation est le rejet de la révélation par l'enseignant, et non pas le rejet de la raison par le prophète. La réalité et une meilleure compréhension de l'expérience religieuse devraient empêcher son rejet par les hommes raisonnables, mais de par sa nature, la révélation est difficilement acceptable dans le cadre des catégories proposées par les partisans de la raison. Le professeur Obert C. Tanner explique : « Nous parlons d'un fait établi qui cependant défie l'analyse intellectuelle. C'est une chose étrange qu'une expérience si décisive qui influence l'engagement et toute la vie d'une personne puisse être décrite comme ineffable, indescriptible et inexprimable. Il n'est pas étonnant que les universités... soient incapables d'aborder la religion si ce n'est par une approche superficielle - les idées sur la religion, et non pas l'expérience privée et personnelle de la religion. Il n'y a pas de doute que les Églises et les universités privées sont respectueuses mais réservées les unes vis à vis des autres » (Obert C. Tanner, One Man's Search, Salt Lake City, University of Utah Press, 1989, p. 151).

Dans un discours adressé récemment à l'université Brigham Young, Boyd K. Packer a fait une différenciation pertinente entre la raison et la révélation appliquées au contexte universitaire :

« Il y a deux postulats opposés dans l'environnement universitaire. D'un côté, 'voir c'est croire' ; d'un autre côté 'croire c'est voir'. Les deux sont vrais ! Chacun à sa place. La combinaison des deux, individuellement ou en tant qu'institution, est le défi de la vie...

« Chacun de nous doit s'accommoder de l'association de la raison et de la révélation dans sa vie. Non seulement l'Évangile le permet mais il le requiert. Un individu qui se concentre sur un de ces aspects seulement perdra à la fois l'équilibre et la perspective. L'Histoire confirme le fait que le contexte universitaire favorise toujours la raison, au détriment du travail de l'Esprit, ce qui crée un malaise. Je ne connais pas d'exemple du contraire ».

Frère Packer a ensuite plaidé pour « la fusion de la raison et de la révélation [qui] produira un homme ou une femme de valeur éternelle. » (Boyd K. Packer, I Say unto You, Be One, Devotional Address at Brigham Young University, 12 février 1991)


La raison seule

Quand des personnes tentent de comprendre ou commencent à critiquer l'Évangile de Jésus-Christ ou les doctrines et les pratiques de son Église par le raisonnement seul, le résultat est connu d'avance. Personne ne peut trouver Dieu ou comprendre ses doctrines ou ses ordonnances sans utiliser les moyens qu'il a prescrits pour recevoir les vérités de son Évangile. C'est la raison pour laquelle les vérités de l'Évangile ont été corrompues et que les sacrements ont été transformés lorsque leur signification et leur mise en application ont été laissées à l'interprétation et à l'enseignement d'érudits qui ont rejeté les révélations et n'avaient pas l'autorité divine.

Je crois que c'est la raison pour laquelle le Seigneur a souvent appelé ses porte-parole – ses prophètes – parmi les gens peu instruits, ceux qui n'étaient pas affectés par le raisonnement des hommes et qui par conséquent étaient réceptifs aux révélations de Dieu. Le président Spencer W. Kimball a expliqué : « Le Seigneur semble n'avoir jamais encouragé l'ignorance, et pourtant, dans de nombreux cas, les plus érudits se sont révélés hermétiques à la spiritualité, et il a dû se servir de géants spirituels moins instruits pour mener à bien son oeuvre. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 388,389)

L'apôtre Paul expliqua cela aux saints de Corinthe. Il leur dit qu'il n'allait pas prêcher l'Évangile « avec la sagesse des mots », parce que « la prédication de la croix » était « une folie » pour les sages de ce monde (1 Corinthiens 1:17, 18). Mais les sages de ce monde seraient détruits car il a été écrit que le Seigneur détruira « la sagesse des sages, et [anéantira] l'intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1:19). À l’opposé, ceux qui placeraient leur foi dans ce que Paul appela crûment « la folie de la prédication » seraient sauvés (1 Corinthiens 1:21). Il expliqua :

« Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:25-29 ; voir aussi 1 Corinthiens 3:18-20).

Ceux qui s'appuient exclusivement sur l'étude et la raison rejettent tous les absolus qui ne peuvent être établis par les cinq sens ou restent soupçonneux à leur égard, y compris à l'égard du bien et du mal et de l'existence et de l'omniscience de Dieu. Ils rejettent aussi toutes les autres méthodes pour acquérir la connaissance, y compris la révélation. Ils ont tendance à être suffisants et imbus d'eux-mêmes et de leurs opinions. La raison est leur dieu et l'intellectualisation est leur credo. Ils sont dans « le vaste et spacieux édifice » qui, dans la vision d'un ancien prophète, représente la « sagesse » et « l'orgueil du monde » (1 Néphi 11:35, 36). On peut dire d'eux, comme Etienne dit des enfants d'Israël qui avaient fabriqué un veau d'or à l'époque d'Aaron : « ils se réjouirent de l'oeuvre de leurs mains » (Actes 7:41). Cette adoration de soi et cette autosuffisance sont sûrement condamnées par le commandement éternel : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face » (Exode 20:3).

La dépendance exclusive de l'apprentissage par l'étude et la raison a exercé une influence au-delà des domaines temporels. Elle a aussi affecté la théologie chrétienne. Le professeur baptiste Dr. Ben C. Fisher a écrit :

« Pendant plus de cent ans, la théologie moderne a dévié à un rythme accru vers le temporel. La vue surnaturelle traditionnelle de l'homme a été supplantée par une vision entièrement rationnelle de son comportement, de sa place et de ses activités dans le monde... L'Évangile centré sur le Christ et ses exigences éthiques simples mais sans compromis a été affaibli, jusqu'au nom même du Christ, qui, à quelques exceptions près, a disparu du centre des écrits et des pensées théologiques... Le retour de l'autorité des Écritures ne requiert pas le renoncement à l'éducation, mais il requiert la réaffirmation de la primauté de la révélation. » (Ben C. Fisher, The Idea of a Christian University in Today's World, Macon, Georgia, Mercer University Press, 1989, p. ix-x)

Ceux qui rejettent la révélation et qui approchent Dieu et l'étude de son Évangile seulement par les méthodes de la recherche, de la délibération et du débat d'experts sont comme les dirigeants qui ont persécuté Jésus pour avoir accompli une guérison le jour du Sabbat. En réponse à leurs attaques, le Sauveur enseigna cette leçon à propos des méthodes de Dieu et de celles du monde : « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5:43-44).

Jésus enseigna cette même leçon à Pierre. Lorsque le Sauveur dit à ses disciples qu'il devait aller à Jérusalem pour souffrir beaucoup de choses, être mis à mort et ressusciter, le chef des apôtres déclara que ces choses n'arriveraient pas. Jésus le réprimanda, en disant : « Arrière de moi, Satan ! tu m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu mais celles des hommes » (Matthieu 16:23).

Dans chacun de ces exemples le Sauveur a proclamé la suprématie des affaires de Dieu sur celles des hommes. En une autre occasion il a appliqué ce principe pour enseigner à ses critiques endurcis la prééminence du prophète sur l'érudit. Jésus faisait face à un groupe d'hypocrites qui avaient érigé des monuments à la mémoire des prophètes que leurs prédécesseurs avaient assassinés, alors qu'eux-mêmes rejetaient les prophètes que Dieu leur envoyait. Dans ce que je comprends comme étant une condamnation de leur rejet de la compréhension de la plénitude de l'Évangile par la révélation, le Seigneur maudit les docteurs de la loi : « Car vous avez enlevé la clef de la connaissance, la plénitude des Écritures ; vous n'entrez pas vous-mêmes dans le royaume, et ceux qui y entraient, vous les avez empêchés » (Luc 11:47-49, 53, traduction de Joseph Smith).

Jésus enseigna aussi la prééminence des méthodes du Seigneur sur celles des hommes en donnant un avertissement contre les intérêts personnels de ces érudits qui proclament leur propre connaissance : « Celui qui parle de son chef recherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est vrai, et il n'y a point d'injustice en lui » (Jean 7:18).

Ce même thème revint quand Jésus expliqua pourquoi quelques dirigeants convertis ne voulaient pas avouer qu'ils croyaient en lui de crainte d'être chassés de la synagogue : « Car ils aim[ent] la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu » (Jean 12:43).

La manifestation moderne de l'éducation « à la carte » fut prophétisée par Néphi : « Les Gentils ont édifié de nombreuses Églises. Cependant, ils nient le pouvoir et les miracles de Dieu, et ils se prêchent leur propre sagesse et leur propre science pour en obtenir du gain et pour écraser les pauvres » (2 Néphi 26:20).

La prophétie de Néphi vise certainement ceux qui utilisent les études supérieures comme leur Église, qui vivent leur dévotion « religieuse » dans les bibliothèques et les laboratoires, et qui avancent une explication rationnelle à tous les miracles de Dieu. Comme Néphi l'expliqua :

« Car il arrivera en ce temps-là, que... les Églises qui se sont établies, et qui ne le sont point dans le Seigneur... se disputeront l'une avec l'autre ; et leurs prêtres se disputeront les uns avec les autres et ils enseigneront avec leur science et renieront le Saint-Esprit qui donne le pouvoir de s'exprimer.

« Et ils nient la puissance de Dieu, le Très-Saint d'Israël ; et ils disent au peuple : Ecoutez-nous, et entendez notre précepte ; car voici, il n'y a point de Dieu aujourd'hui ; le Seigneur et le Rédempteur a fini son oeuvre, et il a donné son pouvoir aux hommes ; écoutez donc mon précepte ; s'ils vous disent : Un miracle a été fait par la main du Seigneur, ne le croyez pas ; car aujourd'hui il n'est plus un Dieu de miracles ; il a fini son oeuvre » (2 Néphi 28:3-6).

Cette erreur a pour conséquence ce que Néphi a défini en disant : « ils s'égarent en bien des cas, parce qu'ils sont instruits par les préceptes des hommes » (2 Néphi 28:14).

De tels enseignements nous montrent l'authenticité et la valeur du Livre de Mormon. Écrit sous l'inspiration, il est un antidote infaillible face à la confusion doctrinale et aux attitudes excessives d'aujourd'hui. Néphi en donna la raison lorsqu'il exposa le but de ses écrits qui devinrent la première partie du Livre de Mormon : « C'est pourquoi, je n'écris point les choses qui plaisent au monde, mais celles qui plaisent à Dieu et à ceux qui ne sont point du monde » (1 Néphi 6:5).

À notre époque, le conseil nous mettant en garde contre le fait d'acquérir la connaissance spirituelle à la façon des hommes nous a été répété : « Ne nie pas l'esprit de révélation, ni l'esprit de prophétie car malheur à celui qui les nie » (D&A 11:25 ; voir aussi 1 Thessaloniciens 5:19-20). Bruce R. McConkie expliqua ce principe et nous donna des exemples : « Un degré particulier de jugement est requis pour prouver quoi que ce soit dans le domaine spirituel. Aucune recherche scientifique ou intellectuelle, aucun processus d'enquête connu de l'homme ne peut démontrer que Dieu est une personne, que tous les hommes se lèveront dans l'immortalité, et que les âmes pénitentes sont nées de l'Esprit... Les vérités spirituelles ne peuvent être prouvées que par des moyens spirituels. » (Bruce R. McConkie, The Millennial Messiah, Salt Lake City, Deseret Book, 1982, p. 175)

Il est impossible d'acquérir des connaissances spirituelles uniquement par l'étude et le raisonnement. Pour s'approcher de Dieu et comprendre les doctrines de son Évangile, l'étude et le raisonnement sont insuffisants malgré leur valeur essentielle et bénéfique. Nous ne pouvons arriver à la connaissance du divin alors que nous rejetons ou n'utilisons pas la méthode indispensable que Dieu a prescrite pour y parvenir. Les connaissances spirituelles doivent être acquises à sa manière, c'est à dire par la foi en Dieu et la révélation du Saint-Esprit.

Au cours des années, les intellectuels ont publié des revues et organisé des conférences et des symposiums pour étudier l'histoire de l'Église, la raison d'être des principes de l'Évangile, et pour partager des points de vue sur la façon d'appliquer les principes de l'Évangile aux problèmes contemporains. Il m'a quelquefois été demandé : « Qu'est-ce qui ne convient pas dans de telles démarches ? » À mon avis, tant que ces démarches sont privées et individuelles et qu'elles n'impliquent pas l'aide ou l'approbation de l'Église, il n'y rien à redire, dans la mesure où ceux qui y participent comprennent et acceptent les limites de l'étude et du raisonnement dans une telle entreprise. Malheureusement, beaucoup ne le font pas.

Le défaut que j'ai observé dans de telles activités est que pour certains participants, ces démarches ne sont pas une introduction ou un complément à la foi et à la révélation mais en sont (ou en deviennent) des substituts. Ceci n'est pas à la manière du Seigneur.

Il existe un danger et un principe qui, tels que je les vois, peuvent être exprimés en comparant la révélation (qui est vitale pour la connaissance de l'Évangile et la continuation de la vie spirituelle) à l'action de l'oxygène. Pour les besoins de cette analogie, nous allons comparer le raisonnement à l'action du méthane. Dosé correctement, le méthane fournit la lumière et le combustible pour des tâches utiles. Mais si le méthane vient à envahir l'atmosphère, il chasse l'oxygène. Ceux qui se trouvent dans une pièce envahie par le méthane peuvent mourir par manque d'oxygène, et ceci sans signe avant-coureur pour les victimes.

Comme le méthane dans cette analogie, les discussions savantes à propos de l'Évangile peuvent être utiles, mais elles ne peuvent pas à elles seules, fournir la nourriture nécessaire à la vie spirituelle. De plus, elles ont tendance, si elles ne sont pas attentivement encadrées et contrôlées, à devenir à un tel point prépondérantes dans l'atmosphère qu'elles peuvent détruire la vie spirituelle.

En résumé, mon souci pour ceux qui dirigent les revues, les conférences et les symposiums, n'est pas l'excès de discussions ou de raisonnement, mais le manque de révélation dans la mesure où ils auront négligé (ou en viendront à négliger) la prière, l'étude des Écritures, l'humilité et la foi. Et, comme Neal A. Maxwell l'a remarqué : « Sans la foi réelle et la soumission qui en découle, tôt ou tard les gens trébucheront sur une chose ou une autre. » (Neal A. Maxwell, Not My Will, But Thine, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, p. 32)

Les membres de L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours devraient respecter la différence entre la manière d'acquérir et de comprendre ce qui est spirituel et la manière d'acquérir et de comprendre ce qui est temporel. L'instruction, les conférences, les symposiums et la confrontation de points de vue opposés dans un débat contradictoire sont des moyens acceptables pour acquérir davantage de connaissance et de compréhension, mais ils ne sont pas appropriés pour acquérir et comprendre ce qu'il y a de plus sacré, la connaissance de Dieu et des mystères de son Évangile. Les vérités et le témoignage de l'Évangile sont donnés par le Saint-Esprit grâce à la recherche dans un esprit de prière, à la foi, à l'étude des Écritures, à une vie de justice, à l'écoute des indications et des conseils inspirés, à des conversations édifiantes avec ceux qui ont la foi, à une étude personnelle dans un esprit d'humilité et à une méditation sereine.


La relation entre la raison et la révélation

Ceux qui font des recherches dans le domaine spirituel par l'étude et le raisonnement, ainsi que par la foi et la révélation, rencontreront toujours la difficulté d'établir une relation entre ces deux méthodes. Ce sujet a intrigué les hommes de raison et les hommes de foi depuis les temps les plus anciens. Je vais présenter trois des nombreux exemples d'application de cette relation dans l'acquisition de la connaissance du divin.

1. Partenaires égaux

Après avoir donné un discours sur l'importance de la révélation dans l'étude de l'Évangile, un ami m'a fait part de son analyse sur la relation entre le raisonnement et la révélation (qu'il appelait l' « Esprit »). Il avançait l'idée qu'ils étaient des partenaires égaux, chacun permettant de contrôler l'autre. Avec son autorisation, je le cite :

« Les deux peuvent ou devraient agir pour se compléter l'un l'autre, être un contrôle et s'équilibrer mutuellement. Les propositions honnêtes de l'un sont soumises à l'examen de l'autre. S'appuyer exclusivement sur l'un des deux conduit à un excès destructeur. L'Histoire a démontré que trop s'appuyer sur l'Esprit à l'exclusion de la raison mène au fanatisme, à l'intolérance et à l'effusion de sang, et, en général, à d'autres manifestations d'une subjectivité extrême. De même, trop s'appuyer sur la raison ou l'intelligence a souvent détruit la foi et conduit à un cynisme stérile...

« Votre thèse implique-t-elle que le mode de contrôle ou d'équilibre entre la raison et l'Esprit dont j'ai parlé est mal conçu ? L'Esprit et la raison ne peuvent-ils pas travailler comme des partenaires égaux, ou, du moins, ne pouvons-nous pas les faire travailler ensemble harmonieusement, et en fait n'est-ce pas ce que nous devrions rechercher ? Et quand ils ne s'harmonisent pas ou ne semblent pas pouvoir le faire (pour moi, habituellement, ils le font), ne sommes-nous pas justifiés en mettant de côté notre jugement ? en ne déclarant pas l'un juste et l'autre faux ? en attendant patiemment ou en recherchant une meilleure explication ? (Lettre à l'auteur en date du 19 avril 1989)

      J'ai répondu :

« Bien que je croie que chacun se réfère au raisonnement et à l'Esprit (et, évidemment, que certains utilisent mieux le raisonnement que d'autres et que certains entendent [ressentent] mieux l'Esprit que d'autres), je ne crois pas qu'ils sont des « partenaires égaux » et que là où ils « ne s'harmonisent pas », nous sommes « justifiés de mettre de côté notre jugement ». La raison pour laquelle je ne crois pas cela, c'est que je ne connais pas de moyen de prouver par le raisonnement quelques-unes des réalités fondamentales, telles que l'existence de Dieu et le pouvoir de l'expiation. C'est pourquoi, à moins que nous ne donnions la priorité à l'Esprit (dans l'exercice de la foi qui est le premier principe de l'Évangile), nous deviendrons agnostiques pour toujours.

« J'ai vécu de nombreuses expériences où la raison me conduisait à une conclusion, tandis que l'Esprit et la foi me montraient un autre chemin. À mon avis, la mesure dans laquelle quelqu'un peut entendre [ressentir] l'Esprit et a la foi de suivre ses incitations dans le cadre des sujets dont je parlais dans mon discours, est un des meilleurs indicateurs de foi et de spiritualité. Ceci laisse évidemment beaucoup de place à la raison pour intervenir, mais ne lui confère pas un rôle équivalent dans le domaine de la connaissance de Dieu, dans l'étude de ses commandements, et dans la compréhension de la doctrine du Royaume. » (Lettre de l'auteur en date du 27 avril 1989)

Si ma conviction est correcte, à savoir que le raisonnement et la révélation ne sont pas des partenaires égaux, la question se pose de savoir si l'un domine toujours l'autre ? Quelques-uns ont suggéré que la raison est toujours dominante. De ceci résulte que nous perdons foi en tout ce qui ne peut être prouvé par la raison. D'autres ont insisté sur le fait que ce qu'on appelle « révélation » doit toujours prévaloir, quoi que dicte le raisonnement. Personnellement, je n'aime pas ces deux extrêmes. Il y a certainement une meilleure explication de la relation entre le raisonnement et la révélation, plus proche de la vérité.

2. Une souveraineté partagée

Une autre approche consisterait à dire que dans certains sujets le raisonnement est la manière la plus plausible d'acquérir de la connaissance et que d'en d'autres, c'est la révélation. Cette idée suppose une ligne de séparation dans le monde de la connaissance. D'un côté la priorité est donnée au raisonnement, de l'autre, à la révélation. Cette conception a été adoptée à la fois par les hommes d'Église et les philosophes, bien qu'ils ne soient pas nécessairement d'accord quand il s'agit de situer cette ligne.

Les propos suivants du philosophe Mortimer J. Adler, parus dans un article récent, illustrent cette idée. En décrivant la religion comme « un acte pur de foi, qui ne peut être soutenu ou défié par l'analyse rationnelle ou la connaissance empirique du monde », il conclut : « Dans toute l'étendue de notre compréhension scientifique du monde telle qu'elle est acceptée actuellement, je ne trouve rien qui amène une seule difficulté nouvelle dans notre pensée à l'égard de Dieu, ou qui présente un obstacle intellectuel à notre affirmation de l'existence de Dieu. En résumé, ... rien que je puisse apprendre par la science n'a d'incidence sur ma manière de penser lorsque je me pose la question de savoir si Dieu, tel qu'il est conçu, existe ou non. » (Mortimer J. Adler Concerning God, Modern Man and Religion, Aspen Quarterly, Hiver 1990, p. 100 et 110)

Sa définition de la religion reposant sur sa foi permet à Adler de rendre hommage à la religion tout en rejetant comme simples « superstitions » des croyances et des pratiques religieuses qui vont à l'encontre de ce qu'il considère comme des faits scientifiquement prouvés. Son analyse est un défi pertinent pour ceux dont la conviction religieuse est principalement fondée sur l'héritage ou sur les affinités culturelles. Il explique :

« En voyant la croissance apparente de la laïcité ou de l'irréligion dans notre société occidentale, je suggère l'idée que les hommes et les femmes qui ont abandonné la religion à cause de l'influence sur leur esprit de la science et de la philosophie modernes n'étaient pas, initialement, vraiment croyants, mais seulement superstitieux. La prédominance de la science dans notre culture a remplacé un grand nombre de croyances superstitieuses qui faisaient partie de leur conviction religieuse... La progression de la laïcité et de l'irréligion dans notre société n'est pas le reflet de la diminution du nombre de personnes vraiment pieuses, mais de celles qui sont faussement pieuses, c'est-à-dire qui sont tout simplement superstitieuses. » (Idem, p. 112)

De nombreux croyants font aussi une distinction entre le domaine de la foi et celui des sciences, mais quelques-uns seraient sûrement en désaccord sur l'emplacement et la manière dont Adler trace la ligne de séparation entre ces deux domaines. Par exemple, Robert J. Matthews, ancien doyen de l'Enseignement Religieux à l'université Brigham Young, fait une distinction très nette « entre ce que nous appelons la vérité naturelle ou profane et la vérité spirituelle ». Il explique :

« Jacob dénonce vigoureusement le fait de placer sa confiance dans la sagesse et les sciences du monde, en particulier lorsque ces dernières empêchent quelqu'un de parvenir à une connaissance de l'Évangile et de l'accepter, ou en détournent ceux qui l'ont déjà. Le Livre de Mormon traite fréquemment de l'antagonisme entre les sciences du monde et ce qui vient de Dieu (voir, par exemple 2 Néphi 26-29 ; Jacob 4:14)... Le Livre de Mormon fait donc une distinction importante entre le profane et le spirituel. » (Robert J. Matthews, A Bible ! A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 165 et 162)

Bien qu'ils reconnaissent l'existence d'une séparation entre les domaines profane et spirituel, le professeur Matthews et le philosophe Adler ne s'entendraient sûrement pas sur l'emplacement de la ligne qui les sépare. Adler part de ce que la science a prouvé selon lui et il ne concède la suprématie à la religion, que dans ce qui reste. Adler insiste :

« Les vérités de la religion doivent être compatibles avec les vérités de la science et de la philosophie. Au fur et à mesure que la connaissance scientifique progresse et que l'analyse philosophique s'affine, la religion est progressivement débarrassée des superstitions qui se sont accumulées au gré des circonstances. Ceci étant, il est donc aujourd'hui plus facile que jamais de croire en une religion plus pure, précisément en raison des progrès qui ont été faits par la science et la philosophie. Autrement dit, c'est plus facile pour ceux qui veulent avoir une vision claire et une pratique pure de la religion, mais pas pour ceux dont la dépendance envers la religion n'est guère plus qu'une adhésion servile à une tradition superstitieuse. Depuis les origines, un petit nombre seulement est parvenu à une religion pure. La vaste majorité de ceux qui donnèrent à leur époque et à leur société l'apparence d'être religieux, étaient principalement et essentiellement superstitieux. » (Mortimer J. Adler Concerning God, Modern Man and Religion Aspen Quarterly, Hiver 1990, p. 112-113)

En revanche, le professeur Matthews attribue la suprématie du raisonnement ou celle de la révélation en fonction du domaine traité : « Des vérités différentes sont perçues de différentes manières par l'esprit de l'homme. Nous percevons la plupart des vérités auxquelles nous sommes soumis dans la condition mortelle par nos sens naturels, mais nous percevons certaines des vérités nécessaires à la rédemption de notre âme par la révélation, par l'intermédiaire du Saint-Esprit. Nous comprenons ces vérités non seulement par nos facultés intellectuelles mais grâce au discernement spirituel. » (Robert J. Matthews, A Bible ! A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 162)

En accord avec le professeur Matthews, je rejette bien sûr la suggestion émise par Adler que chaque croyance ou pratique religieuse allant à l'encontre de ce qu'il appelle « les vérités de la science » est une superstition qui doit être rejetée. Le monde des religions a manifestement ses superstitions, mais, de la même manière, le monde de la science a ses théories non valides et ses preuves erronées. De même que la superstition peut se déguiser en vérité religieuse, les théories scientifiques et les preuves erronées peuvent se déguiser en fait scientifique. Comme un commentateur saint des derniers jours a remarqué :

« La science est merveilleuse, mais reste limitée. Les théories scientifiques changent, portant presque toujours la marque des querelles entre factions. C'est la nature même de la théorisation scientifique, à laquelle on ne peut échapper. Il me semble essentiel que nous ne perdions pas de vue cette limite, de crainte que la science n'en arrive à 'tromper même les élus'. À propos des étudiants de l'université Brigham Young qui ont perdu leur témoignage à cause de la théorie habile sur 'l'évolution de l'homme', (répandue il y a une vingtaine d'années et maintenant en complet désarroi, comme le montre la controverse Leakey-Johanson), Nibley déplore : 'Il est triste de constater combien de ces assertions qui ont éloigné de l'Évangile quelques-uns de nos meilleurs étudiants se sont avérées être complètement fausses ! » (Charles L. Boyd, Forever Tentative, Dialogue, 22, Hiver 1989, p. 149, citant Hugh Nibley, Old Testament and Related Studies, Salt Lake City, Deseret Book ; Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1986, p. 57)

Beaucoup parmi ceux qui se sont égarés faute d'avoir su discerner entre la science et la religion ont été influencés par l'un ou l'autre des protagonistes qui essaie d'occuper et de contrôler le terrain au-delà des limites de sa spécialité : les hommes d'Église qui se prononcent sur la science et vice versa. À mon avis, ces deux genres d'extraterritorialité sont inappropriés.

Je me souviens très bien du ressentiment que j'ai éprouvé lorsqu'un acteur de renom, invité à l'université Brigham Young pour faire part de ses idées à propos des arts, fit un sermon sur la pollution de l'air causée par le chauffage au charbon de l'université. Je ressens la même chose chaque fois que quelqu'un utilise sa réussite ou son expérience dans un domaine de connaissance pour donner de l'ampleur et du poids à ses déclarations dans un tout autre domaine.

Tous les experts sont tentés de revendiquer leur savoir dans un domaine qui n'est pas le leur, tel ce professeur de droit que quelqu'un a décrit comme un expert en droit britannique quand il était aux États-Unis et un expert en droit des États-Unis quand il était en Grande Bretagne. Quiconque prétend utiliser le savoir acquis dans un domaine pour émettre des déclarations qui font autorité dans un autre domaine, laisse supposer l'existence d'une unité de principes entre ces domaines qu'il est facile d'avancer mais pas de démontrer.

La manière de faire la distinction entre l'acquisition des connaissances profanes et l'acquisition des connaissances spirituelles m'est familière. Elle est à la base de mes références fréquentes au caractère essentiel de la révélation dans l'acquisition de la connaissance spirituelle. Bien sûr, ces domaines ne sont pas mutuellement exclusifs, la révélation étant possible dans l'acquisition de la connaissance profane, et le raisonnement étant essentiel dans l'acquisition de la connaissance spirituelle. S'il est vrai que nous comprenons les vérités profanes essentiellement par l'étude et par le raisonnement, dans l'acquisition de la connaissance spirituelle c'est la révélation qui a le dernier mot.

3. La chronologie

Une autre relation entre le raisonnement et la révélation dans l'acquisition de la connaissance sacrée a été décrite par la révélation moderne. Cette relation est chronologique. L'étude et le raisonnement viennent en premier. La révélation en second.

Nous voyons cela dans la tentative d'Oliver Cowdery de traduire les annales anciennes. Après qu'il ait échoué, le Seigneur lui dit quelle en était la raison : il avait eu « pour seul souci » de demander à Dieu. Il aurait dû l'étudier dans son esprit et demander ensuite si c'était juste. Ce n'est qu'après s'être appliqué à étudier et à raisonner que le Seigneur aurait confirmé ou infirmé la justesse de la traduction qu'il proposait. Le texte n'aurait pu être rédigé qu'après qu'il eut reçu cette révélation, parce que, dit le Seigneur : « tu ne peux écrire ce qui est sacré que si cela t'est donné de moi » (D&A 9:7-9).

Cette révélation enseigne que dans l'acquisition de la connaissance spirituelle, le raisonnement n'est pas une alternative à la révélation. L'étude et le raisonnement peuvent permettre de trouver la vérité dans de nombreux domaines, mais seule la révélation peut la confirmer. L'étude et le raisonnement sont un moyen en vue d'une fin, et cette fin est la révélation venant de Dieu.

Cette relation chronologique est quelque peu comparable à la procédure scientifique que j'ai apprise étant jeune. Je travaillais en tant que technicien dans une petite station de radio. Je possédais une licence de transmetteur-radio. Je savais que le démarrage des amplificateurs était délicat. D'abord, nous faisions préchauffer les filaments des lampes. Ces filaments, semblables à ceux des ampoules électriques, atteignaient la température requise au bout de trente secondes. Alors seulement nous pouvions tourner l'interrupteur pour passer en alimentation à haute tension, ce qui plaçait le signal du transmetteur amplifié en « passage à l'antenne ». Chaque étape était essentielle, et chacune devait se faire dans un ordre correct. Autrement, il n'y aurait pas de signal radio, et les lampes pourraient même être sérieusement endommagées.

Cette analogie avec la radio peut être appliquée au dispositif de réception dont le Créateur a doté chacun d'entre nous. D'abord, nous préchauffons le mécanisme par l'étude et par le raisonnement. Puis nous sollicitons le pouvoir de la révélation de façon à recevoir la communication désirée.


La relation chronologique entre le raisonnement et la révélation

Dans la relation chronologique entre le raisonnement et la révélation, il est important que le raisonnement ait le « premier mot » et que la révélation ait le « dernier mot ».

Dans cette chronologie, le raisonnement peut fonctionner au maximum et proposer une solution. De plus, alors que nous recherchons une certitude ou d'autres conseils par la révélation, le raisonnement peut servir d'étalon pour filtrer les contrefaçons de la révélation et pour authentifier la révélation véritable. Cette recherche est nécessaire car, de même qu'il y a de mauvais raisonnements, il y a également de fausses révélations.

Les premiers membres de l'Église rétablie furent mis en garde à propos des dons spirituels, afin qu'ils ne soient pas trompés (D&A 46:8). Le Seigneur définit les sources de la tromperie par ces mots : « ...afin de ne pas être séduits par des esprits mauvais, par des doctrines de démons ou par les commandements des hommes, car certains viennent des hommes et d'autres des démons » (D&A 46:7).

Boyd K. Packer explique : « Toutes les inspirations ne viennent pas de Dieu (voir D&A 46:7). Le malin a le pouvoir d'interférer dans les canaux de la révélation et d'envoyer des signaux conflictuels qui peuvent nous égarer et apporter de la confusion. Il y a des incitations qui proviennent des sources du mal et qui sont si parfaitement contrefaites qu'elles trompent même les élus (voir Matthieu 24:24) » (Boyd K. Packer, Let Not Your Heart Be Troubled, Salt Lake City, Bookcraft, 1991, p. 212)

Le résultat est que nous avons besoin du raisonnement pour établir l'authenticité de la révélation. Ensuite, une fois qu'elle est authentifiée, la vraie révélation peut être communiquée sous ses diverses formes et remplir ses diverses fonctions.

Par ce moyen et dans cette chronologie, le raisonnement filtre la révélation, puis la révélation confirme ou rejette le raisonnement. En ce qui concerne la connaissance sacrée, le fait que le raisonnement ait le premier mot a autant d'importance que le fait que la révélation ait le dernier mot. Je crois que ceci est une des significations du commandement du Seigneur à son peuple de chercher « la science par l'étude mais aussi par la foi » (D&A 88:118).


La raison authentifie la révélation

Il y a au moins trois tests que la raison peut utiliser comme étalon pour vérifier l'authenticité de la révélation. La vraie révélation passera avec succès les trois tests et la fausse révélation (dont la source provient « des hommes » et « du diable ») échouera au moins à l'un d'entre eux.

      1. La vraie révélation édifie celui qui la reçoit. En conséquence elle doit être formulée par des mots qui sont cohérents ou par un sentiment dont le message peut être compris par celui qui est spirituellement réceptif.

L'apôtre Paul enseigna ce principe à ceux qui comparaient le don des langues au don de prophétie. « Puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l'édification de l'Église que vous cherchiez à en posséder abondamment... Que tout se fasse pour l'édification » (1 Corinthiens 14:12, 26).

Dans une révélation moderne donnée pour instruire les saints sur la manière de faire la distinction entre les révélations du Seigneur et celles des « faux esprits qui s'en sont allés parcourir la terre pour séduire le monde » (D&A 50:2), le Seigneur déclara : « Ce qui n'édifie pas n'est pas de Dieu et est ténèbres » (D&A 50:23). De même, Joseph Smith, le prophète, enseigna aux membres : « Ne parlez pas en langues s'il n'y a pas d'interprète présent » (Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding Smith, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1981, p. 199). Les glossolalies et autres communications incohérentes ne peuvent pas être des révélations de Dieu.

Le test de l'édification comme moyen de filtrer les révélations fausses et trompeuses de Satan a été réaffirmé à Joseph Smith, le prophète, dans une révélation ultérieure. Cette révélation précise également d'autres tests qui ont un lien entre eux : la prière, l'esprit contrit, le langage doux, le respect des ordonnances de l'Évangile et le contrôle de soi.

« De plus, je vais vous donner un exemple en toutes choses afin que vous ne soyez pas séduits ; car Satan est en liberté dans le pays et il s'en va, séduisant les nations - C'est pourquoi, celui qui prie, dont l'esprit est contrit, celui-là est accepté de moi, s'il obéit à mes ordonnances.

Celui qui parle, dont l'esprit est contrit, dont le langage est humble et édifiant, celui-là est de Dieu, s'il obéit à mes ordonnances. Et de plus, celui qui tremble sous mon pouvoir sera rendu fort et produira des fruits de louange et de sagesse, selon les révélations et les vérités que je vous ai données. Et de plus, celui qui est vaincu et ne porte pas de fruits, à savoir selon cet exemple, n'est pas de moi » (D&A 52:14-18).

L'application de ces tests pour évaluer et authentifier la révélation ou l'inspiration implique bien sûr que la personne qui reçoit la révélation doit utiliser les techniques de l'étude et du raisonnement.

      2. Le contenu d'une vraie révélation doit être en fonction du poste occupé dans l'Église et des responsabilités de la personne qui la reçoit. Le Seigneur enseigna ce principe à l'Église au début du rétablissement par une révélation qui expliquait à Oliver Cowdery que personne n'était nommé pour recevoir des révélations et des commandements pour l'Église entière excepté Joseph Smith, le prophète : « Car tout doit se faire avec ordre. » Les révélations reçues par un membre de l'Église, Hiram Page, étaient des tromperies de Satan. « Car, voici, il n'a pas été chargé de faire cela » (D&A 28:13, 12).

Quelques mois plus tard, une autre révélation réaffirma aux anciens de l'Église que « les révélations et les commandements » seraient reçus uniquement par le prophète que le Seigneur avait nommé, et que « nul autre ne sera nommé à ce don si ce n'est par son intermédiaire ». Ceux qui seraient choisis par le Seigneur pour exercer ce don « entrer[ont] par la porte et ser[ont] ordonné[s] comme je vous l'ai dit précédemment » - excluant ainsi la possibilité de nominations ou d'appels secrets pour recevoir la révélation. « Et ceci sera une loi pour vous, pour que vous n'acceptiez pas comme révélations et commandements les enseignements de quiconque viendra devant vous. Et ceci, je vous le donne, afin que vous ne soyez pas séduits afin que vous sachiez qu'ils ne sont pas de moi » (D&A 43:2-7).

Selon ces principes, les révélations pour une paroisse viennent à l'évêque ; celles pour une famille viennent à son chef ; et celles destinées à une personne lui viennent directement. Quelqu'un ne reçoit pas de révélation pour son voisin, et celui qui n'a pas été publiquement appelé et mis à part selon le gouvernement et les procédures de l'Église ne reçoit pas de révélations pour commander ou guider l'Église ou un groupe de ses membres. Un des indices les plus sûrs pour identifier les fausses révélations (celles émanant d'hommes ou du diable) est que leur contenu, analysé par le raisonnement, est transmis par des canaux autres que ceux prescrits par le Seigneur.

3. La vraie révélation doit être en accord avec les principes de l'Évangile tels qu'ils sont révélés dans les Écritures et dans les enseignements des prophètes. Le Seigneur ne donnera pas de révélation en contradiction avec les principes de l'Évangile. Sa maison est une maison d'ordre.

Des révélations peuvent s'ajouter à l'ensemble de la connaissance de l'Évangile déjà reçu (« ligne sur ligne, précepte sur précepte » - D&A 98:12), guider les dirigeants dans l'exercice de leur responsabilité dans l'Église, ou aider les membres de l'Église à mettre en pratique les principes de l'Évangile dans des situations particulières. Le Seigneur peut, de lui-même, ou par l'intermédiaire de son porte-parole désigné, changer les ordonnances et les pratiques de son Église. Le Sauveur révoqua personnellement la loi des offrandes et des sacrifices par effusion de sang (3 Néphi 15:3-9), et commanda à son peuple d'offrir le sacrifice d'un coeur brisé et d'un esprit contrit (3 Néphi 9:19-20 ; D&A 59:8). Pierre reçut une révélation l'informant que l'Évangile devrait dorénavant être prêché aux Gentils (Actes 10). Joseph Smith et Brigham Young furent guidés pour introduire et mettre en pratique le principe du mariage plural, puis Wilford Woodruff fut guidé pour le retirer. Mais le Seigneur ne donnera jamais aux membres individuels de révélations qui contrediront les doctrines de son Église ou les instructions données par l'intermédiaire de ses dirigeants. Le président Spencer W. Kimball a déclaré : « Si quelqu'un reçoit des révélations, ce à quoi chacun peut s'attendre s'il en est digne, elles seront toujours en plein accord avec le programme de l'Église ; elles n'iront jamais à son encontre. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)


Les limites de l'évaluation par le raisonnement

Bien que le raisonnement puisse, de manière appropriée, évaluer certains aspects de la révélation, sa fonction devrait se limiter à établir la véracité ou l'authenticité (la source) d'une révélation. Si le test du raisonnement va au-delà, il peut devenir un frein à l'acceptation des commandements de Dieu. Ainsi, quand l'apôtre Paul enseigna la résurrection aux Athéniens, certains se moquèrent de lui, visiblement parce qu'ils croyaient que les conclusions du raisonnement ne pouvaient pas être remises en question (Actes 17:32). De ce point de vue, qu'il n'est pas rare de trouver parmi les intellectuels, la philosophie a le pas sur la prophétie et le raisonnement sur la révélation.

Tout comme nous devons mettre des limites à l'utilisation du raisonnement pour contrôler l'authenticité de la révélation, nous devons aussi être conscients de ces limites dans l'évaluation du comportement des personnes suite à une révélation. Comme Boyd K. Packer l'a observé : « On ne peut pas parler de façon précise et objective de l'histoire de l'Église, sans tenir compte des pouvoirs spirituels qui soutiennent cette oeuvre » (The Mantle Is Far, Far Greater Than the Intellect, dans Packer, Let Not your Heart Be Troubled, p. 104). Si nous essayons d'évaluer un comportement motivé par la foi uniquement en termes rationnels, nous déformons la réalité. On constate cette erreur dans quelques écrits sur l'histoire du mormonisme.

Le président Gordon B. Hinckley parla de cette erreur lorsqu'il répondit à la critique qui dit que l'Église est opposée au raisonnement et au rationalisme dans les récits de son histoire : « Ils n'ont pas compris que la religion concerne le coeur tout autant que l'intelligence. Ceux qui nous critiquent ont perdu de vue la gloire et le miracle de cette oeuvre. Dans leur recherche de la moindre erreur, ils ne voient pas la majesté du grand déroulement de cette cause. Ils ont perdu de vue l'étincelle qui fut allumée à Palmyra et qui maintenant anime la foi à travers le monde, dans de nombreux pays et dans de nombreuses langues. Regardant à travers les lunettes de l'humanisme, ils ne comprennent pas que les émotions spirituelles, renforcées par la connaissance qu'elles viennent du Saint-Esprit, avaient influencé tout autant les actions de nos prédécesseurs que leurs facultés intellectuelles. » (Gordon B. Hinckley, Faith, the Essence of True Religion, Salt Lake City, Deseret Book, 1989, p. 76)

En résumé, les dirigeants de l'Église ne se sont pas opposés à l'utilisation du raisonnement dans les récits de l'histoire de l'Église mais à l'omission de la révélation.


La révélation surpasse le raisonnement

Tout comme le raisonnement a le premier mot en matière de connaissance sacrée, c'est la révélation qui a le dernier mot. Nous ne pouvons pas recevoir la connaissance de Dieu sans l'Esprit de Dieu (voir 1 Corinthiens 2:11).

Comme le président Harold B. Lee l'a dit : « Les révélations divines sont les critères par lesquels nous mesurons toute connaissance, et si quelque chose n'est pas conforme aux révélations nous pouvons être certains qu'il ne s'agit pas de la vérité » (Harold B. Lee, Stand Ye in Holy Places, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 143). Je crois que c'est ce que le prophète du Livre de Mormon voulait dire quand il déclara : « Être instruit est une bonne chose si on écoute les conseils de Dieu » (2 Néphi 9:29).

Ceux qui s'appliquent à l'étude et au raisonnement dans le domaine du sacré, mais qui ensuite ignorent ou rejettent la conclusion de l'étape primordiale qu'est la révélation, peuvent être comme les prêtres que le prophète Abinadi dénonça pour « avoir perverti les voies du Seigneur » parce qu'ils ne s'appliquaient point le « coeur à comprendre » (Mosiah 12:26-27). En parlant de telles personnes le Seigneur a dit : « Ils ne voient pas la lumière et détournent leur coeur de moi à cause des préceptes des hommes » (D&A 45:29).


Conclusion

Il nous est commandé de rechercher la connaissance par l'étude, c'est-à-dire le raisonnement, et par la foi, c'est à dire en s'appuyant sur la révélation. Les deux méthodes sont approuvées par Dieu. Il utilise ces deux méthodes pour révéler la lumière et la connaissance à ses enfants. Mais quand on en vient à la connaissance de Dieu et des principes de son Évangile, nous devons donner la priorité à la révélation car cela est la voie divine.

Les saints des derniers jours aiment à citer la déclaration de Joseph Smith, le prophète : « L'homme n'est pas sauvé plus vite qu'il n'acquiert de la connaissance » (Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding Smith, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1981, p. 175). Cette citation est quelquefois utilisée pour suggérer que l'acquisition de la connaissance est, par elle-même une activité qui sauve, et que tous les hommes doivent apprendre toutes choses pour être sauvés. Ce n'est pas ce que le prophète a dit. Dans le contexte de cette déclaration, elle faisait référence à une connaissance précise, obtenue d'une manière précise.

Dans la suite de sa phrase, le prophète explique que sans la connaissance, un homme sera « conduit en captivité » par quelque mauvais esprit qui aura « plus de connaissance et par conséquent plus de pouvoir ». La phrase suivante résume la pensée du prophète : « Il faut par conséquent la révélation pour nous aider et nous donner la connaissance des choses de Dieu » (Idem ; voir aussi D&A 130:19). Cette déclaration nous éclaire sur le genre de connaissance qui sauve et sur la méthode par excellence que nous devons utiliser pour l'obtenir.

L'étude et le raisonnement jouent aussi un rôle important dans l'acquisition des connaissances spirituelles. Ceux qui recherchent la vérité commencent par étudier la parole de Dieu et les enseignements de ses serviteurs et essaient de les comprendre par le raisonnement. Le raisonnement peut établir l'authenticité de la révélation et de l'inspiration en les évaluant par les questions tests : est-ce qu'elles édifient, rentrent-elles dans le cadre du poste détenu dans l'Église et sont-elles conformes aux principes de l'Évangile ? Mais le raisonnement n'a pas sa place dans le fait d'évaluer, selon certains critères supposés raisonnables, le contenu de la révélation en vue de l'accepter ou de le rejeter. La révélation a le dernier mot.

Malheureusement, certains partisans de l'acquisition de la connaissance par le raisonnement rejettent la méthode de la révélation. Quand les hommes apprirent qu'ils pouvaient acquérir la connaissance par le raisonnement, c'est-à-dire par l'observation et l'expérimentation, certains en tirèrent la conclusion logique mais erronée que la connaissance ne pouvait être acquise que par ce moyen. Leurs disciples persistent encore aujourd'hui dans cette idée, rejetant la réalité de tout ce qu'ils ne peuvent mesurer par leurs méthodes.

À l’opposé, le Seigneur a déclaré que « nul ne connaît [les voies de Dieu] si cela ne lui est révélé » (Jacob 4:8). Puis il a exposé dans les grandes lignes les conditions de l'apprentissage par la révélation : avoir la foi, être humble, chercher par la prière, garder les commandements, se repentir de ses péchés, faire de bonnes oeuvres et lire les Écritures. Ceux qui sont capables d'apprendre par cette méthode peuvent se qualifier pour ce qui peut être appelé la révélation par excellence.

Dans la révélation moderne, le Seigneur a promis que « les clefs du mystère de ces choses qui ont été scellées... depuis la fondation du monde » (la plénitude de l'Évangile) seront données « par le Consolateur, le Saint-Esprit qui connaît toutes choses » (D&A 35:18-19). Il s'agit de la révélation par excellence. Elle viendra par le Saint-Esprit, et non par l'étude intellectuelle ni par le raisonnement humain. Quand elle viendra, elle révélera à ceux qui craignent Dieu et qui le servent « tous les mystères, oui, toutes les choses de mon royaume tenues secrètes depuis les temps anciens, et, pendant les âges à venir » (D&A 76:7). « Oui, en vérité, je vous le dis, ce jour où le Seigneur viendra, il révélera tout » (D&A 101:32). Ce jour-là, tel que l'a prédit Ésaïe, « la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur » (Ésaïe 11:9 ; 2 Néphi 21:9, voir aussi D&A 84:98).

Ceux qui reçoivent cette révélation sont ainsi décrits : « Leur sagesse sera grande et leur intelligence atteindra les cieux ; et devant eux la sagesse des sages périra, et l'intelligence des hommes intelligents disparaîtra. Car je les éclairerai de mon Esprit et je leur ferai connaître par ma puissance les secrets de ma volonté, oui, même ce que l'oeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et qui n'est pas encore entré au coeur de l'homme » (D&A 76:9-10).

Après avoir reçu la grande révélation sur les trois degrés de gloire, Joseph Smith et Sidney Rigdon écrivirent ces paroles inspirées : « Grandes et merveilleuses sont les oeuvres du Seigneur et les mystères de son royaume qu'il nous a montrés et qui surpassent tout entendement en gloire, en puissance et en domination ; Qu'il nous a commandé de ne pas écrire pendant que nous étions encore dans l'Esprit et qu'il n'est pas permis à l'homme d'exprimer. Et l'homme n'est pas à même de les faire connaître ; car ils ne peuvent être vus et compris que par le pouvoir du Saint-Esprit que Dieu accorde à ceux qui l'aiment et se purifient devant lui » (D&A 76: 114-116).

En des termes inspirés, Joseph Smith, le prophète, décrivit le Seigneur déversant « la connaissance des cieux sur la tête des saints des derniers jours » (D&A 121:33). Tel est le fruit de la révélation : l'enseignement du Saint-Esprit. Tel est l'héritage du fidèle qui cherche « la science par l'étude et aussi par la foi » (D&A 88:118).

Source : Dallin H. Oaks, The Lord's Way, Deseret Book, 1991, Éditions françaises LDS, 2008