La
raison et
la révélation
Dallin
H. Oaks
Président
de l'université Brigham Young de 1971 à 1980
Juge
à la cour suprême d’Utah de 1980 à 1984
Membre
du collège des Douze depuis 1984
La
raison et la révélation
La
raison face à la révélation dans l'Histoire
La
raison seule
La
relation entre la raison et la révélation
La
relation chronologique entre le raisonnement et la révélation
La
raison authentifie la révélation
Les
limites de l'évaluation par le raisonnement
La
révélation surpasse le raisonnement
Conclusion
La raison et la
révélation
Les
connaissances à propos de la terre et de ses différentes
formes de vie progressent si rapidement qu'on a du mal à les
répertorier. Mais le monde en général ne connaît
pas une progression comparable dans la connaissance de Dieu et de son
plan pour ses enfants. Pour obtenir ce genre de connaissance, nous
devons comprendre et suivre les voies que Dieu a prescrites pour y
parvenir. Nous parvenons à la connaissance de Dieu et des
vérités de son Évangile par l'étude et la
raison ainsi que (toujours pour ce genre de connaissance) par la foi
et la révélation.
La
raison et la révélation sont des méthodes
d'apprentissage accessibles à ceux qui recherchent la
connaissance dans n'importe quel domaine. L'Église de
Jésus-Christ des saints des derniers jours a toujours
encouragé ses membres à poursuivre des études
dans tous les domaines et à y exceller, en acquérant de
la connaissance par l'étude et la raison ainsi que par la foi
et la révélation. Le président Harold B. Lee a
exprimé ce conseil en ces termes : « Le
système éducatif de l'Église a été
créé afin que toute connaissance pure soit obtenue par
notre peuple, transmise à notre postérité et
donnée à tous les hommes. Nous donnons la
responsabilité à nos professeurs de stimuler
constamment nos jeunes scientifiques et nos chercheurs dans tous les
domaines et de les inciter à avancer toujours plus loin dans
le royaume de l'inconnu » (Harold B. Lee, Ye Are the Light
of the World, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 117).
Ceux
qui recherchent la connaissance profane et qui en ont payé le
prix par un effort personnel sont souvent éclairés ou
élevés par ce que quelques-uns appellent l'intuition et
ce que d'autres appellent la révélation. Je crois que
beaucoup de grandes découvertes et de grandes réussites
dans les sciences et les arts sont le résultat d'illuminations
données par Dieu.
Malheureusement,
certains des partisans de l'étude et de la raison sont
méprisants, voire hostiles à l'égard de la
religion et de la révélation, soutenant que la vérité
peut être découverte et l'apprentissage se faire
seulement par les méthodes auxquelles ils sont habitués.
Ils ne peuvent pas concevoir l'existence d'un processus d'acquisition
de la connaissance qui admette l'existence de Dieu et la réalité
de la communication par son Esprit. La seule et unique autorité
qu'ils peuvent concevoir est la raison, la parole de ce dieu étant
la rationalité, telle qu'ils la définissent. Ils ne
peuvent pas accepter l'existence d'un Dieu au-dessus d'eux et de leur
propre faculté de raisonnement. Brigham Young a noté
cette attitude lorsqu'il s'est exclamé : « Combien
il est difficile d'instruire l'homme naturel, qui ne comprend rien de
plus que ce qu'il voit de ses yeux naturels ! »
(Journal of Discourses, vol. 1, p. 2)
Le
Livre de Mormon décrit cette attitude chez un peuple qui se
reposait uniquement sur sa propre force et sa propre sagesse et sur
ce qu'il pouvait voir de ses « propres yeux »
(Hélaman 16:15, 20). Sur le fondement de la raison, ce peuple
a rejeté les prophéties, disant : « Il
n'est pas raisonnable qu'il vienne un être tel que le Christ »
(verset 18). Ayant la même attitude, un éminent
professeur a rejeté le Livre de Mormon en prétendant :
« On ne reçoit pas de livre par des anges. C'est
aussi simple que cela ». Ceux qui recherchent la
connaissance de l'Évangile uniquement par l'étude et
par la raison sont particulièrement susceptibles d'adopter une
attitude de suffisance et d'égocentrisme que l'on observe
parfois chez ceux qui font des études supérieures.
Comme l'apôtre Paul l'observa pendant son ministère :
« La connaissance enfle, mais la charité édifie ».
Il mit en garde les érudits : « Prenez garde,
toutefois, que votre liberté [connaissance] ne devienne une
pierre d'achoppement pour les faibles... Et ainsi, le faible périra
par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! »
(1 Corinthiens 8:1, 9, 11).
L'apôtre
Pierre prédit cette mentalité à notre époque :
« Dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec
leurs railleries, marchant selon leur propre convoitise et disant :
Où est la promesse de ton avènement ? Car, depuis
que nos pères sont morts, tout demeure comme dès le
commencement de la création » (2 Pierre 3:3-4).
Un
prophète du Livre de Mormon a décrit l'origine et les
conséquences de cette attitude : « O le subtil
plan du malin ! O la vanité et la folie des hommes !
Quand ils sont instruits, ils se croient sages, et ils n'écoutent
pas les conseils de Dieu, ils les laissent de côté,
s'imaginant tout savoir par eux-mêmes. C'est pourquoi leur
sagesse est folie, et elle ne leur sert de rien, et ils périront »
(2 Néphi 9:28).
L'accomplissement
de ces prophéties est évident de nos jours.
La raison face à
la révélation dans l'Histoire
Beaucoup
d'écrivains ont analysé ce que le professeur Hugh
Nibley appelle « la vieille lutte entre le réalisme
entêté et la sainte tradition ». Il oppose ce
qu'il appelle le sophisme, « les actions de l'esprit
humain laissé à lui-même », à
la mantique, « les oracles prophétiques ou
inspirés, venant de l'autre monde ». Il date
l'arrivée du sophisme au début du sixième siècle
avant Jésus-Christ et accorde à Saint Augustin
« l'accomplissement du processus d'éradication de
la mantique de la culture antique » (Hugh Nibley, Three
Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient State, Salt Lake
City, Deseret Book ; Foundation for Ancient Research and Mormon
Studies, 1991, p. 315, 333, 354).
Moins
d'un siècle après Jésus-Christ, l'influence de
la philosophie grecque amena dans les doctrines et les pratiques
quelques compromis qu'un expert a caractérisés comme
étant la « négation du principe de la
révélation au profit de l'intelligence humaine »
(Stephen E. Robinson, Warring Against the Saints of God, Ensign,
janvier 1988, p. 39). Le professeur Nibley cite la conclusion de
Leclerq : « À partir du cinquième
siècle, l'Église devint une 'entité
intellectuelle' [en français dans le texte, ndt] et depuis on
voit dans l'Église un être de raison » (Hugh
Nibley, Paths That Stray: Some Notes on Sophic and Mantic, The
Ancient State, p. 443).
Goethe
soutint que « le plus profond, le seul thème de
l'histoire humaine, qui rend tous les autres futiles, est le conflit
entre le scepticisme et la foi » (cité par H.
Curtis Wright, The Central Problem of Intellectual History, Scholar
and Educator, 12, Automne 1988, p. 52).
Pour
certains, ce conflit fut résolu pendant le « grand
débat médiéval » que Richard M.
Weaver a qualifié d' « événement
crucial dans l'histoire de la culture occidentale ». Ce
débat incluait une question, celle de savoir si les vérités
éternelles étaient réelles. Weaver explique :
« Le fond de la question, en fin de compte, est de savoir
s'il existe une source de vérité plus grande que
l'homme et indépendante de lui ; et la réponse à
cette question est décisive pour notre façon de
percevoir la nature et la destinée de l'humanité. Le
résultat pratique de la philosophie nominaliste est de bannir
la réalité qui est perçue par l'intelligence [je
dirais, « par la révélation »] et
de poser comme réalité [seulement] ce qui est perçu
par les sens. Avec ce changement dans l'affirmation de ce qui est
vrai, toute l'orientation des connaissances change et nous sommes sur
la route de l'empirisme moderne » (Richard M. Weaver,
Ideas Have Consequences, Chicago et Londres, University of Chicago
Press, 1948, p. 3).
Dans
un discours à un public universitaire, Bruce L. Christensen,
président du Public Broadcasting Service, a décrit les
conséquences de cette philosophie : « En
d'autres termes, il n'y avait pas de bien absolu. Il n'y avait pas de
mal absolu, en fait, rien n'était absolu. Tous les absolus
étaient seulement une convenance de l'esprit - ils existaient
seulement de nom (nominativement) mais pas réellement. « Le
premier principe du nominalisme était qu'il n'y a pas de
source de vérité plus élevée que l'homme,
ou indépendante de lui. Ce qui en découlait était
de nier le fait que la connaissance pouvait être obtenue par un
autre moyen que par la perception raisonnée des sens de
l'homme. La révélation n'était plus un moyen
acceptable d'accéder à la vérité »
(Bruce L. Christensen, First Principles First, Forum Address at Ricks
College, Rexburg, Idaho, 19 novembre 1987).
L'écrivain
russe et prix Nobel Alexandre Soljenitsyne a exprimé la même
idée :
« L'erreur
[dans la pensée occidentale] doit être à la
racine, à la base véritable de la pensée humaine
des siècles passés. Je fais référence à
la façon occidentale prédominante de voir le monde qui
est née pendant la Renaissance et qui a trouvé son
expression politique à partir du siècle des Lumières.
Elle devint la base du gouvernement et des sciences sociales et
pourrait être définie comme de l'humanisme rationnel ou
de l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et
renforcée de l'homme face à toute autre force au-dessus
de lui... Cette nouvelle façon de penser, qui nous a imposé
son influence, n'admettait pas l'existence intrinsèque du mal
dans l'homme et ne voyait pas de plus grand dessein que de parvenir
au bonheur sur terre. Elle a basé la civilisation occidentale
moderne sur la dangereuse tendance à adorer l'homme et ses
besoins matériels... Nous avons placé trop d'espoirs
dans les réformes politiques et sociales, pour réaliser
qu'en fin de compte, nous étions privés de notre
possession la plus précieuse : notre vie spirituelle »
(Alexandre Soljenitsyne, Commencement Address, Harvard University
Gazette, 8 juin 1978).
Malgré
le conflit apparent entre la raison et la révélation,
les points de vue rationnels et religieux du monde ne sont pas
opposés. Le point de vue de la religion (du moins de la
religion qui n'est pas édulcorée par l'apostasie)
inclut les méthodes de raisonnement et les vérités
déterminées par elles. En revanche, la perspective
rationnelle exclut ce qui est surnaturel. Cette exclusion a été
réalisée par la fusion de la religion et de la
philosophie. Hugh Nibley explique que la nécessité
perçue de cette fusion était « de surmonter
les objections de la raison face à la révélation.
C'est la fameuse réconciliation de Saint Augustin entre la
recherche classique et la recherche chrétienne de la
connaissance ». Il continue en décrivant les effets
de cette fusion : « Mais comment pouvez-vous
l'appeler réconciliation quand c'est toujours l'Église
qui fait des concessions ? C'est toujours la raison qui doit
être satisfaite et la révélation qui doit être
manipulée de manière à apporter satisfaction ;
il n'y a pas de compromis, mais une soumission totale »
(Hugh Nibley Three Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient
State, Salt Lake City, Deseret Book ; Foundation for Ancient
Research and Mormon Studies, 1991, p. 367).
Le
professeur H. Curtis Wright décrit les effets d'une longue
interaction entre la religion et les sciences rationnelles :
« La tendance générale de leur interaction
est toujours à sens unique - vers la naturalisation de la
religion, et non pas vers la surnaturalisation des sciences ou de
l'éducation » (cité par H. Curtis Wright,
The Central Problem of Intellectual History, Scholar and Educator,
12, Automne 1988, p. 53). Ce qui est appelé ici la
« naturalisation de la religion » a pour effet
de nier l'existence de toute vérité ou valeur qui ne
peut pas être démontrée par lesdites méthodes
scientifiques ou naturelles. L'attachement fondamental et exclusif à
la raison qui résulte de cette négation est à
l'origine de nombreux débats publics. Ceux-ci comprennent la
controverse actuelle des valeurs de l'enseignement dans les écoles
publiques et la vieille controverse toujours d'actualité de
savoir si les universités peuvent être simplement
engagées dans la diffusion de la connaissance ou si elles
doivent prendre part à la responsabilité d'une
utilisation possible de cette connaissance (par exemple les armes
atomiques).
La
source du conflit traditionnel entre (1) la raison ou l'intelligence
et (2) la foi ou la révélation est le rejet de la
révélation par l'enseignant, et non pas le rejet de la
raison par le prophète. La réalité et une
meilleure compréhension de l'expérience religieuse
devraient empêcher son rejet par les hommes raisonnables, mais
de par sa nature, la révélation est difficilement
acceptable dans le cadre des catégories proposées par
les partisans de la raison. Le professeur Obert C. Tanner explique :
« Nous parlons d'un fait établi qui cependant défie
l'analyse intellectuelle. C'est une chose étrange qu'une
expérience si décisive qui influence l'engagement et
toute la vie d'une personne puisse être décrite comme
ineffable, indescriptible et inexprimable. Il n'est pas étonnant
que les universités... soient incapables d'aborder la religion
si ce n'est par une approche superficielle - les idées sur la
religion, et non pas l'expérience privée et personnelle
de la religion. Il n'y a pas de doute que les Églises et les
universités privées sont respectueuses mais réservées
les unes vis à vis des autres » (Obert C. Tanner,
One Man's Search, Salt Lake City, University of Utah Press, 1989, p.
151).
Dans
un discours adressé récemment à l'université
Brigham Young, Boyd K. Packer a fait une différenciation
pertinente entre la raison et la révélation appliquées
au contexte universitaire :
« Il
y a deux postulats opposés dans l'environnement universitaire.
D'un côté, 'voir c'est croire' ; d'un autre côté
'croire c'est voir'. Les deux sont vrais ! Chacun à sa
place. La combinaison des deux, individuellement ou en tant
qu'institution, est le défi de la vie...
« Chacun
de nous doit s'accommoder de l'association de la raison et de la
révélation dans sa vie. Non seulement l'Évangile
le permet mais il le requiert. Un individu qui se concentre sur un de
ces aspects seulement perdra à la fois l'équilibre et
la perspective. L'Histoire confirme le fait que le contexte
universitaire favorise toujours la raison, au détriment du
travail de l'Esprit, ce qui crée un malaise. Je ne connais pas
d'exemple du contraire ».
Frère
Packer a ensuite plaidé pour « la fusion de la
raison et de la révélation [qui] produira un homme ou
une femme de valeur éternelle. » (Boyd K. Packer, I
Say unto You, Be One, Devotional Address at Brigham Young University,
12 février 1991)
La raison seule
Quand
des personnes tentent de comprendre ou commencent à critiquer
l'Évangile de Jésus-Christ ou les doctrines et les
pratiques de son Église par le raisonnement seul, le résultat
est connu d'avance. Personne ne peut trouver Dieu ou comprendre ses
doctrines ou ses ordonnances sans utiliser les moyens qu'il a
prescrits pour recevoir les vérités de son Évangile.
C'est la raison pour laquelle les vérités de l'Évangile
ont été corrompues et que les sacrements ont été
transformés lorsque leur signification et leur mise en
application ont été laissées à
l'interprétation et à l'enseignement d'érudits
qui ont rejeté les révélations et n'avaient pas
l'autorité divine.
Je
crois que c'est la raison pour laquelle le Seigneur a souvent appelé
ses porte-parole – ses prophètes – parmi
les gens peu instruits, ceux qui n'étaient pas affectés
par le raisonnement des hommes et qui par conséquent étaient
réceptifs aux révélations de Dieu. Le président
Spencer W. Kimball a expliqué : « Le Seigneur
semble n'avoir jamais encouragé l'ignorance, et pourtant, dans
de nombreux cas, les plus érudits se sont révélés
hermétiques à la spiritualité, et il a dû
se servir de géants spirituels moins instruits pour mener à
bien son oeuvre. » (The Teachings of Spencer W. Kimball,
éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p.
388,389)
L'apôtre
Paul expliqua cela aux saints de Corinthe. Il leur dit qu'il n'allait
pas prêcher l'Évangile « avec la sagesse des
mots », parce que « la prédication de la
croix » était « une folie »
pour les sages de ce monde (1 Corinthiens 1:17, 18). Mais les sages
de ce monde seraient détruits car il a été écrit
que le Seigneur détruira « la sagesse des sages, et
[anéantira] l'intelligence des intelligents » (1
Corinthiens 1:19). À l’opposé, ceux qui
placeraient leur foi dans ce que Paul appela crûment « la
folie de la prédication » seraient sauvés
(1 Corinthiens 1:21). Il expliqua :
« Car
la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de
Dieu est plus forte que les hommes. Considérez, frères,
que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni
beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni
beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde
pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du
monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses
viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont
point, pour réduire à néant celles qui sont,
afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu »
(1 Corinthiens 1:25-29 ; voir aussi 1 Corinthiens
3:18-20).
Ceux
qui s'appuient exclusivement sur l'étude et la raison
rejettent tous les absolus qui ne peuvent être établis
par les cinq sens ou restent soupçonneux à leur égard,
y compris à l'égard du bien et du mal et de l'existence
et de l'omniscience de Dieu. Ils rejettent aussi toutes les autres
méthodes pour acquérir la connaissance, y compris la
révélation. Ils ont tendance à être
suffisants et imbus d'eux-mêmes et de leurs opinions. La raison
est leur dieu et l'intellectualisation est leur credo. Ils sont dans
« le vaste et spacieux édifice » qui,
dans la vision d'un ancien prophète, représente la
« sagesse » et « l'orgueil du
monde » (1 Néphi 11:35, 36). On peut dire
d'eux, comme Etienne dit des enfants d'Israël qui avaient
fabriqué un veau d'or à l'époque d'Aaron :
« ils se réjouirent de l'oeuvre de leurs mains »
(Actes 7:41). Cette adoration de soi et cette autosuffisance sont
sûrement condamnées par le commandement éternel :
« Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face »
(Exode 20:3).
La
dépendance exclusive de l'apprentissage par l'étude et
la raison a exercé une influence au-delà des domaines
temporels. Elle a aussi affecté la théologie
chrétienne. Le professeur baptiste Dr. Ben C. Fisher a écrit :
« Pendant
plus de cent ans, la théologie moderne a dévié à
un rythme accru vers le temporel. La vue surnaturelle traditionnelle
de l'homme a été supplantée par une vision
entièrement rationnelle de son comportement, de sa place et de
ses activités dans le monde... L'Évangile centré
sur le Christ et ses exigences éthiques simples mais sans
compromis a été affaibli, jusqu'au nom même du
Christ, qui, à quelques exceptions près, a disparu du
centre des écrits et des pensées théologiques...
Le retour de l'autorité des Écritures ne requiert pas
le renoncement à l'éducation, mais il requiert la
réaffirmation de la primauté de la révélation. »
(Ben C. Fisher, The Idea of a Christian University in Today's World,
Macon, Georgia, Mercer University Press, 1989, p. ix-x)
Ceux
qui rejettent la révélation et qui approchent Dieu et
l'étude de son Évangile seulement par les méthodes
de la recherche, de la délibération et du débat
d'experts sont comme les dirigeants qui ont persécuté
Jésus pour avoir accompli une guérison le jour du
Sabbat. En réponse à leurs attaques, le Sauveur
enseigna cette leçon à propos des méthodes de
Dieu et de celles du monde : « Je suis venu au nom de
mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient
en son propre nom, vous le recevrez. Comment pouvez-vous croire, vous
qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point
la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5:43-44).
Jésus
enseigna cette même leçon à Pierre. Lorsque le
Sauveur dit à ses disciples qu'il devait aller à
Jérusalem pour souffrir beaucoup de choses, être mis à
mort et ressusciter, le chef des apôtres déclara que ces
choses n'arriveraient pas. Jésus le réprimanda, en
disant : « Arrière de moi, Satan ! tu
m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les
pensées de Dieu mais celles des hommes » (Matthieu
16:23).
Dans
chacun de ces exemples le Sauveur a proclamé la suprématie
des affaires de Dieu sur celles des hommes. En une autre occasion il
a appliqué ce principe pour enseigner à ses critiques
endurcis la prééminence du prophète sur
l'érudit. Jésus faisait face à un groupe
d'hypocrites qui avaient érigé des monuments à
la mémoire des prophètes que leurs prédécesseurs
avaient assassinés, alors qu'eux-mêmes rejetaient les
prophètes que Dieu leur envoyait. Dans ce que je comprends
comme étant une condamnation de leur rejet de la compréhension
de la plénitude de l'Évangile par la révélation,
le Seigneur maudit les docteurs de la loi : « Car
vous avez enlevé la clef de la connaissance, la plénitude
des Écritures ; vous n'entrez pas vous-mêmes dans
le royaume, et ceux qui y entraient, vous les avez empêchés »
(Luc 11:47-49, 53, traduction de Joseph Smith).
Jésus
enseigna aussi la prééminence des méthodes du
Seigneur sur celles des hommes en donnant un avertissement contre les
intérêts personnels de ces érudits qui proclament
leur propre connaissance : « Celui qui parle de son
chef recherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la
gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est vrai, et
il n'y a point d'injustice en lui » (Jean 7:18).
Ce
même thème revint quand Jésus expliqua pourquoi
quelques dirigeants convertis ne voulaient pas avouer qu'ils
croyaient en lui de crainte d'être chassés de la
synagogue : « Car ils aim[ent] la gloire des hommes
plus que la gloire de Dieu » (Jean 12:43).
La
manifestation moderne de l'éducation « à la
carte » fut prophétisée par Néphi :
« Les Gentils ont édifié de nombreuses
Églises. Cependant, ils nient le pouvoir et les miracles de
Dieu, et ils se prêchent leur propre sagesse et leur propre
science pour en obtenir du gain et pour écraser les pauvres »
(2 Néphi 26:20).
La
prophétie de Néphi vise certainement ceux qui utilisent
les études supérieures comme leur Église, qui
vivent leur dévotion « religieuse » dans
les bibliothèques et les laboratoires, et qui avancent une
explication rationnelle à tous les miracles de Dieu. Comme
Néphi l'expliqua :
« Car
il arrivera en ce temps-là, que... les Églises qui se
sont établies, et qui ne le sont point dans le Seigneur... se
disputeront l'une avec l'autre ; et leurs prêtres se
disputeront les uns avec les autres et ils enseigneront avec leur
science et renieront le Saint-Esprit qui donne le pouvoir de
s'exprimer.
« Et
ils nient la puissance de Dieu, le Très-Saint d'Israël ;
et ils disent au peuple : Ecoutez-nous, et entendez notre
précepte ; car voici, il n'y a point de Dieu
aujourd'hui ; le Seigneur et le Rédempteur a fini son
oeuvre, et il a donné son pouvoir aux hommes ; écoutez
donc mon précepte ; s'ils vous disent : Un miracle a
été fait par la main du Seigneur, ne le croyez pas ;
car aujourd'hui il n'est plus un Dieu de miracles ; il a fini
son oeuvre » (2 Néphi 28:3-6).
Cette
erreur a pour conséquence ce que Néphi a défini
en disant : « ils s'égarent en bien des cas,
parce qu'ils sont instruits par les préceptes des hommes »
(2 Néphi 28:14).
De
tels enseignements nous montrent l'authenticité et la valeur
du Livre de Mormon. Écrit sous l'inspiration, il est un
antidote infaillible face à la confusion doctrinale et aux
attitudes excessives d'aujourd'hui. Néphi en donna la raison
lorsqu'il exposa le but de ses écrits qui devinrent la
première partie du Livre de Mormon : « C'est
pourquoi, je n'écris point les choses qui plaisent au monde,
mais celles qui plaisent à Dieu et à ceux qui ne sont
point du monde » (1 Néphi 6:5).
À
notre époque, le conseil nous mettant en garde contre le fait
d'acquérir la connaissance spirituelle à la façon
des hommes nous a été répété :
« Ne nie pas l'esprit de révélation, ni
l'esprit de prophétie car malheur à celui qui les nie »
(D&A 11:25 ; voir aussi 1 Thessaloniciens 5:19-20).
Bruce R. McConkie expliqua ce principe et nous donna des exemples :
« Un degré particulier de jugement est requis pour
prouver quoi que ce soit dans le domaine spirituel. Aucune recherche
scientifique ou intellectuelle, aucun processus d'enquête connu
de l'homme ne peut démontrer que Dieu est une personne, que
tous les hommes se lèveront dans l'immortalité, et que
les âmes pénitentes sont nées de l'Esprit... Les
vérités spirituelles ne peuvent être prouvées
que par des moyens spirituels. » (Bruce R. McConkie, The
Millennial Messiah, Salt Lake City, Deseret Book, 1982, p. 175)
Il
est impossible d'acquérir des connaissances spirituelles
uniquement par l'étude et le raisonnement. Pour s'approcher de
Dieu et comprendre les doctrines de son Évangile, l'étude
et le raisonnement sont insuffisants malgré leur valeur
essentielle et bénéfique. Nous ne pouvons arriver à
la connaissance du divin alors que nous rejetons ou n'utilisons pas
la méthode indispensable que Dieu a prescrite pour y parvenir.
Les connaissances spirituelles doivent être acquises à
sa manière, c'est à dire par la foi en Dieu et la
révélation du Saint-Esprit.
Au
cours des années, les intellectuels ont publié des
revues et organisé des conférences et des symposiums
pour étudier l'histoire de l'Église, la raison d'être
des principes de l'Évangile, et pour partager des points de
vue sur la façon d'appliquer les principes de l'Évangile
aux problèmes contemporains. Il m'a quelquefois été
demandé : « Qu'est-ce qui ne convient pas dans
de telles démarches ? » À mon avis,
tant que ces démarches sont privées et individuelles et
qu'elles n'impliquent pas l'aide ou l'approbation de l'Église,
il n'y rien à redire, dans la mesure où ceux qui y
participent comprennent et acceptent les limites de l'étude et
du raisonnement dans une telle entreprise. Malheureusement, beaucoup
ne le font pas.
Le
défaut que j'ai observé dans de telles activités
est que pour certains participants, ces démarches ne sont pas
une introduction ou un complément à la foi et à
la révélation mais en sont (ou en deviennent) des
substituts. Ceci n'est pas à la manière du Seigneur.
Il
existe un danger et un principe qui, tels que je les vois, peuvent
être exprimés en comparant la révélation
(qui est vitale pour la connaissance de l'Évangile et la
continuation de la vie spirituelle) à l'action de l'oxygène.
Pour les besoins de cette analogie, nous allons comparer le
raisonnement à l'action du méthane. Dosé
correctement, le méthane fournit la lumière et le
combustible pour des tâches utiles. Mais si le méthane
vient à envahir l'atmosphère, il chasse l'oxygène.
Ceux qui se trouvent dans une pièce envahie par le méthane
peuvent mourir par manque d'oxygène, et ceci sans signe
avant-coureur pour les victimes.
Comme
le méthane dans cette analogie, les discussions savantes à
propos de l'Évangile peuvent être utiles, mais elles ne
peuvent pas à elles seules, fournir la nourriture nécessaire
à la vie spirituelle. De plus, elles ont tendance, si elles ne
sont pas attentivement encadrées et contrôlées, à
devenir à un tel point prépondérantes dans
l'atmosphère qu'elles peuvent détruire la vie
spirituelle.
En
résumé, mon souci pour ceux qui dirigent les revues,
les conférences et les symposiums, n'est pas l'excès de
discussions ou de raisonnement, mais le manque de révélation
dans la mesure où ils auront négligé (ou en
viendront à négliger) la prière, l'étude
des Écritures, l'humilité et la foi. Et, comme Neal A.
Maxwell l'a remarqué : « Sans la foi réelle
et la soumission qui en découle, tôt ou tard les gens
trébucheront sur une chose ou une autre. » (Neal A.
Maxwell, Not My Will, But Thine, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, p.
32)
Les
membres de L'Église de Jésus-Christ des saints des
derniers jours devraient respecter la différence entre la
manière d'acquérir et de comprendre ce qui est
spirituel et la manière d'acquérir et de comprendre ce
qui est temporel. L'instruction, les conférences, les
symposiums et la confrontation de points de vue opposés dans
un débat contradictoire sont des moyens acceptables pour
acquérir davantage de connaissance et de compréhension,
mais ils ne sont pas appropriés pour acquérir et
comprendre ce qu'il y a de plus sacré, la connaissance de Dieu
et des mystères de son Évangile. Les vérités
et le témoignage de l'Évangile sont donnés par
le Saint-Esprit grâce à la recherche dans un esprit de
prière, à la foi, à l'étude des
Écritures, à une vie de justice, à l'écoute
des indications et des conseils inspirés, à des
conversations édifiantes avec ceux qui ont la foi, à
une étude personnelle dans un esprit d'humilité et à
une méditation sereine.
La relation entre la
raison et la révélation
Ceux
qui font des recherches dans le domaine spirituel par l'étude
et le raisonnement, ainsi que par la foi et la révélation,
rencontreront toujours la difficulté d'établir une
relation entre ces deux méthodes. Ce sujet a intrigué
les hommes de raison et les hommes de foi depuis les temps les plus
anciens. Je vais présenter trois des nombreux exemples
d'application de cette relation dans l'acquisition de la connaissance
du divin.
1.
Partenaires égaux
Après
avoir donné un discours sur l'importance de la révélation
dans l'étude de l'Évangile, un ami m'a fait part de son
analyse sur la relation entre le raisonnement et la révélation
(qu'il appelait l' « Esprit »). Il avançait
l'idée qu'ils étaient des partenaires égaux,
chacun permettant de contrôler l'autre. Avec son autorisation,
je le cite :
« Les
deux peuvent ou devraient agir pour se compléter l'un l'autre,
être un contrôle et s'équilibrer mutuellement. Les
propositions honnêtes de l'un sont soumises à l'examen
de l'autre. S'appuyer exclusivement sur l'un des deux conduit à
un excès destructeur. L'Histoire a démontré que
trop s'appuyer sur l'Esprit à l'exclusion de la raison mène
au fanatisme, à l'intolérance et à l'effusion de
sang, et, en général, à d'autres manifestations
d'une subjectivité extrême. De même, trop
s'appuyer sur la raison ou l'intelligence a souvent détruit la
foi et conduit à un cynisme stérile...
« Votre
thèse implique-t-elle que le mode de contrôle ou
d'équilibre entre la raison et l'Esprit dont j'ai parlé
est mal conçu ? L'Esprit et la raison ne peuvent-ils pas
travailler comme des partenaires égaux, ou, du moins, ne
pouvons-nous pas les faire travailler ensemble harmonieusement, et en
fait n'est-ce pas ce que nous devrions rechercher ? Et quand ils
ne s'harmonisent pas ou ne semblent pas pouvoir le faire (pour moi,
habituellement, ils le font), ne sommes-nous pas justifiés en
mettant de côté notre jugement ? en ne déclarant
pas l'un juste et l'autre faux ? en attendant patiemment ou en
recherchant une meilleure explication ? (Lettre à
l'auteur en date du 19 avril 1989)
J'ai
répondu :
« Bien
que je croie que chacun se réfère au raisonnement et à
l'Esprit (et, évidemment, que certains utilisent mieux le
raisonnement que d'autres et que certains entendent [ressentent]
mieux l'Esprit que d'autres), je ne crois pas qu'ils sont des
« partenaires égaux » et que là
où ils « ne s'harmonisent pas », nous
sommes « justifiés de mettre de côté
notre jugement ». La raison pour laquelle je ne crois pas
cela, c'est que je ne connais pas de moyen de prouver par le
raisonnement quelques-unes des réalités fondamentales,
telles que l'existence de Dieu et le pouvoir de l'expiation. C'est
pourquoi, à moins que nous ne donnions la priorité à
l'Esprit (dans l'exercice de la foi qui est le premier principe de
l'Évangile), nous deviendrons agnostiques pour toujours.
« J'ai
vécu de nombreuses expériences où la raison me
conduisait à une conclusion, tandis que l'Esprit et la foi me
montraient un autre chemin. À mon avis, la mesure dans
laquelle quelqu'un peut entendre [ressentir] l'Esprit et a la foi de
suivre ses incitations dans le cadre des sujets dont je parlais dans
mon discours, est un des meilleurs indicateurs de foi et de
spiritualité. Ceci laisse évidemment beaucoup de place
à la raison pour intervenir, mais ne lui confère pas un
rôle équivalent dans le domaine de la connaissance de
Dieu, dans l'étude de ses commandements, et dans la
compréhension de la doctrine du Royaume. » (Lettre
de l'auteur en date du 27 avril 1989)
Si
ma conviction est correcte, à savoir que le raisonnement et la
révélation ne sont pas des partenaires égaux, la
question se pose de savoir si l'un domine toujours l'autre ?
Quelques-uns ont suggéré que la raison est toujours
dominante. De ceci résulte que nous perdons foi en tout ce qui
ne peut être prouvé par la raison. D'autres ont insisté
sur le fait que ce qu'on appelle « révélation »
doit toujours prévaloir, quoi que dicte le raisonnement.
Personnellement, je n'aime pas ces deux extrêmes. Il y a
certainement une meilleure explication de la relation entre le
raisonnement et la révélation, plus proche de la
vérité.
2.
Une souveraineté partagée
Une
autre approche consisterait à dire que dans certains sujets le
raisonnement est la manière la plus plausible d'acquérir
de la connaissance et que d'en d'autres, c'est la révélation.
Cette idée suppose une ligne de séparation dans le
monde de la connaissance. D'un côté la priorité
est donnée au raisonnement, de l'autre, à la
révélation. Cette conception a été
adoptée à la fois par les hommes d'Église et les
philosophes, bien qu'ils ne soient pas nécessairement d'accord
quand il s'agit de situer cette ligne.
Les
propos suivants du philosophe Mortimer J. Adler, parus dans un
article récent, illustrent cette idée. En décrivant
la religion comme « un acte pur de foi, qui ne peut être
soutenu ou défié par l'analyse rationnelle ou la
connaissance empirique du monde », il conclut :
« Dans toute l'étendue de notre compréhension
scientifique du monde telle qu'elle est acceptée actuellement,
je ne trouve rien qui amène une seule difficulté
nouvelle dans notre pensée à l'égard de Dieu, ou
qui présente un obstacle intellectuel à notre
affirmation de l'existence de Dieu. En résumé, ... rien
que je puisse apprendre par la science n'a d'incidence sur ma manière
de penser lorsque je me pose la question de savoir si Dieu, tel qu'il
est conçu, existe ou non. » (Mortimer J. Adler
Concerning God, Modern Man and Religion, Aspen Quarterly, Hiver 1990,
p. 100 et 110)
Sa
définition de la religion reposant sur sa foi permet à
Adler de rendre hommage à la religion tout en rejetant comme
simples « superstitions » des croyances et des
pratiques religieuses qui vont à l'encontre de ce qu'il
considère comme des faits scientifiquement prouvés. Son
analyse est un défi pertinent pour ceux dont la conviction
religieuse est principalement fondée sur l'héritage ou
sur les affinités culturelles. Il explique :
« En
voyant la croissance apparente de la laïcité ou de
l'irréligion dans notre société occidentale, je
suggère l'idée que les hommes et les femmes qui ont
abandonné la religion à cause de l'influence sur leur
esprit de la science et de la philosophie modernes n'étaient
pas, initialement, vraiment croyants, mais seulement superstitieux.
La prédominance de la science dans notre culture a remplacé
un grand nombre de croyances superstitieuses qui faisaient partie de
leur conviction religieuse... La progression de la laïcité
et de l'irréligion dans notre société n'est pas
le reflet de la diminution du nombre de personnes vraiment pieuses,
mais de celles qui sont faussement pieuses, c'est-à-dire qui
sont tout simplement superstitieuses. » (Idem, p. 112)
De
nombreux croyants font aussi une distinction entre le domaine de la
foi et celui des sciences, mais quelques-uns seraient sûrement
en désaccord sur l'emplacement et la manière dont Adler
trace la ligne de séparation entre ces deux domaines. Par
exemple, Robert J. Matthews, ancien doyen de l'Enseignement Religieux
à l'université Brigham Young, fait une distinction très
nette « entre ce que nous appelons la vérité
naturelle ou profane et la vérité spirituelle ».
Il explique :
« Jacob
dénonce vigoureusement le fait de placer sa confiance dans la
sagesse et les sciences du monde, en particulier lorsque ces
dernières empêchent quelqu'un de parvenir à une
connaissance de l'Évangile et de l'accepter, ou en détournent
ceux qui l'ont déjà. Le Livre de Mormon traite
fréquemment de l'antagonisme entre les sciences du monde et ce
qui vient de Dieu (voir, par exemple 2 Néphi 26-29 ;
Jacob 4:14)... Le Livre de Mormon fait donc une distinction
importante entre le profane et le spirituel. » (Robert J.
Matthews, A Bible ! A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft,
1990, p. 165 et 162)
Bien
qu'ils reconnaissent l'existence d'une séparation entre les
domaines profane et spirituel, le professeur Matthews et le
philosophe Adler ne s'entendraient sûrement pas sur
l'emplacement de la ligne qui les sépare. Adler part de ce que
la science a prouvé selon lui et il ne concède la
suprématie à la religion, que dans ce qui reste. Adler
insiste :
« Les
vérités de la religion doivent être compatibles
avec les vérités de la science et de la philosophie. Au
fur et à mesure que la connaissance scientifique progresse et
que l'analyse philosophique s'affine, la religion est progressivement
débarrassée des superstitions qui se sont accumulées
au gré des circonstances. Ceci étant, il est donc
aujourd'hui plus facile que jamais de croire en une religion plus
pure, précisément en raison des progrès qui ont
été faits par la science et la philosophie. Autrement
dit, c'est plus facile pour ceux qui veulent avoir une vision claire
et une pratique pure de la religion, mais pas pour ceux dont la
dépendance envers la religion n'est guère plus qu'une
adhésion servile à une tradition superstitieuse. Depuis
les origines, un petit nombre seulement est parvenu à une
religion pure. La vaste majorité de ceux qui donnèrent
à leur époque et à leur société
l'apparence d'être religieux, étaient principalement et
essentiellement superstitieux. » (Mortimer J. Adler
Concerning God, Modern Man and Religion Aspen Quarterly, Hiver 1990,
p. 112-113)
En
revanche, le professeur Matthews attribue la suprématie du
raisonnement ou celle de la révélation en fonction du
domaine traité : « Des vérités
différentes sont perçues de différentes manières
par l'esprit de l'homme. Nous percevons la plupart des vérités
auxquelles nous sommes soumis dans la condition mortelle par nos sens
naturels, mais nous percevons certaines des vérités
nécessaires à la rédemption de notre âme
par la révélation, par l'intermédiaire du
Saint-Esprit. Nous comprenons ces vérités non seulement
par nos facultés intellectuelles mais grâce au
discernement spirituel. » (Robert J. Matthews, A Bible !
A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 162)
En
accord avec le professeur Matthews, je rejette bien sûr la
suggestion émise par Adler que chaque croyance ou pratique
religieuse allant à l'encontre de ce qu'il appelle « les
vérités de la science » est une superstition
qui doit être rejetée. Le monde des religions a
manifestement ses superstitions, mais, de la même manière,
le monde de la science a ses théories non valides et ses
preuves erronées. De même que la superstition peut se
déguiser en vérité religieuse, les théories
scientifiques et les preuves erronées peuvent se déguiser
en fait scientifique. Comme un commentateur saint des derniers jours
a remarqué :
« La
science est merveilleuse, mais reste limitée. Les théories
scientifiques changent, portant presque toujours la marque des
querelles entre factions. C'est la nature même de la
théorisation scientifique, à laquelle on ne peut
échapper. Il me semble essentiel que nous ne perdions pas de
vue cette limite, de crainte que la science n'en arrive à
'tromper même les élus'. À propos des étudiants
de l'université Brigham Young qui ont perdu leur témoignage
à cause de la théorie habile sur 'l'évolution de
l'homme', (répandue il y a une vingtaine d'années et
maintenant en complet désarroi, comme le montre la controverse
Leakey-Johanson), Nibley déplore : 'Il est triste de
constater combien de ces assertions qui ont éloigné de
l'Évangile quelques-uns de nos meilleurs étudiants se
sont avérées être complètement fausses ! »
(Charles L. Boyd, Forever Tentative, Dialogue, 22, Hiver 1989, p.
149, citant Hugh Nibley, Old Testament and Related Studies, Salt Lake
City, Deseret Book ; Foundation for Ancient Research and Mormon
Studies, 1986, p. 57)
Beaucoup
parmi ceux qui se sont égarés faute d'avoir su
discerner entre la science et la religion ont été
influencés par l'un ou l'autre des protagonistes qui essaie
d'occuper et de contrôler le terrain au-delà des limites
de sa spécialité : les hommes d'Église qui
se prononcent sur la science et vice versa. À mon avis, ces
deux genres d'extraterritorialité sont inappropriés.
Je
me souviens très bien du ressentiment que j'ai éprouvé
lorsqu'un acteur de renom, invité à l'université
Brigham Young pour faire part de ses idées à propos des
arts, fit un sermon sur la pollution de l'air causée par le
chauffage au charbon de l'université. Je ressens la même
chose chaque fois que quelqu'un utilise sa réussite ou son
expérience dans un domaine de connaissance pour donner de
l'ampleur et du poids à ses déclarations dans un tout
autre domaine.
Tous
les experts sont tentés de revendiquer leur savoir dans un
domaine qui n'est pas le leur, tel ce professeur de droit que
quelqu'un a décrit comme un expert en droit britannique quand
il était aux États-Unis et un expert en droit des
États-Unis quand il était en Grande Bretagne. Quiconque
prétend utiliser le savoir acquis dans un domaine pour émettre
des déclarations qui font autorité dans un autre
domaine, laisse supposer l'existence d'une unité de principes
entre ces domaines qu'il est facile d'avancer mais pas de démontrer.
La
manière de faire la distinction entre l'acquisition des
connaissances profanes et l'acquisition des connaissances
spirituelles m'est familière. Elle est à la base de mes
références fréquentes au caractère
essentiel de la révélation dans l'acquisition de la
connaissance spirituelle. Bien sûr, ces domaines ne sont pas
mutuellement exclusifs, la révélation étant
possible dans l'acquisition de la connaissance profane, et le
raisonnement étant essentiel dans l'acquisition de la
connaissance spirituelle. S'il est vrai que nous comprenons les
vérités profanes essentiellement par l'étude et
par le raisonnement, dans l'acquisition de la connaissance
spirituelle c'est la révélation qui a le dernier mot.
3.
La chronologie
Une
autre relation entre le raisonnement et la révélation
dans l'acquisition de la connaissance sacrée a été
décrite par la révélation moderne. Cette
relation est chronologique. L'étude et le raisonnement
viennent en premier. La révélation en second.
Nous
voyons cela dans la tentative d'Oliver Cowdery de traduire les
annales anciennes. Après qu'il ait échoué, le
Seigneur lui dit quelle en était la raison : il avait eu
« pour seul souci » de demander à Dieu.
Il aurait dû l'étudier dans son esprit et demander
ensuite si c'était juste. Ce n'est qu'après s'être
appliqué à étudier et à raisonner que le
Seigneur aurait confirmé ou infirmé la justesse de la
traduction qu'il proposait. Le texte n'aurait pu être rédigé
qu'après qu'il eut reçu cette révélation,
parce que, dit le Seigneur : « tu ne peux écrire
ce qui est sacré que si cela t'est donné de moi »
(D&A 9:7-9).
Cette
révélation enseigne que dans l'acquisition de la
connaissance spirituelle, le raisonnement n'est pas une alternative à
la révélation. L'étude et le raisonnement
peuvent permettre de trouver la vérité dans de nombreux
domaines, mais seule la révélation peut la confirmer.
L'étude et le raisonnement sont un moyen en vue d'une fin, et
cette fin est la révélation venant de Dieu.
Cette
relation chronologique est quelque peu comparable à la
procédure scientifique que j'ai apprise étant jeune. Je
travaillais en tant que technicien dans une petite station de radio.
Je possédais une licence de transmetteur-radio. Je savais que
le démarrage des amplificateurs était délicat.
D'abord, nous faisions préchauffer les filaments des lampes.
Ces filaments, semblables à ceux des ampoules électriques,
atteignaient la température requise au bout de trente
secondes. Alors seulement nous pouvions tourner l'interrupteur pour
passer en alimentation à haute tension, ce qui plaçait
le signal du transmetteur amplifié en « passage à
l'antenne ». Chaque étape était essentielle,
et chacune devait se faire dans un ordre correct. Autrement, il n'y
aurait pas de signal radio, et les lampes pourraient même être
sérieusement endommagées.
Cette
analogie avec la radio peut être appliquée au dispositif
de réception dont le Créateur a doté chacun
d'entre nous. D'abord, nous préchauffons le mécanisme
par l'étude et par le raisonnement. Puis nous sollicitons le
pouvoir de la révélation de façon à
recevoir la communication désirée.
La relation
chronologique entre le raisonnement et la révélation
Dans
la relation chronologique entre le raisonnement et la révélation,
il est important que le raisonnement ait le « premier
mot » et que la révélation ait le « dernier
mot ».
Dans
cette chronologie, le raisonnement peut fonctionner au maximum et
proposer une solution. De plus, alors que nous recherchons une
certitude ou d'autres conseils par la révélation, le
raisonnement peut servir d'étalon pour filtrer les
contrefaçons de la révélation et pour
authentifier la révélation véritable. Cette
recherche est nécessaire car, de même qu'il y a de
mauvais raisonnements, il y a également de fausses
révélations.
Les
premiers membres de l'Église rétablie furent mis en
garde à propos des dons spirituels, afin qu'ils ne soient pas
trompés (D&A 46:8). Le Seigneur définit les sources
de la tromperie par ces mots : « ...afin de ne pas
être séduits par des esprits mauvais, par des doctrines
de démons ou par les commandements des hommes, car certains
viennent des hommes et d'autres des démons » (D&A
46:7).
Boyd
K. Packer explique : « Toutes les inspirations ne
viennent pas de Dieu (voir D&A 46:7). Le malin a le pouvoir
d'interférer dans les canaux de la révélation et
d'envoyer des signaux conflictuels qui peuvent nous égarer et
apporter de la confusion. Il y a des incitations qui proviennent des
sources du mal et qui sont si parfaitement contrefaites qu'elles
trompent même les élus (voir Matthieu 24:24) »
(Boyd K. Packer, Let Not Your Heart Be Troubled, Salt Lake City,
Bookcraft, 1991, p. 212)
Le
résultat est que nous avons besoin du raisonnement pour
établir l'authenticité de la révélation.
Ensuite, une fois qu'elle est authentifiée, la vraie
révélation peut être communiquée sous ses
diverses formes et remplir ses diverses fonctions.
Par
ce moyen et dans cette chronologie, le raisonnement filtre la
révélation, puis la révélation confirme
ou rejette le raisonnement. En ce qui concerne la connaissance
sacrée, le fait que le raisonnement ait le premier mot a
autant d'importance que le fait que la révélation ait
le dernier mot. Je crois que ceci est une des significations du
commandement du Seigneur à son peuple de chercher « la
science par l'étude mais aussi par la foi » (D&A
88:118).
La raison authentifie
la révélation
Il
y a au moins trois tests que la raison peut utiliser comme étalon
pour vérifier l'authenticité de la révélation.
La vraie révélation passera avec succès les
trois tests et la fausse révélation (dont la source
provient « des hommes » et « du
diable ») échouera au moins à l'un d'entre
eux.
1.
La vraie révélation édifie celui qui la reçoit.
En conséquence elle doit être formulée par des
mots qui sont cohérents ou par un sentiment dont le message
peut être compris par celui qui est spirituellement réceptif.
L'apôtre
Paul enseigna ce principe à ceux qui comparaient le don des
langues au don de prophétie. « Puisque vous aspirez
aux dons spirituels, que ce soit pour l'édification de
l'Église que vous cherchiez à en posséder
abondamment... Que tout se fasse pour l'édification »
(1 Corinthiens 14:12, 26).
Dans
une révélation moderne donnée pour instruire les
saints sur la manière de faire la distinction entre les
révélations du Seigneur et celles des « faux
esprits qui s'en sont allés parcourir la terre pour séduire
le monde » (D&A 50:2), le Seigneur déclara :
« Ce qui n'édifie pas n'est pas de Dieu et est
ténèbres » (D&A 50:23). De même,
Joseph Smith, le prophète, enseigna aux membres : « Ne
parlez pas en langues s'il n'y a pas d'interprète présent »
(Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par
Joseph Fielding Smith, Église de Jésus-Christ des
saints des derniers jours, 1981, p. 199). Les glossolalies et autres
communications incohérentes ne peuvent pas être des
révélations de Dieu.
Le
test de l'édification comme moyen de filtrer les révélations
fausses et trompeuses de Satan a été réaffirmé
à Joseph Smith, le prophète, dans une révélation
ultérieure. Cette révélation précise
également d'autres tests qui ont un lien entre eux : la
prière, l'esprit contrit, le langage doux, le respect des
ordonnances de l'Évangile et le contrôle de soi.
« De
plus, je vais vous donner un exemple en toutes choses afin que vous
ne soyez pas séduits ; car Satan est en liberté
dans le pays et il s'en va, séduisant les nations - C'est
pourquoi, celui qui prie, dont l'esprit est contrit, celui-là
est accepté de moi, s'il obéit à mes
ordonnances.
Celui
qui parle, dont l'esprit est contrit, dont le langage est humble et
édifiant, celui-là est de Dieu, s'il obéit à
mes ordonnances. Et de plus, celui qui tremble sous mon pouvoir sera
rendu fort et produira des fruits de louange et de sagesse, selon les
révélations et les vérités que je vous ai
données. Et de plus, celui qui est vaincu et ne porte pas de
fruits, à savoir selon cet exemple, n'est pas de moi »
(D&A 52:14-18).
L'application
de ces tests pour évaluer et authentifier la révélation
ou l'inspiration implique bien sûr que la personne qui reçoit
la révélation doit utiliser les techniques de l'étude
et du raisonnement.
2.
Le contenu d'une vraie révélation doit être en
fonction du poste occupé dans l'Église et des
responsabilités de la personne qui la reçoit. Le
Seigneur enseigna ce principe à l'Église au début
du rétablissement par une révélation qui
expliquait à Oliver Cowdery que personne n'était nommé
pour recevoir des révélations et des commandements pour
l'Église entière excepté Joseph Smith, le
prophète : « Car tout doit se faire avec
ordre. » Les révélations reçues par
un membre de l'Église, Hiram Page, étaient des
tromperies de Satan. « Car, voici, il n'a pas été
chargé de faire cela » (D&A 28:13, 12).
Quelques
mois plus tard, une autre révélation réaffirma
aux anciens de l'Église que « les révélations
et les commandements » seraient reçus uniquement
par le prophète que le Seigneur avait nommé, et que
« nul autre ne sera nommé à ce don si ce
n'est par son intermédiaire ». Ceux qui seraient
choisis par le Seigneur pour exercer ce don « entrer[ont]
par la porte et ser[ont] ordonné[s] comme je vous l'ai dit
précédemment » - excluant ainsi la
possibilité de nominations ou d'appels secrets pour recevoir
la révélation. « Et ceci sera une loi pour
vous, pour que vous n'acceptiez pas comme révélations
et commandements les enseignements de quiconque viendra devant vous.
Et ceci, je vous le donne, afin que vous ne soyez pas séduits
afin que vous sachiez qu'ils ne sont pas de moi » (D&A
43:2-7).
Selon
ces principes, les révélations pour une paroisse
viennent à l'évêque ; celles pour une
famille viennent à son chef ; et celles destinées
à une personne lui viennent directement. Quelqu'un ne reçoit
pas de révélation pour son voisin, et celui qui n'a pas
été publiquement appelé et mis à part
selon le gouvernement et les procédures de l'Église ne
reçoit pas de révélations pour commander ou
guider l'Église ou un groupe de ses membres. Un des indices
les plus sûrs pour identifier les fausses révélations
(celles émanant d'hommes ou du diable) est que leur contenu,
analysé par le raisonnement, est transmis par des canaux
autres que ceux prescrits par le Seigneur.
3.
La vraie révélation doit être en accord avec les
principes de l'Évangile tels qu'ils sont révélés
dans les Écritures et dans les enseignements des prophètes.
Le Seigneur ne donnera pas de révélation en
contradiction avec les principes de l'Évangile. Sa maison est
une maison d'ordre.
Des
révélations peuvent s'ajouter à l'ensemble de la
connaissance de l'Évangile déjà reçu
(« ligne sur ligne, précepte sur précepte »
- D&A 98:12), guider les dirigeants dans l'exercice de leur
responsabilité dans l'Église, ou aider les membres de
l'Église à mettre en pratique les principes de
l'Évangile dans des situations particulières. Le
Seigneur peut, de lui-même, ou par l'intermédiaire de
son porte-parole désigné, changer les ordonnances et
les pratiques de son Église. Le Sauveur révoqua
personnellement la loi des offrandes et des sacrifices par effusion
de sang (3 Néphi 15:3-9), et commanda à son peuple
d'offrir le sacrifice d'un coeur brisé et d'un esprit contrit
(3 Néphi 9:19-20 ; D&A 59:8). Pierre reçut
une révélation l'informant que l'Évangile
devrait dorénavant être prêché aux Gentils
(Actes 10). Joseph Smith et Brigham Young furent guidés pour
introduire et mettre en pratique le principe du mariage plural, puis
Wilford Woodruff fut guidé pour le retirer. Mais le Seigneur
ne donnera jamais aux membres individuels de révélations
qui contrediront les doctrines de son Église ou les
instructions données par l'intermédiaire de ses
dirigeants. Le président Spencer W. Kimball a déclaré :
« Si quelqu'un reçoit des révélations,
ce à quoi chacun peut s'attendre s'il en est digne, elles
seront toujours en plein accord avec le programme de l'Église ;
elles n'iront jamais à son encontre. » (The
Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt
Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)
Les limites de
l'évaluation par le raisonnement
Bien
que le raisonnement puisse, de manière appropriée,
évaluer certains aspects de la révélation, sa
fonction devrait se limiter à établir la véracité
ou l'authenticité (la source) d'une révélation.
Si le test du raisonnement va au-delà, il peut devenir un
frein à l'acceptation des commandements de Dieu. Ainsi, quand
l'apôtre Paul enseigna la résurrection aux Athéniens,
certains se moquèrent de lui, visiblement parce qu'ils
croyaient que les conclusions du raisonnement ne pouvaient pas être
remises en question (Actes 17:32). De ce point de vue, qu'il n'est
pas rare de trouver parmi les intellectuels, la philosophie a le pas
sur la prophétie et le raisonnement sur la révélation.
Tout
comme nous devons mettre des limites à l'utilisation du
raisonnement pour contrôler l'authenticité de la
révélation, nous devons aussi être conscients de
ces limites dans l'évaluation du comportement des personnes
suite à une révélation. Comme Boyd K. Packer l'a
observé : « On ne peut pas parler de façon
précise et objective de l'histoire de l'Église, sans
tenir compte des pouvoirs spirituels qui soutiennent cette oeuvre »
(The Mantle Is Far, Far Greater Than the Intellect, dans Packer, Let
Not your Heart Be Troubled, p. 104). Si nous essayons d'évaluer
un comportement motivé par la foi uniquement en termes
rationnels, nous déformons la réalité. On
constate cette erreur dans quelques écrits sur l'histoire du
mormonisme.
Le
président Gordon B. Hinckley parla de cette erreur lorsqu'il
répondit à la critique qui dit que l'Église est
opposée au raisonnement et au rationalisme dans les récits
de son histoire : « Ils n'ont pas compris que la
religion concerne le coeur tout autant que l'intelligence. Ceux qui
nous critiquent ont perdu de vue la gloire et le miracle de cette
oeuvre. Dans leur recherche de la moindre erreur, ils ne voient pas
la majesté du grand déroulement de cette cause. Ils ont
perdu de vue l'étincelle qui fut allumée à
Palmyra et qui maintenant anime la foi à travers le monde,
dans de nombreux pays et dans de nombreuses langues. Regardant à
travers les lunettes de l'humanisme, ils ne comprennent pas que les
émotions spirituelles, renforcées par la connaissance
qu'elles viennent du Saint-Esprit, avaient influencé tout
autant les actions de nos prédécesseurs que leurs
facultés intellectuelles. » (Gordon B. Hinckley,
Faith, the Essence of True Religion, Salt Lake City, Deseret Book,
1989, p. 76)
En
résumé, les dirigeants de l'Église ne se sont
pas opposés à l'utilisation du raisonnement dans les
récits de l'histoire de l'Église mais à
l'omission de la révélation.
La révélation
surpasse le raisonnement
Tout
comme le raisonnement a le premier mot en matière de
connaissance sacrée, c'est la révélation qui a
le dernier mot. Nous ne pouvons pas recevoir la connaissance de Dieu
sans l'Esprit de Dieu (voir 1 Corinthiens 2:11).
Comme
le président Harold B. Lee l'a dit : « Les
révélations divines sont les critères par
lesquels nous mesurons toute connaissance, et si quelque chose n'est
pas conforme aux révélations nous pouvons être
certains qu'il ne s'agit pas de la vérité »
(Harold B. Lee, Stand Ye in Holy Places, Salt Lake City, Deseret
Book, 1974, p. 143). Je crois que c'est ce que le prophète du
Livre de Mormon voulait dire quand il déclara : « Être
instruit est une bonne chose si on écoute les conseils de
Dieu » (2 Néphi 9:29).
Ceux
qui s'appliquent à l'étude et au raisonnement dans le
domaine du sacré, mais qui ensuite ignorent ou rejettent la
conclusion de l'étape primordiale qu'est la révélation,
peuvent être comme les prêtres que le prophète
Abinadi dénonça pour « avoir perverti les
voies du Seigneur » parce qu'ils ne s'appliquaient point
le « coeur à comprendre » (Mosiah 12:26-27). En parlant de telles personnes le Seigneur a dit : « Ils
ne voient pas la lumière et détournent leur coeur de
moi à cause des préceptes des hommes » (D&A
45:29).
Conclusion
Il
nous est commandé de rechercher la connaissance par l'étude,
c'est-à-dire le raisonnement, et par la foi, c'est à
dire en s'appuyant sur la révélation. Les deux méthodes
sont approuvées par Dieu. Il utilise ces deux méthodes
pour révéler la lumière et la connaissance à
ses enfants. Mais quand on en vient à la connaissance de Dieu
et des principes de son Évangile, nous devons donner la
priorité à la révélation car cela est la
voie divine.
Les
saints des derniers jours aiment à citer la déclaration
de Joseph Smith, le prophète : « L'homme n'est
pas sauvé plus vite qu'il n'acquiert de la connaissance »
(Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par
Joseph Fielding Smith, Église de Jésus-Christ des
saints des derniers jours, 1981, p. 175). Cette citation est
quelquefois utilisée pour suggérer que l'acquisition de
la connaissance est, par elle-même une activité qui
sauve, et que tous les hommes doivent apprendre toutes choses pour
être sauvés. Ce n'est pas ce que le prophète a
dit. Dans le contexte de cette déclaration, elle faisait
référence à une connaissance précise,
obtenue d'une manière précise.
Dans
la suite de sa phrase, le prophète explique que sans la
connaissance, un homme sera « conduit en captivité »
par quelque mauvais esprit qui aura « plus de connaissance
et par conséquent plus de pouvoir ». La phrase
suivante résume la pensée du prophète :
« Il faut par conséquent la révélation
pour nous aider et nous donner la connaissance des choses de Dieu »
(Idem ; voir aussi D&A 130:19). Cette déclaration
nous éclaire sur le genre de connaissance qui sauve et sur la
méthode par excellence que nous devons utiliser pour
l'obtenir.
L'étude
et le raisonnement jouent aussi un rôle important dans
l'acquisition des connaissances spirituelles. Ceux qui recherchent la
vérité commencent par étudier la parole de Dieu
et les enseignements de ses serviteurs et essaient de les comprendre
par le raisonnement. Le raisonnement peut établir
l'authenticité de la révélation et de
l'inspiration en les évaluant par les questions tests :
est-ce qu'elles édifient, rentrent-elles dans le cadre du
poste détenu dans l'Église et sont-elles conformes aux
principes de l'Évangile ? Mais le raisonnement n'a pas sa
place dans le fait d'évaluer, selon certains critères
supposés raisonnables, le contenu de la révélation
en vue de l'accepter ou de le rejeter. La révélation a
le dernier mot.
Malheureusement,
certains partisans de l'acquisition de la connaissance par le
raisonnement rejettent la méthode de la révélation.
Quand les hommes apprirent qu'ils pouvaient acquérir la
connaissance par le raisonnement, c'est-à-dire par
l'observation et l'expérimentation, certains en tirèrent
la conclusion logique mais erronée que la connaissance ne
pouvait être acquise que par ce moyen. Leurs disciples
persistent encore aujourd'hui dans cette idée, rejetant la
réalité de tout ce qu'ils ne peuvent mesurer par leurs
méthodes.
À
l’opposé, le Seigneur a déclaré que « nul
ne connaît [les voies de Dieu] si cela ne lui est révélé »
(Jacob 4:8). Puis il a exposé dans les grandes lignes les
conditions de l'apprentissage par la révélation :
avoir la foi, être humble, chercher par la prière,
garder les commandements, se repentir de ses péchés,
faire de bonnes oeuvres et lire les Écritures. Ceux qui sont
capables d'apprendre par cette méthode peuvent se qualifier
pour ce qui peut être appelé la révélation
par excellence.
Dans
la révélation moderne, le Seigneur a promis que « les
clefs du mystère de ces choses qui ont été
scellées... depuis la fondation du monde » (la
plénitude de l'Évangile) seront données « par
le Consolateur, le Saint-Esprit qui connaît toutes choses »
(D&A 35:18-19). Il s'agit de la révélation par
excellence. Elle viendra par le Saint-Esprit, et non par l'étude
intellectuelle ni par le raisonnement humain. Quand elle viendra,
elle révélera à ceux qui craignent Dieu et qui
le servent « tous les mystères, oui, toutes les
choses de mon royaume tenues secrètes depuis les temps
anciens, et, pendant les âges à venir » (D&A
76:7). « Oui, en vérité, je vous le dis, ce
jour où le Seigneur viendra, il révélera tout »
(D&A 101:32). Ce jour-là, tel que l'a prédit Ésaïe,
« la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur »
(Ésaïe 11:9 ; 2 Néphi 21:9, voir aussi
D&A 84:98).
Ceux
qui reçoivent cette révélation sont ainsi
décrits : « Leur sagesse sera grande et leur
intelligence atteindra les cieux ; et devant eux la sagesse des
sages périra, et l'intelligence des hommes intelligents
disparaîtra. Car je les éclairerai de mon Esprit et je
leur ferai connaître par ma puissance les secrets de ma
volonté, oui, même ce que l'oeil n'a point vu, que
l'oreille n'a point entendu, et qui n'est pas encore entré au
coeur de l'homme » (D&A 76:9-10).
Après
avoir reçu la grande révélation sur les trois
degrés de gloire, Joseph Smith et Sidney Rigdon écrivirent
ces paroles inspirées : « Grandes et
merveilleuses sont les oeuvres du Seigneur et les mystères de
son royaume qu'il nous a montrés et qui surpassent tout
entendement en gloire, en puissance et en domination ; Qu'il
nous a commandé de ne pas écrire pendant que nous
étions encore dans l'Esprit et qu'il n'est pas permis à
l'homme d'exprimer. Et l'homme n'est pas à même de les
faire connaître ; car ils ne peuvent être vus et
compris que par le pouvoir du Saint-Esprit que Dieu accorde à
ceux qui l'aiment et se purifient devant lui » (D&A
76: 114-116).
En
des termes inspirés, Joseph Smith, le prophète,
décrivit le Seigneur déversant « la
connaissance des cieux sur la tête des saints des derniers
jours » (D&A 121:33). Tel est le fruit de la
révélation : l'enseignement du Saint-Esprit. Tel
est l'héritage du fidèle qui cherche « la
science par l'étude et aussi par la foi » (D&A
88:118).
(Dallin H. Oaks, The Lord's Way, Deseret Book, 1991 ;
À la manière du Seigneur,
Éditions
françaises LDS, 2008, chapitre 2)