Science
et religion
Joseph
F. Merrill (1868-1952)
Membre
du Collège des Douze de 1931 à 1952
Combien
de fois voyons-nous ce titre constitué par ces deux noms
juxtaposés ! Quelquefois ils cheminent côte-à-côte
comme de joyeux compagnons oeuvrant pour la cause de la vérité ;
d’autres fois, un antagonisme déclaré les sépare,
le plus ancien essayant de détruire le dernier venu. De fait,
des positions variées sont nombreuses entre ces deux extrêmes.
Quelques
scientifiques soutiennent que la doctrine de l'évolution
organique réduit à néant la véracité
et l’influence de la Bible. II en est d’autres qui
considèrent l’évolution comme un moyen ordonné
par une intelligence suprême pour le développement de la
vie, y compris celle de I’homme, le temps nécessaire
étant de longue durée. II y en a d’autres encore
qui voient dans l’évolution le processus normal de
création du monde et des plus basses formes de la vie, mais
qui regardent l’homme comme une créature à part,
placée sur la terre à une époque relativement
récente de son histoire. II est probable que la grande
majorité des penseurs prenant la science pour base, peuvent
être comptés dans ce groupe.
Mais
il est bien connu aussi qu’il y a beaucoup de personnes, parmi
lesquelles certaines ont à leur actif des études
sérieuses et approfondies, qui rejettent totalement les
principes de l'évolution organique et acceptent de façon
plus ou moins littérale l’exposé biblique de la
création, tel qu’il est écrit dans la Genèse.
Pour ces personnes, le point de vue évolutionniste est
incompatible avec les enseignements de la Bible.
Cependant,
il en est beaucoup d’autres qui n’ont pas d’opinion
définie sur le processus de la création et qui se
contentent de mettre la question de côté, laissant les
autres en discuter.
Dans
ce dernier groupe, il y a à la fois des gens religieux et non
religieux, des théistes et des athées. Les faits de la
nature, tels que les savants les ont découverts, sont
toutefois acceptés par tous les chercheurs sincères de
la vérité. C’est seulement vis-à-vis de
l'interprétation de ces faits qu’il existe des
divergences de vue. Ils seraient volontiers d’accord pour
dire :
La vérité
est vérité, où qu'elle se découvre, au ciel,
en mer, aux champs comme au Palais du Louvre.
Aux
chercheurs de la vérité, la science a rendu un service
incalculable, sans lequel notre civilisation en serait encore à
un état primitif. Par conséquent, la religion, définie
comme étant un moyen de vivre une vie de progression, doit
beaucoup aux recherches de la science.
Par
la science, nous avons appris à connaître l'ordre et les
lois qui existent dans l'oeuvre de la création. II n’y a
pas de contradiction sur ce point.
Pour
la plupart des gens, elle apparaît comme une preuve irréfutable
de l'existence d’une suprême intelligence, toute
puissante et créatrice, que les hommes appellent Dieu.
Pour
se rapporter aux lois mathématiques des possibilités,
il n'y a pas une seule chance sur un milliard que l'Univers, tel que
la science l'a fait connaître, puisse avoir été
organisé sans un créateur. Ce fait est réconfortant
pour l'homme religieux et la science le conforte dans ses croyances.
Pour
beaucoup de gens qui considèrent les choses ainsi, la science
vient à l'appui de la théologie chrétienne.
D’autre part, il y a des gens qui, en interprétant les
faits scientifiques selon leur compréhension, croient se
justifier en rejetant cette théologie. Et dans ce sens, des
conflits s’élèvent entre la science et la
théologie, selon la compréhension qu'en ont leurs
partisans. Mais logiquement pensant, il est de toute évidence
qu’il ne saurait y avoir le moindre conflit entre une vérité
et une autre vérité.
Par
conséquent, en tant que la théologie est vraie et en
tant que l'interprétation des faits scientifiques est
correcte, il ne peut y avoir aucun conflit entre la théologie
et la science. Même ainsi, la science ne peut pas prouver la
théologie. C’est un fait certain que deux plus deux font
quatre et que, d'autre part, la terre est ronde. Mais un fait ne
prouve pas l'autre. Le premier est du domaine des mathématiques,
l'autre est du domaine de la géographie. Ainsi une vérité
scientifique ne peut pas servir de fondement à une vérité
théologique.
Les
théologiens ne doivent pas s’attendre à trouver
un grand secours dans la science pour établir leurs vérités,
au-delà de la grande vérité fondamentale que
Dieu existe. Un espace de séparation très grand se
trouve entre d'un côté la science et de l'autre la
théologie et le royaume spirituel auquel elle donne accès,
un royaume que les outils et méthodes scientifiques n’ont
pas le pouvoir d’explorer.
Si
les théologiens aussi bien que les scientifiques en arrivaient
à une sincère constatation de ce fait, il n’y
aurait plus de conflit entre science et religion ; il
disparaîtrait de l'arène des rivalités humaines.
La
science ne peut pas prouver que Dieu n’existe pas. Tous les
athées devraient convenir de ce fait ; mais la science a,
par les connaissances qu’elle lui a apportées, mis
l'homme en face de nombreuses probabilités de l'existence de
Dieu, fait fondamental de la théologie.
La
science ne peut pas fournir la preuve de l'impossibilité d’une
résurrection après la mort. Des témoignages
humains indéniables prouvent que Jésus de Nazareth fut
vainqueur du tombeau, seconde vérité importante de la
théologie.
La
science ne peut infirmer la réalité de la révélation
divine, mais il y a quantité de témoignages se reliant
par leurs faits, montrant que la révélation, roc sur
lequel I’Église est bâtie, est la vérité.
Ainsi,
la science ne peut pas battre en brèche les principes
fondamentaux de la théologie de I’Église de
Jésus-Christ des saints des derniers jours.
Pour
les conflits qui peuvent exister entre les enseignements de l'Église
et les conceptions de quelques savants, il n’est pas nécessaire
de nous tourmenter, le temps arrangera cela. Au-delà du voile,
beaucoup d’entre nous verrons clairement les choses qui sont
encore maintenant incompréhensibles pour nous. La science ne
pourra jamais détruire notre théologie. Et nous pouvons
être sûrs des satisfactions qu’apportent la vie
juste et la prière fervente.
(L'Étoile,
mars 1935, p. 69-71)