Les preuves scientifiques et la foi


Dallin H. Oaks

Président de l'université Brigham Young de 1971 à 1980
Juge à la cour suprême d’Utah de 1980 à 1984
Membre du collège des Douze depuis 1984




1. Les signes et la science
2. Les signes dans la Bible
3. Les signes dans la révélation moderne
4. Les signes sont lourds de conséquences
5. La conversion par les signes
6. Les preuves scientifiques et la foi
7. Le rôle des signes et leur diffusion
8. Conclusion




Les signes et la science

Pour avancer dans la connaissance, la science utilise les méthodes de l’expérimentation et de la constatation, telles que l’observation, la mesure et l’analyse. À l’opposé, les Écritures donnent un avertissement à ceux qui recherchent des signes pour déterminer la vérité religieuse. Ceci est un exemple des différences significatives qui existent entre les voies du Seigneur et celles du monde.

Les signes dont il s’agit ici sont ceux recherchés ou donnés comme preuve de l’existence de Dieu, de l’autorité de ses serviteurs ou des vérités de son Évangile (les Écritures utilisent aussi le mot signe dans d’autres sens, comme le sabbat, signe de l’alliance entre Dieu et Israël [Exode 31:13,17 ; Ézéchiel 20:12,20], les signes de la naissance et de la mort du Messie [Luc 2:12 ; 1 Néphi 19:10 ; Hélaman 14:20], les signes les signes de la Seconde Venue [D&A 45:16,39] et les signes des temps [Matthieu 16:3 ; D&A 68:11]).

Vues dans leur ensemble, les Écritures contiennent des enseignements et des exemples apparemment opposés à propos des signes qui peuvent être utilisés comme preuve. Mais les instructions données à l’Israël moderne sont simples : les signes ne sont pas acceptables pour convertir ; ils sont acceptables – et même promis – pour apporter une confirmation aux convertis.


Les signes dans la Bible

L’Ancien Testament contient des exemples mémorables de miracles qui sont considérés comme des signes. C’est le cas des divers fléaux que le Seigneur a infligés aux Égyptiens par l’intermédiaire du prophète Moïse (voir Exode 7-10). Ces signes et ces miracles furent rappelés plus tard aux enfants d’Israël pour augmenter leur foi (Deutéronome 6:22 ; 26:8). Gédéon demanda et reçut un signe lui prouvant qu’il était choisi pour délivrer Israël (Juges 6:17).

Un autre exemple de miracle bien visible donné sous la forme d’un signe fut l’affrontement entre Élie et les 450 prêtres de Baal. L’évidence de ce signe est manifeste dans le défi d’Élie : « Invoquez le nom de votre Dieu ; et moi, j’invoquerai le nom de l’Éternel. Le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui sera Dieu. Et tout le peuple répondit disant : C’est bien ! » (1 Rois 18:24). Le feu céleste qui consuma le sacrifice vint en réponse à la prière d’Élie. Les prêtres de Baal défaits, non seulement échouèrent dans leur défi, mais perdirent aussi la vie.

Les signes semblent être considérés différemment dans le Nouveau Testament. Malgré les nombreux miracles que Jésus accomplit pendant son ministère, dans la plupart des cas les récits sacrés ne présentent pas les miracles comme des signes prouvant l’autorité ou la vérité religieuse.

À deux reprises, au début de son ministère, le Sauveur fut tenté par Satan qui le défia de faire un miracle pour prouver qu’il était le Fils de Dieu. Les deux fois, Jésus refusa (Matthieu 4:1-11 ; Luc 4:1-13).

Pendant le ministère du Sauveur, les scribes et les Pharisiens lui dirent : « Maître, nous voudrions te voir faire un miracle ». (Matthieu 12:38 ; voir aussi 1 Corinthiens 1:22). Les Pharisiens et les Sadducéens « lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel » (Matthieu 16:1). À chaque fois, il refusa de leur donner un signe, déclarant que c'était une génération méchante et adultère qui « demande un miracle » (Matthieu 12:39 ; 16:4 ; voir aussi Marc 8:11,12 ; Luc 11:29).

La plupart des auteurs des évangiles, même lorsqu'ils décrivent les miracles de Jésus, rapportent ses instructions ou ses actions qui ont pour objet d’empêcher que ses miracles ne soient utilisés comme preuve de son appel divin, de son autorité ou de la véracité de son message. Quand Jésus guérit le lépreux, il lui ordonna : « Garde-toi d'en parler à personne » (Matthieu 8:4; Marc 1:44; Luc 5:14). Quand il guérit les foules de Galilée, il « leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître » (Matthieu 12:16 ; Marc 3:12). Quand il ramena à la vie la fille du chef de la synagogue, « il ne permit à personne d'entrer avec lui, sauf à Pierre, à Jacques et à Jean, et au père et à la mère de l'enfant », et « il leur recommanda de ne dire à personne ce qui était arrivé » (Marc 5:37-43 ; voir aussi Luc 8:51-56).

Lorsque Jésus guérit le sourd, il « le prit à part loin de la foule », et ensuite « il leur recommanda de n'en parler à personne » (Marc 7:33-36). Avant que Jésus ne guérisse l'aveugle, « il le conduisit hors du village », et après avoir rendu la vue à l'homme, il lui dit : « N'entre pas au village » (Marc 8:23-26).

À l’opposé, lorsque dans le pays des Gadaréniens Jésus chassa la légion de démons hors de l'homme, il lui dit de raconter à ses amis les grandes choses que le Seigneur avait faites pour lui (Marc 5:19; Luc 8:39). Peut-être était-ce suite à la demande de la foule que Jésus quitte leur pays (Matthieu 8:34 ; Marc 5:17 ; Luc 8:37).

Mais lorsque les évangiles synoptiques ne présentent pas les miracles du Maître comme étant accomplis pour convaincre l'incroyant, ils notent que le peuple qui les avait vus était saisi de crainte, s'émerveillait, glorifiait ou louait Dieu (voir par exemple Matthieu 9:8, 32, 33 ; 12:22,23 ; Marc 1:26,27; 2:12; Luc 4:36,37 ; 5:26; 7:16 ; 9:43 ; 18:43).

Les auteurs des synoptiques rapportent qu'à une certaine occasion le Seigneur fit référence aux miracles passés, mais apparemment il les présenta comme un signe pour fortifier la foi vacillante de ceux qui croyaient déjà. Les disciples de Jean-Baptiste demandèrent à Jésus s'il était bien celui qui devait venir. Il leur dit de retourner vers Jean et de lui rapporter comment ils avaient vu les aveugles voir à nouveau, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre et les morts ressusciter (Matthieu 11:2-6 ; Luc 7: 18-23).

Vers la fin de son ministère, alors que le Sauveur était sur la croix du Calvaire, les grands prêtres et les autres demandèrent à nouveau un signe, se moquant de lui en lançant ce défi : « S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27:42 ; voir aussi Marc 15:29-32 ; Luc 23:35-37). Ce défi moqueur, comme beaucoup d'autres, resta sans réponse.

À l’opposé des évangiles synoptiques, l'évangile de Jean présente parfois les miracles de Jésus comme des signes pour les incroyants. Peut-être s'agit-il d'une présentation différente pour un autre auditoire. Les évangiles de Matthieu, Marc et Luc semblent avoir été écrits pour les incroyants, comme un livre missionnaire adressé respectivement aux Juifs, aux Romains et aux Grecs (voir C. Wilfred Griggs, The Testimony of John, dans Studies in Scripture, Ed. Kent P. Jackson et Robert L. Millet, 5, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p. 111 ; Bruce R. McConkie, Doctrinal New Testament Commentary, vol. 1, Salt Lake City, Bookcraft, 1973, p. 65). Il aurait été inapproprié de présenter à cet auditoire les miracles comme des signes destinés à convertir l'incroyant. L'évangile de Jean, au contraire, a été écrit pour les saints (Idem), c'est-à-dire des croyants dont la foi pouvait être fortifiée de façon appropriée, à savoir en présentant les miracles comme des signes.

Le livre de Jean rapporte plusieurs exemples où le Sauveur a dit que les oeuvres qu'il accomplissait témoignaient de lui (Jean 5:36 ; 10:25). À la dernière de ces occasions, il dit : « Quand même vous ne me croiriez pas, croyez à ces oeuvres » (Jean 10.38).

Jean identifie le changement de l'eau en vin à Cana comme étant « le premier des miracles [qui manifestèrent] la gloire de [Jésus] ; et ses disciples crurent en lui » (Jean 2:11) Peu après, quand Jésus était à Jérusalem « à la fête de la Pâques, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » (Jean 2:23).

Quand il vint voir Jésus, Nicodème dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui » (Jean 3:2). À Capernaüm, Jésus dit à l'officier qui lui demandait de guérir son fils malade : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point ». Ensuite, il guérit le fils, et l'officier et toute sa maison crurent (Jean 4:48-53). À l'inverse, quand Jésus guérit l'aveugle de naissance, les Pharisiens constatèrent la preuve et ne crurent toujours pas (Jean 9:1-34).

Le livre de Jean décrit un miracle que le Sauveur accomplit sachant qu'il persuaderait le peuple de croire. En présence d'une grande foule, il ramena Lazare à la vie. « Des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit Jésus, crurent en lui » (Jean 11:40-45).

À la fin de son récit, Jean écrit, apparemment aux croyants, « Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie éternelle » (Jean 20:30, 31).

Il y a de nombreux exemples dans le reste du Nouveau Testament où les apôtres cherchèrent à renforcer la foi des croyants ou à convertir les incroyants en faisant référence aux signes et aux prodiges précédemment accomplis par le Sauveur ou par son autorité.

Dans son sermon, le jour de la Pentecôte, Pierre rappela au peuple que Jésus était « un homme à qui Dieu avait rendu témoignage... par les miracles, les prodiges et les signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes » (Actes 2:22 ; voir aussi Jean 2:19-22).

Paul rappela aux Corinthiens que « les preuves de mon apostolat ont éclaté au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles » (2 Corinthiens 12:12). Selon l'épître aux Hébreux, Dieu appuya le témoignage des Apôtres « par des signes, des prodiges et divers miracles, et par les dons du Saint-Esprit, selon sa volonté » (Hébreux 2:4).

Le Livre de Mormon aussi rapporte des cas où les prophètes utilisèrent les signes ou les miracles dans le processus de la conversion. Parmi la génération précédant le Christ, il y eut beaucoup de grands miracles et de grandes manifestations qui convertirent la plupart des Lamanites « par la force des preuves qu'ils avaient reçues » (Hélaman 5:50). Néphi parla à la foule du meurtre de leur grand juge et de l'identité du meurtrier et les présenta comme un signe pour les convaincre qu'il était « un honnête homme… envoyé par Dieu » (Hélaman 8:27; 9:24-36). Plus tard, il « [montra] des signes et des prodiges; faisant des miracles parmi le peuple, afin qu'il sût que le Christ viendrait bientôt » (Hélaman 16:4).


Les signes dans la révélation moderne

Dans son ensemble, la Bible semble quelque peu ambiguë pour savoir si les signes devaient être utilisés pour convertir l'incroyant. À l’opposé, la révélation moderne interdit cela parce que les signes ne devraient pas être recherchés ni utilisés dans ce but.

Le Seigneur déclara aux membres de son Église rétablie : « Il en est parmi vous qui recherchent des signes, et il y a eu des gens comme cela dès le commencement » (D&A 63:8). Mais l'acquisition de la foi au moyen de signes n'est pas la voie divine, parce que « la foi ne vient pas par les signes mais les signes suivent ceux qui croient ». Le Seigneur continue : « Oui, les signes viennent par la foi, pour l'accomplissement de grandes oeuvres, car sans la foi, nul n'est agréable à Dieu ; et ceux contre qui Dieu est irrité ne lui sont pas agréables ; c'est pourquoi à ceux-là il ne montre aucun signe, si ce n'est dans sa colère pour leur condamnation. C'est pourquoi, moi, le Seigneur, je ne suis pas satisfait de ceux d'entre vous qui ont cherché des signes et des prodiges pour avoir la foi et non pour le bien des hommes en vue de ma gloire » (D&A 63:9,11,12).

Le Livre de Mormon contient nombre d'enseignements sur cette méthode impropre qui consiste à chercher ou à utiliser des signes pour obtenir la foi ou pour susciter une conversion.

Pendant qu'il enseignait les Zoramites, Alma se référa aux nombreuses personnes qui disaient : « Si tu nous montres un signe du ciel, alors nous saurons assurément, alors nous croirons ». Se désolant de cette demande, il fit la remarque qu’elle montrait un manque total de foi (Alma 32:17,18).

« Ne disputez pas parce que vous ne voyez pas » a dit le prophète Moroni dans un autre passage, « car vous ne recevrez de témoignage que lorsque votre toi aura été mise à l'épreuve » (Éther 12:6). En parlant de cette instruction des Écritures, le président Spencer W. Kimball a dit : « Adam, le père, comprenait ce principe fondamental : 'Un ange du Seigneur apparut à Adam, et lui dit : Pourquoi offres-tu des sacrifices au Seigneur ? Et Adam lui dit : Je ne le sais, si ce n'est que le Seigneur me l'a commandé' (Moïse 5:6). Les hommes ont souvent mal compris et renversé le processus. Ils voudraient la récolte avant les semailles, la récompense avant le service, le miracle avant la foi. » (Spencer W. Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City, Deseret Book, 1972, p. 4)

Jésus enseigna (et ses prophètes l'enseignèrent par la suite) que « les signes suivent ceux qui croient » (Marc 16: 17 ; Mormon 9.24 ; D&A 84:65). Le Livre de Mormon enseigne le principe en ces termes : « Et jamais personne n'a, en aucun temps, fait de miracles qu'après avoir eu la toi ; c'est pourquoi, ils croyaient tout d'abord au Fils de Dieu » (Éther 12:18).


Les signes sont lourds de conséquences

Le Seigneur a donné des avertissements significatifs à ceux qui, sans la foi, recherchent des signes. À ces derniers, « il ne montre aucun signe, si ce n'est dans sa colère pour leur condamnation » (D&A 63:11). Le Livre de Mormon contient deux exemples de ce principe et une explication mémorable de la manière dont les hommes sont condamnés lorsqu'ils recherchent un signe.

En débattant avec Jacob, Shérem, l'érudit, demanda : « Montre-moi un signe par ce pouvoir du Saint-Esprit, grâce auquel tu connais tant de choses ». Dans ce cas, un signe fut donné. Il fut frappé par le pouvoir de Dieu, confessa son erreur et mourut (Jacob 7:13-20).

De même, Korihor dit à Alma : « Si tu veux me montrer un signe pour que je sois convaincu qu'il y a un Dieu, oui, montre-moi qu'il a du pouvoir, et alors je serai convaincu de la véracité de tes paroles ». Alma refusa, rappelant à l'incrédule que les témoignages des prophètes et des croyants constituaient déjà des signes. Korihor insista, arguant du fait qu'il ne croirait pas « si vous ne me montrez pas un signe », et reçut un signe : il devint muet, fut chassé et piétiné à mort (Alma 30:43-59).

En enseignant les Zoramites, Alma expliqua comment le fait de rechercher un signe peut mener à la condamnation. Celui qui s'humilie « sans être obligé d'être humble » est davantage béni que celui qui est obligé d'être humble. Il compara celui qui est volontairement humble à une personne croyante et baptisée « sans avoir le coeur obstiné, oui, sans avoir été amenée à connaître la parole, ou même forcée de la connaître avant de vouloir croire ». Puis il donna cet exemple :

« Oui, il y en a beaucoup qui disent : Si tu nous montres un signe du ciel alors nous saurons assurément ; alors nous croirons. Maintenant, je vous le demande : Est-ce là de la foi ? Je vous dis que non ; car si un homme connaît une chose, il n'a pas lieu de croire, car il sait. Or, combien plus est maudit celui qui connaît la volonté de Dieu et ne la fait pas, que celui qui croit seulement ou a seulement lieu de croire et qui tombe en transgression ? » (Alma 32:15-19).

On peut tirer deux enseignements de ceci. Premièrement, ceux qui acquièrent la connaissance par les signes se privent de la possibilité de développer leur foi. Sans ce développement spirituel (présenté plus loin) et sans le soutien de la foi, ils sont arrêtés dans leur progression et restent sujets à la transgression et à la chute. Deuxièmement, ceux qui acquièrent la connaissance puis chutent sont plus maudits que ceux qui, suivant le chemin de la foi, sont parvenus seulement à la croyance avant de chuter.

Ainsi, les signes peuvent amener la condamnation sur ceux qui, par ce moyen, parviennent à la connaissance. Ils se privent de la possibilité de développer leur foi, et se soumettent à une punition plus sévère que ceux dont la progression spirituelle suit le chemin normal du développement de la foi.

Il existe d'autres « condamnations » pour ceux qui recherchent des signes sans développer premièrement la foi que Dieu requiert.

Une de ces condamnations est d'être induit en erreur. Dieu a averti l'Israël ancien contre le fait de suivre des prophètes qui accomplissaient des signes et des prodiges et qui, ensuite, cherchaient à les détourner pour adorer des dieux étrangers (Deutéronome 13:1-3). Le Sauveur enseigna à ses apôtres que, dans les derniers jours, « il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, et ils montreront de grands signes et de grands prodiges, au point de séduire, s'il était possible même les élus, qui sont les élus selon l'alliance » (Mathieu 24:23, traduction de la Bible par Joseph Smith ; voir aussi Matthieu 24:24 ; Marc 13:22). L'apôtre Paul a averti que le Sauveur ne reviendrait pas « jusqu'à ce que vienne un déchu, par les oeuvres de Satan avec tout pouvoir, et les signes et les prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent » (2 Thessaloniciens 2:9-10, traduction de la Bible par Joseph Smith).

Dans la grande révélation sur les signes, le Seigneur dit : « Celui qui cherche des signes verra des signes mais pas pour le salut » (D&A 63:7). Le président Spencer W. Kimball expliqua : « il est certain que nous ne devrions pas rechercher les signes. Les signes existent et je crois que tous ceux qui le veulent, peuvent en obtenir. Je crois que si quelqu'un veut des révélations au point de les solliciter au-delà de ce qui est juste, il obtiendra, finalement, ces révélations, mais elles ne viendront peut-être pas de Dieu. Je suis sûr que beaucoup de choses spectaculaires peuvent être accomplies, parce que le diable est très actif. Il écoute et est impatient d'agir. Et ainsi il donne des expériences étranges. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)

De même, le professeur Hugh Nibley a écrit : « Les miracles utilisés à des fins de démonstration ne peuvent jamais être [infaillibles], car les miracles ne sont pas exclusivement chrétiens... Comme la philosophie et le mysticisme, les miracles (les vrais miracles) sont présents dans le monde entier et sont utilisés partout par les professionnels de la religion pour étonner et convaincre les incrédules. » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 139)

Manifestement, l'accomplissement de miracles et l'apparition de signes et de prodiges ne sont pas des preuves que ceux qui les accomplissent sont des serviteurs de Dieu ou des ministres de la vérité. De nos jours, Dieu n'utilise pas les miracles ou les signes comme moyen d'enseigner ou de convaincre l'incroyant. En conséquence, nous ne devrions pas demander de signes dans ce but, et nous devrions être très prudents vis à vis de ces soi-disant preuves spirituelles.


La conversion par les signes

Être témoin de signes et de miracles n'est pas une fondation sûre pour une conversion. L'histoire scripturaire atteste que ceux qui ont été convertis par les signes et les prodiges les oublient rapidement et deviennent à nouveau la proie des mensonges et des distorsions de Satan et de ses serviteurs (Hélaman 16:23 ; 3 Néphi 1:22 ; 2:1 ; 8:4). Le Seigneur dit à Moïse : « Jusques à quand ce peuple me méprisera-t-il ? Jusques à quand ne croira-t-il pas en moi, malgré tous les prodiges que j'ai faits au milieu de lui ? » (Nombres 14:11).

Jean raconte avec tristesse l'entrée triomphale que fit Jésus dans Jérusalem : « Malgré tant de miracles qu'il avait faits en leur présence, ils ne croyaient pas en lui » (Jean 12:37).

À l’opposé du témoignage de l'Esprit, qui peut se renouveler de temps en temps selon les besoins de celui qui en est digne, être témoin d'un signe ou vivre un miracle est un événement qui s'estompera dans la mémoire de celui qui l'aura vécu et dont l'impact s'effacera (voir Joseph Fielding Smith, Doctrines du Salut, vol. 1, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1977, p. 50). Par exemple, comme le président Spencer W. Kimball l'a fait remarquer : « Oliver Cowdery a vu beaucoup de signes. Il a eu les plaques sacrées en main, il a vu Jean-Baptiste ; il a reçu la haute prêtrise des mains de Pierre, Jacques et Jean et a vécu de nombreux grands miracles, et néanmoins toutes ces choses ne purent le garder dans la foi. » (Spencer W. Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City, Deseret Book, 1972, p. 5)

Le président George Q. Cannon a résumé cette expérience en ces termes : « Je ne crois pas que les hommes puissent être convaincus comme ils le devraient par de telles manifestations. Il a été observé par ceux qui avaient de l'expérience dans cette Église, que lorsque des hommes ont été convertis par de telles manifestations, une succession constante de ces dernières était nécessaire pour les garder dans l'Église ; leur foi devait être constamment fortifiée par le témoignage de telles manifestations ; mais lorsque leur conviction provenait du débordement de l'Esprit de Dieu, que leur jugement était convaincu, qu'ils avaient jugé par eux-mêmes et obtenu satisfaction par le témoignage de Jésus en réponse à leurs prières et à leur quête fidèle de la connaissance auprès de Dieu, lorsque cela a été le cas, ils ont été plus forts pour rester fermes, pour endurer les persécutions et les épreuves que ceux qui ont été convaincus grâce à quelque manifestation surnaturelle du genre auquel j'ai fait allusion. » (Journal of Discourses 22:361-362)

La véritable Église ne convertit pas par les signes et les prodiges, mais par le témoignage du Saint-Esprit. La façon du Seigneur d'enseigner les vérités religieuses n'est pas de faire un miracle ou un signe spectaculaire mais par un témoignage personnel.

De cette manière, la véritable Église protège l'intégrité de la conversion de ses membres. Là où l'expérience de la conversion est individuelle et personnelle, les convertis potentiels n'ont pas de raison de rivaliser pour obtenir la plus grande. La pression de l'entourage et la psychologie de groupe qui peuvent accompagner les expériences de conversion en masse sont ainsi éliminées. Une vraie conversion est une expérience personnelle fondée sur la communication individuelle de l'Esprit, et non pas sur un signe ou un miracle.


Les preuves scientifiques et la foi

La méthode scientifique, qui a si bien servi l'avancée des connaissances séculières, s'appuie fortement sur l'observation. Les scientifiques étudient et mesurent les événements physiques, les expériences attentivement préparées et les phénomènes naturels. Leurs méthodes diffèrent entre elles, mais pour tous les scientifiques, la preuve de l'exactitude des réponses qu'ils recherchent se trouve dans leur observation et dans leur mesure détaillée. Nous pouvons donc avancer que les scientifiques cherchent à progresser dans la connaissance et à apprendre la vérité par l'observation physique et la mesure des signes. Ceci sans vouloir nier le fait que l'oeuvre des scientifiques a été guidée par des choses non mesurables comme l'intuition et l'inspiration.

La religion des saints des derniers jours n'est pas hostile à toute vérité trouvée par quelque moyen que ce soit. Les saints des derniers jours ont été parmi les utilisateurs les plus efficaces de la méthode scientifique et, par ce moyen (et par la révélation, quand ils étaient qualifiés pour la recevoir), ont beaucoup contribué à la connaissance du monde dans lequel nous vivons. Mais les saints des derniers jours fidèles savent que la méthode scientifique n'est pas appropriée pour connaître Dieu ou déterminer les vérités de son Évangile.

Un membre de l'Église qui comptait parmi les scientifiques les plus renommés au monde, Henry Eyring, maîtrisait parfaitement la méthode scientifique qui permet d’obtenir de la connaissance mais il savait aussi que cette méthode a ses limites et qu'il existe une autre manière de trouver des réponses aux questions qui importent le plus. Son attitude a été décrite par son fils, Henry B. Eyring :

« Maintenant, quand quelqu'un vous dit que les questions qui importent relèvent seulement d'une analyse rationnelle quelconque, souvenez-vous que les réussites étonnantes de la raison ces trois cents dernières années sont sorties de ce qu'on appelle la 'méthode scientifique'. J'espère que vous vous souviendrez, comme je me souviendrai toujours, du scientifique Henry Eyring à genoux, quand les questions qui importaient le plus relevaient de la méthode pour trouver la vérité qu'il avait apprise sur les genoux de sa mère alors qu'il était un petit garçon à Old Mexico. C'était longtemps avant qu'il ne prenne le train pour Tucson, puis Berkeley, puis Madison, et ensuite pour Berlin et Princeton pour appliquer la méthode scientifique dans la création de théories qui ont changé le monde de la science. Ce qu'il apprit à genoux lui apporta la paix et changea ma vie. » (Henry B. Eyring, Going Home, dans Brigham Young University 1986-87 Devotional and Firesides Speeches, Provo, Utah, University Publications, 1987, p. 76, 77)

Le cardinal Joseph Ratzinger, théologien catholique éminent, décrit la relation qui existe entre les méthodes divergentes de la science et de la religion :

« Il ne peut y avoir de confusion entre la théologie – l'étude de Dieu et des relations de Dieu avec l'humanité – et les sciences naturelles. Car la théologie, selon ses propres termes, considère que Dieu est surnaturel. Il est fondamental dans toute connaissance humaine de reconnaître que l'objet de l'étude indique et détermine la méthode correcte à suivre pour le comprendre. On n'approche pas la chirurgie comme la politique ou les arts, ou l'art comme la chimie… Parce que nous croyons en Dieu, nous reconnaissons dès l'abord que la science n'est pas adaptée pour étudier la divinité. Le vrai scientifique, qui est croyant, connaît suffisamment les limites de sa méthodologie pour savoir que par elle seule, personne ne peut voir Dieu… Nous ne saurions nier à l'humanité la capacité d'être réceptive au-delà des limites de la raison pure. » (cité dans Paul T. Stallsworth, The Story of an encounter, dans Biblical Interpretation in Crisis : The Ratzinger Conference on Bible and Church, éd. Richard J. Neuhaus, Grand Rapids, Mich. Wm B. Eerdmans, 1989, p. 106, 107)

Le professeur Joseph F. McConkie explique cette relation de cette manière : « Toute vraie religion doit être fondée sur le surnaturel ou le miraculeux. La vraie religion requiert nécessairement la foi pour l'accepter et pour la vivre. Sans un Dieu omnipotent, un Dieu au-delà du raisonnement et des pouvoirs de l'homme, il ne peut y avoir de vraie religion. La vraie religion trouve des réponses dans l'omnipotence de Dieu. Cette dernière n'est pas terrestre et ne cherche pas non plus de vérifications auprès des mortels. La vraie religion ne cherchera pas des réponses dans la science ou par toute autre discipline créée par l'homme. Ses principes et ses pratiques doivent professer être enracinés dans les cieux. » (Joseph Fielding McConkie, Prophets and Prophecy, Salt Lake City Bookcraft, 1988, p. 156)

Les Écritures rejettent l'idée que les hommes peuvent utiliser la méthode scientifique ou les signes pour acquérir la foi : une expérience mise en scène ou suscitée par la volonté de l'homme et au moment choisi par lui. Le Seigneur décrète que quand des signes seront donnés, ils le seront selon ses conditions : par la volonté de Dieu et au moment et dans les conditions qu'il aura choisis ; « Oui, les signes viennent par la foi, non pas par la volonté des hommes, ni selon leur bon plaisir, mais par la volonté de Dieu. » (D&A 63:10)

Pourquoi en est-il ainsi ? La réponse se trouve dans le but de la vie. Nous, les mortels, ne sommes pas envoyés sur terre pour prouver l'existence de Dieu. Nous sommes ici pour être mis à l'épreuve. Pour réaliser notre destinée éternelle, nous devons développer notre foi.

Comme l'apôtre Paul l'enseigna : « Or, sans la toi, il est impossible [d'être] agréable [à Dieu] ; car il faut que celui qui l'approche croie que Dieu existe, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent » (Hébreux 11:6).

Pour nous permettre de développer cette foi, les paramètres de la condition mortelle furent, comme Bruce C. Hafen l'a dit, « attentivement et délibérément prévus pour ne pas obliger à croire » (Bruce C. Hafen, The Believing Heart, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p. 6). Par exemple, après que le texte du Livre de Mormon a été rédigé, les plaques d'or furent enlevées afin de ne plus être accessibles pour servir de preuve au Livre de Mormon. La foi ne vient pas des preuves scientifiques ou des signes miraculeux. Si c'était le cas, l'ordre prescrit par Dieu serait renversé et la progression spirituelle qui vient du développement et de l'exercice de la foi serait empêchée. (Idem, p. 46 à 48)

La foi vient comme le Seigneur l’a prévu : par le désir, les tâtonnements et la confiance, par la prière et le service. Dieu nous a placés dans un contexte terrestre où nous pouvons acquérir la foi de la façon qu'il a prévue. Les preuves et les signes viennent plus tard, selon d’autres critères. Comme le président George Q. Cannon a dit : « Le témoignage fiable doit venir de l'intérieur ; c'est-à-dire que les saints doivent avoir le témoignage du Saint-Esprit en eux. Les signes extérieurs et les preuves vont confirmer et fortifier le témoignage intérieur. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 152)

Ceci nous aide à comprendre pourquoi la méthode scientifique ne s'applique pas pour établir la véracité de l'Évangile, la réalité du rétablissement ou l'origine et l'authenticité du Livre de Mormon. Le président Ezra Taft Benson a déclaré : « La véracité du Livre de Mormon n'a jamais été prouvée, hier comme aujourd'hui, par des études d'experts. L'origine, la préparation, la traduction et la vérification de la véracité du Livre de Mormon ont toutes été conservées entre les mains du Seigneur. » (Ezra Taft Benson, A Witness and a Warning, Salt Lake City, Deseret Book, 1988, p. 31)

Quelques saints des derniers jours n'ont pas accepté cette réalité et sont préoccupés par les preuves confirmant le Livre de Mormon. À ce sujet, je suis d'accord avec les professeurs de religion de l'université Brigham Young, Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millett qui ont dit : « Dans de telles preuves, nous pouvons trouver du carburant pour alimenter le témoignage, mais seulement si le feu du témoignage brûle déjà fortement. De telles choses peuvent alimenter un feu qui brûle déjà mais n'ont pas le pouvoir d'allumer ce feu. Elles ne sont pas la source du témoignage et ainsi n'ont pas leur place dans l’œuvre de prosélytisme. Les preuves, qu'elles soient internes ou extérieures, ne convertissent ni le Juif, ni le Gentil. De telles choses peuvent affermir le converti mais elles ne convertissent pas. Il est dans l'ordre céleste que les signes suivent la croyance ; ils ne la précèdent pas. » (Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millet, Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1987, p. xiii)

Le manque de preuves scientifiques décisives des vérités scripturaires n'empêche pas les défenseurs de l'Évangile d'avoir accès à des contre-arguments de même nature. Quand des opposants attaquent l'Église ou sa doctrine en présentant des soi-disant preuves, les défenseurs loyaux les contrent avec des arguments d'une nature similaire. Comme Neal A. Maxwell a dit : « Nous pouvons être assurés que suffisamment de données et de preuves extérieures plausibles apparaîtront pour empêcher les moqueurs de s'amuser avec les Écritures, mais ne seront pas suffisantes pour enlever la nécessité de la foi. » (Neal A. Maxwell, But for a Small Moment, Salt Lake City, Bookcraft, 1986, p. 35)

Tout comme la science ne prouvera pas la vérité religieuse, elle ne pourra pas la réfuter. Les vérités éternelles de la religion ne seront pas réfutées, même par les toutes dernières preuves ou les lois les plus solides de la science. La science est trop expérimentale pour cela.

Au cours du XIXe siècle, de grandes avancées ont été faites dans la compréhension humaine en ce qui concerne la nature de l'univers physique et de ses éléments vivants. Des scientifiques parmi mes amis me disent que les lois de Newton ne sont actuellement applicables que sous un nombre restreint de conditions ; par exemple, elles ne correspondent pas au comportement des micro-particules à grande vitesse. La nature atomique de la matière était loin d'être acceptée il y a cent ans. De nos jours, la description la plus précise d'un atome correspond à une équation mathématique complexe. Des avancées comparables ont été faites dans notre compréhension de la photosynthèse, un processus de base utilisé par le monde végétal qui permet la continuation de toute vie sur la planète. Il y a seulement quelques décennies, les scientifiques croyaient que l'oxygène produit par ce processus venait du dioxyde de carbone ; aujourd'hui, ils sont sûrs qu'il vient de l'eau. Il y a moins d'un demi siècle, les scientifiques croyaient que les protéines présentes dans une cellule étaient le composant génétique de la cellule. Les manipulations d'ADN rendues possibles, les scientifiques furent rapidement convaincus que le composant génétique des cellules était l'ADN, et non pas les protéines.

Dans l'oeuvre passionnante des scientifiques, les anciennes explications sont présentées comme moins exactes que les plus récentes. Les anciennes explications admises sur des relations diverses, s'avèrent fausses ou d'une application limitée. Le processus dynamique se poursuit, et comme nous l'avons dit, la connaissance s'accroît. Mais la connaissance obtenue par la méthode scientifique est toujours expérimentale et n'est pas une fondation suffisante pour réfuter l'existence ou l'oeuvre de Dieu. Le professeur Hugh Nibley donne cette conclusion :

« Les paroles des prophètes ne peuvent être soumises aux essais expérimentaux et imparfaits que les hommes ont préparés pour les mettre à l'épreuve. La science, la philosophie et le bon sens sont tous utilisés par les tribunaux. Mais ils n'ont pas le dernier mot. Chaque fois que les hommes, dans leur sagesse, ont eu le dernier mot, d'autres derniers mots ont rapidement suivi. Le dernier mot est le témoignage de l'Évangile qui ne vient que par la révélation directe. Notre Père céleste le prononce. S'il était en accord parfait avec la science d'aujourd'hui, il serait sûrement en désaccord avec la science de demain. En conséquence, ne cherchons pas à comparer Dieu aux avis éclairés du moment alors qu'il parle le langage de l'éternité. » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 134)


Le rôle des signes et leur diffusion

Quel est donc le rôle légitime des signes et des miracles ? Ce n'est sûrement pas de prêcher l'Évangile. Comme George Q. Cannon l'a observé :

« L'Évangile de Jésus n'est pas et n'a jamais été dépendant des seuls miracles pour prouver sa véracité… Par une lecture attentive des Écritures, nous constatons que ni Jésus ni ses apôtres n'usaient de miracles pour convaincre de la vérité de leur enseignement. S'ils avaient considéré les miracles comme étant la manière correcte de convertir les gens, ils l'auraient sûrement adoptée; et un homme n'aurait pas pu être condamné pour ne pas avoir embrassé leur doctrine s'il n'avait pas été témoin d'une démonstration de pouvoir surnaturel (tel que nous le connaissons). Quoi qu'il en soit, avant son ascension, en parlant à ses disciples, il dit explicitement que ces signes ou démonstrations de pouvoir suivraient ceux qui croiraient ; ils devaient être la conséquence de la foi et non pas l'unique fondement sur lequel la foi repose. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 151, 152 ; une Écriture précise que les langues sont un signe pour l'incroyant [1 Corinthiens 14:22] ; peut-être que ceci décrit simplement la fonction du don des langues dans la prédication aux incroyants)

Les signes permettent de fortifier la foi et sont une bénédiction pour les croyants. Le Nouveau Testament rapporte la promesse du Sauveur : « les miracles accompagneront ceux qui auront cru » (Marc 16:17). Il est rapporté plus loin que lorsque ses serviteurs s'en allèrent prêcher, le Seigneur « confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient » (Marc 16:20).

La promesse que les signes suivraient et confirmeraient la parole a été réaffirmée par les prophètes dans beaucoup d'autres Écritures (Voir, par exemple, Mormon 9:24; Éther 4:18; D&A 58:64 ; 68: 10 ; 84:65). Néphi enseigna que les Gentils doivent être convaincus que Jésus-Christ, « par la puissance du Saint-Esprit, se manifeste à tous ceux qui croient en lui… faisant, selon leur foi, des miracles, des signes et des prodiges puissants parmi les enfants des hommes » (2 Néphi 26:13).

Ceux qui ont écrit l'histoire de l'Église primitive ont noté que les apôtres accomplissaient « beaucoup de prodiges et de miracles » (Actes 2:43 ; 5:11-14 ; 9:33-35, 40-42 ; 13:9). De même, dans les temps modernes, le Seigneur a promis : « Je montrerai des miracles, des signes et des prodiges à tous ceux qui croient en mon nom » (D&A 35:8). À la même époque, il a mis en garde les détenteurs de sa prêtrise en disant : « Ne demandez des miracles que si je vous le commande » (D&A 24:13).

Le principe selon lequel les signes sont montrés à ceux qui croient est bien illustré par l'expérience de Néphi qui désirait voir et connaître les choses que son père avait vues en vision (1 Néphi 10:7). Après avoir, par la prière, diligemment cherché à recevoir cette manifestation, et après avoir fait preuve de foi, il reçut une vision (1 Néphi 11:1). L'Esprit lui indiqua que cette vision lui était donnée comme un signe, à cause de sa foi : « Et toi, Néphi, tu es béni, parce que tu crois au Fils du Dieu très haut; c'est pourquoi tu verras les choses que tu as désirées. Et voici ceci te sera un signe : Lorsque tu auras vu... tu rendras témoignage » (1 Néphi 11:6,7).

De même, dans la révélation moderne, le Seigneur a rappelé que les dons spirituels sont donnés non comme un signe pour l'incroyant mais comme une aide pour le croyant : « Car en vérité, je vous le dis, ils sont donnés pour le bénéfice de ceux qui m'aiment et qui gardent tous mes commandements, et de celui qui s'efforce de faire ainsi ; afin que puissent en bénéficier tous ceux qui cherchent ou qui me demandent, mais non ceux qui me demandent un signe pour le consommer dans leur convoitise » (D&A 46:9).

II y a une autre différence entre les preuves scientifiques et les signes ou miracles que Dieu donne pour confirmer la parole au fidèle. C'est la mesure dans laquelle de telles expériences sont partagées avec les autres. Pour remplir sa fonction, la preuve scientifique doit être rendue publique. À l’opposé, les signes et les miracles ne doivent pas être montrés au monde.

En renouvelant sa promesse que les signes suivraient ceux qui croient, le Seigneur a commandé aux membres de son Église « de ne pas se vanter de cela ni d'en parler devant le monde, car cela vous est donné pour votre profit et pour le salut » (D&A 84:73). Deux ans plus tard, il répéta ces directives aux saints égarés du Missouri, les conseillant ainsi : « Ne vous vantez pas de votre foi ni de vos oeuvres puissantes » (D&A 105:24). Plus tard, Joseph Smith, le prophète, recommanda : « Soyons fidèles et silencieux, frères, et si Dieu vous donne un signe, gardez-le pour vous-mêmes. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding Smith, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1981, p. 69)

En règle générale, les saints des derniers jours suivent ce conseil. Ils ne parlent pas publiquement de leurs expériences les plus sacrées. Ils mentionnent rarement les miracles en rendant leur témoignage, et ils prêchent rarement au pupitre que, grâce aux signes, l'Évangile est vrai. Habituellement, dans leur témoignage, ils affirment la véracité de l'Évangile rétabli en présentant le dénouement de leur expérience mais sans en révéler toutes les étapes.

Cette réticence à parler de miracles ou d'expériences sacrées est quelquefois mal perçue par ceux qui ne comprennent pas les saints des derniers jours, y compris par d'autres chrétiens fervents. Il y a quelques années, je donnais une conférence sur un thème juridique dans une célèbre université protestante. À l'issue de la conférence, plusieurs membres de la faculté de théologie m'invitèrent à déjeuner. Ils me dirent : « Nous connaissons la grande importance que revêt la vie familiale chez les mormons. Nous respectons la manière dont les mormons fidèles paient un dixième de leurs revenus en dîme. Nous savons que de nombreux mormons ont réussi dans divers domaines. Mais nous ne savons rien de votre vie spirituelle individuelle. Nous n'avons jamais entendu nos amis mormons nous en parler. Les mormons vivent-ils des expériences religieuses ? »

J'ai compris que la question de ces pasteurs fervents était : « Comment pouvez-vous être sauvés si vous n'avez pas eu un témoignage de l'Esprit ? Si les mormons ont de telles expériences, pourquoi n'en parlent-ils pas, comme nous, lorsque nous racontons le moment où nous avons été 'sauvés' ? » Je les assurai que les mormons ont des expériences spirituelles, mais j'expliquai que nous considérons ces expériences comme étant si sacrées que nous en parlons rarement. Je pensai en moi-même que nous, les saints des derniers jours, pourrions voir plus loin que la lettre du commandement de ne pas nous vanter des miracles ou de ne pas les montrer au monde. En omettant de faire part de la richesse de notre vie religieuse lors de conversations privées avec des membres réceptifs d'autres Églises, nous perdons des occasions de glorifier Dieu et de témoigner du Christ et des bénédictions de son Évangile. Nous pouvons même induire en erreur certaines personnes lorsque nous en disons trop à propos des fruits visibles du mormonisme et des réalisations louables d'éminents saints des derniers jours, et que nous en disons trop peu sur les expériences spirituelles personnelles édifiantes des saints des derniers jours ordinaires.


Conclusion

Le Seigneur a commandé que les signes ne soient pas utilisés pour convertir l'incroyant. Les signes suivent ceux qui croient et ont la foi et sont une confirmation et une force pour eux. À ce sujet, la méthode scientifique, bien qu'elle ait abouti à tant d'avancées dans la connaissance du monde, diffère nettement de la méthode du Seigneur. Certains confondent la méthode scientifique et celle du Seigneur (y compris l'utilisation correcte ou incorrecte des signes) et ne comprennent pas l'utilisation appropriée de chacune d'elles. Il se peut que certaines de ces confusions soient imputables à l'utilisation du mot preuve dans le domaine spirituel.

L'apôtre Paul a dit : « Mais examinez toutes choses et retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:21). De même, en réaffirmant le commandement de la dîme par l'intermédiaire du prophète Malachie, le Seigneur dit : « Mettez-moi de la sorte à l'épreuve, dit l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si je ne répands pas sur vous la bénédiction au-delà de toute mesure » (Malachie 3:10).

Par la bouche de Malachie, le Seigneur a donné des promesses spécifiques à ceux qui apporteraient leur dîme (par exemple : « Pour vous je menacerai celui qui dévore »). Ces passages scripturaires invitent le fidèle à mettre le Seigneur à l'épreuve en gardant ses commandements et en recherchant la bénédiction promise. Cette « expérience » ne fait pas partie du genre de signes qu'il nous est commandé d'éviter.

Puisque le genre de preuve qui provient de l'obéissance aux commandements et de la recherche de la bénédiction promise est le résultat de l'exercice de la foi, les signes qui suivent ceux qui croient ne sont pas des signes interdits mais appropriés. Ceci est évident dans ce qui est peut-être la plus puissante invitation, parmi toutes les Écritures, à rechercher une preuve : « Et quand vous recevrez ces choses, je vous exhorte à demander à Dieu, le Père éternel, au nom du Christ, si ces choses ne sont pas vraies ; et si vous le demandez avec un coeur sincère et avec une intention réelle, ayant foi au Christ, il vous en manifestera la vérité, par le pouvoir du Saint-Esprit » (Moroni 10:4).

Moroni fait la promesse explicite d'une manifestation spirituelle à celui qui cherche à connaître la véracité du Livre de Mormon. Mais, il faut le noter, cette promesse est faite seulement à la personne qui demande « avec un coeur sincère et avec une intention réelle, ayant foi au Christ ». La manifestation qui est donnée en réponse, suite à cette promesse, n'est pas un signe donné pour convertir l'incroyant, mais un signe qui suit la foi et l'engagement personnel.

Lors d'une récente conférence générale, le président Howard W. Hunter, réaffirmant l'avertissement de James E. Talmage concernant l'arrogance de ceux qui rejettent la véracité des miracles et des signes dont ils n'ont pas fait l'expérience, et qu'ils ne peuvent comprendre, a dit : « La science et l'intelligence humaine n'ont pas encore fait suffisamment de progrès pour analyser et expliquer ces prodiges. Frère Talmage a averti qu'il est de toute évidence arrogant d'affirmer que les miracles n'existent pas, que les résultats et les manifestations ne peuvent être qu’imaginaires puisque nous ne pouvons comprendre les moyens par lesquels ils se produisent... En fait, ceux qui ont été les bénéficiaires de ces miracles en sont les témoins les plus convaincants. » (L’Étoile, juillet 1989, p. 14)

Ce conseil s'applique particulièrement au témoignage sacré que le Saint-Esprit rend à celui qui recherche la vérité. Ceux qui ne sont pas prêts spirituellement à recevoir ce témoignage devraient prendre garde à ne pas affirmer que, parce qu'ils n'en ont pas fait l'expérience, il n'existe pas.

Dans une revue d'histoire moderne, un spécialiste saint des derniers jours a fait cette analyse de la croyance mormone à propos des miracles et du témoignage de l'Esprit :

« La caractéristique la plus anachronique du mormonisme pourrait être son ouverture constante au miraculeux. [Richard] Bushman fait la remarque que depuis le 18ème siècle la plupart des dénominations chrétiennes ont rejeté la possibilité d'événements surnaturels non mentionnés dans la Bible. En parlant d'anges, de guérisons, de prophéties et de la révélation à notre époque, les mormons offensent les fondamentalistes et les agnostiques en enfreignant cette règle qui est une synthèse chrétienne du Siècle des Lumières. Se souciant peu de l'authenticité contemporaine du doute existentiel, les mormons affirment individuellement que leur foi a été miraculeusement confirmée par un témoignage du Saint-Esprit reçu en réponse à leur prière. Même les spécialistes mormons tels que Bushman et [Leonard J.] Arrington expliqueraient que ces expériences de révélation sont aussi essentielles à leur foi que la recherche documentaire, la preuve empirique ou la logique herméneutique... Au seuil du Jugement Dernier, il semble que tout le monde soit d'accord sur un point : les mormons vont à l'encontre de l'esprit de notre temps. » (Bryce Christensen, Mormons and Modernism, Chronicles of Culture, juillet 1985, p. 10)

Le professeur Hugh Nibley a noté une tendance naturelle, dans le domaine de la religion, « à osciller entre deux pôles opposés : le pôle de l'intellect et le pôle de la superstition et de la vulgarité » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 142). En d'autres termes, ce qui relève de la religion est susceptible d'être corrompu d'un côté par l'intellectualisme et de l'autre par la superstition. Cette tendance est évidente dans l'opposition entre les signes et la science.

L'approche purement intellectuelle de la religion rejette les miracles modernes et suspecte toute vérité religieuse qui ne peut être prouvée par la méthode scientifique. À l'autre extrême se situent les superstitieux, ceux qui rejettent la possibilité de connaître Dieu par quelque moyen que ce soit, scientifique ou religieux. La science se considère comme étant maître des signes. La superstition apparaît comme la servante des signes.

La vraie religion n'est ni intellectuelle ni superstitieuse. Le rôle exact des signes illustre le juste milieu de la vérité. Les signes ne servent pas à prouver la vérité religieuse, comme certains pensent que la méthode scientifique le peut. Les signes ne sont pas non plus un substitut à la connaissance, comme le voudrait la superstition. La connaissance de la vérité à propos de Dieu et de ses commandements à ses enfants vient par la foi et la révélation du Saint-Esprit, ce qui est une méthode inacceptable pour la superstition et qui ne peut être prouvée par la science. Quand la foi est obtenue et exercée, les signes suivent ceux qui croient.

Source : Dallin H. Oaks, The Lord's Way, Deseret Book, 1991, Éditions françaises LDS, 2008